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5lîarl)arl) CoUrgr ILibrar?
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CHAHLKS MINOT
ClKBs <il 1828
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REVUE
de Bretagne
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4* Série* ^7* Année
JANVIER ^908. Tome XXXIX
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REVUE
de Bretagne
Tt£VUE ^ REVUE
àt Bretagne et de Vendée * Historique de tOuesi
RÉUNIES
J(BTUE MET^SiœUZ
M'' de l'ESTOURBEILLON, Directeur
C René t>t LAI GUE, J{edachur tm chef
mm. L« C* H PALYS, SccTftiirc T^gioniJ pour nik-ct-VJldiic. _ IUh> BLANCHARD
pour U LoiTt-InItrieuTt.— > U ChinoJn» PEYKON, pour le Finiitèr*. — AVGNEAU
m M GRANCIÊRE. p«ur It Morbihu. — AiAm RAISON Dit CLEUZIOU, pmm
Ih CMct-du-Nnd. — Ou^uu di GOURCUPP. {kmt Piri*,
^
VANNts jt Paris
.H Oh40RE CHAMPION
LAFOLYE FRERES librairh-moitkur
i. Quai MdU^uaii
ÉojTEURa i NANTERRE
M. LE DAULT
a. Plic< do Lier, »^ UHBMt.i: h^etoi,..*
T 7*'' *^«t J>»înl-Gtfmiiiî
MDCCCViJî
Sadrcs^ïtr pour f^ RiuAt imn et V^nvai Jci niuuu^ii:^ j M.k M*' Hi ai ni J.AiraMt-
pÏKTtï des Lkci, \ aunes / /^^ ^ ^ r^T ^
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WUND. iUL 2i 1910
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3* Série. — 6* Année
JANVIER 1908. Tome XXXIX
*** Arfrc***'
REVUE
de Bretagne
REVUE
et Bretagne et de Vendée
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RtUNIES
KJBTVt MEJiSUbUM
REVUE
Historique de F Ouest
W de l'ESTOURBEILLON, Diricteur
C* RBNi Di LAÏQUE, J(idaet$iir m chef
MM. U C* w PALYS. Secrétaire r^floAflf pMr rVU-^t'^^V^nt. — R*ms BLANCHARD
poiv to Loir«-lfif(dc«rc. — U Chtnoinc PEYRON, goiir le Finistère. ^ AVtfNEAU
■i LA QRANCiftilB, fwt U M«rbllitA^ — Auun RAISON mi CLEVZtOtt* pm
IH G^tCf-dn-Hovd. — Ouviir m QOURCUf F. povr PMte.
^
VANNES
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éoiTetiRs
Flvcc 4s i^iCK
MDCCCVIII
PARIS
HONORE CHAMPION
LlBRAlRË-éDITlUH
5, Quai MahquaM
NANTERRE
M. LE DAULT
LIBRAIRIE BRBTONNE
76. Rue Saint-Cerimifn
-b
S'juirtsscr pour U Kéûxciios et l'envoi des miiuiscrits x M. le O" RknT ui. LAKiUE,
aucbâlcau 4e I^irtiurcl, par Kctlim ; pour rAuMJNisTKArioN, MM. LAFOLYR, frcres,
places de$ lÀdJ, Vanne»
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SOMMAIRE
L — A/""' Céleste Buition ée la Vigne \Son mariage avec Château-
bnartà]. — E. ilanPiN 5
II — Qaetli^ins Héraltliqms Bretonnes, A propos du Nobiliaire de
Pol de Coirrcy* - C** R. de Laigue lo
IH. — Le* Bretons de Bretagne jugés par un Breton de Paris
(EcpoDse). — Cn Breton émigré i4
IV, — La Déportation des Religieuses Angevines, Leur séjour à
Lorient (i79ù 9:>), - K. Uzureau ai
V, — Le Poète Leconte de Liste ^ étudiant en Droit à Rennes. —
Al>OLFIIE 0R.i1?( 35
Vh — Devant Vépavedu Primauguet, — E. Kbenéis .... 4i
VU. — Glahac er Bark, pi Maru Breih-Izet {Chagrin du Barde ou
Mort de la Bretagne), — Ekflam Koei>-Si.au .... U2
VlU. — Bissai sur t' Administration générale dun District pendant
la Révùtulion, Le District de Roche fort (Morbihan), i^^^juit-
tel iim-W mai 4795 (suite). — P. Merlbt 4?
CONDITIONS D^ABONNEMENT
France, un an 12 fr.
Etranger, — 15 —
On s'a bonne soit ches M. le comte de Laigue, château de
Bahurel, par Bedon, soit chez M. Lafolye, imprimeur à Vannes.
Les abonnements partent du l**" janvier ou du l«r juillet de
l'année en cours. <— Il n'est pas vendu de fascicules isolés, sauf
pour les abonnés.
Les travaux comprenant au moins 16 pages de texte sont seuls
tirés à part. 50 exemplaires sont offerts aux auteurs.
Nota. — H ter^i rendu compte de tout ouvrage hauteur biiton ou m-
tértâsant U BreiAgne^ dont un .exemplaire aura été adressé au Rédacteur
en chef de la Revue.
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O^Ld^M ^/'y-t^v ir-^
M^^^ CÉLESTE BUISSON DE LA VIGNE
(SOR lARIAGE AVEC CHATEAOBRIAIID)
Avant la Révolution, vivait à Saint-Malo un vieux chevalier
de Saint-Louis, qui, après avoir été commandant de Lorieot, était
venu finir ses jours dans son pays natal.
Il 9'appeiail Jacques Buisson, sieur de la Vigne (1;. En mou-
rant, il avait laissé deux filles : Anne, née h Lorient, et mariée
le 15 mai 1789 à son parent messire Hervé de Parseau (2), et
C<^leste, la cadette, également née à Lorient en 1774.
Céleste était Tamte de Lucile de Chateaubriand, la sœur pré-
férée de René.
Lucile. en termes enthousiastes, parlait de sa gentille amie, à
son frère, récemment revenu d'Amérique, et celui-ci raconte,
dans ses Mémoires d* Outre-tombe (3) « qu'il la reconnaissait de
loin, sur le Sillon, A si pelisse rose, sa robe blanche, et ses che-
veux blonds enflés au vent ».
a Klle était », dit-il (4), encore dans ses Mémoires «^ blanche,
délicate, fort jolie^ et laissait pendre naturellementcomme un
enfant, de beaux cheveux blonds bouclés naturellement. »
Je ne viens pas faire ici la biographie de celle qui fut la com-
pagne trop effacée de René» mais mettre seulement au point les
romanesques circonstances de son mariage qui jamais n'ont
encore été relatées, sous leur jour véritable.
Chateaubriand raconte que son mariage fut célébré par un
prêtr»> non assermenté, au commencement du mois de mars
1792, et qu'avant qu'il eût eu la moindre communication avec sa
(1) Il avait épousé Céleste Rapion de la Placelière {Anciens Registres parois-
siauûs de Bretagne SainUMalo, par Tabbé Paris-JaUobept,2»' fascicule, page 177
(2) Registres paroissiaut précités.
(3) Mémoires d'Outre tomber tome 2, page 5 et suivantes.
(4) Mémoires d* Outre-tombe, tome 2, page 5 «t suivantes.
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TT
M REVUK DE BRETAGNE
femme, c^ile-ci lui fut enlevée, pour être incarcérée aa couvent
de la Victoire, où Lucîle, son amie, obtint ^autorisation d'aller
la rejoLQdre.
C'est qu'un oncle de M^'° de la VignB, M. Vauvert, grand démo-
crate, ne voulait pas qu'elle épousât un aristocrate comme Cha-
teaubriand.
Arguant que Taïeul de M'^" de la Vigne était en enfance, il
avait mdme déposé, contre le futur auteur du Génie du Christia-
nisme, une plainte en règle pour rapt. Finalement, tout s'arran-
gea. Après plaidoiries, raconte» Chateaubriand, M* de Vau-
vert (i) se désista, et le cure constitutionnel largement payé
cessa, lui-même, toute réclamation.
Or Sainte-Beuve, dans la 5* leçon du cours professé par lui
& Liège» en 1848-1849, sur Chateaubriand et son groupe littéraire
sous lEmpire, s'exprime ainsi ; « Sur ce mariage, il m'a été ra-
conté d'étranges choses. Je dirai peut-être ce que j'ai su, à la
fin de ce volume »-
En effett dans ses notes il raconte, ensuite, contredisant le
récit de Chateaubriand u que celui-ci aurait imaginé d'épouser
« M"' de Lavigne, comme dans les comédies, d'une façon pos-
« tichei en se servant d'un de ses gens comme prêtre, et d'un
w autre comme témoin. Ce qu'ayant appris, Toncle Buisson (2)
<t serait parti, armé d'une paire de pistolets, et accompagné d'un
« vrai prêtre. Et surprenant les époux de grand matin, il aurait
« dît à son beau-neveu : Vous allez maintenant épouser tout
« de bon ma nièce, et sur Thiiure ; ce qui fut fait.
ti M> de Pougerville, étant à Saint-Malo, en 1851, y connut un
4* vieil avocat de recommandation qui lui conta le môme fait,
w et exactement avec les mômes circonstances.
« Naturellement, dans ses Mémoires, M. de Chateaubriand
« n*a touché mot de cela, 11 n'a parlé que du procès fait à Tins-
« tigation de l'autre oncle. Faut-il croire que, selon le désir de
u sa mère, ayant à se marier devant un prêtre non assermenté,
« et a'étaat <mgagé à en trouver un, il ait imaginé, dans son in-
« différence ef son irrévérence d'alors, de s'en dispenser, en
(1) Oncle de M^- de ta Vï^ne.
[H] 11 râ«uLt£ d« témoin naît,' es que ooii« bvdas recaeillis à Saint-Malo que telle
était b]«ii la façoa dant on parlait quelquefois du mariage de Château brland ;
quelques-uns, avec de malins iourirei, pri^ciiaient même en prétendant qu'il
av'&it enl«vé sti iVmme,
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n
Mademoiselle cëlsste buissoi^ de: la vic^e
H tmprovisaut l'étrangecomôdiej à laquelle Toncle Me safemme
fl serait venu mettre bon ordre (l). n
Pour réïii'er celle version, Edmond Biré invoqu^f, en note,
dansk nouvelle édition des Mémoires d^Ouire-tombe^ éditée chez
Garnier frères {2), sous la nibriqae le Mfiriage de Chateau-
briand, le témoipn.Tge d'un historien matouin, Charles Gunat,
qui drioa iïH Biographie des Matouins cél fibres ^ donn^ in ex-
tenso, ïa publicHtion df l'acte de mariage de Ghâteaubriand.
Elle irst aiE]si conçue :
Du dimanche 18 mars 1793.
Il y a eu promesse de manaf^e entre François- Auguste-René
de Ch4teaubriand, fils mineur de feu René-Auguste, et de
dame Apolline Jeanne-SuzBnne de Bédée.at demoiselle Céleste
Buisson, fille mineure do feu Alexis Jacquos et de feue dame Cé-
leste Kapion, tous deux originaires et domiciliés (Je celte viîle ;
l*'et3'bao?.
Voici maint jnaat Tacle du mariage qui fut célébréf le lende-
main même, à la cathédrale de Saint^Malo.
î.undf, lOmtfsnOE-
FraDÇQis-Rpné Je Gh&uaubriind,. 111 s second et mineur da Teu René-
Auguste de Chàteaubriatid«tdd dume Apolline- Jeanne- SuzannG de BMée,
et démolie Uê Céleste Buisson, fille nain^m'^o d6 Teu si^ur Aleiia-Tiicques
Buisson et dame Céieat» Rapion de la PLacelière, tous dem originaires
et domiciliés de cette ville, ont reçu de moi, BOUSHigné, curé, la bénédic-
tion ïi ptiale dans l'étfiise paroiasiiate. cBJour, 19 mars 1792, en oonaé-
queijce d'une bannie faite du pEône de iiuUe messe paroissiale, sans ap-
position, et de dispense du temps prohibé et des 2 bancs. La présente
cérémoniô fd^M% en vertu dp 2 décrets émanés de la juatiee de celte ville,
attendu la minorité des parties contractante?» en présence de FrangoU-
André Buisson, Jean-FranQois Lôcoq, Mif*hel Tbomas^Bassinnt. et Chartes
Mftlapect, qui ont attesté le domicile et la liberté des parues et oni si°:flé
av€c les époux.
Ui^iesle Bui sson * Fra nçoia de Ctàteau brtand , Kran go i s- Aug asie B a lason .
Micliei Bassinet, Malapert flle, Lecoq*
DUHAMKL,
Curé,
(I) Chdtisaubriand el smi yroupS Htiérttire^ lounî 2, p4g« 4uj*
{t) Tomo %t F^« ^^^
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■ê REVUE DE BRETAGNE
Le récit des Mémoires d'Outre tombe, conclue Edmond Biré,
*i a donc pour lui toutes les vraisemblances, tandis que la ver-
w sion 011 s'e^t complu Sdiote-Beuve sonne le faux à chaque
a ligrne Elle a d'ailleurs contre elle des documents authentiques,
fl des pièces irréfragables ».
« Trtîs pileuses », dit aussi le savant critique « ayant en.hor-
ff reur les prâtres intrus, la mère et les sœurs de Chateaubriand
« étaient ëan^ nul doute restées en rapports avec des prôtres
4 non assermentés, lesquels, d'ailleurs, au commencement de
« 1791, étaient encore nombreux en Bretagne. Elles ne pouvaient
■ donc avoir aucune peine à en trouver un pour faire le mariage
« de Itiur fjJs et do leur frère, et ce sont elles bien évidemment
4! qui se sont chargées de le procurer. Elles n'auront pns laissé
a cb soirj à Chateaubriand qui débarquait a*Amérique, ^t ne con-
« na'fssut plus guère personne à Saint-Malo » (1).
Tel'es *ont les deux versions, éminemment contradictoires,
données sur les romanesques circonstances qui entourèrent le
mariage de Ch&teaubriand.
En réalité, où est la vérité ?
Ce Duhamel qui, le dimanche 18 mars 1792, bannit, au prône
de la messe paroissiale, la promesse de mariage entre François
de Ch&teaubriand et M"*' de Lavigne était tout simplement le curé
constitutionnel de Saint-Malo ; et c'est lui, dès le lendemain, qui
célébrait hï mfiriage auquel assistait comme témoin, l'oncle Buis-
son, dont Sainte-Beuve cite le témoignage.
Chateaubriand, conformément au récit de ce dernier, se maria
donc pub'iquement, et même se maria devant un curé intrus.
Mais, antérieurement, dans les premiers jours du mois, il
s'était bien marié secrètement devant un prêtre non assermenté.
L? récit qu'il donne de ce mariage secret, contrairement à l'opi-
nion de Sainte-Beuve est rigoureusement exact, et trouve sa
preuve tiani 1« procès môme qui en fut la conséquence.
En résumé, Ch&teaubriand se maria donc deux fois, et le dé-
sistement de l'instance introduite par M. de Vauvert fut motivé
jusLemenlpir l-a promesse faite par Châleaubîiand de se marier
à nouveau devant un prêtre constitutionnel.
Ain-i, tout le mon Je fat satisfait, toutes les consciences tran-
quillisées, la loi respectée, et Duhacnel largement rétribué.
{%) Pftg«i i^û #t 581, Métnoires (V<)utre-tombe, le Mariage de f'Mteaubrianci .
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Mademoiselle cëlëste nuiss^o:^ pk ik vignk 9
A Saioi-Malo, rue des Grands D^j^^réa — soiibre et étrange
Ttif formée cl*iin lon^ esealier do granit qiii escalade une partie
de 1 anljQue rocher d'Aiiroî), —on montre, au n^ 4, une belle mai-
son de pïerre, d'austère architecture; elle portait autrefois le
ïi^ 479, C'est là. dans un salon aux coins arroudis, et richement
lambrissé d'acajou, qu'au rommencf^iT^nt du mois de mars 1792,
se maria, eïîec'ivement, Chateaubriand avec Célnsle deLavigne,
la douce jeune fille de dt\*huit ans auK traits délicats et blancs,
à ta longue chevelure bouclée, qu elle laissait, comme un enfant,
tomber sur ses épaules.
Mais, la tradition locale n'a pas conservé le nom du prôtre non
a^Si-Tmpnté qui bénit celtd union secret».
Peut-être fct-ceTabbé Manel, rhïsJorienbien counu, qui exer-
çiJt ators en secret son saint minUtère, et avait été professeur
au collège de Dinan, alors que Chateaubriand y faisait ses études ?
E Hkbpin.
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QUESTIONS HÉRALDIQUES BRETONNES
A PROPOS
DU NOBILIAIRE DE POL DE COLRCY
L^Armorial de Pol de Courcy est le plus complet qui ait été
écrit sur TétaL nobiliaire de la Bretagne. Malheureusement il
date d'un demi-sièele, et l'école de 1850 avait une critiqué bien
diflérente de celle que demandent nos historieûs contempo-
rains. C'est ainsi notamment que les sources de l'œuvre sont
rejelêes en bloc à la fin du dernier volume alors que nous sou-
haiterions les voir accompagner chaque indication d*armoiries
ou de ftiits généalogiques. On se trouve en face d'une fouie d'af-
firmations qu'il est impossible de contrôler etles recherches de-
viennent du môme coup très difficiles à faire sérieusement. Il
faut accepter aveuglément chaque article ou se perdre dans des
analyses que Tauleur aurait pu nous éviter par de simples notes
indicatrices.
Pourtant ne critiquons pas trop Pol de Courcy; il fut de son
lemps v^ 'ravailla comme on travaillait alors. Mais cela ne nous
empéulie pas de dire que le Nobiliaire de Bretagne esi condamné
à subir âinon une refonte totale sur un autre plan, du moins
une nouvelle édilion conforme aux exigences de Técole histo-
rique actuelle. J'en ai parlé aux meilleurs de nos généa'ogistes
et tous ont été dt^ mon avis.
Voyons brièvement ce qu'on peut reprocher de plus grave au
Nobiliaire de Bretagne de Pol de Courcy.
Je prenda le bulfetin bibliographique du tome III, p. 537; là
sont indiquées les sources où l'auteur a puisé pour édifier ce
Nobiliaire :
Chartes de ratifications des seigneurs et gentilshommes de Bre-
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L
à PROPOS DU NOBILIAIRE DE POL DR COURCY 11
tagne à raccord pa^sé à Gtférande entre le roi de France et le due
Jean IV en iSSO:
Courcy ne parait pas avoir consulliS lui-mÔme ces ratiftcations
dont les originaux exist'^nt encore avec leurs sceaux aux Ar-
chives Nationales. J*ai pu m'en rendre couiple en constitanl les
différences qui fïxistent entre les sceaux originaux et les armes
données par le Nobiliaire^ Certainement Courcy a travaillé sur
une mauvaise copie.
Hé f or maiions des fanages de Bretagne de. 142% à fôiS :
Les réformations bretonnes offrent le plus grand intorôt pour
nos anciennes familles. On peut repruclier à Courcy d'avoir fait
ici des omissions et tt^avoir maliu, mal compris et mal corrigé
certains passages des reformations.
Deux exemples.
A l'article Croc {l, 314) s^ de la Robinaye paroisse de Bain de
Bretagne, Courcy attribue à cell^ famille Pierre Croc, ofTIcier de
Tristan de la Lande, lors de la ré formation de 1437, Or la réfor*
matioD en question n'a jamais porté Pierre Crac mais Pierre Le
Coq, ce qui est bien diiîérenL Les Croc de la RobinaytJ n'habi-
taient pas Bain à cette époque.
A Tarticle D» l^Saulayi (UL 114), Courcy mentionne ïes sei-
gneuries du Plessix Goullu en Mliutoû et du Bois h\x Voyer en
Maure. Ces tc^rres appartenaient en réalité à la famille de la
Fouaye q{x*ïl a parfaitement trouvée à la réformation mais dont
i) a mal lu le nom.
Armoriai de r Arsenal :
Ce précieux armoriai, qui comprend prèsdoSOÛécussons, a été
très mal compris par Courcy. Les notes qui accompagnent les
dessins concernent te plus souvent des noms de terres et non
des noms de familles, L*auteur du NobUtnire ne s*en est pas
aperçu, et par suite a fait des doubles-emplois ou créé des fa-
milles qui n'ont Jamais existé.
A rtnorial de Guy Le Borgne :
Pareille observation en ce qui concerne l'Armoriai de Guy Le
Borgne. Courcy ne semble pas toujours en avoir saisi le sens
exact.
Enfin un examen attentif des 150 premières pages du tome î
du Nobiliaire de Courcy pourra nous donner une idi^e des correc-
tions à faire à Touvragf* :
Familles oubliées : de l'Abbaye, Adam, TAvocat, Agaisse,
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12 REVUE DE BRETAGNE
Alanet, Albert, Allain, Allanic, Alleno, Allory, Baudouin, de la
Bigotaye, Le Blanc, Le Bley, de la Boconnière, Bodart, de Bo-
drual, du Bois de Caercron, Le Borgne (sautoir), du Boschet, etc
Apuril. Erreur d'armes.
D'Ardaine. Attribution sans aucune preuve à cette famille de
Dardaine, champion anglais à la bataille des Trente.
D'Aumer, Erreur. Il s'agit de Dauvet originaire de Paris.
Ausprac, Mauvaise lecture de l'article de Guy Le Borgne.
Avice. Confusion d'armes entre deux familles de ce nom.
Avignon, Mauvaise attribution d'armes.
De Bagatz, Les secondes armes données (variante) sont celles
des de Perron du Ghesne.
Le Baillif. Armes fausses. Les vraies sont au mot de Suzlé.
Le Baillif de TourauU, Désaccord avec Guy Le Borgne.
Delà Barbais. Famille qui n'a jamais existé. Il s'agit desPépio,
sieurs de la Barbais.
Le Bastard de la Bastardière. Armes fausses.
Le Bastard de Villeneuve. Article à refaire. *
Batidry. Erreur d'armes.
De Bavalan. Triple emploi avec de Trémouart et de Quifistre
qui ne sont ici qu'une seule et môme famille quoique citéd 3 fois
sous ces 3 formes.
De Beaucours, Article à refaire.
Bernard, Article à refaire.
Bezay, Egale certainement de Rezay.
Billy et Bilsic, Confusion d'armes.
Be Bintin, Article à refaire.
De Blossac, Différence d'arme*' avec le sceau original des Ar-
chives Nationales.
Bocher et Bohier, Confusion entre ces deux familles.
DeBodéru ^idu Bo/^r/" double emploi. C'est une seule et môme
famille.
De Bohal, Erreur. Il s'agit des Henry de Bohal.
Du Bois, (Talensac). Ce sont les armes de Ferrières dont une
branche fondue dans Bintin, (voyez Guy Le Borgne au mot Bois
Bintin).
Du Boisarmé. Confusion certaine avec Cojalu.
Du Boisbrassu. Article à compléter.
Du Boisdu lié. N'ont jamais comparu à la réformation dlzé.
Bonamy, Armes très probablement fausses.
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A PROPOS DU NOBllUmE liK POL DE COURCY 13
Bonn€t elBouvei. Confusion. Double emploi.
Le Borgfie et dit Bourne* Double emploi*
De la Bos$fIaye et de iaBouëss^laye. Double emploi.
De Boîcudon. Il s'agit de la famille Corar/ sieur de Botcudon
omise par Gourcy.
BothereL Le sceau indiqué comme étant celui de 1381 est dis-
semblable de Toriginai de 1381 qui est aux Archives Nationales.
DêB Bouchaux. Même observation.
Baiihier. Les deux familk^s de t^e nom n'en font qu'une en
réatîté.
Bouverei. Il s'agit des Quistinic de Boverel (double emploi).
Ûe BramherL Lire de Bmmbeaî.
De Brignac. Armes fausses, etc.* etc.
Ce court aperça doit suffire pour montrer tout Tintérêt qu'il y
aurait à rééditer en le corrigeant le ïfoàiUaire de Bretagne par
Pol de Gourcy, ou à faire paraître un nouveau Nobiliaire breton.
C^* R. DB LAtOUK.
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LES BRETONS DE BRETAGNE
JUGÉS PAR UN BRETON DE PARIS
RÉPONSE
Au mois de juin dernier paraissait en brochure, chez Simon,
à Rennes, un discours d'une dizaine de pages précédemment
prononcé au Sacré-Cœur de Montmartre (1). De si Join qu'il vînt
et si court qu'il fût, ce discours ne pouvait passer inaperçu chez
nous, soit à cause de son auteur, le chanoine Goriton, qui est de
Bretagne, soit surtout à cause des idées particulières qu'il con-
fient. Ce n'est pas que les idées de M. Goriton soient neuves ou
personnelles : non, sor> mérite n'est pas là; il se trouve bien plu-
tôt dans la bonne volonté qu'il a mise à les recueillir, et dans le
talent incontestable qu'il a dépensé pour les mettre au jour. Il
est vrai qu'il eût donné plus de facilité aies juger s'il les eût
exprimées ailleurs; et voilà pourquoi, tout en le remerciant de
la liberté grande qu'il nous octroie de ne pas penser comme
lui (2), nous lui ferons remarquer néanmoins que, si son discours
est profane bien que prononcé en chaire, il n'en demeure pas
moins prononcé en chaire bien que profane. Mieux aurait valu,
pour lui-même et pour nous, éviter semblable anomalie.
Or, dans l'avant-propos qu'il donne à son œuvre oratoire,
M. Goriton écrit cette phrase, qui en est pour ainsi dire le résu-
mé : (c On reproche aux Bretons de n'avoir pas conscience de leur
« état ; on se scandalise de leur orgueil national plus encore que
•) Discours prononcé par M. Pahbé Corilon, chanoine honoraire, vice-official
de I*archeTèché, aa pèlerinage des Bretons de Paris, en la basilique du Sacré-
Cœur de Montmartre, le 3 mars 1907. — Rennes, imp. Simon^ 1907.
(0 • L*état moral et religieux de la Bretagne apparaît aux yeux de tous. Tout
« le monde sur ce point peut aToir un atis, et nul n*est obligé de partager le
« mien. Cf. Avant-propos. »
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LES BRETONS DE BRETAGNE 15
« de leors faiMessc^. » La firmdii w et oalAviia ae se peut nier ;
mais, tandis qu'il était en veine d'indiscrétion, M. CoriKon iL'ao-
raitil pas bien fait de nous dire aussi quelles sont les ftmes dé-
licates chez qui nos inconsciences et notre vanité suscitent tant
de gène? Car il est aussi facile d*embusquer des foules derrière
un pronom indéfini que de s*y établir tout seul soi-môme ; et que
d'honnêtes gens nous jugent maU cela doit être vrai, puisque
M. Coriton l'affirme; et qu'il soit lui-même sévère pour nous,
la seule lecture de son discours» suffit pour s'en convaincre;
nous le connaissons lui, nous ne savons pas les autres^ et il nous
manque grandement d'avoir appris les noms de ses amis ju-
dicieux.
Assurément beaucoup de Bretons se rencontrent qui ont l'or-
goeil de leur race : il y en a partout, dans les livres et dans les
journaux, à la ferme et à l'atelier, au château et au presbytère.
Ils s'imaginent, à tort ou à raison, que leur pays n'est pas le
plus laid de France, qu'il a conservé autant que d'autres et mieux
que plusieurs les traditions du passé; ils disent et écrivent que
leur nation est vivante et vigoureuse; ils se passionnent pour
son histoire, pour sa poésie, pour sa culture matérielle et morale ;
ils rêvent pour elle un avenir moins mauvais ; et s'ils montrent
beaucoup de ténacité pour y conserver ce qui leur semble déci-
déiAent bon, ils sont prêts à sacrifier aussi tout ce qui chez elle
leur paraîtrait caduc. Qu'il y ait en tout cela pas mal d'exagé-
ration souvent un peu de vanité quelquefois, nous nous garde-
rons bien de le nier; toujours les défauts apparaissent miins et
les qualités se manifestent mieux. Il en est ainsi plus particuliè-
rement dans toutes les réactions, et nous sommes ici en pleine
lutte contre une mentalité qui n'est pas la nôtre. Peut-être est-ce
là un mal> encore qu'il soit moins facile d'entraîner par le blâme
des vices que par la flatterie des vertus ; en tous cas, s il y a lieu
de condamner ceux qui se lancent en avant avec trop de jeu-
nesse dans l'énergie, il conviendrait à bien plus forte raison de
plaindre ceux qui ne les comprennent pas, ou qui ne veulent pas
les diriger ou qui leur demeurent hostiles ? Car, hélas I tous les
Bretons ne sont pas orgueilleux de leur race, et, M. Coriton n'a
qu'à faire appel à ses propres sentiments pour en devenir plus
convaincu que personne.
C'est ce qui explique d'ailleurs les reproches qu'il nous adresse,
nombreux, quelquefois précis, ordinairement généraux, trop
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16 REVUE DE BRETAGNE
généraux, et ne serait-ce ^que pour cela déjà, inexacts et, la plupart
au temps, injustes. Voilà pourquoi nous nous demandoDs si
M. Goriton a connu la Bretagne ailleurs que dans les lambeaux
qui s'en trouvent à Paris, ou si ses yeux de vacances, ces va-
cances dont il parle très agréablement, n'étaient pas trop désha-
bitués de notre soleil pour nous voir comme nous sommes, en
notre véritable jour.
Est-ce qu'il dit vrai, par exemple, quand il met rémigration
bretonne sur le compte de nos divisions intestines? Evidemment
non. Nous sommes divisés, c'est vrai, d'une façon profondétnent
pidicu*t*, plus ridicule encore que profonde, sans savo'r ni pour-
quoi, ni comment, de contrées à contrées, de paroisses à paroisses,
avec des aversions, des antipathies, on jurerait quelquefois des
haines ; mais est-ce qu'un « Gallo » a jamais chassé un « Mitau >»
vers PariSt est-ce qu'un <t Pourlette » s'est jamais enfui vers la
capitale parce qu'il détestait le « Mouton » son vois'n? Il serait
Lout bonnement puéril de seulement le penser. — Et, si M. Go-.
piton a voulu parler de divisions politiques, il n'a peut-ôlre pas
réûâchi que la Bretagne est encore le pays de France où pour la
République on se querelle le moins.
Qu'il affirme après .cela que les émigrés de Paris ne soient pas
de faux Bretons, nous lui répondrons : c'est vrai, seulement ce
ne sont plus des Bretons de Bretagne, ce sont des Bretons pari-
siens. Ges gens là apportent à la capitale les défauts de leur race,
ce qui est une nécessité, puisque leur pays leur donne leur tem-
pérament» leurs propensions; mais il ne leur donne que cela: les
vices, ils les prennent ailleurs. « Le ruisseau, a écrit M. Goriton,
ne roule entre ses rives que Teau fournie par sa source. » Nous
le croyons presque comme lui, — mais sa phrase a besoin d'ôtre
complétée et nous y ajoutons — à moins que, pure et limpide,
quand elle jaillit du sol, elle ne se contamine en chemin, se sa-
lisse et s'empoisonne I Nous ne souhaitons pas à M. Goriton de
boire à ses déjeuners de l'eau de Seine qui a traversé Paris, et
pourtant c'est de l'eau de source I
Aussi, que le contingent qui chaque année franchit notre
frontière, arrive dans la grande ville déjà mûr comme un fruit de
seâ faubourgs, nous estimons cela impossible.
11 y a de l'ignorance chez nous, oui : (nous parlons d'ignorance
religieuse) il y en a partout. Mais en Bretagne il y en a et il doit
y en avoir moins qu'ailleurs. Ici nos écoles libres sont peuplées.
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IBS easTONs m BftÈtAGÎit n
riostroctioD se donae, plus rai emenl, mais enfin elle se donne
encore en famille ; ici les églises sont fréquentées par un peuple
qui écoute, et qui pour l'ordinaire comprend*: ici les œuvres de
femmes sont nombreuses, celles d*hommes et de jeunes gens
grandissent et se multiplient Quels sont les diocèses de France
qui sont plus instruits que celui de Nantes, et il est pourtant en
Bretagne, et si nos autres diocèses bretons savent moins leur
religion que celui-là, combien en compterait-on dans toute la Ré-
publique qui leur soient supérieurs ou même seulement égaux?
— Admettons que nous ignorions; au bout du compte^on est tou-
jours l'ignorant de quelqu'un ou de quelque chose ; mais alors
que penser de ces malheureuses contrées, qui sont la moitié de
la France, où Therbe pousse dans les églises, où la morale s'ar-
rête au seuil du foyer, où Dieu s'apprend à la première commu-
nion qu'on se hftte d'oublier tout de suite et pour jamais? Est-on
ignorant là ? et si on Test en Bretagne, comment l'est-on dans ces
pays qui ne sont pas Bretons?
Il n*est pas plus exact de nous traiter d'alcooliques. Nos gens
sont buveurs, et ils partagent avec les Polonais et les Irlandais
cette réputation qu'ils n'ont d'ailleurs pas volée. Pourtant ils
ne s'enivrent qu'à de certains jours de dimanche, dans leurs
réunions et dans leurs fôtes. Est-ce avec de l'alcool ? Moins
souvent qu'on le croit, et nos médecins morbihannais consultés
naguère (1) répondaient presque unanimement que la boisson
ordinaire chez nous était encore le cidre. Au reste le paysan
jeûne après ses excès, il se contente souvent d'eau pure par
nécessité de misère ; et la nocivité de l'alcool absorbé disparaît
dans la réaction de son travail de tous les jours. Que M. Goriton
nous cite donc l'œuvre scientifique où il a vu que l'eau-de-vie
produisait dans la Bretagne entière les désordres dont il parle i
Qu'il nous montre, je ne dis pas telle ou telle interview, mais
bien des statistiques officielles établissant pour nos cinq dépar-
tements les déchets qu'il mentionne I Comment: il a écrit que
l'alcoolisme atteignait la race bretonne dans sa source vive 1 que
les médecins militaires réformaient dans certains de nos cantons
plus de la moitié des contingents I Uù a-t-il pris ces chiffres?
Quels sont ces cantons? Combien y en a t-il ? Ils doivent être
nombreux puisque c'est la race entière qui est atteinte et jusque
(t) Consul tatioo faite par la Revue Morbihannuise (rj06i.
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13 REVUE DE BRET\GNB:
dans ses sources 1 Hélas l nous peasions alimenter de nos jeunes
gens la flotte française, fournir aux casernes de la région des
ooniingentfi si forts qu'il fallait en répartir le trop plein à la
frontière et jusqu'en Algérie. Et il paratt pourtant qu'en dépit de
son augmentation numérique la race bretonne est susceptible de
disparaître. C'est du moins M. Coriton qui le dit. Eh bien, soit,
nous n'y contrôdiaons pas ; mais, tout de mêGoie, avant que nous
ne dIsparaissioQs, il faudra bien que notre augmentation nu-
mérique 9*arrôte, et il est trë^ probable que de plus alcoolisés
que nous, les Normands, pour ne nommer que ceux-là, auront
depuis tongtemps cessé de vivre. Nous ne sommes pas prêts
d*y être.
Que M. Goriton se rassure donc : notre esprit religieux nous
sauvera. Il n'y croit pas beaucoup à notre esprit religieux, ou,
pour parler exactement, il le juge en voie de devenir passable-
ment formaliste (1): églises qui se vident, prières qui s'oublient,
rangs anarchistes qui se grossissent, religion qui n'est plus ni
pensée ni vie. C'est beaucoup, et c'est pourtant le reproche qu'il
nous adresse. Nous avouerons humblement que quelques-uns
d'entre nous le méritent. Oui, et M. Qicquello avait raison de ré-
crire il y a deux ou trois mois dans la Revue du Clergé, nos côtes
morbîhannaises çà et là se déchristianisent: fruit de Tencaserne-
ment, des voyages continuels qui tuent la vie de famille, de l'i-
gnorance causée par réloignemenl du prêtre, de l'immoralité
enfin, qui n'est plus bridée par les sacrements. Nous reconnais-
sons cela, mais sans concéder davantage, parce que ce serait ca-
lomoie. Jamais par exemple o i ne nous fera dire que nos popu-
lations maritimes soient gâtées, car sur plusieurs points elles
sont restées bonnes, et presque partout l'élément féminin y a
gardé une foi très pratique et très instruite. Jamais nous ne re-
connaîtrons que l'intérieur du pays, sauf de rares exceptions^ ait
oublié ses traditions chrétiennes.
Il pldtL à M. Goriton de nous traiter de paresseux (2), en quoi
donc?Qtiand on injurie, on précise; ici il faut préciser. Qu'il
nomme la classe de la société bretonne, la contrée ou la paroisse
(t) Ditcourjt, pi|f« tt, 1igii4^9, < C« ii'«it pas sealement loin de son pays qu*il
« dé^artâ l'A^Uiâ, c<^M« de dir^ 4«s pri4râi, grossit le rang de Tarinée qui monte
V àl'aasnut ilu la lo ci été. *
{2) Discouru, page i^. li^ne 2S ï * EUeest (la Bretagne) hora d'état d'arracher
f«a enfants à leur dé fan t dominant qni est ta paresse...
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LES BRBT0N8 OB BRETiiGNE %9
qa*il marque ainsi da sceau de l'ignomiaie I Nou9 vouloas croire
qu'il coanatt le peuple doot il parle, qa*il Ta étudié» pratiqué
chez lui, Doo pas daos les agglomérations urbaines trop mêlées,
mais là où il se trouve vraiment lui->mdme, dans ses villages et
dans ses hameaux ; nous voulons croire qu'il a scientiflquement
procédé et qu'il possède, nombreux et décisifs, des faits sur les-
quels il étaye son discours. Alors qu'il montre donc comment
nous autres Bretons ne voulons pas avoir d'aptitudes (1), à quel
moment nous nous sommes dérobés à la responsabilité et à Tini-
tiative* sur qui pèsent Tinertie et la mollesse et quels noms
portent ceux qui les abritent sous leur voile* Il a lâché un gros
mot, M. Goriton ; il a dit qu'en Bretagne on avait le spectacle de
l'abandon de nos compatriotes (2). Gest trop vague, trop im*
précis ; qu'il désigne mieux les abandonnés et qu'il dénonce pu*
bliquement les abandonneurs I Sans doute il s'imagine que le
peuple breton tout entier procède par routine, et que nous mar.
chons ici notre chemin sans conception raisonnée de la vie et
sans intelligence des personnes et des choses^ au milieu des-
quelles nous nous rencontrons. Eb bien I puisque nous le sup-
posons homme d'action et d'idées tout à la fois, qu'il nous expose
aes théories lui-môme, qu'il nous éclaire sur son système meil-
leur que le n6tre, pour conduire et diriger les hommes. Passe
d'avoir comparé la Bretagne à une veuve éplorée(3), il reste à
M. Goriton d'abord de nous dire à nous comment s'appelait le
mari défunt, etexisuite de lui donner à elle ses prudentes direc-
tions pour son veuvage.
Q j'entendil bien au juste lorsqu'il parle de renoncer à la lutte
pour se jeter dans l'action (4). Ne serait-ce pas agir que lutter, et
si nous n'agissons pas lorsque nous ferraillons dans la bataille
livrée autour de nous pour la défense de notre foi, de nos mesura,
(I) ùiseours. page 14, ligne 2. « Pour garder notre simplicité, nous atons
« qaelqrefoit mil det bomet à no« progrès et à nos efforts. Nous nous sommes
« diiqae, poar n'aroir pM de prétentious, leplas sûr moyen était de n*a?oit pag
• d^aptitndes. Nous nous sommes dérobés aa tra?ail, k rinitiatife, et la respoa-
• sabilité; notre simplicité a été an foile sons lequel se sontoachéev notre inertie
• et noire mollesse. »
(i) Ibidem, pages 11 et 12. « Nos infortunés compatriotes sont, je ne dis pas ce
« qa*oo 1m fitit, maïs ce qu'on les laisse devenir, loi (à Paris), nous avons
• le spectacle de leurs misères^ en Bretagne nous avons celui de leur abandon.
(') Discours^ page 12, ligne 4.
{h) îbidem^i^ 14, ligne IS. « Noua ne Tonlons pas renoncer à la lutte pour
nous jeter dans l'action. »
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70 RBVÛB DE BRETAGNE
tie nos tradiLions, de notre langue, qu'esL-ce que nous faisons
donc alors 7 Qu'on ne coupe les oreilles de personne pas même
de Malchus comme il le demande, nous y consentons volontiers,
mais la vie catholique a-t-elle cessé d'être un combat, et si le
combat chez nous se livre d'une façon déplaisante à M. Goriton,
auroit-il la prétention d'af Armer que ce n'est pas la bonne 7 Sou-
tierdrâ-t"il que la sienne, car il doit en avoir une, est la véri-
table, et qui puisse toute seule nous conduire à la victoire ?
Que M. Goriton se rassure ; nos âmes bretonnes ne sont point
. si imprégnées d'Imaginatives rêveries qu'elles conçoivent l'exis-
tence autrement qu'elle n'est. Il y a longtemps, très longtemps
que, tout en vivant beaucoup dans l'au-delà, nous nous sommes
constitué une manière d'être pratique avec un catholicisme qui
inspire nos pensées et qui règle nos actes. HIst-ce que la com-
plexité (1) des événements aurait attendu à demain pour nous
saisir dans notre vulgarité naïve I Hélas I nous l'endurons,
comme on Ta endurée avant nous, et comme on l'endurera en-
core après, et, si ce n'est pas de la même manière, ni avec une
aussi grande intensité, ce n'est du reste pas non plus sans y être
préparés aussi bien qu'ailleurs (2).
Et maintenant du discours de M. Goriton que demeure-t-il 7
Ceci d'abord, qu'il n'a voulu ni outrager le peuple breton, ni
même nous être désagréable. A la façon des vieux recteurs de
chez nous, qui les jours de fête profitaient jadis de l'assemblée
plénière de la paroisse, pour conter leurs quatre vérités à leurs
ouailles, M. Goriton a cru que l'occasion était bonne à Mont-
martre pour dire aux Bretons, ce qu'il en pensait sans ambage.
Les vieux recteurs étaient loyaux. M. Goriton fut loyal aussi.
Les vieux recteurs se gardaient bien de célébrer des vertus,
M. Goriton n'a parlé que de vices. Les vieux recteurs enflaient la
voix tout ex près. M. Goriton a exagéré aussi étrangement, et nous
voudrions qu il Tait fait en diplomate. Or^ les temps paraissent
fiais où le peuple, où tout un peuple surtout, puisse entendre
sans blessure un certain genre d'hyperboles.
Un Breton Amioré
(1) Discours, pag«s 14 et 15 : « tout défient oompleze aatour de nous à l'heure,
■ où noua sommeil le temptde la bise tiendra pour eUe (rame bretonne) comme
m pojiT la ci^la de la fable, il ne lui suffira pas alors d'avoir chanté tout Tété. >
(^) Ibidem page 15. lignes 14 et 18 : « Avant tout, elle (la religion) est une
pçntée et une i?ie.,.. elle a été cela en Bretagne. »
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Li DEPORTATION DES RELI6IE0SES iNGEÎINES
LEUR SÉJOUR A LORIENT (1794-95)
L* As semblée Conatituante oonûaqaa Les btens ecclési Astiques et ré-
duisit les retigisuses à une pension ; TAsseiubléô Législative châsaft
le3 religieuses de leurs cûurents et décréta qu*elles préter&ieat le ser-
ment de liberté -égalité ou qu'elles perdraient leur pension; la Con-
76miOD ?4fttionftle, appliquant cette lot du seraient, uon seulement
priya de leur peoeion les religieuses qui ne le pràtèrent pas, mais encore
les emprisonna, les 'condamna ou à la mort au à la déportation, toutes,
même les tmurs des hôpitaux (l).
Les religieuses angevines eurent plus que d'autres k sou Sri r de la per-
sécution. Ooe fut gaillotinée, quatre fusillées et un grand nombre con-
damnées à la déportation.
L'une de ces dernières^ la mère Jeanne^Jacquine Ifoutardeau, reli*'
gieuee Ursuline d'Angers, a composa une relation des événements ac-
complis pendant ces temps malheureui. Nous la donnons plus loin
sans réflexions ni commentaires, certain que les paroles n'ajouteraient
rien k son éloquente simplicité.
Un mot sur la narratrice. La Mère Jeanne-Jacquîne Moutardeau
était née à Saint-Miebel-de^la-Palud dans la ?ille d'Angers en 1761
Elle ût profession le 19 janvier 1783. Chassée de^on courent le 30 sep^
tembre 1792, elle se retira dans sa ville natale chez des amis. Arrêtée
le 13 avril 1794 comme insermentée, elle fut condamnée à La déportation
le El avril et partit avec ses compagnes le ^4 Juin suivant. On verra
que les pauvres détenues n'allèrent pas plus loin que Lorient. Sortie
de prison en 1795, elle entra bientôt dans la communauté que les Ur-
sutines avaient reformée à Gh&teiu*Qantier. C'est li qu'elle écrivît,
fi] Voïei quelle était U formula du i«rai«nt de liberté et égalité : •• Je jura
d*Atre fidèle à tit nation, de munt>>nirde tout inoa pouvoir \a liberté/ régaUtéf
Uiûreté des pereonnei et dei propnéiég, et de mourir, k'il le faat, pour t'eiécu*
ûon da la LoL h Ce sermeut ne fut j&mftii coadamoé par le P&pe.
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22 REVUE DE BRETAGNE
40 ans après les éyénements, le récit des derniers jours qu'elle passa
au monastère d* Angers et de sa captivité (l).
J'étais religieuse auxUrsulines d'ÂDgers avec ma sœur Tem-
plerie (2) et ma sœur de Brassé^ encore novice. Ma naère» voyant
plus clair que nos vénérables Mères, les engagea à se préparer à
leur sortie. Elle envoya chercher la novice ; mais, personne ne
voulant la dévoiler ni lui ouvrir la porte, je m'armai de foi et de
courage, et je fis l'un et Tautre (3).
Depuis ce temps-là, nous fûmes harcelées et fatiguées par les
municipaux de ta ville en public et en particulier. Ils en vinrent au
point de faire Télection (4); mais nous réélûmes la même supé-
rieure. Ils firent ensuite Tinventaire dans tous les offices de la
maison et de la sacristie : vases^ ornements, linge, rien ne fut ou-
blié [5). Us enlevèrent les vases sacrés; nous étions consternées.
Le saint ciboire contenait 500 hosties nouvellement consacrées.
Le bon Dieu, qui n'abandonne jamais les siens, permit qu*un
monsieur de distinction procurât à notre Mère, M°* Heurtelou,
un prêtre qui en habit séculier nous confessa dans un petit ré-
duit extérieur tandis que nous étions dans Tintérieur; je ne me
rappelle pas s'il dit la messe, mais il nous communia et nous
donna à chacune plusieurs hosties. Notre Mère le pria d'en ré-
server quelques-unes, ce qu1l fit pour notre consolation. L'or-
fèvre eut la bonté d'avertir du jour destiné pour Tenlèvement
des vases sacrés, et un prêtre dévoué eut le courage de s'exposer
aux plus grands dangers pour venir enlever la custode en plein
midi. Nous fûmes donc abandonnées à nous-mêmes sans prêtre
et sans autel. Nous passâmes ainsi plusieurs mois. Ma mère et
mon frëre^ qui nous faisaient de fréquentes visites, nous dirent
(t) Uofl i.utr« Helation du lùGyûgû dêi religieuses Angevines à Lorient, compo-
eiè pur nna ikuln Unulitie, la Mère B«snard, a été publiée par V Anjou ffisto-
Hque(n'' daftiUlet 19^3).
{2} La Mr« Catb«HDfl-H.flnè« Moutardeau de la Templerie, né« dans la paroÎMe
d« SflJDt-Miehel d«-ia-PaUd en 1763, avait fait profeMion le 19 janTÎer 1784. U
eji iara que«ltoii plui loia.
(3) D^ le SS octobre 1780, TAj^eiablée Constituante suspendit rémission des
V€ouE monatiiqae». Le tj février misant, un nouveau décret prononça la snp-
presiioa des ordres reli^ieuE et de& congrégations dont les membres émettaient
des Toeui lolenneJi.
(4) Su exéûutkon du déorel du I octobre 1790.
(&) Un premier inventaire fut fait par la mnnicipité le 26 avril I7B0, et un
Autre par le districi le tfl septembre suivant.
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t
La DEPORTATION DES RKUGI RUSES ANGEVINES 2i>
que le public croyait que c'étaient les prêtres qui dqus rete-
naient, ne pouvaat se persuader que des religieuses passent se
passer des secours de la religtOHi ce qui causait leur admiration
et non leur conversion.
Le jour deretilèveinentdes cloches, nos Mères d'étant laisaéea
persuader qu'elles ne sortaient que pour le momentané voulaient
pas que l'on brisât le lambris de Tégli&e ; nous eûmes eepeudant
la douleur de Teûteadre casser, après bien des iaierrogàtions
et des rtmontranees qui nous furent faites pour noua inU-
mîder.
Le jour que le décret (i) arriva^ les naunicipaux entrèrent el
Dous signifièrent, au nom de la loi et de la nation, qu'il fallait
que la maison fût évacuée le 30 septembre 1792, Chacune se retira
cbez ses parents ou amis parce qu'ils ne voulaient pas de ras-
semblement. Je ne sais par quel hasard huit de nos sœurs eurent
la consolation de rester ensemble, mais cela ne dura pas, madame
la nation leur donna la volée.
Ma mère était entourée de bons patriotes d'une prévenance
charmante, toujours sur ses épaules* Mon frère, chargé par la
ville de monter la garde» le faisait jour et nuit. Ma sœur, malade
et dans fa désolation, était obligée de se retirer dans le {^reniera
cause du grand nombre de soldats qui étaient à la maison. Quel
parti prendre ? La Providence, qui veille à tout, permit qu'une
dame, amie de ma mère, décidât avec elle que sadomesbique
viendrait nous chercher le 28 octobre de grand matiDj pour
nous conduire chex trois de ses sœurs dans Tintérieur de la
ville {2} ; là, on nous donra une chambre sur le derrière d'une
grande maison, espérant que nous y serions oubliées* Nous y
étions parfaitement bieo^ ayant le bonheur d'entendre quelque-
fols la sainte messe et de nous revêtir de notre saint habit, ce
qui était très fort du goût de ma sœur et de celui de ces demoi-
selles, et non du mien qui r^ai jamais aimé les imprudences.
Dans le même temps, on nous dit qu'un prâtre revêtu de ses
omemenls sacerdotaux, avait été guillotiné (3) avec plusieurs
autres prêtres ; il fut Hussi guillotiné plus de vingt hommes de
( ) C*eit le décret du 17 aoAl tTt'l qui ordonnit qu« toat« let mmûont oeeu*
p^ea par Ui relipeuse^ B^raifnt ^v&caée« pûur \^ l*^ octobre iuiyaoL
(<) Cbez M. H«daA«, place N«uYâ, n* S93 (Anjou Historifue^ znmi 1903),
ff) M. Noël Pinot, e^ré du Lonroiii^l^éconnàif^, (^uiUf lin! Ic^ ft f^-vri«T 1TV4
[Anjou Bistoriqjte, janvier 190S\
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U REVUE DE BRETAGNE
8uite(lj, je crois que c'était un dimanche. Ces demoiselles avaient
un frère âgé et très dévot qu'on vint chercher pour le mener
à la prison nationale ; les républicains firent ensuite une
recherche exacte, fouillant partout, depuis le grenier jusqu'à
la cave qu'ils labourèrent comme un champ, mais ils ne trou-
vèrent ni la cache au bon vin de 1781 ni celle de l'argenterie.
Apparemment qu'ils pensaient trouver un prôtre dans les boîtes
de toilette qu'ils visitèrent aussi, et où la mattressede la maison
crut qu'ils lui avalent dérobé un diamant. Lorsqu'ils passèrent
devant notre chambre, la personne qui les accompagnait leur
dit : a Voici la chambre de ces dames qui sont en prières. »
Providence de mon Dieu ! ils passèrent outre. Nous avions dans
cet appartement des effets et des marchandises très précieuses.
Nous voici arrivées au grand jour, jour fameux dans les annales
de TEglise. Le 13 avril 1794, dimanche des Rameaux, on ferma les
portes ÔB la ville, et la garde fut commandée pour aller chercher
les religieuses non assermentées et les amener au bureau révo-
lutionnaire, séant dans la salle de rév6ché(2). Sur les sept heures ,
la domestique nous dit toute tremblante: c Mesdames, deux na-
tionaux emmènent M"* Roussel (3) ». Tout de suite nous réci-
tâmes les prières des agonisants. A huit heures, on nous appela ;
arrivées dans un étroit appartement sur la rue, nous prtmes notre
petit paquet qui était fait depuis quelques semaines (4). Nous
vîmes avec surprise plusieurs nationaux se saisir de deux jeunes
personnes malades. Ils nous firent des reproches de les avoir fait
attendre, puis nous partîmes. Quand nous fûmes à moitié de la
montée de Tévôché, ils offrirent le bras à ma sœur, qui refusa en
disant qu'elle n'en avait pas besoin pour aller au martyre. Arrivées
à Tévêché, on nous conduisit dans une salle où étaient déjà réu-
nies beaucoup de religieuses. Je laisse à penser quelle fut la joie
commune dont nous fûmes émues. Quand toutes les recherches
(1) La Uil« complèu dei perionnes gaiUotiaéas à Angers depuis le 30 oc-
tobra (793 jaiquVa U octobre 1794 a été publiée daos V Anjou Historique
{Dmi 1901}>
{Z)Lj!l narratrice vaut dir« le Comité de Surveillance ou Bévolutionnaired'Xn'
fert, créé le 8 juitlrt i793, et qui s'installa à TéTéobé au mois d'octobre suivant ; il
j resta jusqu^tta JOman 179», jour desasnppression {Anjou Historique, mai 1904)*
(3) Religieuse Carmélite d'Angers.
[k) Elles ponvaieni bien s'attendre, en effet, à être mises en prison, car le
10 murs préeédeat on avait arraché des trois hdpiiaaz d'Angers les sœurs qui les
d«i««rf aient pour les incaroérer.
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LA DEt'ORTATION DSS aELlGIEUSKS ANGBVTNBâ U
furent doies, on nous fît passer dans une très beli.e pièce, oh.
nous trouvgl[B6s le tribunal (1), qui nous interrogea séparément
d'une manière très honnête. Quel bonheur pour nous de con-
fesser notre foi dans i^n lieu érigé pour la confirmer !
On nous meoa ensuite deux à deux au grand séminaire (2);
DOS parents et nos amis firent apporter ce qui nous était néces-
saire; tous ces objets sont restés au proAt de ta nation à notre
départ.
Le 15 du m6me mois, mardt*saint, arrivèrent dans la nuit lei
dames hospitalières de Beau fort, au nombre de 20> et une reli-
g-iense de la Visitation de Saumur. Ces dames furent fouillées très
strictement elles avaient été déjà fort maltraitées par les habi-
tants de Mazé, qui firent un grand ravage dans leur cave, où
elles trouvèrent un national mort dans Tivresse. Il est à remar-
quer qu'à répoque de leur sortie, elles avaient caché un jeune
prêtre, qui fut heureux de ce qu'une tourière resta pour Tassister,
ce qui ne Tempôcha pas de perdre la tête. Ces pieuses flUes eurent
continuellement la pluie sur le dos pondant leur voyage ; il y en
avait plusieurs de malades^ deux surtout, et uue troisième qui
avait un vésicatoire à la jambe ; celle-ci resta à Angers {3).
Nous avions presque tous les jours un sermon ualionul au sé-
minaire, prononcé par te frère d'une de nos religieuses (4). Il
était monté dans la chaire du réfectoire, et nous étions toutes
debout très gênées*
^Le 18, nous comparûmes au bureau du séminaire (5) où, après
beaucoup d'interrogations^ en présence du neveu du curé de notre
paroissOfils me demandèrent qui m*avaitsî diablement fanatisée.
« Votre oncle "» répondis-je, en m'adressant au neveu du curé.
Le soir de ce même jour, lorsque nous étions sur nos matelas
<!} C«tt-à'dLro l«i membre* An GomiU Hé?olutioaiimir«,qiii itT^ieot étâinslal-
U« le tfi min 1791. Ut étaieat moiitft TArooes que leurs prAdécefaeart, qui araient
été révoqué* p^r les repré««DtaDti du peuple.
(ï) Le gtmad eémiDaire arail 4(é tr&aafarmé ea priioa. G'a«t a^ujourd'hui le
MuMée et la Biblioihèque.
(i) Persécution endurée pendant ta Héiaoiutian par te* reliçieueer Ho.tpitti'
lière* de SaiiU-Josepfi de beaufort-en- Vallée, parddiii Fiolin (Anî^eri, Btrasié,
îêi3.}
(l) C'était le «îtojeû Sartre -Poît^vinière, frère d'une UreuHne d^Anger» qui
avait prêté leroient le 9 janvier 1794.
(&} C'ett-à^dire que la CommUtion militaire ilél%ua deui de ees memhri^s, U'9
&itojefia ûouppil f^t Obrumier, pour interroger lee «iétenoea dâua la pntua :
113 pruonalirii* fureat interroféia c^ jour-là^ parinî leaqueUe» bi religieuiaa^
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26 MVUE DE BRETAa^E
qui étâdetit» bien êti tendu, le carfeaa, ilétitrft titl homitie, le sabre
à la main» avec iih habilletnetit garni depuis le 6ou jusqu'aux
pieds de petits boutons d'acier. Une barbe d*une grandeur ex-
trême, un chapeau illumine : c'était le vrai portrait du diable.
Après s'être promené quelque temps dans la chambre, il nous
demanda combien 11 y en avait qui eusent prêté le serment.
Nous répondîmes unaiiimement : « Pas une. -^ Notls verrons de-
main », dit-il. « Eh bien I à demain» » dîmes-nous. Il sortit, le
diable confondu avec lui.
Lé lendemain, vendredi-sainte le beau personnage décrit ci-
dessus vint nous chercher une à une, et nous faisait traverser
une cour et un jardin nous conduisait dans une chambre voisine,
puis il retournait en chercher une autre» ôè qui dura jusqu'à la
dernière. Jugefc de notre inquiétude, en ne voyant revenir per-
sonne ! Ceci était une nouvelle tentative.
Le 20, la commission nous flt descendre avec un grand ïiombi'e
de femmes de Segré, pour comparaître devant les juges. On nous
appela toutes les unes après les autres, puis ils marquaient une
Pou une N selon leur volonté. Quand la scètie fut finie, toutes
celles qui étaient dans la cour intérieure eurent ordre de remon-
ter, avec défense de mettre la tête à la fenêtre sous peine de
mort. Quelle fut notre douleur d'eUtetidre les cris des pauvres
malheureuses femmes qui partaient pour la fusillade, et parmi
lesquelles était M"''' Chasserie, dont la Aile religieuse était avec
nousl (1)
Le 21 et le 22, nous fûmes conduites deux à deux dans Téglise
des Dominicains; présentement la gendarmerie, tribunal public
de la Gotumission Militaire, où nous refusâmes toutes le seï*-
ment, excepté cinq, deux religieuses, deux toufièreset une maî-
tresse d'école de la campagne. On nous demanda notre nom,
noire âge, notre pays, notre maison ; ensuite on nous flt à cha-
cune en particulier la question suivante : « Religieuseï avez-vous
fait le serment?— Non », tépondîmes-nous. a Le voulee-Vous
faire? — Non, Dieu me le défend et ma religion aussi. »
Les sœurs de Saint-Jtan, celles de THÔpital Général et celles
des Incurables furent aussi interrogées en public, le mardi de
Pâques. Ces fameux juges, dont le tribunal était érigé dans Té-
(1) La narratrice fait ane petite erreur de date, bien excusable après une pé-
riode de 40 ani : o*est le 10 avril 1794 qne ce« pauTrea femoles^ parmi leaqu«)ll«8
la Mère d'drie Urmliae, fttrenl fuailléee au Champ^aes-Martjra d*Ang«H.
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LA DÉPORTA TÎOI^. DES RELIGIEUSES ANGBVINES 27
glise sur le tombeau de NotreSeipfneur Jédus-Chrtst. passèrent
dans la communauté afin de prendre les voix. Après Un court
intervaUe, ils remontèrent sur leur tribunal, et nous dontiërdût
lecture de notre jugement, qui nous condamnait toutes 97, reli-
gieuses^ Ursulines ou Hospitatières, à la déportation perpétuelle
bors du territoire français, puisque de notre aveu nous préfé-
rions ia mort h la liberté, que nous aurait procurée le serment
répubHcain. Cette sentence, qui faisait notre gloire sans qu'ils
i^^eû doutassent^ fut prononcée en présence d'une fôule im-
Daense* dont mon frère faisait partie.
Nous fûmes ensuite menées à la prison nationale, ci-devant
royale (1). 11 était très tard ; les boutiques des rues Saint-Laud,
des Poôïiers et du Pilori étaient fermées. Nous arrivâmes au gui-
chat, où nous passâmes une à une, au milieu de la garde redou*
blée et de la multitude.
Notre premier asile fut la cour des hommes. Nous étions ac-
compagnées de ce charmant individu, nommé Colas, qui recom-
mença à nous fouiller. A la suite de cette opération, on nous
l!t entrer dans notre chambre k courber, située au rez-de-chaus-
sée ; elle était garnie de paille mi-usée, il y avait seulement deux
Hts, elle était occupée par une quantité de femmes qui nous firent
rhoûneur de nous la céder, se réservant seulement la cour.
Au second étage était une aulre chambre meublée de la môme
manière et remplie de poux, de punaises et de puces, de sortô que
nos chemises étaient comme teinles de sang. Nous étions telle-
ment pressées, qu'étant assises, nos pieds ne pouvaient s'allon-
ger* Une dame de la Visitation y mourut. Nous avons été 109 per-
sonnes dbQsces deux pièces, depuis le 22 avril jusqu'au 24 juin.
M*"' de Ja Porestrle était £ous un escalier ; elle mourut dans ce
réduit comme aaint Alexis.
fies messieurs de la ville nous visitèrent et nous firent la grâce
de nous demander si nous avions quelque chose à réclamer; nous
répondîmes que nous ôtione trop bien pour rien désirer (2).
(I) Siiué^ place des Haiits,c^Xie priion & été démolie au début do XiX* siècle.
{1) Dam *ùn Journal contemporain, M. Qrug^t, ouré d« la Trinité d*Angert, ca-
ché en e«ite tUI», écrivait le diniAziobe fS mai 1 194 : « Les religieuses et les sœurs
déUfiaesea prison sont toujours tfés piit^s, mnlgréles maurais traitements qu'on
Lsur fait éprouver. Dvus autre* sont dérédées des misères qu'elles avaient es-
iQjéeê. > — te ^5 mai : « On a affiché JVxportation à perpétuité des religieuses
•i des iœuri qui oui refnié le termeni. » — Le 2 juin : « Les religieuses sont
toujours très contentes da&i les prison». Mïm s'oceapéiltà ebâtttor les lo^anget
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28 HBVUE Dft BRETAGNE
Le 24 jain fut le premier jour de notre voyage. A 2 heures
après midi, deux messieurs en habit bourgeois vinrent fort hon-
nêtement Qous faire passer dans la cour des hommes» nous ran-
gèrent sur deux lignes et nous conduisirent à la porte de la pri-
son; làp une forte garde nous attendait; nous prîmes nos rangs
et nous marchâmes d'un air très satisfait, nos petits paquets sous
le bras, au milieu de deux colonnes de nationaux, au son du tam-
bour qui battait, m'a-t-on dit, l'air du Pange, lingua. Nous tra-
versâmes une partie des halles, le Pilori, la rue des Poôliers, celles
de Saint-Laud et de Baudrière^ le port Ligny, et nous nous em-
barquâmes à 4 heures sur le petit pont, aujourcf'hui le quai. On
nous donna trois pains de munition pour deux, en nous disant
que ce serait pour longtemps. L3 bateau était chargé de carreaux
qui nous servirent de lit^de repos el de fauteuil à la belle étoile
tout le temps que nous fûmes sur Teau. Les bords de la rivière
et les ponts étai<^nt couverts d'une foule immense qui ne nous4it
pas un mot soil n bien soit en mal, ce qui nous surprit beau-
coup.
Arrivées en pleine Loire, nous commençâmes à avoir un peu
d'înquiétnde; on dit que le marinier avait ordre de nous faire
boire à la grande tasse, à la Baumette, qui est à uqe lieue d'An-
gers, Ce bruit fut bientôt détruit, parce que, dit-on, le marinier
avait répondu qu'il ne voulait pas perdre sa marchandise pour
noyer des femmes (1). Nous couchâmes la première nuit à la
Pointe, le lendemain 25 à Montjean, le 26 à Ancenis,
Le 27, les Vendéens nous saluèrent d'une fusillade et blessèrent
notre commandant vers Ghamptocé. Ainsi nous pouvons dire
d« Dieu et k consoler ceax et celles qat 7 sontoonduites. Le 25 mai, qaatre re-
ligieuses qui a'aYaient point été prises arec les autres, furent conduites en prison
,«7âc les autre}*. Défense a été faite de rien leur faire passer hier. » — Le 4 juin :
« Oa parle lie mettre les soeurs dans des bateaux pour les faire noyer dans la
nviére. » ^ Le 24 juin : « Sur les 2 heures après>midi» on a pris les pauvres
soeur» qui étaient dans la prison. On les a attachées deux à deux et conduites au
port Inigny. Ce spectacle a attendri toutes les âmes sensibles. Oo ignore. ce
qu'on va en faire. On craint qu'on ne les fasse noyer en route. »
(l) Quelques mois aprèj, le 3 novembre 1794, Simon Edon, capitaine de g:en-
darm«rît9 d*Angers, fit au Comité Révolutionnaire la déclaration suivante : « Après
le jugemeQi rendu contre les religieuses déportées, je me trouvai avec Félix, pré-
sident de la Commission militaire, qui me dit en causant sur le voyage de ces
r^ligiAuttsi qu'ils étaient autorisés par Francastel, représentant du peuple, à
mettre dans les lettres de voitures que les voituriers ne seraient pas respon-
sablssd aucun coup de vent ni d*aacan autre événement... •
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»F* W^'-^WT^
LA DEPORTATION DES HEUGJEUSBS A^GEVINES 39
que Douâ avoûÊi élé à la guerre sur i'ddu ; heureusemeiit pour
DOUS; DOS gardes manquaient de munitionSi ce qui fit faire la paix.
Nous arrivâmes à Nantes vers 5 heures du soir, et nous dé-
barquâmes près du château, où il y avait un rassemblement
nombreux. Ma sœur dit à un soldat : » Citoyen, j*ai peur* — Pre*
nez mon bras, répondit-il, et soyez tranquille. » On laissa Le ba-
teau en pleine eau, et nous passâmes sur une planche Tune après
Taulre, Oa nous déposa sur ta place du Bouffay, ou nous res-
tâmes debout, exposées à la rigueur du soleil et aux regards de
toute la multitude* qui ne nous parlait qu'à demt-voiXj parce
qu'elle craignait la garde qui était très forte. Je tenais sous le
bras d'un côté ma sœur, et de Tautre M^^' Richou. tante de
M^^* Lemercier, laquelle avait très bonne mine. Un jeune
homme l'aborda en disant : <c Voici la Mère Abbesse. n ^ A
8 heures, on nous mena à la prison, qui regorgeait de prison
niers. Nous vîmes M^"'de Charu par une croisée bien grillée.
Les Nantais étaient fort mécontents de n'avoir pas été prévenus
de notre arrivée. Enfin nous fûmes conduites dans la salle d'au-
dience, dont le christ était brisé. Le parquet nous fut donné pour
sommeiller. On nous donna aussi de la boisson dans un grand
cuvier. Vers le milieu de la nuit, les portes s'ouvrirent : un grand
nombre d'hommes armés se présentèrent, Arent le tour de la
salle en jurant et blasphémant. Nous étions toutes assises le
long de la boiserie. Immobiles, ne voyant rien, et nous reposant
doucement dans le calme de notre conscience- Ces hommes se
retirèrent comme ils étaient venus.
Le 5* et le 6' jours de notre voyage» nous restâmes à Nantes ;
nous repartîmes le 7*, à dix heures du soir. Un nous ûi sortir 8
à 8 par la porte du Bouffay, où nous montâmes dans des char-
rettes à bcaufs. Je demandai au garde placé près de moi dans
quel Heu on nous déposerait. Il me répondit qu'il avait ordre de
nous conduire à Savenay, avec défense de nous Taire aucun
mal. La douceur de sa réponse m'engagea à le prier de nous re-
commander à la garde qui te relèverait.
Le 1*' juillet, huitième jour depuis notre départ, nous entrions
dans Savetiay, à 10 h, du matin. L'église paroissiale de Saint-
Martin nous fut assignée pour asile. Les habitants nous procu-
rèrent tous les secours que la charité peut suggérer. Je me con-
tentai de demander un couteau à un factionnaire ; ma sœur ûb*
manda des ciseaux k une petite demoiselle bien gentille, qui
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90 KeVUB DB BHJBTAGNK
au33itOt Iq3 détacha de sa ceinture et les lui présenta avec beau^
coup de délicatesse.
.. Oq «ait tQu( ce qu*a souCTert Savenay dans ces temps malheu-
reux* Quand la nuit approcha, il fallut rentrer dans l'église. Ma
sœur et moi nous prîmes notre repos sur les marches de Taulel.
Je ne tardai pas à m*endormir. Ma sœ ir me dit le matin que
toutes ces dames avaient été incommodées. Je crois que nous
Tûmes les ^ules qui n'éprouvâmes pas d'indisposition, attendu
que nous n'avions rien pris d'extraordinaire.
Le 2 juillet, nous sortîmes de Savenay, à six heures du matin*
Après avoir fait trois lieues, nous nous arrêtâmes à Pon/ Château,
ou nou& restâmes dans nos charrettes à Tardeur du soleil, très
vive ce jour-là. A midi, nous arrivâmes à La Roche- Bernard ; on
nous mit dans un mauvais grenier. Un homme en aidant une
malade à descendre, lui dit: « Vous me faites pitié, mais votr^
cause est belle ; quand on fait son d^voir^ on est toujours heu-
reux ; soyez toujours fidèle I »
Le 3, nous partîmes de la Rocbe-Bernardi à cinq heures du
matin ; nous fûmes à pied jusqu'au port, et nous passâmes laVi-
lâinOf accompagnées d*unë foule de monde. C'est en cet endroit
qu*on fit sur nous une très jolie chanson, sur TairilA/ vous dirai-
jey maman, qu'on ne se contenta pas de chanter, mais dont on nous
&l présent. Nous atteignîmes de bonne heure la petite ville de
HuziUac, où nous coucbânes entassées les unes sur les autres
dans uoe église pleine de paille et de poux. Nous éprouvâmes
là une si grande chaleur qu'une bonne Carmélite ne put s'em*
pocher de dire & la municipalité qu'elle n6 voulait pas étouffer
avant d'être rendue à sa destination. On lui répondit : « Madame,
nous ne répondons pas de vous ». On doubla et tripla la garde, et
il nous fut impossible de sommeiller.
Le 4 juillet, à cinq heures du malin, noui quittâmes Muzillac
pour aller à Vannes, où nous arrivâmes à midi. On nous logea
dans le dortoir de la maison de retraite, où nous couchâmes sur
le carreau toutnu. Les municipaux venant le matin faire leur vi-
site s'aTTëtèrent aux pieds de ma sœur, et lui demandèrent si elle
voulait faire le serment de liberté et d'égalité. « Messieurs, ré-
pondit-elle, si j'avais voulu le faire, je ne serais pas venue si loin.
— Si voua saviez ce qui vous attend î reprirent-ils. — Le Dieu
pour qui je souffre, saura bien me soutenir. — Vous êtes bien or-
gueilleusel — En ngiatière de foi, il n'y a pas d'orgueil » Voyant
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LA DIPURTATiO^f DES RELrctROSfiS ANGEVINES 31
qu'ils ae gagaaîent rien, ils se retirëren t en silence, aprùs lui ^voîr
accordé de rencra^ dix papier et des plumes pour écrira à ma mèr^.
Le 5 jLiîUat, nous pardmes de Vannes, & sU heures du matin ;
nous y laissàiies Mme Boulay, reliKi^use Carméntef malade
d'une fièvre putride. Nous passâmes devant ia cathédrale pour
rejoindre nos charrettes, et nous étions entourées de personnes
quÈ gardaient le silence et qui s'approchèrent quand nous fûmes
montées dans nos voitures, à 36 portières ; elles me donn&rent
trois crucifia : elles paraissaient painées.
Nous arrivâmes de bonne heure à Auray » On nous fit descendre
i la prison nationale, qui était belle, mais malpropre et de
mauvaise odeur, et dont le geôlier n'était pas complaisant. On
nous dit que notre garde avait commandé de nous faire de la
soupe sur s% paie^ ma^s le geôlier n'avait pa^ voulu ta laisser passer .
Le 6 juillet, treizième et dernier jour de notre voyage pour
torieni, nous parltmes d'Auray, à 4 heures du matin. Nous
fîmes halte à Landévanl, oil il y a un fort joli port. Nous eûmes
une très grande peur lorsque nous entendîmes crier : a A Veau
les femmes des prêtres l n Nos gardes, sans se troubler répon-
dirent ; ** Ce sont les bonnes soeurs d'Angers. ^ Nous passâmes
le port, et nous traversâmes la ville pour nous rendre au ma-
gasin des Indes, lieu de notre déportation. Nous trouvâmes tes
bords de la mer couverts d'ouvriers et de vaissaux. Oi nous dit
qu'on allait nous embarquer avec les galériens pour Madagascar*
Ce bruit fut b^.entôt détruit, parce que les armateurs, voyant
tant d'homoies, craignaient une révolte ; s'il n'y avait eu que des
femmes, ils les auraient mises en sûreté 1
La première nuit, nous couchâmes dans des hamacs, lits or*
din aires des matelots.
Dans une chambre vis*à-vis la nôtrei 50 à 60 femmes étaient
là en arrestation. Nous étions toutes logées dans deu£ grandes
salles ; nous avions pour reposer des lits de sanglas et dtjs cou-
chettes sans rideauic, un matelas garni de filasse, un drap de
grosse toile, une couverture de cheval, un révr^rbère rempli d'huile
de poisson* Dans chaque chambre il y avait deux forçats pour
nous servir ; ils étaient honnêtes et complaisants. Notre nour-
rîture était celle des matelots, c'est-à-dire de la soupe dans de
petits baquets que nous entourions 10 à la fois, une ration de
vin rouge ; le tout nous était distribué par un maître de la Ga-
yemie trois fois par jour. L'eau douce nous était plus précieuse que
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#1 anm m iftCTAGXB
U rm, fnsit H n> avail pas de puils et il fallait raller chercher
aux KnnX'Honneê, k 2 lieues de Lorient. Je laisse à jager quel
fui riMtre Je&Qis dan» Pli i ver de 1794 à 1795. Je ne dois pas omettre
qu'on ifî servait également de petits baquets à soupe pour laver
h lirlff'^
Tr»ut In monde était admis dans Dos salles^ et ceux qui vou-
laient r^xi^rcer lu chiirité en trouvaient roccasion (i). Il y avait une
jnflrrn^riij commune pour les hommes et pour les femmes ; le
mMHim de ta marine les visitait tous les jours ; il voyait fré-
qiiumrnrnt nia sœur qui tomba malade etqui, malgré tous les
ffulns pQinibtoH nn pareille circonstance, succomba avec de très
gfriridr^H Inquiétudes. Souvent elle répétait devant tout le monde,
fît rnArnii di^vant Ifii forçats, qu'elle désirait retourner à Angers
pour avoir un prêtre. Elle poussait cette plainte: « Ah! mon Dieu,
fnnt'll nimirir sans avoir la conaolaiion d'ôtre assistée par le mi-
UÉHtrfM)uHMlgneurt)»Uii3lqu'un lui on ayant offert un, elledemanda
s'il avitit prAtrï le serment. Sur ta réponse affirmative, elle le
n^fufiti avec [ndignalion> R'Ile sa fit lire Tévangile de la Passion,
tiL mri dit ptustiMirs Tois i » Tu t'en retourneras à Angers, prends
îfardn h Lut, iU tuiLortilleront si bien les choses qu'ils vous sur-
priuuirunt. i^Noub t5Ûmes la visitodes autorités qui accompagnè-
nnitnn reprt^Metitiint, Itiquet étant Brrivé devant son lit lui de-
ntitn«Ja ni ellenvait quelque choso à réclamer. « Le ciel, citoyen,
rAfuHidii elle KfiitfiM moi le plaisir de me procurer votre registre.»
Il Ui tn, lit tnuifi mouranle qu'eHe était, elle copia notre jugement,
qui^ ïnmi fr^ro K^^r^^^' {^ncore avec ses papiers de famille. Nous
Iritoiions pour lus liabitautsile la ville. Un jour qu'elle vit une
mhKi^tJtif It'S bras croisés près de son lit» elle lui dit : « Travailles
doni\ on ttirait quft It^s rcligieiiaes sont des paresseuses. » Vous
pouvïii piuiii?r combien U*s Jours me semblaient longs en voyant
ainsi souffrir ma pœtir. KuAnDieu mit un terme à ses souffrances
H rappf t* k lui la :^3 janvier 1795. à I rois heures de Taprès midi.
" 8ur la fin dt' tw mnhidit\ ««Ue demanda à mon insu à voir une
Sivur de 8au)t Jean« paralytique La 94»ur supérieure fut de suite
au lit At i^**Ue pauvre inrtrme et lui dit : « Sœur Geneviève,
M**lVmpl#ne wmt dt^m^udi^ * Aussitôt, sans délibérer et sans
fair^i aui^niud r^(HUi»9. «He part conime ai elle eût été en santé,
,1 U n m^^u -Vf# l't* îi Urwr»U J'Am^^pi^ »«nt a*»* *>• J^H^nMl : • 0«
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LA DKPOBTATIO^J DES BBLtGÏKUSSS ANG£VIN£S ^
traverse une très tonge sallo et se rend auprès de ma sœur. La
supérieure, personne d'un grand mérite^ en me racontant ce
trait, m'assura qu'elle avait cru y voir un miracle, qu'elle attri-
buait à sa prompte obéissance. J*ai vu cette soeur infirme plu-
sieurs fois depuis ce temps, ce qui m'a confirmé dans le senti-
ment de la supérieure (1).
Nous avions aussi une sœur dtj Buron, de ChâteaagODlier{2),
une Dominicaine ou Mayette du Mans^ arrêtée pour avoir caché
un prêtre qui fut aussitôt guillotiné, et elle fut condamnée à la
déportation, d'où elle ne revint qu'après nous. Il lui fallut un
grand courage pour se soutenir, traînée ainsi seule de prison en
prison. Il y avait encore avec nous une dama de Mello, religieuse
de la Fidélité, qui, je croîs, avait un cancer ouvert, ce qui ne
Te m pécha pas de confesser sa foi*
La mort de Robespierre mit un terme à nos maux. On vint
chercher les déportées, comme on aurait fait des marchandises
venues des Indes. Je fus prise par une charitable veuve, dont
toate [a famille s'empressait ^ me faire plaisir. Pour moi, je ne
songeais qu'à retourner chez mes parents. Le bon Dieu vint à
mon secours. Il y avait à Lorient une dame qui partait pour
Nantes ; elle m'offrit de raccompagner, ce que J'acceptai à con-
dition qu'on me donnerait une adresse sûre pour cette ville. Ma
demande fut accueilïie, je fus pdressée à un négociant, chez
lequel je passai un mois, à l'égale satisfaction de l'un et de
l'autre.
Pour seconder Timpatience oîi j'étais de revoir une mère, un
frère et une soeur que j^aimais tendrement, il me procura un ba-
teau pour me rendre à Angers, où il voulut me conduire lui-
même. Nous y arrivâmes le jour de Pâques (5 avril 1795},
M°*' Boulay, Carmélite, que nous avions laissée h Vannes, vint
nous rejoindre aussitôt que sa santé fut rétablie^ malgré les op-
positions des dames de Phôpital et des messieurs de la ville.
Elle leur répondit qu'elle ne voulait point passer pour avoir fait
le serment. Un brave gendarme eut la complaisance de la rame-
ner derrière lui fut son cheval à Angers ; elle alla finir ses joura
chez les Carmélites de Tours, accompagnée de M'"* Roussel,
(I) La sfï^tir GeneTÎèvâf do a t il nat tel qu^ition. FHlé dif la GLi^nt4 da Th^pilal
âAtDt'X^m d'AagEïr«, rentra iiao9 câtte ua^igoo en 1 7'ij «t j moarnt i& ïljmn 1807 ,
(1) Elle fl« QOnimaLt AlUîr«i.
Janciar i^Ûé i
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m REVUE DE BRETAGNE
J'aurais bien désiré les suivre^ mais elles me dirent, que Dieu
avait d'autres desseins sur moi.
En efTel, après avoir fait mes arrangements avec mes parents
lit avoir rempli les volontés de ma mère, je me décidai à venir
donner un peu de secours à nos mères de Château-Gontier» ce
que je fis avec un très grand plaisir. Maintenant je ne désire
qu'une mort heureuse. Amen, Amen (1).
La mère NCautarleaa mournt dans son ûouvent de Chfttean-Gontier
le 31 mars 1849, &gé6 de 88 ans,
P. UZUREAU,
Directeur de V ANJOU HISTORIQUE.
{\) Annttlêâ âé Vordre û^ Sainië-Unulâ exît XIX* siècle^ l,, pagas lu «i f^nU
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LE POÈTE LECONTE DE LISLE
ETUDIANT EN DROIT A RENNES
L'académicien Lecoate de LUfe (Charles-Marie), bit^n que né à
Saint-Paul, dans Tîle de la R^>union, était d'origine bretonne.
il viat en France, en 1B37, chez son oncles maire da Dinan, et
plus tard, en 18%0, nous le trouvons étudiant en droit à la faculté
de Rennes^ ^t demeurant dans cette viUei che^âa tantaj M""^ U-
ger, rue des Carmes^ y.
Le futur auteur des Poème$ barbare i et des Poèmes tragiques
n'avait guère que 2Û ans et déjà la Muse Tavait touché du doigt.
11 écrivait de fort jolis vers et des nouvelles très originales.
Dès à cette époque, c'était un solitaire et un laborieux. 11
n'allait pas dans le mondf^ et ne fréquentait que quelques amis,
avec lesquels il fonda une Revue littérnire n^ensuelle qui eut
pour titre La Variété, Kile élail du format de la Revue des Deux-
Mondes t ei chaque livraison avait 92 page» d'impression. Elle
vécut un an.
Je possède les 12 livraifcons parues^ et je remarque que La Va-
riété était en grande partie rédigée paf Leconttj de Liste, qui y
publia des esquisses littéraires en prose dans un style char-
mant : Hoffmann^ De la satire fantiistique ; — Schéridan, De l'art
comique en Angleterre ; — André Chénier^ De la poésie lyrique
k la fin du XVlli* i^iècle ; et Mon premier amour en prose. Des
poésies: h^a-Ben Maviam; — Lélia dans la solitude; — La
Gloire et le siècle ; - A, M* F. Lamennais \ Hehdiei Sléphany^
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|« Rf VL'E DE BaETAGBfB
Bêii^oHabûratéurs <5titîenl&louardTorquely (qu'on appela plus
lard le nu aîné de Lamartine), — P.E. Duval, —Emile L^nglois,
— AJex/indre Nicolas,— Charl^fs Bénéz\U — Charles Vergos, —
N. Mïlle* — A. Lefas, — Julien Rouiïet, — de Labasfang, — J.
M. Tiengou,— P, M. Vill^hlancb*?, — Kdouard Alix, — Jules de
la Oardiôre, — CJ^jarl^;» de Ullormay
L'[in de ces jeunes gtius écrivit à Chclteaubriand pour lui de-
mander BU collaboration. L'auteur de René répondit :
PatiSy 14 mai 1840,
« VolTiî lettrG, Monsieur, m'a fait un bien grand plaisir en
m'appn^titint Tutila et généreuse entreprise des jeunes Bretons
vosamiiï^ (Iroyez» Monsieur, que si je n'avais pas entièrement
renoncé aux lettres et à la politique, je vous demanderais, tout
vinnx qUB jn Buts, à combattre dacs vos rangs. Grâce aux armes
modorneë, l*âgo n'est plus une excuse pour refuser de descendre
lin ctiamp clos ; niaiij, pour écrire avec succès, il faut avoir la foi,
et Jti n'en ai plus aucune dans la société. Tous mes vœux. Mon-
nlour, seront pour volrtj Hevue iiiiéraire^ Il y a aujourd'hui en
Mn'liigun trois ou quatre talents dont les preuves sont faites, et
qui ^Bfont sans doute très disposés à vous prêter secours dans
viiâ bulles uludes.
« Agrôoiî* etc.
i^ CUATBAUBRIAND. »
Mais rt'Vt'tuin.< \x Leconte de Lisie ;
Sa uouvoUti .Vqh premier €unonr en prose ^ni une bluette ravis-
santis pleine d'humour et d'espriK
tVesl un souvenir de Ttle de la Réunion.
Li* poMû racutîlô qu'il aperçut* un jour dans une église de ce
|ïay$, une jeune femme h la peau orangée, aux lèvres de rubis,
caohôe ?eous an chapeau de paille à roses blunches et à rubans
wriéis 11 eu devint tH^t'ï'^^^^^ient amoureux,
« Si W ii^iîeil du p^radi5, di:îiit-il dans 5es rêves, s'est joué
doucement *iir lef l^vriôs rose^* o mou âme î je sais un soleil
pïu$ deu,\ encort*: — U* eomuis-tut
• Si quelque ange ^mi5 dao* Ion s^unre un souiiîe plus lim-
pide et plu* p.*rfumi^ que U senteur de U myrrne — je sais uq
Sgu^Ae qui donne des ailes pour > w:el : — \c connais-tu ?
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LK POÈTE LLGONTE DE LISLE 37
^ Si la nuit éblouissante a couvert tes cheveux noirs de son
otûbre divine, — je sais uq voite plus discret et plus beau : — le
COQ nais-tu?
• Ce doux soleil t ce voile discret et beau, ce souffle céleste,
ô mon âme, c'est ramour! n
Il aima la femme, à la peau orangée et au chapeau de paille
à roses blanches et à rubans ci;rise, jusqu^au jour où la rencon-
trant dans un manchy, portai» par des nègres, il l'entendit crier
d'une voix aigre, fausse, perçante, saccadée, méchante et inin-
ieltigente : ». Louis, si le manchy n*est pas au quartier dans
dix minutes, tu recevras vingt-cinq coups de chabouc ce
aoirl >
L'amoureuE prit alors une pose grave et triste, puis il étendit
la main vers cette perle de la nature matérielle qui ne renfermait
pas d'âme, il lui dit:
~ Madame, je ne vous aime plus !
Elle répondit par un éclat de rire strident^ et s*éloigna, portée
par sas noirs^
Les poésies de Leçon te de Lisle, dans la Variété, sont trop
longues pour Ôtre reproduites ici en entier, nous nous contente-
rons de citer quelques strophes de La Gloire et le Siècle.
tïon, Id gloire n'est ptua cette voix solennelle,
Que vingt siècles éteints ont rendue éternelle ;
Cette voit, qui du food des temps évanouis
Cliante Homère ou Virgile *in nos cœurs éblouis !
UommQ le bruit des mers toune et meurt sur la grève,
La gloire de ce sièele a le destin du rêve ;
Et ces nomâ triomphantî», que sa voix a sacrés
Pareils à des rayons dans ieî^ cieux égarés,
Symboles inaonstaats, que médite le sage,
S'engloutiront bientôt dans leur passé sans ftge !
Us dorment pour toujours ces siècles de splendeurs,
Dont le génie enfant domine nos grandeurs ;
ûu Dante, où kaptiai^l, Taigle à côté de Tange,
Où le sculpteur géant qu'on nomme Michel-Ange,
Se partageant enfer^ cieii\^ larmes et rayons.
Semblent dans le passé d'immenses visions :
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M$ REVUE DE BRfiTAaflK
Oh! n*éveiUedonc pas, cœur doux et fiolitaire,
Goaar oii ctiËLiite la foi, oat Edâa de la terre I
Oh I n'éveille donc point, dans ta sincérité,
La gloire, ce gerpentt soas les tieurs abrité !
La gloire, ce vain son des voii coatâmporaines 1
Cet orgueil quï surgit d'un amas d'cBUvr^s vaineâ.
Qui, semblable aur vapeurs que poursuivent dob Tœux»
Croît en se dissipant remonter vers les cieaxl
Il y avait à Rennes un horloger du nom d'Edouard Alix qui,
lui ausâi^ était poète à ses heures, et chez lequel Leconte de Lisle
allait souvent causer.
Alix était un garçon d'esprit, fort aimable et grand ami de
la jeunesse. Tous les collaborateurs de La Variété redonnaient
rendez -vous chez lui.
L'horloger poète avait un album qui, par le plus grand des ha*
sards,e3t devenu ma propriété et où se trouvent les vers suivants
de Leconlede Lisle :
PREMIERS REGRETS
0 revenez, mes joueuses chimères 1
Oiseaux dorés, célestes passagers, '
Tendez vers moi vos ailes éphémères,
Veuez berser mes tristesses amères
De chants légers t
L'heure n>st plus oïi le bonheur facile,
Gonde le cœur de désirs superdus;
Où le doux rèvô à tous les vents vacille \
L'heure est venue où la vie indooile
Ne sourit plus !
L'heure est venue ou la brune vallée
tTa plus d'échos pour les adieux du jour ;
Ou la candeur aux cieux s'est^en roiée,
Oix tout s'enfuit de r&me désolée,
Même Tamourî
y ■ Digitized by VjOOÇ IC
LE POÈTE LKCDNTE OE USLK
0 revenez, mes joyeuses chimères 1
Oiseaux dorés, céleste» passagers,
Tendez vers moi tos aï te s éphémères ;
Venez bercer mes tristesses amères
De chants légers \
Au mois de décembre iS42, Leconle de Lisle et ua autre
étadiaat, appelé Duclos, essayèrent eD vain de faire paraître le
premier numéro d'un journal mensuel, littéraire» critique tst
politiqae, ayant pour titre : Le Scorpion qai avait été annoncé
par un prospectus.
Un procès fut intenté à M. Jausîons, imprimeur, qui avait
refusé le concours de ses presses. Nos jeunes gens lui de-
mandaient 1.500 fr., de dommages-intérêts et 20 fr., par jour de
retard.
M* Provins, leur avocat^ se basait sur Tart. 7 de ia Charte de
18M, qui donnait aux Français « le droit de publier et de faire im-
primer leurs opinions *>•
* Le refus des imprimeurs, disait-il, s'il était sanctionné par
une décÊsioa du tribunal, serait une annulation de cet article,
puisque le droit d'imprimer n'ôlait accordé qu'à un petit nombre
de personnes. »>
L'aËTaire occupa deux séances du tribunal civiL
Le 2 janvier 1843, devant un nombre considérable d'étudiants,
M* Carron, le défenseur de l'imprimeur Jausions, déclara que
l'esprit du journal Le Scorpion méritait la réprobation des gens
de bien.
^ On s'explique dès lors« ajoulatt^t, pour quels motifs tous
les imprimeurs de Rennes, hommes qui doivt^nt, comme tous
les industriels^ profiler de toutes les occasions pour faire des
aiïairefl, se sont abstenus, au mépris de leurs intérêts, de
fournir leur concours au journal en question. Il résulte, en
effet, d'un prospectus déjà imprimé, et des articles d'un premier
numéro que Ion avait proposé à Tim pression, que les person-
nages les plus recommandables par leur position, et les plus
honorables par leur caractère, devaient tour à tour être soumis
aux attaques du Scorpion.
En prêtant le concours de leurs presses à de pareilles œuvri^s.
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^0 REVUi!: DE BRETAGNE
qui devaient aécessairement provoquer les poursuites du minis-
tère public, les imprimeurs n'engageaientils pas leur responsabi-
litéT Ne s'exposaient-ils pas à être acousésde complicité avec les
auteurs du journal. »
M. Malberbe, procureur du roi , donna des conclusions en
faveur de la plaidoirie de M^ Carron.
Enfin le 9 janvier 1843} le tribunal donna gain de cause à l'im-
primeur Jausions en déboutant les demandeurs de Taction
qu'ils lui avaient intentée.
£t voilà pourquoi le journal Le Scorpion ne vit pas le jour.
Adolphb Orain
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DEVANT L'ÉPAVE DU PRIMAUGUET
Au Barde qui si ckanU Pritnauguei
0 pauvre vieux Croiseur, déchiqueté, brisé,
Tqq nom : t Le Primauguet » évoquait des batailles 1
Maînteuant des bourreaux font crouler lei muraiUeflj
Veatîge d autrefois; sur la grève échoué .
La mer vient doucement caresser ton Bquelettep
Le ciel s'est endeuillé de fins nuages blaucs.
Que le soleil de mars, de ses rayons tremblants.
Perce, pour éclairer ta forme si coquette.
Lliomme r&néantlt, car toute chose passe;
Hais moi je Vaime ainsi, triste et chère earcasse.
Et je veux dans mon cœur garder ton aouvenir t
Adieu I repose en paix, i"^ vieux vaisseau de France!
Moi, j'ai dit à 3otrelt ton chantre, ma soullrance
De t'a voir vu trembler — toi le Brave — et mourir
E, KERNÈis
Grève du Ga^-ên-Saini-Marc, lu 2~i mare iPûT
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GLAHAR ER BARH
à^RXi BREIH-IZEL
D'en Eutru £n Estourbeillon
é testoni a garante.
Itif'stoio.
Ton Kkmhaku,
^^^^^^M^^
Gué'ha - rai, o Breih ka - ret. Ha hanù ér bed 'oé bru-
m^^^^^^^^^^m
det. Meï-ko- ni - us. Ter ha aer - hus, Ti oé hemb par Ar en
^^mM^im^^^^^
doarl Allas l blDiii. o mem Bro, Thum daul de gousket en
^^te^jÉ^^^s
droî 0 peh sa- far î O peh gïa*har!'Ous e ver-ùel, Breih -I - zel.
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LE CHAGRIN DU BARDE if
Ha h&nû ér>ed oé bmdet :
Melkônias,
Ter ba nerhtis,
11 oé liemb par
Ar BU ddar.
Allas 1 hiniû, a mem Bro,
Tboca daul de gouBket en dro 1
0 p^b safar !
0 pdii glahar 1
'Ous é vertitli
Breili'lxei i
■m
Tî ken difaaud, guéharal,
PeraL ptegeg tj ha dalî
Ha ti kan peur,
*Re8 U ha eur
D'en es Ire n fal
A Vro-Gal ?
lit
Ti *oer, allas! a goal più,
E ouB goal-draillôt hïDlû ?
Fal Fransi/jo^,
Eneberiofi,
Petftf ha cbuj
'Ven disiroj!!
TV
En Arvor taag en Argoed,
E falat er Vretoried 1
'Ran ket mm n'hé,
D'où bugalé,
les na mocteu
Ou z&deu 1
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*^ REVOB hn BRETAGNE
Eq Arvor hag «n Argoed,
E goaDnat er Vretoned !
Erguerzenneu,
Er soônenQeii,
Ne boulant ket
Ou laret !
m
Na penaus e oh kablus,
Kereni digarant^us 1
£ Breih-Iz€l,
Gober Brezel
D'er brehonneg 1
Tra dibueg !
DiSXAN deùâa:^
0 pegûurs enta, m en Doué,
Ë achiûoa men buhé :
Eit ein ôr marù
Ne vou ket garù,
ûus e verùel
Breih-laeilîl„-
Efflam Kûbi>-Skaù.
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LE GnAGR[S DU BURDK
TRADUCTION
LE CHAGRIN DU BARDE
LA MORT DE LA BRETAGNE
A. M. DB l'Estoobbiillom.
en témoignage d'amiti*.
Autrafois> ù Bretagne chérie,»
Ton nom dins Tuaivârs? était vénârl^
Kél&ncolîqae,
Forte et solide
Tu étais s^n^ é^&le
Sur la terre.
Hélas î ftujourd'tiui, 6 mon paya.
Tu ta rendors à nouveau.
0 \ quel malheur!
0 ! quel chai^rla I
Tu meures,
0 Bretagne I
tt.
Tôt si libre jadis,
Pourquoi inclines taie front?
Ettoi'si pauvre
Donnes-tu ton or
Au mauvais étraoger
Dd France ?
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fiB HEVUK DE BRETAGNE
m
• .
Tu saÏB, hélas i de la part de qui
Tu es aussi morfondu aujourd'hui
De méchants Français^
Tes ennemis.
Jusqu'à ton souvenir
Veulent déiruire.
IV
En ÂfTor et eu Argoed
{Sur le ImPiJ di* la rupr pt rlans la hauliî lerre )
Les Bretons se corrompent,
lis n'enfiejguënt plus
A leurs enfants
Ni la langue ui le3 coutumes
De leurs pères.
V-
En Arvor et en Argoed
Lea Bretons faiblissent^
Les guerzes,
Ni les soues.
Us ne savent plus les chanter.
VI
0 combien vous êtes coupables,
0 parents pervers !
En Bretagne
Faire la guerre
Au breton,
Chose inf&me l
O quand donCi 5 mon Dieu,
Finira ma triste vie !
Pour moi La mort
Sera moins amèr«
Que de voir mourir
Ui Bretagne.
tV¥LkM KOED-SKAUi
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EsBAÎ sur i administration génf^rale d*un Disirict
pendant la Hévoîulion.
LE DISTRICT DE ROGIIEFORT
1'^ JUILLET 179(J - 20 MAI 1795(1)
PRIEUR DE LA MARNE RENVERSE LE DIRKCTOIRE (2).
u Le 24 février, pendant que le Directoire de Rochefort éUiit
en séance, ne se doutant de rien, le citoyen Manuel, commissaire
du représentant du peuple. Prieur de ta Marne, arrive brusque-
ment au milieu des conseillers et lut l'arrêté suivant : « Liberté,
EfBlité, Fraternité, au nom du peuple français, à Vaanes,
ce i*' ventôse» an K de la r*5 publique française, une et indi-
visible.
Le représentant du peuple dans le Morbihan, en vertu de pou-
voirs à nous donnés par la Convention nationale, en vertu de
la loi du 16 août dernier, articles fî et 7, avons arrêté ce qui
suit :
a Les administrateurs actuels du district de Hoche-des*Tois
sont destitués de leurs fonctions et sont provisoirement rem-
placés par. . ,
41 Les juges du tribunal du district sont destitués et remplacés
par.,.
(I) Voit k Rçrue de décembre I«a7.
(I) Ltff notes de M. Piéderrièr«.
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48 REVUE DE BRETAGNE
t' Le citoyen Manuel est chargé de l'exécution du présent décret,
il se rendra sur les lieux, prendra des renseignements précis sur
la conduite des membres de la municipalité, du comité de sur-
veillance, des citoyens républicains proposés pour remplacer
tous ceux qui sont destitués. Il est chargé d'instituer une société
populaire, composée de trois sans culottes.
Signé : Pribuh db la Marnb.
« Aussitôt, les anciens administrateurs sortirent du lieu des
séances et furent remplacés au plus vite par les nouveaux nom-
més. Manuel leur dit: « que le Représentant du peuple, Prieur
de la Marne, leur confiait de hautes et importantes fonctions
qu'ils sauraient remplir en étudiant la loi du 14 frimaire précé-
dentp »
« La venue de Prieur de la Marne avait pour objet d'épurer le
Directoire en éliminant ses éléments modérés pour les remplacer
par las plus farouches révolutionnaires. \
ff Le 25 février, les nouveaux administrateurs reçurent en don
patriotique de Tagent national de la commune des Fougerèts un
ciboire et un ostensoir qui pesaient 7 marcs û'argent.
» Le commissaire qui avait accompagné la force armée le 17
courant arrive et fait son rapport : « j^rançois Nyol et Mathurin,
son fils, avaient eu connaissance, dès le 20 février de Tannée
précédente de l'attroupement qui devait avoir lieu à la Chapelle-
des-Landes en la commune d'Allaire, et comme notables surtout,
ils devaient en donner connaissance à Tautorité. Ce qu'ils n*ont
pas fait et ce qui donne lieu de soupçonner leur civisme. En
outre, ils ont des rapports avec les prêtres réfractaires et ont
assisté plusieurs fois aux processions faites à Saint-Jacut pro-
cessions qui avaient pour but de chanter des prières et litanies
dans une pensée contraire à la Révolution. Ils ont aussi caché et
retenu pendant 15 jours des chefs de brigands.
« Joseph Roussel était avec les Nyol, un des principaux chantres
des processions de Saint-Jacut, ainsi que Julien Grâyot qui de-
puis ^'esL oppocé à l'exécution de la loi sur le recrutement. »
^ Le directoire arrêta que Joseph Roussel, et Mathurin Nyol,
soumis à la première réquisition^ partiront à l'heure même pour
Ttirniée ; que François Nyol et Julien Grayot, également saisis,
vont être envoy('»s au tribunal révolutionnaire de Brest. Les
scellés sont apposés sur leurs meubles.
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^^wr
LE DISTRICT DK Î^ÔCflEFÔRÎ 4|
s Le 2S février, le Représentant du peuple Laignelat ordonne
aux femmes d'ensemencer le 20* de leurs terres labourables en
pommes de terre.
n Le 4 mars, sur la demande du comité desurveiliance de Peil*
lac, on accord 3 k M* Pucelie, prfitre non assermenté, jusque-là
Caché, la permission de se rendre seul aux prisons de Vannes,
Le directoire accepte ces recommandations de l'ex-prôtre pa-
triote, Dugoé, et prend en cûnsidératiDo les infirmités de vieil-p
lesse de Pucelte. Cependant, s'il ne s*est pas présenté devant 1q
comité de surveillance de Vannes au moins le 9 courant, il st^ra
arrêté par la force publique.
« Le 6 mars, la ville de Bordeaux réclame encore du grain : on
lui répond que le district est déjà dans une misère profonde.
A la même séance se présente le président du comité de surveil-
lance de Caden. Il annonce Farrestation de Jacques Dubot, vagan
bond mendiant» originaire de Péaule, et demande son incarcé-
rât ion fondée sur ce que tous ses pareils sont des agents de»
chefs de brigands qui tendent à soulever les campagnes. Celui-
ci ne peut faire exception.
« Le 7 marSj 5 boulangers du district partent en destination de
Brest pour se mettre au service des armées de terre et de mer*
« Le il marSj le chirurgien du district se présenta cjevant le
Directoire, Técharpe aux couleurs nationales teinte de sang. Le
citoyen Rivière, membre du Conseiï municipal d'Allaire, a été
Tictime d'un attentat commis sur sa persqnne pendant Taccom*
plissement de ses fonctions. Aussitôt l'administration considère
un pareil attentat comme un crime de lèse-nation, envoie lûO
bommes de troupe, pria à Bochefort et à Redon, au bourg d'Al-
laire. A ses yeux, tous les habitants sont coupables de ce crime,
les tins pour Tavoir commis, les autres en qualité de complices
pour ne l'avoir pas empêché. Par conséquent, ils sont considérés
comme en état de rébellion. Les nommés Joseph at Julien Fil-
leul, Bloyet et BoulTay et autres doivent être saisis, les déser-
teurs poursuivis et ai on ne peut las atteindre, on arrêtera leurs
père et mère à leur place* Le commissaire, mis à la tète des
troupes^ restera au bourg d'AUaire jusqu'à entier accomplisse-
ment de sa mission. Les soldats seront nourris et entretenus
par les habitants.
« Le 14 mars^ le château de la Moriais en Missiriac est vendu
« Le 15 mars, le comité de surveillance de Peillac saisit le nom-
Janmcr f^Qi ^
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■C REVUR DE BRETAGNE
mé Ottfmard, ck*rc minoré et le fait emprisonnera Rochefort
par la garde nationale. Son interrogatoire et une lettre écrite par
un pairioli! lo Tunt confler à la gendarmerie qui l'accompagnera
au tribunal r^ivolutionnaire de Lorient.
■r Un conitate audsi que les bois taillis servent de repaire aux
chouans, et on décider de les faire abattre.
« Un citoyen de Carentoir demande Tautorisation de tenir Té-
colo cummUTialû. Uo citoyen est connu par son patriotisme et
comme il donnera h la Jeunesse tous les éléments d'une éducation
républicaine, son écolo est autorisée. Une femme de la môme com-
munii vient déclarer que depuis 15 mois elle est chargée d'un pe-
tit uEifant appartenant au révolté Montméjeanet réclame qu'il lui
Qitd(l d'aprùi leurs conventions 125 livres. Le directoire, bien
que GonnalHsant U\ê crimes de Montméjean, ne veut pas étouffer
en elln tout sonlimont d'humanité et accorde 125 livres à la péti*
tlonnalrCf maU il» stsront pris sur les biens de ce révolté. Le
27 mtira, loi Jeunus gens de la Oacilly, pris par la loi de conscrip-
Mont demandent k partir immédiatement pour Tarmée. Cette at-
tituda leur vaut dt)s ôloges.
ti L^ mAme jour on arrête les fermiers des émigrés Quiflstre
et Staplpton on Berric- Leur retard à payer les fait passer pour
autpccti. On signale encore le service mal fait de la poste. Le
fourrier ne te rend h Vannes que deux fois par semaine pour
prtmdro les diH>â€he3 de Paris qui n*y arrivent que 2 fois, le mer-
crt^dl et le dimanche. On arrête que le service de Rochefort à
Vannes ao fera 3 fois par semaine, aller et retour le môme jour, et
1501) Uvn's seront alloués au destinataire.
fi Le grain manque encore au commencement d'avril. Le ci-
hiyi*n Uut^ngi>« meunier à Cohignac, en Berric, sort de prison i
Ucvindittoiî^sous sa n^sponsabihté personnelle, d'instruire Tad-
mnii5lrfttk\n de tous les mouvements et rassemblements qui
auront Ikni dans \ù tifrrttoire de la commune et dont il no pourra
pn^te^trr if iioraitce,
• Le 5 âvriU d^f commissaires sont envoyés dans toutes les
I^aroistes ivur fAim le rectnisement des grains. Us prendront les
officiers muiiu*:paux p^^ur les aocom-^vigner dans les maisons et
jcrenters ^t$ partunili^rs. On fut à Ploi^rmol chercher ces com*
iu;«s.a;!vs tvur ^uWs n* fus^sent pas expc^es à épargner des pa*
rvttî»#l Jéj A^xx Ko retour Rvx^htfc^rl fourn.tau**: des commis-
*4ws peur fr.rtf It ^^tlû trxrxÀ à U Rvvhe-Beraani. Le c:Wytn
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LE DISTRICT DE ROCHEFORT H'
CbédaJleux, ex-prêtre de PelUac, demande & être déchargé de
cette commission qu'on venait de lai confiePt Le directoire dé-
chargea < ce zélé patriote de sa commission parce qu'il était
tnembre dia comité de surveillance de Peillac et que sa présence
fêtait nécessaire, h cause de Tintérêt qu'il porte au bien de la
république ; jour et nuit il donne des preuves de son infatigable
activité en amenant plusieurs fois chaque semaine des déser-
teurs à Rocbefort oh il vient encore de conduire un chef reconnu
de brigands »_ Du reste, Ghédalleux montra que le comité de
surveillance dont il était membre sur le point d'être assailli par
des attroupements qui se formaient dans les communes de Saint-
Vincent, SaintrJacut et autres et qu'il aurait besoin de soldats
pour les déjouer et leur résister. On lui accorda 15 militaires qui
seront entièrement à sa disposition jusqu'au moment où d'autres
événements les appelleront ailleurs,
K Le 15avril> un membre du directalre déclare que les soldats
malades à l'hâpital de Rochefort sont dans un abandon absolu et
à peine visités par les gardiennes. ^ La conduite de ces gar-
diennes est une suit^ de leur aversion et de leur haine contre
les républicains. Elles vont dans tes campagnes oi^, soas prétexte
de voir les malades, elles ne visitent que les aristocrates, et les
fanatiques qu'elles s'eiïorcent d'endoctriner. Elles sont les ci-
devant sœurs de la Sagesse et appartiennent à une association
criminelle qui avait aidé à allumer et à alimenter dans la Yen*
dée le feu de la guerre civile.
« Elles ne se sont point conformées à la loi en faisant le serment
prescrit, et, cependant grâce à Tindolence de la municipalité,
elles ont conservé leurs positions. » Il concluait en demendant
des poursuites. Immédiatement une commission est dirigée sur
lliôpital avec les gendarmes dans le but de saisir les sœurs de
la Sagesse et de les envoyer aujs prisons de Vannes. La munici-
palité fut requise de choisir de bons patriotes et de les constituer
gardiens de Thôpital à leur place.
« Le 23 avril, le sieur Le Chêne du village de Crénoîs, ayant re-
celé chez lui des couverts de table en argent que lui avait confiés
le prêtre émigré, Gatineli recteur de Caden, est arrêté et conduit
à Vannes pour n'avoir pas livré à l'administration un argent
qui appartenait à la république, et ne s'être jamais fait connaître
comme un partisan de la Révolution, Le môme jour^ on mène au
tribunal criminel de Vannes Jeanne Briend, chez laquelle a été
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m REVUE DE uneTAGNE
saisi Noël Brtend, ci^devanl prêtre, son frère, dans la paroisse
de Peillac. Ils devront paraître devant la justice.
ii Le 27 avril, Tagent national Le Glainche prononça le discours
suivant : » les ennemis de la liberté, désespérés des mesures ri*
goureuses que la Convention nationale ne cesse de prendre pour
conduire au port te vaisseau de la république, emploient tous les
moyens que leur suggère leur rage impuissante. Ils répandent
dans les campagnes des écrits incendiaires et appellent à la ré-
volte des hommes qu'ils y croient disposés. Ils savent bien, les
traîtres î que leurs projets atroces ne réussiront pas, mais les
troubles de la patrie sont leur aliment ; ils ne peuvent subsister
que par eux> ils croiraient avoir assez fait s'ils provenaient par ta
guerre civile à détruire la récolte abondante qui se prépare. »
Q On statua que tous ceux qui recevront de pareils écrits de*
vront les remettre dans la journée à Tadminisiration sous peine
d'être déclarés suspects et traités en ennemis de la république.
CE LeSOavHj, des attroupements se forment dans les environs
de Rocheforl et menacent la ville. On fait rentrer trois détache-
ments de troupes qui demeureront jusqu'à l'apaisement des at-
troupés. 50 hommes se dirigent sur Caden avec mission de s'em-
parer de Péniquel, Boulo, Guiilouche, leurs femmes, la veuve
Goubin, etc*,. pères et mères de déserteurs de la première réqui-
sition ou receleurs d'ennemis de la république. Le citoyen Ghé*
dalEeux, commissaire en cette circonstance^ « a rempli sa mission
avec zèle ».
tt Le il mai, les bras manquent pour cultiver les champs; les
fermiers sont réduits à gémir d'avoir fourni leurs fils comme dé-
fenseurs delà Patrie. Les ouvriers et les domestiques demandent
comme gages des prix exorbitants. On les tariOe et quiconque
demandera un salaire supérieur sera traité comme suspect.
<i Le 18 mai, le citoyen Roche, chef du 1*^ bataillon des amis
de la république trouva le coffre-fort de l'église de Gaden. Les
2i8 livres qu'il contenait furent remis au receveur des do-
maines, R
La 27 mai, par sentence de juîït^ment rendu par les chefs du
district de Rocheforl, Louis NoiM et Yves Richard d'Allaire sont
écrouésàla prison de Vannes pour complicité avec leschouans(l).
(t) ÂtXÂ. dép^ V&nnes di^tn^l d« Hoctmforl. police partieaLière 2* liasse an-
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LE DI5THTCT DE ROGHEFORT 53
Quelque temps après, sur Tordre ds Le Clainche, le comité
révolutioûnaire décide qu'une battue générale sera exécutée
dans la commune d'Allaire dans le but de rechercher les réfrac-
iaires et de s'emparer de 4 prêtres réfractaires faisant faire
des Pâques u aux fanatiques de cette commune ». Ghédalleux
avait dénoncé les cachettes de Deill et du Vaudequip au Direc-
toire.
Cette fouille eut lieu (2 germinal an II] et fut faite par un dé-
tacbemeotde troupes républicaines, composé de deux colonnes,
sous la direction et le commandement du capitaine Dubois. L'une
des colonnes déboucha à Deill qui passait pour être un centre
aotirévolulionnaire; Tautre se dirigea sur le Vaudequip. Elles
se rejoignirent au bourg. Leur arrivée jeta Témoi dans la popu-
lation* Ghédalleux accompagnait Taraiée en qualité de commis-
saire. La municipalité en prit occasion pour protester du répu-
blicanisme des citoyens d'Allaire et pria le capitaine de ramener
ses troupes dans leur cantonnement. Le capitaine Dubois reçut
cette invite de fort mauvaise humeur. Réflexion faite, il décida
de ne pas arrêter je maire qui toutefois « commence à devenir
suspect ^s <• d'ailleurs, écrit-il, Voïsin de Chez-Méhaud fut cons-
terné et demeura muet de surprise quand il apprit qu'un garde
républicain avait trouvé dans le clocher de Téglise, sous la toi-
ture, le» habits sacerdotaux du citoyen Baston, ci-devant recteur
de la paroisse »: On les déposera à Rochefort,
Au bourgeon opéra une perquisition complète chez les Juhel :
on ne trouve rien.
Du bourgf l'expédition révolutionnaire a^ dirigea sur Laupo
ùt d'après des renseignements devait se trouver un prêtre in-
sermenté et une chapelle. En route, sur la lande da Brancheleux,
il avise un paysan et Tinterroge sur la cachette du prêtre. Gelui-ci,
pour toute réponse, s'apprêtait déjà à lui administrer un furieux
coup de pelle, quand un sergent lui fracassa le bras d'un coup de
pistolet.
A l'approche des soldats, Fabbé René Hémery, ancien recteur
deSaint-Gorgon,qui se trouvait à la Vilte-Mahé avec 4 confrères,
prit la fuite* Les soldats le poursuivirent jusque dans les bois du
Vaudequip où ils Tégarèrent. Les autres avaient disparus à tra«
1 vers les marais de Laupo» Pendant ce teuips, le capitaine perqui-
I sitionoaità ja Ville-Mahé, saccageait la chambre de TabbéHémery
I et la chapelle de Laupo. Il emporta les ornements sacerdotaux
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54 REVUE DE BRETAGNE
qu'il avait pu dérober, 1 chasuble, 1 missel, 1 manipule, 1 calice,
etc., qu'il fit déposer à Rochefort.
De la Ville-Mahé, la troupe gagna le Plessix-Rivaud où se
tenait la marquise douairière de Grégo (1).
A la suite de ces incidents, Tabbé Hémery se sauva à TAsné en
Allaire. Déguisé en paysan, sa principale occupation était de
garder les moutons. On le traqua comme une bote fauve et il
lui arriva des histoires impossibles. Sur la fin» il s'enfuit en
Espagne.
a Le 15 mai. — La veuve Cadio est conduite en prison à Vannes,
Elle est suspecte, étant la mère « d'un brigand, d'un révolté » (2).
n SO mai. -^ Les plombs des clochers et des monastères sont
enlevés pour faire des balles.
« 5 yt/m. — Michelle Légal de Malansac, accusée de fanatisme^
est relaxée. Mais comme elle avait dans cette paroisse des liaisons
avec des personnes séduites comme elle par des prêtres» on
l'envoya à Plumelec, chez son gendre qui est chargé de la sur-
veiller.
a 9 juin. — La société régénérée et montagnarde de Ploerme)
écrit qu'il y a encore des armes dans quelques maisons, surtout
à la Gacilly, 50 hommes et un commissaire y vont faire des re*
cherches. Ils auront aussi, pour jeter une terreur salutaire dans
les campagnes, à se transporter au village du Rocher en Tréal
oh le patriote Hurel a été assassiné par les chouans. Ils saisiront
toutes les personnes qu'ils trouveront ainsi que les bestiaux et
les amèneront à Rochefort. Ils réuniront ensuite les officiers mu-
nipaux qui fourniront à l'instant les déserteurs, ou, à leur défaut,
leurs père et mère. Si les officiers montrent la moindre mau*-
vaise volonté, ils les arrêteront.
tt 30 Juin. — Le directoire accorde 200 paires de souliers aux
soldats du 1'''^ bataillon de la réunion^ en constante activité.
a 2 juillet. — Après la fête de l'être suprême,des plaintes furent
portées à l'adresse des soldats. Le directoire répondit que les
chansons qui ont égayé la fête sont vraiment triviales et peu en
rapport « avec la dignité de l'Etre suprême, mais qu'elles res-
pirent le républicanisme le plus pur. La diatribe contre le culte
i^atholique était de trop dans le temple, car elle pouvait dégénérer
(1) Police particulière, Àrch. départ. Vannes 2* liasse, 1794,
(2) Suite iei(tiielle des notes de M. Piéderrière.
;
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LE DÏSTWCT DE ROCHEFORT hk
en rîxes et amener Teffusion du sang », à l'avenir la célébration
des fêtes décadaires sera plus ûïgne. Une commission serachar-
géede composer des hymnes et des odes qui seront répandues
dans le public et envoyées aux bons citoyens,
w 6 juiUet^ — Un membre adresse la parole à ses collègues :
« les meurtres des patriotes que les afîaires ou les intérêts de la
république appellent dans les campagnes nous annoncent que
nos ennemis, désespérant de nous vaincre en masse, ont formé le
projet de nous détruire en détail. Nous n'aurons bientôt plus de
communes qui ne nous aient offert le' spectacle d'un défenseur
de [a Patrie, trouvé suspendu à un arbre sans vie, ou d*un pa-
triote tombé sous lô couteau d'un assassin. Les auteurs de ces
crimes sont ou les paysans ou des étrangers que les communes
recèlent. Les paysans deviennent en tout cas complices de nos
assassins ou auteurs, et ils ne sont pas guéris de leurs préjugés»
Il faut les atteindre dans ce qu'ils ont de plus cher afin de les
éclairer, ou de les prendre par leurs intérêts ï>,
a Encore bous rinfluence de cette harangue, le directoire
arrêta: 1^ que toute commune sur le territoire de laquelle un
patriote aura été tué sera obligée à payer à ses hôriliers la somme
de 6000 livres; 2° que cette somme sera versée sous trois jours
parles J2 paysans les plus riches de la commune qui auront re-
couFi sur leurs compatriotes» à Texception des patriotes qui ne
paJeroat rien.
tÊ juillet, — c( Le directoire est d'avîs que les paroisses bre-
tonnes du district doivent leur incivisme à leur parler, et envoie
à Benic ûD instituteurde Questembert qui réunira les jeunes
gens et les jeunes filles pour leur expliquer la déclaration des
droits de Thomme, les lois de la république et le nouveau
régime.
^ aoûi. — « L'agent national Le Clainche s'exprime ainsi :
« Les désertions continuent parmi les jeunes gens de la première
réquisition* La seule commune de Limerzel en a 16, Là, tout cons-
pire pour les cacher. Je vous propose d'envoyer demain un com-
missaire avec 100 hommes de troupe. Pour donner un exemple
m saisira tous les membres du comité de surveillance, les dé-
serteurs ou, à leur défaut, leurs père et mère, et à défaut de
ceux-ci leurs frères et sœurs, n
a Le directoire accorda à Tagent national ce qu'il désirait, et le
9 août on dirigea sur Vannes les it membres du comité de sur-
tf.
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afi
REVUE DE BRETAGNE
veillance avec 6 autres hommes accusés d'avoir donné asile
au chouan Davolo.
a Le môme jour de fortes dissensions éclatèrent au sein de ras-
semblée directoriale, on s'accuse mutuellement de sacrifier les
intérêts de la république aux intérêts particuliers, en se servant
des moyens déloyaux pour acquérir à vil prix les biens des émi-
grés* L'un d'entre eux, I^e Glainche, est traduit devant le tribunal
criminel de Vannes. C'est la réaction thermidorienne qui com-
mença it à Rochefort. »
{A suivre.)
P. Mbrlbt.
Le Gérant : F. Chevalier.
VaoncB. — Imprimerie LAFOLYE Frèkes, 2 place de» Lices.
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REVUES BRETONNES
L*H£KMU«E : 18* ann. Mensuel. 1 an 12 fr. Union postale 15 fr.
Le numéro 1 fr. 25. Les abonnements partent du 20 octobre.
Directeur : Louis Tiercelin, à Paramé (Ille-et- Vilaine).
Les Annales de Bretagne : 22* ann. Trimestriel. 1 an 10 fr.
Union postale 12 fr. 50. Publiées par la Faculté des Lettres de
Rennes. Rédacteur: G. Dottin, 37, rue de Fougères, Rennes.
Lb Clogoer Breton : 14« anik Mensuel. 1 an 5 fr. 50. Directeurs :
René Saib et Madeleine Desroseaux. Bureaux. 29, rue Belle-Fon-
taine, Lorient.
Bulletin de la commission diocésaine d'architecture et d'archéo-
logie DU diocèse DE OuiMPER ET DE LÉON : 6* ann. Tous les deux
mois. 1 an 5 fr. Ouimper.
La Revue Morbihannaise : 11* ann. 1 an 5 fr. Directeurs :
J. Buléon, V** de la Grancière, E. Sageret. Chez Lafolye, Vannes.
La Paroisse Bretonne de Paris : 9* ann. Mensuel, 1 an, 2fr. 25^
Directeur : M. l'abbé Cadic, 13, rue Littré, Paris (VI* ar»).
La Jeune Bretagne: 5* ann mensuel. 1 an, 2 fr. pour la Bre-
tagne, 2 fr. 50 pour le reste de la France. Bulletin d'études et d'ac-
tion sociales. Rennes. 30, rue Hoche.
Feiz ha Breiz : 8* année. Tous les mois. 1 an 3 fr. Les abonne-
ments partent du 1*' janvier. S'adressera M. Cardinal, recteur de
Saint- Voueay, par Plouzévédé(Finistère),etpour les abonnements
à M. Caroff, vicaire aux Carmes, Brest (Finistère).
I Bretoned Paris. Bulletin de la Société « La Bretagne », 4* année.
I 1 an, 2 fr. 50. Direction : 40, rue du Cherche-Midi, Paris.
Revue du Pays d'Aleth : 4* année, mensuel. 1 an, 3 tr. Dircv
teur : Jules Haize, rue Jacques Cartier, Saint-Servan.
Le Pays d'Arvor : 2* année, 1 an, 5 fr. Directeur : Jacques Pohier,
à Ancenis (Loire-Inférieure). Administration et Bureaux, 25, Haute
Grande Rue, Nantes.
Kbvue du Traditionnisme. — Rev. iniern. du folk-iore — mens
1 an, 10 fr. N*, 1 fr. -- Directeur : M. de Beaurc paire-Froment
Paris, 60, quai des Orfèvres.
Revue du BAS-Porrou, 20* année, trimestrielle ; 1 an : 8 fr.
N« 2 fr. 50. — /)' M. René Vallette, à Fontenay-le-Comte.
L'ANJOU HISTORIQUE. — 7* anu. tous les 2 mois. 1 an î 6 fr. />'
M. l'abbé Uzureau, aumônier, à Angers. Edit' : M. Siraudeau
4, Chaussée Saint-Pierre, Angers.
Revue des Traditions populaires, 22* ann. mens, i an, 15 li.
N« 1 fr. 50. Direct. M. Paul Sébillot, 80, boulev. St-Marcel Paris.
La Revue Bleue, 15. rue des Saints-Pères, Paris.
^ La Vendée historique. — (Revue de la Vendée militaire). Tous
les quinze jours ; 11* année. — Ëdit. sur papier fort„6 fr. 50 ; édit.
ord. 5 fr. — D' Henri Bourgeois, à Luçon (Vendée).
Revue de l'Anjou, 57* année, 12 fr. par an. — Librairie Germain
et Grassin, Angers.
La Revue Héraldique, fondée en 1862. Mensuel, Directeur
Y** de Mazières-Mauléon. Bureaux : 8 rue Daumier, Paris
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CHEMINS DB FER D'ORLÉANS
\
S'
BILLETS D'ALLER et KfiTODB IfffilVlDDELS et de PAIILLE
. Pour les Stations Th^ri>ttl^& et HÎTernales
Dt8 PyrènéôB et da Oolfe de Gascogne. Areaohon, Biarritz
Dax, Pâu, 8alie8-de-Béarn,.etc.
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' La Compagnie d'Orléans délivre toMte l'année, à toutes les gajres de son
ré«eau. pour les stations thermales et hivernales du Afidi :
!• Des Billets d'Aller et Retour individuel», avec réduction de 25 •/• en
1" clawe et de 20 Vo en 2* et 3» classes, sur les prix calculés Aq tarif gé-
néral d'api]ès ritînéraire effectivement suivi ;
2" pes BtUets de famille de 1'% 2" et Z* classes, comportant une réduction
de 2Ô à 40 Vo. suivant le nombre des personnes, sous condition d effec-
tuer ufà parcours minimum de 300 kilomètres (aH«r et retour compris).
Our/i de validité: 33 jours, non compris les jours de départ et d'arrivée,
avec faculté de prolongation.
CHEMINS DE PÊR DB L'OUESt
CARTES DËPAKTEIIERnLSS DE CIRGOLATIOS A DSII-PLACS
La C^nipagQie des Chemins de fer de TOûest déliv^re des oarles
nominatives et personnelles valables pendant 6 mois on 1 an et
donnant le droit d'obtenir des billets à deali-tarirpour des parcours
ezclusivemeot Ouest entre tontes les ^res d'un môme département.
Les départements desservis par le réseau de TOuest sont répartis
en deux catégories :
1" Catégorie
Calvados,
Cétee-da-Nord,
Eure,
iile-et-Vilaine»
Manche,
Orne,
Seine, 8eine-et-
Oise et Oise,
Seine-lnfér*^,
2« Catégorie
Eure-et-Loir,
Finistère.
Loire-lnfér^*,
Maine-et-Loire,
Mayenne,
Morbihan;
Sarihe.
Les cartes sont délivrées pour les départements de chaque catégo-
rie, moyennant le paiement préalable des prix suivants :
A. *- Cartes donnant droit ( i^ninifl
à des bmets ft demi-tarif de | , ™ *
toutes oîasses pendant ( * *"
B. — Cartes donnant droit ( a q.^;»
à des billets à demi-tarif de { "
2« et 3* classes pendant ( ' °
•C. — Cartes donnant droit (
à des billets à demi-tarif de |
3" classe seulement pendant {
daiets
I an
l" CatÉKOrie
(r. c.
50 >.
60 »
80 »
65 »
40 .
50 •
32 »
40 »»
25 »
30 «
50 » "
25 «
II est perçu, en outre, à chaque voyage, la moitié i\i prix d'uu
billet simple (place entière) de la classe demandée par le voyageur
pour le parcours qu*il veut etfectuer.
Ces billets à demi-tarif sont délivrés au titulaire sur la présenta-
de sr carte au guichet des garef^ et haltes du département qu'elle
concerne.
Vannes. — Imp. Lafolys frèret, 2, place des Lices.
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/•^•/■
^.
4* Série. — 7* Année
FÉyWBR içoS- Tome XXXIX
'^ iif ulf*
,l1l«»*
REVUE
de Bretagne
jœvUB 4- REYUB
44 Bretagne et Je Vendée f^ HUtorique ii fOueH
/'
KjBrm MomimiM
^^M»- de L'BftTOURBBILLON, Vircckur
MM. Le V-.C*«ïu.E« OE CALAN. Stcrétahrc régioml ^jour rik-tt-Vilâlnc. — ^wi
BLANCHARD pour U LoÏTc-lftf«rkucc^*-T Cli«Ni^1»ErRON.p9« **f i";*»*^*'
- AVemSAU 0» LA GRANQIÊRB, pour le Morbî^tn. — Vai^ RAISON 0u
CLEUZIOU, pour )o Cè«-dii->«^Ul — Olivier de GOURCUFf . T»^r Paris.
.y
f
VANNES
tAFOLYE FRERES
ÉDlTEIfRS
S, P14CC des t)co
•Y
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PARIS
HONORE CHAMPION
LIBRAIRB-ÉDITEUR
5, Quai MaliK^uais
MANTERRE
M. LE DAULT
LIBRAIRIE ■HITOWWB
76, Rue Saint-Germtln
5'adï^ser pour la Rédaction et l'envoi des manuscrits à M. le O* Hi-N'è i>v. LAIGUE ,
««relï'âteau de Bafctrrd, pur R«don ; pour rAoMLNivniATiON, MM. lAl'OLYE, frcrc*,
pUces des Ugk^r^-nn&s .
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r\
SOMMAIRE
1. " Cinquanienaire de la Revue de Bretagne el Trenliènie Anni"
versaire de la Société des Bibliophiles Bretons. Matinée
mu»icalcj liUâraire H dramatique, et Banquet amical à
Nantes le 15 décembre I§07^ — G. W 67
!K — Le Converti de Noire- Dame, — J. Le Bâton 76
lît. — L'imagier de Saint' Florent, JX° siècle, — Alexandre
Massebosc * 87
IV, — Une Pûge de VHt^tùire de la Roche-Derrien, ISùô-ISli?, —
CHAnLES DB FÈDES, * ~. 9I
\. — La Chapelle de Marie ^tuari à Roscoff. -— EtiEiXNR Dupont. 98
vi, — Efsai sttr l^Adminhiration générale d'un District pendant la
Réiotation, Le District de Hochefort (Morbihan), /•"' Jui/-
lêl Î790-W mai nu^lmlit}^ — P. MRfkLET 102
VII. — Bibliographie , * * , 1 • '118
CONDITIONS DABONNEMENT
FraûC€, un aE 12 fr.
Etranger, — * * 15 —
Od s'abonne soit chez M le comte de Laigue, château de
Bahurel, par Hedon, &oit chez M. Lafolye, imprimeur à VaDnes.
Les abonnements partent du 1*»" janvier ou du i»*" juillet de
Tannée en cours. — 11 n est pas vendu de fascicules isolés, sauf
pour les abonnéî^'
Les travaux comprenant au moins 16 pages de texte sont seuls
tirés À part. 50 exemplaires sont oITerts aux auteurs.
Nota. — Il ^era rendu cùmpîe de tout ouvrage d'auteur breton ou in-
iêretsant i.'i Bretagne, doni vn t^xemplftire aura ^té adressé au Rédacteur
0n chef de la Revue,
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Ii^liiilip"W*Pi'!ff*'^
CINQUANTENAIRE
DE LA
REVUE DE BRETAGNE
ET
TRENTIÈME ANNIVERSAIRE
DE LA
SOCIÉTÉ DES BIBLIOPHILES BRETONS
MATINÉE MUSICALE, LITTKRAIRE ET DRAMATIQUE '
ET
BANQUET AMICAL
A NANTES
UE 16 P^nFrMBFlE 1907
/
Kn dépit de plusieurs contre-temps imprévus, la jolie Salle des
Fêtes du Cercle du Chapeau-Rouge était remplie, le dimanche
i5 décembre 1907, par un auditoire nombreux et distingué.
Répondant à Tappel des apôtre*^ de la bonne et féconde décen-
tralisation, les amis de la renaissance provinciale étaient venus
saluer la manifestation littéraire et artistique organisée pour les
Noces d'or de la Revue de Bretagne et pour le 30* anniversaire de
la A Société des Bibliophiles Bretons et de THistoiie de Bre- '
tagne ».
Un élégant programme, illustré de deux dessins bretons iné-
dits, dus au talent si personnel du très aimable maître Jacques
Pohier, promettait un régal de haut goût : la promesse fut tenue.
Le premier numéro était une Danse Bretonne, pour orch»^stre,
œuvre originale et colorée : elle fut conduite avec brio par le jeune
compositeur nantais Michel Langlois.
Le marquis de TEstourbeillon, député de Vannes, Président
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JSê REVUE DE liRBTAGNE
de r « Union Ré^ionaliste Bretonne », Directeur de la Revue de
Bretagne, prononça alors ce vibrant panégyrique qui fut salué
de bravos nourris lît chaleureux :
Depuis quelques années la célébration d'un cinquantenaire est de-
venue chose presque banate et %\ Ton saisit avec empressement ces oc*
casions eiceHentes de donner à nos compatriotes des distractions ou
des fêtes, Je personnage ou Tobjet quI les provoque sont assez loin
parrois de valoir tout ce bruit, et tel est tiré de l'oubli qui serait fort
iurprlfi de voir, s'il le pouvait, évoquer sa mémoire.
Il est toutefois de ces commémorations qui sortent de l'ordinaire et
auiqueliea leur caractère comme leur but laissent une toute parti cu-
liëi'e empreinte d'originalité et de f^randeur. il n'est pas téméraire
d'art] rmer que les anuiversaires de nos vieilles Revues provinciales
peuvent être rangés de ce nombre. Trop souvent en effet, douées
d'une existence éphémère^ à peine trois ou quatre d'entre elles ont-
eltes eu jusqu'à nos Jours ce privilège, et ce n*est pas un mince honneur
d'avoir pu, pendant cinquEinte ans capter et surtout retenir la faveur
d'un public lettré» patriote et délicat.
Sur notre terre d'Armor, la R^vue de Bretagne a eu cette bonne for-
tune et il eut été inadmissible, personne n'eut compris, que doyenne
des Kevufs bretonnes* Tune des deux ou trois plus anciennes pa^nii
les Revues françaises, elle ne célébrât pas ses Noces d'or en associant
ses lecteurs Pt nos compatriotes à sa joie.
C'est dans cette pensée que s'organisèrent les fêtes de ce jour. Après
un demi-siècle d^eiistence, la Revue de Bretagne a tenu à jeter un re-
gard rétrospectiTsur les années déjà longues de son passé bien rempli,
à revenir jusqu'à son berceau.
Or ce berceau. Messieurs, ne futnl pas la ville même de Nantes, la
grande et noble cité, mère de toutes les idées généreuses, terre féconde
d^s nobte^ pensées, génératrice inlassable de tous les élans de pur et
vrai Patriotisme? U était du devoir, Messieurs, du Directeur de la
Hitvuê de Bretagne et de ses dévoués collaborateurs de ne point Toublier
et voilà pourquoi ils ont eu à cœur par cette réunion et ces fêtes d'y
associer, dans un commun élan de ^^ratitude et d'allégresse, les habi-
tants de la vieille cité qui vit ses premiers pas.
Comme le laboureur qul^ au déclin du jour, s'arrête au bout du sillon
pour mesurer du regard, t étendue de la tâche accomplie, ainsi après
une course déjà lonjcue ferons -nous, si vous le voulez bien, quelques
Instants ensemble. U sera réservé à notre dévoué Rédacteur en chef,
M. le C** de Laigue. de vous exposer les origines de notre Revue et le
récit de 9es muiUplês etrorts, cependant que M. le V^ Charles de Calao^
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CJNQrAXTEXAmE DE LA « REVUK DE BHKTAGSK tft
réaiio€Qt président de Ja Société dsf Bibliophiles bretont^ ?ous mnn-
trerA arec sa oompétêûce et son bubituel talent, Tinâuenoe aussi réelle
que profonde, qu'elle sut exercer pendant un demj*slècle sur l'histoire
et les lettres de notre Province,
Aassi bien toutefois est-ce égaiement un devoir pour son modeste
Ûireet^ur de constater [Importance de son rôle et la p?rnianenco du
programme et du but qu^elle s'ctait assignée. Son illustre fondateur, le
regretté U. de La Borderie^ L'avait fort bien défini dans son premier
numéro de janvier 1^57,
H Cette Repue, disait U, respectera constammf^nt ce que tous les
bonoètes gens respectent, sans eutrer d'uucurie Taçon dans les dissen-
ttinents qui les séparent, heureuse Beulement d'apporter dans la sphère
où elle s'enferme, un modeste contingent d*e(ÏV>i ta à la défense géné-
rale lies jsrrands principes d'ordre moral, social ol religieux, seule base
de lacivilisatien chrétienne, si menacée de nos jours. A cet égard, iJ
n> aura dans la RêPue qu^un esprit et qu'un bat. »
Qr, avec des collaborateurs comme ceux dont ii s'était entouré, î^
Border ie ne pouvait manquer d'atteindre ce but, de pleinement réali-
ser cet esprit.
Et quel lustre, quelle autorité tous ces hommes éminents stirent,
âhê ses débuts, donner à notre Recueil? L'Histoire de Bretagne, demeu-
rée jusqu'alors enténébrét et fort confuse, n 'ocrait gUàre aux curieux
ou aux savante de la petits Patrie que des séries ou collections de
documents de baute valeur parfois, U est vrai, comme les compilations
des BénédicUns du de quelques chercheurs, ou des publications de
détails, n'enrisageant qu'un poir^t déterminé de son histoire, n'ayant
roavent pour bases que des fictions ou des légendes. La Borderiê,
LéopoH Detisl0, de Kerdrelf le G'* d# Carné ^ J^. de Barlkètemy, Pol de
Cùurçy, Oestin de Bourgogne, Alfred iMlliè, de Fourmont, de la Gour-
nerié^ de Belizal^ Charles de la Monneraya^ l'abbé Ctthour, Léon Mau'
pillé, îiosenzweiy Sigismond i^opartz, Tabbé Guiiiotin de Cordon le
O* OlîTier de SeJsmaÎMonit, dit ChaiëiUer, Kené de Ki^rviler, le V*' de
Kersoùiec^ de Bvéhier, Robert OAéî.ï:» Alfred Ramé^ Le Men, Lèùn MaUre,
etc*, etc.^ surent rétablir sur ses véritables boises par la critique ou la
publication des Sources et en faire un véritable monument de notre
Histoire nationale.
L'Arehéologîe embourbée dans les vieilles ornières de théories la
pïopirt du temps austî risquées qu'inexactes sut, en s inspirant des
règles et principes posés par Timmortel Aroisse de Caumout^ révéler
à tous ses secrets, ses merveilles et son histoire vraie par les travaux
des du Cleu^iou, abbé Bmm ^ Edouard Bureau, Joseph Fowion,
M^ Fournierf René Galles . de Clùvaadêuc, Kugène Orieux^ Gaultier
dit Motlay, Meurêi, abbé RouiteaUf ânthime Métxard^ de Rochelfrune^
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fiO REVUE DE BREtAGNE
ParenteaUt baron de Wismes, Perthuis- Laurent, Le Meignerty P. d^
Lijle du Drinevc, de Reranflech, etc., etc. i
La tangue tiatioDale bretonne presque méconnue, malgré lès travaux
savants, mnisparifoi s confus des Dom Le Pelletier, Grégoire de Rostre-
neneiLa Tour d Auvergne, devint non- seulement Tobjet d'une étude
attentive, mais d'un juste et ardent amour, à la suite des publications
si curifUFes et ai captivantes, des éloges aussi mérités qu'enthousiastes
des Le Huêrouj d^s abbés Le Joxibioum et Guillôme, des Le Scour, des
Lud Jan^ des Pronojst, des EmauU, des Vallée, et dés Lolh et surtout
du vaillant Charlas de Gaulle, du bon poète Luzel et du regretté la
YiiUmarquè^ qui sut mieux que personne mettre en lumière, toute
sa poésie, son charme et sa beiuté. La littérature môme et la poésie
y ont brillé avec éclat sous la plume des Brizeux, des Edmond Birè,
de FranchevîUe,km^lB Pehant, abbé Jubineau, de Lorgeril, Audran,
O^ de Saint- Jean, de la Gournerie, Hippolyte Violeau, Edouard Twr-
quety^ Louis de Saisy, Joseph Rousse, Hippolyte Thibeaud, Louis de
Kerjean, Ëmlie Grimaud, René de TMverçay, C»« de Palys, Olivier de
Gourcuff, Louis Tierceltn, abbé Max Nicol, etc. Et ne peut-on pas af-
firmer avec raison que c'est gr&ce à cette admirable efflorescence de ta-
lents et de travaux auHBl multiples que variés, que nos compatriotes
bretons surent vraiment reprendre conscience d'eux-mêmes et se pro-
clamer, à bon droit, fiers de leur petite Patrie?
C'est qu*en vérité, nuFs plus que ces hommes éminents n'étaient qua-
lifiés pour taire vraiment revivre et vibrer l'&me de la Bretagne ; aussi
bien que mettre en pTeine lumière le riche et admirable patrimoine de
gloires, de grandeurs, d'illustrations et de force morale qu'elle avait à
travers les siècles apporté à la France. — Qui donc à cette époque, il
y a cinquante ans, songeait encore à nos vieilles Provinces, aux tradi-
tions du terroir, à tous ces souv«»nirs glorieux dont avaient vécu nos
ancêtres. Oialoquée!^ et meurtries, l'ouragan révolutionnaire, suivi de
la centralisation à outrance du régime impérial, semblait avoir à ja-
mais détruit dans le cœur de leurs enfants tous les germes d'idéal, et
tombée dans utte sorte de léthargie pj:*ofonde. notre Bretagne, semblait
bien condamnée à un éternel sommeil. Mais le génie de la Race Bre-
tonne ne devait pas ainsi disparaître. La Revue de Bretagne devint le
nouveau phare dtstiné à éclairer bien des consciences et les travaux
de ses collaborateurs, fut pour nombre de gens une véritable révélation.
Leur science fit ce miracle, mais aussi incontestablement leur ardent
Patriotisme breton.
« U est toujours vivant, l'esprit de nos pères, écrivait le hsvde Luzel
i' en 1859. et il vivra aussi longtemps que le monde, car nous le préférons
H à la jriebêsee.
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CINQUANTENAIRE DE tA « REVUE DR BRETAtiNE >^ M
m Âusgi Longt€mps que dureront les rochers au rivage des mers ; aussi
« loD^empa que le mèrae b&riâchaQtpra sur le seuil de ia porte. Ausai
« longteoips durera notre vieille langue au paya d^Ariaor. »
Qn^ ù Ton parcourt les travaux de i^^êpue, les multiples Mémoires
de ses historieDS, ses littérateurs ou ses poètes* surtout dans ses vingt
premières années^ on ne saurait les lire, sans se sentir Involontaire*
ment pénétré de ce soûl de bienfaisant qui fortifie les âmes, trempe
l^s caractères et fait germer dans les cœurs Tamour de ces vérités la*
tentes que ne sauraient entamer, ni le dédain des esprits Taibles. sou*
cieui seulement de toutes les nouveauléit, ni les sarcasmes des soi*
disant esprits forts dont le mépris pour la tradition ne cache trop sou-
vent que l'ignorance. La noble pléiade des fondateurs de la Reoue de
Srelagn€ présida réellement k la résurrection de l'îdês bretonne et
dota la Pranee de l'un des plus vastes et des plus précieuc trésors bis-
lori'^uesde son Histoire, N'est-ce pa^ U la plus noble tâche et la plus
délirât] le récompensé que puissent envier des hommes de science et de
laheurs *
Aussi, en poursuivant la mission, était-ce un devoir pour la Revus de
marquer la courte halte de Bes Noces d'or par un témoignage de haute
et profonde gratitude, par un h ^mmage solennel rendu à tous ces vail-
lants, qud nous sommes hf^uretix aujourd'hui de saluer bien bas parce
quen nous révélant notre BUioire, ils surent nous inspirer ainsi un
Tioient amour, une juste admiration pour notre cher P&ys.ia Br&iagne.
Messieurs, si ce nous est un devoir bien doux de louer et acclamer
leur mémoire, il nous e3t aussi un autre devoir que nous serions cou-
pables d'oubEier. Ils nous ont tracé la voie à suivre; il appartient à
leurs continuateurs, k leurs mo lies tes disciples, de ne pas s^en écarter.
(7est le but que s'elTorcera plus que jamais dd poursuivre et d'atteindre
la R^vue de Bretagne^ dans le second cycle de son existence. Pleine de
corjtidince dans la noblesse de sa cause, assurée que la grande majo-
nié de nos compatriotes aiment trop leur pays pour se désintéresser
de son Histoire ; persuadé enfin qu<^ non seulement ils lui continueront
leur bienveillant concours, mais ti'eir>rc^ront p^ut6t, davantai(e encore^
au milieu des ^utie^^ et des ditUnuté^ multiples des temps nouveaux
de seconder ses efforts, pour l'honneur de la race et la gloire de la
Br tai^ne^ elle s^appUquera à demeurer, de plus en plus, la gardienne
intangible de nos traditions et la divulgatrice autorisée de son Histoire,
Be rappelant sans cesse ces paroles si éloquentes et si Traies de l^e
Suërou^ dans son numéro de mai iHbi) :
« La Bretagne ne saurait périr! Mais veillons et travaillons. Les
loavenirs des Natio^aliiés sont *indestru^tii>les. Us peuvent être alté-
rés, obscurciSp submergés pirlois, au milieu de la tourmente : mais
ils ne périssent jamais* ils finissent toujours par surmonter l'abim^.
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«2 REVUE DE BRETAGNE
toujours ils finissent par reparaître à la surface. C'est là comme un
symbole de l'immortalité qui leur est réservée. »
En Bretagne la tradition demeure : comme un dépôt sacré, puisse-
t-elle rester à jamais au cœur de ses Enfants. Breiz do virvihen !
A la suite de ce beau discours on applaudit Tardeur organisa-
trice et la brillante inspiration deM™* L'Herminier, Thabile pro-
cesseur, qui fit chanter par sa Société chorale a Les Chanteurs
d'Armor » son majestueux Salut à la Bretagne,
Une poésie touchante de M. J. ^o\i\^.r : Les Sabots du petit
mousse^ fut dite avec la sioiplicité voulue, par M. Yann-ar-
Poulgoat. Puis, M"° Koridwen Riou, accompagnée par sa sœur,
M"* Qafd Riou, moiulaavec grâce Disul vint in {Dimanche à
l'aube), de Bourgault-Ducoudray, l'illustre Nantais.
Le comte René de Laigue, le vaillant et sympathique Rédacteur
en chef de la Revue cinquantenaire, prononça sur La Revue de
Bretagne, son histoire, un discours aux larges envolées.
Quand M. Houeix eut dit à merveille le Chant provençal, de
Massenet, M"« Yvonne UHerminier déclama avec une émotion
communicative une belle pièce de Botrel : Lintersigne de la
bague d'argent y et M"* Riou termina la première partie avec
Pebez kelon [La triste nouvelle), de Bourgault-Ducoudray.
La seconde partie s'ouvrit avec Minuetto, pour orchestre, dé-
taillé en perfection sous la baguette de M. Michel Langlois.
M. le vicomte de Calan, Térudit et zélé Président de la « So-
ciété des Bibliophiles Bretons «^devait en ce moment prendre la
parole pour disserter sur Le mouvement historique breton au XIX^
siècle ; la R^viie de Bretagne et la « Société des Bibliophiles Bre-
tons ». Retenu à Rennes par une indisposition subite, il avait
envoyé son manuscrit qui n'arriva à Nantes que le lundi. Nos
lecteurs auront donc la primeur de ce captivant morceau :
Mesdames, Messieurs,
Prononcer le nom de M. de la Borderie quand on parle d'Histoire de
Bretagne o>st évoquer l'image du créateur de toutes les initiatives fé-
condes. C'est de lui qu'on vient de vous parler en vous narrant la fon-
dation de la Revue de Bretagne ; c'est dans cet organe créé et pendant
tant d'années dirigé par lui que Messieurs de Kerviler, Ouillotin de
Corson, Pocquet du Haut-Jussé et tant d'autres ont fait leurs premières
armes ; c'est là que vous avez pu lire ces beaux travaux qui sont de«
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CINQUANTENAIRE DB LA « REVUE DE BRETAGNE » 61
renai des livres qui s'intitulent : « La Brêloffne à VAcctâèrnie Fran^
çaue » ; Les Grandes Seigneuries de Haute^ Bretagne; Lee Origines de la
Kholutton en BreUigne. >» Or, yingt ans aprè8> c'est eneore à M. de la
Borderie qne nous devons Timpulsion qui aboutit en 1877, U y a juste
trente ans, à la fondation de la Société dei Bibliophiles Bretons ei de
îEisUfire de Bretagne.'M. de la Borderie aTait bien vu que,pour donner
une base solide aux traTauz historiques qu'il espérait voir se continuer
après lai, il ne suffisait pas d'ouvrir aux jeunes écrivains les colonnes
d'an périodique où l'espace leur était forcément mesuré et dont il
Yonlait^ fort intelligemment, bannir tout ce qui paraissait trop aride
afin de conserrer à la Revue de Bretagne son caractère de revue histo-
rique destinée au grand public. Il connaissait à fond les trésors que
renferment nos grands dépôts d'archives. U savait que pendant des an**
nées et des années on pourrait y puiser largement et qu'une belle
moisson de documents inédits était promise à ceux qui voudraient
se donner la peine de les glaner. Les Bretons répondirent en grand
nombre à l'appel de l'éminent historien patriote. Les publications se
succédèrent et la Société des Bibliophiles Bretons peut se flatter d'à*
Toir garni la bibliothèque de ses membres de bon nombre de volumes
dont la perfection typographique rehausse encore la valeur scientifique.
Notre vieil historien Alain Bouchart, dont les Chronicques étaient in-
trouvables a pu de nouveau, gr&ce à M. Le Meignen, faire apprécier le
charme de sa naïve narration. La Chanson d'Aquin, la seule chanson
de geste qui soit incontestablement bretonne, a cessé d'être inédite
grâce à M. Jouon des Longrais. M. René Blanchard, notre distingué se-
crétaire, a réuni dans une publication monumentale et si Justement
appréciée, Les Actes du duc Jean V en grande partie inédits. M. de Carné
a exhumé de la Bibliothèque Nationale la curieuse Correspondance du
duc de Mercœuravec la Cour d'Bipagne. M. de Berthou nous a permis
de savourer les Impressions de voyage d'un touriste archéologue du
XVII* siècle sur ia Bretagne. M. de Laigue a commencé par l'évéché de
Vannes la publication des Reformations nobiliaires du XV* et du
XVI* siècles si précieuse pour l'histoire des familles, la linguistique et
la géographie. Enfin M. de la Grimaudière, en étudiant les crimes de La
Commission Magnier^ nous a fait connaître un dramatique épisode»
l'époque révolutionnaire. J'en passe nécessairement et non des
moindres.
La littérature n'a pas non plus été oubliée : la littérature ancienne
Olivier Maillard, Jehan Mesohinot, Paul des Forges, dont MM. de la Bor-
derie, de Oourcuff et de Kerviler ont donné d'excellentes éditions.
MM. Emault et Guillerm ont réclamé une place pour la littérature en
langue bretonne; et la plume alerte et experte de M. Sébillot s'est em-
ployée à vulgariser pour les Bibliophiles Bretons quelques-unes de ces
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^
64 REVUE DE BRETAGNE
innombrables légendes profanes ou sacrées que cet infatigable mar-
cheur a recueillies dans ses pérégrinations en pays Gallo. Voilà notre
passé, U ne dépend que de vous que notre avenir ne lui soit en rien
inrérieur. Apportez-nous votre adhésion, remettez à notre trésorier
votre cotisation, et Toi d'érudit, vous n'aurez pas à vous en repentir.-
Mous avons distribué Tan dernier le curieux Uvre de Comptes d'un
chanoine nantais du XVl« siècle et les intéressants Mémoires d'un gen-
Hihommê breton gous les débats du règne de Louis XV ; nous venons
de distribuer le tome I de r^û/oir^ inédite des Bretons de Pierre Le
Baud \ La Correspùndance des Intendants de Bretagne à la un du règne
de Louis XLV sera terminée ces jours-ci; la version inédite du poème
sur le Gmnbai des Trente. Les tomes il et lll de VHistoire inédite des
Bretons de Pierre Le Baud, les documents inédits sur les Etati de Bre^
tagneau XVI* siècle, les procès-verbaux inédits des Etats de la Ligue
attendent impatiemment leur tour d'aller chez l'éiitear Je vous en
prie, Mesdames, Messieurs, ne vous lassez de nous lire que quand nous
fierons lassés de travailler à la gloire de la Bretagne, et que ce soit pour
vous et pour noua,., le plus tard possible.
V»« Ch. de Calan,
président de la Société des bibliophiles Bretons.
Easiiile défllèrent : le barde J.-T. Kenerarmor, justement ap-
plaudi dans sesœuvres, de gracieuses niélodies;— M°**P.Jaouen,
qui chanlaet dani^a, de naanière à ravir Tassistance, plusieurs
numéros des Vieilles Chansons du pays Nantais, si patiemment
rocueillies et si habilement harmonisées par M. l'abbé Abel So-
reaui — M, Yann-ar-Poulgoat, fort bien grimé en vieux mathu-
rin, dont le talent se donna libre carrière dans une poésie angois-
sante d»^ Botrel: Péri en mer; —M"' Riou, qui souleva Tenthou-
siasmeavec deux airs de Bourgault-Ducoudray : La Chanson de
Loïc ^i La Softpfi au lait; — M. Houeix, pour qui le célèbre
arioso ûu fioî de Lahore fut un nouveau et légitime succès; —
M*' Louis-Armand, brillante élève de VJ'« L*Herminier, dont la
diction impeccable nuança merveilleusement un des bijoux de
Pailleron : La Poupée,
Après Gavotts et Musette, de M. Langlois, supérieurement
rendues par Torchestre, la salle entière se leva pour entendre
avec respect la patriotique composition du barde Taldir, le Bro
goz ma zadoit ^ le chant national du peuple breton. ... de ce
peuple qui ne veut pas* mourir I
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:fa
_^
CIÎIQi:\%TEN\miî DE LA « REVUE DE BRETAGNE - riS
La chanson popuTaire des Sab^yis de la du'^hesse Anne, qui
n'était pas au programme, fui enlevée avec entrain par
M"' L'Hei^minier. le ba^'dti J.-T. Kenirarcnor, les Chanteurs
d'Armor et môme par un grand nombre d'asi^istants.
Jean- Marie t l'immortel chef-d'œjvre d'André Ttieuriet, cou-
ronna celt« inoubliable séance : ce petit dram^e breton» dû à un
étranger, fut joué de la façon la plus rtim=iriïuar*le par M^^" L'Her-
minier et MM"^ Christian d*Arsy et J.-T. Kenerarmor.
t t
A 7 heures^ un banquet amical râunisgail dans tus ^alon i
cia Faisan Dîré, rue Crébillon. de nombreux ft*rventi de la Pe-
lite Pdtrie»entreauïrt's:le marquis d^ l'EitourbeillOfi^M, Joseph
Riusse* Vice-Président dt^s Bibliophiles Bretons rit G >n3ervatedr
delà Bibliothèque de Nantes, M. DorteK Président de la Société
Académique de Nantes, le baron ne Wismes, Président da la
Société Archéologique de Nantes, M. René BUnchard, Secrétaire
des Bibliophiles Bretons et Archivistt^ de la ville de Nantes, le
comte de Laigue, M. Jacques Pohipr, directeur du Pai/s d'Ârvor^
M. Lol4 Herrieu, directeur de Dihunamb, les bons poètes natio-
DauifAlcide Leroux et Dominique Caillé, le commandantde Mk)-
leray, le baron de Samt-Pern, M,Lafolye. imprimeur de la Revue
de Bretagne, M, SiUllardetM Houd-t, Blbl'othéCHire et. Secré-
taire du Comité de la Société Archéologique d« NiiUes.M. R ondol
et M* Poiri» r, Trésorier et Bibliothécaire de li Sociéé A -adé-
mique de Nantes, M, Joseph Angot, rédacteur en chef du Pays
d'Arvor, le baron Gaétan de Wiamea, Vice-Président delà Société
Acajémique de Nantes^ elc, etc,
La plupart des artistes, -- M°" et M"* L'Herminier, M"" Korid-
wen et Gdïd Riou» a ^xquelles s'était j jinte Ir'ur sœur, M^'* R iZôu
Rou, MM. Langloia, J.'T. Kent^r^rmor, Christian d'Ar^sy et Yjnn-
ar-Poulgoal^ — ainsi que les représenlants de tous Ids grands
journaux, le Pelil Phare, VEx/jress de l Ouest ^ le Populaire ^
y Espérance du Peuple^ le NouoeUisie de Bretagne, avaient ré-
pondu à rinvilatlon des orga[n?atBurs.
Aulourdeii tdblesdt'licieuiemeattleuries, s'asseoient les joyeux
convives qui savourent d'avance le copieu;! repas annonce par de
pittoresques menus — cadeau gracieux de la maison Lefèvre*
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66 REVUE DE BRETAGNE
Utile, — illustrés de lôtes de femmes d'Ouessant, du Huelgoat,
de Soin, de Biud, de Locminéet de Callac, toutes abritées par la
coiffe locale. Voici le détail de ce dîner qui fait le plus grand
honneur aux hiaîtres-queux Mauduit et Fiok :
Consommé de volaille Gauloise.
DéMces de sqI^h Marguery,
Noix de veau Armoricaine.
BaUotine de perdreau à la gelée.
Poularde rôtie cresson.
Satade.
Petits pois en chiifonnade,
^ Cèpes à la Provençale.
Pudditig Irlandais.
Ces agapes entre vrais amis furent d'une cordialité exquise.
Au Champagne, M. de l'Eslourbeillon se leva, remercia et
félicita chacun avec sa bonne humeur et son esprit coutumiers.
M. Dûrlel, aurom de la Société Académique, le baron de Wismes,
au nom de la Sociélé Archéologique, formèrent des vœux pour
le succès toujours croissant de la Revue de Bretagne et des
« Bibliophiles Brûlons ». Au nom de cette Société, M. Joseph
Roiiss(3 prononça quelques paroles charmantes. M"* L'Herminier
se levci à son tour et lui ce tons! remarquable :
i' NficabABrss,
c Jb remercie ïa Revue de Bretagne et les « Bibliophiles Bretons »
d'avoir songé aui ■ Chanteurs d'Armor t en cette belle fête régionale
qui restera gr&irée dans la souvenir de tous ceux qui ont Thonneur d'y
assister.
Il Les noces d*or de la Revue de Bretagne sont une alliance bienfai-
sante, car elles cimentent celte Ere nouvelle du Régionalisme qui, gr&oe
à M, le marquis de rEstaurbeillon, qui en a pressenti Tavenir, grâce à
son dévoué Comité, est devenue la fusion rôvée des meilleurs sen-
timents.
< Dans ce )olt petit coin de France fiui a nom la Bretagne, une telle
alliance d'intelligences qui £e rapprochent, lettrés, penseurs et artistes
se comprenant, ee sondant dans un môme but, devient un bienfait réel.
C'est une force créatrice capable de fonder un centre sérieux littéraire
et muHioal et dont^ dès maintenant, on peut constater toute Tutilité.
t ABsurémeni e^ n'eM pas pour nous que nous travaillons. La vie
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CJNQP^XTE^AÎRB DB LA « REVUE DE BRETAGNE « 6T
est ocurt^. D'autres viendront qui profiteront de nos routes tracée!.
L'idée émise progfïérera, fruciifîerft : «n attinint Jeâ travailleurs tntel-
ïectoeîs de la Région notre alliance régionaliste les consolera, les dé-^
dommagera d'être loin de ÏBt Capitale où il semble (par routine, il est
vrai) <|ue toute œuvre nonvelia doit recevoir le baptême de la vie* Eu
tes faisant connaître par des réunions artistiques, nous évoillerons
Tessor des poètes, des musiciens^ des littér&teurs» ûpb chanteurs, des
diseurs ; nous grouperons autour de la banDlère régionale les cœurs
eotbousia^tes qui ont reçu de Dieu cette étincelle indispensable à Tart;
« Le don de sentir, d*aimer et de vibrer.
€ Ainsi» Mesdames, Mesbieurs, en nous unissant, nous pourrons
dans ce beau but être uUles à tous ; à ceui qui nous succéderont aussi
bî&n que. dès maintenant à nous-mêmes en utilisant nos forces pré-
sentes pour maintenir la grande oeuvre rêvée.
- En cette circonstance, mes * Chanteura d'Armor ** vous apportent
ieurs coaurs et leurs voix, leurs talents et leur enthousiasme, comme
leur Fondatrice Directrice ses vœux les plue sincères, sou beureui dé-
vouement et sa profonde sympathie. *'
M. Lois Herrieu souleva l'bîlarité ^i^néraie avec une chan-
son bretonne, si drôlemeut mimée que tous les profanes com-
prirent.
Le poète Jos Parktr avait adressé ce joli sonnet :
 LA RKVUE DÏÏ BRETAGNE
L*homme eu son berceau, l'oiseau dans son nid,
Nul ne peut savoir le sort qui l'encbaine,
S'il est fait de jours qu'un ûi réunit
Ou si d'acier pur est faite sa ciiaine.
Qu'il est beau le tien l Tu prends au granit
L'&ge qu'il a jeune auprès d*un vieux ohéne ;
Ainsi la moitié d un siècle finit,
Sans cSore pour toi la moitié procbaîne^
Cinquante ans sonnés sans cheveux d'argent !
Aïeule qui vas d'un pied diligent.
Tu domptes le Temps et la Destinée ;
Si tu peux compter des soirs glorieux
Quand d^autres n*ont vu qu'une matinée.
C'est qu'on te soutient dans des bras pieux.
Enfin , BU nom de ses cullègues de la Presse , M. Léonce
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il REVUE DR BRETAGNE
OtivpaT-d, représentant de ['Express de V Ouest, dit en termes
choisis el aimables la reconnHi3âance et les espoirs de tous.
Beaucoup d'amis de l'Armorique avaient exprimé leurs regrets
les plus bincères de ne pouvoir assister à ces belles fôtei régio-
nales. Citons : ^
MM. Léopold Delisle, membre de L' Institut ; Bodinier, sénateur; C^* Le
QoniJec de Traissan^ C^* Lanjuia&is, lieutenant-colonel du Hdkl^ouêt»
M^deMontaigu,députés;V*' Olivier de Oourcuflf.incienrédacteurencûef
de la R/evue de Bretagne ; Joa. Parker, sous-directeur de V Union Bégio-
nali^te Bretonne ; René Valette, directeur de la Revue du Bas-PoUou \
C^ de Palyg, aous-di recteur de la cUese d'Archéologie à i^AssociaUQn
B t*e tonne ; &hbé Bu léo n, gli ré de Saint- Pierre de Vannes, directeur de
[^ Revue Mort hunnaUe; Simon, imprimeur; Plilion, éditeur ; C*« de Kon-
seray ; V" dVAm jLernet ; M™* Baudry ; Charles Le Oolfic ; M*« de Mont-
glat ; 0, Dottin, professeur à la F<lc ilté des Lettres de Rennes, di-
recteur des Anna'ei de Bretagne ; Trévédy ; Senot de la Lon Je i Doc-
tôor Picquonard ; H. de Barmon ; M^"* de Volz, née de Querhoônt ; Abbé
Gadic, directeur de la Paroitte Bretonne de Paris ; René Saïb, direc-
teur du docker Breton ; P. Couraud ; L. de Villé»rs, secrétaire de ta
cU&se d Archéologie de ÏAssQCiaiiQn Bretonne ; Edouard Pied, le che*
ralier d'Achou ^ etc.
On pas^e alors fumer et deviser gaiement dans la grande ga-
lerie du Pdîsan-Doré, pendant que la salle du bar quel te t^ans-
forme en salle de concert* Bienlôi on y rentre et, plusieurs heures
durant, c^est une suite ininlerrompue de chansons gr.ives ou co-
miques, de morceaux de piano exécutés avec maestria, de poé-
sies dramatiques ou joyeus^es, débitées dans toutes les règles de
l'art M. de lEstourOeilloo lui-môme se jette dans la mê ée, et
puisant darjs [Almfinoch de i Union Bégionalisle Bretonne (i)
nous procure avec Coule breton une pinte de bon sang.
La clôture d'un^^ journée si bien remplie fut magistrale : les
Va coups de minuit vennieut de sonner, tous les assistants se le-
vèrent et avec une émolion profonde chantèrent le superbe Bro
gaz ma zadou.
(t) Cet Almaa&ch, du 140 pAge», dé (m te par un Calendrier des Saint» de aotre
FfOTïnc«p reQt'«r£ae nombre i^nTJi uult^a et fourmille de poésies et de chansons
en breion et en jraaçij« et d'vrliaifti pAtnoliques. l£dité par Kra^ncis SiHtiN, à
UxHN«a, il cotîM U c«7(T4H£s. Que loits les Bretons rachètent et le répandent l
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CJÏÏQUANTENAIRE DK LA * REVUK DE BRETAGNE - fifl
\
i*i
Telles furent les belles maTiffestatîonii bretonnes du I& décembre
1907, en ïa vieille cité de la Bonne Duchesse, Elles lalBseront danfl Tàme
deceui qui y participèrent un soutenir impériBsable.
Dès ie lendemain la grande Preftâe^. avec une unanimité qui lui fait
honneur, affirmait la réussite complète de ces fêtes nationales. Nos
lecteurs seront honreux de connaître quelques courts ex traits de ces
arUcles élogif'tix.
« M, de rE^tourbeillon prit la parole et, en termes beureui, rappela
de quelle utilité (ut le périodique aux destinées duquel il préf^ide...
L'aoditoireÛt le meilleur accueil à ces paroles,.. Le soir, à sept heures,
Bretons de Nantes et d'ailleurs se retrouvaient duns un banquet tout
intime,., La plus grande cordialité et le plus ehaleurc^ux entrain
régnaient parmi les convives... Au chaoipa*rne, M. de rEstourbeillon,
après avoir excusé Tun des fondateurs de la Revue, M. Léopold Delisle,
ainsi que beaucoup d'autres amis, évoque la mémoire de M, de la Bor-
derie et rend hommage à M. Joseph Rousse. Il remerete tous ceux qui
ont collaboré à la réussite de ce Cinquantenaire.,. La soirée ee tertsine
comnse le concert par le chant breton qui groupe tous les assistants
dans la même é motion > **
{le Petit Phar«},
n Un concert des mieux organisé et des mieux composé & été
parfaitement exécuté. Nous léii citons en bloc tous les artistes .,.. Uu
drame en vers, Jean-Marie^ a élé très bien rendu..... M, le M'* de rEs**
tourbeillon a prononcé un magnifique discours En résumé, char-
mante réunion, dont nous garderons te meilleur souvenir, >«
* {L'Espérance du Peuple)*
M A 2 heures et demie une assemblée sélect te trouvait réunie
pour Taudition du programme musical, littéraire et dramatique. Disons
tout de suite le grand suc^cès remporté par les organisateurs de cette
tètet H combien turent L la hauteur les diflérents artistes qui avaient
assumé la lourde l&che d'intéresser un puhlic d'amateurs choisi et com-
pétent, La matinée s'ouvre par une Danse bmionne enlevée avec une
maéàtha véritablement remarquable, Fuiâ M. de rEstourbeillon pro-
nonce une très intéressante et très littéraire allocution A signaler
la parl&ite exécution d'un petit drame d'André Theuriet, Jmn-Marie «
[Le Populmte).
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70 REVUE DE BRETAGNE
Les organisateurs des Fôtes bretonnes, par lesquelles la Revue de
Bretagne, toujourji Tivace et jeune en dépit des années, commémorait
son Cinquantenaire, peuvent être satisfaits : un public choisi arait
répondu à leur appel et gardera un souvenir durable du régal déli-
cat, tout embaumé du parfum des bruyères de la lande bretonne, qui
lui fut offert Pour la première (ois de la saison, les « Chanteurs
d'Armor », que M™' L*Herminier dirige avec beaucoup de sens artis-
tique, ont montré leurs sérieuses qualités et la sûreté de la direction.
M"* Yvonne L'Herminier a dit avec un charme très émouvant une
jolie poésie de Coppée. Notre jeune compatriote, le. compositeur Michel
Langlois, dirigea l'exécution par Torchestre de plusieurs pièces de sa
composition, d'un coloris très personnel et d'une jolie inspiration. Mais
le succès de la matinée fut pour M"* Loeiza Riou (Koridwen), qui dé-
tailla avec un art véritable de chanteuse et de diseuse plusieurs com-
positions de Bourgault-Ducoudray, les unes chantées en français, les
autres en breton, mais toutes très justement applaudies; cela sortait
absolument du banal. Nos compliments à la charmante interprète et à
sa sœur qui l'accompagnait La matinée se terminait par Jean-
Marie, le drame breton si émouvant d'André Theuriet, à l'interpréta-
tion duquel M*>* Yvonne L'Herminier apporta le charme de sa diction
si juste et son jeu émouvant; elle avait de dignes partenaires en
MM'* Christian d'Arsy et J T. Kenerarmor Au début de la séance,
M. le M^" de l'Estourbeillon est venu exposer le but des fôtes bre-
tonnes Le distingué et très actif Directeur de la Revue de Bre-
tagne rappelle qu*eile eut Nantes pour brrceau, puis il s'attache à dé-
montrer l'importance du rôle qu'elle a rempli et la permanence de ses
efforts pour établir sur ses véritables bases Tbistoire de la Bretagne.
M. le comte René de Laigue retrace les principales étapes de
Fœuvre d'érudition féconde entreprise par le grand savant que fut
M. de la Borderie ; il évoque les noms aussi bien de ses collaborateurs
de la première année que de ceux qui aujourd'hui contribuent à as*
su rer la victoire de la Revue. Il remercie tout particulièrement M. le
baron Gaétan de Wismes, qui fut le tout dévoué et le très habile orga-
nisateur de la fête.
En somme, belle journée, où l'on sentait battre tous les cœurs à
l'unisson dans.l'amour de la Petite Patrie, amour qui ne les empêche
pas d'être les meilleurs serviteurs de la Grande Patrie, la France. »
f L'Express de VOuest).
'( Le dirons-nous ?Eh bien, le triomphe, et c'était naturel en
une fête bretonne, fut pour deux Vannetaises en costume national,
M'^ Riou. M"« Loeiza Riou se tailla un beau succès avec see chants
français et bretons ; œs derniers n'étaient compris que d'une rare élite,
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CINQUANTENAIRE DB LA • REVUE DE BRETAGNE » 71
fluis ils étaient rendus avec une telle ^me^ des accents si sincères
aaii à une science simple de la vocalise que, comme le disait le soir le
Président de la Société Archéologique, le baron 4e Wismes : « Je n'ai
jamais tant regretté d'ignorer le breton qu'en l'entendant poétiser par
MU'Loeiza Riou et par le barde Loeiz Herrieu. »>.... Le marquis de l'Es-
toorbeillon a prononcé un fort beau discours La séance se termina
par le cbant national breton Bro gox ma zadou, que l'assistance écouta
debout très respectueusement, répétant le refrain Le soir, une
cinquantaine d'invités se réunissaient en un banquet tout amical
La devise do-fondateur de la Revue de Bretagne < Qui l'aborde rit n fut
la règle de cette soirée, et, après les toasts d'usage, ce ne furent jusque
bien arant dans la nuit que chants, récits et causeries Jojeuses> puis
chœur final du Bro goz ma sadou. Ainsi se termina cette belle manifes-
tation régionaliste bretonne. Breiz da virviken ! >
[Le Nouvelliste de Bretagne),
Dans le n* du 21 décembre de Nantes- Mondain^ notre vieil ami, le
V^ Olivier de Gourcuff, écrivait ces lignes spirituelles :
« J'ai fort regretté de n'ôtre point à Nantes dimanche dernier. On a
célébré un Cinquantenaire, et celui d'une dame encore, ce qui pourrait
n'être point très galant s'il s'agissait d'une perdoAne naturelle. Ras-
surez-vous : la dame était moins âgée que l'Académie, à qui vieux et
même jeunes littérateurs content volontiers fleurette -, c'était haute et
noble Bévue de Bretagne, née à Nantes en l'an de grâce 1857^ tenue sur
\bb lonts baptismaux par Maître Arthur de la Borderie et son collègue
Kmile Qrimaud. Je ne sais pas si la Revue de Bretagne a des cheveux
gris et des ridées ; je l'ai trop aimée, pendant certain commerce de treize
années que )'ai eu avec elle, pour m'apercevoir qu'elle vieillissait, ni
même que nous vieillissions ensemble. Si j'aveis été à Nantes, j'aurais
évoqué en prose — ou en vers, pourquoi pas ? — ces souvenirs et bien
d'autres. A distance, j'aime à me remémorer les hommes que j'ai con-
nus, fidèles soutiens de cette doyenne de la presse périodique bretonne,
et qui à tour de rôie lui olTraient galamment le bras. Près du grand
historien La Borderie, fléau des légendes et lecteur dévotieux de la lé-
gendaire Vie des Saints d'Albert do Morlaix (ceci n'est qu'un apparent
contraste), prè!« d'Emile Grimaud, vif, ardent, qui papillonnait autour
des héros de la Chouannerie, je vois l'admirable poète Hersart de la
Villemarqué, dont le Barzax Breiz a toujours le privilège d'aiguiser les
dents de l'envie, et Audren de Kerdrel, qui n'eut pas son pareil pour
présider une assemblée parlementaire ou un congrès, et Ëimond Biré,
qui s'offrait le plaisir de disséquer Victor Hugo avec le scalpel de
Sainte-Beuve, et René Kerviler, qui aurait dû terminer sa Bio-Biblio»
ifapkie bretonne dans un de ces fauteuils d'académiciens bretons si pa-
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72 REVUE DE BRETAGNE
tiemmest décrits par lui. Voilà dMlInstres collaborateurs, ou je ne m'y
connais pas, et Je n'ai nommé ni Brizeux, ni Victor de Laprade, ni Henri
de Bornier, qui tous trois envoyèrent à la Revue de la bonne copie. »
(fanées Mondain),
TREDE LIZER EUS NAONED
Kknvroïz Ker,
Evit ar wech-man ne gomzin ket d'ac'h eus Ireo koz. Re a blijadur
am eus bet, re frealzet eo bet ma c'halon gant an treo eus an amzer a
Treman. C*boant bras *zo ganin da zisplega d>oc*h ar pez am eus gwelet
ha klevet disul tremenet, er Todadeg breton savet evit lida banter-
kantved bla ar geloen-gelc'b brudet e reer anezi, en g^Weg^ Revue de
Bretagne, « Keloen-gelc'h Breiz ».
Da genta, petra eo ar Revue de Bretagne ? Hen laret a rin en berr
gomzou.
Eur geloen-gelc'h eo savet hanter-kant via *zo gant eun den gwiziek
meurbed bag eur breton kalonek, an aotro de La Borderie, evit beza
eun ôre être ar Vretoned a gare o bro eveltan bag a gare studian istor
Bretz bag an treo koz a gaver eleiz war bon douar, ilizou. kestel, mein-
hirr, dolmen, bag ail.
Dam a laro : Petra *dalv kement-se evidomp-ni ? Daoust ba n'in ket
banter-sod, an dud-se, o tremen o bue o furchal koz vogeriou pe bape-
rou banter-vrein, banter-debret gant al lognd ? Laret ket ze, kenvroîz
ker. Ma eo anaveet ganeomp bueou bon zent koz, laboariou uhel ha
kalonek bon tadou koz, ir breznliou «oneet gant bon roueed bag bon
duked, dre labour an dud gwiziek-se eo e teuomp do anaout.
Nag a sk>ueriou kaer ha talvoudus a lennomp en o levriou bag a
entan bon c'halonou ! Ne vije ket eur gwir Vreton an hmi na larfe ket
»
goude beau lennet an istoriou kaer-ze : Daoust ha ne rin ket evel ma
c*hendadou^ pa Inan o gwad o redek barz ma gwazied ?
Bvelse *reomp-ni, barzed ha skrivagnerien breton : Perak emaomp-ni,
kement ao*banomp, o p eal, o labourât noz de gant levriou ha keloen-
nou, evit skigna etouez an dui karante Doue ba karante Breiz? Perak?
Dre ma zo bel tud gwiziek meurbed en bon raok^ hag o deus diskouelet
an hent d'eomp, evel ma ra an tour-t&n d'al listri war ar mor.
Hag ouppen-ze, ni, barzed, skrivagnerien, bemde o vale bro da gomz
d*an dud, o t^kriva pennadou skrid da ganan, da c'boari, o bada en o
c'breizbad mat ar garante-vro, penaos e c'hellfemp ni kaout amzer
evit studia, evit klask*barzal levriou koz danve an istor a displegomp
ar bjb , ma ne v^jemp ket tikouret gant tud hag a labour evidomp
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t
CrNQUANTBl^iAlRK DE LA « REVUE DE BRETAGNE » 73
evel ma ra ar vederien a drouc'b^ a zerr, a zorn an ed 6 vit ar miliner
h^ ar miliner a val anean evit ar fornier ?
Efelse en em barp pep micberour ar spered koulz ha mlcherourieD
!□ douar.
EQor 'ta ha tri] gare ha^î anaoudegez val d'an dud gwlziek a labour
eridomp *mesk ai tevriou koz, kuzet, daoubieget war an daol skriTâ,
©Tel mederien war an ero.
Cbomet on re b6Ïl da zisplega al iabouf mat a ra Eêvue de Bretagne.
TrawAlc'b am eui c'bosz da gonta d'aclj. Da genta. evei m'bo peua ben
fweiet war Groas ar Vreloned^ ar zuri dîweïan, baan 'zo bet eur voda-
deg dudius, da diou eurd'abardp. Goudeprezegennou dispar graet gant
laaotro markiz Eitourbeillon ha g ea aotro kont de Laigue, e oe kivget
giDt BF muîit kanaouennou gralîek, dagenta, ha goude, re brezonek.
Pebez dadi klevet hon yez m^ule t gant an hoLi î Fa zavas war al leur-
c'hoan an dimezel Biou, bon c'hanârez diapart gwisket ganii gwiska-
iQâDt ken kaef Pontavet), kredi *riâ gwciet eur rouanezosevel, kement
e oe fltrakfit an daouarn d'ei. Kaoet ganti ar Brezoneg a 7eblant yez an
ele, ar j€z a gomzer «r baradoz. Ken c^houek, ken brao e teue ar giriou
hag an ton unanet ; ken dereat ar muzik c'bcariet gant he e'boar oc'b
eila anei war ar piano* An boll a oe gonêet bag a anzava trec'het gant
nen ar wirione : < Ar Brezoneg a zo re d'ar Gaileg evit ar c'hanouennou
hagar varzoniez. » — m BJskoaz n'am eus bet kement a geun o vean
bep gouzout ar Brezoneir, > a lare eun aolro pinvik bras eus Naoned.
Eritgwiri me ton] penôs, bep dale, ne vo ken bodadeg ebetda gana,
eo Breii, hep ne vo kaneteun dra bennak en Brezoneg.
Ha pa weian kement-se en kôrlou bras, pa welan tad a spered ubel o
komz evelse eus ar Brezoneg, o'cb ober meulodi bro ba yez koz o zadou,
pen6s belllemp tremenbep dioar^in gant an dimezelligo e weierre ane
'barï ar boarko o vale, ar zulio, eun tammîg koz tok war o fenn, goude
bean gwerzet bolen pe moru epad ar zun, bag oc' h ober fae war Bre-
£oneg. 'n eur drei o geno evel marmouzien : Je ne parte pas cette langue-
là! C'est one langue de iauvaché^ î f^ Sauvacbe >, ne gredan kete vefen,
dîmezelL nag bo kerent, kennebeut, ba na ^ooizont, koulskoude, nemet
brezoneg* Diwaliet kentoc'h da gouean, c boni, erenk ar « sauvaçbed y*
Bean 'zo tud en Paris bag a gomz galleg, — eur galîeg brein, gwir eo»
— bag a 20 gwasoc'h evit morianed an Afrik.
Ne achcfen ket, ma karfen displega pep tra. Arôk en em dispartia, e
oe kanet ar ganaouen dispar-ie a zo eun ère être ar Vretoned, Bro gos
ma sadou ; kaer 'oa gwalet an holt, savet en o zav, oc'h unani o mouez
evit an diskan bag o bûchai a greiz knlon i
Q Brelzn nia Bro. me *|^ar ma bro,
Tra ma vo mor *t«1 mur *a b# zro,
Ea veio digabestr ma bro.
Février iiêê f^
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74 Kmm DS brëtàghb
pE Ye<iasl»m«t Br^toii^d evit eun dra bennak, n'^nt ketevit 'n em
dispartian hep azaan^ evel breudear, da gaozeal kalon ouz kalon eua
'ireo o M&iii^Vfo Brefs.
Evelse 'oe ^rct ive. Wardro banter-kant e oamp unanet evitar banvez
'bapz ar ^weUan tiost»lipi eus tCaoned, ean hostaiiri evel n'eus hiûi
^weUoc'h en PâHs. Mat tre e oi ar geg[n ; gwelloo'b c'tioaz e oa ar
prezêgennou Uag ar c'banaouennou. Betek hanter-noz e cbomjomp da
'gaose&l, da gfina» da diriza. Pa Te BreCoaed unanet asambleBt a^iot ket
eTit'n em zispartia. ErÛn, rdd a oe taret kenavo an eil d*6giLe. Hfis
re a blljadar bon ôus bel, ba me 'gred e hadkrogfomp eur wecb-ait.
Gwelet bon rus potra eo an unvaniez. Pegent krenv e vjjemp-ni, Bre-
toned, ma ouifemp en em barpst eirezomp, rei skoaz d'hon braudeur, be-
Ta bepred erel tad «ue ar memez gwad. Kement-sc» 'zo gn;t dija en Pa*
ris gant ar vreuriez dispar a rer anei lireuriez Breiz: perak ne rafemp
ket evelBe en Bfaoned gant sikour Eev rédigez Breit^ï Evit miret ar
Bonj en 8 an darrouiou evurus, aliea ve savet bospitalioa, levrdiou ;
evelse rer en Bro-Zaoz.
Perak, evU miret envor hanter-kantvel ginivelez ar Revue de Bre^^
tagne, ne tïjg ketaavet en fïaoned ean tl evitar Vretonedî Evit sur,
netra na btijfe muioe'b d'be rener kenU^ aa bistonan bras a gare ke-
ment e Vreiz, an aotro de La Borderie.
GWKLTAS.
{Kroaz ar Vretoned}-
ËnBn, Le Pays d'Arvor, la jeune et brillatite Revue, a consa-
cré, dans sa livraison de janvit^r 1903^ des lignes charmantes a.ux
fêtes du 15 décembre.
,s
Une excellente nouvelle pour finir.
M. Edouard Pied, dont la maîtrisa 6Q ce genre est connue de
loas, accepte de dresser des tablas complètes des 50 AWNèKs de
la BRVue dk Brctagm; : rulTabb érudit mettra ainsi aux maÎDS
des innombrables travailleurs régionalistes la clef du trésor
inappréciable enfoui dans ces 100 volumbs auxquels, depuis un
demi'Siècle, collaborèrent tous les Bretons de valeur»
Puisse là réaUsation de cet utile projet ne pas se faire trop
attendre I
G. W.
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LE CONVERTI DE NOTRE-DAME
\
PERSONNAGES
MoitSEffUR t>E KERÏOr.BT.
UtfiSïRi DU Gard» caiiseilt«r da Parlemeiit.
[>aM MicHRL, CETine da eouTent de Sainte^ Anne d'Aurmy.
Paytant breiom, boargeùit, tnendianls, deax coquiltards, veftdean d^ ûom^
pLùni£t. cnfanU.
Le J<nir du pardon, à Ifolre-Oame de HiMéricordû, en PI a vigne r, 1034^
LE CONVERTI DE NOTRE-DAME
4 gaachêt au fùnd, la chapelk ; dans le mar if as qai occape le fond de la
tcéne, one porie s'oavre Mur la campagne ; à droiUf un vieux calvaire^
SCÈNE PREMIÈRE
DoM MICHKL, stEsâittE DU GÀEO, la. Foti.B.
Au lever du rideau, un chant lointain csi entendu, plus intense,
par intervalles brusïquea, à -chaque fois que s'ouvre la portt: de la cha-
pelle pour laisser entrer ou sortir des pèlerins.
Sur la scène, des paysans, quelques bourgeois vont et viennent,
ceuï-là, les bras croisés, le chapeau sous Vaisselle^ le chapelet à la
mitn, ceux-^ci moins dévoUeux en leur attitude.
Sur un mode monotone, des mendiante glapissent^ en breton et en
français, leurs plaintives supplicuUoas — Mouvement général.
(Musique de scène) .
Les Prlëkïns, dftwt îm chapelle (1).
De notre cœur, V^ierge Marie,
Un cri d -espoir ruonle vers vous»
Vers le cceur qui vous prie
O Pia t
Doucement, pcncbez^vou^,
jli'e Maria,
W) Kàt r«ctiâiltt par M, Boargaull«Dacoadcif d»Qt iei t Chaau poptilair^t d'à
1^
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n
RfiVUE DB BRËTAGJVE
Uh Vbndeur de complaintes et quelques mendiants,
[Air du cantique breton à N.-D, de Quelven) (1).
Oyeï» 6 douce Mère,
Patronne de ce Ueu,
Oyez notre prière,
Portez-la jusqu'à Dieu,
Afin qu'il nous accorde
La grâce du pardon,
Par la Miséricorde
De votre cœur si bon I
Un Mendiant.
Ayez pitié, mes boas pèlerins, du malheur
Qui me rend impossible, à jamais, fout labeur.
Un Grabataire»
Secourez, s*îl vous plaît, le pauvre misérable
Que cloue à son grabat ùa mal impitoyable.
Un Aveugle.
Hqu péet truhé ag er peurkèh dal, me zud vat (2).
Un autre Mendiant.
N'em es chet mui na brér, na oér, na mam, na tad.
De tempâ en temps un gros sou tombe bruyamment dans les « co-
quilles de saint Jacques n et les sébiles qu'ils tiennent à la main.
L'Aveugle, à un pèlerin.
rriigéré (B).
Le Grabataire, à un autre pèlerin.
Merci bien.
Il compte son argent.
Le Vendeur de Cantiques.
Achetez la complainte
Nouvellement « levée » en Thooneurde la Sainte.
Il chante :
Oyez, ô bonne mère,...
(f Cr. l« mélodie «i raccompagnement de cê cantiqoê dans 1m « GoUeetioas
d* pièî^e* d^orgue « do M. Th. Decker.
il] Ajtï pi lié da pauvre aTç^iglc, bipp nés gens. — Je n*ai plat frère ni sœur,
mèpt ni pèn*
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M^i^'l
LE GDKVeRTl DE NOTRE-DAME
Ùff Bourgeois.
Combien est-ce?
Lb Vendbou db Cantiqubs.
Uû denier. — Merci bien.
Uk Mendiant, d'un ion lamentable.
Charité !
{Fin de la mttsique de ieine),
Dv Garo à Dom Michel i|u'il rencontre dans la foule.
Ah ï Dom Michel, qael beau pardon, en vérité !
Quelle foi 1 Quels élans vers la Vierge bénie
Dans la foule icnplorante, k ses pieds, réunie I
Do!t| MlCIIBL.
Nous avons confessé, sans trêve, celte nuit.
Du Gaho.
En ce cas, il est temps de prendre du répit.
Vous devez être las» mon père.
Don Michel.
Pas très las.
Du GAfio,
A votre &ge,
On devrait — permettez ce conseil — être sage,
Modérer son ardeur apostolique un peu....
DOM Ml eu EL.
Bah ! comptez-vous pour rien les grâces du bon Dieu !
Du. Gard.
Ah! les grâces d'étatl.*. Profltoaa-en, mon père,
Mais point d abus L..
Dom ?4ichel, ft'ëloignant.
Ne craignez rien.
Ux Mendiant^ à Du Garo.
Pe ma misère
Ayez pitié, Seigneur.
77
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n .REVUE DE BRETAéï^E
Un autre Mendiant.
Et de )a mienne aussi.
Du Garo leur distribue quelques menues monnaies ; des
enfants viennent baiser les mains de Dom Michel.
Dom Michel, les bénissant.
Que la Vierge vous garde, mes enfants !
Les Pauvres à Du Garo.
Merci.
Dieu vous le rende 1 ... * .
Un Aveugle.
Oyez la plainte lamentable
Du pauvre aveugle-né; soyez-lui charitable.
Un Bourgeois, à Tun des pauvres.
Mon ami, vous ferez une procession,
A la fùotaine, après les vêpres, en mon nom.
DoH MlCHBL, redescendant en scène, après avoir échangé, au fond,
quelques paroles avec un groupe de paysans.
A propos^ savez-vous ce que Ton dit, messire?
— En vous le répétant, je ne crois pas médire —
Que votre redouté collègue au Parlement,
Monsieur de Keriolet...
Du Garo.
Ajoutez : mon parent.
Dom Michel.
Reconquis par le diable, a quitté la Chartreuse
Pour reprendre, dit-on, sa vie... aventureuse.
Du Garo.
Quoi d'étonnant? Le loup retourne aj bois toujours,
La nouvelle d'ailleurs, vieille de quatre jours,
Depuis jeudi, de bouche en bouche, vagabonde.
DoM* Michel.
Je rignorais, vivant toujours si loin du monde 1
Do Garo.
Ne vous Tavals-je pas prédit ? Un ne fait point,
Avec Teau qui croupit dans la fange, du vin.
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LB CONVERTI DE KOTRg-DAME 79
Dieo le fit à Cana, noessire. *
ï>0 Gabo.
C'est d'eau pure
Qui! se servit, mon père. — Ce parjure
De ses crimes anctens n'est que le fruit prévu.
DllM MiCHIL.
A sa conversion, messire, j'avais cru,
J*ai connu — Dieu me Ht cRtte Krâce, — sa mère,
Une sainte.
Dw G*iicj,
Une sainte en eiïeh
DoM Msciiet,
Son rosaire,
— Qu'elle égrenait très lentement — entre ses doigts.
Son « Livre d'Heures » sous les yeu3L, je la.revois.
Dans son humble oratoire» à genoux, sur la pierre.
Priant pour que Dieu fit un prêtre de son Pierre. ,
Du Gabo,
Rêve étrange!
Don Michel,
Ce rôve est, measirej celui
Qui de toule mère, chez nous, hante Teaprit.
Dieu Texauce à son gré-
Un Bqt^ttfïfiois, à un vendonr de cierges.
Faites bénir ce cierge
Et le portez ensuite à Vanlel de la Vierge.
DoM MicifBL, en hënl^sani le cierge d'un large signe de croix.
Est-ce pour vous?
Lb BOUHGIOIS.
C'est pour mon IVIs qu'hJlle a guéri.
J*ai fait vœu de venir lui rendre giàceic".
Un Vieillard,
Moi> mon père, je viens pour ma pet i le ^ fi lie,
— Une enfant de seize ans, — GVst loute ma famille
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$0 REVUE DE BRETAGNE
Que je perdrais, hé]as ! si Dieu me Tenlevait.
Elte se mit au lU, ua soir qu'elle arrivait
Des champs. —C'était au temps des semailles. — « Grand-père,
Medit-etlep j'ai froid, comme avait froid ma mère
Lorsqu'elle se coucha pour la dernière fois
Dans ce môme lit-ctos ; j'ai la fièvre, je crois. »
La fièvre ia tenait, en effet, la pauvrette !
Plus pâle chaque jour, maigre comme un squelette,
Sans se plaindre pourtant, résignée à son sort,
Ëfles'en allait, à grands pas, devers la mort.
J'avai3 déjà perdu tout espoir, tout courage.
Lorsqu'un soir, le premier soir de mai, son visage
Me parut rayonner d'un éclat merveilleux.
La vie, abondamment; revenait en ses yeux
Qu'elle fixait, avec amour, sur une image
De la Vierge, clouée au mur, — œuvre sans âge,
Devant laquelle, sans répit, pendant neuf jours,
J*avais de Notre-Dame imploré le secours....
L*enfant se releva, de la sorte guérie.
Un soir de mai, par la puissance de Marie.
H s'éloigne dans la direction de la cnapelle.
Un JEimB Homme.
Je Tai prise pour mère, étant un orphelin.
Je n'ai Jamais manqué de travail ni de pain.
Un vieux Mabin qu'accompagne un mousse portant un petit
navire ex-voto.
Elle m'a préservé de mort dans un naufrage
Où j'ai vu, sous mes yeux, périr tout Téquipage.
A la Mère de Dieu moi seul m'étais voué.
Que son nom soit béni l
La Poule.
Que son nom soit loué !
La foule s'éloigne.
DoM Michel.
Celle qui fait tant de miracles, — Notre-Dame,
— Exaucera peut-être aussi la sainte femme
Qui, chaque jour, pleurait devant son cruciRx,
En priant Dieu de faire un prôtre de son fils.
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LR CONVERTI DE NOTaS-DAME A)
Du Garo.
Quoi ! pouyes-vous encore avoir cette espérance !
DOM MlC*bEL.
La pitié de la Vierge est grande — et sa puissance
Egale sa pitié, m=î88ire. — Entendez- vous
L'inceasante clameur de la foule à genoux ?
Cest elle qu*on implore, elle qu*on remercie,
Parce qu'elle est puissante et bonne... à la folie.
L*entratnant.
Allons, messire» allons la prier, nous aussi,
Même pour le pécheur dans le crime endurci.
Depuis quelques instants, le chant de la foule, d'abord lointain, est
devenu plus distinct. Va-et-vient de pèlerins sur la scène.
La Poulb, dans la chapelle (1).
Pour obtenir du bon Sauveur
Le retour du pauvre pécheur.
Refrain.
Nous vous prions f à deux genoux^
Marie, exaucez-nous.
Les Pauvres, en scène.
Pour le pauvre qui tend la raain,
Souffrant du froid et de la faim.
Refrain, chanté par la foule.
Nous vous prions ^ à deux genoux ^
Maris, exaucez^nous,
SCÈNE II
Les MèsfBs, Monsieur de Keriolet, le feutre en bataille, l'épée au côté.
Kbriolet, aux pauvres.
Holà I Qui veut gagner dix écus tout de suite ?
Tous, les uns avec surprise, d'autres avec efTroi.
Monsieur de Keriolel ! .
(1) Cf. Th. Decker, « Collection de pièces d*orgae »
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82 REVIJE DE BRETAGNE
Kbriolbt.
Qu'il se présente vite î
J*ai besoin pour Tin s tant d'un homme vigoureux
Montrant le calvaire.
Pour oescendre ce Christ de son arbre hideux.
Nul ne s'avance.
Quoi ! la somme n'est pas suffisante?... Je double.
A part, pendant qne pauvres et pèlerins disparaissent, Tua
après Vautre, dans la direction de la chapelle.
Je ne puis supporter son regard ; il me trouble
Dans rivressB de mes débauches ; — dans la nuit
Dont s'entoure mon âme, implacable, il me sait.
Haineusement, dans Tombre, il me cherche, il me blesse,
Il me tue K.. — Abattez cette croix qui se dresse,
Insolente comme un déB^ devant mes yeux.
Je ne crains pas le jugement de mes aîeux^
Se retournant brusquement.
Ni le vôtre, manants !
Du Garo, au fond.
Ouvrer la grande porte
Pour que, sur le parvis, la procession sorte»*
Kbriolbt, à part.
Depuis quand peut-on faire une procession
Sur ma propriété, sans ma permission?
Haut.
Hé 1 les terres qui sont autour de la chapelle
Sont miennes I
Du Garo.
Mon cousin, vous nous cherchez querelle
Bien importunémeni Je trouve : il est de droit
Que la coutume, en cas semblable, fasse loi.
Or, ici, la coutume existe — séculaire, —
De suivre, tous les ans, la Vierge et sa bannière,
Le long des champs de blé, par les sentiers fleuris
DoDi rherbe, sous les pas, s'étend comme un tapis,
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LE CONVERTI DE NOTRE-DAMB 11
Tdpis que volontiers qous prêtait votre mère-
Donc, çan léser vos droits stricts de proppiétaire.
Nous suivrons la cou I urne, et, sana peur, en ehrétieni.
Nous Terous ce qu'ont Tait vos aï«ux et l^s miens.
Kemiolkt.
Vous parlez en jurigii tiujieccable, mesaire.
Hais, quoi que vous d<^iez, sHl me platt d'interdire.
Sans plus ample discours, cette procession.
Ni cnutame ni loi ne m'en empêcheront
Du GÀito.
Eh quoi ï vous oseriez commettre ce scandale l
Kbiiiolit, d^fttnant.
Oui, certes, et cela, sans eicuse légale;
Et si quefqu*Qn s'oppose à mon libre dessein,
El risque fort de trépasser, sans médeciBi
Avec trois pouces de ce fer dans le bas -ventre*
Impératif.
Que, sur-le^hamp, le peuple en la chapelle rentre.
Dit Gauo.
Que la Vierge plutôt en sorte et Ton verra
Devant Tautre qui de vous deux reculera.
Lfts cloches sonnent à taules volées, le peuple chante les
litanies de la Vierge ; d'un remous de la foule, sur un bran-
card parte par quatre robustes paysans, la statue de Notre-
Dame surgit, radieuse,
Kebiolkt^ avec épouvante.
Oti 1 la Vierge I».
La Fodlr*
Titrriê ehurnea, or m pro n&bi9.
Du Gauo.
Sans glaive au poing et sans visière...
Kkrioi.kt.
Oh! ravoir, en ce fol combat, pour adversaire I
La Foulb-
Au^Uium christianorumt ût-a pro nobU
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Il BBVUB DE BRBTAGNB
Kahiolbt, aux porteurs de la Vierge. '
Arrêtez 1
La Foule.
Refugium peccatorum, ora pro nohis,
Keriolet.
Arrêtez!,... Ne f dites plus un pas.
Du Garo.
Avancez !
Keriolet, à Du Garo.
Par pitié, messire !... Ce n'est pas
Contre Elle que je vaux me battre.... Dieu m'en garde t
Du Garo
Vous reculez, Monsieur de Keriolet l... Eu garde l
Le temps presse, .
KBitioLET, suppliant.
Arrêtez \ *
La procession s'arrête.
Je sens vibrer en moi
Je ne sais quels frissons invincibles d'effroi...
Oh ! son regard sur moi s'abaisse, sans colère.
Sur mes lèvres je sens frémir une prière,
La prière qui monte, à travers le ciel noir,
De mon cœur jusqu'à vous, ô Vierge, chaque soir,
jife, ape, Maria !
La Foule
^fc, «PC, Maria !
Keriolet, à la Vierge.
Pourquoi me regarder avec tant de clémence!
Ne voyez- vous donc pas ma turpitude immense?
Mon cœur, ce pauvre champ où ma mère a semé
Un blé qui; par ma faute» hélas 1 n'a point germé ;
Champ divin où devait mûrir la moisson riche,
Aujourd'hui dévasté comme une terre en frichel
N'abaissez pas sur lui votre regard; j'ai peur
De vous voir reculer^ Vous ^i pure, d'horrei^p |
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LB CONVERTI DE NOTRE-DAME S5
J'ai penr de votre doux regard ; j*ai peur... je souffre...
On dirait que mon âme ett tombée eo uu gouffre
De silence et de nuit... 0 Vierge, c'est Tenfer
Qui m'engloutit, vivant... L'horreur étreint ma cliair !
II tombe sur un genou, la tète courbée très bas.
Au secours» Vierge forte, au secours !.•. Ah I j'expire I...
Mais non» vous me sauvez I...
Il ralève la tête et tend les bras vers la statue.
Votre geste m'attire,
Moi, le pécheur souillé, vers les cimes d'azur t.. .
Pour monter jusqu'à Vous quand serai-je assez pur?...
Par les routes du mal j'ai tant erré I... Mon âme,
— Chapelle profanée — est un cloaque inf&me
Où je n'ose descendre... Et pourtant, ce bourbier,
Vous voulez bien m'aider à le purifier !
Il se relève, en laissant tomber son ëpée.
0 miracle !
La Poule, au premier rang de laquelle on aperçoit Dom Michel.
Miracle !
Kbriolbt, dans une attitude sacerdotale.
Oh I que vous êtes bonne 1
Qu'il est doux le pardon que votre cœur nous donne I
Mais pourquoi me blesser ainsi de tant d'amour ?
La Vierge, d'une voix lointaine.
Parce que tu m'as dit un Ave, chaque jour.
Chœur Final (1)
La Foule
Victoire à Notre-Dame !
Les Enfants
Ave, ai>e^ ave, Maria,
(I) Musique de M. Théodore Decker.
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> m RBVUB DE BRKTAGNB
Kbriolbt
* PrîeM pour noué, pauvre pécheur^
A ifQU9 fnon âme^ à vous mon cœur,
La Foule
Victoire à Notre-Dame !
Kbriolet
, A vouë mon cœur y à vous mon âme. ^
La Foulb
L'amour de la Vierge est plus fort
Plus fort que la haine et la mort.
Kbriolbt
A vous à la vie^ à la mort !
PeDdant ce chœur final, les pauvres chantent, sur Tair connu,
1b cantique breton
Santéz Mari guir vam de Zoué.
FIN DB L ACTE
Bignan, le 2 février i9&8.
En ta fête de la Purification de Marie,
J Lb Batqh.
1^1
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Jiâ
LIMAGIER DE SAINT-FLORENT
IX' SIÈCLE
« Vous taillerez, mon fïls, dans la pierre, uoe haute statue du
très noble et très puissant prince Nominoé, et sur la tour du mo-
Dastère, voua la dresserez face h l'Orient. Vous la couvrirez de
vives couleurs et d'un or chatoyant pour que tout étincelante
aux rayons du soleil, elle dise au peuple que le chef des Bretons
lance un défi à Gbaries, II* du nom, petit-flls de Gharlecnagoe,
notre bienfaiteur dont Dieu ait l'âme I Ainsi Ta ordonné le vain-
queur qui se dit roi. Allez, mou fils, et que la paix du Seigneur,
soit avec vous 1 ■>
Le moine bénédiDiin, à qui le Père Abbé du très vénérable et
vénéré monastèredeSaint-FlorenLdHGlonneadressaitce discours
Tan di5 grâce 845,s indina à terrd sous ladextre bénissante de son
supérieur et sorUt à reculons sans proférer une parole : par
obéissance certainement^ par slnpeur peut-ôtre. Il entra dans
ratalter vide à cette heure du soir où les religieux méditaient
sous les arcs lourds du cloître impérial ; il s'assit sur un bloc de
pierre et il songea dans l'étonnement: le moine Guennal était
perplexe.
Il lui importait vraiment peu que sa chère abbaye fût à Charles
dit te Chauve, roi des Franks, ouàNominoô, comte de Vannes et
chef des Bretons révoltés, il ne partageait pas les opinions légi-
timistes de TAbbé Didon qui avait voué à ia race de l'Empereur
une fidélité inébranlable parce que Charlemagne avait fait jadis
édifjer en marbre son monastère et l'avait enrichi de terres et de
présents. Le moine Guennal ne faisait pas de politique. Il disait
pieusement TofOce divin, et, indifférent au monde extérieur, il
se nDurlssait d'images idéales, flUes de son âme d'artiste. Et cette
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%S REVUE DE BRETAGNE
&me mystique du moine imagier, l'ordre du Supérieur de SaîDt-
Florent de Glonne Pavait aujourd'hui singulièrement troublée
Guennal murmurait d'amères réflexions :
« Je sais, dit-il, commeil faut représenter Jésus, Notre-Seigneur,
et Madame la Vierge, ma Mère, que j*ai vue souvent me souriant
à rheiïre des songes, je pourrais tailler dans la pierre Jes Anges
et le flfs prédestiné de Zacharie et d'Elisabeth, les quau^e Ëvan-
gélistes, voire môme les saints religieux venus d outre-mer, qui
jadis arrachèrent la Bretagne au culte impie des idoles; mais
j'ignore Lien comment j'exécuterai les ordres reçus. Je n'ima-
gine pas quels traits conviennent à ce comte Nominoô que j*ai vu
pner dévotement devant notre autel et dont le seul nom fait, dit-
on. trembler les plus braves. Mon ciseau ne sait point fsiire
œuvre profane. Mais il me faut obéir. Tel est le devoir. »
La cloche de Tabbaye jetadans les airs quelques notes calmes,
lentes comme des glas ; et la brise les porta sur la plaine. Les
religieux rentraient dans leur cellules. Le moine Guennal pour la
première fois s'endormit l'âme inquiète. Son sommeil fut trou-
blé de pen^ers lugubres. Il vit Nominoë le menaçan* de son épée;
et l«' héros breton chevauchait sur un dragon à sept tôti'S que
Guenoal avait admiré la veille en un manuscrit enluminé par les
moines d'Hybernie et rapporté de l'au-delà des mers pour enri-
chir le trésor célèbre des moines de Saint-Florent de Glonne.
Au réveil l'imagier confia ses angoisses à son ami Riwelen. Et
tous deux s'abîmèrent dans des réflexions sans issue.
Il ne leur vint naturellement pas à l'esprit que Nominoô me-
nant encore campagne autour du monastère de Saint-Florent de
Glonne où il entrait chaque jour vénérer les reliques précieuses,
il eût été intéressant de le voir de près avant de tenter de le pé-
trifier. Â cette idée fort simple, et qui nous parait à tort peut-être
élémentaire, qu'il faut b'en examiner un homme avant de faire
sa statue, il fallut plusieurs siècles pour pénétrer le cerveau des
artistes du moyen-âge peu occupés de l'existence d'un monde
extérieur qui ne valait à leurs yeux que comme symbole de l'au-
delà.
Mais le moine Riwelen était un homme fertile en expédients.
Il dit bieptôt: « Ne m'avez-vous pas assuré, mon frère, que la
statue qui cause votre souci cuisant devait être dressée sur le
clocher du monastère? A cette hauteur un guerrier ne saurait se
distinguer beaucoup d'un ermite. Et votre atelier vous fournira
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L'IMAGIER DE SAINT-FLORENT 89
quelque saint de pierre qui figurera, vu de loin, le puissant chef
des Bretons. r>
Ainsi fut fait. Et les imagiers transformèrent par le ciseau
en an Nominoë tout neuf un Saint-Gildas encore mal dégrossi.
Il avait été taillé pour le moustier lointain de Rhuys où avait pé-
nétré la renommée des artisans de Saint-Florent de Glonne, cé-
lèbres des confins extrômes du pnys de Mauge aux comtés de
Poher, de Léon et de Ooëlo. La statue, vôlue de pourpre et cas-
qiiée d'or, reçut une épée qu'elle tint roide comme un cierge.
Elle fut hissée sur uae plateforme étroite, et, à la première au-
rore, le soleil qui rougeoyait vers Toridnl, mit une auréole res-
plendissante au front du libérateur de la Bretagne. Quelques
moines menacèrent du poing le vainqueur de pierre, pendant
queGuennal, délivré de la tâche importune, songeait à la Ma-
done qui sourit au pécheur.
Nominoô vint le jour môme au monastère. Il vit la statue qui
dominait la plaine. Il se reconnut aisément. Il lui fut agréable
de se voir aussi doré. C'était bien la statua splendida qu'il avait
rôvée. Il témoigna par de grandes. largesses faites à l'abbaye de
sa joie et de sa reconnaissance. Il donna à la communauté des
moines un plou sis dans le comté de Vannes et qu'il avait lui-
même reçu en héritage d'un riche machtiern. Il annonça qu'il
quittait le pays avec tout son ost et qu'il s'en allait en Angers.
Le lendemain le moine Guennal fut mandé par TAbbé de
Saint-Florent. Il entendit ces paroles : « Vous taillerez, mon
flis, dans la pierre, une statue de Charles, roi des Franks, le
seigneur très pieux auquel il est de notre devoir d*obéir sur la
terre. Vous abattrez l'emblème néfaste que le bras du vainqueur
adressé sans droit sur le clocher de notre église, et vous placerez
en son lieu la face vaillamment tournée vers la Bretagne occi-
dentale, le petit-fils de Charlemagne, notre mattre. Par cette
image les hommes sauront que bientôt sera châtié le comte
Nominoô, lui qui a eu le front de se révolter contre la race
impériale. Allez, mon fils, et que la grâce de Dieu vous accom-
pagne. »
Le bon frère Ouennal gagna sa cellule en titubant. La paix
bienfaisante lui échappait de nouveau, la paix chère à l'imagier
qui vit étranger à la terre. Par bonheur, il rencontra Riwelen et
lai dit tout en larmes la douleur nouvelle.
Le subtil Bénédictin réfléchit quelques instants et répondit :
FevrUr f90ê 7
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m REVUE DE BRETAGNE
« Ne vous troublez point, mon frère, et obéissez- Gtj n'est pas
à nous qu'il incombe d'expliquer des ordres étranges, oï&is it
nous appartient aeolement de les exécuter. Gela est facile. Notre
Qildas devint hier un Nominoô. Que Nominoê à son tour devienne
aujourd'hui un Charles-le-Chauve» Il suffira de lui tailler les che-
veux. Nous pourrons aussi changer la couîeur de son manteau.
A Tœuvre, OQon frère, et consolez vite votre âoae éplorée, »
La nouvelle transformation fut vile exécutée^ Ki les historiens
des temps futurs eurent à travers les siècles beaucoup de peine
à se mettre d'accord sur les personnages que représentaient les
statues successives de âaint^Florent de Qlonne. Et pour Cciuse !
L'Abbé se réjouit d'une joie profonde en voyant la nouvelle
œuvre. Il eut tort. Il avait compté sans le traître nécessaire à
toute hisloire médiévale. Le traître prévint Nominoë.
Et comme les moines au crépuscule regagnaient leurs ermi-'
tagGi pelotonnés sous l'église du monastère, des trompettes ter-
rifiantes lancèrent leur fanfare dans la paix du soir que troublait
seule vers les étangs rapprochés le chœur inharmonieux des
grenouilles. Nominoô vengeur se dressa devant Saint-Florent de
Glonne, immobile dans son armure, la main levée menaçante vers
la statue du roi des Franks que les premiers rayons d une lune
très pâle enveloppaient de leurs lueurs paisibles
Le monastère fut brûlé. Mais Nominoë redoutant à juste titre
le courroux céleste fit h l'abbaye de grands présents.
Aux jours qui suivirent 1 incendie, les moines reçurent de
Charles-le-Chauve le domaine de Pocé où ils se retirèrent*
lis marquèrent hautement des sentiments peu bienveillants à
l'égard de Nominoè, lis écrivirent un hymmo latin où ils le mal*
menèrent en octosyllabes rimes, il est même probable qu ils y
modifièrent l'histoire à leur profit. Cela est humain.
,,, Et sur les débris encore fumants de Saint- Florent de
Qlonne, rimaglner Guennal, resté seul dans les ruines apaisées,
tailla dans la pierre une nouvelle statue de Gildas le Sage, Abbé
de Rhuys, mort en I Ile de HoQalh, le vingt-neuvième de jour
de janvier de Tan de grâce 570.
Alixanors Massieron.
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i
J
m PAGE DE L'HISTOIRE DE LA ROCHE-DERRIEN
1345-1347
Att douleur 3. La Kollahd,
Ckêlotîliêr d€ là Légion (thùnneur,
Conséiiter générvl^
Maire 40 ta Roch^- Dtrrien,
hommtf* d« ijmpatkkï* r««peettt*tti«
à* Èon. eompï triait.
SONNET-PRÉFACE
A LA ROCtfB*OSHRrBN
Le Jaudjf lent et gr&Te, emmi ta rague grise,
Te ceinture de moire. Ô cfté deâ grands giieoj 1(1)
Et ton clocher eneor montre du doij^t les deux.
Comme au âiècle lointam oh les AngT&is t'ont prise.
Car tu connus jadifl lesi combats Taleureux
Oeg Montrons et des Blois; Duffueâclin Va conquise;
Kt ce fait montre assez que nul ne te méprise
Uu souTeraJo rasA ton cliàteau dangereux
Mftii de tout ce p&ssé do bravaure et de gloire,
QuL Ût ton nom Tameni dans ti « petite liistoire «»
Il ne reste plus rien qu'un souvenir coufUs,
Et c'est pourquoi Je Tiens, dans ces pa^es bàtïTes,
Redire en quelques mots tas heures convuIsiToe
Aui enfanta oublieux des gueux qui ne sont plus.
Gbarlks de Finis.
^'V
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n tlËVUE DE BRETAGNE
Jenn III, dit le Bon, fut duc de Bretagne de 1312 à 1341.
En 1338, ayant perdu tout espoir d'avoir des héritiers, il réunit
les Etats.
Son frère aîné aurait dû lui succéder. Mais ce frère, Gui de
Penthièvre, était mort, laissant une fille, Jeanne. Il s'agissait
d'arrôter ai ia couronne ducale passerait à Jeanne de Penthièvre
ou au frère cadet de Jean 111, Jean de Montfort.
Les Etats décidèrent de « s'en rapporter au duc lui-même. Ce
prince conclut alors te mariage de sa nièce — Jeanne — avec
Charles de Blois — fils de Gui, comte de Biois et de Marguerite
de Valois, sœur de Philippe VI, roi de France — et le désigna
pour son successeur, « i
Les choses semblaient ainsi réglées lorsque en 1341, à la mort
de Jean III, Jean de Monfort résolut de faire valoir ses droits à
la CQuronne de Bretagne. « Nous verrons bientôt, dit une His-
toire, de grandes puissances arriver en Bretagne pour appuyer
tes prétentions de Ihm et de l'autre. Charles de Blois aura pour
défenseurs de sa cause te roi de France, le duc de Normandie,
le roi de Navarre, un duc d Athènes, des auxiliaires génois, etc.
Montfort verra dans son parti te roi d'Angleterre, Robert cT Ar-
tois, èeau^frère du roi de France, des stipendiaires allemands
et ta plus grande partie des villes de Bretagne, »
Le combat de laRoche-Derrien que nous voulons reconstituer
n'est qu'un épisode de cette guerre qui dura plus de vingt ans.
Le comte de Montfort mourat à Hennebont le 26 septembre
1345. Sa femme, la comtesse Jeanne, après avoir mis son fils en
sûreté à la cour d'Angleterre, continua la campagne.
Aux comtes de Northamplon et d'Oxford, le roi d'Angleterre,
Edouard III (1), avait adjoint Thomas d'Ageworte, comme ca-
pitaine générât des troupes anglaises de Bretagne (2).
En décembre i345 (3), Northampton se dirigea vers leTrécor.
{\\ Âcelt« époque 1« roï Eiiou&rd lil dUptitait la coaroone de France à Philippe
4e ValoÎB. Ko 1346, il ga^nA la batailla de Crécj. fia 1347, il prit Calais. Bn 1356,
il fit priaonaittr Jeao Le Bon à PoUiefi, 11 fut ensuite Taincu par Charles V.
{l) P. Fr. Gujot-Desfonuiiaet, Hûimre des ducs de Bretagne. «... areo plein
pouToir de f&itis tout ee qu'il jugflrait à propos pour ie bien de son serrioe et de
touobt»f i^$ rtTenuf du duché k condition néanmoins d*en rendre compte ii
J#kn, flli du fBU oomte de Montfort, dont oe prince-roi était tutenr. »
(3) B. Jolllvet, Le* CéUs-dv^^rd.
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U?fe PAGE DS LHISTOIRE DE LA ROGHE.DKRRIEN 93
Il prit Carhaix, échoua devant Guimeratnp èi assiégea La Rocbe-
Derrien. Au second assaut Tune des portes de la place fut dé-
truite par le feu et la capitulation s'imposa. Le commandant,
Bue Cassiez se rendit au camp anglais et obtint pour Hue Arrel,
évéque de Tréguier, Raoul de la Roche et toute la garnison la
libre sortie de la vitle. Las Anglais pillèrent La Roche et firent
un riche butin, <c notammeni plus de SOO tonneaux devint de
France et fS à 14 tonneaux devins d'Espagne appartenant à des
marchands de cette nation (1)* » Northampton continua sur Lan-
niof). Grâce au courage des habitants de cette ville il ne put y
pénétrer et se retira dans le Léon.
Eq 134<Ï, le commandant de Guingamp^ Gebffroi Tournemine,
seigneur de la Hunaudaye, voulut attaquer la Roche-Derrien
psndant l'absence d'une partie de la garnison anglaise. Son pro-
jet fut découvert, les Anglais le battirent et il dut regagner
Guingamp (2),
La même année, un dimanche à l'aube, Richard Toussaint,
commandant anglais de La Roche, s^empara par traîtrise de Lan-
Dion (3). Les soldats pillèrent la place et, pour venger leur capi-
laiae blessé (4), massacrèrent ceux des habitants qui voulurent
se défendre. De ce nombre furent messire Tournemine (5),
G^oïïroy de Kerimel et le chevalier Geoffroy de Pont-Blanc (6).
Les Anglais condutsirônt à La Roche, entre autres prisonniers,
tnessire Rolland t'hélippes, sénéchal de Bretagne pour le comte
de Blûis, le sire de Coétuhan et Thibaut Mérien, docteur ec
droit {?).
Quelque temps après cette expédition de la garnison anglaise,
;t) B. JolUT«t, Lei Côîes-du^N&rd.
\t) B. J«>niret, Us Côies-dwNord.
fS) U M fit oavrir ana faïuue-porta par deux soldats de la YiUe.
(4) B. Jollifet, Les Câtet'du-Sord.
(5) Pierre de Lac ni an, frénéatogie.
\h) Noms Usooi dam Vîiistaire dû Bretagne : « EveiUé aux oris des Tictimes
as chevalier, nommé Geoffroy de* Pont- Blanc, sort du lit, prend une lance, re-
poQssii )«s Anglais la long de ia rua et se défend contre tous; mais. atteint en-
fin cl*aci trait qun Im latce ua sroher, l'intrépide cheTalier succombe. Les
ÂDgUii lai arrachèrent U^ dents et les yeux et le firent ainsi mourir au milieu
dM tourmenis^ ■ Une plaqu« commémorative, à Lannion, porte : « Ici succomba
béroTiaement, en 'iérenJant la TjLle de Lannion contre les An^^lais, le sire Geof-
frojr de Pont- Blanc, chevalier, 1344. »
0] Pol da Courcy. De Rennes à Hrêst et à Saint- Malo. — Dans la Généalogie
d« Pierre da Lannton, Tûibaut Mênen est appelé Tbébault Mescou.
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il REVUE D g BRETAGNE
Charles de Biais, a la iéie de 13 600 à 16.600 hommes, mit le siège
devsai la Roche- De rricfO (1).
La Roche-Derrien est ferinée à 1 Ouest et au Nord-Ouest par
ii Jaudy qui baignait mêoie les murtiilles ouest du château.
Au Sud*Ëst de la place (route actuelle de Ouingamp), sur
uue élévation dite coiline de Mézeaux ou Mézou (aujourd'hui
Beltevue) {Z\, se voyait un moulin à vent.
Charles de Blnis prit ses dispositioDS. Il plaça une partie de ses
hommes au Placis-Verit t^n Langoaii pour se garder de la rive
gauche du Jaudy. Lui-même, avec le reste de son armée, campa
entre la chapelle de Notre-Dame de Pitié et le moulin à vent (3).
Bn prévision d'uoa sortie de la garnison aoglaise de La Roche,
les soldats campés en Langoat construisirent les fortifications
du Château -Noir dont la majeure partie existe encore et le fort
de Coat-ar-Fô, rasé en 1834 (4),
L'armée du comte de Blois comprenait presque tous les grands
seigneurs du parti : le sire de Laval et son flls, le vicomte de
Rohan, Raoul de Montfort, les seigneurs de Rougé, de Derval, de
Chateaubriand, le sire de Quintin et son fils Quillaume, Geoffroy
Tournemlne, Thibaut de Boiâ-Bouexel, les sires de Beauma-
noir, maréchal de Bretagne, de E^iz, de Rieux, de MachecouL
de Uoiitrenen, de Lohéac, du la Jaille, de la Roche, Robert Arrel,
titCM etc. (5).
Les dispositions prises, Raoul de Montfort « fit agir ses ma^
chines qui étaient si fortes, dit Ogée^ qu'elles jetaient dans la
ville des pierres de 3 ei 400 livres (6). » La garnison et la popu-
lation épouvantées proposèrent de se rendre, mais Charles de
Bluis refusa de négocier, se croyant certain de vaincre les se-
cours qui pourraient venir aux a^tsiégés (7).
{1) B* JoUiret, L## Câîês-du^ï^ord. « fCiles se composaieai (les troapes de
Charl«i) de 1.6Û0 hommes d'armes parmi If^squels ftgaraient 400 cheTaliers ei
ii baanereu *i de V2.000 bomm»« d*infaaiens. Ogée augmente le chiffre de oêite
Armée «% U porte à li.AOO hommcif force considérable à cette époque. »
(î) 8. Jolïiïet, Lês Côi«s*dM^Naré.
(I) Pni de Couroy, De iUnvitt à HrëH ei â Saint' Malo.
(I) a» JoUÎ7*"t, Lês Cât*s-du-Nôrd. Os différenu travaux éuient en terre.
[k) P* Kr, OuTot-D^fontaïn^s^ Hiti. duts ftr^f. — B. JoUiret, Lêt Côief-du^Nord,
{%) h, JoLtiTii, L€9 Câtei-du^Xord. Le même auteur écrit que Tune de ces
{lierres • tomba par hasard sur la maison du commandant de la place, dont la
femme venait d'accoucher. Cette dame fut tellement épouvantée qu'elle sapplia
•OD mari d* capiiu1«r *.
,1) B. JoUiTtt. Ut CôtM-itH^N^mi.
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U5B PAGE DE LBISTOÏRE DE LA ROCttE-OERRlEP* H&
Cependani Thomai d'Agewottet Tanguy du Châtel et Jeâû
Hartwal, instruits des tentatives conlre La Roche-Derrien, quit-
tèrent Carhaix à la tâte de 8.000 hommos à pied et l.OOÛ hûmmes
d'arme» (1) << dont quatre cens étoient chevaiiers et vingi-lraù
banuerets (2). «
Le 18 juiD 1B47, d'Ageworte ùi 3on araisoQ à Tabbaye de Bé*
gird — iô kilotnètrea de La Hoche — se remit en marche et
p^sa le Jaudy au pont Aziou sous Trézélan (3). Uo espion
rayant iciformé de la disposition exacte des troupes ennemies,
il dbandonna les sentiers suivis jusque alors et prit la grand'-
route qui passait à proximité des fourches patibulaires (4) et
aboutissait au quartier de Ctiarles.
La nuit était venue, très noire. L'armée anglaise approcha
sans dvûir éveiilé rattention des chevaliers de garde dont étaient
les sires de Derval^ de Beaumanoiret Robert Arrel (5), Vers mi-
nuit seulement tes valets perçoivent le bruit des pas et pré-
viennent le guet qui attaque Tavant-garde avec succès et fait
prisonnier d'Ageworte. Quelque temps après le capitaine anglais
est délivré par ses soldats.
Maïs 1 alarme est donnée. Les troupes de Ctiarles sont sur
pied. Le comte, secondé par Hohan, Laval et quelques autres
seigneurs (6), combat à la lueur des flambeaux. Il fait prisonnier
d*Ageworte, le confie à une garde et rentre dans la môlée. Il est
pris et délivré trois fois.
D'Ageworte est prisonnier, les Anglais reculent. Lu com-
mandant de La Rûcbe-Derrîtn, averti, fait une sortie à la tète
de 5Ô0 tiommes arm^s de haches (7) et délivre d'Ageworte.
Alors l'armée de Charles se débande* Lui-même, pria entre
deux feux et ne pouvant compter sur les troupes du Placia-
Vertj se retire vers la colline du Mé2eaux.
Adossé au moulin, il combat désespérément. Mais la fatigue
(I) Pal de Couroyp lUnnet à Brest et Saint-Malo,
il} P, Pr, Qajov-Dt^tfûnUiiiéA, IfUt. ducs BreU
(S) Fol de Courcy, De Benms à Brest et d Saint- Malo.
i\} Gujot-D*ifonUiiiM* liutoire des duc* de Bretagne. U pièce de terrt où
i*éleTa|flnt w* fourcluît l'appelle encore Parc-ar-JuHUQ et la cAte ^ni y ooû-
duh, AVtf ar Justiso.
t&J B. Jollivet. Les Côtes-du-Nord.
(t) GuTot-Deifontaioea. HisiQtre des ducs dé Hretagne.
\1\ Eiâtùire de Mretagnê.
1
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J
91 REVUE DK BHETAGNB
et la faiblesse — il perd le sang par dix-huit blessures — font
vite abattu.
Les Anglais le font priëonnier et le couchent sur uo lit de
plumes (1) sitôt qu'il a remis son épée à Robert du Chàtet, che-
valier breton.
L^armée anglaise entra dans La Roehe-Derrien avec ses pri-
sonniers dont le comte de Blois, le sire de Beaumanoîr et îe fils
aîné du sire de Laval (2).
Cette nuit-là périrent nombre de vaillants chevaliers du parti
^ de Charles : les sires de Laval, de Raix, de Rieux, de MachecouL
de Rostrenen, de Lohéac. de la Jaille, le vicomte de Rolian, Raoul
de Montfort, les seigneurs de Rougé, de Derval et de Chateau-
briand, le sire de Quintin et son fils Guillaume, Geoffroy Tour-
nemire et Thibaud de Bois-Bouexel « ai^ee plus de deux cents
autres chevaliers et quatre mille hommes d'armes * (3).
Dès que le Comte de Blois fut sulïlsamment rétabli, les An-
glais le conduisirent à Garhaix, puis h Quimperlé, à Vannes oii
il séjourna un an (A), à Brest et enfin à Hennebont d'où ils la di-
rigèrent sur la Grande-Bretagne.
Les hostilités continuèrent entre Jeanne de Penthîèvre, com-
tesse de Blois et Jeanne de Flandre, comtesse de Monfort, les
deux Jeannes.
Les Anglais étaient détestés des habitants de La Roche et des po-
pulations voisines qu'ils tyrannisaient pour les punir d'avoir aidé
Charles de Bloîs pendant le siège (5). Ils n*épargnèrent que le
nombre de paysans indispensables pour cultiver le*s terres (ô).
Les nobles de Tréguier (7) demandèrent secours à Philippe de
Valois qui leur envoya quelques hommes et un corps génois sous
{{} HUtùirë de Bretagne^
(î) Goyot-D«ifootnioe«, Histoire des rfuci de Bretagne, — B. Jo!Uf«t, Les Côiêt-
du-Nord.
(*) GuJO^DeafonUmei, Hisîoire des dt4cs de Bretagne. — B, JoUivei, LetCétes-
dtt^NûTti.
(4) Oujot-DovIbaUiJiiet IlUtoiré dei ducê d^ Bretagne,
{h) Pol dé Courcy, De Rennes à Brest et à Saint- Malo.
(fl) Pol de Couriîx, De Rennes à Brest et à Haint-Mala*
(7) Guyot-DeafonUinei ne parU paa de cette délivrance <1« Ut Uocb«-Demea.
Toû* c«i détail* viennonl de V Histoire de Bretagne, dei voluroei de Pd de Goupcy,
De Rennes à Brest et à Saint-Maio, *m de B. JaUiTel, Les Cttef-du-Nord.
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UNE PaGK de L histoire de la ROGHE-DERRIEN 97
le commandement de Pierre de Craon et d'Antoine Doria (l).
Ces troupes et tous les habitants en état de porter les armes mar-
chèreat en août 1347 contre La Roche-Derrien.
PeQdant deux jours, sans répit, ils attaquèrent la ville. La gar-
nison eut peur et proposa de se rendre « vie et bagues sauves » (2).
LesTrécorrois, furieux, refusèrent de parlementer et donnèrent
un dernier assaut*
Pierre de Craon, craignant le retour de Thomas d'Ageworte (3),
promit cinquante écus au premier qui entrerait dans la ville et
pîaça une bourse contenant cette somme au bout d'une pique.
Stimulés par 1 appât du gain les Génois déploient un grand
courage. En un instant cinq d'entre eux « sapent la muraille et
ea font tomber cinquante pieds de largeur (4) ».
Les soldats s'élancent, la ville est pritie et pillée. Deux cent
cinquante Anglais se réfugient dans le château, les autres sont
tous passés au fil de l'épée.
Le château se défendit quelque temps ; mais, à la fin, les An-
glais débordés capitulèrent. Us eurent la vie sauve à la cbndi-
tJOQ de se retirer à dix lieues de la Roche-Derrien. Sylvestre
delaPeuillée fut désigné pour commander Tescorte qui devait
les accompagner jusqu'à Quintin.
La haine de l'Anglais était si forte que les paysans des envi-
rons de La Roche së réunirent et assommèrent une grande par-
tie des vaincus. Ceux qui échappèrent furent assaillis à feutrée
de Quintin par les artisans dirigés par les bouchers. Malgré les
courageux efforts de Sylvestre de la Peuillée et de l'escorte ils
furent tous massacrés.
Ainsi furent délivrés des Anglais, en août 1347, la ville et le
château de La Roche-Derrien (5).
Charlis db Fèbbs.
(t) Pûl d« Coaroy e| B. JoUiTet.
(l) B. Joilivet,
{Z) B. JolliT«l,
(4) Ristùire de Bretagne.
{b} A U «uite de Ja repn»e de La Roche-Derrien sur les Anglais la comtesse
d« au»ii confia La oo m mandement de la place à Antoine Ooria (VoirB. Jollifet).
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LA CHAPELLE DE MARIE STUART
A ROSCOFF
Les plus modestes ohapelles de Bretagne ont leur histoire ou
leur légende; elles 36 rattachent presque toutes, qu'elles soient
perdues tiu fond des bois, au miKeu des landes ou à l'eKlrémité
des procnontoiras graiiiliques qui mordent la mer sauvage, àdet
faits glorieux dans ias annales miiitaires ou religieuses du pays
breton, à des traditions populaires d*une grftoe exquise, im*
prégnéifs toujours de la plus sudve poésie. Les pèlerinages, les
pardons, les simples viages, tes remplissent de souvenirs tou-
jours vivants, malgré les défaillances de la foi et Tabandon lent
mais proRressif des anciennes traditions ; toutefois la marée
montante d'UQ^ civilisation ennemie du passé n'a pas encore
submergé toutes ces modestes ecclésioles dont il est bon et utile
d'évoquer, souvent, iâ douce et consolante histoire.
L'une de ces chapelies intéresse à la fois deux pays que leur
ciel brumeux, leurs cotes découpées, battues par une mer hou-
le use > rapprocb en t beaucoup par leur configuration physique:
la Bretagne et TEcosse : c'est l'oratoire de Saint-Ninien, en
Roscoiï, près de Morlaix. Mais, hélat ! elle est vide et lamentable
cette chapelle que rbistoire remplit pourtant d'un grand sou-
venir! Ce n'est plus qu'une reUque en ruines, devant lequel le
passai! L attristé murmure le vers mélancolique du poète: Etiam
periere ruin^ ! >»
Ge|rui la Révolution qui détruisit de fond en comble ce mo-
deste oratoire, élevé, dit-on, à Tendroit même où débarqua Marie
Siuart, en 1458. Sfis dimensions sont exactement de 14 mètres
de longueur sur 6*33 de largeur \ aux heures troublées, Tinté-
rieur fut saccagé par d»^s mains impies; mais les murailles
d'un solide et beau granit, extrait des flancs môme du sol qui les
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■ jiâ
LA CHAPELLE DE MARIE STUART A ROSCOFF 99
supporte, flOTit restées debout, comme pour témoigner de leur
fldéiité à fâme pieuse qui les éleva; n'«at-ce pas le deul monu-
ment que l on doive à Finfortunée Marie SLuarl et C'est un peu
d'elle même qu'elle laissa sur cette terre bretonne où elle fut
accueillie avec tanl de joie.
Celte relique. Lord Guthrie voudrait \b conserver, la restaurer;
c'est presque un déshonneur de laisser ces murailles vénét*able8
tOQilier par pans entiers ou servir de lieu d'arflchage Ou de dépôt
a des choses sans nom. Et, cependant, ces ruines pourraient en*
core être sauvées; des trois fenêtres, l'une^ celle de l'Est, côté du
port, conserve encore un beau dessin; la porte d'entrée, vefi
l'Ouest, est bien conservâeet à Tintérieur on remarque toujours
deux autels de pierre.
Cette restauration serait acoueiU*e avpc joie et reconnaissaûce,
croyonsnous, par la population de RoscolT qui conserve, sur deux
autres points, le soovt^nir de la gracieuse souveraine descendue
si jeune sur son rivage. Mais, tout d*abord« il était nécessaire
qae ta tradition el ThisloirH Tussent d'ticcord. Marie Stuart était-
elle vraiment débarquée à RosûofT, dans le cours du mois de mai
1548' Les historiens anglnis, écossais et français étaient en con-
tradiction sur ce poii4; les uns voulaient que le débarquement
eut eu lieu à Brest, les au très à Roscoff ; mais voilà que deuJt do^
cumeotfl ont été trouvés à la Blbliotlièque Nationale à Paris, et
qui démontrent, sans discussion possible, que Roscoff est bien
t'endroit de la terre brt^tonne où la jeune Marie mit pied à terre;
une lettre de Henri 11, de France, datée de Turin, 24 août 1548,
dit : • J*ay eu certaines bonnes nouvelles de Varrivée en bonne
laoté de ma fille la royne d'Escosse au havre deRoscoU prés Léons,
m mon duché de BrHagne, qui m'a esté tel plaisir que povez
penser et croyCE, mon cousin, qu'il ne m'a esté moindre d'avoir
veu par vos lettres du XI* de ce mois, que je reçuez hier que tous
mes enfants se portent bien. — Escript à Thurin le XXIIIIde
aouat 1548. — « Henry. * {Bsbî. Nat, ; fonds franc. 3.134, ft» 12.
— L'autre lettre est datée de Rossegouf, 13 août 1548 : elle est
adressée h. M* de Breaé ; elle dit : <i Monseigneur, Estant les gal-
lères arry vées en ce lieu de Russecon, je n'ay voulu faillir troys
ou quatre jour» après ta descente de la petite reine d'Escosse les
envoyer à Rouen pour entendre It^ commandement du Roy de ce
qu*il iuy plaira qu'ils facent n (BibK Nat., même fonds 20^457,
L 121)* 11 n'est pas douteux, pour tous eaux qui connaissent Tal-
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im REYUfi DE BRETAGiNB
tératioa des noms de lieu, que Roscou ou Rossegouf sont bien
mis pour Roscoff.
Cette chapelle était sous le vocable de saint Ninien. Quel est ce
saint? La meilleure forme du nom, d'après l'abbé Duine, hagio^t,
graphe érudit qui a bien voulu nous renseigner, serait Niniaw ;
mais la forme Ninian ou Ninien est dans Tordre habituel. La ra-
cino Nin est mentionnée dans la Chrestomathie Bretonne de
M, Loth. Saint Ninien ou Ninian, après avoir étudié à Rome et
y avoir été consacré, serait revenu dans son pays d'origine, la
Grande-Bretagne, et aurait établi son siège à Whitern (Oallo-
way). D'après Miss Arnold Poster [Studies in Church Dedica-
tiens), il serait le patron defirougham, de Cury, de Penton, de
Whitby.
A notre connaissance, il n'existe pas en Bretagne, ou en France,
d'aulr * chapelle ou sanctuaire dédié à saint Ninien. Guérin [Petits
Boilandisles) prétend qu'une des églises de Douai possède un re-
liquaire contenant un bras de ce saint. Cette particularité d'une
saule chapelle en France* sous le patronage d'un saint honoré
en Ecosse, n'fSt^etle pas une preuve presque absolue de l'origine
étrangère de cet oratoire sur la terre française?
Une tradition populaire ou plutôt une gracieuse coutume se
rattacherait encore au p^tit sanctuaire de Roscoff. Les femmes,
les soeurs, les tilles et les fiancées des hardis marins que donnent
cette belle côte bretonne venaient, dit-on, après la messe célé-
brée à rintention des absents, souffler sur la dalle poudreuse de
l'oratoire et la direction prise parles grains de poussière disait
quelle brise ramènerait celui qui s'était perdu sur l'immensité
des flots ! On voit, qu'à plus d'un titre, la chapelle Saint-Ninien
est intéressante.
Les archives du Finistère renferment peu de pièces relatives à
cet oratoire; aucun acte de fondation n'a pu être découvert. Il
fut vendu comme bien national, le 5 thermidor an VII, et acheté
pour la somme de 300 francs, par un sieur Hersant, fournisseur
des bois de la marine. Après avoir passé par différentes mains,
ell^ fut acquise par M. Paul-Louis de Courcy qui lui a consacré
une notice. Il la céda au département du Finistère qui en fit don,
le 14 avril 1874, à la commune de Roscoff. Les ruines de la cha-
pelle allaient être démolies et une école primaire construite sur
son emplacement, quand de généreux Ecossais intervinrent ;
elle fut préservée de la destruction. Elle le sera encore une fois,
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LA CHAPELLE DE MAftlE STUART A ROSCOFF 101
esp^rons-le ; les Sociétés Savantes de Bretagne se sont émues et
les Pouvoirs Publics semblent bien disposés en faveur d'une
resUaratioo. La Société Pranco-Ecossaise tiendra, paraît-il, à
honneur da prêter son puissant appuL Tout fait donc espérer
qne la petite chapelle sera reconstruite prochainement et que les
nombreux Ecossais qui visitent la Bretagne n'auront plus la
douleur de voir dans un étfit fameatable cet oratoire qui leur
rappelle de grands et impérissables souvenirs.
* Eticnns Dupont.
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^VP^
Essûi sur l'administration générale dan District
pendant la Révùiution,
LE DISTRICT DE ROCiHEFORT
(MORBIHAN)
1'^ JUILLET 1790 — 2() MAI 1795
Suite (1)
Chapitrb V
LA RÉACTION THERMIDORIENNE
La cliutede Robespierre futaccaeillie avec enthousiasme à Re-
don, à Rochefort et à la Roche-Beronrd. 11 semble que, jusqu'au
27 juillet 1794, les adminislrateurs aiml tremblé. Elle se marqua
d'une manière tBective par Tépu ration des divers corps consti-
tués. Elles s'ouvrit par la réorganisation des juges de paix et
des greffiers. Puis, le 27 vendémiaire an III, Binel, agent national
de Redon, écrivait aux municipalités de Al laîre, Rieux,Saint-Per-
reux. Saint- Vincent et Béganne : « Je vous préviens que le re-
présentant du peuple (BoursauU sera au temple de l'Etre sur
prême, demain 28, à 10 ht;ures du matin. Il m'a chargé de vous
invitera réunir le plus que vous pourrez d'habitants de votre
commune àserenrira ici, à Theure indiquée ci-dessus. Je compte
assez sur votre patriotisme pour croire que vous n'allez pas
perdre un instant pour inviter les citoyens de votre commune à
se rendre ici, et certes, tous les vrais républicains ne manque-
(1) Voir U Heviuê de janvier 1908.
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LK DISTRICT DE ROGHSPORT 103
root pas de s'y trouver. Il est d'aotant pins avantageux pour vous
et pour eux d'y venir que le représent^int du peuple a des véri-
tés ei des vérités bien ûoniolantes h dire (1). »
Nous n'avons aucun détail sur ce discours, à peiné une indi-
cation dans ia correspondance de l'agent national qui le 0 bru-
fflaire écrit au comité du salut public : « Le représentant Bour-
sault a prononcé un discours qui a ranimé les esprits, il a parlé
le langage de la vérité, de la justice et de la vertu. Les communes
des campagnes qui étaient invitées à se rendre ici s'y sont
trouvé et ont raconté à ceux qui n'étaient pas venus les senti-
ments de fraternité que le représentant leur avait inspirés, ce
qui ne contribue pas peu à réveiller l'esprit public des té-
nèbres ou l'avaient plongé un moment de terreur » (2).
Ce texte est très caractéristique. La venue de Boursault à
Redon avait pour but d'épurer les corps constitués des plus
farouches révolutionnaires. Le Bastide et Le Batteux sont
arrêtés à Redon, Le Clainche de Rochefort est traduit devant le
tribunal criminel de Vannes. Mais la chouannerie durait encore i
les campagnes se soulevaient avec un regain de violence, les
condamnations se multipliaient.
La réaction ihurmidonenne n'est pas seulement caractérisée
par une opposition violente faite au Robespierrisme, mais aussi
par une recrudescense de mesures anticléricales. La raison en
est la suivante- Le gouvernement thermidorien n'abrogea pas
comme on Tavait espéré, les décrets portés contre les prêtres
réfractaires. On se bornait à les Lclérer. Cette déception les poussa
à protester, et la conséquence fut que Ton prit contre eux de nou-
velles mesures coercitives.
Eu fait; la guerre n'avaitjamais cessé. Les prêtres et les nobles
dirigeaient toujours la lutte dans les campagnes. Un texte le
prouve: c'est un arrêté du représentant du peuple Carpentier
adressé à toutes les municipalités du district de Rochefort et en-
registré par les officiers le 16 tioût 1794 :
A Considérant qu'il est temps de mettre fin à une lutte déjà trop
longue entre le fanatisme et la raison, le crime et la vertu, le
royalisme et la liberté :
D'après les avis qui nous ont été donnés sur l'existence de la
(tj Arch. départ R«nne« A, D. 1. V* 2 L. 95 bU.
(1) Ateh, départ. iUiiûêi A. D. L V, î L. 95 bit.
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loi REVUK DK BRETAGNE
multiplicité des mouvements insurrectionnels, dits processions
nocturnes.
Considérant que ces mouvements ténébreux sont un nouvel
effet de la perfidie des ci-devant prêtres qui, réunis à d'autres
malvt'îllants, cherchent à eotndner dans des démarches sédi-
tieuses les moins éclairés pour en faire de nouveaux prosélytes
au fanalisme et de nouveaux ennemis au gouvernement républi-
cain. Arrêtons ce qui suit:
Article 2. — Sont compris dans la suppression et démolition
les bâtiments ci-devant connus sous le nom de chapelles, et ser-
vant aujourd'hui de rendez-vous pour les rassemblements fana-
tiques et contre-révolutionnaires,
Articls 3. — Sont réputés ennemis de la chose publique tous
ceux qui, sortis de leurs foyers pour troubler la paix des cam-
pagnes, formeraient des processions nocturnes.
Article 4. — En conséquence la force armée sera employée
contre eux et les directeurs des attroupements seront saisis et
traduits comme conspirateurs devant le comité de sûreté géné-
rale de la Convention.
Article 5. - Quant aux autres individus qui auraient été en-
traînés dans les dits rassemblements, ils seront également saisis
el conduits à la maison d'arrêt, pour être interrogés et traités en-
suite selon lecaractèrtî de leur délit, et il sera rendu compte du
tout au représentant du peuple*
Article 6. — Les administrateurs du district et les municipa-
lités requerront, autant que besoin sera, les commandants de
force armée qui demeurent chargés d'employer aussitôt tout
moyen de vigueur et de prudence nécessaire, conjointement avec
les commissaires des autorités constituées.
Article 7. — Il est expressément recommandé aux dites auto-
rités de veiller à la célébration de la Décade instituée par la loi,
et de tenir note de ceux qui affecteraient de consacrer au ci-de-
vant dimanche un temps qui appartient exclusivement à la
Patrie*
Articlk 8. — Le présent sera envoyé aux départements de la
Manche, de rille-et-Vjïaine, dffs G6tes-du-Nord et du Morbihan
qui sont invités à en transmettre aussitôt des expéditions à cha-
cun ctes diï^trlcls de leur arrondissement, chargés de son exécu-
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LE DISTRICT DE ROCHEFORT 105
tiOD, à l'effet de quoi il sera imprimé et publié dans les formes
ordinaires.
Port-Malo, le 16 thermidor, Tan 2» de la République.
Le Garpbntibr. )> (t)
« Le 13 août, — Vente des objets appartenant aux prêtres
émigrés ou déportés.
« ^3 aoûl. — Françoise Lanoë d*Allaire a logé dans son grenitr
un déserteur; elle est déclarée suspecte et emprisonnée à
Vannes. Marie Juhel, d'Allaire, est requise d'écrire une lettre au
chef des chouans, Briend, de Malansac, lettre insidieuse qui
aurait pour but de le faire arrêter. Sur son refus, on prie son
père (l'user de son autorité sur sa fille. On n'obtient rien de ce
côté-là non plus. Le père et la fille sont déclarés suspects et con-
duits en prison.
« 24 août. — Les cabarets de village ou isolés servent aux
réunions des chouans. Ils sont déclarés suspects et fermés.
« 28 août. — Assassinat de deux patriotes sur la route de Re-
don, en sortant du bourg d'Allaire. On envoie 30 hommes à pied
et 2 chasseurs h cheval pour faire des recherches. D'après le
procès-verbal de Joseph Morice, juge de paix du canton de
Peillac, ces deux paysans Allairais et révolutionnaires « Raoul
Danto, 52 ans, et Joseph Lambert, 47 ans, furent trouvés morts
d'un coup de feu à la tête et de plusieurs autres coups d'instru-
ments tranchants au contondants sur la route de Redon à
Vannes, près la métairie de L'allier » (2) Comme représailles les
colonnes révolutionnaires mirent le feu à la chapelle de Bocqué-
reux et fusilla deux paysans de Rieux sous la châtaigneraie située
entre les fermes du Bourgeix et de Quian. Le comité de Roche-
fort annonce à celui de Redon qu'il fait lever tout le pays contre
les agressions des chouans et Tinvite à se concerter avec lui. Ce
qui eut lieu.
« 12 octobre. — On découvre 2 réfractaires dans un souterrain
pratiqué dans le bois taillis de Cohignac en Berric. Ils sont con-
duits à Vannes (3).
a 8 novembre. — Les gardes nationaux de Peillac ont pris le
{\)Areh. dép. Rennes. A. D. I. V. 2 L 83^ folio 132.
(2) Âctes^de la mairie d*Allaire.
(3) Suite det notet de M. Piéderrière.
PévHer t90ê *
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Ifie RRVUR DE BRETAGNE
ohef cLiouan^ Briend^ fils. 11 est envoyé à Vaanes. « Des hordes
de fanatiques parcoareot les campagnes. On demande de nou-
velles troupes et on fortifie Rochefori- La cavalerie qui .est à
Questembert est appelée en toute hâte. »
tt 4 décembre, — La commune de Berricesf en pleine insurrec-
tion. Elle n'a aucun enfant au service de la république et a re-
fusé toutes les réquisitions et ne veut même pas recevoir le bul-
letin des lois. Elle a abattu Tarbre de la liberté et n*a aucun rap-
port avec le district. On n*y envoie 300 hommes pour la sou-
mettre.
<t Le M9 novembre. — Le représentant du peuple Legris esta
Rochefort. Il épure le Directoire et nomme une nouvelie admi-
nistration pour le district. Cette administration a de la peine à se
constituer et manque totalement de zèle.
« 16 décembre. — L'instruction primaire qu'on avait timide-
ment organisée a subi partout des échecs piteux.
« Zô décembre. — Un arrêté des représentants du peuple Le-
gris et Bourret est publié. Ils offrent une récompense à tous ceux
qui auront fait prendre un chouan, un prêtre ou un réfractaire.
La gratiflcatton est de 1000 écus pour un chef chouan, 100 livres
pour un chouan, 5O0 livres pour un prêtre ».
Oo le voit» les agitations dans les campagnes n'avaient pas di-
minué et les chouans du général de Sol de Grissol tenaient tou-
jours la campagne. C'est alors que la Convention essaya de remé-
dier à cette situation générale dans les départements de l'Ouest.
Par ia loi du 12 frimaire, elle décréta qu'une amnistie pleine et
entière serait accordée aux brigands et aux chouans qui se sou-
mettraient. Cette loi était accompagnée d'une proclamation des
représentants du peuple Quesno et Guermeurqui au commence-
ment de 1795 étaient dans le Morbihan. Jean-Jacques Moulin,
vicaire épiscopal à Vannes, écrivit à Le Gu,ermeur : « oui, bien-
faisant Guermeur, c'est moi qui, à Vannes, fit exposer au citoyen
Malltaud, votre collègue, et à vous,le jugement qui faisait mourir
un citoyen sous les yeux de son épouse enceinte de Rochefort et
qui faisait teindre de son sing les murs de sa propre maison.
J'étais vicaire épiscopal et je l'ai accompagné au supplice, et je
vous présentai Thorreur de cette situation. Nous pleurâmes en-
semble et fîtes changer la forme du jugement.» Cet homme,
mis à mort si cruellem ent, était Briend, fils.
Cette loi d'amnistie produisit un efifet contraire. Tout le mois
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LE DISTRICT DB ROCHEFORT 107
de pluviôse fut agité de troubles graves. Même situation dans le
district de Redon et le comité révolutionnaire de cette ville la
peignait sous les couleurs les plus noires : « 12 pluviôse III.
Nous trahirions la confiance publique si fermant les yeux sur les
désastres qui nous environnent, nous négligions d'en tracer le
déchirant tableau. Depuis environ trois décades une horde de
scélérats forment des attroupements royalistes et fanatiques,
errent de commune en commune, égorgent la nuit les patriotes,
enlèvent leurs effets et abattent partout les arbres chéris de la
liberté. La terreur est répandue parmi les habitants des cam-
pagnes : les membres des corps constitués désertent leurs mai-
sons et cherchent dans les bras de leurs voisins un asile de sécu-
rité contre les inquisitions de ces infâmes brigands ; chaque
naît offre de nouvelles horreurs à apprendre (1). »
De telles craintes n'étaient pas exagérées. La chouannerie
désorganisait les administrations. Toujours quelque membre
démissionnait, déterminé par la peur.
Le Directoire ne tarda pas à s'en émouvoir et le général Krieg
établit de distance en distance des cantonnements de républi-
cains. Plusieurs de ces garnisons furent assaillies par les troupes
cbouannes du général de Sol de Orissol. Le 23 ventôse an III le
Directoire de Redon dépeint la poeition sous les couleurs les plus
sombres : « que la nuit dernière un cantonnement de 50 hommes
de nos troupes, placé au bourg d'Allaire (au presbytère), à une
lieue et demie de Redon> sur la route de Vannes, ayant été ai-
lailli par plusieurs centaines d'attroupés, il les a repoussés 1 1
en a tué un --, on le dit chef — et blessé plusieurs ; mais que
l'obscurité ayant empêché d^. se livrer à leur poursuite, il n'y
a point de prisonniers.
Qu'il semble résulter de ces faits qu'on s'agite pour former
dans ces cantons une nouvelle Vendée ;
Que les esprits sont exaspérés partout ce qu'on leur a fait souf-
frir, n'étant que trop faciles à se laisser séduire et entraîner par
des gens qui ne veulent que l'anarchie, le meurtre et le pillage » (2j.
LabatailleeutlieuàChez-MéhaudenAllaire. Plusieurs paysans
furent tués et blessés. La nuit venue, les femmes les inhumèrent
dans un champ appelé le « courtil Chauvin ». Un autre chouan
(t) Areh. dèp. Rennes A. I). I. V. OM 19.
(2) Arch. dép. Rennes A. D. L. V. l L. 83% folio g3.
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I
ift REVUE DE BRETAGNE
blessé s'en fut mourir à )a Regaudaie où il fut enterré au pied
d'un châtaignier. Un chef chouan fut tué dans la maison du
Yaujouan. Il se promenait le soir et lisait à la lueur d'une faible
lumière dans la cuisine. Les républicains Taperçurent et le fusil-
lèrent à tmvers la fenêtre.
Le 22 avril le général Avril demande au Directoire de Roche-
fort nu certificat qui atteste qu'il n'a pris aucune part aux opé-
rations sanguinaires de Le Batteux àPéauleetàNoyal-Muzillac.
L'administration certifia que le général^ pendant toute la durée
de son commandement à la Roche-Bernard» a toujours été à la
disposition des membres du Directoire, et que c'est gr&ce à son
activité que las attroupements ont été étouffés. Dès le principe
sa conduite Tut humaine et il n'accompagna pas Le Batteux dans
ses excès à Hochefort^ à Questembert» à Péaule et ailleurs.
Le registre du Directoire est clos le 4 mai 1796. On va à Vannes
en chercher un autre, mais le papier manque. On se servira d'un
vieux registre à moitié usé et rempli (1). A partir de ce moment
les documents précis concernant le Directoire font presque tota-
lement défaut. Aussi serons-nous forcé de nous borner au récit
de quelques événements typiques à l'aide desquels nous pour-
rons nous faire une idée approximative de l'état du District pen-
dant les derniers mois de la gestion du Directoire et montrer la
persistance des troubles.
Une mi aère noire régnait dans le district de Rochefort à ce
moment : il n'y âvait plus de grains et les chouans interceptaient
toutes les réquisitions. L'église de Rochefort, transformée eu
magasin, est évacuée. Berric est toujours en plein soulèvement
fit le 5 avril, Joseph Briend, « brigand reconnu et l'un des chefs
du parti », fait sa soumission en déclarant vouloir profiter des
lois de l'amnistie et déposa 2 pistolets. Il fut autorisé à vivre
& Rochefort. Les officiers ne trouvent même plus de logements
à louer et on semble se coaliser pour les leur refuser.
Le 20 floréal an III (10 mai 1795), les troupes ayant été retirées
de la OaoiHy, les habitants vinrent à Redon exprimer les craintes
qu ils avaient de voir piller les grains appartenant à la répu-
blique. La preuve en était que la veille, après le départ des
troupes, les chouans étaient entrés dans le bourg et s'étaient em-
parés de toutes les armes qu'ils avaient pu découvrir. Redon dé-
(1) loirosiibJa lie le retrouver.
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LE DISTRICT DE ROCHEFORT 109
eida d'enyoyer 25 hommes jusqu'à ce que le district de Roche-
fort ait fait enlever les graias. Il nomma en outre en qualité de
commissaire, Séguin, juge de paix du canton.
Le 18 prairial an III, Tadministration de Redon apprend qu'un
chef de parti royaliste doit le jour même passer en revue le can-
ton de Saint- Vincent. Tous les individus de 18 & 35 ans, armés ou
ooQ, doivent se réunir sur une lande près du bourg. Or, récem-
ment, le 10 et le 17, dans ce canton, des assassinats ont été com-
mis sur un certain nombre de volontaires du bataillon de la Côte-
d'Or et les arrivages ont été empAchés. Séance tenante le Direc-
toire requiert le commandant de la place d'y envoyer un déta-
chement et de visiter Saint- Vincent et les lieux voisins. Sont
nommés à cet effet commissaires civils, Gentil, administrateur,
etLefeuvre, membre du Tribunal. L'expédition ramena plusieurs
prisonniers (1).
Ainsi s'ouvrait la guerre d'extermination qui devait se pro-
longer au-delà de Tadministration directoriale, et par intermit-
tence jusque sous le Ck)nsulat. Les mouvements des chouans
continuaient nombreux : ils commettaient des assassinats jou-
naiiers, volaient les chevaux, les bestiaux et tout ce qui se
trouvait à leur portée. Des attroupements nocturnes se tenaient
aux environs de Redon dirigés par le général de Sol de Orissol
et reprenait en messidor leur tentative de mars 1793, et cher-
chaient surtout à s'emparer de Bedon, ville ouverte, presque
dépourvue de garnison.Le général Hoche vint protéger le district.
Peu à peu les chouans reculèrent devant les armées, aban-
donnant pour longtemps le district de Redon. Le 20 frimaire
an IV, sur la demande des administrateurs de la Roche-Bernard
le Directoire de Redon envoya un détachement au confluent
de la Vilaine et de TUust pour leur couper le chemin.
An début de l'an IV^ un grand nombre d'églises ayant été
rouvertes au culte, les grandes raisons d'agitations disparais-
saient. La révolte s'éloignait et les prêtres qui juraient de mainte-
nir la Constitution de Tan III n'étaient pTus inquiétés. L'adminis-
tration révolutionnaire se désagrégeait sous les coups que lui
portaient les décrets de la Convention et surtout la constitution de
fructidor. Le Directoire n'existe plus. I^a Constitution de Tan II a
établi le canton comme unité administrative et désormais l'admi-
(1) Ch. Dabreail, page 152 et 153.
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iiti REVUE DE BRETAGNE
nislralioD générale de l'arrondissement que nous venons d'éiudier
se confond avec celle des neuf cantons de Tex-district de Ro-
chefort.
En 1796 des colones volantes, pillant le pays, tuèrent 8 prêtres,
dont elles découvrirent ia retraite. Un jeune diacre de Ménéac,
Jean Gaudaire, fut tué dans le champ des Roches-Blanches.
Dom Voisin fut fusil lé à Trouhesnel et deuxautres prêtres à Saint-
Qorgon et à la Cadaia en Allaire.
L'an VI, \e2Z brumaire [dans la nuit du 21 au 22] Joseph Lanoô,
aubergiste au bourg d'Allaîre, indiqué comme juge de paix du
canton de Rieux, fut assassiné par les chouans sous les chà-
taigners du Vaudepierre. Ji fut capturé dans son lit. Le môme
jour, la môme troupe de chouans assassina Lallemand à la Po-
terie (1).
Pour rendre odieux les vrais Chouans, le Directoire faisait par-
courir les campagnes par des contre-chouans, ou faux Chouans.
« Cette nuit, parlent des républicains déguisés en brigands, con-
duits par un guide que ces scélérats voulaient «débaucher », dit
le Directoire au mois de prairial an IL Le chef de ces derniers à AU
laire était bien connu- On se souvient encore avec horreur de ce
monstrueux personnage qui, & 34 ans, souhaitait de revivre les
sombres jours delà Terreur. Les méfaits mis à son actif sont
presque incroyables. C'est ainsi qu*on Taccuse d'avoir incendié
les Petites-Forêts en Allyire et d*y avoir fait rôtir un petit bébé
embroché au bout de sa baïonnette. Le souvenir de ces atrocités
est encore bien vivant, mais chose curieuse, ce sont les vrais
chouans qui an portent la peine.
La tradition rapporte que le château de la Saudraye en Allaire
fat incendié par LeBatteux. Voici ce qu'était ce personnage bien
digne de passera la postérité. Avant la Révolution, il était cui.
sinier chez les Bénédictins de Hedon. Dom Jausions Taccuse for*
mellement d'avoir allumé rincendie qui consuma une partie de
l'AbbayCj le i4février 1790. Dénué de tout préjugé et de tout
scrupule, et de toute honnôtetéf avide de parvenir, il se fit révo-
lutionnaire par haine de ses anciens mattres et par ambition. A
la (Inde 1790, il était directeur des Postes à Redon. Les élections
de 1702 montnnl qu'il était devenu Tâmede la Révolution: il est
ilu scrutateur et administrateur. Carrier, lors de son passage à
H)Aetit de Ta mairie daRîetix*
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LE DISTRICT DE ROCnEFORT . Hl
HedoOj le connut. Il comprit qu'il trouyerait un aide, un auxi-
liaire tout dévoué dans cet ardent ambitieux. C'est lui qui inau-
gure la Terreur à Redon et parcourt en les ravageant les com-
munes du district de Rochefort. Quelques mois après^ Carrier, en
rail 5ÛD agent à Tarmée des Côtes de Brest. Il accomplit Cette be-
sogûe avec rigueur, arrêtant, fusillant comme coupables des
hommes à peine suspects, soulevant après lui une ten^péte de
malédictions et de haines.
Il revient h Redon au mois de nivôse an II, et le voilà en butte
I rhostilité des habitants, et le 19; CarHef rend pefsonnelletuent
respoosabEes tous les citoyens de la ville si l'on touche à lui. Oe
décret épouvante les Redonnais, et Batteux loge tfatiquillement
avec sa fdcnille au couvent des Calvériennes.
Le 2S vendémiaire, an il, sur l'ordre de Boursaalt, il est arrê-
té, transféré à Rennes, puis à Paris où il fut Jugé avec Carrier.
II mourut à Redon en t805 ou 1800, confessé et ejctrémisé par
M. Loaiseïi revenu d'exiL
Une autre flgure, mats plus intéressante, est celle de François
LeClainche^ Avant la Rt^volution il était un brillant avocat du
barreau Hoche Tortais, notaire et procureur fiscal des seigneuries
de Talhou6t et de Clergerel en Pluherlin. Très intelligent^ mais
avide de parvenir, il se fait révolutionnaire par ambition. Il est
Élii procureur *syncliCi puis devient agent national près le Direc^
tolre de Rocheforr. C'est lui qui installa la terreur à Rochefort et
devint 1 âme de la Révolution dans tout le District. Il eut surto(it
la spécialité de se rendre acquéreur à bon compte de nombreux
biens nobles et ecclésiastiques vendus par la nation (1). Il réalisa
de ce chef une fortune considérable, plus de 50.000 fr. de revenu.
Il fut traduit devant le tribunal criminel et révolulionnaifo de
Vannfts pour ce motif.
Après la Révolution, 11 redevint notaire public à Hochefôft et
s'employa à régulariser la transmission de sft fortune parles
managea subséquents deâ nombreux membres de sa famille.
0)Àrûh, départ, bi«ni d« i** éi 2* origine.
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îîî • REVUE DE BRETAG^E
Chapitre VI
LE CLERGÉ DU DISTRICT DE ROCHEPORT
LesprôtreBcatliOliquesélaientextrémementsympathiquGsdans
les paroisses du district de Rochefort. Pauvres, parce que ré-
duits à la portion coqgrue, — charitables, une foule de misé-
reux assiégeaient chaque matin les portes du presbytère qui
était comme le bureau de Qharité de la localité, — bienfaisants^
lis avaient su se faire aimer et aimer la religion catholique. Ils
rendaient aussi de très grands services au milieu d'une popula-
tion îllettrée, en remplissant le rôle d'intermédiaire entre elle et
les pouvoiri constitués. Cette sympathie pour le prêtre sera d*ail*
leurs [a cause de tous les événements que nous venons de relater.
La Chouannerie fut au pays de Rochefort un mouvement surtout
clérical, un^ r<^présaille des lois condamnant à la déportation,
puis à la mort les prêtres qui ne voulaient pas prêter serment à
ta constitution civile du clergé, et toutes les causes que d'autres
historiens essaieront de lui donner ne sont que des prétextes.
Au débuts le bas clergé et les paysans se montrèrent favorables
en somme à la Révolution. Les députés du clergé (1), M. Loaisel,
curé de Redon, le recteur de Questembert voteront même la
constitution civile du clergé sous l'influence de Lanjuinais. Ils se
rétractèrent ensuite. Ce ne sera qu'après la confiscation des pro-
priétés ecclésiastiques, après le décret relatif à la constitution
civile que les prêtres, unissant leur cause à celle des nobles, en-
traîneront le peuple à leur suite. Les décrets de la Législative
condamnant à mort les prêtres réfractaires, l'arrivée des prêtres
assermentés, des curés « réformés » Degoussée à Redon, Du-
gué à Saint-Jacut (2), Chédalleux à Peillac, accentueront encore
les mécontentements.
« Ils purent rester en grand nombre dans les paroisses j us-
qu*au mois de juillet 1792. Ils étaient obligés d'user de beaucoup
de pf udt*nc*3 et de réserve. Us demeuraient cachés au sein des fa-
milles amies ou cléricales et célébraient peud*offices solennels.
(1) cr, hlLida miéressaiite da Bénédictin Dom Blayo, parue dans \a. Revue Mor-
t0%&nnai$€^ en août 1907.
(î) Aroh. d« la Tabrique de Saint-Jacut.
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LE DISTRICT DK ROCHKFORT il3
Parfois on les poursuivait, mais l'émigration n'était pas encore
une nécessité absolue. Le décret du 20 mai qui condamnait à la
déportation tous les prôtres insermentés les détermina à quitter
leurs paroisses. Traqués comme des botes fauves, ils s'enfuirent
généralement en exil quand ils ne furent pas arrêtés par les pa-
triotes (1).
« Dans le district de Rocbefort, plusieurs résolurent de rester
au milieu de leurs ouailles et cela au périt sans cesse renouvelé
de perdre la vie. Le secret fut gardé de telle sorte que fort peu de
ces prêtres purent être capturés.
« Les paroisses du District comptaient environ 80 ecclésias-
tiques. Ils demeurèrent fidèlesàla très malheureuse exception des
noms suivants Nous avons déjà vu un nommé Dugué, prêtre
apostat de Saint-Jacut. Il fut membre du Directoire et prit part à
de nombreuses mesures violentes.
« Il acheta les biens de la fabrique et du presbytère de Saint-
Jacutet plusieurs chapelleniesdes paroisses d'Allaireetde Saint-
Jacut. Sur la fin de sa vie il restitua à la fabrique de Saint-Jacut
les biens dont il s*était rendu acquéreur. Il mourut plusieurs an-
nées après la Révolution dans une maison (}e village en Saint-Ja-
cut, où il était allé caché sa honte, vivant en solitaire et portant
au front le caractère indélébile de l'opprobre dont il s'était cou-
vert et dont il était stigmatisé. Personne ne voulait le voir.
« Nous avons aussi remarqué Ghédalleux qui avait été vicaire à
Peillac. Il apo:!tasia, devint prêtre assermenté à Peillac et membre
du comité de surveillance de cette commune. Le 25 juin 1794, il
est accusé. Un membre du Directoire de Rochefort prit la parole
et dit: « la conduite du citoyen Ghédalleux, ex-prêtre, offre un
constraste qui fait remarquer en lui un ennemi de la chose pU'
blique. Sous les voiles du plus ardent patriotisme, il cache des
desseins pervers et contre-révolutionnaires. 'Pourquoi a^vait-il
refusé de livrer et de remettre ses lettres de prêtrise à la muni-
cipalité de Malestroit devant laquelle il abdiqua ses fonctions ?
Pourquoi s'opiniâtre-t-il à les retenir encore ? Sans doute pour se
conserver un moyen de figurer sous un nouveau régime du fana-
tisme qu'il espère voir rétablir. Pourquoi affiche-t-il tant de zèle
pour prendre les autres ecclésiastiques non assermentés? Pour
déguiser ses véritables projets, pour faire présumer qu'il veut
\i) Notes textuelles de M. Piéderrière.
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lU REVUE l»E BnKTAGNE
âbittre ridole qu*il encense encore, pour trouver le moyen da
régner un jour Bans rivaux. Si l*on en croit les officiers munici-
paux de Peillac, il savoure déjà le goût de la tyrannie, il com-
mande supérieurement au comité de surveillance et à la muni-
cipalité ^t il lui Tant de leur part une obéissance sans examen
eL sans murmure. Autrement il menace de la force armée qu*il
prétend avoir à sa disposition.
<t Les déclarations que nous recevons demandent d'ôtré appro-
fondies, continua Le Ctainche, elles contiennent Jes accusations
posiUves de pillage. Ghédalleuz doit s'en laver^ et les membres
du comité dont il fait partie doivent s'ea laver eux-mêmes. Si,
Ghédalleux n'est pas coupable, tout le comité est criminel ; si^
au contraire, il est coupable^ les membres du comité sont de
lâches Ûattburs qui idolâtrent leurs tyrans et secondent ses
efforts.
« On ma raconte que Ghédalleux travaille à trouver les patriotes
en faute et leur suppose des crimes singuliers. Ses discours
tendent à arrachera la république des hommes qu'il désespère
d'enlratner autrement, à diriger contre eux les rigueurs de la loi
qu*ils savent défendre avec fierté. C'est un moyen de contre-ré-
volution déjà plusieurs fois; employé sous le masque du patrio-
tisme. »
i* Le Directoire arrêta qu'un commissaire sera envoyé te lende-
main à PeiUaCi assisté d*un détachement de cavalerie. Il s'assu-
rera de la personne de Ghédalleux et le conduira à la maison
d'arrêt de Eochefort ; il fera en sa présence toutes les recherches
possibles pour s'emparer de ses lettres de prêtrise et apposera
las scellés sur ses meubles. Les membres du comité de surveil**
lance seront également amenés, et, après les avoir entendus, on
verra ce qu'il y aura à faire contre eux.
d II paraît que le* malheureux apostat fut relâché car, quelque
temps après Jes portes de sa maison furent enfoncées,des hommes
y entrèrent... Qumd ils furent partis, on ne trouva plus qu'un
cadavre horriblement mutilé et en lambeaux près de la cheminée.
Chaque piirtL fui accusé de cette mort sur laquelle on n'a jamais
pu faire fa lumière.
u Le 17 avril de la même année, Vincent Moreau, curé de Saint-
Marcel, se préseûta au Directoire et dit : « Citoyens, dans un
moment où te ministère du culte catholique est devenu un sujet
d'inquiétude pour la république, le prêtre qui aime sincèrement
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LE DISTRICT DE ROGBBFORT 115
sa Patrie doit s'empresser de dissiper les soupçons qu'inspire
l'exercice de ses fonctions sacerdotales* Botièrement dévoué à
la cause de la liberté et de Tégalité, je veux convaincre nos frères
de la pureté de mes sentiments. Je viens au milieu d'eux décla-
rer que je renonce à Tétat et aux fonctions du prêtre. Je dépose
mM lettres de prêtrise sur le bureau, et je demande acte de
tout. »
« Immédiatement on fit droit à sa demande et on lui remit acte
de son apostasie et de la remise de ses lettres de prêtrise et on
loi déclara qu'il recevrait un secours par application du décret
du 2 frimaire.
« Un autre prêtre assermenté, René Rubaud, curé constitution-
nel de la Gacilly» se présenta également le même jour et s'expri-
ma ainsi : « Gomme les fonctions de mon ministère paraissent
contraires à Tesprit public, ne voulant en rien contrevenir aux
lois de la république, je viens déclarer en véritable républicain,
qae j'y renonce. Je me ferai toujours et en toutes choses un
devoir de donner des preuves de mon civisme. Je dépose mes
lettres de prêtrise sur le bureau et signe ma présente décla-
ration. »
« Ainsi sur 80 prêtres du District de Rochefort 4 prêtèrent le
serment à la constitution civile du clergé et cet acte les amena
en peu d'années à l'apostasie la plus complète.
« Lé 25 mai 1794, le Directoire est informé que les meubles du
prêtre déporté. Le Breton^ en Pleucadeuc, existent encore dans
la maison et sous la garde de sa nièce. Le dénonciateur requiert
une vente immédiate qui lui est accordée. Ce prêtre était resté en
réalité caché dans sa famille : « le commissaire, procédant à sa
mission au village de la Grenouillère en Pleucadeuc, rencontra
habillé en paysan un homme qui venait au-devant de lui. Cet
homme lui déclara être prêtre et se nommer Le Breton, ancien
vicaire de la paroisse. Il lui demanda un cheval et le pria de le
conduire aux prisons du département. Depuis longtemps, lui dit-
il, il désirait s'y rendre, mais les infirmités l'avaient empêché. »
Ces infirmités furent reconnues graves, susceptibles d'empêcher
son séjour d'être dangereux dans son village. En conséquence
on l'envoya à l'administration départementale qui prendrait les
mesures qu'elle croirait convenable.
€ Le 23 juin suivant le prêtre réfractaire, René Collet de
Saint-Perreux, âgé de 64 ans, demande aussi son incarcération
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ilK ftRVUE DE BRETAGNE
à Vannes. On constata qu'il n'avait été porté aacaae plainte
contre lui, et on tui remit un passe-port pour se rendre seul en
prison. Si, cependant, il ne s'était pas présenté pour le 7 juillet
devant le comité de surveillance de Vannes, on procédera contre
lui selûû toute la rigueur de la loi.
« Pendant Tannée 1793, les prêtres assermentés reçurent cha-
cun 1500 livres.
* L'année suivante Tal location qui leur fut distribuée fut minis-
sinie. Du reste, ils avaient apostasie. Les prêtres insermentés ,
restés ftdèles ^ leur devoir, sexagénaires, furent enfermés aux
prisons de Vannes. En octobre 1792 il y en avait 43, et en 1793
il y en eût 51.
« Le 1*"^ juillet 1793, les évêques constitutionnels furent char-
gés de faire le service des campagnes qui n'avaient pas de prêtres
assermentés, L'évêque de Vannes Le Masle en trouva deux
qui lui obéirent ; l'un fut refusé par la paroisse où il fut envoyé,
l'autre s'excusa sur ses infirmités ».
M. Olivier Le Pellîc, prêtre à Bubry^ se tenait caché dans le
pays. Il fut priSj condamné à mort à Lorient et exécuté le 11 dé-
cembre 1703, âgé de 39 ans.
M. Julien Minier, né à Limerzel où il était vicaire, comparut
devant le même tribunal le 10 janvier 1794, condamné et guil-
lotiné sur-le-champ.
M. Rtsné S^irve^ prêtre à Molac, sa paroisse natale, fut con-
damné à la réclusion le 11 février 1794 et non à mort, étant âgé
deôôans.
Nous avons tenu k donner ces nobles exemples à une époque
où la religion est de nouveau persécutée par un gouvernement
sectaire.
La terreur se ralentit au commencement de 1795, et les prêtres
cachés commencèrent à célébrer publiquement la messe, mais
les condamnations et les exécutions reprirent à la fin de l'année.
M. Yves Le Manour, prêtre de Languidic, fut exécuté à Vannes
sur la place du Marché le 31 décembre 1795.
En 1796 des colonnes voiantes, pillant le pays, tuèrent 8 prêtres
dont elles découvrirent les cachettes. En 1797 et 1798 plusieurs
envois de prêtres eurent lieu vers la Guyenne où le plus grand
nombre périrent de faim et ûh maladie. En janvier 1799, M. Mi-
chel, prêtre de Malansac, meurt en Espagne ; on déporte à l'île
de Ré les prêtres qu'on arrête.
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LK lïlsriUCT DE ROCHKFORT 117
« En 1800. un synode est tenu à Lorient par TévêqueLe Masie
où un certain nombre de prôtres assermentés s*y rendirent.
Voici leurs nomii : ^ Charles Le MasIe, évoque constitutionnel,
Louis Le Sans, vicaire épiscopal, Pierre Kerviche, vicaire
épiscDpal, Pierre Brossière curé de Lorient, Jacques Gautier,
Gabriel HalLey, Jean Piron, Jean Evain, Louis Le Lièvre, Au-
gustin Besanceoet, loua vicaires de Lorient, Mathurin Denis,
euré de NeulliaCi Jean Guillouzic, curé de Naizin, François Tati-
bouët, curé de Plouay, Jean Boulère, vicaire de Plouay, Yves Le
Gouhier, curé de Plouhinec, Guillaume Faucher, vicaire dePIou-
binec, Etienne Le Gueonec, curé de Quévin, Julien LeGallic, curé
de LanguidiCt Pierre Barbedieone, vicaire d'Hennebont, Henri Le
Mérier, curé de Pontivy, Jean Frapper, prêtre à Pontivy, François
Le Cam, vicaire ûe Sainte-Brigitte, Jean Bio, curé de Gléguer,
FrançoisHobo, curé de Pluméliau, FrançoisFréleau, curé d'Ingui-
oel, Louis Evan, curé de Plœmeur, Vincent Bocherel, curé de
Sâint-Patem k Vannes, Jean Girardin, vicaire de Saint-Pierre de
Vannes, Toussaint Berruyer, curé de Ploôrmel, Jean Perrotin,
curé deSérent, Jean Êono, curé de Gampénéac, Lévéque, curé de
Sainl-Doîayj René Rubaud, vicaire à La Gacilly. En tout 35 prôtres
jureurs dans le diocèse de Vannes dont 7 seulement de la partie
française.
u La liste des prôtres émigrés publiée par Tadministration
supérieure du Morbihan pendant les années 1793 et 1794 con-
tient les noms de645 prêtres insermentés. Encore cette liste est
incomplète r>.
La loi du 17 février 18O0 supprima les Districts et la religion
catholique commença à respirer, et le 15 juillet 1801 le Concordat
était signé.
Mi' de Paocemont, du diocèse d'Autun, fut nommé évoque de
Vannes^ le 9 avril 1802, et le 13 septembre suivant il publia un
mandement renfermant la liste des paroisses érigées et le tableau
des recteurs nommés.
[A iuivre). P. Mbrlbt.
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BIBLIOGRAPHIE
Annuairb Officiel d'Ille-et- Vilaine 76* année.
En vente à rimprimerie Simon, & Rennes, boulevard Laénneo, 38, *et
quai Lamartine, 17^ et dans toutes les librairies et bureaux de tabac,
r Annuaire Officiel d'Iile-ei^Yilaine^ administratif, industriel et com-
mercial (édition Fr. Simon). Mention honorable à TExposition univer-
selle de I90O.
Le plus complet, le mieux renseigné : plus de 1500 pages de rensei-
gnements r^Latif^ aux organisations religieuses, judiciaires, militaires,
scolaires, administratives et civiles du département d'Ille-et-Vil«ine.
Contient : Un b€au plan cf« Rennes^ avec les lignes de Tramioays ; les
portraits de Sa Grandeur Mr l' Archevêque de Rennes, de M- Sagebien
préfet dllle-et- Vilaine ; des sénateurs et députés d'ille-et- Vilaine ; de
M. le général Lerort, commandant le 10« corps d'armée ; de M. Maulion
premier président de ia Cour d appel ; de M. Roullet, procureur général,
Bt de M. pinault, sénateur maire de Rennes. Histoires et légendes locales,
Epbémérides rennaises depuis 509 Jusqu'à nos jours.
Adresses de Rennes, Fougères, Montfort, Redon, Saint-Malo, Vitré
et de tous les cantons du département.
Répartition des troupes de Tarmée ft^ançaise et très nombreuses
autres Indications.
Prix .ZTr.\ franco : 2 îv, 85.
Pour tes autres départements : 4 fr. ; franco : 4 fr. 85.
» »
Société Acai>kmi(^)i:i: de Nantes.
La séance générale mensuelle de la Société Académique du 20 janvier
a revêtu un caractère particulier de solennité. On installait en effet le
nouveau Bureau, et un public nombreux remplissait à cette occasion
la salle des séances*
Le Rurf^Akj pour Tannée 1908-1909 eti ainsi composé :
Président MM. le B^i" Qadtan de Wismes.
Vicê-Frèsidmt Baranger.
Secrèiaire-gênéral . ... Louis Linyer, flls.
Secrétaire-a<^oint .... D' Sébileau.
Trêmrier Riondel.
Bil^Uothècaire Poirier.
M* Doftet, Président sortant, dit en termes délicats sa tristesse de
quitter une présidence au oooni de laquelle il avait éprouvé tant de
satisractions. rencontré tant dé sympathies, et la Joie qu'il ressent de
remettre les destioées de la Société dans d^aussi bonnes mains que celles
de M. Gaétan de Wismes. il adresse en terminant ses remerciements
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BltlLlOGlUPHlIÏ 119
à tous les membres du barfian qui lui ont, chacun dans ses attribu-
tions, fkcilité Ba tA.<ïhe.
M- Qaitan dêWismM, nouveau Président, prononce un discours aussi
remarquable par le fond que par ta forme. II remercie tout d*abord ses
collègrues de 1 honneur qu'ils lai ont fait en li^i conférant une dignité
dont il apprécie l'tianneur. mftU dont it ne se dissimule pas le poids.
Appuyé sur ses coElaborateun du Bureau, M. 0. de Wismes consacrera
toute son énergie au développement incessant de la Société Académique.
Oes deux beaai discours sont salués par des applaudissements una-
nimes.
Il est ensuite procédé à l'élection de cinq nouveaux membres :
Deux membres titulaires : MM. le D' Terrien, présenté par Mil. le
D' Polo et a. de Wismes, et M. Michel Langlois. présenté par MM. Caillé
it EUoDdeL
Trots membres correspondants: MM, François Saint-Manr, M. Btbier
et M'^» Anne-Marie Poirier, présentés par MM. Fortineau et Riondel.
La séance se termine par la lecture d*un rapport très intéressant de
M. PDirier, consacré k l'étude d'un romun de M»» Baudry, membre
correspondant de la Société, intitulé - Devant VOMacle.
ECOLE DES HAUTES ÉTUDES SOCIALES 16, rue de
la Sorbonne. — ÉcoiJi Sot ialh, t907-19(®. — La Renais-
sance Ckltjque CoNTEMPORArNTE, par M. Yann Morvran
Goulet, examinateur à ilnëtitat Commercial de Paris, les
samedis à 5 h. 1/2 à partir du samedi 18 janvier.
1. Le monde celtique au XX* siècle, \>< janvier. » 2, La Renaissance
celtique, 25 janvier. — :]. La Langue des ancêtres, {•' lévrier. — 4. Lit-
térature celtique moJerne, 8 février. — 5. Les arts néo-celtiques, 15 fé-
vrier. -^ 6. Le mouvement écODomtqae et social, 22 février. — 7. La vie
nouvelle des cinq nations^ :2'J lévrier — 8. Les Celtes d'Amérique. Le
Panceltisrae. Intérêt international de ia renaissance celtique, 7 mars.
La SociéxÉ Galloise de BrnLiOQRAPHiB (Cymdeithas,
Lyffryddol Cymru).
La Société ijalloise de BîbUot'raphie ii'OL^cupe de réunir des contribu-
Uona de tous ^nx qui sHniéreasent à ta Bibliographie et à la Littérature
du Pays deGaltes. Désormais aes <^ Transactions » (Annales) contenant
les études de ses membres paraîtront réj^ulièrement chaque année.
Parïoi les eoHatHïrutians déjà atiâurâes, citons les suivantes : Ballades
gallolsee (J. H. Davjes, Goodwin et Lewis), Bibliographie de Th. Charles,
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im RBVUE DB BRETAGNE
et littérature du début du XVIll* siècle (Rév. Shankland, de Bangor),
Ancieunes publitïaiions des sociétés, etc. (Lleufer Tbomas). Ouvrages
anciens (Ernest Rhysj, La presse galloise en Patagonie (Qoodwin). Bro-
chures sur réducattoB, etc. (Principal Salmon, de Swansea). Ancien
ibé&tre gallois (T. Mattbews). Lettres d'invitations et faire-parts
(James), Hymnes {H^y, ELvet Lewis). Registre des imprimeurs gallois.
(Tous les membres sont invités à envoyer des renseignements pour
cette compilation).
Four adhérer k la Société et prendre part à ses travaux, il suffit de
payer une cotisation annuelle de 5 schellings (6 fr. 25). On peut être
reçu membre à vie en payant une fois pour toutes une cotisation de
Liv, St. 3. 3. 0 (73 fr, 75j.
Le bureau de la Société est ainsi composé : Président, A. Sir John
Williams; Trésorier, H. John Ballinger (Cardifif) ; Secrétaire, M. D. Rhys
Phillips (Swansea); ifemôrej : MM. Davies, Lleufer, Tbomas, Vincent
Kvans, T. Sbankïand, J. Fisber. Ifano Jones. H. James, Roberts, Jenkins.
Adresser les adhésions et toutes communications à : M. D. RHYS
PHILLIPS, Welsh librarian, SWANSEA. (Wales). Iles Britanniques.
Assises d'hïvkr de l'Onion RÉoioNAUSTis Brbtonnb
VILLE DE JUGON
28-29 Mars 1908
PROGRAMME
Samedi 28 mars, k 10 h. 1/2, entrée et réception des Congressistes à
Jugon. — Vin d'honneur oflert par la Municipalité.
A 2 b. 1/2, séance solennelle d'ouverture. Allocution du Président. —
Conférence surThist ire de la viilo de Jugon et la Décentralisation bre-
tonne, par M, Léon Le Berre, barde Abalor. secrétaire de TU. R. B. —
Chants populaires bretons.
A 8 b. l/à du soir, séance de travail de TU. R. B.
Dimanche 29 mars, à 9 h- 1/2, séance de travail de TU. R. B. — A
S heures, grande représentation bretonne : Pour la Bretagney de Louis
Tierceiin ; Mélodies bretonnes, Concert breton.
A 7 heures, ^rand banquet.
Lundi 30 mars. — Des eicarsions facultatives pourront être organisées
aui célèbres mines du château de la Hunaudaye etdeTabuayedeBoquien-
N.^B. — Un programme sera rédigé ultérieurement pour les détails
des deux séances.
le Directeur : Dr L'EsTOURBKirj.ON.
Les Secrétaires : Léon Le Bkrke.
liOEÏz Herrieu.
Le Gérant : F. Chevalier.
Yannei. ^ Impri tuerie LAKOLYE FrèKEs, 2 place «les Lices.
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REVUES BRETONNES
L'HERMii>iE:i8* ann. Mensuel. 1 an i2'fr. Union postale 15 fr.
Le numéro i fr. 25. Les abonnements partent du 20 octobre.
Directeur : Louis Tiercelin, àPararaé (Ille-et-Vilaine).
Les ânhales de Bretagne: 22* ann! Trimestriel. I an 10 fr.
Union postale 12 fr. 50. Publiées par la Faculté des Lettres de
Bennes. Rédacteur: G. Dottin» 37, rue de Fougères, Rennes.
Le Clocher Breton : 14* anik Mensuel. 1 an 5 fr. 50. Directeurs :
René Saib et Madeleine Desroseaux. Bureaux. 29» rue Belle-Fon-
taine^ Lorient.
BuLLirm DE LA COMMISSION DIOCÉSAINE d' ARCHITECTURE ET D' ARCHÉO-
LOGIE DU DIOCÈSE DE QuiMPER ET DE LÉON : 6« auu. Tous les deux
mois, i an 5 fr. Ouimper.
La Rbyue Morbihannaise : il* ann. 1 an 5 fr. Directeurs :
J. BuLÉON, V^ de la Grancière, E. Sageret. Chez Lafolye, Vannes.
La Paroisse Bretonne de Paris : 9« ann. Mensuel, i an, 2fr. 25.
Directeur : M. l'abbé Cadic, 13, rue Littré, Paris (Vl« ar»).
La Jeune Bretagne: 5* ann. mensuel. 1 an, 2 fr. pour la Bre-
tagne, 2 fr. 50 pour le reste de la France. Bulletin d'études et d'ac-
tion sociales. Rennes, 30, rue Hoche.
Feiz ha Breiz : 8* année. Tous les mois, i an 3 fr. Les abonne-
ments partent du !•' janvier. S'adressera M. Cardinal, recteur de
Saint- Voujçay, par Plouzévédé (Finistère), et pour les abonnements
à M. Caron, vicaire aux Carmes, Brest (Finistère).
Bretoned Paris. Bulletin de la Société « La Bretagne », 4* année.
1 an, 2 fr. 50. Direction : 40, rue du Cherche-Midi, Paris
Retue du Pays d*Aleth : 4« année, mensuel, 1 an, 3 tr. Direc
teur ; Jules Haize, rue Jacques Cartier, Saint-Servan.
Le Pats d'Arvor : 2* année, 1 an, 5 fr. Directeur : Jacques Pohier,
à Ancenis (Loire-Inférieure). Administration et Bureaux, 25, Haute
Grande Rue, Nantes.
Revue du ÏRADmoNNiskE. — Hev, iniem, Au folk-lore — mens
1 an, 10 fr. N", 1 fr. -- Directeur : M. de Beaurepaire-Froment
Paris, 60, quai des Orfèvres.
Revue du BAS-Porrou, 20* année, trimestrielle ; 1 an : 8 fr.
N<» 2 fr. 50. ^ Z>' M. René Vallette, à Fontenay-le-Comte.
L'Anjou historique. — 7* ann. tous les 2 mois. 1 an t 6 fr. /)'
M. Tabbé Ûzureau, aumônier, à Angera, Ed il' : M. Siraudeau
4, Chaussée Saint-Pierre, Angers.
Revue des Traditions populaires, 22« ann. mens 1 an, 15 h.
N» 1 fr. 50. Direct. M. Paul Sébillot, HO, boulev. St-Marcel, Paris.
La Revue Bleue, 15, rue des Saints-Pères, Paris.
La Vendée historique. — (Revue de la Vendée militaire). Tous
les quinze jours ; \\* année. — Edit. sur papier fort, 6 fr. 50; édit.
ord. 5 fr. — D»- Henri Bourgeois, à Luçon (Vendée).
Rkvue de l'Anjou, 57« année, 12 fr. par an. — Librairie Germain
et Grassin, Angers.
La Revue Héraldique, fondce en 1862. Mensuel, Directeur
V»« de Maiières-Mauléon. Bureaux : 8 rue Daumier, ParitJ
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à 40//II suivant le nombre des parsoanef. â^ûs condition d'effec-
^ cours minimum de 300 kilomètres W^r et retour compris),
validité : 33 jours, non compris les^our^ de départ et d^rrivée,
aveo^culté de prolongation.
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1afomioà(i\e8 et personnelles valables pendant i mois oa 1 an ei
\ ^ donnant t^ drc^t d'obtenir des biifets à demirfarrf pour des parto^rs
^ exclusivement Ouest entre toutes les /rares d'un même département.
Les départements desservis par le réseau de /Ouest sont répartis
en deux catégories :
V
1» Catégorie
CôlWdUrNord,
\EHre/
Jile-et-7ilaine,
Manche,
Orne,
Seine, Se: oe-et-
Oise et Oise,
Selne-Infér**,
2« Catégorie
Eure-et-Loir,
Finistère,
Lolre-lnfôH*,
Maine-et-Loire,
Mayenne,
MorbihaO;
Sar he.
. if s cartes sont délivrées pour les départements de chaque catégo-
rie/ moyennant le paiement préalable des prix suivants ;
A.^— Cartes donnant droit ( c mAi«
à des birteta A demi-tarif de { ^"^^^
toutes otoees pradant (
B. ^'iûaftes donnant droit
k deabiliets à demi-tarif de
2^ ^t 3' classes pendant
' C. — Calmes donnant droit (
à des billeu à demi-tarif de {
3* cissse seulement pendant (
t aUv
6 mois
1 an
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1" Catégorie
2* Catégorie
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30 »
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50 »
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40 «
50 1%
25 o
11 est perça, en outre, à chaque voyage, la moitié du prix d'un
.billet iimpie (place entière; de la classe dentandée par le voyageur
pour le parcours qu'il veut etTectuer.
Ces billets à demi-tarif sont délivrés au titulaire sur la prééeata-
de sa carte au guichet des gares et haltes du département qu^etle
concerne.
Vunneii. — linj>. La/oltk frères, 2,
place dei Lices
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4* Série. — 7* Année
MARS 1908. Tome XXXIX
REVUE
de Bretagne
REVUE ^ REVUE
éUSrctagfic et dt Vendée ^
AIE
Historique de tOueû
RÉUNIBi
KJBTUE JŒnSUEUM
W de t'ESTOURBElLLON, Directeur
C R«N« Di LAIOUB. nédackur m ehêf
MM. J-c V»' Charles de CALAN, Secrétaire rcrionti pour l'Ht-ct- Vilaine. — René
Bt,A><CHARD pour It Loirc-Inférieiw*.— LcQuwoin* PEYRON.pour Je Pinittèrc.
^ AVENEAU DB (A GRANCIÈRE. |>oicr le Morbilun. -- Alain RAISON ou
C|,eUZ10U.fM>ur les CMet-du-Nofd, -^ Oliviei de COURCUFF, pour P«ri«.
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M. LE DAULT
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76, Rue Saint-GcrniRin
MDCCCVJII
S'adresser pour K Rédaction* et r«:tivoi des m.inuscritiâ M. ïc O' Ht.NL de LAIGUE,
sndiiceaç ^ç\Bahurel^ par Redon ; pour I'Admixistratton, MM. LAFOLYK, frères
f|>ccs àfit Uces. Vtnncf.
.-' ; Digitizedby VjOOQIC
SOMMAIRE
I* — Mékinges hUtçriqu^, — V* Ce. lïfi la Laiibe ds Citiiiv. . 121
11. — Les Chants de Noces du Bariaz-Brek, traduits en vers
français avec élude critique sur une partie du teile. —
E, Ernault . , 12»
m. — tiuloire de Noire-Dame de Rosirenen et de son pèlerinage
riS00'i9O7J.—â,BhVB9^\. î3H
4T. — Essai sur rAdminiMfration générale d'un District pendant la
Hévolution, Le District de Hcckefùri (Morbihan h i^^ juil-
let i790-W mal Î7UÔ (fin). — P. Merlkt ltJ«
V. — Hibliogrophie ». , 175
CONDITIONS D ABONNEMENT
France, un an. 12 fr.
Etranger, — ,.>-..,, i5 —
On s'abonne soit chez M le comte de Laigub, château de
Bahurel, par Redon, soit chei M. Lafolyë, imprimeur à Vannes.
Les abonnements partent du l*' janvier ou du 1<"^ juillet de
ranoêe en cours. — Il n'est pas vendu de fascicules isolés, sauf
pour les abonnés.
Les travaux comprenant au moins 16 pa^es de teite sont seuls
tirés à part. 50 exemplaires sont offerts aux auteurs.
Nota. — /( sern rendu compte de tùut ouvrage d'auteur Lu ton ou m-
téresSAnt U Bretêgne^ dont un exemplêire Murs été Adressé mu Béd Acteur
en chef de U Revue,
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l^ÉLANGES HISTORIQUES
Bd préparant pour la Société des Bibliophiles Bretons une édi-
tion annotée des tome II et III de V Histoire inédite des Bretons de
Pierre Le Baud, dans lesquels se trouve comprise la période qui
TE do fabuleux Cooan Mériadec aux prerrières années du XIV*
8i6cle> j'ai été nécessairement amené i porter mon attention sur
certains points de Thistoire de cette période où la lumière ne me
paraissait pas faite de façon définitive. Le lecteur trouvera ici les
résultats de cette enquête. Qu'il veuille bien excuser le manque de
proportion et d'enchaînement qu'il pourra remarquer entre ces
articles juxtaposés, ces pages étant avant tout un commentaire
et non un récit historique suivi.
I. — Saint Malo bt Saint Mailmon
Les deux très remarquables articles consacrés par M. Ferdinand
Lot aux anciennes biographies de S. Malo, dans les Annales de
Bretagne de jml\ei et de novembre 1007, ont complètement bou-
leversé toutes les notions généralement admises sur la vie de ce
saint personnage. De la discussion de M. Lot m'a paru résulter
comme incontestable cette conclusion que la plus ancienne bio-
graphie de S. Malo est celle qui a été publiée par M. de la
Borderie au tome XVI des Mémoires de la Société Archéologique
d'IUe-et-Vilaine, que cette vie date probablement du milieu du
IX* siècle et que c'est d'elle que se sont inspirées toutes les bio-
graphies postérieures, notamment celle qui a été écrite par Bili à
la 6n du même siècle.
Il en résulte que, lorsque Bili modifie certaines données
de l'auteur anonyme, ces corrections sont son œuvre propre et
doivent nous inspirer une certaine défiance; il en résulte de plus
que ce qu'il ajoute est également fort sujet à caution. 11 faut par
tUr$ i$Si.
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122 RBVUR DE BRETAGNE
conséquent rayer de la biographie de S. Malo tout ce que Bili
nous raconte de ses rapports avec le roi franc Philibert et avec
le roi breton Gonomor^ ainsi que je l'avais conjecturé dans mes
Notes pour servir à Vhistoire des Saints bretons (1). Il y a plus, et
M. Lot a également établi qu'il n'y avait aucun rapport entre
S. MaCùtUs ëH fraûçàK Màcodje, et S. Maclovius, eÀ breton Malo
en français Maclou ; que les reliques du premier étaient con-
servées au IX* siècle à Saintes et les reliques du second à, Alet et
quepar conséquent les récit 8,d'ailleurs très difîéreats, par lesquels
on s'était efforcé d'expliquer le transfert des reliques de saint
Malo dd Saiûtei à Alet étalent absolument dépourvus de valeur
hiétôHque» Lia vte de S. Malo^ telle que nous la possédons, est
donc le résultat de la mise bout à bout dô traits empruntés à la
biogmphie dé deux personnages différents. G*est ainsi^ où le
ëaiti que là vie de 8. Patern, évéque de Vannes, a été fabriquée
à l'aidé de traits empruntés à la biographie de deux autres
personnages du même nom» un évéque d*A vranches et un évêque
dti pays de Galles. Dans ces condition?, je crois qu'il y a Heu
de revenir à Thypothèse émise jadis par M. Gaidcs (2), et de
retrancher encore de la vie de S. Malo tout ce qui concerne
ses rapports avec S. Brendan, Tauteur ayant identinë très pro-
bablement à tort S. Macoux, honoré à Saintes, et S. Mochuda,
disciple de rirlandais S. Brendan. Cette élimination nous amène
d'ailleurs à cette autre conclusion que tout ce que l'on a dit du
séjour de 8. Brendan dans le pays de Galles est dépourvu de
toute valeur historique et repose eimplement sur la confusion
de 8. Mochuda) d'une pert avec s. Macoux, de rentre avec s.Melo.
J'ajoute enfin que je suis complètement d'acoord avec M. Lot :
1* pour croire que le rapport de parenté établi par le biographe
de S. Malo entre son héros d'une part, 6. Magloire et S. Sam-
son de l'autre^ est absolument contraire à la vérité historique
et n'a d'autre but que de placer B. Malo sur là même ligne
que les deui grands évêques de la région évangélisée par
lui, lesquels ont vécu assez longtemps avant lui ; 2* pour
admettre que te nom du père du saint » Guento^ n'est autre que
la personnification du pays de Gwent dont S. Malo était pro-
(\) Association hreUmne, Année Id04, page 162.
(2) Rétwe OètHim, toMe VI» page IS4.
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MELANGES HISTORIQUES 123
bablement originaire. M. Lot fait remarquer que le nom de la
mère du saint, Oarwala, ressemble au nom de lieu armoricain
Derval. Je serais donc tenté de croire que nous sommes ici encore
en présence d'une indication géographique transformée en indi-
cation généalogique, et qu'il faut interpréter les expressions :
Malo, fils de Gwenio et de Darwala, comme sigoiflant, MalO; né à
Oarwala au pays de Gwent.
L'existence d*un S. Malo ayant vécu au p&ys d'Alet étant
admise par M. Lot, je ne vois pas pourquoi on effacerait de sa
biographie ce qui ne peut se rapporter ni & S. Mochnda ni à
S. Macoux. Il reste évidemment peu de chose, mais ce peu de
chose a le mérite de^ n'ôtre en rien contraire à l'histoire^ Malo,
né aa pays de Gwent, a fort bien pu être élevé dans le monas-
tère voisin de Nantcarvan, être consacré évéque dans Tlle de
Bretagne, passer ensuite en Ârmorique et se trouver en rapports
avec un chef breton nommé Haiioch. M. Lot qui admet que cet
Hailoch est le même que le Haelomus dont S. Méen eut & se
plaindre, croit que le biographe de S* Malo a emprunté ce nom
à la biographie de S. Méen. C'est là, je Tavoue/un poiot de dé-
tail sur lequel je ne puis être d'accord avec le savant historien.
Le biographe de S. Méen faisait de Haelomus un méchant
homme qui mourut daos Timpénitence, le biographe de S. Ma-
lo en fait un méchant nomme qui se convertit. Il me semble
qa'il y a là Técho de deux traditions différentes à l^égard d'un
homme qui n'avait pas montré de dispositions identiques pour
les deux saints en questioo. Si l'un des deux récits avait été copié
sur l'autre, le chef brrton aurait dans tous les deux la môme
physionomie. Est-ce là tout ce que nous savons de S. Malo? Qu'il
me soit permis de hasarder ici une conjecture qui nous per.
mettrait de compléter quelque peu ces renseignements succincts .
Je crois en effet que S. Maelmon et S. Malo ne sont qu'un seul
et môme personnage. Tous deux ont été évoques au pays d^Âlel;
tous deux ont été en rapports avec le roi breton Judicaël, et
les termes dans lesquels Ingomar cité par Le Baud parle de
l'intimité de Judicaôl et de S. Maclou ressemblent fort aux termes
dans lesquels un fragment de la vie latine de S. Judicaël publié
par M. de la Borderie d'après le manuscrit latin 9889 de la
Bibliothèque nationale parle de l'intimité de Judicaôl avec le
bienheureux Maelmo.
Maelmon ou Malo aurait donc vécu dans la première moitié
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ÏU REVUE DE BRETAGNE
du VII* siècle. Il aurait été le contemporain de S. Macoux de
Saintes et cette contemporanéité a peut-dtre aidé à-confondre les
deux saints.
II. — Lb Monabtèrb db s. Maelmon
M. de la Borderie, parlant (1) des fondations pieuses deS. Maêl*
mon, en nomme deux principales: un monastère appelé Lan Mail-
mon lequel aurait élé situé à peu de distance du Couesnon, et un hô-
pital où le roi Judicaet venait de temps en temps visiter le saint ; il
ajoute qu*il a été jusqu'ici im possible de déterminer l'emplacement
de ces deux établissements. Or il existe, dans le canton de Saint-
Méen, une commune appelée autrefois Saint-Meamon, et aujour-
d'hui Saint-Malon ; on sait que Juiicaôl aimait beaucoup cette
région, puisque c'est au monastère de Saint-Méen qu'il voulut finir
ses jours. Il me semble que remplacement de l'hdpital de
S. Maélmon est tout indiqué à Saint-Malon.
Le monastère de Lan Mailmon n'est-il pas la même chose que
l'hôpital de S. MaSlmon 7 Le seul texte sur lequel M. de la Bor-
derie se soit appuyé pour affirmer que ce monastère était situé
près du Couesnon, est un passage de la vie de S. Judoc publié
par dom Morice, où il est dit que ce prince ayant rencontré près
du monastère de Lan Mailmon une caravane de pieux pèlerins, se
joignit à eux etfi*anchit le Couesnon en leur compagnie. La tra-
versée de cette rivière eut-elle lieu aussitôt, ou n'est-elle qu'un
des incidents du voyage? Rien dans le texte ne permet de déclarer
Tune de ces deux suppositions mieux fondée que l'autre, et nous
ignorons donc à quelle distance Lan Mailmon se trouvait du
Couesnon. Jodoc, frère de Judicaêi, ne devait-il pas plutôt fré-
quenter les environs de Saint-Méen que les rives du Couesnon.
La vraisemblance ici encore nous reporte donc vers Saint-Malon.
III. — S. GOULVBN
m
S. Ooulven, en latin Oolvinus, mena en Bretagne une vie éré
mitique ; il mourut à Rennes où, dit son biographe latin, il s'était
rendu pour affaires, il y fut enterré et ses reliques y ont ^ujours
(1) Histoire de Bretagne» tome I, page 85.
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MEL/^NGES HISTORIQUES 125
été honorées. Sur ce point, toutes les traditions sont d'accord.
Elles s'enteudeDi également sur ic nom de la localité oîi était
son ermitage^ plebsDesiderii, dit la. tradition léonaise représentée
par une biographie latine du XIII* siècle, S. Didier dit la tradi-
tion rennaise, recueillie au XVI* siècle par d'Argentré, mais là
on cesse de s'accorder; p/f65 Desiderii est dans l'évéché de Léon^
disent les uns, c'est aujourd'hui la paroisse de Plouider, S. Di-
dier est dans l'évôché de Rennes, disent les autres, c'est une
paroisse du canton de Gbateaubourg. De quel côté est la vérité?
Des deux côtés, a répondu M. de la Borderie qui, cédant une
Msde plus à sa constante préoccupation d'étoffer le plus pos-
sible la Yie de nos saints bretons a mis bout à bout les deux tra-
ditions, sans paraître choqué de Tinvratsemblance qu'il y avait
à nous montrer S. Ooulven choisissant successivement deux
paroisses du môme nom aux deux extrémités de la Bretagne
poor y mener le môme genre de vie. On oserait à peine défendre
un pareil système s'il était appuyé sur des textes anciens et sé-
rieux. Que dire du moment où il no repose sur aucun texte et
oh il est môme en contradiction avec la seule biographie détaillée
qui nous soit parvenue de S. Goulven. Une pareille conciliation
est impossible. De toute nécessité il faut opter.
J*avoue que je m'étais d'abord laissé influencer par l'estime
que M. de la Borderie accordait à la biographie latine du saint.
Aussi dans mes Noies pour servir à r Histoire des Saints de Bre»
tagne (1) avdis-je écarté la tradition rennaise que je considérais
alors comme un simple démarquage de la tradition léonaise, oc-
casionné par la présence à Rennes des reliques du saint. Obligé
de sacrifier Tune des deux tradition?, je pencherais aujourd'hui
à sacrifier la tradition léonaise. Qu'un ermite, voire même qu'un
évoque du pays de Léon soit venu mourir à Rennes et que son
corps n'ait pas été rapporté dans son pays, voilà en effet une
première chose qui paraît invraisemblable, tandis qu'il est tout
naturel qu'un ermite du pays de Rennes soit mort et ait été en-
terré dans la ville la plus voisine de son ermitage. En second
lieu, le culte de saint Goulven n'est point ancien dans le pays de
Léon : il n'est pas mentionne^ dans les litanies léonaises du
Xl« siècle, contenues dans le missel de 8. Vougai où figurent
cependant des saints beaucoup moins connus que lui. Enfin, sa
(t) Assoeiation bretonne, année 1904, p. 1^8.
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\2^ REVUE DE BRETAGNE
biographie latine qui représente la tradition léonaise est, à la
bien examiner, un document fort sujet à cautionr Elle paraît bien
appartenir à ce groupe de productions littéraires rédigées aux
XII? et XIV* siècles pour le plus grand honneur du pays de
Léon^ destinées à revendiquer pour cette région l'honneur d^avoir
été le théâtre de toi^s les événements importants de la vieille
histoire bretonne et reposant sui* Tidentiâcation des deux mots
Letavia et Leonia, de sorte que tous les événements qui, d'après
les anciennes traditions, se passaient en Letavia étaient censés
dorénavant se passer en Leonia. Le biographe de saint Ooulven
émet positivement cette assertion ; nous pouvons donc en con-
clure que s'il a eu sous les yeux un texte où il était dit que Goul-
ven* avait vécu en Letavia, c'est-à-dire en Armorique, il en a
conclu qu*il avait vécu en Léonia, c'est-à-dire au pays de Léon.
Il ne lui a pas dès lors été difficile de trouver une paroisse dont
le nom ressemblât au nom du S. Didier où avait vécu Goul-
ven : ce fut pour lui la paroisse de Plouider, et une fois cette
identification établie et le culte du saint implanté sur ce terri-
toire, la piété populaire se chargea de retrouver dans tous les
environs les traces du patron de la paroisse.
Quelques-unes de ces localisations ont en effet un caractère
apocryphe qui, loin d'authentiquer les assertions du biographe,
contribuent au contraire à jeter le doute sur leur valeur. Gom-
ment veut-on par exemple que le village actuel de Kermaden ait
gardé le souvenir de l'unique serviteur de S. Goulven, ce Madenus
dont après M. de la Borderie j'ai eu tort de faire un saint car le
biographe ne lui attribue nulle part les qualificatifs de saint ou
de bienheureux ? Kermaden ne me paraît guère pouvoir remonter
au VI* siècle et le serviteur de S. Goulven n'est représenté nulle
part comme le propriétaire d'un domaine distinct. D'ailleurs,
M. J. Loth, en établissant à rencontre de M. de la Borderie (1),
que Lesneven n'avait rien à voir avec Even, et que le biographe
de S. Goulven avait commis là une fausse étymologie, nous a
par là mômermis en garde contre les autres identifications de ce
vieil écrivain. Toute la biographie léonaise de S. Goulven est
donc à rejeter dans le domaine de la fable, ce qui ne veut pas
direqueTauteurait inventé les noms de Glandavus,de Gologuena^
de Godiamus et de Madenus, mais simplement qu'il a déplacé le'
vrai cadre géographique de la vie de son héros.
S. Goulven n'a donc très probablement pas été le successeur
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MÉIfANOBS HISTORIQUES 117
de S. Paul sur le siège de LéoOt d'autant que la façon dont son
biographe nous montre Cetomerlnna administrant le diocèse
entre la mort de S. Paul et l'acceptation de Qoulven, est des
plus étranges et n*a évidemment d'autre but que de concilier
Tépiscopat de Goulven avec la tradition contradictoire qui faisait
de Cetomerinus le successeur de S. Paul. Mais s'il n'a pas été
évéque de Léon, a-t-il été du moins revôtu de la dignité épisco*
pale. Il est bien remarquable que tous nos livres liturgiques lui
donnteni ce caractère , le missel du chancelier Ynisan de 1457
eomcne le missel rennais de 1485, et le bréviaire de Léon de 1518
comoQie le bréviaire de Dol de 1519? Aurait il été par hasard
6v6qiie de Rennes et serait-ce à ce titre que la cathédrale de
Rennes possédait la totalité de ses reliques, « iotum corpus?
Ou bien a-t-on conclu de la possession de ces reliques par une
cathédrale au caractère épisoopal de notre saint 7 Ge sont là deux
hypothèses entre lesquelles Je n'ose me prononcer.
{A suivre).
V * Gli. 01 LA LanDI 01 Galan.
(f) Berne CêMque, lom« XXJh P»g« i<4.
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LES CHANTS DE NOCES
DU BARZAZ BREIZ
Tradmts en vers français, avec Etude critique
sur une partie du texte.
I
LA DEMANDE EN MARIAGE
Lb Bazvalan (1).
Bonheur et Joie, au nom et du Père et du Fils,
Au nom de l^Esprit-Saint, aux gens de ce logis !
Je V0U3 souhaite, h vous comme à tous ceux que j'aime.
Plus de bonheur, hélasl que je n*en ai moi-même.
Lb Brbutabr (2).
Qu'est-ce donc, mon ami, qui trouble ton repos,
Et pourquoi qous tiens-tu de si tristes propos?
Lb BA^VALAlf.
Auprès de mon p»geon ma petite colombe
(Ce souvenir toujours sur mon ftme retombe 1)
Ma colombe chérie était au colombier.
Prorapt comme un coup de vent, voilà que Tépervier
3'abat ; elle s'enTuit de frayeur éperdue, .
Et depuis je ne sais ce qu*elle est devenue.
Lb Brbutabr
Ah! oui-dal Mais, mon cher, pour un homme affligé
Ton costijme pimpant n*est pas trop négligé ;
Tes blonds cheveux lissés avec soin sur ta tôte,
Par ma foi, ron dirait que tu t'en vas en fdte !
(1) « G*t«l, «D féoéraf, utk taiUear qai êtt le bojrvalan, oa meMagêr d amour
lia jvafie bonim«, près dei pftrentt de la jeane fille ; il a soa^ent poar cadacée,
dam Teterckfl dv »ei rooctiont, une branche de gendt fieari... ; de là vient te
nom qn'tl porter. • Vicooite H. de la Villemarqaé, Barzax Breii, édition de
1167, p, 4M. On ptal Toir «ar ce mot mon. Glossaire moyen-breton, 2* éd. *S0.
■i Revue Celtique, xx, toi.
(2) * Af ûcat, plaideur., défeiuear. •
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LKS GH\NT8 DB NOGBS DU BARZAZ BREIZ 129
Lb Bastalaii
Asses, je vous en prie, ami ; ne raillez pas.
Dites, est-elle ici ? Je n'ai plus ici-bas.
Je n^ai plus désormais de bonheur en ma vie
Si je ne trouve point ma colombe chérie.
Lb Brbutabr
Elle n*est pas ici, ni ton pigeoQ non plus ;
Ni l'un ni l'autre : aucun de nous ne les a vus.
Lb Bazvalam.
Dis-tu bien vrai, jeune homme ? En passant par la rue,
Près de cette maison des personnes l'ont vue
Du côté de ta cour, légère voltiger '
Et m6me> mVt-on dit, descendre en ton verger.
Lb Brbutabb.
(Test celui d'un voisin t on n'a vu dans le nôtre
Colombe ni pigeon : pas plus l'une que l'autre.
Lb Bazvalam *
Mon pauvre pigeon blanc, il va mourir, hélas !
Si sa compagne etft morte ou ne s'en revient pas.
Oui, le pauvret mourra si sa compagne est morte.
Mais je m'en vais un peu voir à travers la porte.
Lb Brbutabr.
Halte-là t chez les gens on n'entre pas ainsi.
Je vais moi-même voir ; vous m'attendrez ici.
Il entre dans U maison, et revient un moment après.
Je viens de mon courtil. Votre colombe blanche,
Je n'en ai pas vu trace, ami ; mais en revanche,
Des fleurs, encor des fleurs : cela ne manque pas.
J'ai vu s'épanouir églantine et lilas ;
Mais ce qui m'a frappé surtout, c'est une rose
En un coin du hallier tout fraîchement éclose.
Je vais vous la chercher, tenez, si vous voulez.
Pour rendre un peu de joie à vos esprits troublés.
Il entre ane seconde fois dans la maison, puis
revient en tenant une petite fille par la main.
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m REVUE DE BRETAGNE
Lb BusviJLÀir.
Charmante fletir, vraiment 1 geotUlt», et bien capable
De réjouir un cœur de son odeur aimable.
S'il était la rosée, oui, mon ramier, bien sûr,
Se laisserait tomber dans son calice pur.
"" Après une pause.
Mais je monte au grenier ; car c'est là que peut-dtre
L'oiseau timide s'est glissé par la fenôtrer
Le Breutabr.
Non, l'ami ; j'y serai grimpé plus promptement;
Attendez un peu, c'est l'affaire d'un moment.
11 revient avec la maîtresse de maison.
Je reviens du grenier, j'ai là-haut fait ma ronde ;
Pas de colombe encor, non, pas le moins du monde ;
J'ai trouvé seulement et pour toi, mon garçon,
J'ai pris cet épi mûr, débris de la moisson.
Bien volontiers je Ven fais don, sur ma parole;
Ornes-en ton chapeau, va-t'en, et te console I
Lb Bazvalan.
Autant qu'il est de grains dans cet épi doré.
Autant sous ma colombe heureuse je verrai
De petits se presser à l'abri de son aile ;
Elle au milieu du nid, si candide et si belle f
Après une pause.
Aux champs...
Lb Breutabr.
Je ne vaux pas du tout que vous alliez.
Y pensez-vous, T^mi? salir vos beaux souliers I
Je vais moi-même voir, j'y vais à votre place.
U revient avec la grand'mère.
De la colombe encor je n'ai pas vu de trace :
Seulement, au milieu du feuillage entassé
J'ai trouvé sous un arbre et pour vous ramassé
Toute jaune et ridée, une pomme reinette.
Tenez, il la faudra mettre en votre pochette.
Vûus la ferez manger à votre cher pigeon ;
Il ne ipémira plus ensuite : c'est $\ bon I
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LES CHANTS D& NOCES DU BARZAZ BRBIZ iSi
Le Bazvalan.
Voilà bien des cadeaux ; >e vous en remercie.
Un bon fruit, que sa peau soit ridée ou jauoie,
Ne perd pas pour cela son agréable odeur.
Mais je n'ai point envie ou de pomme ou de fleur
Ou d'épi : je veux;voir ma colombe que j'aime,
Et je vais à l'instant pour la chercher moi-mâooe.
Le Brbutabr.
Seigneur Dieu I que ce gars est donc un homme fln !
Viens avec moi, mon cher, tu l'emportes enfln.
Ta petite colombe, elle n'est pas perdue :
Je la gardais, je veux qu'elle te soit rendue.
Dans ma chambre une cage en ivoire luisant
A ses riches barreaux mêlés J'or et d'argent ;
Cest là qu'elle est, avec sa parure qui brille.
Vive, alerte et joyeuse en sa grâce gentille.
Le bazvalan est mtroduit ; il s'assoit an nioment à table,
puis va prendre le fiance. Anssitôt que celui-ci paratt, le père
de famille lui remet ane sangle de cheval qu'il passe à la cein-
ture de sa future. Tandis qu'il boucle et qu'il délie la sangle,
le breutaer chante :
II
LA CEINTURE
J'ai vu, comme j'allais à travers la prairie,
Une jeune cavale et joyeuse et jolie.
— Toute chose, garçon,
S'achève à sa façon :
Le toit fait la maison,
La faux fait la moisson,
£t lair fait la chanson I —
Or elle ne songeait qu'à bien, j'en réponds, certe
A coorir par la prée, à paître l'herbe verte,
— Toute chose, etc.
Et librement s'ébatlre, et lasse de sa course
A s*abreuver à l'eau limpide de la source.
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I3i REVUE DE BRETAGNE
Mais comme elle y plongeait encor sa bouche avide,.
Un jeune cavalier passe d'un pas rapidi)
Sur la route : bien fait, de tournure gentille,
Beau, vif ; avec Targent Ter sur ses habits brille.
La cavale Ta vu venir d'un pied agile,
L'étonnement nsuet la retient immobile ;
Puis elle s'est vers lui doucement dirigée;
Sa t6te fine au bord du clos s'est allongée.
Le jeune homme à son tour approche et la caresse,
Môle ses blonds cheveusc à sa crinière épaisse ;
Et quand avec douceur sa bouche au front la baise
fille frémit, charmée, et ne se sent pas d'aise :
Alors il Ta bridée, et sa main qui la flatte
Sous la sangle a serré sa taille délicate.
— Toute chose, garçon,
S'achève à sa façon :
Le toi ( fait la maison,
La faux fait la moisson,
Et Tàir fait la chanson ! —
III
LA CHANSON DE TABLE (i)
— U notre sainte Dame honorée à Plévin !
Je vois le soir, je vols encore le matin
En me levant, du toit d'une maison aimée
Chaque jour vers le ciel s'élever la fumée :
C'est la maison de celte, hélas 1 dont la rigueur
Accable d'un chagrin bien lourd mon pauvre cœur.
Il faut que j aille voir la belle que j'adore ;
Chez elle, s'il se peut, que je lui parle encore I —
lilenant pattre ^iu champ neuf ses vaches, ce matin,
Loïzaîc Alan chantait un gai refrain.
Plus vive qu'un oiseau gazouillant sur la branche.
Elle avait sur son front levé sa coiffe blanche ;
(I) DoQoAf pftr B. dfl 1a VïUemarqué eomme exemple de ce qa'on chante %û%
ftpu d« âOcet«
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.j"
LES CHANTS DE NOCES DU BARZAZ BRBIZ 1S3
Son œil esl bleu d'azur, c'est comme an coin du ciel,
Ses beaux cheveux bouclés, couleur d'or et de miel ;
Sa joue est rose ainsi que la fleur de l'érable ;
Mais nul, dit-on, n*a d'elle un accueil favorable.
Or pendant qu'elle était montée à Téchalier
Pour ouvrir la barrière au troupeau familier,
Elle aperçut Piarric, le beau Piarric qui l'aime,
Marchant par la vallée en une h&te extrême.
Piarric.
Ma douce, c'est l'amour qui m'a mis en chemin.
Je m'en allais chez vous demander votre main.
Aurai-je la réponse aimable que j*espère,
Que votre mère fit jadis à votre père?
LoizAic.
Je répondrai, jeune homme, et -ne cacherai rien
Puisque vous me parlez si gentiment, si bien ;
Et sans plus de détours ni de cérémonie
Je vous le dis tout net : jeudi je me marie.
Sur la place du bourg on voit maint ouvrier
Pour ma noce, fixée à jeudi, travailler ;
Ils font des escabeaux par douzaine, et des tablas
Où paraîtront jeudi des mets fort présentables.
Vous arrivez trop tard : c'est jeudi le grand jour.
Un autre en mon courtil sema la fleur d'amour.
Piarric
C*est moi qui l'y semai le premier, chère amie.
Vous l'avez arrachée, elle est en vous flétrie.
Mais elle vit toujours en moi : penser à vous
Et le jour et la nuit c'est mon soin le plus doux.
Votre haleine qui passe aux fentes de ma porte
M'éveillant en sursaut, de bonheur me transporte.
Près du seuil que souvent touchent vos pieds chéris
J^ai passé tout en pleurs plus de cinquante nuits
Battu des vents, et Teau découlant goutte à goutte
De mes habits trempés (vous l'ignoriez sans doute).
Trois fois des souliers neufs à mes pieds tour à tour
Se sont uséSy ma mie, à vous faire la cour ;
J'étrenue une autre paire, et je ne puis entendre
Un dernier mot de vous 1
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184 REVUE DE BRETAGNE
LoIZAlC.
C'est trop vous faire attendre.
Hé bien I mon dernier mot, écoutez, le voici.
On peut par trois chemins aller chez vous d'ici :
Prenez-en un, sans en chercher un quatrième,
Et ne revenez plus.
S'en allant, triste et blême.
Gomme )ft mort : — Au lieu du bouleau du vainqueur
Je t'ai cueilli, dit-il, coudrier de malheur (1) 1 —
IV
LE CHANT DES PAUVRES (2).
Au ciel saint Pierre, un jour, disait au doux Sauveur :
— Irez-vous faire un tour en Bretagne, Seigneur ?
— Mais non, je n'irai pas ; et qu'y ferais-je, Pierre?
Les corps et les esprits y sont sains, l'eau légère. —
A la Vierge saint Jean disait au paradis :
— Irez'vous des Bretons visiter le pays?
— Un de mes grands amis m'invite : eh oui, sans doute.
J'y vais ; il faut demain que je me mette en route. —
C'étaient à Plouigneau, le lendemain matin.
Et des cris d'allégresse et des chansons sans fin,
Et les sonneurs sonnaient, sonnaient à pleine tdle.
Le bourg entier était chez un brave homme en fdte.
Chez un chef de maison riche et compatissant
Qui pour la pauvreté fut toujours bienfaisant.
Aussi de son bon cœur le ciel le récompense :
Plus il fait des heureux, plus il est dans l'aisance.
{ I ) • L« UndexxiftiD de la noce est le jour des pauyres : il en anÎTe par ce»*
Uinee.,. Ils mangeât In r«Btet da festin de la Taille; la nonTelle mariée, r. sert
elle-même les femmes, et «on mari les hommes. Aa second service^ celui-ci offre
]« bras à U mendiante la plus respectable, la jeune femme donne le sien an
maodiani le plus oonslJéré de rassemblée, et ils Tont danser a^eo eux... On
commence en génfirat par une ronde en l'honneur de Tépoisée. J'ai entendu
chanter k cette occasion une naïve légende allégorique qui est un appel délicat
la charité, w Barj, Br^ 434.
(1) Vûif p pims loin, Isi notes sur cette pièce.
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LES CHANTS DB N0CB6 DtJ BARZAZ BREIZ : 135
Or ce chef de famille avait pour héritier
Un gars de dix-huit ans qu'il allait marier ;
En l'honneur de ce digne objet de sa tendresse
Il voulut voir cheB lui tout le mcûde en liesee :
Il avait invité parents, amis, voisins^
Et les pauvres, qni sont les grands amis des saints.
Bien avant dans la nuit, comme ils étaient à table,
Dne femme en haillons chétlve et misérable
Tenant un jeune enfant pressé contre son sein
Arrive, les pieds nus, et lasse du chemin.
— Vous qui venez si tard, soyez la bienvenue,
Pauvre mère! — Et prenant la main de Tinconnue
Le chef de la maison, la soutenant un peu.
Tremblante la conduit auprès du joyeux feu,
Afin qu'à sa chaleur Thospitalièfe flamme
Réconforte à la fois et Tenfant et la femme.
L'enfant aux invités souriait gentiment
Mais tous deux ne voulaient prendre aucun aliment
— Pourquoi donc refuser boisson et nourriture?
C'est avec grand plaisir qu'on vous sert, je vous Jure i --*
Elle dit : — Je n^at faim ni soif, et si je viens
Cest pour vous témoigner ma tendresse, chrétiens,
Car vous ne m*avt9z pas en ce jour oubliée,
Oh ! non, et de grand cœur vous m'avez conviée
A venir assister à ce festin si doux.
C'est un bonheur pour moi d'être au milieu de vous,
Et pour mon fils Jésus autant que pour moi-même
Voir d'aussi bonnes gens, c'est un plaisir extrême.
Nous ne sommes jamais connus que de celui
Dont Taumône adoucit la misère d'autrui.
Ah ! que votre maison soit mille fois bénie !
A vous revoir un jour, là^haut^ dans la patrie 1 ~
Ce chant nouveau fut fait au patois du bon Dieu
Devant la Triûité» Bretons, dans le ciel bleu.
Sous un buisson chargé des plus suaves roses
Qu'oa YOieattX frais bosquets du paradis éoloses.
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tM REVrC DE BBKTAGNK .
V
LE CHANT DE LA FÊTE DE L'ARMOIRE (!].
LB IBfJKB HOMIIB*
Belle veuve, écoutez mes doux propos d'amoar.
Il faut vous décider : if €81 temps qu'en ce jour
Vous me disiez enfin ce que vous voulez faire.
Et que vous répondiez à votre amant sincère.
La Veuvb.
Je ne me marlrai jamais plus, et le deuil
Désormais me suivra jusque dans mon cercueil.
A mon premier époux je veux rester Adèle
Et partir pour le clollre où le bon Dieu m'appelle.
Le jeunb Homme.
Au cloître ! y pensez* vous? Vous ne le ferez pas.
Laissez^ qu*& mon hameau je conduise vos pas.
Va-t^on cacher les Heun» dans des prisons bien closes?
Non, c'est pour les jardins que fleurissent les roses.
La Veuve.
Si la rose au jardin est faite pour fleurir,
Dans le champ du repos Tir doit vivre et mourir ;
£t moi, pour soulager ma tristesse profonde
J'ai choisi comme époux te créateur du monde.
Lb jsunb Homme.
Douce belle, oubliez ce projet affligeant.
Tenez* je vous fais don de cet anneau d*argent;
C'est le gage assuré d'un amour fort et tendre.
Voulez-vous avancer votre doigt pour le prendre?
{\} m Kn LAon , . . U jour 1« plut gai det nocei ett le troisième, où Ton porte
cher. 1« mart Parmoire dt la j^uoe femme... H 7 a une chanson que j*ai «Aten-
due au banquet qui iuii la cérémonie... : c*est un dialogue entre une veUTe et
uû jeune homme qui U dejoaûde en mariafe » Barz, Br. 4i7. « Singulier molif
de ebanson de ûoees î >> remarque plut loin Tautear.
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N
LES CfiANTS DE ^OCES DU BaR2AZ BRElt
La Vbuvb.
Non, gardez votre bague ; il n*en est plus pour moi
Qae celle du Seigneur^ car lui seul a ma foi.
Le jbunb Hommb
Vous voulez donc, hélas ! vous voulez avant Theure
Que rebuté par vous, ô madame^ je meure?
La Vbuve.
Mais, jeune homme, je tiens à vous dédommager
Du temps que vous fait perdre un espoir mensonger;
Du temps que vous avez perdu dans Tespérance
De passer à mon doigt l'anneau de Talliance ;
Et je vais nuit ^t jour prier qu'an paradis
Nous nous trouvions enfin tous les deux réunis.
xsl
R. Bknault.
(A suivre).
kÉJv/Mf
i
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HISTOIRE DE
NOTRE-DAME DE ROSTRENEN
KT DR
SON PÈLERINAGE
(1300-1907)
'^^"'^'AAAA/'JWVXAA^'v-»»! ■■
PaiCMlÈElB PARTIK
HISTOIRE DU PELERINAGE
AVANT' PROPOS
G^était à Taurore du XI V« siècle, de ce siècle héroïque, qui,
plus peut-âtre que tout antre, est demeuré célèbre dans les fastes
de notre histoire nalioufile. La Bretagne, en effet, fut alors dé-
chiréei durant vingtciaq années, par une lutte fratricide, appe-
lée guerre de la Succession de Bretagne. Cette lutte se déroula,
sanglante, entre un héros, Jean de Montfort^ et un saint, Charles
deBlois, pendant que les Bretons s'entr'égorgeaient sous la ban-
nière de leurs seigneurs, partages en deux camps ennemis, et
que la France et l'AngleLerre jetaient leur épée dans la balance
où se jouaient en ce momeot le sort et les destinées de notre pe-
tite patrie.
Le parti breton l'emporta sur le parti français par la défaite et
la mort de Charles de Btois à la bataille d'Auray.
Au début du XIV* siècle, la belle et riche baronnie de Ros-
trenen, située au centre de la Basse-Bretagne (1), avait pour sei-
(t) Aujourd'hui cbeMieu du caotoa de rarrondisiement de Qaingamp (CAlM-
dn-NordJ.
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HISTOIRE DE NOTRfi-DlMR DR ROSTRENEN IM
gneur Pierre IV, sire de Rostreneo, époux de Nicole de Vitré. C'é*
tait un bon et dévot seigneur qui contribua à nombre de pieuses
fondatioDs, parmi lesquelles celle du couvent des Jacobins de
Goiogamp (1) où il fut inhumé le 11 mars IdOT (2). Son sceau, re-
prodoit par Dom Morice,est « D'hermines d 3 faces de gueules {S).
En son riche et antique château de Rostrenen, Pierre IV rece-
vait d'illustres et nobles hôtes, parfois aussi son toit abrita de:
saints personnages. C'est ainsi que le bienheureux saint Yves^
voyageant de ville on ville, de château en château, pour recueillir
des subsides en vue de la construction de Téglise de Lan-Trtf*
gnier, s'arrêta un jour au château de Rostrenen. Laissons parler
Albert Le Grand :
> Saint Yves ayant eu advis que dans la fores t de Rostrenen y
avoit de beaux arbres, alla trouver le seigneur Pierre de Ro8«
trenen pour luy en demander quelques uns et obtint de luy per-
mission d'en prendre autant qu'il luy en faudroità son choix.
c Saint Yves le remercia et s't^n alla à la forest, choisit grand
nombre de beaux arbres, tes fait marquer et abattre, maiB,'comm0
lacour des grands est d'ordinaire remplie de flatteurs, aucuns de
ce métier qui avoient oui saint Yves faire cette demande au
seigneur et l'eussent bien voulu dès lors flaire éoonduire, mais
o'avoient osé en présence du saint, le lendemain dirent au sel*
gneur qu'il étoit bien simple de se laisser ainsi affronter par cet
hypocrite, que sous prétexte de bâtir Téglise de Lan*Tréguier, il
amassait un grand argent et qu'abusant du pouvoirqu'il avoit eu,
il avoit abattu deux fois plus d'arbres qu'il n'enfalloit pour cs$t
édifice et des plus beaux qui fussent en toute la forest.
« Ce seigneur croyant trop aisément aux faux rapports de ces
garnements, se mit en colère contre le sainct, et, quand il s'en
fast retourné le remercier, le tança rudement et luy dit môme
quelques injures et mots de travers. Saint Yves endura patiem-
ment cette attaque et respondit seulement que c'estoit pour le
service d'un seigneur qui estoit riche et puissant pour le ré*
compenser et qui ne manquoit jamais à récompenser ceux qui
se monstroient libéraux à luy bastir et orner des temples ; au
reste, que la chose n'estoit pas comme on la luy faisoit entendre
(1) Dom Morice, Hisi. de Bretagne, I, 209.
(2) Dom Lobineaa, 74 .
(3) Dom Morioe, n« 95.
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no REVUE DE BRETAGNE
que la lendemain matin il lui feroit voir qu*il n'avoît pas prlns
un seul pied plus quMl n'en falloit pour Tédiflce, au dire des
ouvriers qu'il avoit amenés. *
et Le lendemain donc, la messe ouyedans la chapelle du chas-
teau, saint Yves et le seigneur de Rosirenen, son train et les
ouvriers altèrent à la forest voir les arbres qu'il avoit abattus et
I marqués et trouvèrent (chose miraculeuse) que sur le tronc de
chacun arbre qui avoit été coupé le jour précédent, ceste nuit
eatoit criiu trois arbres beaucoup plus beaux que ceux que Too
avoit coupés, de sorte que, si on en avoit coupé vingt, il s'en
trouvoii soixante.
« Le seigneur de Rostrenen, ayant veu ce miracle» se jeta aux
pieds de saint Yves, et lui ayant demandé pardon, luy permit
d'en prendre tout autant qu'il aurait affaire ».
Le récit des Boliandistes (i)relatant ce fait miraculeux ajoute :
« Les arbres venus sur les troncs des arbres coupés par les
ouvriers de saint Yves sont plus nombreux et plus gros que ne
le permet la nature. Mais aussi ils mettent cinq ans pour at-
teindre cette grosseur.
Ce miracle accompli par V « Avocat des pauvres » au pays de
Rostrenen ^tait en quelque sorte le prélude d*une série de faits
merveilleui qui, peu de temps après, devaient attirer rattention
de tous sur ce coin privilégié de la Gornouaille bretonne. L'heure
approchait oi^ la Reine du ciel allait y manifester sa puissance.
(1) Actasancîùrum,\ï\A, S. Yvonii, t. IV.
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J
HISTOIAK DE NOTRE-DAME DB KOSTRENRN tM
L - ORÎGINB DU PËLBRINAQB
ÛD était au mois de décembre de l'année 1300. La neige avait
étendu, sur la pauvreté de la lande bretonne, les splendeurs de
EûD manteau à l'éclatante blancheur et chaque brin d'ajonc s'était
paré de diamants étinc^lant au soleil d*hiver. A quelques pas des
douves du châtf^au de Hostrenen, un fait singulier, prodigieux,
inexplicable, attirait, depuis quelques années, Tattention des ha-
bitants de la bourgade qui s'était formée à l'abri de la forteresse.
Emergeant d'un buisson d'aubépine, un superbe rosier, non con-
fenl de sfï couvrir de feuilles et de fleurs en la belle saison, se
revotait de sa superbe parure « mime au cœur de l'hiver (i).
Ed dépit des neiges et des frimas, des roses au suave parfum ne
cessaient d'écloreau milieu des épines. A quelle puissance attri-
buer cette dérogation aux lois ordinaires de la nature ? D'où ve-
nait un semblable prodige? Depuis longtemps peut-être, chacun
se posait cette question, sans parvenir à la résoudre. Ce jour-lè,
cependant, nn devait en avoir la miraculeuse explication. Mu,
sansaucun doute, par une inspiration d'En-Haut, visité peut-être
par une mystérieuse apparition, un habitant de la petite cité ré-
solut d'ejcplorer les alentours du merveilleux rosier. II fouille le
buisson d'aubépine et bientôt, la pioche à la main, commence à
creuser le i^ol pour en découvrir les racines, quand, soudain, à ses
regards étonnés apparaît une statue en buste delà Vierge, sculp-
tée dans un cœur de chêne et dans un état d'admirable conserva-
tion!... Il appelle, on accourt, et bientôt la merveilleuse nouvelle
se répand dans la bourgade, au château du seigneur, en la de-
meura du chapelain et dans les paroisses du voisinage.
Chacun veut contempler, de ses propres yeux, l'Image miracu-
leuse de la Vierge q\iii Ton a déposée sur un rustique piédestal,
au milieu des roses hivernales de son buisson. C'est bien la rose
eotre tes épines^ la Rose mystique, que l'Eglise célèbre dans
ses hymnes et dans ses cantiques. Et tous se prosternent émus^
Fuis le buste de Notre-Dame est solennellement transféré, au
milieu d'une foule immeose, à la chapelle du ch&teau, située à
quelques pas de là, en attendant que de dévots seigneurs joi-
fl) y le ux cuitt^n* da N.-D. df) Rostrenen.
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14S RBVUB DB BRBTA6NE
goant leurs libéralités à celles de toute la Gomouaille, aient élevé
en rhonneur de Marie un temple plus digne de sa grandeur et de
ses bienfaits.
Car, à dater de ce jour mémorable de la découverte du buste
vénéré, lea miracles succèdent aux miracles, les merveilles aux
merveilles, sur cette terre bénie où la Reine du Ciel vient d'éta-
blir un de ses trônes.
Depuis qu^nd, et comment celte statue reposait-elle en ces
lieux ?.. Bien que la légende soit muette à cet égard on peut
avancer, avec plus d'une chance de certitude, que cette image
delà Vierge fat vénérée jadis dans l'un des premiers sanctuaires
chrétiens de la région, et cachée, comme un trésor, par une main
pieuse qui sut ainsi la soustraire aux profanations d*ennemis
impies et barbares, peut-être de ces hommes du Nord, ou Nor-
mands qui, verslalX* siècle^ traversèrent notre pays comme un
torrent dévastateur. Profanant et pillant tout ce qui se trouvait sur
leur passage, ils ruinèrent la plupart des monastères dont Tin-
fluence chrétienne et civilisatrice s'étendait, bienfaisante, sur
notre terre bretonne et dont les habitants durent s'enfuir à leur
approche.
Le lieu de la découverte de la statue fut bientôt visité par de
nombreux pèlerins et la fontaine qui avoisinait le miraculeux
buisson, et dont les ondes limpides s'écoulaient en murmurant
à travers la prairie, devint l'instrument de nombreuses gué-
risons. Un vieux cantique, composé, croit-on, au milieu du
XVII* siècle, relate en soixante couplets les principaux miracles
accomplis par l'intervention de Celle que la voix du peuple avait
tout de suite proclamée la dame^ la souveraine de la cité Cor-
nouaillaise : « Notre-Dame de Rostrenen. « L'un des premiers
fut la guérison d'un enfant aveugle de naissance, flls d' « Yves
Le Quévarec, boulanger et marchand » (1).
Sa mère. le conduisait parfois, pour le promener, dans les prés
avoisinant les douves de la forteresse. Un jour que, selon sa
coutume* la pauvre femme laissait jouer librement le petit in-
firme sur le tapis de gazon, où ses chutes étaient sans danger,
l'enfant se trouvait dans le voisinage du buisson miraculeux et
près de la place même où avait été découvert le buste de la
Vierge. Tout à coup, en dépit de son infirmité, l'infortuné se
(1) Vieux cantique de N.-D. de Rottrenen.
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BU8TB DE N.-D. DE^'boSTRENEN
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m^m^^wmmf^^^^ "f! "(
T ^"'
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■M
HISTOIRE DK NOTRE-DAME DR ROSTRENEN 145
dirige d*un pas ferme et rapide vers le bosquet fleuri en s'écriant :
ti Maman» mamaD I donnez-moi [des bouquets? » (1) Tremblante,
émue, incertaine encore de son bonheur, la pauvre femme court
à la suite de son nis, lui cueille les fleurs sauvages, objet de sa
coDvoitij^e, les lui donne et regarde, avec délices, 'les beaux yeux
aminés et souriants de son enfant aveugle qui désormais verra !...
Saisie d*uoe inspiration subite, elle va au ruisseau, y puise de
l'eau dont elle lave les yeux du petit inflrme, et^ persuadée enfln
de sa guérison, elîe courte elle vole pour l'annoncer à tous, à
^Qépajx, à ses amis, à ses voisins.à tous les échos d'alentour!..
ÎL - L4 COLLÉGIALB DE NOTRE-DAME DE ROSTRENEN
Plusieurs autres miracles succédant à celui-là augmentèrent,
de plus en plus, la dévotion de nos pères^ Taffluence des pèle-
rine. Quand vint l'anniversaire de la découverte du buste de
Notre-Dame ta fouJ^ accourut et visita pieusement le lieu du
miracle, et ce concours de population fut sans doute la cause et
i'arigine de ta foire du Bot ou du Buisson qui se tient chaque
année à Rostrenen le premier mardi de décembre.
Mais ia chapelle du ctiâteau était devenue trop petite pour con-
tenir l'arOuence toujours croissante des dévots de Notre-Dame.
D'autre parties dons affluaient aussi de toutes les parties de la
Bretagne et le tré&or de la Vierge du Buisson devenait suffisant
pour élever à noire Reine un temple majestueux. Les pieux
barons de Rostrenen prirent l'initiative de cette fondation et
bientôt s'éleva la superbe collégiale dont nous ne pouvons ad-
mirer aujourd'hui que quelques restes, au milieu des modifica-
tions plus ou moins heureuses, apportées à travers les siècles,
àTédiflce primitif. Ces restes, toutefois, sont assez beaux pour
témoigner, avec le vieux cantique, de la générosité, de la foi et
du;génie,de nos ancêtres :
» Le temple consacré à cette piété
Son élévation, sa grandeur, sa beauté
\t)ihid.
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14« REVUE DR BRETAGNE
Par de dévots seigneurs, fondateurs d*ioeluy.
Se ipoit pompeusement érigé aujourd'huy
En chœur collégial et en canonicat
Par pouvoir concédé par le Pontificat » (1)
En effet les miracles succédant aux miracles, Pierre IX, baron
du Pont-l'Abbé et de Rostrenen, vicomte du Paou, de Porhoôt et
de Pontrieux, sire de Carnoôt, du Quelenneo, du Ponthou et des
Cïée, obtint, en 1483, du pape S xtelV, une bnjie «érigeant Téglise
de RoBlrenon en collégiale et en paroisse. Gh document pré-
cieux, conservé jusqu'à nos jours, est des plus intéres ants mais
trop long pour que nous le transcrivions ici. Contentons-nous
d'en analyser les principales disposilioris.
Pierre» sire du Pont et de Rostre. len, au diocèse de Quimper,
et Booan de Coëtmeur, licencié en droit civil et en droit canon,
recteurde la partisse de Moêlou, dont faisaient partie le château
de Rostrenen et la bourgade du mémo nom, demandaient au Sou~
verain Pon tire d'ériger en collégiale lia chapelle de Notre-Dame
pour laquelle le baron Pierre se sentait pénétré d'une grande dé-
votion. Ce seigneur se proposait de compléter, sur ses biens per-
sonnels Ja dotation de la nouvelle co légiale et demandait que
celle-ci fût ôlbvée au titre d église paroissiale, à laquelle serait
annexée la ch^tpelle de Saint-Jacques, située non loin delà forte-
resse>
Le Pape décida qu'il serait fait droit à toutes ces requêtes et
m\ij pour l'avenir, dans la dépendance de Téglise collégiale de
Rostrenen^ celles deKergrist(\loëlou)et de Saint-Jacques. Il créa
un doyen, supérieur hiérarchique du chapitre et de la paroisse,
plus six chanoines prébendes à qui Pierre s'engageait à fournir,
ou assurer, une somme annuelle de 120 livres, soit, à chacun,
une valeur de 20 livres en monnaie bretonne. En retour, Pierre
et ses descendants en ligne directe reçurent du Pape le droit de
présenter les candidats pour les dignités de doyen et de chanoine,
dignités que leur conférait révéque de Quimper sur Tavis con-
forme du chapitre.
Ronan de Coëtmeur, recteur de Moôlou en Kergrist, appelé
également René du Pont, quatrième frère du baron Pierre IX du
<l) L« TiQQxc&n tique place, à tort, en 1440, Térection de l'églite de Rostre-
aen #n collégiale «i en paroisse. La buUe porte bien la date de 148S.
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J
HISTOIRE DE NOTRE-DAME PE ROSTRENEN 147
Pont et de Rostreoen, fut le premier doyeo de la nouvelle collé-
giale* Ce fut lui qui, envoyé à Rome par le Duc de Bretagne, en
rapporta la bulle. L'abbé du monastère de Langonnet (situé à
environ 18 kilométrée de Rostrenen) assisté du grand chantre et
de rarchidiacre de Tréguier, conféra à Ronan de Goétmeur l'in-
vestiture des biens temporels attachés à ses nouvelles fonolions.
Ce René, ou Ronan du Pont> n'était pas un petit personnage : il
figure daos le deuil de Charles Vin> dans la transaction du Prince
d'Orange avec le feu doc François II, son onc|e, pour le partage
de Catherine de Brtagne. sa mère, le 22 avril 1496. Il y signe
comme maître dFs requêtes. De môme> au contrat de mariage
de Louis XII, roi de France avec la duchesse Anne, veuve de
Chartes VIII, figure la signtture de « René du Pont, archidiacre
de Plougastel, maistre des requestes et conseiller ordinaire de
Bretagne » le 14 janvier 1498 (1). Sa signature se trouve encore
en 1499, au contrat qui maintient les droits et privilèges du
pays-
Pierre IX du Pont-rAbbé après avoir fait ériger en collégiale
et en paroisse Téglise seigneuriale de Rostrenen, sous le vocable
de Notre-Dame du Roncier, la dota richement et y fit faire d'im-
portantes restaurations. On fondit les deux grandes cloches que
Ton appelait « la cloche du midi et la cloche de Thorloge » et
bientôt s*éleva dans les airs la flèche hard'e qui, jaiis, surmon-
tait la tour de cette église et « que Monsieur Jacques Hamon, fa-
brique de Nostre-Dame de Rosirenen, fisi descendre^ en 164S,
attendu qu'elle penchait sur Vesglise et menaçait ruine (2). tu
Il ne reste plus aujourd'hui que la moitié da la tour primitive
dont la façade occidentale fut reconstruite en 1776.
Pierre IX, baron de Rostrenen et du Pont-l'Abbé, avait épousé
le 19 décembre 1454, Hélène de Rohan-Guémené, fille de Louis I
de Rohan, sire de Guémené, et de Marie de Montauban, et tient
one place considérable dans Thistoire de son époque. Il joua un
rôle particulièrement important dans la ligue formée en 1480
par les seigneurs bretons contre Pierre Landais, favori et mi-
nistre de François II, duc de Bretagne ; puis, en 1487, dans celle
des seigneurs contre le Duc, entièrement gouverné par les
étrangers qui disposaient souverainement de tout, au grand
(0 Dom lloricc, Pr. UI, p. 815.
(2) Généalogie manuscrite des Barons de Rostrenen,
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I
141 RKVUE DE BRETAGNE
détriment de la Bretagne (!). Mais le baron îPierre de Rostrenen
fut aussi des premiers à se rallier au Duc de Bretagne^ quand
caluî'Cif attaqué et en péril, dans la guerre commencée contre
la Bretagne par la régente Anne de Beaujeu, fit appel à ses
vaillants et loyaux seigneurs pour défendre l'indépendance ^e
ta province.
La bataille de 8aint-Aubin-du-Gormier, livrée le 28 juillet
1488, fut funeste aux Bretons, malgré leur bravoure, et coûta la
vie à Pierre du Pont-l'Abbé, comme au sire de Léon, fils du vi-
comte de Rohan ; à Vincent du Pont, frère de Pierre ; au sire de
la Roche- Jagu, etc.,
La corps du dévot seigneur de Rostrenen fut tranporté solen-
nellement en la collégiale qu'il avait fondée et inhumé dans le
chœur de cette église. Or, « le 3 février 1716, les journaliers, pér-
it çant dans le chœur de Téglisede Rostrenen, trouvèrent dans
K une enfeiiede la seigneurie une bière de plomb dont Vouver-
« ture ayant été faile devant Messieurs les doyens et chanoines,
a Messieurs les sénéchal et procureurs d'office et autres pér-
it sonnes présentes, on trouva dans une autre bière de planches
u qui esioit enchâssée dans la précédente, un corps tout entier
^ ayant ses cheveux, ss barbe, ses mains, môme ses ongles, ce-
« pendant enterré depuis 1488 jusqu'à 1716, ce qui fait 228 ans,
tt ce qui parut fort extraordinaire ; c'est le corps de Pierre du
M Pont, fondateur de l'esglise collégiale de Notre-Dame de Ros-
« trenea. On trouva ses armes escartelées de celles de Ros-
« trenen gravées sur une pierre grise. On trouva aussi la moitié
K d'une autre bière de plomb dans laquelle estoient seulement
« des ossements m (2).
m, — PENDANT LES GUERRES DE LA LIGUE
A la fin du XVP siècle la Cornouaille bretonne jouissait d'une
grande prospérité, quand éclata l'un de ces terribles fléaux qui,
en peu de temps, transforment un pays heureux en un thé&tre
de ruines et de désolation. Les guerres de Religion vinrent ar*
(1) Dont MoHce, Hist de Bret., U. 153, et II, 164.
(2) Oénéatogie manuscrite des Barons de Rostrenen. La leconde bien éuit
p«ut-«tra oelle d^U&ièûe de Rohan, épouse de Pierre, et qui lui survécut îusqm*«n
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UISTâË NOTH£>DAMK DK KOSTRENËN
l(i9
fêter le progrès daiopulation, qui avait été un des traits ca-
ractéristiques de lanière moitié du XVI* siècle. Le désordre
admioislratif, uni| querelles de partis, les déprédations et
les excès comiuïs fes gens de guerre, les proscriptions et
I émigralion des pilants, firent perdre, à la plus grande par-
tie de ïa France, tee qu'elle avait acquis de richesses et de
bien être depuis Cl;s VIII.
La misère régna ouveau sur nps campagnes. Elle fut peut-
être plus navrante Jretagneque dans les autres provinces du
royaume-
L'évêché de CornJle fut particulièrement éprouvé et devint
'a proie « des gensii^uerre de Tung et de l'autre party, tant
estrangers Angfoyifiispagnolz, Suisses, Lansquenetz que
autres (ij «^ dit un liment du temps, qui ajoute que « lesdicts
gens de guerre, quît séjourné en icelles (paroisses), les ont
oppressées, ravagéf foullées, vivant insollemment, inpossant
sur ycelles leur audritté privée » prenant le bétail « desdicts
pauvres habitants ^sdictes parrouesses qui estoit toute leur
nourriture.,. » prert et vendant leurs terres, « de fasson que
Ce qui reste en vye^esdicts habittants dudict évesché, sont mi-
sérables, combien *il8 soint en sy petit nombre que, de troys
centz personnes o estoinct auparavant lesdictes guerres, il
n'en reste maintent vingt, ayant esté contrainctz de quicter et
^abandonner leurnaysons et habitations, n'ayant durant ledit
temps peu trouverulcun surs accez, leurs terres demeurées en
frische et non laturées.... en sorte que c'est Tendroict de tout
le pais et duché d^iretaigne le plus pauvre ot plus ruyné et plus
désolé, et où las fns de guerre ont plus abondé que en nul
auUre endroict duit païs auquel evesché et paroesses les armées,
ïant de Sa Majest que du contraire party Prançoys et Estran-
gers ont demeuré séjourné, passé vescu à discrétion avecque
tonte licence deshrdée depuis le commencement de Tannée mil
cincq cents quattt vingtz traize jusques à Tannée dernière. »
La Torteresse d| Rostrenen soutint quatre sièges en trois ans
(1591, 1592, 1593) iîtî la part du duc de Mercœur et de don Juan
de Relgie colon el^d es armées espagnoles en Bretagne,
Ci) Biblioth^ne Atioftftle, llss. CoU. des Blanes-Manteauœ, vol. lU, Ano.
«Un«m«iit. ATïjoiirrJ^ui Ut. F •»îS|l, f. 2&8 à 26&.
m làid. iloffl.
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REVUE DE BRETAGNlj
S Toussaint de Beau-
dès Trente. Il em-
commandement de
ège d'Ancenis, d*un
Le seigneur baron deRostrenen était aL
manoir, de l'iîlustre maison du capitain
brassa le parti de Henri IV et fut chargé
toute rinfanterie en Bretagne. Blessé au
coup d'ârquebusade^ il décéda à Rennes, (h s suites de sa bles-
sure, le samerlî 17 mars 1500, et son corps tut conduit à Rosire-
neo selon la volonté exprimée dans son testament « qu'il fit très
cathollquemerit '* (1).
Ce seigneur avait restauré le donjon du château de Rostrenen
et las voûtes du rez-de-chaussée. Il ne lefssait qu'une flUe qui,
à Vkge de quatre ans, devint baronne du Pont et de Rostrenen,
vicomtesse du Faou, vicomtesse du Bessoretdame d'une infi-
nité de châtellenJes (2). Ce fut peu après, en 1592, vers la fin de
juin, que le châtaau de Rostrenen fut pris par les royaux, mais
le duc de Mercœur le reprit bientôt, après jjn siège de sept jours,
et y fit mettre le feu. En 1601, on acheva de raser cette forte-
resse sur l'ordre de Henri IV qui Tavait soumise à son pou-
voir.
On pense bien que le pèlerinage, déjà célèbre, de Notre-Dame
de Rostrenen dut subir cruellement le contre-coup de la guerre
civile qui ensanglantait le pays. Mais, après'les fureurs de l'ou-
ragan, le calme renaît dans la nature et la végétation reprend
un nouvel et splendide essor. De môme, surlea ruines religieuses
amoncelées par la Ligue en Bretagne, rayonna bientôt, plus
brillant que jamais, le soleil de la Foi, et ce pays désolé, déses-
péré, se releva à ta voix puissante du Père Maunoir, l'apôtre de
la Bretagne au XVII* siècle. Les églises furent restaurées et les
lldëles accoururent en foule à la mission. Ce fut un magni-
fique mouvement de renaissance chrétienne;
La roQtaine de Notre-Dame de Rostrenen. détruite pendant les
guerres, fut relevée de ses ruines, en 1696, bar Claude Loyer,
doyen de la collégiale, et les miracles, plus nombreux que jamais
au XVn* siôck^, rendirent à notre pèlerinage sa primitive splen-
deur. Tous les seigneurs du pays, et les simples fidèles eux-
(t) Dom Mopic», Pr. îll, p. 1907.
(f ) Comt^Mtf Jègaiî dtt Laz, Histoire de la Baronnie de Rostrenen^ Hélène de
Ba«iîS)&a4^ir vfti f^llbre par tea deux unioM «^-JUieareuaea, avec René de
Tôtiroemiofl^ tuirpri de la HiMiandaje, et a?eo <* '^"^^^Çotaé-Brisaao, mar-
%m% d^Aûignê. \
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HISTOIRE DE IfOTRE-DAMB DE ROSTRENEN 151
mêmes, enrichirent de leurs donations et fondations l'église
consacrée à la Vierge da Buisson, ainsi qu'en témoigne le vieux
cantique qui fut composé vers la moitié du XVII* siècle :
€ Le peuple 11*7 voyant que raugmentation
Kt Taccroit Journalier de la dévotion
Firent fondation pour y estre desservies
Partie desquels se paient encore ce lourd huy
•c Si cette piété par les dissentions
Bmenés dans le vulgaire et les séditions.
T fust interrompeue dedans les premiers temps
Nous la voyons reluyre dedans nos derniers ans •
La madone de Roatrenen encourageait par ses nombreux bien-
faits le zèle renaissant de ses dévots serviteurs, mais aussi elle
ne manquait pas de punir les infidèles et les ingrats, et, malgré
la longueur de la citation, nous ne pouvons résister au désir de
raconter à nos lecteurs, par la voix naïve du vieux cantique, la
très curieuse histoire de René Rivoal. Elle se passait en 1626 :
€ Un de Plonguemével (l) nommé René Rivoal
Meunier estant un Jour attaqué du haut mal
Sortant pour donner Teau estant sur la chaussée
Tomba dedans l'estang et y fust submergé
Sa femme et austres gens qui estolent au moulin
Voyant qu'il ne venoit pour y moudre leur grain
Sortant sur la chaussée trouvèrent son chapeau
Tombé dedans l'estang et flottant sur les eaux
Alors la pauvre lemme Jetant soupirs et crys
Ck>ngooissaat dès longtemps le mal de son m^ry
Remarquant son chapeau oonnust incontinent
LasI qu*il estoit tombé et noïé dans Teitang
Prosternée à genoux, de piété remplye
Invoquant Notre-Dame de Rostrenen pour luy
Dans la mesme moment il leur donna la main
Et sortit de l'estang sauf et gaillard et sain
>6
u
à
(t) Bovrf litaé à eoTiron tix kilomèirta de Rostrenen.
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lit REVUE t)B ÈRETAGNB
Les mosmes personnes ont dit qui estoient là présents
Qa'il fnst une bonne heure au profond de Testang
Et que cest endroict mesme où Ton vit son chapeau
ÀToit de profondeur plus de trois brassées d'eau
Ceflt homme cognoissant ceste grande bonté
Dont la mère de Dieu l'avoit favorisé
En action de grâces pour accomplir son vœu
Résolut à rinstant de luy faire un legs pieux
Pour réparer l'église de Rostrenen il dit
De rendre une bonne vache et puis à son profit
Donner le prix dMcelle avec intention
De remplir en efiet son obligation.
0 traict d*ingratitude ! O insensible cœurt
Oublier des bienfaiots après tant de faveurs <
Ce meunier infidèle qui les avait receus
Flatté par l'avarice a rétracté son vœu
Hais le Dieu débonnaire iustement le^punit
Car quinze iours après, la parole il perdit
L'espace de quatre iours fust véritablement
Estimé comme mort sans aucun mouvement
Sa femme repentie au quatrième iour
Demanda au Seigneur le pardon et secours
S'adressa de rechef à la mère de pitié
Et fust dans le moment son mary délivré
Qui estant revenu le treizième de may
Luy présenta le vœu qu'il luy avoit légué
Lan mil six cent vingt six à la veue du public
La vérité du tout fùst en Tendroict escrite (1)
(t) ri«u? eaniiqtte de Notre-Dame de Rostrenen. C'ett toat cetu forme ikaïve
* et Jégeîtdeîre que rtiistoire de noire pèlerinage te transmit oralement de père en
flU dani U petite ville Cornouailllaiso. Le cantique n*avait jamais été imprimé
i^quk U £Ln du XIX* siècle, mais il existait en copie manuscrite dans tontes
(I) Et famitlei de Eostrenen.
(ï)C
Be«ttmt
Tournf
qui! d*
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HISTOIRE DB NOTRE-DAME DE ROSTRBNBN l&S
IV. — LBS RESTAURATIONS BT EMBELLISSEMENTS DE L^ÉQLISB
Au XVIIl* siècle on fit de grandes réparations à la vieille église
de Noire-Dame de Rostrenen. Dès le 15 mars 1609, des bannies
furent faites à Rostrenen, à Olomel, à Plouguernevel, à Kergrist-
MoôIoQ et à Paoul (Paule), pour Tentreprisedu marché Ue la
réédification du chœur de l'église. On abattit, en 1749, la flèche
du clocher qui menaçait ruine, ainsi que nous l'avons dit plus
haut.
C'est également à cette époque que Ton reconstruisit une
partie du porche, en conservant toutefois sa base et les niches
du plus pur style ogival, dans lesquelles existaient, avant la
Révolution, les statues de granit des douze apôtres, dont deux
seulement ont échappé aux fureurs révolutionnaires (1). Enfln^
eu 1770, on refit une partie de la tour.
A l'intérieur le temple de la Madone s'embellit également,
grâce à la générosité des pieux seigneurs et aux dons des pèle-
rins.
L'église de Rostrenen possède encore aujourd'hui les su-
perbes boiseries sculptées de ses trois autels. Ceux des chapelles
latérales sont particulièrement remarquables. Ils furent offerts
à Notre-Dame, par haute et puissante dame Florimonde de Lan-
tivy^ baronne de Rostrenen, épouse, en 1705, de messire Jean-
Qilles de Rougé, marquis du Plessis-Bellière, mort deux ans
après au siège de Saragosse à Tâge de 25 ans. La baronne de
Rostrenen vint habiter le château de ce nom qu'elle avait fait
reconstruire dans le goût moderne.
A Tautel de Notre-Dame de Rostrenen se trouvent deux statues,
représentant saint Louis et sainte Catherine, dont les figures
sont, dit-on, les fidèles portraits des deux enfants de la baronne
de Rostrenen qui posèrent pour leur exécution. Le marquis
Louis de Rougé du Plessis-Bellière y est représenté sous les
traits du roi saint Louis, et Innocente-Catherine de Rougé,
future duchesse d'Elbœuf et baronne de Rostrenen, sous ceux
de sa patronne sainte Catherine.
(1) Elles M trooTent actofllement dans le cimetière, à la porte de la ourieose
eitapeUe de Saiai-Jaoqnfs. Ces statues disparues du porche de Téglise ont ét^
r«Biplae4es par des statues modernes, ûsuf res d'un artiste du pajs, et ofiertes à
l'iglise par Me Boashé, également né à Rostrenen.
Mên iêê9 H
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I
1S4 REVUE DE BRETAGNE
Le Chœur de l'église est orné de stalles qui paraissent remon-
ter à la même époque que les boiseries d'autels. Il en est de
même de la chaire tout aussi remarquablement sculptée.
C'est également dans le cours du XVIIP siècle que l'on doit
placer un événement d'autant plus intéressant à relater ici que,
jusqu'à ce jouvy la tradition seule nous en a conservé le souvenir*
Cela prouve qu'il se passa après la composition du vieux can-
tique qui n'eût pas manqué de le relayer. Nous en tenons le
récit d'un vieillard, notre aïeul maternel, qui Tavait lui-même
reçu de ses parents.
Comme toutes les anciennes villes, Rostrenen comptait encore
au XVIII" siècle bon nombre de ces vénérables demeures avec
« pignons sur rue » qui> pour la plupart, étaient en partie eons-
traites en bois. Ces maisons à Taspect pittoresque et vieillot, très
rapprochées les unes des autres, devenaient une proie facile aux
atteintes du feu; quand un incendie éclatait dans un quartier de
la ville, il n'était pas rarQ de voir des rues tout entières se con-
sumer ainsi en quelques instants, en dépit du concours apporté
par les habitants pour combattre la rapide extension du fléau
destructeur* On comprend donc sans peine la terreur qui se
répandait soudain, quand, parfois, au milieu des ténèbres de la
nuit, apparaissaient de sinistres lueurs et que Ton entendait, se
mêlant uu son du tocsin, ce cri terrifiant mille fois répété de
proche en proche : « Au feu 1 Au feu !» En un clin d'œil, tout le
monde était sur pied, et, devant le danger commun, d'un embra-
sèment général, nul ne songeait à autre chose qu'à prodiguer
son dévouement et ses forv3e8, et à contribuer au salut de ceux
qui lui étaient chers.
Tel fut le tragique spectacle que présenta un jour la petite
ville de Ro&trenen : le feu s'était déclaré au haut de la place du
Marché, et, malgré tous les efforts, il gagnait du terrain de mi-
nute en minute, menaçant de tout anéantir. L'eau était insuffla
sante^ Tétang assez éloigné de ce point de la ville^ la douleur et
la consternation à leur comble, et chacun, découragé, assistait,
impuissant, à l'anéantissement de la demeure de ses aïeux.
Soudain quelqu'un eut une inspiration sublime ! « Que l'on sorte
la Vierge \ — s'écria-t-il, — Que Notre-Dame sauve sa cité ! » Le
clergé se précipite à l'église, la foule le suit et, bientôt, le buste
miraculeux, aux lueurs de cette sinistre illumination, parcourt
procêssionoeilement le quartier en péril et fait le tour de la
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HISTOIRE DB NOTRB-DAMB DE ROSTRENBN U5
place embrasée. Ce qui se passa alors fut merveilleux et contri-
bua sans doute à affermir encore^ dans le cœur de nos pères» la
foi et famoar qu'ils professèrent toujours à TégarJ de la Vierge
du Buisson. A mesure que passait la Madone, entourée de ses
enfants en prières, le feu s'éteignait soudain miraculeusementl...
Bientôt aux cris de joie se mêlait le chant du vieux cantique de
Notre-Dame, remplaçant les clameurs de détresse 1 La cité était
sauvée I et tt)us se précipitèrent dans le temple de Marie pour
une solennelle action de gr&ces. Ne serait-il pas f&ch^ux que le
souvenir de ce miracle disparût à jamais de la mémoire de nos
eafants?...
V. — ACCaOISSBMENT DU CULTE DB NOTRE-DAM B
Le culte de Notre-Dame de Rostrenen, fort en honneur dans
la haute Cornouaille, s'était également répandu dans tous les
diocèses voisins, aussi, dès les premiers temps^ avait-on établi,
chaque année, une fôte solennelle spécialement destinée à per-
pâiuer la mémoire de la découverte du buste miraculeux. La
rigueur de la saison, la difficulté des communications par des
chemins à peine frayés à travers les landes et les bois, rendaient
difficile d'assigner définitivement à la célébration de cette fâte
la date anniversaire de Tinvention de la statue, c'est-à-dire l'un
des premiers jours de décembre. La foire résultant de cette as-
semblée primitive fut donc seule conservée (1) et la fête patro-
nale, le soiennôl pèlerinage, fut désormais célébré en grande
pompe le 15 août de chaque année, jour de l'Assomption de la
bienheureuse Vierge Marie, désormais appelé à Rostrenen le
< Pardon de la Mi-Août » ou simplement « la Mi- Août ».
Ce « pardon » (2) attirait et attire encore aujourd'hui à Ros-
trenen des miniers de pèlerins et des visiteurs, venus souvent
de fort loin. Ce sont ces étrangers que l'on appelle les « Cousins
de Mi- Août n. Parmi eux se trouvent en grand nombre des Ros-
irenoit que les nécessités de l'existence ont entraînés loin de leur
(1) La foin du Bot ou da Buitton dont noat avons parlé plas haut.
(0 Lei Jaif4 donnaient ce même nom de pardon à ane de leurs frrandes fêtes
et 01 aoïumait éH^lement ainsi les Jubilés. Ce nom Tient sans doute, à nos pèle-
rmaf«« breton?, des indulgences qui j furent attachées an mojen âge, el que
gtgnalent lei pèlerins.
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156 KEVÛB DE BRETAÛNB
pays oatal, et dont beaucoup ont à cœur de venir, ce jour-là, se
retremper au milieu de la famille et aux pieds de la Vierge véné-
rée vers laquelle leur amour fidèle fait, par la pensée, plus d'un
• pèlerinage chaque année!...
Parmi les plus célèbres c Cousins de Mi-Août » nous citerons
le peintre breton Olivier-Stanislas Perrin, fils de Joseph Perrin,
ancien notaire et de Catherine Bigeon^ né à Rostrenen le 2 sep-
tembre 1761, auteur de la Galerie bretonne et de plusieurs
oeuvres remarquables. Olivier, dévot serviteur de Notre-Dame
de Rostrenen, lui fit don d'une de ses œuvres, le beau tableau de
l'Assomption qui est l'un des plus^récieux ornements de Tan-
tique église collégiale. Il mourut à Quimp^er le 14 décembre 18d2.
On autre « Cousin de Mi-Août » qui porta le culte de Notre-
Dame fous tous les ciels et sur toutes les mers, ce fut M*" Bouché,
de douce et pieuse mémoire, qui, né à Rostrenen en 1828, fut
tour à tour étudiant en médecine, prêtre le 22 décembre 1855,
vicaire à Ploubazlanec durant trois ans, puis inscrit, le 25 juin
1859, sur les cadres de l'Aumônerie de la Marine. Aumônier su-
périeur de la marine en 1874, il fut nommé évoque de Saint-
Brieuc le 20 septembre 1882 et mourut le 4 juin 1888.
Celui que la Bretagne entière avait surnommé T « Evêque de
Saint'Vves » dont il avait restauré le tombeau, portait, en son
pays de Gornouaille, un autre nom encore : « Y Evêque de Notre-
Dame û 00 tt V Evêque de la Vierge. »
Notre cadre trop restreint ne nous permet pas de retracer ici
la vie si i ntéressante de ce prélat breton, si véritablement breton !
Disons seulement qu*il fut Tun des plus fidèles clients de la
Vierge du Buisson, dont le souvenir le suivait partout durant
ses longs voyages, et que l'un des derniers actes de la vie de
M'^ Bouché fut Tobteotion des honneurs du couronnement pour
sa chère Madone. La mort Tempôcha hélas ! de poser lui-môme
cette couronne d'or sur le front de la Vierge du Buisson. Il
avait semé, un autre devait avoir les joies de la moisson. Notre-
Dame de Rostrenen fut couronnée par M" Fallières, successeur
de'Mt' Bouché, le 15 août 1900.
Jusqu*à la Révolution le pèlerinage de Notre-Dame de Rostre-
nen ne subit aucune interruption et la fôte de Mi-Août se célét)rait
encore, à la fin du XVIII* siècle, avec beaucoup, de spl^^deur.
Les usages d'autrefois s'étaient transmis de père en fils, dans
toute leur pittoresque naïveté, et des paroissiens revôtus de cos-
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HISTOIRE DE NOTRE-DAME DE ROSTRENEN 15?
tûmes variés figuraient au cortège de la procession représentant
divers personnages de la Sainte Ecriture. Les anges, les saints y
figuraient, et môme le démon, sous la forme du serpent^ ainsi
que dans les vieux mystères du Moyen Age.
Les derniers souvenirs de ces curieuses manifestations de la
Foi de nos pères se trouvent dans l'inventaire des meubles et
effets mobiliers appartenant à Téglise de Rostrenen, en 1794, in-
ventaire fait par la municipalité de la ville.
Ce document énumère entr'autres les objets suivants :
« Un habit de peau servant au faisant, le personnage de saint-
Jean, à la procession de la mi-août;
« Deux couronnes ;
« Le corset et la jupe du représentant saint Michel et le Serpent ;
« Quatre paquets de rubans qu'on prdtoit aux enfants pour
ladite procession ;
« Quatre écheveaux de fil fin brouillé, deux petits bonnets de
toile, une coiffe, deux petites chemises, un paquet de vieux faux
galons, etc... ;
« Une statue en ange vêtu. »
La tradition nous rapporte que nos pères avaient imaginé un
ingénieux mécanisme, au moyen duquel un ange, descendant du
clocher une torche à la main, venait allumer le feu de joie dressé
sur la place publique. La « statue en ange vêtu », relatée dans
Tinventaire, était peut-être celle même qui jouait jadis ce grand
premier rôle au jour de la mi-août.
Le culte catholique fut entièrement suspendu à Rostrenen
pendant la Révolution. Cette ville devint le chef-lieu d'un district
important et de nombreux brigandages désolèrent le pays. Les
archives de la paroisse, comme celles de la baronnie, furent li-
vrées aux flammes, les prêtres insermentés remplacèrent à l'é-
glise le curé de Rostrenen et les pieux chanoines, qui, tous, de-
meurèrent fldèles à leur devoir (2).
Le temple de la Vierge du Buisson connut même la profana-
tion du culte de la Raison, mais la foi des Rostrenois sut pré-
server la miraculeuse image de Notre-Dame des outrages de ses
(<) V. Un inventaire d'église en 1794, recaeiUi et annoté par J. Baadry.
C« docnmettt était conservé dana les arcbiTes de la fabrique.
(î) A Tépoqne de la Révolu tien, la collégiale ne comptait plus que quatre cha-
aoiaes, MH. Collet, dojen» EStienne Le Oareo, Pierre-Jean Brélivet et Boutier.
Toas farent emprisonnés ou déportés.
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liB RBVUB DE BRETAGNE
ennemis. La statue, déposée pendant peu de temps à la sacriatie
reprit bientôt aa place habituelle sur Tautel richement sculpté
où elle se trouve encore aujourd'hui^el les vandales qui brisèrent^
dans [e (.orche, les douze statues de granit des saints apôtres,
qui coiffèrent la chaire du bonnet de la liberté (l)a*08èrent porter
fa main sur le busle miraculeux, objet de la vénération séculaire
de leurs ancêtres.
Eniïn le Goûcordat de 1801 vint rendre la paix à Téglise de
France si cruellement éprouvée. Rostrenen passa de Tevêché de
Quimper en celui de SainUBrieuc, ainsi qu'une partie de la haute
CornouaiMe et les fôtes religieuses, si longtemps interrompuesi
reparurent avec une nouvelle splendeur.
Deuxième Partie.
LE PARDON DE MI- AOUT
I
Après avoir étudié, dans les pages qui précèdent, ce que furent
rorigine et le passé du pèlerinage breton de Notre-Dame de
Rostrenen, transportons-nous^par la pensée, au fond de la Basse-
Bretagne, sur cette terre bénie que la Vierge du Buisson favorise
de ses bienfaits depuis six cents ans. Faisons-nous pèlerins,
« Cousins de Mi-Août », nous aussi, pour assister au « grand
pardon n.
Nous sommes à Taurore du 14 août 19**, et, grâce aux progrès
de rindustne moderne, nous abordons la cité de Marie^ en che-
min de fer. Cela noua fait trouver plus admirable encore ta foi
de ces pèlerins, qui, en accomplissement d'un vœu, ont fait de
nombreux kilomètres à pied, sans chaussures et en « corps de
chemise i» et qui, avant môme de secouer la poussière du chemin,
^l)liiTaiiUir« cité e Menât.
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HISTOIRE DE NOTRA-DAME DE ROSTREHEN 159
vont, en toute hftte, rendre visite à Notre-Dame et à sa miracu-
leuse fontaine. Il y a, chaque année, plusieurs de ces véritables
pèlerins. A la procession, ils marcheront les premiers à la suite
de la itatue de Notre-Dame, pour Tédiflcation de tous les spec-
tateurs de cette manifestation d'une foi aussi humble que pro-
fonde et sincère.
UAngelus sonne. Midi. Les cloches de la collégiale reten-
tissent à toute volée, annonçant aux échos d'alentour, Theure où
Notre-Dame, sortant de la niche dechône sculpté, où elle reçoit,
durant L'année, les prières de ses enfants, va prendre place, so-
leDoellement^ dans son buisson d*or, au milieu du majestueux
transept de sa belle église collégiale. Déjà la foule y est assem*
bléepour voir, selon fexpression locale, « tirer la Vierge ». L'au-
tel, ou plutôt le trône, sur lequel repose le buisson^ resplendit
de lumière, la vieille église est ornée de sa parure de fôte, par-
tout ce ne sont que guirlandes, étendards aux armes du Souve-
rain-Pontife, de révoque de Saint-Brieuc, de la Bretagne et de
la ville et gracieux faisceaux de verdure et de fleurs. Le « par-
donneur » s'avance. On appelle ainsi le prélat, ou le prêtre, qui
doit présider la fôte. Il prend, à son autel, le buste miraculeux
et le porte processionnellement autour de l'église. Tous les fronts
s'inclinent sur son passage et combien, en ce moment^ les prières
sont ferventes 1 II est de tradition, en effets que, sur trois fa-
veurs demandées à la Madone, pendant cette translation, une
au moins est assurément obtenue. C'est la seule circonstance,
à moins d'une calamité publique, où le buste miraculeux sort
de son autel habituel. Au chant de VAve maris Stella il est bientôt
déposé dans le buisson d'or, orné d'églantines, qui lui fut offert
jadis par « VEvêque de la Vierge ».
Telle est la cérémonie d'ouverture du grand pardon de Notre-
Dame. A dater de ce moment, c'est à-dire du 14 août à midi, l'é-
glise ne désemplit pas : du matin au soir, pendant trois jours,
les fidèles de la Vierge du Buisson, viennent lui présenter leurs
hommages, lui payer leur tribut, lui appurter leur offrande.
« Bien petite souvent, mais leur foi, qu'elle est grande ! »
De pieux pèlerins, accourus de tous les points de la Basse-Breta-
goefont^trois fois le tour du trône élevé à laVierge. Ils allument un
cierge aux pieds de Notre-Dame et déposent, dans le plat de
cuivre, des pièces blanches où de menue monnaie ; de là, ils vont
àlatc Fontaine de la Vierge » boire quelques gouttes d'eau, en
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160 REV^US DE BRETAGNE
récitant encore une prière. Ils s'en retournent, recueillis et con-
fiants, au gtte qu'ils seront choisi, ou, simplement, remplissent
les rues et les places de Rostrenen, en attendant l'heure consa-
crée aux divertissements profanes» jeux d'adresse et jd'agilité ;
danses bretonnes, au son du biniou et des bombardes, puis les
courses, particulièrement en faveur dans la région, dont l'éle-
vage du cheval est l'une des principales industries. C'est là que
triomphe le cheval de Corlay, fils, dit-on, des chevaux arabes
amenés de Terre-Sainte, au moment des Croisades, par les sires
de Rohan, et qui» abandonnés à l'état sauvage dans la forêt de
Quénécan, s'y croisèrent avec les chevaux du pays, donnant nais-
sance à unp race très recherchée en France et môme à l'étranger.
II. — LA PROCESSION AUX FLAMBEAUX
Mais le soleil baisse à l'horizon, une agréable fraîcheur a suc-
cédé à l'étouffante chaleur du jour, déjà la nuit enveloppe de ses
voiles la cité en fête. Les étoiles brillent dans le firmament d'un
bleu sombre, et, soudain, il semble que ces astres du ciel soient
descendus sur terre, pour s'unir à la manifestation qui se pré-
pare en l'honneur de notre souveraine. En effet, tout s'anime
bientôt, et s'il est un spectacle curieux et pittoresque, c'est celui
auquel nous allons assister tout-à-l'heure.
Peu à peu les fenêtres s'éclairent, des rangées de bougies^ des
lanternes vénitiennes, des verres de couleurs, des guirlandes
de lumières, illuminent les rues de la cité et parent les plus
pauvres chaumières des faut)ourg8 ; depuis le Porzmouôlou jus-
qu'au vieux Bourg-Coz, c'est un embrasement général.Bientôt, au
son joyeux de toutes les cloches, plus vibrant encore dans le
calme du soir, on voit sortir de l'église un lumineux cortège. Le
clergé et le peuple, munis de flambeaux allumés, défilent à tra-
vers la ville et gagnent la campagne. C'est la procession du soir !
Les chants religieux alternent avec une très originale musique
composée de tambours et de fifres, jouant des airs bretons po-
pulaires. On s'engage dans un chemin montueux, à travers les
landes Ju Miniou, et, tel un serpent de feu, la procession lumi-
neuse s'enroule en mille détours aux sombres flancs de la mon
tagoe. Le coup o'œil est superbe quand, des feux de bengale.
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HOTOiaE DE NOTRB-DAMB DB ROSTRENBN 1«1
allâmes çà et là, jaillissent des lueurs aux teintes variées, au
milieu des ténèbres de la lande sauvage.
On arrive au sommet. Quelle est cette masse sombre qui se
détache en bizarre silhouette sur l'horizon illuminé 7 Quelle est
cette autre montagne dressée sur la montagne ? C'est l'offrande
de tous les dé rots de Notre-Dame, chacun, riche ou pauvre, y a
contribué, et cette pyramide imposante faite de fagots de châoe,
de geoôts et d'ajoncs, sera, dans quelques instants, le plus splen-
dide des feux de joie. Le célébrant, entouré d'un nombreux
clergé, rallume de son cierge, le bois crépite, une gerbe de
flammes s'élève dans les airs, éclairant soudain d'une lueur
éblouissantR et fantastique la foule bigarrée. Le clergé, aussitôt,
entonne le Te Deumde la Vierge, pendant que la procession re-
prend sa marche et descend la montagne. L'immense feu de joie,
dorant presque toute la nuit, illumine l'horizon et le pays envi-
ronnant, à plus de quinze lieues à la ronde, peut s'associer à
cette heure à cette manifestation de notre foi.
Le drapeau couronnant le bûcher vient de s'abattre au milieu
des flammes: suivons, nous aussi, la procession qui se dirige
Ters l'église à travers le pittoresque faubourg, fait de pauvres
chaumières, qui porte l'antique nom de Bourg-Goz (1).
Quelques instants plus tard la foule est de nouveau assem-
blée dans le temple de Marie, pour entendre le chant du
vieux cantique de Notre-Dame de Rostrenen, dont les 60 cou-
plets redisent, en termes à la fois pieux et naïfs, l'histoire et les
miracles de la Madone au buisson d'or. L'air est une de ces mé-
lopées, simples et harmonieuses, dont les bardes antiques de-
vaient accompagner leurs chants religieux et guerriers. Iléveille,
dans la mémoire de qui l'a entendu, comme un mystérieux
écho du lointain passé de l'Armorique.
III. — LA JOURNÉE DÛ 16 AOUT
Mais ce ne sont là que les préludes de la fête de Mi-Août. Le
lendemain, dès que paraît l'aurore, la foule envahit de nouveau
les rues de la cité cornouaillaise. Par toutes les routes, par les
chemins creux qui coupent la campagne, les jeunes gens à che-
(1) Nom qae Ton croit d*origiB6 gallo-romaine.
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1« REVUE DE BRETAONB
val. les remues et les enfants dans les chars-à-bancs, beaucoup
d'tiutres à pied> accourent de tous côtés. Le pardon de Mi-Août
est le roi des pardons !
Voici les guenedours et les guenedourez (1) au lourd costunie
orné de velours, Vé\ég^ùie penherez (2) de Plôvinou de Garhaix
portant tablier brodé et coiffe de dentelle, et les riverains de
TEIlé^ du Blavet et de l'Hière. Toute la Cornouaille est là repré-
sentée, avec ses pittoresques costumes, à l'heure où les cloches
de la Collégiale annoncent la grand'messe. An village, en ce
jour, tontes les portes sont closes : personne ne veut demeurer
au logis, aussi Téglise est-elle trop petite pour contenir le flot,
sans cesse grossissant, des serviteurs de Notre-Dame. Cepen-
dant un usage ancien, toujours respecté, veut que, ce jour-là,
les habitants de la ville assistent aux premières messes, afin de
laisser plus de place aux pèlerins réunis à l'office paroissial.
Bientôt, aux chants de rËglise, si majestueux et si doux, suc-
cède un profond silence : le « pardonneur b monte en chaire, et,
dans la vieille langue des Celtes nos ancôtres, il adresse aux
Bretons, pieusement attentifs, d'éloquentes exhortations :
(< Gardez, dit-il, amis, vos vieilles traditions
Et soyez à jamais catholiques, bretons.
Que bien longtemps enoor, sous le chaume rustique.
On entende parler le langage celtique.
^imez votre patrie et surtout aimez Dieu :
Que vos fils, comme touf, Tadorent en tout lieu I
Soyez sourds à la voix de la cité lointaine,
Préférez la chaumière, et Tombre du Tieux chône.
Semez, dans votre champ, le blé qui vous nourrit
C'est un noble métier, malheur à qui le fuit ! >i (S)
C'est dans le même esprit, c'est dans la même langue, que
jadis Pol, Brieuc, Corenlin, et tous les saints apôtres de l'Armo-
rique, instruisaient nos aïeux, alors que, parleurs soins, les
dolniens et les menhirs se couronnaient de la croix du Christ.
Ceux-là savaient que respecter le passé et les traditions des
ancêtres était le meilleur moyen de fonder Tavenir de la Bre-
tagne chrétienne sur d'inébranlables bases.
(!) Vftuneiatft «t fiionetaises.
(t) Héniièr«. lilténilexnent : tétê d'héritage, pen hérez,
(3) J. Baudrj.
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HISTOIRE DE IfOTRE-DAME DE ROSTRBNEN 16S
La grand'messe terminée, la foule s'écoule paisiblement dans
les rues de la cité. C'est Theure des banquets de famille et d V
rois, la réunion plénière di^s Cousins de Mi-Août. Notre malheu-
reux destin veut que, cette fois, nous n*y assistions que parla pen-
sée et par le souvenir, pauvre exilé que nous sommes I Oh ! les
bonnes crêpes de Mi-Aoûi k la savoureuse dentelle !...
Mais le son des cloches retentit de nouveau. Hfttonls-nous de
jouir du spectacle animé que présentent en ce moment les abords
de la collégiale. Voici Ips pèlerins des paroisses voisines qui ar-
rivent, croix el bannièresen tête, sous la conduite de leurs prêtres:
Qlomel, Trégornan, Bonen, Kergrist, Plounevez, Plouguerné-
vel, Trémargat, Saint Michel sont là déjà. Entendez-vous toutes
ces voix de gars bretons chantant la traduction du cantique de
Notre-Dame T
Mamm zantel da Zoué, Itron Varia Rostren,
Rouanez ar ger-mao, ohelaoUit ho pèden I
Digoret ho tivrec'h, digoret ho kalon
Ua reit d'ho pugalé hou pennoz, o Itron I »
Mais voici venir d*autres groupes de paysans richement cos-
tumés, leur veste brodée porte une date et sur leur chapeau
flotte une branche de mil cueillie en chemin. Ce sont les Mor-
bihannais, les pèlerins de Guerc'h-Mané (la Vierge de la Mon-
tagne) et de Quelven, chapelles qu*ils oot visitées ce matin. Ros-
trenen est leur troisième étape : ils auront ainsi rendu hommage
aux Trois Sœurs. Les madones de Quelven et de Guerc'h-Mané
sont, en effet, pour ces âmes simples, autant que ferventes, les
Sœurs de Notre-Dame de Rostrenen, et dix à douze lieues de
chemin n'effraient point ces intrépides marcheurs qui auront
fait ainsi trois pardons en un jour !
Mais les Vêpres s'achèvent : cest l'heure solennelle entre
toutes. La Vierge du Buisson va visiter son domaine. 0 vous
gui prétendez que la foi se meurt, que Thomme est désormais
sourd et insensible à l'écho de la a vieille chanson » qui berça
notre enfance, accourez à Rostrenen, et dites-nous à quel sen-
timent obéit cette foule immense et recueillie, ce peuple ému,
entourant des plus somptueux hommages une humble statue
grossièrement sculptée, tirée il y a plus de mille ans, du cœur
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Goo^te
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REVUE DE BRETAGNE
d'un chêne qui, peut-être, abrita jadis de ses ombres les rites
mystérieux des druides? Dites-nous si ces chants, ces prières,
n'ont pas d'autre objectif que l'image matérielle dont la décou-
verte miraculeuse fut le signe sensiôlede la faveur de Marie, et
qui, depuis six cents ans, est devenue Tinstrument de ses bien*
faits ? Dites-noas, enfin, si» à Theure actuelle, ces hommes et ces
femmes qui entourent ta madone, en reconnaissance de miracles
obtenus et constatés (1) sont des victimes du fanatisme, des
dupes de leur imagination surexcitée?... Et, quand vous aurez
contemplé avec nous ce spectacle d'un peuple calme, unique-
ment mu par te véritable esprit de foi, ne connaissant point les
manifeslûtions bruyantes, les entraînements enthousiastes, les
« emballements », si nous osons employer ce terme trop mo-
derne, vous aussi, vous imiterez son exemple et vous vous pros-
ternez, sans rougir, au passage de la Vierge de Rostrenen...
Les pèlerins nupieds, sans veste^ tôte-nue, le chapelet et le
cierge à la main entourent le buste vénéré, porté par de jeunes
prêtres, sur un riche brancard, au milieu de son buisson d'or.
Huit à dix mille personnes lui forment un admirable et imposant
cortège, les bannières des paroisses, les brillants oriflammes,
les blancs vêtements des enfants et les riches costumes bretons,
donnent à ct^ défilé un aspect aussi pittoresque que varié* Les
inditTérents, eux-mêmes, se sentent saisis d'unB^religieuse émo-
tion à la vu^ de Texemple magnifique donné à notre scepticisme
moderne par le spectacle d*un peuple croyant et fidèle
La fête religieuse se termine à Téglise par la bénédiction du
Saint-Sacrement et le Te Deum d'action de grâce, mais las pèle-
rins continuent toute la soirée, et le lendemain encore, à défiler
autour du buisson» on égrenant leur chapelet d*ébène. Marie
entend du ciel la langue de nos pères I...
IV. — LA GRANDE FOIRE DE MI-AOUT
Après la fête religieuse, la fête profane se célèbre à son four.
Le 15 août rsI entièrement consacré à rendre hommage à Notre-
Dame, mais le lendemain, jour de la foire, la jeunesse bretonne
aura ses plaisirs, au son des binious et des bombardes. Déjà ils
se soDt fait entendre hier, et même le 14 août, à leur arrivée &
(t) Kouî |M»tifrioni «q dtor plutieurs à notre connaÎManoe.
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HISTOIRE DE NOTRE-DAME DE ROSTRBNEN 166
RostreneD, les « sonneurs » de biniou, les joueurs de bombarde,
les fifres et les tambours qui les accompagnent, ont parcouru )a
ville, s'arMtant de maison en maison, chez les notables de Ten-
droit, pour leur donner une sérénade, après les avoir harangués
en ces termes :
i J'ai lixonneur de saluer Monsieur et Madame X..., leurs en-
fants et petits enfants (s'il y a lieu) et toute la maisonnée (1) et
de leur souhaiter un bon pardon. »
La politesse est payée de retour, le cidre breton coule à pleins
bords dans la cuisine du maître du logis, une pièce bladche vient
grossir la pécule des « sonneryen», successeurs des troubadours,
et, comme ceux-ci, bien accueillis partout.
Dès que parait Taurore du 16 août, les villages entrent en mou-
vement, les maisons se vident de nouveau, et chacun part pour
U foire. La petite ville est envahie : les gens et les bestiaux se
dispatent le pas. Des tentes se dressent sur la place et des deux
côtés de la rue. Les marchands industrieux s'appliquent à faire
valoir leur marchandise. Ce sont des jouets, des objets de toi-
lette, des rubans, des épingles bretonnes ; puis quelques objets
depiété, chapelets, médailles, statuettes. Ce sont les « marvail-
/otix » aux appas multiples et à la portée de toutes les bourses.
Aussi s'empresse- ton d^acheterdes cadeaux à ses amis el des
souvenirs pour les absents.
Mais la charité, elle aussi, a ses appelants: de nombreux men-
diants se sont donné rendez- vous, dès Touverture du pardon,
aux abords de l'église et de la fontaine. Aujourd'hui, ils se portent
en foule vers le vrai centre des affaires, et Ton en rencontrée
chaque pas. Entendez-vous leur voix plaintive môler la récitation
du Pater^ de l'Ave et du De profundisy aux chants bretons ou
français des chanteurs ambulants et à l'appel sonore des mar-
chands?... Pour ces industriels d'un nouveau genre, pour ces
malheureux et ces infirmes, vrais ou faux, le Bas-Breton et le
pèlerin ouvriront aussi leur escarcelle, car on ne refuse rien à
qui demande <« pour Tamour de Dieu » et en l'honneur de Notre-
Dame.
Le son du biniou retentit : dirigeons nos pas de ce côté. Voilà
tes « sonneurs » montés sur une estrade primitive, faite de
planches posées sur des barriques vides. Toute la jeunesse
0} Toatlea habitants de la maiaon : maîtres et serviteurs, grands et petits.
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ir,^ REVUE DE BRETAG?JE
accourt et s*^ met en dansn. Le passe-pieds, la dérobée ont le plus
grand succès, et bientôt des couplas se détachent, jeunes gens
et jeunes filles se dirigent dans la foire, deux par deux, en cau-
sant amicalement. Rt:*gardez bien ceux qui nous croisent en ce
moDQent. La jeune fille lient ferme son parapluie ; Taccord n*est
pas parfait. Il faudra « causer n longtemps, tandis que cet autre
plus heureux, qui tient déjà entre ses mains le parapluie de sa
ft douce » est bien près de posséder son cœur l,,»
Mais la madone n'est pas oubliée. Chacun, entre deux affaires^
entre deux plaisirs, va lui faire une courte visite et lui apporter
sa légère offrande, et si la foire a été bonne le plat de cuivre
déposé à côté du buisson d'or sera bientôt rempli.
Enfin, la soleil baisse à l'horizoa : il faut souger au retour.
Les Bretons quittent à regret la cité deMarie, Ils emportent, dans
leur village, une provision de gaieté, et le cri des vieux Celtes '
retentissant au îoin dans ïa campagne domine parfois les joyeux
chants cornouaillais et les derniers airs du biniou. « You you » 1
Il faut avoir entendu ce cri déchirant, dans le silence de la nuit,
pour comprendre ce quMl renferme à la fois de joyeux, de lu-
gubre, d'antique et impressionnante poésie. C'est vieux, c'est
primitif : cela exprime, tour-à-tour, la douleur et la joie : c'est
un cri qui dît tout à Técho de nos montagnes qui se plaît à le
répéter.
V. — CLOTURE DU PARDON
Mais dans ce monde, hélas 1 1) n'est pas de fôte sans fin [ Le
surlendemain du pardon, le 1? août de chaque année, le son de
rv4nj6/us de midi trouve de nouveau les Rostrenois assemblés
dans leur belle église. Les cloches font entendre leurs mélodieux
accords auxquels se mêle la voix religieuse derorgue. Le clergé
parait et entonne le Magnificat.
a Mon âme glorifie le Seigneur... car le Tout- Puissant a fait
en moi de grandes choses et son nom est saint. *
Il semble que la Vierge du Buisson répète elle-même ces pa-
roles, en souriant à ses enfants, pendant qu'elle passe de nou-
veau dans leurs rangs pour retourner à Tautel où elle demeure
.. . Toujours prête et de nuit et de four
A BouUger c#luy qrii demande secours (1).
(I) Cantique de Naira-ûftme de RosU-«eeD ,
*Digitized by VjOOQIC
UISTOIBB DB NOTaS-DAMB DE ROSTRENEN 167
ÂiDsi &e teroQine le pardon de Notre-Dame de Rostrenea et
celle dernière cérémonie est suivie de la dispersion des « Cousins
de Mi'Àoât ». Nous n'avons pris place dans leurs rangs que par
la peûséô. Il nous reste à souhaiter, cher lecteur, que ce voyage
imaginaire vous ail assez intéressé pour vous inspirer le désir
de le Taire un jour réellement. Puissions-nous nous rencontrer
bienlôt aux pieds de la Vierge du Buisson, pour fôter le pardon
de Mi-Août.
J. Baudrt.
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Essai sur V Administration générale d'un District
pendant la Révolution.
LE DISTRICT DE ROGHEFORT
(MORBIHAN)
\^' JUILLET 1790 — 20 MAI 1795
{Pin) (1).
M m^mm *
Chapitre VII
VENTE DES BIENS CONFISQUÉS PAR LA NATION (2)
La question des biens nationaux est intimement liée à la ques-
tion de la Ciiouannerie et éclaire le caractère de la révolte. Les
paysans ne voulaient pas acheter les biens ecclésiastiques, con-
sidérant un tel achat comme un sacrilège. Ces biens furent donc
presque en totalité achetés par des administrateurs ou des fonc-
tionnaires.
Par ges décretsdes23 et 28 octobre 1790, l'Assemblée Nationale
désigna sous le nom de biens nationaux :
l"* Tous les biens des domaines de la couronne.
2" Ceux des apanages.
3" Ceux du clergé séculier et régulier.
4^ Ceux des séminaires diocésains.
Des décrets postérieurs en 1791, 1792 et 1793 y ajoutèrent :
1* Les biens des fabriques.
2'' Ceux des collèges, séminaires collèges, retraites et tous éta-
blissements destinés h renseignement public.
4"" Les biens des hôpitaux, maisons de charité et établissements
destinés au soulagement des pauvres.
5* Ceux de Tordre de Malte et de tous les ordres militaires.
6^ Les biens des émigrés par décret de TAssemblée Nationale
le 9 février 1791.
([) Voirl» Hevue de février 1908.
(î) Cf. Arch^ dëp. VanB*i, î registres: biens de !'• origine et de 2» origme.
Cf. Â1IISI Nûiiea ^ur iSaint^ravé, par de KerdreL p. &7 et suivantes.
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LE DISTRICT DE ROCHEFORT 16t
lies biens immobiliers vendus et à vendre dans le Morbihan
forent évalués en capital à la somme de 10 millions d'après les
états fournis en 1791 par les 9 Districts. La perception de leurs
revenus était confiée aux préposés de l'enregistrement par décret
en date du 19 août 1791 , et les autorités constituées étaient chargées
de leur surveillance, et les receveurs de District ne touchaient que
l'intérôt du prix dû des ventes d'immeubles. La loi du 1*' février
1793 demanda aux municipalités les états de consislance des biens
des émigrés et le :^8 mars de la môme année un article de loi ac-
cordait à tout citoyen qui ferait connaître ces biens la dixième
partie de ces mômes biens.
Dans le District de Rochefort, lors de la prise de la ville par les
chouans, les papiers contenant cet état furent brûlés. On ai une
nouvelle liste et le revenu annuel des biens des émigrés montait
a la somme de 69.728 livres. Daixs les archives du château de
Brossais se trouve une liste des biens des émigrés mis sous la
main de la Nation, en ce qui concerne le département du Morbi-
han. Elle estsignée des membres du Directoire de Vannes en 1791.
Une autre liste rédigée en 1793 est établie par les soins du Direc-
toire, énumère comme suit les biens des émigrés.
Biens de première oriqinb.
Beauchène de Sarzeau possédant des biens en Questem.
bert, Ijarré et Limerzel.
Bude, frère, en Missiriac.
Bédée, dit Vice de loup, en Molac et Pluherlin.
Bégasson dit Lalardais, en Pleucadeuc et Garentoir.
Carné de Trécesson, en Questembert.
Couôssin dit de Kerhaude, en Saint-Gorgon, AUaire et Saint-
Vincent.
Castellan, aîné, ed Peillac, Saint-Perreux, Saint-Grave, Saint
Jacut, Pluherlin, Saint-Martin, La Gacilly.
Castellan, cadet, en Saint-Marcel et Bohal.
Chérel de la Rivière, en Gaden.
Cornuliier, en Questembert.
Dubot dit Dugrégo, en Saint-Jacut.
Dufou dit Bezidel, en Saint-Marcel.
De Laruée, en Tréal, La Gacilly et Garentoir.
Dubois dit de Saint-Gonan, en Peillac*
MëTêOêt ^*
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170 REVUB DE BRETAGNE
Dufrôche, prêtre de Paris» en Cournon.
De Rieux, en Gléaac, AUaire, Rieux, Les Fougeraiset Peillac
De Forge, en Berric et en Sainl-Perreux.
De Sol de Grissot, en Questembert.
Duhon de Forsan, en]Plurherlin et Saint-Marcel.
Fournîerde Tréio, en Gardntoir.
Guillard des Aulnaye, veuve en Caden.
Demoiselle Le Gouvello, en Caden.
GuerrytCadet, en Larré.
Gaillard des Aulnaye en Saint-Grave et Les Fougorâts.
Gouro de Pommery, en Carentoir.
Guériff et Lannouan, en Carentoir.
Veuve Québriant, en Missiriac.
Hue h et de Cintré, en Tréal.
Hucliet de La Bédoyère, ea Saint-Jacut.
Justel, Julien.
DemoÎÊelle Lebrun, en Questembert.
De Lalandelle, en Peillac.
De Labourdonnay, aîné en Carentoir et Les Fougerfits.
Le Douarain deTrévelec» aîné en Saint»Martin.
De La Bouexiëre, en Carentoir.
Le Métayer du Pourpris, en Questembert.
Le Mintier de Lehellec, cadet en Malansac.
De La Motte-Beaumanoir, en Carentoir,
De La Houssaye, en Saint-Martin et Les Fougerêts. ,
De LaTouche-Quédillac, en Carentoir.
Marnière de Guer, en Pleucadeuc et Molac.
Potiers de Gôvres, en Saint-Dolay.
Ete Pont-Carré, en Questembert, Larré, Molac etPluherlin.
Quiflslre de Bavalan, en Berric.
Rado, frères en Glénac.
De Rieux, en Peillac.
Saint-Pern, en Saint-Marcel.
De Séreol, en Missiriac.
Saint-Pierre dit L'empereur, en Questembert, Malaasao et
Pluhertin.
DeL^Estourbeillon, en Péaule et Béganne.
Viel épouse do d'Argence, en AUaire, Malansac et PIuherHû.
Sur une liste suppt^^mentaire d'émigrés, signée le î germinal,
figurent les noms suivants :
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LE DFSTfllCT DE ROCHEFORT 171
Boyer, vicaire à Saiût-Jâcut possédant du lieu en Saint- Jacut
etPeillac.
Briend, Noël, prêtre en Malensac.
Collet, Renéj prêtre à Baios, en Saint-Perreux.
Coué de la Touche, prêtre à Vannes, en Molac.
David Antoine, curé à Mnlansac, en Berric.
Dudoué, Vincent, prêtre à Questembert.
Deslandes, Olivier, prêlreà Questembert, en Questembert.
EoD, curé à Limerze], en Limerzel.
GuéhenoeuCp Joseph, vicaire à Saint-Martin, en Peillac.
GerniÎDa], prêtre à Bains, en Peillac.
Guébenneuc, curé de Saint-Pierre de Vannes, aux Pouge-
rèts.
GuiHouzic, prêtre à Questembert, en Caden.
HoueiXj Pierre, curé des Fougerôts, en Peillac et aux Pou-
gerêts.
Hémery. René, curé de Saint Gorgon, en Âllaire.
Havard. Mathurin, prêtre à Muzillac, en Missiriac.
Janiiet, Pierre, curé de Lizio, en Saint-Marcel et Missiriac.
Jamet, Augustin, vicaire à Lgrré, idem.
Lucas, Joseph, prêtre à Motac, en Pleucadeuc.
Le breton, Mathurin, curé à Pleucadeuc, en Pleucadeuc.
Laurentj Jean-Marie, curé aux Fougerêts, en Saint-Laurent.
Le Normand, Jean, curé àLarré, en Pluherlin. .
«Marchand, Jo&epfi, curé à Mrilansac, en Allaire.
Monnîer» prêtre, en Saint-Jacut.
Méhat, Joseph, prô're à Questembert, en Saint-Jacut.
Madouas, Jean, vicaire à Quesiembert, en Questembert.
Magré, Louis, prêlrt^ à Qu^^stembert, idem.
Mouro, AthanasH^ prêtre à Questembert.
Minié. vicaire à Limnrzelt guillotiné.
Penhaleux, prêtre à Saint-Dalay, en Peillac.
Pu celle, prêtre à Saint-Jacut, en Peillac.
Picard, Joseph, curé de Radenac, en BohaL
Pochon, Augustin, vicaird à Molac, idem.
Poissémeux, Mathurin, prêtre à Allaire, idem.
Le Baston, recteur d'Allair*?, à Lorient.
Rivière, curé de Lantillac» en Peillac et Saint- Vincent
Robert, Joseph-Pierre, vicaire à CourmoQ.
Servet* René, prêtre à Molac.
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172 ' RE.VUË DK BRETAGNE
Thomin, MathuriD, vicaire à Malestroit, en Missiriac et Saint-
Marcel.
De Trégomacd, noble, en Allaire.
Thomin^ Joseph^ vicaire à Redon» en Missiriac et Saint-Mar-
cel.
Sur la liste supplémentaire du 7 prairial figure le nom de
Grayo, vicaire à Péaule, à Questemberl.
Eofln sur une dernière liste, signée le 30 brumaire an III
Uétard, François, vicaire à Bé^anne, en Gaden,
Héiard, Honoré, curé à Béganne, en Caden et Allaire.
Dupuis-Montbrun, dit Montméjeao, en Garentoir.
Dubot, veuve Juchault de L'Orme, condamnée à mort le 8 Qo"
réal à Nantes.
GuilJermo de Saint-Philibert, en Garentoir.
Hervé, François, de Rdchefort, en Rochefort.
BlBNS DB DBUXIÈMB ORIGINE.
Soùs ce titre sont classés les biens purement ecclésiastiques,
tels que : églises, chapelles, presbytères et dépendances, chapélle-
nies et dépendances. M. Tabbé Joseph Moisan les ayant déjà pu-
bliés en 1905, 06, 07 et 08 dans la Revue Morbihannaise^ nous n'y
reviendrons pa?^ d'autant plus que cette nomenclature serait très
longue*
Parmi les habitants du pays tués sous la Révolution nous cite-
rons Jeanne Louise Ghampeaux, veuve de Louis de Sécillon, ca-
pitaine d'infanterie, demeurant au château de Tregouet, com-
mune de Béganne. Son crime était d'avoir envoyé à Aucfer, où
se réunissaient des chouans, du pain, du grain et du cidre en
mars 1793, et d*avoir des relations avec Gardon du village des-
Alliers en Béganne, chef chouan, et d'avoir envoyé ses fermiers
au rassemblement et d*6tre noble. Elle fut condamnée à mort à
Lorient te 6 ventôse an II, et guillotinée.
Gardon fut fusillé à la Roche-Bernard avec Grignon et Don-
del, chefs chouans pris à Villeneuve en Rieux^ Marie le Nor-
mand, veuve Gaudard, de Malansac ; Jean Desgrées, secrétaire
de La municipalité de Limerzel, et Joseph Morice, cultivateur à
Pluherlin furent condamnés à la déportation pour recel de
prêtres.
Un grand nombre de paysans tombèrent sous les baiiôs répa-
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LB DISTRICT DK ROCHBFORT
173
blicaiDefl dans le District de Rochefort où la révolution fut san-
glante. Au début do CSonsuIat, en novembre 1799, Tinsurrection
royaliste prit un nouvel essor sous la vive impulsion de Georges
Cadoudal qui, en octobre» avait pris Sarzeau, pendant que de
Sol de Grisolles s'emparait de Gnérande, de la Roche-Bernard et
de Redon après la sanglante échauffourée de la Bousselaye. En-
fin les chouaos signèrent la paix avec le général Brune, le 12 fé-
vrier 1800, Les réfractaires reparattront encore plus tard vers
1830, et le gendarme Botrel» en résidence à AUaire, sera assassiné
au Faubourdm en Malansac par les Dequip d*Allatre et consorts.
CONCLUSIONS
Le Direcloire pendant ses cinq années de gestion avait lutté
continuellement avec des alternatives de succès et de revers
contre la chouannerie. Mais il ne sut pas faire aimer la Révolu-
tion. Pour Taider dans sa mission, il ne devait pas trop compter
sur les municipalités dont les attaches avec les prêtres inser-
mentés et les nobles étaient connues. Il plaça plus heureusement
sa confiance dans les juges de paix. Les populations eurent à
soufTrir du gouvernement nouveau qui ne pouvait rien obtenir
d'elles qu'à force armée. La famine sévissait de temps en temps,
la misère était grande, le deuil dans toutes les familles. Et puis
les prêtres avaient été persécutés. FiCS paysans étaient restés
profondément catholiques, et suivaient les offices que les curés
célébraient en cachette. Les sévices dont ils étaient l'objet les en-
tretenaient dans une haine violente contre les agents de la Révo-
lution.
Parmi les habitants du pays guillotinés nous citerons encore :
MM. les abbés Michel Desprès, originaire de Brain, et Julien
Racapé, vicaire de Brain, tous les deux guillotinés à Redon le jour
€^ la Toussaient, 1*' mars 1793. Les Redonnais en éprouvèrent
une grande douleurl En se rendant au supplice les deux victimes
chantaient le cantique du P. de Monfort : «Allons, mon âme, au
tïonbeur véritable. » Le bourreau renonça à sa profession et
mourut încoDsolable quelques temps après.
M- Tabbé Pontgérard, arrêté à Augan et exécuté à Rennes.
MM. les abbés Julien Minier et René Servet sont condamnés
à mort le 10 janvier 1794, le dernier ne fut p»s exécuté. Le même
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174 REVUE DE BRETAGNE
jour à Lorient exécution de Joseph Morice, maire de Pluherlin, et
de Jean Desgrées, secrétaire de Limerzel, chez lequel on avait dé-
couvert l'abbé Minier.
Le 20 janvier 1794, la veuve CaudarJ, de Malansac, meurt sur
réchafaud comme receleuse de prêtres, à Lorient.
A Lorient 6 mai 1794, sont guillotinés l'abbé Noôl Briend, prêtre
de Saint-Maurice, Marc Dénouai, tisserand à Saint-Vincent,
Jeanne Briend, pieuse fille de la môme paroisse, et Pierre Gic-
quel, maire de la commune pour avoir ;donné l'hospitalité à des
prêtres.
26 mai 1794, l'abbé Pierre Mayeuxdu diocèse de Saint-Malo, pris
à Sérent et exécuté avec Jeanne Trégarot, femme Clément et Jac-
quelte Merlet épouse Guimard de Sérent
10 juin 1794, l'abbé Bertrand Carel, vicaire de Guégon, avec
Anne Jean épouse de Lemaître.
Un jeune homme de Peillac, du nom de Briant,est pris à Qui-
beron et échappa ou massacre d'Auray, grftce à une protection
de la Sainte Vierge qu'il invoquait au moment de la fusillade.
En 1796 M. Rdgue, laziriste^est mis à mort à Vannes. M. Coued-
lo tué à Elven; en 1798» l'abbé Brienc^, recteur de Saint- Vincent
est tué d'un coup de fusil.
Déportés à Rochefort et morts sur les vaisseaux l'abbé Louis
Bernard, vicaire de Billio, 40 ans, Jean Le Thiec, vicaire de Mar-
zan, Jean Robert, vicaire de Glénac, 46 ans. '
Déportés à Tlld de Ré (1798 et 1799) Jean Lucas de Pleucadeuc,
vicaire de Molac, 48 ans, Etienne-Nicolas de Noyal-Pontivy, curé
de Tréal, 67 ans, Pierre Villeloys, prêtre à Carentoir 48 ans etc..
P. Merlet.
(I) Cf. Révolution en Bretagne, ouvrage rare aojourd*hai.
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BIBLIOGRAPHIE
BnÉviAmBS et Missels des Eglises et AsBAYBâ Bretonnes
DE France antérieures au xvii* siècle, par Tabbé
F. Duine (Rennes, Piihon et Hommay, ISK)6), Prix:
6fr,
Lb soQS-tHre de ce tr&vail nous donne son but et indique du méoiê
coap lâs moyens que Tauleur & employés pour i'&tteindre: i Catalogue
pour Bibliopbilea ; L'Imprimerie en Bretagne} Notei d'histoire de La Li-
toTf te ProTînciaie ; Calendriers inédits et Questions hagiographiques, »
Le tout est disposé dans un ordre parfait, et les Bréviaires et Missela
sont catalogués et annotés par évèctiôs et subdivisés en manuscrits ^t
impriniéfl. M, Duine a soin de noua diro ce que pensent de ces <£urres
les écrivains qui B*en sont occupés. La Bréviaires et MiêSêU seront né-
eetsaires à qui voudra s occuper désormais d'bagiograpbie bretonne.
Condition actuelle des Serviteurs ruraux Bretons » Do-
mestiques A GAGES et JouaNALIERS AGRICOLES, pdf Jean
Choleau (Paris, Champion, 1907). Prix : 4 fr.
Las lecteurs de la Revue de Bretagne ontétéàmême d'apprécier cett«
remarquable étude économique qui a paru inexienro dans ses colonnes.
Nous n'ajouterons qu'un mot : Tous nos amis applaudiront au succès
qu'elle a remporté en Bretagne où elle fait maintenant école en mettant
H. Choleau au premier rang parmi tes meilleurs économistes bretons.
Lk« Communs en Bretagne a la fin de l*Ancîen RÉOfME
(1667-1789), par Pierre Lefeuvre, docteur en droitfRennes,
Oberthur, 1907;,.
Pour exposer dans tous ses détails ta question des Communs en Bre-
tagne, question intéressante s'il en (ut, 11. Lefeuvre a pris pour guidât
HH- de la Borderie et Sée: vraiment il ne pouvait se faire mieux ac-
cDmpagner. Les landes qui constituaient et constituent encore Tune
des particularités de notre pays, méritaient bien que L*on écrivit leur
histoire at leurs Ticiesitudes. Le paysan les aime et y reste profondé-i
ment attaché ; il semble ne les mettre en valeur qu'avec un amer re*
grei. Faut-on lui en faire un reproche ? M. Lefeuvre nous montre les
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176 REVUE DE BRETAGNE
cultivateurs aisés devenus afféagistes, quasi propriétaires de terrains
cofmmunaux» tandis que les pauvres s'opposaient par tous les moyens
possibles à cette mise en valeur. Tout est étudié : origines, principes
Juridiques, afféagements> partages ; attitude du pouvoir souverain, des
privilégiés et deç paysans. En somme, nous possédons maintenant sur
les Communs dont il est si souvent question en Bretagne, une étude
eonsciencieuse et approfondie, et Tou'vrage de M. Lefeuvre a sa place
indiquée dans les bibliothèques des jurisconsultes et des historiens.
Lb Folk-Lore df France, par Paul SébîUot, tome IV,
(Paris, Gi^ilmoto, 1907). Prix : 16 fr.
Nouô voici au tome IV de cette vaste recherche des traditions et des
légendes de France qui a compris déjà le Ciel et la Terre, la Mer et les
Baux Douces, la Faune et la Flore. Cette fois M. Sébillot étudie les
croyances populaires concernant le Préhistorique, les Monuments, le
Peuple et i*Histoire et passe en revue les menhirs, les dolmens, les tu-
muli, les pierres diverses, les cultes et observances mégalithiques, les
rites de la construction des monuments modernes et antiques, les
églises, les ehftteaux, les villes, enfin le Clergé, la Noblesse, le Tiers-
Etat, les guerres et THistoire de France. Gomme ses trois aînés, ce livre
est bourré de citations, de récits, de souvenirs locaux ; il se termine de
plus par une Bibliographie et une Table Générale et ne comprend pas
moins de 500 pages! et notre pro?ince y fournit sa très bonne part» la
moitié des renseignements au moins étant d^origine bretonne,
A ce propos je suis heureux de'rappeler le tome III de cette énorme
compilation lequel avait trait à la Faune et à la Flore dans la tradi-
tion française (Paris, Quilmoto, 1906) prix: 18 f^., et dont notre éminent
collaborateur M. le V^* Olivier de GourcuS a donné le compte rendu ici
môme en décembre 1906. Successivement défilaient devant nos yeux les
mammifères, les oiseaux, les reptiles, les insectes, les poissons, les
arbres et les plantes, et Ton ne saurait imaginer combien de légendes
fondées ou non se sont greftées sur tous ces animaux et sur ces pro-
duits de la terre que le peuple voit tous les jours môles à ses tra-
vaux et dont Texistence est très souvent, pour ainsi dire, inséparable
de la sienne. Et je ne veux citer ici que cette curieuse idée de création
dualiste ayant cours en Bretagne et qui attribue par exemple à Dieu
le chêne, le pommier, le châtaignier, la vigne, le genêt, le rosier, la noix,
et au Diable l'épine, le marronier, la ronce, l'ajonc, l'églantier et le
gland. Bien entendu, dans ce volume encore, la Bretagne occupe la
première place.
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BIBLIOGRAPHIE 177
Mélanc^bs d'Histoirb Bretonne (vi^-xi* siâclb)^ par Fer-
dinand Lot, directeur adjoint à TEcole pratique des
Hautes Etudes (Paris, Champion, 1907). Prix: 15 fr.
Je neoonnaiB rien déplus travaillé que le nouTcau livre de M. Lot;
e^taineoient ses Mélangée soulèveront plus d'une polémique car leurs
conclusions se trouvent être la plupart du temps en complet désaccord
avec celles de M. de la Borderie, notamment en ce qui concerne les vies
de saint Malo et de saint Oildas. L*auteur à pris pour les étudier, les
disséquer plutôt, sept pages qui peuvent être comptées parmi les plus
intéressantes de notre histoire nationale : les gestes des saints de Redon ;
Pèstien, archevêque de Doi; Nominoé, Ërispoé et TBmpereur Lothaire;
Nominoé et le Monastère de Saint- Florent le Vieil: le schisme
breton du IX* siècle; la vie de saint Malo et la vie de saint Gildas.
Trois textes importants les accompagnent : la plus ancienne vie de
saint Malo, la Viia MachtUis par Bili et la Gildx vita et translatio. Ra-
rement on a écrit sur le passé de la Bretagne une œuvre plus étudiée et
plue documentée. La Revuê de Bretagne publiera prochainement un
compte rendu détaillé des Mélanges de M. Lot qu*a bien voulu écrire
pour nous l'un de nos plus savants collaborateurs.
Saint Feux de Nantes, par Tabbé A. Delanoue, curé de
Saint- Félix de Nantes (Nantes, Biroché et Dautais,
place du Pilori, 19tV7). Prix : 2 fr.
On ne saurait assez engager MM. les curés et recteurs à écrire la mono-
graphie des paroisses confiées à leurs soins spirituels. Plus que tous les
antres ils sont à même de se procurer des renseignements verbaux ou
de se faire ouvrir les portes des greniers oii moisissent parchemins et
papiers. Qu'ils ne craignent pas de s'adresser aux archéologues et his-*
toriens bretons, et ceux-oi seront ravis de les guider dans leurs re-
cherches et de leur donner les explications nécessaires. Après avoir
narré la vie de saint Félix, évêque de Nantes* M. Tabbé Delanoue nous
présente la topographie de son quartier, le village de Barbln, la sei-
gneurie et la trêve de Loquidy. l'Angle Chaillou, les terres et seigneu-
ries locales enfin la paroisse qu'il dirige, paroisse toute récente puis-
qu'elle lut taillée dans celle de Saint-Similien en 1844. Une toute petite
eritique : M. Tabbé Delanoue est-il bien sûr que le mot Brdre vienne
de ar dçur, l'eau ?
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178 REYUE DE BRETAGNE
Une Communs Bretonne pendant la Révolution. Histoire
DE Sai?ît-Sbrvan de 1789 à 1800, par Jules Haize ('Saint-
Servan, Haîze, 1907). Prix: 5 fr.
M. Haize à qui nous devons l'Histoire de Saint-Servan sous Tancien
régime, était tout indiqué pour nous donner la suite de cette impor-
tante manogr&phie. Toutes les personnes, et elles sont nombreuses en
Bretagne et ailleurs, qui sMntéressent au passé de la Côte d'Bmeraude
liront avec plaisir cet ouvrage où Je relève : la rivalité toujours crois*
santé de Salnt-Servan et de Sàint-Malo qui devait aboutir à la sépara«
tioQ des deux villes sœurs en 1790 ; le nombre toujours croissant aussi
des c&bareta Servannais (28 en 1790 ; 182 en 1907 1) ; la profonde intelli-
gence des f Amis de la Constitution >, société révolutionnaire formée de
la Société Maçonnique et du Cercle avancé qui, entre choses pleines
d'esprit, décida de supprimer le 31 décembre 1792 les visites du nouvel
an comme préjugé gothique : enfin bien d'autres détails curieux sur
Tarbre de la Liberté, la Qarde Nationale, la Chouannerie, etc.
Inventaire sommaire des Archives Communales de Saint-
Servan antérieures à 1790, par Jules Haize (Saint-Ser-
van, Haize, 1908). Prix : 4 fr.
On sait que les inventaires sommaires rédigés sous la direction du Mi-
niBtére de rinstruction Publique ne concernent pas seulement les Ar-
chives départementales mais qu'ils s*étendent aussi aux Archives com-
munales. Malheureusement les Archivistes Départementaux sont acca-
blés de besogne et il leur est presque toujours matériellement impos-
sible de dreeser eux-mêmes les inventaires des communes importantes
de leur région. Aussi est-ce une bonne fortune pour eux que de ren-
contrer sur place un érudit qui consente à faire cette besogne si utile et
si instf uctive. Et cette bonne fortune devient un rare bonheur quand
réfudit en question se double d'un historien comme l'infatigable M. J.
Haize, qui connaît à fond le passé de sa ville pour en avoir écrit Thia-
toire. C*eat dire que l'auteur de VEiitoire de Saint^Servan nouË l'ancien
régime et pendant la Révolution s'est acquitté à merveille de la tâehe
qui lui a été confiée. Pent-ôtre y a-t-ii lieu de regretter que M. Haixe
n'ait pas donné un peu plus de développement à son travail. Quoi qu'il
en soit, celui-ci fourmille de détails sur le passé de la vieille et belle cité
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B1BL10GHAPH1E 179
SerTintiâiae, «t comprend 94 pages aTec sa table, ce qui est déjà très
joli pour aD€ TîlLe qui jusqu'en 1790 ne fut considérée que comme une
paroisse rurale.
Lk BrENBEUREux L. M. Grignion de Montfort (1673-1716)
par Tabbé A. Laveille (Paris, Poussielgue, 1907).
Od a rendu compte à pluâieura reprises dans la Revue de Bretagne
de la Biographie de TAbbé J.-M. de La Mennais par M. Fabbé LaTeille
et j'ai dit moi-même ma yêritable admiration pour ce livre qui mit en
lumière le créateur do 1 institut des Frères de Ploermel, de cet Institut
que la France a dissout U y a peu de temps (Voyez Jean-Marie de la
Mennais 1780-1860, Paris, Pouisielgue. 1903, deux volumes). Le même
tuteur nous retrace aujourd'hui la vie d*un autre Breton, le Père de
Ifontfort, doDt le souvenir est si populaire et toujours si vivant depuis
le nord de rille-et-Vilaine jusqu'en Poitou, le fondateur de la Compa-
gnie de Marie et des Filles de la Sagesse, le missionnaire de Pontcbà*
leau, le constructeur du célèbre calvaire. Comme elle est bien contée
cette existence de Tapâtre zélé qui k pour refuser d'être de son temps,
se H expulser de sept ou huit diocèses. '> Aussi est-ce à Juste titre que
le Cardinal Vincent Vannutelli a pu écrire à M. l'abbé Laveille : « Je
vous félicite d'avoir mis dans son véritable jour ce vaillant lutteur qui
fat un grand saint et un grand caractère, et je fais des vœux pour que
Totre Ït7re soit beaucoup lu, surtout par les prétreâ qui y trouveront
un modèle parfait à imiter. » Ces lignes sont le meilleur éloge qu*on
puisse faire de la Vie du P. Orignion de Montfort et de son biographe.
*
* *
Recïts Vécus (1870-1871), par G. Martineau (Rennes,
Plihon et Hommay, 1907). Prix: 4 fr.
Sous ce titre If. 0. Uartineau a eu l'heureuse idée de réunir toutes
SêB Dotes de campagne, toutes tes lettres qu'il écrivait à ses parents et
quelques souvenirs de ses camarades ; h Taide de ces documents il a
écrit rhistoire de la deuxième batterie d'artillerie mobile auxiliaire
d*Ilie-et-Viiaine à laquelle il appartint eu qualité de maréchal-des-lo-
giB*cbef et qui était commandée par le capitaine Glo?heret. Pour rendre
ces anecdotes et épisodes plus agréables encore à lire, M. Martineau les
a accompagnés d'une carte et de 19 gravures dont la plupart sont la
reproduction de photographies de ses compagnons de campagnes. Rè'
cite vécus a ce grand charme de conter tout spécialement les vicissi-
tudes d'une simple batterie, de Tune de ces unités dont sont composées
les armées, et par suite M. Martineau est trop modeste en disant que
sa relation côtoie T Histoire : en réalité elle est de THistoire même.
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I
iftO RRVUE DE BRETA9NE
Recherches historiques et topogaphiques sur les Con-
PAGNONS DE GuiLLAUME LE CONQUERANT, pSF Etienne
Dupont {Saint-Servan, Haîze, 1907). Prix : 5 fr.
La première partie de ce grd^nd travail est consacrée à la Bretagne,
au Poitou, aux Flandres, au Boulonnais et à l'Artois. M. Dupont a
puisé BeB renseignements dans le Domesday Book^ livre cadastral de
TAtigLeterre composé à la fin du XI* siècle, et dans des Tables nomi-
nales. En ce qui nous concerne, y eut-il beaucoup de Bretons i venir
en aide au duc de Normandie lors de sa descente en Angleterre ? If. Du-
pont admets avec Delaporte, le chiffre de 5.000. Je n'en serais nullement
étonné, et Alain Fergent, notre duc, dut être accompagné par une
foule de ses compatriotes. Je ne sais si Ton peut tenir compte de c 0
fait (fue les Léopards, qui forment les armes de Normandie, entrent
aussi dans un bon nombre d^écussons de familles bretonnes originaires
presque exclusivement des côtes de la Manche. Les Rechercher de M. Du-
pont 90nt d'autant plus curieuses qu'elles traitent un sqjet peu connu
et qui mérite de Tétre.
Le Ftnistèiie Pittoresque, Sites et Monuments, par G.
Toscer (Brest, Kaigre). Le fascicule : 1 fr. 75 ; en sous-
cription : 1 fr. 50.
Voilà un charmant ouvrage que je voudrais voir sur toutes les
tables bretonnes. Bien conçu, bien édité, bien illustré, rempli de doou-
mentSi il comble une vraie lacune car, ainsi que le fait remarquer très
justement M. A. de Lorme dans la préface « voilà bientôt cinquante ans
qu'il n'a rien été publié de complet sur le Finistère. » Les 8 premiers
fascicules de cette publication (564 pages) sont consacrés au Léon«
La Cornouaille va suivre dans le courant du 2* trimestre 1908. Je
ne Baurais mieux faire que de répéter avec If. de Lorme : c Un pa-
reil Ouvrage mérite le succès. Guide parfait pour les étrangers, il leur
pernud^tra de refaire Thiver. au coin du feu, des excursions de l'été ;
quant aux f^ens de chez nous, il les mettra à même de mieux con-
naître et de mieux apprécier la vieille terre d*Armor, si douce et si
chère à tous ceux qui Pont habitée ». Donc, souscrirons, si ce n'est
déjà fkit, au Finitière Pittoresque.
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àlsLIOGRAPUl£ ISI
L.K Théâtre au Collège, du Moybn-Agb kt a nos jours,
par L.-V, Gcfflot (Paris, Champion, 1907). Prix : 7fr. 50.
Il y a peu du persoDnea^ j'imagine, à savoir que le thé&tre en France
est Dé dans les collèges des Jésuites. Parti de là il a bénéûcié d'une
faveur peu commune, ^t les Comédiens du Thé&tre Français se trouvent
éire les descendants dramatiques des écoliers rhétoriciens et philo-
sophes du XVI* siècle. Les scènes des collèges devinrent de plus en
piuâ soignées et les représentations qui y étaient données, de plus en
plus suivies. Sur la couverture et à la page 40 de son livre, M. Gofflot
reproduit la décoration du Collège des Jésuites de Rennes qui put pas-
ser k bon droit pour un modèle du genre. « C'est là, dit-il, que fut jouée
probablement vers 1710, le 22 août, Conaxa ou les Gendret dupés ^ co-
médie écrite par un Jésuite de cette ville et tirée d'un livre du P. Jacques
Rînald, publié en 1073. Etienne, au commencement du XIX* siècle, s'ins-
pira de cette pièce et y fit même de nombreux emprunts pour sa comé-
die L«f Deum Gendres qui, représentée au TLé&tre Français, obtint un
grand succès et conduisit son auteur jusqu'au sein de l'Académie Fran-
çuae. Une violente polémique s'engagea au sujet de la paternité de cette
pjèce - rœuvre du P. Jésuite fut jouée à l'Odéon et cette supercherie lit-
téraire eut un retentissement considérable. » On le voit, le compte-ren-
du de Thistotre et do développement du Théâtre au Collège n'était pas
hors de sa place dans une revue bretonne.
Les Sources de l'Histoire de France depuis 1789 aux Ar-
chives Nationales, par Charles Schmidt, archiviste aux
Archives Nationales. (Paris, Champion, 1907). Prix :
5fr,
On pourrait appeler ce livre : le Guide du travailleur aux Archives
Kationales pour la période contemporaine. Il prend le chercheur à son
entrée aui Archives, le suit à la salle de travail, lui met en main des
joventaires et lui indique le moyen de trouver tout ce qui l'intéresse.
On a quelquelois peu de temps à passer à Paris; les Archives sont bien
loin; les archiviste! sont tes hommes les plus aimables du monde, tou-
jours prêts à rendre service et à être agréables, mais les heures sont
limitées et les ai gui Iles du cadran marchent avec une vitesse désespé-
rante. Aussi doitron une véritable reconnaissance à M. Schmidt dont les
SQuroêM éviteront à bien des auteurs une perte de temps considérable.
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ia2 REVUE DE BRETAGNE
Chrrstomathib Bretonne (Armoricain, Gallois, Corniqub)
PREMIÈRE PARTIE i Breton Armoricain , par J. Loth
(Paris, Bouillon, 1890. — Paris, H. Champion).
La Ghrestomatbie Bretonne du savant doyen de la Faculté des Lettres
de Rennes est devenue le vade-mecum indispensable de tous ceux qui
8*occupent de l^histoire de Bretagne surtout à ses débuts : elle est des-
tinée en effet aies préserver de beaucoup de mécomptes. La compétence
de Fauteur qui connaît à fond les dialectes celtiques nous autorise à le
suivre aveuglément. Après une introduction où il donne des notions
sur le vieux celtique (gaulois et Ile de Bretagne), sur la période de tran-
sition et sur la période néo-celtique, M. Loth étudie ce qui nous reste
comme monuments du Vieil armoricain (VIII« au XI* siècle), du Moyen
Armoricain (XI* au XVII* siècle), enfin TArmoricain moderne, et le
tout se termine par un Index des noms de lieux et de personnes et
par un vocabulaire. Cet ouvrage considérable — il contient 500 pages
— est le plus beau monument que pouvait élever au passé et à la
langue nationale de la Bretagne le plus érudit de ses enfants. S'il avait
été écrit plus tôt, on n'aurait pas vu imprimer tant de sottises sur les
étymologies de notre pays.
Grammaire Bretonne du dialecte de Vannes, par A. Guil-
levic, professeur au grand séminaire de Vannes et P. Le
GofiF aumônier (Vannes, Lafolye, 1902). Prix : 2'25. —
Exercices sur la Grammaire Bretonne du Dialecte de
Vannes, par les mômes (Vannes, Lafolye, 1903) Prix :
2'50. — Vocabulaire Breton- Français et Français-
Breton DU Dla^lecte de Vannes, par les mômes(Vannes,
Lafolye, 1907).
Le Breton du dialecte de Vannes peut être maintenant enseigné vite
•t clairement grâce aux trois livres de MM. Guilievic et Le (k>fL Ce Qoi
me frappe surtout c'est la méthode sûre et pratique qu*on y a suivie et
la clarté lumineuse de l*enseignement qui y est donné. La Chrammaire
est précédée d'une préface de notre éminent collaborateur M. Bmauit
sur les Dialectes Bretons qui est un petit chel-d'œuvre. Les Exercices
avec tlièmes, versions et vocabulaires forment ia suite nécessaire et
voulue de ia grammaire. Enfin le Vocabulaire, breton-français et fran-
çais-breton est le complément de i'ceuvre» le couronnement de Tédiâce :
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BIBLIOGRAPUIB 1
«t c«1r eit TérïUbl«ment popnlalret cet» est à la portée de tous. Les
V&nneUis se trouvent SYOir du coup une avanoe oonsidérabie snr leurs
compatriotes du Tréfor 8t dti Léon, et le mérite en reTient à MM. Gail-
leric et Le Golf, qui d^ailleurs ont regu de MM. d*Arbois de Jubainville,
Loih, Ern&uU, etc., les compliments qu'ils méritaient. *
Gbrioc; Kbcmraek ha Buezunek, dastumbtha lakabt kbn-
VER HA KENVER, gant Abhervé (Saint-Brieuc, Imprime-
rie Saint^Guillaume, 1907) (2* édition).
Notre collabora l#)ur et ami M. F. Vallée a eu l'exoeliente idée de pu*
bUer une série de mots bretonf et galbls plaoés Tun en faœ de l'autre
et permettant à celui qui connaît Tun de ces idiomes, de comprendre
l'antre^ Nul n'était mieux pis ce pour cette besogne vraiment bretonne
que Le sympathique et dévoué directeur de Kroas ar Vretoned.
La ViSîdN DB TONDALE, TKXTES FRANÇAIS, ANGLO-NORMAND
ET IRLANDAIS, publiés paf V.'II. Friedel et Kuno Meyer
{Paris, Champion, m)Tj. Prix : 7 fr. 50.
La vision de Tondaîe^ oeuvre de Uarcus qui l'écrivit en latin au XU*
siècle * occupe une place remarquable parmi celles qu*a produites 11-
maglnation celtique. » Les auteurs ont pensé qu'il serait utile d'en
publier quelques versions non encore imprimées: deux récits en prose
fraaçais» un fragment d'un poème anglo-normand du Xlll*' siècle et une
traduction irlandaise du XV*. Au moment où le panceltisme est popu-
laire, ou le renouveau de la langue gaélique bat son plein en Irlande,
où DOS écrivains de France recherchent et étudient avec avidité les vieux
poèmes du Moyen Age, la publlcaiton de la Vision de Tondale vient à
80Q heure et chacun voudra la counaitre et comparer entre elles les trois
versions inédites.
Bretagne dAujourd'huikt Bretagne de Demain, par Jean
de Plounéour (Vannes, Galles, 1908).
Tableau r de la vie bretonne en trois scènes, ou visites, sur la nécessité
de conserver les anciens coËtumea et de faire revivre l'Esprit breton.
A iouer et à faire jouer partout en Bretagne, surtout dans les salons.
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1S4 REVUE DE BRETAGNE
Le grand mérite de cette jolie petite pièce est de donner, en le mettant
snr la scène, beaucoup plus de vie et de mouvement à Texposô d'un des
problèmes les plus intéressants du mouvement breton*
De la Persistance de la Langue Celtique en Basse-Bre-
tagne, par A. Travers (Rennes, Oberthur, 1906). — Les
Inscriptions gauloises et lb Celtique de Basse-Bre-
tagne, par le même. (Rennes, Oberthur, 1907).
Dans une première brochure, M. Traversa tenté d'établir qu*en Basse-
Bretagne on n'a jamais cessé de parler le celte des aïeux continentaux
et que ce que nous appelons aujourd'hui le breton n*est qu'un dérivé
directe de ce celte : ne jetons donc pas continuellement les yeux vers
les Gallois qui nous auraient doués de leur langue, ce qui est faux.
M. Dottin ayant combattu la thèse de M. Travers, celui-ci a répondu
dans une seconde brochure qui est le complément de la première. Ces
deux ouvrages ont été vivement analysés et discutés au Ck)ngrè8 Breton
de Lamballe.
A signaler trois délicieuses conférences faites à la Société Centrale
d'Horticulture d'iUe-et- Vilaine par notre collaborateur A. Grain sur
les Jardins d'Autrefois^ sur une Promenade horiicole à Mordelles le
23 juin 1907 et sur les TribuXaiions d'un Horticulteur à ses débuts,
réunies toutes trois en une petite brochure.
R. DB Laioub.
^
Le Gérant : F. Chevalier.
V«iui«8. — Imprimerie LAFOLYE Faicass. 2, place des Lices.
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REVUES BRETONNEb
VRWAujftm 'AH* aoQ. MensueJ^ 1 an f2 fr. Union postale 15 tr.
Le numéro t fr. 25. Les abonnemeDts partent du 20 octobre.
Directeur : Louis Tiercelin, à Paramè U Ile-et-Vilaine).
Les Â!fi«ALcs hz Bretagne : 22* aun. Trimestriel. 1 an 10 fr.
Unioa postale 12 fr, 50. Publiées par la Faculté des Lettres de
Rennes. Rédacteurs G. Dottin, 37, rue de Fougères, Rennes.
Le Clocher Breton : 14° an a MeosueL 1 an 5 fr. 50. Directeurs :
René Saib et Madeleine Desroseaux. Bureaux, 29, rue Belle-Fon-
taine, Lorieut.
BCLLSTIFf 0E LA COUBITSSIO^ UIOCÉSAinE D ARCHITECTUBB BT D'ARCHBO-
lOfîiE DU DIOCÈSE DE QùiMPER ET DE LÉON : 6" auu. Tous les deux
mois. 1 an 5 fr. Quimper.
La Revue MoRBiHANifAiSE : 11' ann. 1 an 5 fr. Directeurs :
J. Bdleon, V^» de ia Grancière. E. Sagerêt. Chez Lafolye, Vannes.
La Paroisse Bretontve de Paris : 9* ann. Mensuel, 1 an, 2fr.25.
Directeur ; M 1 abbé Cadic, \3, rue Littrè, Paris (VI« ar»),
La Jeunk Bretagne: 5» ann mensuel. 1 an, 2 fr. pour la Bre*
tagne. 2 fr- 50 pour le reste de la France Bulletin d*études et d'ac-
lion sociales. Bennes. 30, rue Hoche.
Feiz «a Breiz : H* année. Tous les mois. 1 an 3 fr. Les aboune-
menis partent du l''^ janvier. S'adressera M. Cardinal, recteur de
Saiot-VouKay. par PlouzévédécFinistére, et pour les abonnements
à M. Caroff^ vicaire aux Carmes, Brest [Finistère).
Bretoned Pah». Bulletin de la Société " La Bretagne », 4* année.
1 an, 2 fr. 50. Direction : 40, rue du Cfaerche-Midi, Paris
Revue bu Pats i>*Aletm ; 4" année, mensuel. 1 an. 3 tr. Dire»,
teur : Jules Haize, rue Jacques Cartier, Saint-Servan.
Le Pats d' Arvor : 2" année, 1 an, 5 fr. Directeur : Jacques Pohier,
à Ancenis (Loire- Inférieure). Administration et Bureaux, 25, Haute
Grande Rue, Nantes.
KivtTE DU Traditionnisme. — iÎM?. inUrn. du folk'lore — mens
1 an. 10 fr. N*, 1 fr. - - Directeur : M, de Beaure paire-Froment
Paris, 60, quai des Orfèvres.
REvrE DU Bas-Poitou, 20' année, trimestrielle ; 1 an : 8 fr.
No 2 fn 50. — D^ M. René Valletie, à Fontenay-le-Comte.
L'Apîjoc histortode. — 1* ann, tous les 2 mois. 1 an : 6 fr. /)'
M. Tabbé Uzureau, aumônier, à Angers, Edit^ : M. Siraudeau
4, Chaussée Saint-Pierre, Angers.
Revue des Traditions populaires, 22» ann. mens. 1 an, 15 ti .
N* 1 fr. 50. Direct. M. Paul Sèbillot, SO, boulev. St-Marcel Paris.
La Revue Bleue, 15, rue des Saints- Pères. Paris.
La Vendée hlsîoriouë. — (Revue de la Vendée militaire). Tous
les quinze jours ; 11* année. — Edit. sur papier fort, 6 fr. 50 ; édit.
ord. 5 fr. — B' Henri Bourgeois, à Lu^on (Vendée).
Revce de l'Anjou, 57» année, 12 fr. par an. — Librairie Germain
et Grasâin, Angers.
Là Revue Héraldique, fondée en 1862. Mensuel, Directeur
V** de Mazières-Mauléon, Bureaux ; 8 rue Daumier, Paris
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""""1
n
CHEMINS DE FER D'ORLÉATW
BIU.KT8 D'IIUER it IBTOOS IinUTIDDSLS et it FilOU
lH)ur les Stationt Thtrmaleft et )li^îftale«
/ Des Pyrtoéei et du Oolte de Oasoogiie. Arcecbon, Biarritz
DaXi Pau, Balies-ile-Béam, etc.
Tarif spéciM G. V, A** 106 {Orléans.)
La Compagnie d'Orl4aii8 déHtre toute l'annéa, à toutts les gares de son
réseau, poor les stations ttiermales et hivem^ics àtx Midi :
!• Des Billets iTAIler et Retour iadlvidiuels, avec fédtiction de 35 •/# eo
i^ classe et de 30 */o ^ ^ ^^ ^ classes, sur les prix calculés an tarif gé-
néral d'après l'Itinéraire effecti^ment suivi ;
2" Des Billets de famille de 1^% 2* et 3« class&S, comportant une réduction
d« 20 à 40 */«, sqivant ie nombre des personnes, sous condition d'effec*
t«er un parcours tninimum de 300 kilomètres {jàWnr «t retour compris),
Dvrée de validité: Séjours, nn» compris les jovrs de départ et d'arrivée,
avec f^eulté de prolongation*
CHEMINS DE FER DE L'OUEST
AUX AMilTEURS DE CARTES POSTALES
La C^mpagaie de TOuest a rhoaneur 4a rappeler au poblic qli*elle a
fait publier s Séries composée» chacupe d(^B Cartes postales ilHifttrées
reproduisant en couleurs ses plus joUes AfhcheSr
!'• Série. — Affiches du Service de Paris è^ Lopdres.
s»« Série* — Affiches de» Ktcursions en Normandie et en Bretagne.
Ces deux Séries sont mises en vente séparément dans les bfbliothêqiiei
des gâtes du réseau d» TOuest ou adressées franco à domldle contre
l'envoi d6 leur valeur (o fr. 4o ctta<|ve Série) sur deoaanâè'aâiraQchie au
Scrvloe de la Publicité de la Compa|;Ata, ao, rue de Rome, à Parla*
Vnnoe**. — fh^primerie tkPovt^ frères, 3, place d«s Lices.
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•^4
—-^SS^tts^
!02L^Série. — r
7* Année
AVRIL Ï908. Tome XXXIX
f.
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REVUE
de Bretagne
REVUE 4^ REVUE
ié Bfêfagnt et de Yendée
/UE
Jiiêtoriqut d§ rOueMi
/
RÉUNIES
"Tf
^»» de l'ESTOURBEILLON, Directeur
Çr R%Hi Di LA J GUE. H^Mltur *n chtf
MM^ \a V*" C^^MP* q^ CALAJN, S*cict*iff re>,iMri4i four I I3f-iî- Vilaïnc. - Rr^^.
/ I Y -* AVEN«AU or m GRANCli^Rt pt^ut k M.»Tbi*iiif* ^i \m RAISON j»u
'^
f
LAFOLrVE FRERES
EPITEUIÏft
L^CCJ
PARIS
MONORB CHAMPION
U H rM I M 11 M U I I I U %
NANTEHRE
M, LE UAULT
MDCCCVIII
f4a«es ies Lk«ÏH V>^ilk«^i--- ' '' ' Digitized by VjOOÇIC
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SOMMAIRE
I. — Combour ei êes Seigneurx. — Paul de la Bignb. . . , 185
IL — Mélanges hisioriqueÊ (suUc), — IV. Saint Armel. — V. L*
Comte Evên. — V. Saint IvL — V*« Ch. de la Lande de
Calak. , 202
IIL — Légende Bretonne r Rieux et Redon. — Adolphe ÛRAin 209
IV — L* Happeï da Parlement de Bretagne (iôjaillet 1769 J. —
Adolphe Orain 2H
\, — Le Soleil sur la Mer. -- Jeanne Henrida 214
VI. — Un Livre d*HiMtùire. — André Oheix 215
VU. — Bibliographie 235
CONDITIONS D ABONNEMENT
France, uû an. . , 12 fr.
Etranger, — 15 —
On s abonne soit cheï M ïe comte de Laigub, château de
Bahurel, par Bedon, soit chez M. Lafolte, imprinaeur à Vannes.
Les abonnements partent du !•' janvier ou du !•' juillet de
Tannée en cours. — Il n'est pas vendu de fascicules isolés, sauf
pour les abonnés.
Les travaux comprenant au moins 16 pages de texte sont seuls
tirés à pan. ÔO eietnplaîres sont oflferts aux auteurs.
Nota, — Il Mer» rendu et^mf^te de tout ouvrage d'auteur Lu ton ou m-
tére$SAnt la hretAgne, dont un exemplaire aura été adrtsué au Rédatîeur
en chef dt iê Retfue.
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS
1
ORIGINES
L'aatique baronnie de Gombour a été dans l*origiDe démem-
brée de la seigneurie temporelle des évoques de Dol qui
possédaient encore à cette époque le titre et la dignité d'arche-
vêques (1).
Au commencement du XI* siècle Jinkeneus^ Gingueneus ou
Ginguené, archevêque de Dol, deuxième fils d'Haimon !•%
vicomte de Dinan et de Roianteline, vicomtesse de Dol, fonda
et construisit de ses propres deniers le ch&teau primitif de
Gombour.
D*a près Ogée « la grosse tour que Ginguené fit construire à
« Gombour, célèbre par les sièges qu'il a soutenus, lui fit don-
« ner le nom de Gombour. » J*avoue que je ne vois pas bien
pourquoi! en sorte qu'il me semble que Texplication d'Ogée en
appelle une autre. Je préfère la suivante : M. N06I de la Forte-
maison explique ainsi la signification primitive du nom de
Gombour :
« Ce nom vient du latin Comboreei Combure, Combornium et
Combumium, qui ont tous deux un setis identique et signifient
le Val delalimitQ(F'atft5arf finem). La leçon Com^or^ est plus
. ancienne que celle de Combornium et c'est d'elle que vient le
nom de Gombour devenu bien mal à propos dans Torthographe
officielle Gom bourg (2).
(1) De la Borderie, Bulletin de la Société archéologique d^IUe-et-Vilaine, 1862,
p. 175.
(2; Dès mi on trouve Comborn, enquête de Dol. Dom Morice. Preuves i,
p. 404.
Avril 490ê, tS
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1^6 REVUB DE BRETAGNE
« En effet Combore vient de Cumb en breton, ou Cumba en
basse latinité qui signifie vallée et de or ou ora^ bord, terme,
ore, orée. Combornium vient égale^oent de Cumb ou Cumba et
de bonn, borna ou burna, en français borne, limite.
« Il en résulte que le cours du Linon qui séparait en aval
révôché de Dol de celui de* Saint-Malo* le séparait également
autrefois en amont lorsque rarchevôché de Dol jouissait de la
plénitude de sa suprématie.
« Or Gombour étant placé dans un fond sur la rive droite du
Linon et celte rivière ayant dû être sur toute |a ligne la limite
naturelle des deux diocèses, il y aurait lieu de croire que cette
petite ville a fait d'abord partie de Tarchevôché de Dol. »
Cependant dès 1065 Combour fait partie de Tévëché de Saint-
Malo. V. D. M. Pr. jcol.425.
La ville de Dol ayant été ruinée et saccagée par les incursions
normandes et les guerres civiles entre Henri II roi d'Angleterre
et duc de Normandie et quelques seigneurs normands et bretons,
les titres de l'église et évôché furent brûlés et perdus, en sorte
que les évêques et chanoines ne pouvaient justifier de leurs
droits et possessions.
Pour y remédier une enquête fut faite en 1181 par ordre de
Henri II, roi d'Angleterre, et de son flls Oeffroi,duc de Bretagne,
du chef de sa femme Constance. Celte enquête avait pour but le
recouvrement des biens de l'église de Dol.
Les témoins appelés dirent que : l'archevêque de Dol Qinguené,
Rivallon Chèvre-Chenue, Josselin de Dinan et Salomon le bâ-
tard, étaient frères; que l'archevêque Gmguené donna à son
frère Rivallon tout ce qu'Asculfe de Soligné et son épouse pos-
sédaient dans le territoire de Dol, savoir : douze flefs de cheva-
lerie, les tenues qu'ils avaient au bourg de Sainte-Marie et le
droit d'emprunt de mille sols sur les vassaus de Dol, emprunt
qui ne se pouvait renouveler tant que le premier était dû. II b&lit
le château de Gombour et le donna k ce même Rivallon (1).
Cet archevêque Oinguené, le fidèle conseiller du Duc, fut l'un
des plus grands seigneurs de son temps. Voulant doter sa propre
famille, il donna à son frère Rivallon, surnommé Chèvre-Chenue,
souche dîs seigneurs dits de Dol, la sei,<çneurie de Combour avec
douze âefs de chevalerie ou de bautbert, sous sa mouvance,
(1) Dom Morice, Preuves de VHist, de Bretagne, 1 col. 683.
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COUBOUR BT SB8 SIBItiNEURS tS7
« duodecim feuda militum et masuras qaas habet in burgo
sanctœ Maris, (paroisse deNotre-Dame-sous-Dol) et ereditionem
mille soridorem ia D^lo. « Il y ajoutai de yastes domaines lui im-
posaateD retour robi^gation de défendre et de protéger les terres
et vassâux de Tégliie de Dol et de comroaQder son ost, quand
besoin serait. Aussi le sire de Gombour prenait-il le titre de
« signifier sancti 8anasonis » Porte-étendard de saint Samson,
l'églisadta Dol étant sou 3 le patronage de ce saint.
Ces douze âefi de hautbert, ces tenues du bourg de Sainte-
Marie, cet emprunt relativement considérable (1) étaient sans
doute autant de préleites pour les sires de Gombour de se dire
seigneurs daDoL
Cependant les seigneurs de Gombour, bien qu'ils portassent
ddos l'origine le nom de Dol n'en étaient point seigneurs; au
terme rigoureux du mot, il n'y avait d'autre seigneur de Dol que
révêque.
La seigneurie de Gombour avait été fondée aux dépens du ré-
gaire de Dol^ dans te but de procurera Tévèque un gardien, uti
protecteur laïque. L'évoque de Dol était si bien seigneur tempo-
rel en même temps que spirituel qu'il avait dans tout le régaire^
tous les droits dépendants de la pleine juridiction, à tel point
que le livre des revcjnus de l'évôché de 1459, dit :
Dans les cité et franc régaire de Dol, « Tévesque est seul et
souverain seigneur temporel et quanta ce ne connaît le duc de
Bretaigne ne quelconque autre souverain quant au temporel. •
Ces prétentions subirent néanmoins plus d'un échec dans la
suite des temps.
Ainsi en tdl5 Jpan ill, duc de Bretagne, oblige les évoques à
lui reconnaUre le droit de bâtir des forteresses sur leurs terrss.
Jean IV, en 13S6, se ^ait confirmer la propriété du ch&teau fort
des évéquea de Dul et la garde de l:i ville.
U*uo autre câte. f évêque Jean de Bruc s^oppose, en 1481, à ce
que le duc Jean V mette garnison dans le château et Tévéque
Thomas James affirmant ainsi sus droits et sa propriété en fait
relever les murs et y place ses armes.
Cependant, par suite de son origine, la seigneurie de Gombour
dût relever d'abord des évêques de Dol. Suivant la déclaration
(1) liiU« tout OD ftQ litrei, quini« à ▼iogt mille franco de nofl jours. — Delà
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iS8 RBVUE DE BRETAGNE
du régaire du ft juillet 1680, une partie notable de la seigneurie
de Gombour, connue sous le nom de flef de Malestroit-sous-Dol,
les terres de Tremelin en Baguer-Pican, la Gliapelle*au-Pil8
Méen, une partie de Meillac et de Guguen étaient sous la mou-
vance du régaire de Dol et relevaient de la seigneurie épiscopale.
Il en était de môme d'un ensemble de fiefs considérables ré-
pandus dans six paroisses du régaire de Dol (1).
A cause du fief de Malestroit à Dol, dont nous venons de par-
ter, le seigneur de Gombour était tenu de comparaître par soi
ou par procureur pour assister à la chevauchée qui a lieu le jour
et la veille de la foire de Saint-Samson ».
Du Paz dit par ailleurs que les successeurs de Jean III, de So-
ligné, seigneur de Gombour , gardent le nom de Dol porté par leurs
ascendants mais ne s*en disent point seigneurs, iqais seulement
seigneur de Gombour.
Dans la suite des temps, les sires de Gombour finirent par
s'affranchir de la suzeraineté ecclésiastique de Tarchevéque de
Dol et portèrent leur hommage direct au duc de Bretagne.
Qinguené qui jouissait, dit M. l'abbé Guillotin de Gorsou,
d'une autorité considérable à la cour des ducs de Bretagne, n'en
reste pas moins le fondateur de la seigneurie de Gombour^ ex-
traite du régaire de Dol et chargée de la protection de cette église.
Il avait quatre frères: le vicomte Haimon, Rivallon, seigneur
de Gombour, Josselin, seigneur de Dinan et Salomon, seigneur du
Quesclin en SaintGoulomb, deux sœurs Hodierne de Dinan qui
fut abbesse de Saint-Georges de Rennes en 1067, et Inoguen (2).
Le Père Albert donne pour armoiries à Gunkeneus de Dinan :
de gueules à 3 fusées d'hermines, accompagnées de six besans de
même, fig, 1 . Ge sont les armes de Dinan, mais c'est peut-être un
peu prématuré. Il est bien certain que l'archevêque Ginguené
ne les a jamais connues. II prête à saint Gilduia de Dol dont nous
parlerons plus tard : d'azur fretté dor, fig, 2, ce qui me semble
non moins prématuré et encore moins explicable.
On ne connaît pas de blason authentique avant la fin du
XII* siècle, nous ne les donnons donc qu'à titre de curiosité,
en laissant au Père Albert la responsabilité tout entière (3).
(1) De la Borderie. Loc. cit. p. «76.
(2) D. Morice. Pr. I, col. 426. — Enquête de «181.
(S) Cependant M. de Foarmont, t. II, introduction, p. 11), dans VOuest aux
Croisades, m dmande s'il ect bien certain qae Tiuage de« armoiries soit potté-
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS 189
Dol ramage de OinaD, comté et évêché ou archevêché a pour
premières armes : de gueules fuselé d hermines qui est Dinan,
sceau de 1173. Alias : Ècartelé d argent et de gueules d'où Gom-
bour, ramage de Dol : Rcartelé d'argent et de gueules comme Dol
ancien, ûg. Set 4.
II
MAISON DE DOL COMBOUR
1037-1162.
Ce nom me paraît convenir parfaitement à la première dynas»
lie seigneuriale de Combour à cause du surnom de Dol que pre-
naient ses membres, bien qu'à vrai dire^ nous l'avons vu plus
haut, ils ne fussent pas du tout seigneurs de Dol.
Si je ne savais avoir pour moi l'opinion d'hommes très com-
pétents en fait d'histoire de Bretagne, j'aurais beaucoup hésité à
bouleverser l'échafaudage péniblement élevé par du Paz au sujet
de la généalogie des premiers seigneurs de Combour.
Mais celle qui suit est à la fois si simple et si naturelle, en
môme temps qu'elle est étayée de tant de preuves qu'il me
semble difâcile de ne pas laccepter.
« Elle est d'ailleurs, dit M. A. de la Borderie, exclusivement
dressée d'après les actes authentiques dont le père Du Paz
(celui-ci pour quelques-uns seulement) et Dom Morice surtout
ont donné le texte. Le vénérable du Paz s'est tout à fait em-
brouillé, en doublant certains noms et certains personnages,
parce qu'il aura eu sans doute sous les yeux quelque généalogie
dressée au XVI* ou au commencement du XVII* siècle, par un
de ces généalogistes peu scrupuleux, qui n'hésitaient jamais à
inventer des personnages à tort et à travers pour meubler leurs
tableaux ou pour autoriser des prétentions douteuses, comme
la prétendue juveignerie des Tuf fin de la Rouerie, à l'égard de
l'ancienne maison de Combour (1).
rieur à la première croisade f Nous le croyons. — Les citations suivantes et
aatrea qae nous pourrions invoquer, dit-il, prouvent le contraire : deux sceaux
d'Âdelbert, duc de Lorraine apposés à deux chartes de f 030 et 1037 représentent
on écu chargé d*un aigle au vol abaissé; un diplôme de Raymond de Saint-Qilles
de l*an 1088 est scellé d'une croix vidée, cléchée et pommetée, le sceau de
Thierry II et de Bar-Ie-duc en 1093 porte deux bars adossés, Henaud t** posses-
seur du même comté y ajouta un semis de croisettes fichées, etc.
(1) Haimon, vicomte de DoL, frère puîné de Tarchevôque Junguené, n*ayan^
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COMBOUR BT SBS SBIONIURS t»1
RI VALLON, !•' SEIGNEUR DE COMBOUR
1037 A 1070 BNVIRON.
RivalloD, Ruellan ou Ruiale surnommé Chèvre-Chenue, fllt
d'Haimon de Dinan et de Raienteline de Dol, fut le premier sei-
gneur de Combour (1).
Cette seigneurie fut créée par Tarchevôque Ouinguend qui la
forma d'un démembrement du domaine temporel de révêché ou
archevébhéde Dol et la donna à son frère Rivallon.
Celui-ci est cité comme témoin à la fondation du prieuré de
Saint-Cyr de R'^nnes en 1037, dans une donation faite à Saint-
Sauveur de Redon par son frère Ginguené, à la fondation du
prieuré de Saint-Sauveur des Landes, membre de Marmou-
tier, etc.
Rivallon épousa la fllle du seigneur du Puiset en Beauce,
évéché d'Orléans, qui se nommait Aremburge, il en eut six
enfants : Guillaume, Jean, Oilduin, Geoiïroi, Havoise et Berlhe.
Celle-ci fut mariée au comte Geoffroi Granonat, fils naturel du
duc Alain III. Elle était, dit Le Baud, u moult religieuse et dévote »,
elle restaura Tabbaye de Saint-Melaine vers 1060. Son mari
Geoffroi, comte de Rennes, mourut en 1084 et elle-même en 1085.
Rival'on était un révolté, toujours en lutte contre le duc, il
prit parti pour Eudoo de Penihièvre dans la guerre que celui-ci
soutenait contre le ducConan II.
En-1064, mécontents de i^elui-ci, quelques seigneurs du pays
de Rennes formèrent une ligue contre le duc, à la tAte de laquelle
fut placé Rivallon de Combour; puis ils appelèrent Guillaume,
duc de Normandie pour les soutenir dans leur révolte.
Conan prévint Guillaume et alla mettre le siège devant Dol
défendae par Rivallon renfermé dans la forteresse qu'il avait
construite malgré l'opposition de l'archevêque.
pas eu de postérité, sa succession passa à son neveu Ûls de Rivallon, ce qui réu-
nit en la même main les territoires de Combour et <\e Dol, à Teiception de ce
qui avait été réuni à Tévéché par Junkeneus, aussi dès losu, Jean, fils de Rival-
lon aie turnom de Dol, quoique son père n'eut pris que le surnom de Combour
dans les actes de fondation du prieuré. C'est pour la même raison que les succes-
seurs de Jean de Dol ont porté ce nom tout comme lui. (Arch. d*I.-et-V.,
C 4931. Dom Mdrice, Pr. t. I, col. 42b, 42é, st 461;.
(1) O. Morioé. Pr. 1, col. 37&.S83-387-304.
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192 REVUE DE BRETAGNE
Conan n*ayant pu s'emparer de Dol se retira vers Rennes, à
rapproche de Guillaume de Normandie, piqué, dit-on, des rail-
leries de Rivallon, Guillaume apprit de Rivallon la retraite de
Gonan et regagna la Normandie.
Cet épisode est retracé par la Tapisserie de Bayeux qui est un
véritable document historique dont nous reparlerons ailleurs (1).
A peine Guillaume fut-il parti que Gonan vint assiéger Rival-
lon dans Gombour, bien décidé à le punir de sa révolte. Gom-
bour résista trois jours et fut emporté, ce qui mit fin à la révolte
des seigneurs bretons contre Gonan (1065), Rivallon fait prison-
nier fut envoyé en exil.
Il paraît que cet exil ne fut pas long, car, peu de temps après
Rivallon fondait près de son château de Gombour le prieuré de
la Trinité.
Ëa effet, cette fondation a dû avoir lieu vers 1005 ou 1066, du
temps de Barthélémy, abbé de Marmoutier, car le prieuré de
Gombour était une dépendance de Tabbaye bénédictine de Mar-
Moutier-lez'Tours.
Barthélémy étant devenu abbé de ce monastère en 1064 et
Gonan 11 qui est le témoin de la donation faite par Rivallon I",
étant mort en 1066, c'est^ comme le dit M. l'abbé Guillotin de
Gorson, t^ntre ces deux dates qu'il faut placer la fondation du
prieuré de Gombour (2).
Ceci ressort d'ailleurs des chartes publiées par dom Morice
depuis du Paz et que celui-ci a mal connues ou mal inter-
prétées,
Utxne d'elles (3) commence par ces mots : « Notre fonda-
teur, etc. Moi Rivallon, chevalier de Bretagne, du château de
Combonr, ai donné à Marmoutier un lieu avec toutes ses dépen-
dances, sous ma juridiction, sis à Gombour en Bretagne, évôché
de Sainl-Malo, construit en l'honneur de la Sainte-Trinité, du
consentement de mon épouse Aremburge et de nos enfants
Guillaume, Jean, Gilduin et Havoise déjà mariée. » A ce don,
Rivallon ajoute la moitié des dtmes de l'église Sainte-Marie
située non loin du château. Parmi les témoins se trouvent les
noms dlnoguen, sœur de Rivallon, de Basilic, épouse de Jean
(1) Ête la Bofderie, Cours cT histoire de Bretagne, p. 57.
(2) PouUlé historique de Rennes, II, p. 376.
(3) D. Horie«, Pr, l, col. 4^5.
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS 193
de Dol et celui de CoQan II qui cnourut comme nous Tavons
dttea 1066(1).
Nous croyons avec M, l'abbé Guilloiin de Gorson que cette
charte n'est peut-être pas celle de la fondation primitive du
prieuré, Rivallon semble donner dans celle-ci un lieu déjà cons-
truit QQ rhonneur de la Sainte-Trinité, ce n'est peut-être là
qu'une confirmation.
D'un autre côté, du Paz (2) affirme avoir vu la lettre de fonda-
tion du prieuré de Gombour en la maison de la Rouerie « escrite
« en termes Iatjn3 sur véiia signée et scellée authentiquement,
< laquelle se commence ainsi : Ego Rivalanus de Gomburno,
« miles Britanai^e, filiua Hemoniset Raenteline. » Et il s'étend
[oDguement sur l'explication de ces deux mots : miles Britanniœ
qu'il voudrait traduire par maréchal de Bretagne. G'est là une
pure imaginatioD, il n'y avait rien de pareil en Bretagne à cette
époque {3J.
Et il mat fa fondation du prieuré en 1149 sur le compte d'un
RivaJlûn III qu'il parait aussi avoir imaginé.
Le début de cette lettre de fondation citée par du Paz ne res-
semble en rien à celui de la charte tirée de dom Morice; mais
son authenticité semble douteuse.
Rivallon ^ Castri possessor quod Gomburnium vocant » donne
encore avec les mêmes et du consentement de Gonanll au bien-
heureux saint Martin Téglise de Saint-Ouen de la Rouerie avec
dîmes, oblations, droits de sépultures et territoire en son entier.
Dans celte donation. îl mentionne Aremburge son épouse et ses
eQfanlsnommh^s Guillaume, Jean, Gilduin et Havoise (4).
Un peu plus tard vers 1080, Jean de Dol, fils de Rivallon vou-
lant se montrer son digne héritier et successeur confirme les
dons faits par son prédécesseur. « Omnia dona ab antecessore
suo Beato Martino coliata concessit » (5). G'est déjà fait ; donc
le prieuré existait déjà fondé par Rivallon !•'.
A cette fondation Jean de Dol mit cette condition que les
U) ïnogneti était U «cour de Rivallon 1", voir dom Morice, Pr. I, col. 428,c'eit
par «rfeur qu'eïk ««t -jila (coL 455) mère de Jean 1" il faut probablement lire
Mat«Tl«ra cit qui voudrait dir« tante de Jean de Dol (de la Borderie).
(î) Du PîiiL, Hist. des !teigi%eurs de Dol et Combourg, p. 513.
(3) De ta Bordâriû.
{k) D. Moric«p Pr. I, AU, 127,
(I) Ibid.. 454.
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194 RKVUE DE BRETAGNE
moines diraient chaque dimanche une messe, entretiendraient
une lampe jour et nuit devant l'autel et ajouteraient pour lui,
le jeudi-saint trois pauvres à ceux qu*il8 avaient l'habitude de
recevoir, ce jour-là, en leur réfectoire.
Rivallon mourut à Combour et fut inhumé dans le prieuré de
la Trinité qu'il avait fondé 1 On y voyait encore sa statue, oou-
chée sur son tombeau, en armure de chevalier, au siècle der*
nier, dit Chateaubriand, dans ses Mémoires d^Outre^Tombe.
GUILLAUME, ABBÉ DE SAINT-PLORENT
1070-1118.
Guillaume, fîls aîné de Rivallon I", se fit moine dans Tabbaye
de S.iint-Plorent de Saumur, dont il fut abbé de 1070 à 1118 (1).
Il succéda dans le gouvernement de cette abbaye au moine
Sigo, « encore qu'il ne fust qu'en Tâg»^ d'adolescence », dit du
PdZ (2).
Les livres de l'abbaye de Saint-Plorent font de lui un grand
éloge qui se termine ainsi : « Multa ad quisivit et pauca perdidit ».
Son frère Jean de Dol, comme nous le verrons plus loin, donna
à ces moines le prieuré de Siiut-Plorent-sous-Dol, qu'il enrichit
de nombreuses terres et d'abondants revenus.
Au moment où il entrait en religion, c'est-à-dire avant 1070,
Guillaume avait donné à Saint-Piorent, du consentement de ses
frères Jean et Gil luin, deux mesures de terre {ierrarum mcn-
sttras) l'une en Combour, l'aulre en Lanrigan, et l'église de
PleÎEie-Pougère. D'après ce texte, Guillaume est fils aîné de Ri-
vallon 1", ses frères le disent ; lo premier dans Tordre héritel
après le décès de leur père (m hereditaiem succe'ssor primus),
Guillaume, laissant le souvenir d'un administrateur plein de
xèlô et de capacité, mourut après avoir gouverné l'abbaye pen-
dant quarante-huit ans, le troisième jour des calendes de juin
(ni8).
(I) Gallia ChrisUana, t. XIV, col. &19 et 631,
(1) Du Paz, Hist. gén. des seiçn.de Dol et de Combour^ p. 500.
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{
COMBOUR ET SES smGNltTRS \n
JEAN 1% 2' SEIGNEUR DE COMBOUR
1070 a 1090 environ.
Oritbume touché delagr&ce divine, ayanl renoncé au monde
pour entrer au monastère de Saint-Plorent, son frère Jean I*^
dit dt^ Dût, devint seigneur de Combour à la mort de leur père
Rivallon i"{l)-
Gusllaume en se faisant moine, apporta à Saint-FIoT'ent l'égïise
de Pleifie-Fougèra et sa dîme avec Ir* rt^venu des maisons qui
ravnisiaalent ; Jean et Qilduni i^es frères, s'dssocmni à ces libé-
rslités donnèrent aux moines Umoilié de l'église de Lanrigari et
desadttne; du consentement de ses frères, Tabbé Guillaume
acheta l'autre CDoltié*
Ceux-ci donnèrent encore à Saint-Florent le droit de pacage
et de paDage pour les troupeaux et les porcs des moines et ceux
dé leurs métayers dans louiRâ leurs farôts de Combour, tout le
Iwîsdont ils pourraient avoir besoin pour divers usages^ enfin
1& village de Mezvoit près Uolr avec ses droits de coutumes et
ses vignes, et le village de Belluin en Roz.
Tous ces dons étaient dans la pensée des donateurs destinés
àlafoodation du mona^t^re de Hiinl-Florent-sous-DoL Aussi
trois ans après, en i019, d*aprè3 M- de la Borderie, Jean se prit
àconstruire, s.^int Giiduin étant mort, un monastère en Thon-
neur de Sainte-Marie et de Saint-Florent.
Il chargea Milon, évoque de B.^névent, d'obtenir raulorisation
du pape Grégoire VIL L'archevêque de Dol, Even sacré à Rome
eu 1076, y donna son conssentement, vint bénir le lieu oili Ton
devait bâtir et abandonna à ce monastère tous les droils de cou*
tume qu'il pouvait avoir sur Mt'zvoit. De plus il permit aux
moiues d'établir une foire au jour dd la féLe de saint Florent, à
condition que ceux-ci n'accip;ireraient pas, sans son agrément,
leilïourgeors de Dol pour les installer dans le bourg qu'ils for-
meraient autour dti monastère, Le^ chrinoines de Saint-Samson
coDseotirent àces diflpositiuns à condition tjue les moines n'en-
terreraient personne des bourgeois de Dol ou des seigneurs de
Bâtel, sans leur permission*
tDDûPftï, p- ait.
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1% REVUE DE BRETAGNE
De nombreux et importants témoins confirmèrent ces conven-
tions, entre autres Qeoffroi Le Bâtard, comte de Rennes et l'ar-
chevêque Even qui mourut en 1081.
C'est donc quelques années avant sa mort seulement que fut
fondé le prieuré de Saint-Plorent-sous-Dol (1079).
Quelques années après, à la prière et à l'instigation de Jean,
devenu archevêque de Dol, le duc Alain Pergent confirmait la
fondation faite, à Saint-Florent de Saumur, de Téglise de Saint-
Fiore nt-30Us-Dol « rogatu et ammonitione Johannis Dolensis a
çuo ipsarescêpit exordiumio. Cette charte est datée du 14 juil-
let 1086(1).
Ct^Ue môme année Jean de Dol fat témoin d'une donation de
dîme en TégUse de Pleine-Fougère, faite par Giron seigneur de
Châteaugiron, fils d'Anquetil.
Désirant confirmer tout ce que ses prédécesseurs avaient fait
en faveur de Féglise de la Sainte-Trinité de Gombour, Jean s'ex-
priroB ainsi : 4^ Il est certain que ceux qui fondèrent avant nous
des monastères écrivaient simplement ces donations sans les
sceller d'aucun sceau (2), n'en possédant point. Plus prudents
aujourd'hui et désirant éviter toute contestation entre nos suc-
cesseurs et les pQoines de Marmoutier, nous donnons, concé-
dons et confirmons de notre scel, tout ce qu'ils donnèrent avant
nous. Et aJln que ces dispositions demeurent immuables nous
avons voulu souscrire à la charte de Rivallon, fils d'Haimon,
notre prédécesseur et nous l'avons en conséquence scellée de
notre scel afin de lui donner toute la force possible (3).
11 est ici qtiei^tion de la charte déjà citée de la fondation du
prieuré de la Trinité de Combour par Rivallon P'.
De sa femme Basilie (4), Jean I" de Dol seigneur de Combour
eut deux fils, Rivallon IP du nom et Guilduin qui tous deux lui
succédèrent k la seigneurie de Combour.
Jean fî[iii par être archevêque de Dol, il succéda sur ce siège
à Even et fut ordonné en 1082 (5). Il existe une lettre de ce prélat
i\) Dom Morïce. Pi\ 1, col. 461.
(2) Déclaration qui rend très douteutte Tauthenticité de la charte concernant
le prieuré de Combour, tirée par du Paz des archives de la Rouerie* ci-dessns,
p. n^.
(3) Dom 9ior. Pr. I, col, 480.
(4) D. M,Pr. I, 145b.
{h) D. M. Pr. I, iSftet 4b5.
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C0M60UR £T SES SEIGNEURS 197
à Roger, abbé du Mont Saint-Michel par laquelle il lui accorda
dix sols sur le moulin de Sainz. On ignore Tannée de sa mort (1).
SAINT GILDUIN
1052-1076.
Dans Thistoire des seigneurs de Dol et de Gombour du Paz^
a cité une partie de la vie de ce saint en termes latins, i pour le
« contentement, dit-il, de ceux qui se plaisent au latin ». Nous
nous contenterons de la résumer en français.
D'après la vie de saint Gilduin tirée de l'abbaye bénédictine
de Saint-Pierre-en-Vallée, de Ghartres, il naquit, en Bretagne au
pays de Dol, d'un puissant, seigneur nommé Rivallon et sur-
nommé Chèvre-Ghenue. Sa mère Aremburge était de la noble
famille des seigneurs du Puiset dans l'Orléanais (2).
Albert Le Grand, dans sa Vie des Saints de Bretagne, le fait
naître en 1052.
Elevé et instruit par son oncle Tarchevôque Ginguené, GiL
duin embrassa l'état religieux et fut, sa piété et ses vertus
l'ayant fait distinguer, quoique jeune encore, chanoine en
l'église de Dol.
Comme nous l'avons vu plus haut, il s'associa à toutes les do-
nations de son père Rivallon et à celle de son frère Jean à Tab-
bayede Saint-Florent que gouvernait leur frère Guillaume.
Les habitants de Dol ayant, après sept ans d'un joug impatiem-
ment supporté, chassé de leur ville en 1075, à cause de ses dé-
sordres, Johoneus ou Juhel, prélat scandaleux qui avait usurpé
le siège, le chapitre élut pour le remplacer saint Gilduin, l'un de
ses membres.
Mais celui-ci, jugeant ce fardeau trop lourd pour ses épaules,
obtint que son élection serait soumise au'saint pape Grégoire VIL
Il partit pour Rome avec les auteurs et les témoins de cette
élection et pria le pape de nommer à sa place Even le restaura-
teur de l'abbaye de Saint-Melaine qui l'avait accompagné.
Touché de l'humilité de Gilduin, le pape le félicita de ses sen-
timents, sacra Even et le décora du pallium, 1076.
(1) Dom TaiUandier, Cat. des évéques de Dol^ p. 57.
(t) Dom Morice. Pr. I, col. 42«, 427. — Du Pax, p. 501.
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198 REVUE DE BRETAGNE
Au retour du voyage, les Alpes franchies, il ae fait tard, la
troupe s'arrête et se dirige vers la hutte d*un pauvre homme qui
fait métier, plus encore par charité que pour le gain qu'il en re-
tire, de passer en sa barque les gens qui désirent traverser le
fleuve*
Il n'a point de provisions pour une compagnie si nombreuse,
mais Theure est si avancée qu'il n'ose conseiller à ses hôtes de
se rendre en un lieu plus pourvu qu'il leur nomme.
Il ajoutB qu'il a un voisin, coureur des plus rapides, qui leur
apporlera, 8*ils veulent bien attendre, tout ce qui sera néoes-
lajre. En effet, celui-ci part et revient chargé de victuailles avec
une rnpidlté qui semblait à tous au-dessus des forces humaines.
Mais au signe de la croix fait sur les mets, ceux-ci changent
d'aspect et deviennent tellement repoussants, transformés qu'ils
sont en crapauds, sourds, couleuvres et aspics, que le saint qui
se méfiait dt^jà, vu la rapidité de la course exécutée par le per-
sonnage, e^t pleinement confirmé dans son idée qu'il ne peut
dire que le diable en personne.
Il commande qu'on le lui amène ; celui-ci, vociférant comme
un damnéf refuse deux fois, trois fois de se rendre aux injonc-
tions du saint, qui flnit par lui ordonner d'obéir au nom de
Notre-Setgneur Jésus-Christ.
Le démon, ne pouvant se soustraire à la puissance de Notre-
Seigneiir, lui explique qu'il est d^ns ses attributions de nuire à
tous, et qu1i s'est emparé du corps d'un misérable scélérat dont
rame était damnée. 11 se tait appeler Bernution parmi les hommes
et il est venu s'ôlabUr près de 1 hôte charitable parce que celui-ci
fait te signe de lacroix chaque fois qu'il embarque pour se mettre,
lui et ses pn3@c!gers,sous la protection deJDieu. Ce pieux nauto-
nier lui enlève ainsi un grand nombre d'&mes qu'il sai:9issait au
passage du fleuve. La plupart étant en mauvais état ou se déses-
pérant dans Ihs eaux se damnaient.
Béni soil N,-8. J.-G. I... dit le saint, dont la croix victorieuse
triomphe de Satan !.. et il force le diable à quitter le corps du
ansérubliî scélérat dont il s'était revêtu pour essayer comme
toujours de tromper le pauvre monde.
Giiduin alla t^nsuite visiter ses parents maternels, les seigneurs
du PuLsel en iii^auce et se retira à l'abbaye bénédictine de Saintr
Pierre^en-Vallée de Chartres où il mourut en 1076. Il y fut en-
terré au chCBUr de l'église.
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COUBOUR BT 8BS 9B10NBURS 199
De nombreux miracles illustrèrent son tombeau pendant de
longues armées ; son corps fut mis en une chasse et Poucher,
abbé de Saint-Pierre de Chartres ayant 6té guéri de la goutte par
son intercession, ordonna, en reconnaissance, que, tous les sa-
oaerlïs, le sacristain serait tenu d'allumer un cierge devant cette
chasse^
L'aJmirable pureté delà vie de Gilduin de Combour Ta fait
metire au nombre des saints, sa fôte se célèbre le 27 janvier.
Quatre-vingt dix ans après sa mort, le 5 mai 1165, un transféra
ses reliques dans une chapelle particulière ou les miracles con-
tinuèrent longtemps «près.
La chapelle du château de Gombou^'g possède des reliques de
saint Gilduin off^^rtes par Monseigneur l'évoque de Chartres à
M^'^ Sibylle de Chateaubriand le jour de sa première commu-
nion.
RIVALLUN 11, 3- SEIGNEUR DE COMBOUR
1090 A 1110 ENVIRON
Rivallon II. flls de Jean I* dit de Dol, succéda à son père dans
h seigneurie de Combour^ il est le troisième de ces seigneurs.
Il est question de lui dans une charte de saint Florent citée
par du P*iz, qui se termine p.ir ces mots : furent présents : « Guil-
laufne de Doï, abbé de 8aint Florent, Jean, frère dudit abbé et
Rivallon; âls du dit J^an de Dol ».
Au mots d*a lût 1037 on trouve aussi d^ns un acte du Gartu-
laire de Siitït-Pjort-nt les noms d^. Gaillautne, abbé de Saint-Flo-
r*3QE et de Rivallon de Dol, son nevou. Dans une donation du
quart de î'église de Noyai faite à Marmoutier Rivallon II cité
connme témoin est qualifié seigneur du château de Dol, seigneur
du donateur el fils de l*archevôque Jean de Dol. — « Hoc conces-
seruot dominus suus Hivallonus dominus Doli cubtri, fllius
Johaiinisarchiepi:*copi. Aclum annoab incarnationo Dom. MXGV
8Tib abbate Bçrtjardo(dbbé de Marmoutier)XII annoordiciatione
ejua (l) *K
et) Dom Mortcâ. Pr. \, 4«e,
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200 REVUE DE BRETAGNE
QILDUIN 4* SEIGNEUR DE COMBOUR
DK mo A 1187.
Gilduinde Dol était fils de JeaD P'' et de Basilie, il succéda à
son frère Rivallon II, comme l'indique une charte tirée de Mar-
moutier ; sachent tous que Gilduin de Combour, flls de Jean
[Giliduinus dt Combornio Johannis filius) nous a donné libre et
quitte de touti^s redevances tout ce que nous pourrions acquérir
sous sa dépendance, comme son père Jean I** et son graod-père
Rivallon 1% nous rayaient donné. Jean promet de plus de Taire
ratifier cette donation à son successeur dans la seigneurie de
Combour, ce qui semblerait indiquer qu'il n'avait pas alors
d'héritier direct (1).
De sa femme Noga, il eut pourtant dans la suite trois enTanta :
un flls qui lui succéda sous le nom de Jean II, mais qui devait
être fort jeune à la mort de son père, car on le voit paraître en
plusieurs rencontres sous la tutelle de sa mère.
Gildouin laissa en outre deux filles : Noga qui fut mariée à
Conan. comte de Penthièvre et Jeanne de Dol qui épousa
Raoul n, baron de Fougères.
Une donation de la dîme de Saint-Broladre au Mont Saint-
Michel, par un Guillaume, fils d'Irfoi, croisé {iiurus Jérusalem)
fut confirmée plus tard par Hervé, frère de celui-ci. Baudri, arche-
vêque de Dol et Gildain de Combour sont cités parmi les témoins.
Dans la lettre de fondation de l'abbaye de la Vieuville en 1137
j)ar Geldouin de Montsorel, seigneur de Montsorel et de Landal
relevant de Combour, celui-ci parle de Gilduin de Dol comme de
«on seignnur : « Gilduin de Dol mon seigneur a bien voulu con-
ft tirmer cette donation y ajoutant le droit de panage dans sea
ï forêts pour les porcs des moines. (Anno ab Inc. Dom.
« MGXXXVIL Ci (2).
Gilduin de Combour mourut, d'après du Paz, en 1137, tué par
[es Normands du pays Avranchin. Nous empruntons à Thistoire
d'Orderic Vital, qui ne le ménage pas dans ses expressions^ le
récit de sa fin tragique. i
(I ) Dom Mohce, Pr. I, p. 576.
(2j Dom Horion, Pr, I, p. 576.
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COMBOUR KT SES SEIGNEURS SOI
« Ed ce temps-là les Bretons se levèrent sons la conduite de
Gilduin de Bol et envahirent les terres du pays de saint Michel
Archange ao péril de la mer.
« Leurs ravages causèrent de grandes pertes, môme aux gens
les plus JDoffensifs. Mais la vengeance divine se chargea de
mettre Ao aux souffrances des habitants du pays.
«c Un jour que le terrible Gilduin conduisait cent quarante
chevaliers, accompagnés de nombreux gens de pied et qu'il re-
venait Iriom p haut chargé de butin et emmenant de nombreux
prisonniers^ la mer, devenue tout à coup furieuse, Tarrdta.
et A ce moment une immense clameur ayant été poussée par
les pauvres gens victimes des incursions de Gilduin et de ses
compagnons, vingt soldats normands se mirent à la poursuite de
ceux-ci-
€ Entendant derrière lui ces vociférations, Giiduin se retourna
contre ceux qui le poursuivaient avec dix guerriers seulement
couverts de leurs boucliers. Mais les Normands se précipitèrent
3ur eux avec une telle impétuosité que les Bretons tournèrent le
dos poursuivis par leurs ennemis et que Gilduin fut tué avant
d avoir pu être rejoint par les siens (1137). »
Il avait fondé Tabbaye de la Vieuville (1).
{A iuivre.) Paul de la Biqne.
(1) 0. Hori<3fl. Fr. I, ool. 596, &07.
j^vHl i§Oi. N
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MÉLANGES HISTORIQUES
(Suite) (1).
IV. — Saint Armbl.
Quand on éiuiliâ les difTérentes vies de saint Armel dans les
vieux bréviaires de Rennes, de Saint-Malo et de Saint-Pol, oa
est fmppé du très petit nombre de renseignements qu'elles con-
tlennenL M. l'abbé Duine, qui a édité (2) les versions rennaises
et malouLne 'te celte biographie et complété ainsi la publication
de M. R-'parlz qui ne contenait que la version léonaise, re-
marque luimânae que Thagiographe n'est renseigné que sur ce
qui â'e^L passé dans le pays de Rennes. Il n*est fait nulle mention
du séjour dans le Léon, quoi qu'en dise M. de la Borderie,
qui répète liprhs Albert le Qrand que saint Armel débarqua à
Pjouarz'l; or cette opinion est formellement contredite par Tha-
gioËTitphe [éonais pour qui c*est à la suite de son séjour à la
cour du roi de^ Prancsque saint Arm^l reçut en cadeau de ce
princf* Ihs tîeux filous qui portent son nom, c'esl-à-dire Plouarzel
et Plo^rnii*! ; donation évidemment fabuleuse et inventée par
rhagio^^raptic Itjonais, puisque le bréviaire malouip, intéressé
cepeadanL à raconter la donation de Ploërmel, ne mentionne
nullement cet épisode. Le culte de saint Armel n'est point ancien
dans le Léon, son nom ne figure pas dans les litanies léonaises
du XI* siècle, et M. l'abbé Duinearemarquéquemôme à Tépoque
moderne ce culte n'y avait jamais eu beaucoup d'ampleur.
M. du la Burderie admet comme historique le séjour de saint
Ai mt.t à la cour du roi des Francs, Ghildebert. Il m'est im-
{f) Voir U Revue dQ man 1108.
(3) Ami^ei ds Bretagne, tom« zx, p. 136 «t tniv.. 491 et fuÎT.
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UiLÂNUES HISTORIQUES
SOS
possible de le suivre dans cette voie, d'abord parce que> si le
roi fraûc reçoit dans le bréviaire léonais le nom de Ghildebertus,
!l porte dans le bréviaire rennais de 1514 le nom de Phili-
bertus et que celte forme légendaire est Tindication évidente
de la non historicilé des rapports du saint breton et du roi
franc; ensuite parce que Hdée que Thagiographe léonais prête
au monarque de garder saint Armel aussi près que possible de
sa résidence, en lui conatraisant un ermitage dans le pays de
Rennes, moins éloigné que les deux plous bretons, dénote éga-
lement une ignorance complète de Thistoire du VI* siècle. M. de
la Borderie adopte la tradition d'après laquelle ce serait dans la
paroisse de Loutehel que saint Armel aurait fait jaillir miracu-
leusement uq(! fontaine, mais Thagiographe léonais ditformelle-
meoi que ce miracle eut lieu au pays de Rennes, ce qui ne sau-
raitconvenir à Loutehpl qui faisait alors partie du diocèse de
Saint-Malo. M. de la Borderie voit également dans saint Armel
le fondateur de Ploérmel ; le pays qui entoure cette ville serait
d'après lui la déserta Britannia ou ies loca déserta Britannias, où
le saint se serait retiré après un premier séjour au pays de
Rennes, en Redonia\ et l'on pourrait ajouter à l'appui de cette
hypothèse, qu'un catalogue des évoques de Dol rédigé au
XJI* siècle, lequel donne à tort cette qualification à saint Armel,
prétend que le corps du saint reposait à Pioôrmel; maison peut
objecter que le silence absolu du bréviaire malouin à ce sujet
est déjà chose extraordinaire, et que la tradition ploôrmelaise du
XVI* siècle n'osait pas maintenir cette affirmation et reconnais-
sait que le saint avait ét/j intiumé à Saint- Armel près Rennes.
Enfin de la lecture de toutes les biographies de saint Armel, se
dégage pour moi celte impression que nous sommes en pré-
sence d'un ermite et noEi d'un abbé comme le dit M. de laBorde-
rie^ car si l'on nous parie du monastère du saint« comme il n'est
jamais fait allusion à ses disciples, il faut évidemment entendre
mùnasterion au sens étymologique et y voir l'habitation d'un
seul.
Cest avec raison, je crois, que M. Tabbé Duine retrouve dans
les différentes vies de saint Armel la trace d'un document du
IX' siècle, car rduteur écrivait certainement à une époque où le
pays de Rennes et la Bretagne étaient encore deux pays dis-
tincts ; m&ig je crois que Térudit écrivain s'est fait quelques il-
Ituions sur ce qui dans les vies modernes pourrait provenir da
¥-t
'■•i'
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SM REVUE DE BRETAGNE
cette vie ancienne. La mention de Penohen, celle de Carencinalis
et l'idée de rattacher ce dernier personnage à saint Paul de
Léon sont des inventions léonaises spéciales à Thagiographe
léonais. Celui-ci, cherchant un point du territoire gaulois oti
faire aborder saint Armel et trouvant dans la vie de saint Paul la
mention d'une localité appelée Penohen en Gafles, a confondu
Galles et Gaule, Wallia et Gallia, et a fait aborder saint Armel à
Penohpn. Il m'est impossible de voir dans Carencinalis un chef
de clan sous ta protection duquel saint Armel se serait placé
pour son voyage, le texte nous dit formellement que Carencina-
lis était cm homme riche qui abandonna tous ses biens pour
suivre saint Armel, c'est-à-dire dans la pensée de l'auteur pour
devenir son disciple. En ce qui concerne Penohen et Carencina-
liSf nous trouvons d'ailleurs dans Albert le Grand une version
bien préférable ; pour l'hagiographe du XVIP siècle Penohen
est te lieu d'origine de saint Armel, Carencinalis ou comme il
dit Garoncinalis est 'l'abbé dans le monastère duquel il a été
élevé; or nous dit M. Loth (1), Carencinalis est une faute de
scribe pour C^rentmail ; je me demande donc si ce personnage
n^est pas le saint breton insulaire appelé par abréviation Ca-
rantoc ou Caradoc ; et si Albert le Grand n'a pas eu ici sous les
yeux un texte qui Contenait une parcelle de vérité historique.
Concluons donc que saint Armel était originaire de llle de
BretagnCi peut-être du canton gallois de Penohen, qu'il eut peut-
être pour maître saint Carentmail ou Caradoc, qu'il évangélisa
le pays de Elenoes et qu'il mourut en odeur de sainteté dans
son ermitage sur le territoire de la commune actuelle de Saint-
ArmeK
Je termine par deux observations : 1^ Si saint Armel a été
quelquefois revêtu du titre épiscopal, c'est qu'on l'a confondu
avec l'é vaque Tiarmail dont il est .question dans la vie de saint
Turiau,
2* Si Le Baud fait débarquer saint Armel en Cornouaille, c*est
qu'il lui a paru impossible que le mot Gallia s'appliquât alors à
TArmorique et qu'il lui a substitué le mot Cornugallia; car il est
évident par le contexte que ce passage est traduit littéralement
du bréviaire de Léon.
(i) Retme CëUiquê, tom« XXÏl, p. III.
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KËLANGES aiSTOniQUIlS S06
V- — Lk comte Evkn.
Le comte Even nous âpparatt comme le bienfaiteur des saints
du Léon dans deux actes du cartulaire de Landevenec et dans
un passage de la vie de saint Qoulven. Dans le premier il est
dit que le comte Even donna à saint Guenolé un territoire appelé
Lan sancti Winwreti» aujourd'hui Laneuffret près Brest. Dans
le second il est dit qu'Ëven avilit donnée saint Morbretus un
territoire appelé Lao Riwolé, aujourd'hui Lanrivoare près Brest,
et que Morbretus à son tour fit don de ce territoire à saint Gue-
nolé. Enfin la biographie de saint Goulven raconte qu'Bven,
ayant obtenu, grâce aux prières de saint Goulven, la victoire
&ur tes Northmans, flt bâtir l'église qui porte aujourd'hui le
nom de Goulven et la dota d'une importante concession de ter-
ritoire. Voilà à première vue trois textes qui ne paraissent pas
s'accorder entre eux, car si le comte Even a été le contemporain
de saint Guenolé (VU siècle), il n'a pu combattre les Northmans
pt* siècle).
M. de la Borderie a vu la difficulté et s'est efforcé d'en sortir (1).
Pour lui le témoignage qui prime tous les autres est celui de
ta vie de saint Goulven, Even est un comte de Léon ayant Les-
neven pour capitale et vivant au début du X* siècle. C'est à lui
qu'il faut attribuer le mérite d'avoir chassé les Northmans du
Léon et d'avoir été ainsi l'un des auxiliaires d*Alain Barbe-Torte.
Quand on dit qu'il a donné Laneuffret à saint Guenolé, cela veut
dire simplement qu'il en a fait don à Tabbaye de Landevenec, et
quand on dit quHl dut aux prières de saint Goulven sa vic-
toire sur les Northmans, cala veut dire simplement que le gain
de celle bataille a été attribué par lui à l'intercession de saint
Qoulven, lequel était mort dppuis quatre siècles.
Il est évident que cette explication n'offre en elle-même rien
d'impossible ; elle est cependant fort ébranlée par les objections
que j'ai formulées plus haut contre la valeur historique de cette
partie de la vie de saiût Goulven. Si cet épisode est une invention,
comme semble bien l'indiquer le rapprochement maladroit établi
entre les mots Even et Lesneven, si la fondation de Téglise de
(1) MémtHres tU U SùûUié tt Emulation des Côtêt^U'N&rd^ tom« XXIX^
page ^33 et iaÏT.
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206 RBVUE DE BRETAGNE
Goulven a été attribuée à Even simplement parce qu'il était
dans les traditions légendaires le fondateur nécessaire des églises
de cette région, ce n'est évidemment pas auX* siècle, mais au VI*
qu'il raul rapporter son existence. La mention des Northmans
est îQsufïlsante à elle seule pour que Ton attribue Even au
X* siècle, car en admettant qu'il ait existé une vague tradition
sur ta défaite qu*il aurait infligée dans ces parages à quelque
bande de pirates, on sait qu'à partir du X* siècle tous les agres-
seurs dtj la Bretagne ont été décorés du titre de Northmans par
les chroniqueurs, quelle que fût d'ailleurs Tépoque de leurs in~
cursîons.
M^ de laBorderiea cru pouvoir tirer un autre argument de
l'acte du cartulaire de Landevenec relatif à la donation de Lan-
rivoaré faite par saint Morbretus à saint Guenolé. Cet acte étant
daté de 955»^ Morbretus et par suite Even auraient vécu au
X" siècle. L'argument aurait un grand poids s'il était prouvé que
celte date se rapporte bien à l'acte en question. Mais une objec-
tion vient naturellement à l'esprit. Cet acte est une notice rédi-
gée après coup, puisque Morbretus y est qualifié de saint. Pour-
quoi donc cette notice serait-elle datée alors que les autres ne le
sont pas^ et l'hypothèse se présente naturellement à Tesprit que
cette dale appartient à l'acte suivant auquel elle convient beau*
coup mieux. On évite ainsi de faire de saint Morbretus un person-
nage tout à fait à part, un saint isolé dans le X* siècle, et on le
replace au contraire dans la phalange des saints contemporains
de l'émigration bretonne.
Il est donc plus prudent de conclure que le comte Even est un
personnage du VI* siècle, comme l'écrivait M. de la Borderie en
1861 et 1862, et non un personnage du X*, suivant l'opinion à
laquelle il s'est arrêté en 1891 et 1896.
VI. — Saint Ivi
Saint Ivi aurait été, d'après M. de la Borderie (1), le dernier des
saints venus de l'Ile de Bretagne en Armorique. Il aurait vécu à
la fin du VU' siècle, aurait été le disciple de saint Gudberct
évêque anglais de Lindisfarne, serait venu en Armorique entre
(t) HisMr^ de Bretagne, tome 1, pages 497 et 498.
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MÉLANGES HISTORIQUES 907
Ô85 et 687 et 36 serait construit succesBirement quatre ermitages
dont les communes actuelles de Logui villes* Lannion, Loguivi-
Ptoogras, PonUvi et Saint*Ivi auraient jusqu'à nos jours coo*
serve le souvenir.
Que la Bretagne ait honoré comme saint un personnage du
nom dlvi, cela est certain, mais ce qui l'est beaucoup moins,
c'est que ce personnage soit venu en Armorique, du moins s'il
est identique à celui que TEglise d'Angleterre fôtait à la date du
6 octobre. La plus ancienne mention de celui-ci que nous ren-
contrions dans les textes est un passage d'une vie de sainte Edith
écrite, croit-oD, au XI* siècle. Il y est dit que l'on conservait dans
l'église de Wtlton, ancienne capitale du comté de Wilts, le corps
de saint Ivius, confesseur, qui y avait été apporté par des clercs
de nationalité picte, elerici pictorum, et quoique l'on ne s'explique
guère comment des Pietés, c'est-à-dire des habitants de la partie
norcï -orientale de TEcoëse, ont pu avoir l'idée de se transporter
dans une ville de l'Angleterre méridionale, il n'en reste pas
moins vrai que Ton ne voit pas pourquoi Thagiogrdphe aurait
inventé ce détail, s'il n'était pas exact. Or les reliques d*un saint
mort dans notre Armorique ne pouvaient évidemment se
trouver aux mains des Ecossais. Donc lorsqu'un écrivain du
XV' siècle, Capgrave, nous raconte que saint Ywius, né de pa-
rents bretons, abandonna l'église de Lindisfarn où il était
diacre pour se retirer en petite Bretagne, minor Dritannia, où il
mourut, noua sommes induits à nous défier de celte assertion
d^urj auteur réci'Qt, du moment où elle paraît en contradiction
avec un texte beaucijup plus ancien, étant donné surtout
que l'au'eur ignore tout à fait ce que fit Ywius en Armorique
et ne Ty envoie en réalité que pour mourir. On en vient alors
à se demander si pour Ywius comme pour Gildas le voyage
en Armorique n'est pas synonyme de voyage dans l'autre
monde, c'esl-à-dire de mort. Si, au contraire, Ywius a fini ses
jours dans l'Angleterre septentrionale, on s'explique que ses
reliques fussent aux mains des Pietés d'Ecosse, lesquels
habiiaîf'nt une région voisine, on pourrait presque dire un
pays frontière. Que si l'on tient absolument à ce qu'il ait
réellement quitté autrement que par la mort son église de
Liûdisfdrn, il faudrait de toute nécessité admettre que l'auteur
fjrimltir, copié par Capgrave, entendait par minor Britannia
quelque district encore celtique d'Angleterre ou d'Ecosse^
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208 REVT7K DE BRETAGNE
d'où ses reliques auraient pu passer aux mains 6fis Pietés.
Quant & voir dans nos Loguivi^ Pontivi et Saint-Ivi la trace
des pérég^rinations du saint en Ârmorique, c'est une illusion
très fréquente ches û). de la Borderie. Nos Locmaria en effet ne
prouvent pas qus la sainte Vierge soit venue en Armorique ;
nos Saint Pierre et nos Saint Médard ne prouvent point que ces
deux saints aient séjourné chez nous. A plus forte raison si
Pontivi doit son nom au constructeur du pont autour duquel se
forma la petite ville, cet Ivi n'est pas plus nécessairement un
saint que le fondateur de Pontorson.
Il faut donc conclure que si le saint Ivi honoré en Bretagne est
le même que le saint Ivi d'Angleterre, ce saint n'est jamais venu
en Armorique ; ou bien si Ton veut absolument que saint Ivi soit
un saint armoricain, il en faut faire un personnage distinct du
saint anglais et rechercher si sous ce vocable ne se cacherait pas
un autre bienheureux plus connu sous un autre nom.
{A suivre).
V^* Gh. db la Lande de Galan.
#
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^
LÉGENDE BRETONNE
RIEUX ET REDON
Selon la légende, Redoa doit sa prospérité actuelle & la déca-
dence d'une autre ville voisine, appelée Rieux, dont il ne reste
aujourd'hui qu'un petit village, et les ruines de son ch&teau,
dernier vestige de l'illustre famille de Rieux.
Voici cette. légende dans quelques vers inspirés par les ruines
du vieux château :
Dans le fond d'an jardin, plein d*ombre ^t de mystère,
Un antique portail se dresse solitaire.
Sur an coin de rocher, débris d*an vieux manoir.
Qui veut encore an temps opposer son fh)nt noir I
Des restes de créneaux et de sombres murailles
Sont là, toujours debout, en dépit des batailles
Et des sanglants assauts. II a fallu des rois
Pour réduire à néant cette œuvre d*autrefoi8 l
On dirait un géant, noble enfant de Bretagne;
Etendu sur le flanc de sa chère montagne
Qu'il ne veut pas quitter. — Dors, fier de ton passé,
Pas un de tes hauts faits ne peut être effacé.
Tout au pied du chftteau, les flots de la Vilaine
Forment comme un rempart, et plus loin c'est la plaine
Immense des marais. Parfois quelques bateaux
Glissent le long des joncs qui penchent sur les eaux.
Ce pays délaissé fut autrefois prospère, .
Il eut un port paissant et des vaisseaux de guerre ;
Rieux, la grande ville, aux nombreux habitants
Eut ses seigneurs cités parmi les plus vaillants I
J'aimerais à rêver la nuit sur ce rivage,
A songer au passé, souvenirs d'un autre &ge
Lorsque les vents d'hiver hurlant dans les rameaux
Font gémir les courlis cachés dans les roseaux.
Puis, je voudrais à la veillée,
Aller dans la ferme isolée,
M'asseoir sur le banc du foyer.
Devant un joyeux feu de lande.
Afin d'écouter la légende
Que raconte le métayer :
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210 REVUE DE BRBTAONE
« L'on vit un jour, sur la rivière,
*' Monté dans sa barque légère,
f Un petit enfant presque nu,
^i Au pied du cb&teau des laveuses,
u Vieilles, méchantes et railleuses,
Ci Chassèrent le pauvre inconnu.
« L'enfant ne perdit pas courage,
^ Il poursuivit son long voyage
•c Et remonta jusqu'à Redon,
À Là, des femmes vraiment pieuses,
V Charitables et vertueuses
<f L'accueillirent si bien, dit-on,
A Que le Seigneur, pour récompense,
(C'était Jésus, comme on le pense),
« Leur dit : — € Redon s'enrichira,
« Car à chacun selon ses œuvres,
*< Je veux vous en donner des preuves :
< Bientôt Rieux s'appauvrira. >
4 Depuis ce jour Redon prospère,
*' Et de son origine est fière,
f Plus de dix siècles sont passés !
if Rieux, qui (ut Jadis superbe , ,
tf S'en va disparaître sous l'herbe,
^ Si le Seigneur ne dit : « Assez ! »
Un matin de printemos j*allai voir les mines
Du Tl^ UT château croulant au milieu des épines;
Les fauvettes chantaient dans les bosquets déserts
Pendant que j'admirais les grands horizons verts.
Sur les marais fleuris, les jeunes libellules
S'enivraient de parfum au sein des renoncules;
A travers les sapins un soleil radieux
Dorait de ses rayons le clocher de Rieux.
Dans les ravins profonds, que tapissent la menthe
Ainsi que le carex et la flouve odorante.
Que rie guerriers tombés bU ssés mortellement 1
Ce soi couvert de fleurs, fut rou^i par le sang !
Rien ne saurait changer l'ordre de la nature :
L'orage éclate au ciel, mais le ruisseau murmure ;
Le gaïon cache aux yeux les morts sur les coteaux.
Le prluiomps fait pousser les lis sur les tombeaux !
Adolphe ÛRiaN.
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LE RAPPEL DU PARLEMENT
DE BRETAGNE
(15 juillet 1769).
Le rappel du Parlement causa une immense joie dans tonte
la province, et fat Tobjet de réjouissances de toutes sortes :
feux de joie, messes d'actions de grâce, chants, discours,
adresses, etc.
• Les corps administratifs et judiciaires^ les communautés
d'avocats et de procureurs, les notaires, les chapitres des cathé-
drales^ tes abbayes et couvents importants, les corps de mar-
chands» les corporations ouvrières déléguèrent des députés pour
venir témoigner à la Cour Tailégresse de la nation bretonne et
complimenter le Parlement sur son rétablissement.
Les discours et adresses lus à la Compagnie, toutes Chambres
assemblées, pendant une série d'audiences des mois de jjjillet
et d*août 1760 ont fait l'objet d'un recueil de 380 pages (bien rare
aujourd'hui) publié en 1770, sans nom d'imprimeur, sous le
titre de <* Recueil de pièces, actes, lettres et discours de félieitÇ'
tiorit à r occasion du rappel de f Universalité des membres du
Parlement de Bretagne du 15 juillet 1769.
Parmi les corporations ouvrières de Rennes, qui députèrent à
la Cour, on rencontre successivement celles des serruriers, per*
ruquiers, tailleurs, menuisiers, vitriers, cordonniers, teinturiers,
blaDConniers, gantiers et boursiers, boulangers^ fripiers, reven-
deurs, ssllierst carrossiers, jardiniers, couteliers, chapeliers,
eloutiers, armuriers, arquebusiers, charrons, tapissiers ^et jcar-
tîers, maréchaux-ferrants, taillandiers, tonneliers, couvreurs
d'ardoises^ tisserands, tourneurs, hôteliers, aubergistes^ chan-
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212 REVUE DE BRETAGNE
deliers, savetiers, .recarleurs, charpentiers, maîtres écrivains»
maîtres en fait d'armes, maîtres à danser et musiciens.
Les bouchers présentèrent. à MM. du Parlement un agneau
vivant, orné de bandelettes, de rubans et de fleurs d'orangen
comme « symbole, disaient-ils, de la candeur de vos cœurs gé*
néreuz pour le soutien des intérêts du Roi et des droits de la
patrie confiés à votre garde r>.
Les boulangers forains offrirent un gâteau ajoutant : ^ Per-
mettez, Nosseigneurs, que nous vous offrions ce travail de nos
marns, comme une faible marque de notre reconnaissance et de
notre amour» et que dans un transport de joie, nous chantions à
jamais • Vive le Roi, et notre Auguste Parlement. »
Le Recueil, dont il est question ci-dessus, nous a conservé les
discours en parler populaire, des dames poissonnières et des
fruitiërea-orangères et herbières de la ville.
Voici le discours des poissonnières à l'audience du 28 juillet
1769 :
« Nos chers Seigneurs, souffrez que j'ayons l'honneur de vous
témoigner notre joie. Lorsque vous n'étiez pas ici, j*avons mar-
qué notre douleur par nos larmes; maintenant que je revoyons
notre noble et bon parlement j 'annonçons notre plaisir par nos
feux de jouaye, et nos divertissements. J'augmenterons nos
jouayes au retour de nos bons MM. nos chers Procureurs gé-
néraux. Il faut tout vous dire : je désirerionsleur donner un biau
brin de poisson, à bon marché comme fit notre compère de Saint-
Malo (1), Notre bon roi vous a permis de revenir. Je croyons
que si vous vouliez, il ne refuserait pas nos MM. J'osons vous le
demander, et même j'avons la confiance que vous allez travailler
à force, car ils nous sont chers et sont, comme vous, nos pères.
Je vous demandons à tous. Nosseigneurs, l'honneur de votre
puissante protection.
A Taudience du 29 juillet, les fruitières s'exprimèrent ainsi :
n Nosseigneurs, Je ne sçavons pas vous dire si bien que tant
d'autres, comme je sommes aises et contentes de vous revoir à
vos places que v'méritez tant. Mais je v'nons vous le montrer :
car vlà ce qui nous amène. Vous assurer de la grande recon-
naissance que j'en avons pour le Roi not* bon Maître, et vous
(1) Maigri d« mincitieoseï recherches noai n*aTon8 pa décoarrir ce que la
Qtymphrt éa S^ni-Màko avait offert aa Parlement
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LI RAPPEL DU PARLEMENT DE BRETAGNE 213
présenter^ à vous autres que j'aimons de tout not' cœur et que
j*avons eu tant de sujet de regretter, not' respect, noV jouaô et
not' amour. Que j' voudrions bien voir aussi nos chers et si
bons MM.de la Cbalotais ! V n* manque pus qu' ça ici; je le
sentons tout comme vous ; j'allons pour les ravoir et pour vous
conserver tous, prier le bon Dieu mieux que je n'avons jamais
fait de not' vie. Je finissons en vous demandant l'honneur de
votre protection. «
Dans presque tous les discours qui lui sont adresséSy le Par-
iement est vivement sollicité d'intervenir prés du Roi pour obte^
nir le retour de VUlustre Procureur général de la Chalotais.
Ad. Orain.
mfA.
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LE SOLEIL SUR LA MER
De la hante falaise, où croit l'ajono amer.
Où ]& bruyère, au soir, qu*an vent humide arrose,
S'agite (i*une houle irrégulière et rose,
D oii Ton n'entend plus rien que Tinsondable mer
Battre les caps brunis et le goémon vert,
Où seul le goéland quelquefois se repose ;
Du haut de ce granit immuable et morose,
Qui garde en son sommet, par tous les vents couvert,
La première clarté des sereines aurores
Et le dk rnier rayon des étoiles, j*ai vu :
Le soleil monstrueux, éblouissant et nu !
9e lever au-dessus des larges flots sonores,
Y trf^mbler un moment, puis, se haussant sur eux,
Ea faire un grand lac d'or, soudain tumultueux I . . .
JBANlfB HiNRIDA.
Poinie des Rimaim.
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UN LIVRE D'HISTOIRE (^>
lilH — —
C'est une bonne fortuQe pour l'histoire de Bretagne d'avoir, une fois
de plus, alHré Taltention d'un érudit tel que M. Ferdinand Lot, et
c'est auGsi pour moi une boone fortune d'avoir à parler de cet ouvrage
cl de rendre homniage h la science et au talent d'un de mes maîtres.
J*ai eu I avants g^e d assister, en partie à la formation de cet ouvrage
daûs les Conférences de l'Ecole des Hautes-Etudes, où M. Lot groupe
autour de lui des élèves déjà anciens, dont quelques-uns sont devenus
dea maîtres h leur tour, et des étudiants avides de puiser à bonne
source une méthode fûre pour les recherches historiques ; j ai pu y
apprécier le souci de la vérité qui guide l'auteur des Mélanges.
Dans ce nouveau volume on retrouve les mêmes qualités que dans
les autres ouvrages de M. Lot, et notamment les Derniers Caroline
gitm et les Etudes sur Hugues Capet, qui ont établi et confirmé sa
réputation d'historien : une érudition vaste, une critique sûrs, une
clarté d exposition remarquable, et une abondance d'informations qui
ti est pas sans causer ;^ue1que mélancolie aux travailleurs de province
qui n'ont point à leur disposition les riches dépôts parisiens.
Les diflérents mémoires qui forment ces Mélanges d'Histoire bre-
tonne û'oQl point de lien entre eux. Cependant parmi eux cinq se rap-
pQTtent à rfaîstoire, si obscure, de Nominoë et de ses réformes. Les
deux autres^ qui forment la partie la plus considérable du volume^
coocerneut les vies de saint Malo et de saint Gildas. Les questions qui
y sont traitées soulèvent trop de problèmes et sont entourées de trop
d'obscurités, la pénurie des documents est trop grande, pour qu'on
puisse espérer arriver sur beaucoup de points à des conclusions déâ-
mtïvea. C'est déjà beaucoup de pouvoir émettre des hypothèses vrai-
(t) Mélanges tThUtoirê àrelonne, {W^-W* siècle), par Ferdinand Lot, directeur-
*4joînl à i'Êrote praUque d» Heute^-Btudes. Paris, Honoré Champion» 1907, in--S*
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216 REVUE DE BRETAGNE
semblables : l'histoire est et ne peut être trop souvent qu'une collection
d'hypothèses. Evidemment celles que propose M. Lot ne seront pas
admises par tout le monde, et pour plusieurs d'entre elles je ne suis
pas moi-même d'accord avec lui : mais ces hypothèses seront du moins
discutées et cela seul prouve déjà leur valeur. Sur plusieurs points les
conclusions de M. Lot peuvent, d'ailleurs, être considérées comme
acquises.
Dans les quelques pages qui vont suivre , je voudrais analyser, aussi
brièvement qu'il me sera possible, les mémoires qui forment ces il/^/an-
ges : je me permettrai de signaler, à l'occasion, les points sur lesquels
mon opinion diffère de celle de M. Lot.
Les Gesta Sanciorum Roionensium (p. 5-i3). Une des principales
sources de l'histoire de Bretagne au 1X° siècle se trouve dans ce docu-
ment, maisjusqii'à présent on n'était fixé que d'une manière vague
sur la date de sa composition. M. Lot établit que les Gesta ont été
écrits postérieurement à janvier 868; et antérieurement à janvier 878,
probablement même à janvier-février 876. Quant à l'auteur, ce serait
Ratvilî, moine deRedon^ puis évêque d'Alet de 866 à 87a environ, et
auquel Ëili, Tauteur delà vie de saint Malo, a dédié son ouvrage. Il
écrivait donc très peu de temps après les événements qu'il raconte et
on peut presque dire, malgré le début du mémoirede M. Lot (p. 5), que
c'était un coutemporain (i).
Dans le second de ses Mélanges,M. Lot s'occupe de FesUen « arche'
véque ^^ de /)o/, (p. i4-3a). La vie de ce personnage est obscure.
M^' Duchesne le fait siéger sous Erispoé, M. de la Borderie dès 853,
et &i. LevillaiQ dès 848. L'étude de plusieurs chartes du Cartulaire de
Redon amène H. Lot à des conclusions contraires. L'archevêque de
Dol serait le même que le Festien, presbyter, qui figure comme témoin
dans les chartes de Redon de 85i à 858, puis avec le titre d'évêque de
809 à S69. Tl faut en conclure que, si Festien n'est devenu archevêque
de Dûl que vers 859, il n'est pas le premier à avoir porté ce titre, comme
on l'avait cru. D'ailleurs, contrairement à ce qu'affirmait M. Levillain,
le diocèse de Dol n'est pas un démembrement de celui d'Alet. Jusqu'en
848 ce fut (I une abbaye dont le chef a droit au titre d'évêque >» et, en
(i) ^ïon M. de Kerdanet {Notices chronologiques, p. 23; Vies des Sainte de
Bretagfia d'Albert Le Grand, p. 8. note i), l'auteur des Gesta aurait été un moine
luimmé Vorelven ou Worelven ; maii il ne dit point où il a puiié ce renaeignemeat.
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UN LIVRE D'HISTOIRE 217
S&8, Nominoë se borna comme pour Saint-Brieuc^ et Tréguer, à fixer
lesUmîtes de sa juridiction. Cette étude sur Festien apporte donc un
ysQT nouTeau sur cette question si embrouillée (i).
^ résultat a été acquis grâce à un examen attentif des chartes de
Kedou : c'est de ce même examen que M. Lot tire les conclusions de
»0û n** m : Nominoë, Erispoë et l'empereur LoÛuUre, (p. 33-4oJ.
Nominoë et Erispoë n'auraient jamais prétendu, croit-il, à une indé-
peodance absolue ; quand ils ont rejeté Tautorité de Charles le Chauve,
ils ont reconnu, ou feint de reconnaître, celle de l'empereur Lothaire.
On remarque en effet, si on examine les dates des chartes de Tabbaye
de RedoD^ qu'il n'y a aucune différence sensible entre la période des
quinze années au cours desquelles Nominoë gouverna la Bretagne sous
Louis le Pieux et les onze années qui suivirent la mort de l'empereur :
le gouvernement de Nominoë y est qualifié de la même manière ((fax,
princepSf N. dominante^ possidente, gabernante Briianniam), « Donc
pour les moines en grande majorité bretons de l'abbaye de Redon, en
contact permanent avec Nominoë et sa cour» aucune différence
extérieure entre le pouvoir du duc entre 8a6 et 85i » (p. 54). Mais, si le
nom de Charles le Chauve disparait, on rencontre au contraire celui de
Lothaire : d'où la conclusion de M. L. Je l'admettrais volontiers si les
actes en question émanaient de la chancellerie même de Nominoë :
mais nous n'avons pour son règne que des actes privés et cela leur ôte
une certaine valeur dans la question. J'essaierai de démontrer plus
loin qu'il ne faut pas attacher une grande importance aux qualifications
données aux souverains bretons dans ces actes, et d'autre part ce qu'on
peut savoir du caractère de Nominoë ferait penser qu'il n'était point
homme à user envers les souverains francs d'une fiction quelconque.
Le passage de Nithard cité par M. L. (p. 38, note 4) semble bien d'ail-
leurs contraire à ses conclusions. En tout cas il est certain, qu'en fait,
Nominoë et Erispoë jouirent d'une complète indépendance.
Nominoë et le monastère de Saint- Florent- le- Vieil, (p. 41-67). Jusqu'à
présent on admettait que, dans une campagne faite en Anjou en 845,
Nominoë aurait détruit de fond en comble l'abbaye de Saint-Florent.
U. Lot, par une argumentation solide et serrée, démontre, selon moi,
(i) 1^- 3 1, M. L. consacre une note à la lettre, très vraisemblablenMnt fausse
d'Hadrien II i Salomon. Outre la copie du Cartulaire de Redon, il y en a une autre
avec quelques variantes et ne contenant pas. non plus, la phrase sur le pallium,
dans le Cartulaire de Tabbaye de Salnt-Melaine de Kenncs (ms. du X1V« siècle à la
BlWioUièque de Rennes). D. Plaine en a publié le texte dans la Revue historique de
VOuest. XI (1895). j** partie, p. 535.
Avril I90i. n
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Stff RBVUe DE BRGTAGNB
qtiè ces faîtà tié sotit rieti moins que prouvés. Il ne Saurait en tout èàs
i'agïr qne de la campagne de 8^5 et noh de celle de 8^9, comme 1 avait
proposé M, Merlet. D'autre part dans son chapitre XJ, une des princi-
pales sources siii cet événement. Tadteur de la Chronique de Nantes
s Èst ÎDfipiré des fameùt VerïiicaU de Saint-Florent. Geux-d ne sont
pas, comme on l'a 6rù, contempoi-alns des faits, mais datent seulement
du X^ Êlèclâ. Ed outre le difilôme de Charles le Chauve du 8 juin 84$
est faux, n résulte des autres documents que nous possédons que, si
Nomîno^ a ravagé le inodastère en 845, il est impossible qu'il l'ait
entièremeiU détrdit par Tihcendie.
Leschîame breton da IX^ siècle (p. 58 96). — Cet événement est un
des plus importants et des plus obscurs de cette époque : il a déjà
fait, à plusieurs siècles de distance, couler beaucoup d'encre. M. Lot
consacre près de 4o pages à étudier les sources narratives : Chronique
dt Nantes, Ces ta Sanctorum Rotonensium^ Indiculus de episcoporum
Britionam depositione. De cette étude il ressort que le chapitre XI de la
Chronique de Nantes, dont il a déjà été question à propos de Sain t-
Florenl, n'a mis en œuvre que les Gesta et la lettre de Léon IV. C'était
aussi Topiuion de MM. Merlet et de la Borderie, à laquelle se range
M, L. coDtrairement à M. Levillain. Le chap. XXVllI de la même
Chronique dérive également des Gesta : « la parenté entre les deux
leites est indéniable /> (p. 67). Quant à ï Indiculus, écrit dans la
province de Tours vers le milieu du XI* siècle, il dérive de la Chro-
nique, ainsi que Tavait déjà admis M. Merlet. Loin d'en dériver, le
cbap. XI de la Chronique de Nantes ne peut donc avoir d'autres
sources que la correspondance des Papes et les Gesta.
Tout en étudiant les sources narratives, M. L. ne peut laisser de
côté les Talts eux mêmes. Eu passant il discute la date du fameux
concile de Hoëtieu, qui aurait eu lieu non pas en 848, mais au plus
tôt en 84ç^ et peut-être même en 85o. S'il en est ainsi, le personnage
nomme Garurbrîus ou Gemobrias, qui occupait soit le siège de
Sâiût-Brieuc. soit celui de Tréguer, en aurait été évoque anléried-
rauient & la réforme deNominoë, puisqu'il figifre en 849 ail syhôde de
Quieizi. îï y a une erreur manifeste de l'auteur de la Chronique de
NanfeSt fpi>md il dit que Saiut-Brieuc, Tréguer et Dol sont des créa-
lion» de Nofuinoë (p. 84 et seq.).
. A propos du chapitre XI do la Chronique de Nantes qui nous
rapporte lo sacre de Nominoë, M. L. se demande si l'onction royale &
DOl n'est pas une fantaisie de notre auteur (p. 91). U n'y a certaine -
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'"V^^t:^
L'N LIVRK DHÏSTOIRK 219
ment pas eu d*onction (i). « A-t-il même été couronné ? Ce n'est pas
sûr. Oo a remarqué qu'aucun texte diplomatique ne lui donne le titre
de roi, ce qui serait fort singulier si la cérémonie en question avait eu
lieu Yéritablement. » Cet argument, selon moi, n est pas absolument
probant. Comme je l'ai dit plus haut, nous n'avons plus d'acte ema-
oant directement de Nominoë, nous ne pouvons donc savoir quel titre
il y prenait. Et quant à la manière dont il est qualifié dans les actes
privés (2), on ne peut en tirer aucune conclusion ; en effet, pour
Erispoë et Salomon qui eurent certainement le titre de roi et les attn-
buts qu'il comporte (3j, nous trouvons dans les actes privés la même
diversité de termes pour qualifier leur pouvoir (4). 11 est donc fort
possible que Nominoë ait porté lui aussi le titre de rex ou de prin-
ceps (5) et qu'il se soit fait couronner. Il usait du moins certainement
an sceau (6) qui, au IX"* siècle, était un des attributs de la soulerai-
té (7). Pourquoi n'aurait-il pas aussi porté la couronne t
(1) Il est fort peu vraisemblable que les souverains bretoni aient jamaii été oints.
M- de Calan, dans un article de la Revue de lir etag ne QuiWci 1907), a démontré que
dani Tonction dont il est question d^ns la charte CXXW dû Ckh. àh Rèilod {éd.
Â. de Goursoii, |>. Î83) il fallait volrnon pas, comme on l'avaiC crUt le agcre, mais
WQlement rextréme-onction reçue par Alain le Grand pendant une maladie.
(3j La pieille^re preuve qu*il ne faut pa^ attacher une trop grande importance aux.
qualifications de ces actes se trouve dans les chartes V et CXfîIX àû cart. de RèJon,
qui donnent N". He'rjnant^ in Érihuinia, alors que Nominoé n'était encore que le
naiiiui de Tèmi^ereur. — Une autre charte de 84a, n" GXXXVI, emploie Texpres^ioii
'^. prêter censum reais. Mais il n'est pas absolument prouvé qu'il s'agisse ici de
Nominoë, bien que la aate le mentionne seul comme souverain. C^ J.Loth', L'Èriti-
9^iion bretonne, p. 317 et note 3.
(3) Pour Briipod : Giir, de Nantes, éd. Merlet, p. kk et seq. ; Ann. BerUnian»,
ann. 85i. — Salomon : Cart. de Redon, LII, p. 41 ; XXI. p. 18.
(iJEriipoé : dux in Britannia, Cart. de Hèdon. XX. p. 18, î^itV, p\ a^, append.
^^ p. itt) ; GuberHani Britanhiam, app. XLIl, p. ^70. — Salomôn : Duiin Bri-
^t^ia, LXXXIX, p. 67. CGLVI, p 207, GCLVIII, p. ao8 ; Dominans, XXXlt p, ?6,
^' p. 32, XLIX, p. 39 , LV, p. 44 ; Gubernans, XXVllI, p. a3, XLIV, p. 36, LIV,
p.U.
(o) S0U8 la date de 86a la Chronique de Réginon, rédigée, îi est vrai, postérieùrè-
Doenl* Noininoé, lui donne le litre do Hex. Cf. R. Merlet, L'Emancipation de VE-
S^i^e de BreiagnCy dans lé Moyen- Age, 1898, p. i3 note 1.
\0) Le sceau de Nominoë est formellement mentionné dans une confirmation d*un
<*« ses actes fait par Erispoë. Chr.de \antes, p. A4. Cf. A. de la feorderie. D'éfehse •
^^w dip/<Jwi« dii rôt Eri-poë, Association Bretonne, IV (i85a) a* partie, p. 161 et
••^•î Qir7,Da(«d« deux diplômes de l* Eglise deiSantes, Annales de Bretagne, XIlI.
(7) Giry, àf anu«i de diplomatique, p. 6aa, 6:ia, 635, 636.
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MO REVUE DE BRETAGNE
VEtude sur les différentes rédactions de la vie de saint Mah est
une des parties capitales du volume (p. 97-206) ; elle a pour résultat
de modifier complètement la chronologie des divers documents hagio-
graphiques sur ce personnage. Ceux-ci sont au nombre de cinq dési-
gnés chacun une lettre deTalphabet : i^ la rédaction de Bili= B; a^'une
vie publiée par M. de la Borderie = A ; 3* une rédaction publiée par
J. du Bois dans la Bibliotheca Floriacensis = F ; 4® une rédaction
publiée par Mabillon =: M ; 5^ un remaniement opéré par Sigebert de
Gembloux •= S.
A cette dernière vie on n a jamais accordé qu*une valeur relative :
bien qu'elle ait des rapports avec A et F, M. Lot estime qu'elle n'a
d'autre source que A, ou un manuscrit frère de A. (p. ii5).
F n'est pas, comme Tavait cru M. de la Borderie, une amplification
de A, mais en est la source ; c'est du moins ce qu'il semble bien res-
sortir de la comparaison des passages de ces deux rédactions cités par
M. L. (p. 100-106J.
La rédaction H présente un stade plus récent que A et F. C'est un
dérivé de F-A pour les chapitres 1-17, de F- A et de B pour les chapitres
i8-ai. On peut donc la négliger entièrement. Elle a dû être composée
entre les années ii43 et ii46, et M. L. émet l'hypothèse^ non invrai-
semblable, que son auteur n'est autre que i'évêque Jean de Châtillon,
plus connu sous le nom de saint Jean de la Grille (p. 106-110).
Pour reconstituer la vie primitive du saint il nous reste donc F et B.
Jusqu'à ce jour on s'accordait à donner une assez grande valeur à B,
bien que H^ Duchesne eût déjà démontré des emprunts flagrants
iaits par Bili dans la vie de saint Pair d'Avranches par Fortunat On
fondait surtout la confiance qu'on mettait en lui, sur ce fait qull dit
avoir consulté des documents antérieurs : M. L. montre (p. lao etseq.)
que Bili a fait des emprunts non seulement à la vie de saint Pair, mais
aussi à la Vita prima S. Samsonis, Quant à la localisation des miracles
qu'il rapporte elle ne prouve absolument rien. C'est pour avoir fait le
pèlerinage d'Alet à Saintes, ou par des pèlerins que Bili a connu leir
noms de lieux qu'il cite et qui ne se trouvent pas dans F (p. i46 et seq.^.
« La plus grande richesse des noms de lieux saintongeais dans la
rédaction de Bili prouve simplement que son auteur avait visité cette
région » (p. i5i). Le texte de Bili, d'après M. Lot (p. i4a), et ilfaot
bien, semble-t-il, le suivre sur ce point, ne mérite à aucun degré notre
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UN UVRB D'HISTOIRE S3I
confiance : « c'est, dit-il» on écrit de propagande, bourré de chapitres
déformés ou même inventés de toutes pièces » (i).
Mais Bili a cependant utilisé une source antérieure et celle-ci n'est
autre que F. Cette vie primitive ne nous donne aucun renseignement
sur les sources qu'elle a pu elle-même employer. Ce sont sans doute
des traditions saintongeaises et ses renseignements^ selon M. L., sont
suspects. L'auteur en a peut-être puisé d'autres» d'ailleurs fallacieux,
en Sud-Galles (p. i6a) ; en tous cas il a dû faire un voyage en Grande-
Bretagne, « mais rien ne prouve que le personnage sur lequel le
monastère de Uancarvan racontait des histoires fut le même que
révêque d'Alet, dont notre hagiographe cherchait k reconstituer la
rie ». Enfin Tauteur a puisé dans la Viia Brendc^ii (p. i65), et ceci va
permettre i M. L. de fixer k peu près la date de la rédaction. La plus
ancienne Yi^ Brendani est du IX* siècle, peut-être du VIII*^ mais ne
saurait remonter plus haut. La VUa Machati a donc dû être écrite au
plus tôt vers la fin du VIII* siècle ou le commencement du IX* (p. 170)
et probablement au monastère de Lann-Alet (p. 173) (a).
Quant k la valeur de ce document, M. L. la croit très minime. On
ne peut en tirer rien de sûr pour l'histoire des princes de Domnonée.
EIn ce qui concerne plus spécialement la biographie de Malo la récolte
est des plus maigres. Il n'est point certain que le personnage
honoré à Lancarvan fut le même que Tévêque d'Aiet. Rien non plus
ne prouve Tidentité du Maclovius aletien et du Machutus ou Mâchâtes
saintongeais (p. 178 et seq).
Ces conclusions mériteraient qu'on s'y arrêtât et qu'on les discutât
avec quelques détails. La première phrase de cette étude sur les vies de
saint Malo me ferait craindre que M. L. n'ait peut-être quelque idée
préconçue contre les vies de saints armoricaines. Sans doute il ne faut
y ajouter qu'une foi très prudente, mais peut-être ne faut-il pas
cependant leur refuser toute valeur.
La difficulté philologique que soulève M. L. avait déjà été vue par
(i) Cependant tous les reproches adressés par M. L. à fiiU ne sont peut-être pas
mérités. Ainsi, quand il s'a^rit de fordination de saint Malo par saint Brendan,
• Brendan, le grand abbé, n'est pas évèque et ne saurait conférer la prêtrise »
(p. i43}. Peut-être. Cependant 11 faut rapprocher la note 3 de la page 3i des
Mélanges, note que M.' L. termine ainsi : « Peut-être les abbés-êvêques s*eeti-
maient-ils revêtus des ordres sacrés en vertu seulement de leur titre abbatial ? >
(a) Le rapport-de la Viia Mach. avec le Liber de mensura Orbis ne me semble
PAS aussi évident que celui avec la Vua Columbae (p. 170 et seq). Mais ce qui
concerne Tex pression dwo BritannùB (p. 17 a) me semble concluant.
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212 WVUK DP BftBTAGlfE
M. Gaidoz (i) qui s'était deo^anclé si Top n-^tait p98 ep préaençf f}|?4!?f"
personnages différent^. Sans doute la qijesUon mt ^i^l^arr^^sapte.
Nais il (iaut repf^arqu^r que )a fouine I^aqhut\j{f op Mac^nie^, qui a
donné H*<^o^^ ^^ Saip^opge, e$( la scple, pu à pçu près, qui spit e^x^-
ployée danç )f)a cfçux r^cJaçMop^ q^i auraient ^té éofilej} à ^^} u)ême :
il spipble donc qu'elle y ^ été copi^ue tQui ftwfpijt qup ift fPfFft^
MaçlQvius, cellP-çi étanj peut 4fre d prjginp populaire (3). Et ^ pl)||p-
logiquemen) les deux noui^ sont irréductibles, ser^it-ij inYra|sefp))m)le
qulls se soient cependapt appliqué? ^ un méoi^ per^onpage çoi^pde
c^la a pu pe produire pour saint Hervé, et çpnifpp c^Ia p'<??t CS'IV"
nemeut produit poui: saipt Teljau et ppuf d'autre^ per^oppages
armoricains (3).
Quant aux sources mêmes de F., l'auteur a fort biep pu connaitre
des traditions alétiennes. M. L. admet (p. 176) que Malo ^ été éyêque
d*iilet et a joui d'une assez grande célébrité. Qw seraient donc
devenues ses reliques, qui ne se trouvaient çertainau^ept pas ^ Alç^^ ?
Le saint n*y est dqnc pas mort et alors pourquoi n^ pa^ ^dfppltre la
traditiPP le fajsapt s'e^jler et moufir ^ Saisies ? D'autant p}}i8 qu'il
sembla biep que çatfQ identifipation ajt ét^ «dmîs^ à l^aint^ç m^Vfit,
Sur ce poipt le» copçl^siop» de M. t- pje parfi^scpf donc ^i^ poins
^iacutabljss (4)
Qapp troia appendices, M. Lf^t étudje des qpestiops se r^ttacbanf ^
SfliiQt MalQ Qw k «a v|q. Da??? )q prpfpier, M. L. ^ypq?^ cpfpqapnt le
Miracle du bitrUcus qu*on avait voulu qti)iser pour datejT la vi^ du
^ipt ne pept être ^jpployé. — L^ irpipi^me qs( cpps^çfé ^ ^fujjiçr les
originpp fcrt pt^scufea dp diocèse 4'Alet. Alet ^ dû, croit l\i. I^ot,
çuppl^ptef pprscpl» «iég^ dp l'év^ché au V« siècle. Çef ^vôché» qui
(i) Revue Celtique, Vf (i883 i883), p. 38). ', ompie-rendu (}o la vie de itint Bf«lo
de Bill, éditée par D. PUine.
(a) Cf. Mélanges, p. 17b et note 2.
(3( M. delà Bordcrieen a relevé plusieurs exemples dans la \ie de saint Paul Auré-
lien par Qourmonoc : QuonocMs^^Toquonocus^ Tocheus = Tochius, Hercanus =
Herculanus, (Saint Hervé, Soc. d'Kmul. des Côtes-du-Nord, XXIX, p. ^51). — Sur
le double nom de Eliud et Teliau appliqué à un m^me personnag'e, v. J. Lolh,
La Vie de saint Teliau, Ann. de Bretagne IX et X. lirocre à part p. ift-ay ; Cf.
Ann. de Bret. Vlll, p. &88.
{h) Ce compte-rendu était écrit quand a paru dans la R^vue de Bretagne (mars
1908) un article de M. de Galan où celui -ci a«]mct. à peu près entièrement, les con-
clusions de M. Lot. 11 propose en oulii; d'idenUlior''Malo avec un autre personnage
nommé Maôlmon : cela ne me semble pih vraincrnblable. Cf. Guillotin de Corson.
Saint Maton dans J^Iis^'Uué» '9t hrf < >i les, p. 4 >; ; F. Quine. Missels et Ifré-
maires, p. lai et not<» i.
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UN LIVRE DlflSTOI^ m
à$nii comproodre Iqs évéch^i de Ale|, Ool e( 9aii)(-Bn>iic (p. ^pa),
oooserva 1« plus grande partie de son territoire. 4)et célébra cpf^oiQ
•on loodateur le plus illustre de ses ëv(qi;et» mais Malo ne fqt p4f ]^
premier évéque d Alet qui est uq évêcbé gallo-roq^aip (p. 9p4).
te second appendice, consacré k la translation de çaint tfalp, m
X* sîècie, nous retiendra plus longtemps. Ia question do l'^^^odo 4^
corps aain^ de Bretagne t donné lieu à p|i|sÎQurs travaux soifte(f<int
des opinions diverses spr la date è laquelle il s'eflçctuii. Pan^ up
travail vieux déjà de quelques aonées, H- LPt avait adn^js deux tr^ps-
lations, en 9^5 pi 961) environ. 4'avais adopté cette pp|;^{Op (i) qqp
11. Lot abandonne aujourd'hui : j'aurais dès lors mauvaise grice k la
soutenir contre lui. Cependant ses noiivpauf arguments pç mp
semblent pas absolument sans réplique -^ i"" Léhon ^Mraî^ pu te^jr
plus longtemps que Po| ei A^vrancbes parce qu i| était plus élpjgpf^ des
cites, et que le o^onastèr^ étant protégé psr une fortppesse et r^pc^jpte
devant être asses étroite, la défense en était saqs doptQ plus facile (a).
— 2^ L'acte de 9^5 environ du cartulair^ de pindévenec, pff ^gu^e
Salvator^est peut-être un faux ; cependant sa fausseté n'est pas démon-
trée, et s'il a été fabriqué à la fin du Xr siècle^ comipe le croit >1. ^.
(p. 189, note 5), il serait postérieur au plus d'une cipquanmne
d'annéeSi à U donatipti cjui pour être trop belle p'en a pas piojns dû
exister, puisque les moines de Landévenec ont laissé des traces de
leur séjour à Batz. 11 serait d*autre part assez singulier que Terreur du
faussaire spr I9 présence de Salvator ep Aro^oric^ue \ pe moment,
coïncidât avec celle de l'auteur de la Translatio sancli Maglorii qui
écrivait deux siècles plus tard.
Quant à I4 double translation qui aurait eu lieu selon M. L- (p. f 9a et
seq.), j'avoue ne pas avoir été ébranlé dans mei^ conclusions préc^d^i^-
tes. L'expression corps de saint Macloa me semble, à Mootreuil-sur-iMer
^ynonymede reliques (3), tandis que dans l'inveptaire de Saint-Magloire
les mots loto corpore s'appliquent, quoi qu'en dise M. L., aupsi bien à
Malo qu*à Magloire, et c'est à Malo qu'ils sont exclusivement appliqués
4an; riplerpplafiop nj^glqrienne de VUisloria Françorum Senonensif,
(1) Les Reliqtjes bretonnes de Montreuil-sur-Mer. igoo.
(3) Cf. f^. de |a Borderie, Mir^jçles de saint Magloir^. Bull, de la Soç. trch. des
Côtca-du Pford, a- série, IV (I8<)0i, p. Saô.
(3) « Les reliques de sainl VJaclou... consistaient en quatre grands ossements
conservés dans i|ne cliâsse, e^ le c^ef renfermé dans un buslo d^évôque. . Malgré les
assertions contraires, l'apbaye de ^«int-baulve était loin de possède^ le corps entier
4« aaiff^ ¥«plpY' •* ft. Ifo^ière, Xejr Corps saints de ^on^r^uil, p. i3s, i33.
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224 REVUE DE BRETAGNE
au commencement du XIP siècle (i). La présence d'autres relicpies du
même saint à Bruges, à Gembloux, à Dommartin, à Arras, ne prouve
rien selon moi, car c''étaient : à ôembloux, une partie du chef ; à Dom'
martin, l'épine dorsale ; à Arras, deux dents; à Bruges, sa crosse, une
côte et un bras. La majorité du corps pouvait donc très bien se trouver
k Paris et mériter la qualification de totum corpus : la mention de la
disparition du chef a dû être faite dans l'inventaire de 1819 parce qu'on
avait conservé le souvenir de sa translation plus récente à Montreuii*
D*ailleurs la popularité de saint Malo a certainement stimulé Tindus-*
trie des nombreux fabricants de reliques à cette époque*.
La tradition maglorienne n'inspire pas confiance à M. Lot. a On peut
se demander, dit-il (p. 198-199), si les Magloriens n*ont pas passé par
Montreuii avant de se fixer à Paris. La possession par l'abbaye pari-
sienne de la dîme des revenus du port de Montreuii ne se conçoit guère
autrement 1^. Il y a eu évidemment des rapports entre Saint-Magloire
et Montreuii : j'ai, ailleurs, essayé de le démontrer ; mais je crois que
léB reliques de saint Malo sont allées, au contraire, de Paris à Montreuii.
Le don d'une dime si éloignée de Paris peut très bien se concevoir, me
semble-t-il, par le peu d'étendue du domaine propre des premiers
capétieos(3).
Dans la seconde partie du volume (p. 287-480^, M. L. reproduit les
{t)Cr. R. Mcrlet, Origines du monastère de Saint- MaglojLre, Blbl. de TEcole de*
Charte». LVI(}895) p. a47, note 3.
(3) Le cas des reliques de saint Brieuc (p. 196-197) serait embarrassant on effet, s
]€ur auihonticité était en question. — En ce qui concerne celles de saint Corentin
(p, 198, note 1), je persiste à croire que celles de Marmoutiers proviennent de Saint*
Magloire t en effet Marmoutiers, possédait aussi des reliques de saint Samson
(D. Uorlce, î^r. l, col. 5ii-5ia), ce qui s explique fort bien si les unes et les autres
provleanent de Paris. En outre^trompé par la mauvaise disposition du texte adoptée
pir l'édilour de la vie de saint Corentin (Bull, de la Soc. arch. du Finistère, XIII
(iSSB) p. iSi), M. L. a cru que la TransLatio S. Chorentini apud Majus Monas-
teriurn no f^î^ait qu'un avec la Relatio duorumS. Chorentini Miraculorum, Bien
que r«;Ia puL5.&eétre, il faut remarquer cependant que ces deux textes sont de pro-
YenâDOes différentet (p. 1^4, note 46, et p. i56, note 5o). Le premier fragment,
d'autel basse époque, a été certainement écrit à Quimper où Ion ignorait vraisem-
blablement comment les reliques de saint Corentin étaient parvenues à Marmou-
tiers : il dit d^villeurs seulement : « Unde cum inter coetera sacrum corpus Chorentini
Turonift dolatum fuisset et apud monasterium sancti Martini depositum, adhuc
bodie ibi retinetur... w Le second document raconte deux miracles, Tun survenu à
Marmoutien dont il ne donne pas la date, et l'autre arrivé à Alain Canhiart. comte
de Cornouaille (vers io3o ?). Peut-on faire remonter la rédaction Jusqu'à cette
époque? Je ne le crois pas. Le nom d*Alain Canhiart pourrait tout au plus servir
de terminus a quo, et il faut en outre remarquer que Tauteur a fort bien pu faire
un emprunt k une notice du cartulairc de Quimper, publiée par D. Morice, Pr, l.
col, ^77 ;éd, pcyron, n* i3, Bull, de la Comm. dioc. de Quimper, I (igoi^p. i33-z34.
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UN LIVRE D'HISTOIRE 225
textes de la plus ancienne vie de saint Maio et de celle de Bili. L'édition
de celle-ci donnée par Dom Plaine est, on s'en doutait bien^ fautive :
M. Lot rend un véritable service en la publiant à nouveau d'une ma-
nière correcte.
La vie de saint Gildas (p. 207-383). — De tous les saints bretons,
Gildas est un de ceux qui soulèvent le plus de problèmes. La chrono-
logie de sa vie, la valeur de ses ouvrages, son identité même, ont fait
Tobjet de toute une littérature : et ces questions ne sont pas encore
réêolaes, bien que Tétude de M. L. apporte sur quelques-unes d'entre
dles des éclaircissements. Cependant, ce ne sont pas le|8 textes qui
Boas font défaut ; de saint Gildas on possède trois vies : Tune attribuée
jusqu'à présent à un moine anonyme de Ruis, une seconde attri-
buée à Caradoc de Uancarvan, et une troisième encore plus récente
éditée par les Néo-Bollandistes (ij. A la seconde, M. L. a consacré un
appendice (p. 267-283) dont les conclusions seront, sans doute, admises
partout le monde : de ce document on ne peut rien tirer, « c'est
une invention romanesque destinée à rehausser la gloire de l'abbaye de
Giastonbury » (p. 265). La troisième vie (p. 2i5, note 3, et 217 note i),
qui ne nous est plus conservée que par un manuscrit du XII* siècle,
est une interpolation de la première qui met en relation, « d'une
manière absurde », saint Gildas avec saint Philibert, et raconte quantité
de fables sur les voyages du saint en Irlande, à l'île d'Yen, etc. (2).
Reste donc la première vie et c'est à elle que M. L consacre 69 pages
de son volume. H a en outre reproduit, dans la seconde partie (p. 43 1-
473), le texte de ce document d'après les éditions de Jean du Bois
{Joannes a Bosco) et de Mabillon.
La première partie du mémoire de M. L. est consacrée k l'étude du
texte lui-même. Celui-ci ne nous est malheureusement parvenu que
d'une manière incomplète et tous les manuscrits anciens ont disparu.
(ijCaUIoffUd codicum bag. latinorum Parisiens. T. Il (1890), p. iSa-igi.
(2) M. de la Borderie avait essayé de retrouver un fond réel dans cet récits {Etudes
hùtor. bretonnes, I, p. 817, 3i8, 357, 36o). M. Lot (p. 217, note i) critique assez vive-
ment les résultats auxquels il est arrivé. Sans doute ce sont les rapports des moines
de Rttis avec ceux de Saint- Philibert {Vita Gildae, cap. XLV) qui ont dû donner l'i-
dée de mettre les deux saints en relations. Mais cependant il faut remarquer que saint
Gildas est en certains endroits (notamment à Locmariaquer) honoré en même temps
quesaint Philibert, et que le culte de celui-ci en Bretagne est antérieur au 1X« siècle; à
celle date on ne savait même plus quel était ce personnagre ( V'ita S. Pauli Aureliani,
par Goarmonoc, cap. XIX ; éd. Plaine, p. 45). Etait-ce le même que celui de Noirmou-
tiers ? PfuVélre M. de la B. n'a-i-il pas absolument tort Cf. Mélanges ^ p. aao.
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226 REVUS DR BPpTAG^E
Celqi qu'a copnu Jç^n ^u Pois étajt ep fort fnauv^i» étal (I-ot, p. 307) ;
Mabillon ayaii p^ le compléter au n)oyep, dis^jt-jj, d ^p manuscrit de
Rflis, ex coUice Huyensi prodlt integrior, et epcqrp cplui-ci ne dopi^ait-
il pas non plus la an du texte. Quel était ce manuscrit ? C'est ce que se
demande M. Lot. « Je voudrais montrer, dit-il (p. 3o8j, qu'aucun
manuscrit ancien n'existait à Ruis au XVIP siècle, et que Mabillon
s'est borné, sans le savoir, k reproduire l'édition de Joannes a Bosco » ;
et plus loin (p. 222) : « Il Ressort de Tenquite précédente qu'il n'y
avait au XVll<» siècle qu'un seul manuscrit de la Viia Gildœ, celui ci
de Saint- Benoit-sur- Loire... Les quelques additions que d'Achery et
Mabillon crurent tirer d'un manuscrit, de Ruis provenaient en réalité
du légendier du petit monastère de S^fnt-Gildas des Bois ». Sur cette
dernière proposition je suis d accord avec M. L., mais non sur la
première. Mabillon n*a pas utilisé un manuscrit de Ruis J'ei> donnerai
même une nouvelle preuve ; mais il n'en existait pas moins un, et qui
n'était peut-être pas dénué de toute valeur.
L'auteur anonyme d'une conipilalion sur le monastèfe de Saipt-
Gildas de-Ruis écrite en 1668, compilation sur laquelle M. L. se base
pour prouver (inexistence d'un manuscrit ancien à Ruis, cite cependant
l pluMeiirs reprises ce manuscrit qui était divisé en jeçops (i). Nous
connaissons aussi son existence par une autre source (a). Un érudit
qui voyageait en Bretagne, en i636 en prenant des notes sur tout ce
qu'il voyait, DubuissonAubenay (3) nous a conservé quelques « extraicts
d'un ms. en pargemin de l'abbaye de Saint-Guédas de Ruis » et il
cite « la vie ou légendaire de S. Guédas ». Ce manuscrit contenait
sans doute l'office du saint, car Dubuisson-Aubenay reproduit un frag-
ment d'bymne, puis des extraits de deux leçons m depoMone sancli
Gildasii ; d'autres passages sont donnés sous la rubrique : de inmntioné
sancli Gildae, avec la mention lectio prima {i). Ces passages se re-
(1) Voir des citations dans Lot, p. 911.212.313,317, 318. « Ce cartuUire, dit M. L.
p. ai3, qu'il appelle és^alemeiil U^oetidaire^ et plus justement iectiontiaire^ puisqu'il
était divisé en leçons, n*a indubitablement à ses yeux aucune valeur. »
(2; l>. Morico a reproduit des tragmr*|ils de la Vita (Hldae à deux endroit <Jo s-s
Preuves (i cof. 188-190 et 353-335) ; U premièro fois : ex sœculo 1. lienedicl.^ La
•emnde : ex manusc. coi.Ruucnsi. M.«lfi:ré de l'^gères variantes (par exemple dans
es ch. XXXII et XXXMl : liituriceregiotie au lieu de ntfturuensi regio *^, viiae
venerabilis au lieti de renernhiJis ri'a*», sanc^'ie omis) il semble bien que dans ce«
deux entrait» l'é iilion de Mabillon a seule clé utilisée.
(3) / iffriirt* <i'* tjti'ftij.i-*, <?* Ifi'if), ô\ Maître et p. de Berthou Nantes, 1898-
190a. Tome l. p. 169, t. Il, p. 3iy et ^eq
(4) Je no serais pas surpris qiie le nis contint le texte (out entier, et qu*on y |it
marqua sçuUmeot quelque* passages pour servir de leçon» aux (èim du laiBi.
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un LIVRE D'HlSTomJÏ
m
trouvent, aTec quelques viriantes insignifiantes (t), dans les chapitre»
Iir IV, V. Vin, XXVIII, XXX, XXXIV, \X\VI et \X\ VUl de l'édition
donnée par M. ]Mi* Dans cq dernier passage, Dqbiii&fiOn'Âtibena^ nous
donne une leçon aâseç diflérente de celle dtt texte imprimé : il semble
utile de lei meilre en face l'une de Tautre.
fcxiç imprififié
Ddûde quidam nobiiium insur-
reïerunt conlracomitem, sed non
praevalerunt quauiam ipse ^Jr
ignaruset &ine iclentit non erut.
Quidaoi eliam nobiiium insnr-
re^erunt in comitem Alanum,
Godefridî filium , voleutee pa-
Iriium ipaiui JudliaÇlom constî-
luere cnipil^m. Sed non ^raevalue-
rput, quouiam jpse vir i^'^stru^ el
si^ascjentia e^at.
ta seconde leçon eat donc pins longue qu@ la première ef en est
onUiblement dillérente : il semble qu'elle soit la meilleure si on en
rapproche un passage de Pierre Le Baud sur le même évér^ement,
passage dont la source est inconnue. « Iceux cens pi râleurs, diUiL du
nombre desquels estoient Judicaët ùlz Cam, Ri val ton, Karadoc, et
niaints autres^ s'eelevèrent contre AUain, Eudon et leur mère, voulant
P^t force d'armes constituer leur oncle Judhacl, duc de Bretagne... et
firent Irts forte guerre en Brelaigne à tous ceuît qui tenoient le parti
^«* dîiz Allaiû, Eudon et leur mère. Maij* finablemeiit ces con^i pirateurs
i)^ prévalurent pas, parce que celui Judhai^l, duquel ils rnaintenpient la
querelle ^n celle alldire, evloit simple, sans science et sans conduiteT et
ainsi fui leur puissance en celle emprin^se oultrageuse à néant rame-
'^^ (a) M. On peut donc conclure^ semble-t-ilp que l'abbaye de Huis
poiiédatt ^u XVI l' siècle un manuscrit de la Vitu Gildœ et que ce
rastiuscrit n'était pas sans valeur* Maii^Mabiltan n'a pas dû, en elTet, le
^^Oiiaiifç^ sans quoi il indiquerait la leçon plus compU'^te cL meilleure
quî sa trouve dani Rubuisaon-Aubeuny i3).
u) tJubtiiisoTi a commis tine erreur de l^cluro dans lo chap. V où 11 donne Janua
^i^duti^ lu lieu de Lanna lliiduiL
^*^ Bijiùire de Bretagne inédite, Bibl. nat. m*- fc fti'^ft, dté pir A. de îa Bordt»-
^^* */. de B., (p. e-7). — Cf. la rédaction ifii|jrim*fe en iGJiî, p. i45. t'tê. et Jil»\a
^"^ti>rt, n édition d«* nîljl bretons fol. «(i vor+o.
'^\ L« m», de kuiH ccntfnaLt aii»fli în I'î^ï Mf/irani, que cite t^anonjme de
r(l68'Loi p jj, njjt^i 3 3^5 „q^ç ^j l>ij boisson- 4 ubt^nii;^ i*n dinmo Ip d^^btit ip. isi}
* AilTtict du nuaiftrrm m». *>* Albert Ijh Gruiid avait ausiî roniulté ce manuicrlt ; il
^■t ScitéregtaDt de gulu parer l'ofigiatl i *oq texte, duatânl pluft que leti qnûlquea
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22« REVUE DE BRETAGNE
Mabillon a utilisé un manuscrit du monastère de Saint-Gildas-des-
Bois, mais, croit M. L., il n'en a eu connaissance que par l'intermédiaire
des moines de Ruis : cela ne me semble pas certain (i). D'Achery et
Mabillon ont pu le connailre directement. On peut voir en effet parmi
les matériaux réunis par eux en vue desActa Sanctorum ordinis sancti
Benedicti (a) une note sommaire sur ce manuscrit : comme il semble
aujourd'hui perdu (3), il me parait utile de reproduire cette note, au
moins en partie. Chaque indication de vie de saint est suivie de
Vincipii et du desinit que je crois inutile de reproduire : je les remplace
par le n® correspondant de la Bibliotheca hagiographica latina des
fioUandistâB :
<i £x antiquissimo legendario asservato in monasterio sancti Gildasii
de Nemore» videlur scriptum ante 4oo vel 5oo annos.
1. VlU sancti Egidii abbatis [gS].
2. Vlta sancti Antononii martiris. 4® non. Sept. [673].
3. Vita sancti Berthini abbatis.
4> Vita sancti Euortii Aurelianensis epi. Idus Sept.
5. Vita sancti Audomari episcopi et monachi Luxioniensis nostrî
ordinis. 5** idus Sept. [767].
6. Passîo sancti Apri Leucorum civitatis, octobris. [617].
7* Vita sancti Ricmiri episcopi.
lîfnee cUées par DubuUson-\. expUquent Terreur dam laquelle est tombé Albert Le
O., «El fitsant de laini Goustan un contemporain de saint Paul Aurélien. « Gulita-
nus e Britannia insula oriundas, a piratis in mari captus, projicitur in littore pagis
LaonensLs ac sancto Paulo offertur ; ibique parvo tempore commoratus, cum
Oïiijniorum <;pi8Copo nomine Omnes, cul tune familiarius adhœrebat, iter Hierosoly-
mîtaiium a^jçreditur etc... Deinde reversus insulam Hoyadic navigavit. » — Le ma.
Ut. ii7tij de la Bibl. nat., contient aussi au fol. 67 les leçons de la fêle de saint
Culumhan, ejs proprio sanctorum diœcesis VenetensU et ex antiquis breviarUs
nionasterii Ruyensis, — Enfin le bréviaire de Ruis est mentionné dans le ma. fr.
3i53if à propos de saint Gobrien (Duine, saint Gobrien^ in Hermine, XXX (1906},
tirage à part, p. a6» note a).
On pourruit peut-être trouver quelque nouveau renseignement sur le manuscrit
de Rub, dan:i le ms. 267 de la Bibliothèque publique de Rennes, attribué à Albert
Le Grand, et qui au fol. S contient les preuves et justification de la vie de
saint Giiias.
(1) Peul't'tn) Mabillon a- t-il écrit Ruis par erreur, au lieu de Saint-Gildas-det-Bois.
(3t Ces matériaux forment aujourd'hui à la Bibl. nation, les ms. lat. 11760 à
ti77<j. La jiqU en question se trouve dans le ms. 11777, ^^^- >^^*
(5j Apràï la Révolution la Bibliothèque de Tabbaye de Saint Gildas-des- Bois fut
répartie entre la Bibliothèque publique, le béaiinaire et les Missionnaires de Nantes.
Le mafiu^crit ne so trouve ni à la Bibliothèque publique ni chez les Missionnairea,
ïcnil'U au séminaire ?
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UN LIVRE D'HISTOIRE 229
8. Vita Beati Gadasii, 4^ Kalend febr. Sic incipit : Beatissimus igi-
tarGildas ArecluU fertilissima regione oriundus.
Sic finit : Commendaverat autem ipse dux sopradictus Foelicem
dumproficisceretur coDJugi etc.
Gootinet i5 pagiaas. Egregia est et dicitor in ea quod Arecluta rit
regioin Britannia. In ea fit mentio sancti Samsonis.
9. Vita sancti Joannis Arckiiepi-Eboracensis [4346].
10. Vita sancti Petroci confessons (i).
11. Vita sancti Leufridi abbatis.
12. Vita sancti Albani martiris. »
Cette note est suivie de renseignements de la même main sur les
saiDts de l'abbaye de Saint-Meen et sur. un manuscrit de l'abbaye de
Saint-Melaine de Rennes. Nous pouvons savoir à quelle date elle a été
écrite: en efiet le ms. la t. 12674 (Monaslicon benediclinum) contient
aux fol. 3a5 et 829 deux copies de chartes de Saint-GiIdas>des-Bois.
Ces copies sont de la même écriture que la note du ms. 1 17771 et sont
suivies des mentions suivantes ; Haec fldeUler Iranscripsi ex originali
primo pergameno sano et integro die 2U septembris i6U6, cum essem
in monasterio eodem Sancti Gildasii de Nemore, in qao religiose asser-
^^atar.,. — Haec fideliier iranscripsi,., die seplima octobris anno i6U6.
L'autre note doit donc être également de i646 : elle a dû être prise
par un bénédictin envoyé par L. d'Achery à la recherche de docu-
ments : quelqu'un de familiarisé aveo l'écriture des bénédictins de
cette époque pourrait peut-être en reconnaître l'auteur (a).
Le manuscrit de Saint-Gildas-des-Bois était incomplet de la fin (il
devait s'arrêter avec le chap. XXXI V) ; mais il contenait le texte du
chap. XXXIil, où il est question de la fuite des abbés Taneth et Daioc.
M. Lot (p. 224) veut voir dans le chap. XXXUl « un remaniement
tendancieux d'un ou plusieurs chapitres du manuscrit autographe où
l'on racontait le transport en Berry, au X** siècle, du corps de saint
Gildas, et où Ton donnait quelques détails sur le seigneur bienfaisant
qui avait accueilli les moines fugitifs ». Je ne suis pas pleinement
convaincu par les arguments que fournit M. Lot, pour démontrer qu*il
(1) Cette vie se trouve copiée dans le ms. lat. 11770, fol. a, ex ms, Cêd.
S. GUdasii de Nemore.
(s) Outre ce manuscrit, Tabbaye de 8aint-Gildas-des-Bois possédait un bréviaire
qui nous est connu par une note de ms. fr. aa.Sai et qui contenait des leçons de la
▼ie de saint Hervé (V. A. de la Bord. Saint Hervé. Soc. d'Emul. dss Côies-du-'
Nordy XXIX, p. a53) . Lo lectionnaire dont parle l'Anonyme de Ruis était divisé en
leçons.
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2*0 REVUE DB BRETAGNE
y a eu en cet endroit un chapitre aujourd'hui perdu, ht moifle de Rais
n'avait aucune raison de 8'artêter longtemps à la fondation de Tâbbaye
de Déols. L'autre texte ne nouft setait connu que par des extraits donnés
dans des textes berrichons ou tourangeaux, et je ne vois pas du tout
pourquoi le texte que nous avons aurait été remanié. 11 ne l'aurait été
que, pour donner l'authenticité aux prétendues reliques de saint Gildas
trouvées dans son tombeau ( i ): lesilence de TauteUr de la VUa Gildae sur
ces reliques inquiète M. Lot (p. ^29, note 3). Il est cependant évident
que de son temps déjà, Ruis prétendait posséder des reliques de son
fondateur, puisqu'il parle du bàlon du ss^nt conservé dans làbbaye
(chap. XL. p. 457) et puisque Félix concéda à Hélogan, abbé de Saint-
Glldasdes-Bois, un ossèment du bras dloit et iiiie psltcellë du ci-âne de
Gîldas (Lol,p. aSg, note 1). Je crdiraîs donc très volontiers ^tie le teile
dû chap. XXXlIt rious est parvenu tel qu'il a été écrit (2). Quant dilx
passages de là trarisldiio, qui tie se reti'oùvent {ias dans notre texte, ils
pourfaieiit fort bien provenir d'un autre récit èbmposé par \ei moines
de Déols et aujourd'hui perdd (3).
Après dvbir étudié le texte de la VÙa Gildae, M. Lot en tixe lit rédaè-
tion aùi environs de io4o (p. 23o-233j, et il établit d'une inaniSre
(î) Un Coeremoniale locale mona$teri{ sancH Uildaiii Wiuyénsis^ ms.^du
XVII" siècle conservé au presbytère do Saini-Gildas-de-Ruis (Boseozweig, Réper-
toire arch. du Morbihan^ p. aiy), rapporte qu'en iiS'i le corps de saint Gilda^ fut
relevé de terre et trouvé dans un état presque parfait de conservation (C. de la Mon-
nefaye, Essai Sur VhiStoire de Varchiiecture religieuse en ïiretagne. Bull. arch.
de r Association Bret., 1 (18^9). a* partie, p. ia6}.
(a) H U est frappant que Le Baud, compilateur si exact, ne souffle mot des abbés
de Kuys et de lx>cmiué, Daioc et Taneth. Ceux-ci no paraissent qu'au chap. 33,
lequel manquait à la iois dans le ms. de Saint-Benoit sur- Loire et dans le «< Cartu-
la ire do Ruys ». comme on vient de le voir. Donc Le Baul n^avalt à sa disposition
qu'un ms. mutilé » (Lot, p. aa/i). — Le Baud a certainement, au contraire, connu
ce chapitre XXXIIL En effet, à la page i48 de son Histoire de Bretagtie, éd. de
i638, il parle de l'abbaye de Mauriacerise (Moréao, Canton de Locmiué) en se
référant à la Translation de sainct Gildas : or ce nVst que dans le chép. XIXIU
que se trouve oe nom. bi Le Beau ne mentionne ni Daioc, ni Taneth, c^est sani
doute un oubli de sa part. P. ia4, il cite Vacieur de V Histoire de la Translation
saint Gildas à propos de la mort de Salomon (cbap. XXXtI)et quelques lignes plus
bas, énumérant les reliques de saints sorties de Bretagne, il ne mentionne pas œlles
de saint Gildas portées à Bourges, alors que ce renseignement se trouvait dam le
même chapitre.
(3) D'autant que, il faut le remarquer, tous les textes berrichons ou poitevins
qu'invoque M. Lot, citent la Tra'i^latio sancti Gildasii (v. p. aaTi, ati6). Or si
Vitttlis connait bien U fi^rme G i'dastus (Ch. III p. 435) cependant il emploie plutôt
celle de (iildas. Il est donc possible qu'il s'agisse ici de documenta différents. Cf.
cependant la note sur le ms. de Saint-Gildas-dts-Bois qui donne Vita sancti
Qildasii, mais 1^ Utra peut être de l'auteur de U note.
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riM LfVHE DHliltOtllf: Sâl
évidente* k mon sens, ^ue sûaàuieur n'est aalfeclde Vitalià, moine de
Satût-Baiiott siir-Lotre, qui avait déjk remanié les vies de saint Samsôti
et de salât Paul Auréiienet c^ui succéda a Félix dans le gouvernement
de) abbaye de iiui*( i).
^our le^ fait» poâtériRurs h too8 et fKïtjr le récit de la Trànslatio Tàa-
ïetir a eu comme sources ses souvenirs personnels, des traditions qu'il
tfioiitde fé\\% et de «es premiers discipleâ, et peut-être quelques débris
d'ârchlveiqu il a pu consulter dam Tabbaye berrichonne. Sur ces points
jf suis d'accord avec Si. LcH. Quant À la Vila proprement dite, M. Lot la
diviie en deux parties : la parlic i'jsulAire et la partie armoricaine. La
première aurait eu pour prototype une Viia que Vitalis aurait retndniée
fp. 346-a48^ et encore M. Lot a-t-îl des douter (p. a6o et seq.), hiais ce-
pendanLîl conclut que <^ reiîf^tetjce dan^ le pays de Galleè d'uiie Vila
Gildae ancienne, pâut semble*r probable, elle n'est pas prouvée » (p.
i65;. Il paraît cependant évident que Vitalis a consulté un texte anté-
rieur puisque dans son chapitre Vil, il dit avoircounu les austérités de
Giliias veract reialtont p. kS\\) (a)- — Mc*is pour la partie armoricaine
Vilalïs n'aurait eu d autres «ources que dei* tniditions locales et son ima-
liDStioD [p a4^ et req,] : il tie serait mdnie pas certain que Gildâs ait
vécti en Artuorique. Ces ciinclunions peuvent parailre exagérées : sans
douioit semble bien q^ie Vilèilis n'fiii eu ^ sa disposition que les tradi-
tion* orales qu'il a recueiiliesjouterois il esl Tort possible qu*ilaeu sous
fes yeux une vie fort bomuiaire de Gildas qu il a complétée : iin texte
Irèfi court, par exemple comme la Vila prima Tulivali. Evidemment,
comme le remarque M. Loi (p. atlG), il â coasulté Grégoire de Tours ou
)a coQtinuatlou du Pseudo-Frédégaire. mais pourquoi ne pas voir une
autre source écrite quand Vilallâ dit. cbap, XX, Ut fnutti sunt te.Ues
fiitks CL Lot. p. a5/h note j) : il ne peut raisonnablement s'agir que
de téinojguagea f>crits.
Quanta la vie det^aiiil Gildas en Armorîqiiè, Je vèuX y troire. Le
moua^tère de Kuis portait le nom de saînl Gildas avant les invasions
uorenandeseL leti moines prélcnddient pust^éJer son corps (la fondation
d( Déoh est là pour le prouver) : cda n eut pas eu lieu si Gildas n*y
b) Stif l'hîttoira dà VlUlii et «ur îe pruci^^ eiiUi' les moines do Riiis et reuï de
3aUit-Philibortt reîuUïeinent mu C^jrps de naiut lioii^Un, pr<»ci's douL lo récit rcgle
LaUrrompc] dunii La V'i'r* '»i7f/-ieî il y auiuît s* eon^uJlor un dt»c iineiil qui a ôcliappé
<ui icivtf%Uj^âUijn4 dfl U. L. 1 c'y^L \a ti-Mli'iMu M:niiuc par 1 (môcjuo d** Poilicrs
IkemL^ri, Li> ttïU» de c<^ df»:umi ut a %'h* puhtîf jmp M. Léon M a lire, d après les
in:hl^eidu prLurt" du i u^iault, ûa\%-h I.i îi ^ n*' tin iiiis-/\ji(ou, i "yj, p. 48^ ot seq.
Cfn iiui(. ii^ ia StK\ Ar^h, du Sttntes, XLVill (njoj) p. 171-172.
(ij lïitu la chap, 11 ^p. 4ïâj 11 «m|itûitt tuiil lyxpression fertur.
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232 REVUE DE BRETAGNE
avait vécu (i). « C'est avec l'Irlande et le pays de ûalles, bien plus
qu'avec TArmorique que les rapports de Gildas sont historiquement
attestés (p. 267) ». Sans doute si on supprime les textes qui parlent de
TArmorique (a) : il ne faut pas oublier que les invasions normandes
nous ont privés de la plupart de nos documents écrits. Même si Vitalis
n'a consulté^ que des traditions orales, ces traditions étaient certaine-
ment anciennes, antérieures aux invasions normandes et on peut
leur accorder quelque confiance, u De grossières invraisemblances
et quelques anachronismes dans la vie de Gildas, a dit M. Joseph
Loth (3), ne suffisent pas pour lui faire perdre toute valeur his-
torique » (4).
Peut-être, du reste, peut-on essayer de démontrer l'existence d'une
autre vie de Gildas, difiérente de celles que nous connaissons aujour-
d'hui. En effet, un document du XII P siècle, conservé dans une copie
du XV" siècle (Bibl. nat. ms. lat. 9098, fol. 17J, contient une liste des
(i) La plut ancienne mention du monastère de Ruis, à ma connaissance, ne
remonte qu'au commencement du XI' siècle. Elle se trouve dans la vie de saint
Judicaël par Ingomar : « Protinus misit quemdam sibi fidelem ad Provlnciam
Guerochi ad locum Gildae. ubi erat peregrinus et exul transmarinus Taliosinus
bardus, fllius Donis, fatidicus presagissimus per divinationem presagiorum ». Cité
par A. do la Borderie. H. de B. f . p. AoA, note 4. — On retrouve la même tradition
sur Taliésin et Gildas dans la Vita MerlinU écrite par Gaufrei de Monmoath en
II 48 et 1169 ; aux vers 687-688. Merlin ordonne à sa sœur de lui amener Taliésin :
Venit enim noviter de partibus Armoricanis,
Dulcia quo didicit Sapientis dogmata Gildae.
M. Lot (Etiuies sur Merlin, Annales de Bretagne, XV (1900) p. 535) a cru que ce
passage étalL inspiré par lechap. 1 8 de la Vita Gildae ; mais cela est peu probable,
puisque nous trouvons trace de cette tradition dans un auteur antérieur à Vitalis :
Ingomar écrivait en effet au commencement du XI* siècle (A. de la Borderie, H. de
B. I, p. 352; Lot, Mélanges» p. ia8 et ao5). Gaufrei de Monmouth a donc connu
Touvrage d'ingomar, ou ils ont puisé tous deux à une source commune.
(a) De même M. Lot écarte peut-être trop facilement le témoignage de Gour-
monoc, p. 960, note 3.
(3) V Emigration bretonne en Armorique, p. 45. Cf. Chrestomathie bretonne^
Ann. de Bretagne, II (1887). p. aa8) ; Revue celtique^ XXll (1901), p. 100. — M. Loth
{Ibid, p. 186-187) fait aussi remarquer la forme ancienne Reum^Visii, qui ne pour-
rait provenir que d*un document ancien.
Ruis est mentionné sous la forme Rouuis, dans une charte d'Alain le Grand, de
878 dans le Cart. de Redon, CCXXXV, p. i83 ; sous la fornle Reuuis en Qfjtibid,
n* CCLXX, p 219.
(k) En ce qai touche Thistoire de Triphine et de Conomor, peut-être s*est-elle
trouvée rapportée ailleurs. En eftet la vie de saint Hervé (Ed. La Borderie, loc. cit.
cap. >;; et la Chronique de Saint-Brieuc (D. Mor. Pr. I, col. 16-17) y font alluaion
mais avec quelques différences et sans parler de Tintervention de Gildas. Cf. Le
Baud, Hist, de Bret,, éd. de t638, p. 73.
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bK LIVRE D HlSTOlRB Ht
reliques de la cathédrale de Vannes (i), et à c6té des reliques de
Saint Patem, de sainte Brigitte et de saint Trémèur, on roit figurer
des reliques de saint Gildas : « Et de beato Gildasio, et iibellus quem
suppositum capiti ejus in.... (a) Narrait bjcjs historia per très
menses ». Dans aucune des vies du saint, je n'ai rencontré de passage
se rapportant k ce Ubellus : il faut supposer que l'emprunt a été fait k
un autre document. L'inventaire de la bibliothèque de Gi^as, dressé
après sa mort en 1690^ mentionne parmi les manuscrits une Vita beati
Giidasii (3). Etant donné la proximité de Bourges, où professait le
célèbre jurisconsulte, et de Tabbaye de Saint-Gildas de Déols ce ma-
Duscrit avait certainement une origine berrichonne. La remarque faite
plus haut sur l'emploi des formes Gildas et Gildasius pourrait peut-être
faire supposer qu'il s'agit ici d'une vita différente de celle de Yitalis. Et
comme il résulte de la Descriptio reliqaiarum que les reliques de saint
Patern, conservées à Vannes, avaient été rapportéds du Barri il serait
possible que ce fut i ce texte qu'ait été emprunté le renseignement suf
le Ubellus de saint Gildas.
Quoique les conclusions de ce mémoire me semblent trop empreintes
de scepticisme, il n'en reste pas moins que M. Lot a apporté beaucoup
de lumière sur le texte de la Vita, sur son auteur et la date de sa
composition, sans oublier les renseignements nouveaux qu'il donne
sur la translation des reliques du saint à Déols.
Outre les questions traitées spécialement dans chacun des mémoires
qui forment les Mélanges, M. Lot a abordé très souvent dans les notes
d'autres sujets s'y rattachent, et on y trouvera notamment de nom-
breuses remarques sur les documents hagiographiques bretons : je ci-
terai entreautres : Vie de S. Méloir, p. ia3, note a ; — de S. A/ee/i, p. i3o,
note I ; — (fe S. Tudual, p. 84, note 4 ; — de S, Brendan, p. i63, note
3 ; — de S, Magloire, p. 169, note i ; — de S, Samson, p. 169, note 3,
(i) Voir iur oetta descriptio reliquiarum ecclesiae Venetensis, A. de U Borderie,
Saint Patern, Urage à part, p. 26-27 ; le document s 7 trouve reproduit en partie.
(a) U y a un mot que Je n'ai pu déchiffrer par suite d*un pli dans le parchemin.
(3) Inventaire des manuscrits de la Bibliothèque de Cujas, publié par H. Omont
dans la Nouv, Reims historique de droit français, XII (i8d8), p. 533. D'après Gathe-
rinot auteur de la Vie de Afademoiselle Cujas (i684^ « la Bibliothèque de M. Cujat
estoU fournie de quelque cinq cens volumes manuscrits qui servirent aux libraires de
LyoD è couvrir des rudiments. » (p. 3).
ÀvrU iSSS tê
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234
REVUE DE BRETAGNE
etc. Gela ne peut que faire regretter davantage que M. Lot n'ait pas
joint une tabie analytique à la fin du volume.
A plusieurs reprises M. Lot nous fait entrevoir son intention dedon^
ner une suite à ces Mélanges : Nous ne pouvons que souhaiter la
prompte réalisation de ce projet, et nous nous permettons de soumettre
respectueusement un vœu à Tauteur : c'est qu'il réunisse également en
volume les articles qu*il a publiés dans plusieurs l'ecueils, notamment
dans la Romania, sur des sujets de Thistoire de Bretagne ou y touchani
de près comme Torigine des Romans de la Table Ronde : une fois de
plus il aurait bien mérité de la science et des études historiques.
ANDaé Oheix.
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NOTICES ET COMPTES-RENDUS
SOCIÉTÉ DES BIBLIOPHILES BRETONS ET
DE L HISTOIRE DE BRETAGNE
Séance du S3 Avril iifOS
pRisi&ENCË DE M. Le V^* de cal an, Pïiésiûei4t.
La Société des BibLLophiUs Bretons s'est réunie lé jeudi
23 avril 1908, à deux heures, aux Archives muhicijpaies de )a
ville de Nantes.
Présents : MM. de Calao, président, Rousse, vice-président,
Blanchard et Gaétan de Wismes, secrétaires, Foulon, trésoriet,
Jouan de Kervenoaêi.
ADMISSIONS
Sont reçus membres de la Société :
M. DE Bergëvin, au château de Kerven, par Guimaéc (Finis-
tère), présenté par MM. Ch. de Calan et de Laigue.
M. le commandant dkMalleray, au 77' d'infanterie, à Cholet
(Maine-et-Loire), présenté par M M. G. de Wismes et R. Blanchard.
M. Gustave Jamonti 2, place Cane la ux, à Nantes, présenté
par les mêmes.
M. Roux EL, professeur au collège Saint-François- Xavier, à
Vannes, présenté par MM, Ch. de Calan et Chauffier.
Dom Bëisse^ k Chevetogne par Leignion, province de Ncmaur
( Belgique) , présenté par MM. Ch. de Calan et de Laigue.
ETAT DES PUBLICATIONS
Depuis la dernière réunion ont été distribués aux sociétaires :
CroTiicques et Ystoirûs des Bretons, par Pierre Le Baud, publiées
d après la première rédaction inédite avec des éclaircissements^
des observations et des notes par le Y*' Charles de la Lande dé
Calan. In-4% tome i«, 228 p>
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236 REVUE DE BRETAGNE
Les Relations du pouvoir central et de la province de Bretagne dans
la seconde moitié du règne de Louis XIV. Correspondance des Con-
trôleurs généraux avec la province de Bretagne (1689-1715), pu-
bliée par J. Letàconnoux. In-4<>, tome, xiv des Archives de Bre-
tagne, 355 p.
M. le Président annonce que le manuscrit du tome i®"^ du Be-
cueil de documents inédits sur les Etats de Bretagne du XVI^ siècle^
dont il est l'auteur, est entièrement prêt et vient d'être remis à
l'imprimeur. Grâce aux documents par lui trouvés et à d'autres
qui lui ont été obligeamment fournis, il a pu traiter un sujet à
peine effleuré jusqu'ici. Ce tome i"" embrassera la période de 1491
à 1574 ; le second comprendra les années 1574 à 1588. Suivant
toutes les prévisions, le volume paraîtra à la fin de Tannée
courante.
Sont en préparation :
La version inédite du Poème sur le combat des Trente, par M. le
C^* de Laigue.
LeB Procès-verbaux des Etats de la Ligue, par M. Joûon des
Longrais.
Le tome second des Cronicques de Pierre Le Baud, par M. de
Calao.
M* Gaétan de Wismes rappelle qu'il a été question plusieurs
fois déjà de la publication d'un troisième volume de Mélanges,
comprenant des pièces rares ou inédites d'une faible étendue
Cela permettrait à un plus grand nombre de membres de parti-
ciper aux travaux de la Société. M. le Président répond que le
nombre de documents qui lui ont été offerts jusqu'ici dans ce
but est trop restreint pour constituer un volume ; mais qu'il ne
demande pas mieax que de voir aboutir un projet qui pourrait
être agréabïe à nos membres. Il leur renouvelle par suite son
appel en ce sens.
OUVBAGES OFFERTS.
Par M. le baron Gaétan de Wismes :
Coatumes de Mai en Bretagne. Nantes, 1907. In-4*.
Le Commodore PaulJones. Sa réception à Nantes en 17 80. .Nan-
tes, 1906. In 8^
Mobilier ei garde-robe d'une dame bretonne au XVII P siècle.
Saint-Brieuc, s. d. In-8*.
M. G. de Wismes est l'auteur de ces travaux.
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NOTICES KT COMPTBS-RBNDUS 2S7
Par le R. P. de la Croix :
A propos de Saint-Philibert' de-Grandlieu, Réponse à une critique
de M. L. Maître, par le R- P. de la Croix. S. J. Poitiers, 1908.
In^.
La séance est levée, à 3 heures.
Le secrétaire j
René Blanchard.
Le Folk-Lore de France, par Paul Sébillot tome IV«
et dernier. Paris. Er. Guilmoto, éditeur, 1907.
Un des plus grands oayrages d'histoire et de littératare da temps
présent vient d'arriver à soq achèvement complet. Je venx parler du
FoUt-loTt de France, de M. Paul Sébillot, dont le tome IV et dernier a
para presque an moment pu finissait Tannée 1907.
L'auteur aura donc pu poursuivre et terminer son œuvre, suivant le
plan traeé, sans rien négliger, sans rien sacrifier. Je ne sais s'il a eu à
l'é^^nger des modèles, ou des émules ; mais la science érudite d'un
Orimm ou d'un Andrew Lang s*accompagne, à l'ordinaire, d'une leur-
deur, d'une diffusion que M. Sébillot, savant et écrivain bien français
évite aisément.
Ce tome IV serait, d'après le sous-titre, consacré au Peuple et à l'His-
toire. Mais ce sujet déjà bien vaste est encore amplifié par des divisions
préliminaires oii les monuments de la préhistoire et de l'histoire elle-
même sont soigneusement décritfi, patiemment analysés, au point de
vue de la tradition qui s'y attache. Le cadre de pierre immuable oà se
meut l'homme, le Français d'autrefois, nous est ainsi présenté avant le
tableau. Cest dans l'ordre des choses.
Les monuments mégalithiques ont deux éléments constitutif^: la pierre
debout, la pierre couchée, le menhir, le dolmen. Le sol français n'en
est pas avare, mais la tradition française par indifférence coutumière,
ou par frayeur superstitieuse, les mentionne rarement. Elle y associe,
d'aventure, l'héroïsme de Roland, frappant la pierre de sa légendaire
épée, rénormité de Gargantua, Jonglant avec des rochers comme avec
de vulg:aires cailloux. Voici qui est plus spécialement breton : les dol-
mens sont habités par des Korrigans plus malicieux que malfaisants ;
renchanteur Merlin, quand il n'est pas, dans la lorôt. le prisonnier de
Viviane, dort sous un dolmen.
M. Paul Sébillot discute sur lés tumulus qui n'offrent pas friande
pftture à son érudite curiosité ; notons en passant, qu'à la différence du
Jeune savant du Monde où Von s'ennuie, il écrit : les tumulus et non
les tumuli. 11 nous parie des pierres branlantes^ cite à leur sujet des
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U8 REVUE DE BRETAGNE
Tars d*an des poètes les plus savoureux du XVI* siècle, Courval-Sonoet,
et ne mentionDe pas l'une de ces pierres immenses qu'on m'a montrée
Jadis à riie d*Yeu et qu'un doigt suffit à remuer.
Autres croyances populaires : la fHction contre les pierres pour pré-
venir ou guérir les maladies, les colliers de pierres qu'on met aux en-
fants en guise d'amulettes préservatrices.
La Tour d'Auvergne (dont il faudrait bien réimprimer quelque jour
ne serait-ce que pour les discuter, les réfuter, les si caractéristiques
Origines Oauloitet) a soutenu éloquemment l'opinion qui transforme
les dolmens en tables de sacrifices humains. Avons-nous besoin d*igou-
ter que M. Sébillot réduit à néant cette légende qui a poussé de pro-
fondes racines dans l'esprit breton ?
Au début du livre second € Les monuments », se trouve un chapitre
que l'on ]ugera trop bref à cause de son intérêt, sur les rîtes de la ccms-
tmction; on scelle une monnaie à la base de Tédifice, on arbore un bou-
quet à son sommet. Lorsqu|on éventrait une ancienne b&tisse, il n'était
pas rare d'y rencontrer le squelette d'un animal qu'on y avait autrefois
muré vif et ceci fait souvenir d'un des contes lès plus macabres d'Edgar
Poô. J'aurais voulu que M. Sébillot insistât sur la bénédiction de la
maison, du foyer et qu'il exposât à renfort de citations et de souvenirs
la jolie coutume de pendre la crémaillère.
Les monuments antiques encore nombreux, surtout dans le Midi de la
France, méritaient de frapper plus qu'ils n'ont fait l'imagination popu-
laire. A peine notre grand traditionniste a^t-il pu relever quelques han-
tises ; il parle de trésors enfouis sous les ruines de Tauroentum, de fa-
çon à donnera un autre Breton, que les hasards de sa carrière ont con-
duit dans ces parages, M. Bout de Gbarlemont, le désir de continuer
l'enquête.
Sur la construction des églises et tout ce qui s*y rattache, nous avons
un copieux, un excellent chapitre. 11 y a des (ées bfttisseuses, des saints
constructeurs et la Vierge, qui met, à l'occasion, la main à la truelle, ne
s'offusque pas trop du voisinage de Mélusine — Mère Lusine comme
disent les paysans poitevins. Ici rien ne devrait être oublié et une sèche
analyse ne saurait donner l'idée de ce qu'on nous apprend ou nous
rappelle sur les ossuaires (avec des histoires de crftnes dérobés aussi
vraies que peu vraisemblables), sur les cimetières, à qui leur situation
près des églises, en plein bourg, ôtait souvent leur caractère de lieux
redoutés et aussi sur les tours aériennes, sur les clochers qui érigent
vers le ciel leurs flèches do dentelle, sur les cloches qu'on baptise, qu
sonnent toutes seules et qui ont, pour les diverses catégories de tr •
passés, des glas de tonalités différentes.
Le paganisme dans les églises ne pouvait être omis par l'auteur des
Paçanismee Champêtres; la personnification, Thabillement l'animisme
des statues par où ie peuple évoque inconsciemment le geste de la sla-
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NOTICES BT COMPTES-RENDUS 9»»
itiddu Commandftur et les rîtes irrévérencieux, les messes de fan»
Vbm&9, trouvent ici leur place.
Domut Dei domus domini, après L'église la cbftteaa. Celui-ci n'est pas
peuplé de moiîiâ d6 té^endds, environaé de moins de mystère. Les
âTfiDues iOQt hantées ï des daines blanches^ des lutins, des revenante
que poètes et musiciens ne sont pa^ seuls à connaître, des animaux
finiastiqDës visitent des chambres désertes. £t les trésors sonterrains-
et les fables des oubliettes 1 II y aurait d*) quoi défrayer tout un légea-
daire sc'i^netiriaL
L'église, te ch&ta&u sont les première» demeures ; quand oelies-oi se
mulLipUeDti une vil Le naît ou c^est tin simple villa^. Booutez M* 3é-
billot rappeler avec charme oe qu'il a pu entendre, et glaner pour l'a-
venir dans le coin des Côtes-du-^ford d'où il est originaire. € Dans la
petite ville de Matignon, il y avait un centre de réunions d'été dans la
rue du Four, qui n'avait pas, que je sache, d'autre nom spécial, Pour étant
synonyme de bavardage, il se trouvait près de la maison paternelle, on
me permettait parfois d'y aller. Je me rappelle très bien qu'on y parlait
agsez souvent de ce qui s'était passé jadis à Matignon et aux environs
et bien longtemps après, en écrivant mes livres, je me suis sourenu de
quelques traditions locales qub j'y avais entendues et qui étalent
n^sÈées dans un coin de ma mémoire. > Voilà une mémoire qui s'an-
nonçait bien, elle a tenu ce qu'elle promettait.
Curieuses autant que nombreuses les étymologies populaires des
noms de villes, de rues. Beaucoup sont basées sur un Jeu de mots, un
véritable calembour. A certains eiemples bretons qu'il cite, oeux de Ces*
son. de PUrien, de CorseuL M. Sébillot aurait pu joindre celui de Ifor*
laix, VLlte à la ôère et parlante devise. U n'aurait pas en vain non plut
interrogé les rues du vieux Nantes, aux appellations aussi typiques à
peu pth% que celles du vieux Paria ; la rue Moquechien, la rue du Chéné
d*Aaron, valent, comme pittoresque, la rue de la Femmê-sam-Tétê^ ou
celle du Grand Hurleur,
Après avoir tant parlé des choses, il ne restait plus à l'auteur duFo^
Lùr€ de France qu'à parler des hommes ou mieux des traditions parti-
culières au genre humain, s'appliquantaux habitants de ces églises, de
ces demeures, de ces viUes si minutieusement décrites. C'est ce qu'il a
tait dans le livre troisième de ce dernier volume, « Le Peuple et l'His-
toire yir le plus imagée le plus varié, le plus personnel de l'ouvrage entier.
Les gens d église^ prêtres, moines, religieuses, ermites, et jusqu'à ces
templiers redoutables, à la royauté mystérieuse et effrayante, sont les
premiers passés en revue; le sentiment populaire, qui ne fut pas indul-
gent au clergé, qui se refusa contre l'évidence à rendre justice au ^ bon
euré ^* âe reflète dans une foule de proverbes, dictons, blasons, récits
d'une bonhomie narquoise. Tout cela, d'ailleurs, n'a jamais beaucoup tiré
conséquence; pas plus que les CanéeM de La Fontaine et les CçnUi ra-
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$40 REVUB DE BRETAGNE
mois, les grosses malices paysannes n*ont donné de gages sérienz à Tan-
ticléricalisme.
Les seigneurs, les nobles ne sont pas mieux traités que les prêtres, et
ici, par un piquant retour, c'est le clergé qui plaide la cause du peuple
contre les grands, qui reconquiert de la sorte une popularité. Inutile d'a-
jouter que toutes les rancunes du vassal contre son suzerain, du vilain
oontre son maître, se font jour en ce chapitre et que nous trouvons, que
nous devions trouver là, contre la noblesse, un véritable réquisitoire.
Ne pouvant agir, le campagnard parlait, chantait, se souvenait; il en*
tassait fictions sur mensonges, c'était sa manière de se venger d'être
taitlable et corvéable à merci.
Un curieux intermède sur les guerres, champs de bataille, sièges, pré-
cède une Histoire de France dans la tradition populaire, noo[ienclature
instructive, amusante, imprévue des personnages de tout ordre qui d'An-
nibal à Napoléon III, de la reine Berthe à la duchesse Anne, du roi Gral-
lon au général Boulanger, ont gravé un féger ou profond souvenir dans
l'esprit du peuple de nos villes et de nos campagnes. Il faudrait rappe~
^er tous ces noms si travestis qu'ils soient, tous ces héros ou héroïnes»
si transformés,méconnaissables môme qu'ils nous apparaissent souvent,
et s'étonner moins du discrédit qui menace un Du Guesclin, une Jeanne
d'Arc, que de la persistance des traditions relatives aux Anglais de la
guerre de Cent ans, aux ligueurs, aux huguenots, aux marins et cor-
saires, que des traces creusées dans l'ftme du peuple, telles des ornières
dans une route, des hauts faits et des crimes de la Révolution^ du conflit
titanesque de la Vendée, de l'épopée napoléonienne. L'histoire de France
vue et décrite de cette façon nouvelle est du plus poignant intérêt.
Une Bibliographie des principaux ouvrages cités, une table analytique
et alphabétique, figurent à la fin de l'ouvrage. L'une et l'autre sont dres-
sées avec une clarté, une méthode parfaites ; elles permettent de s'orien-
ter dans ce monde de connaissances qui s'appelle Le Folk Lore de France,
Un tel livre peut dispenser de connaître les recueils de contes, les disser-
tations sur les mythes ou légendes qui l'ont précédé; il les renferme, les
résume et les complète.
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Le Gérant : F. Chevalier.
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Si
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4* Série. — 7* Année
MAI 1906. Tome XXX)X
éa «il*'
%^
REVUE
de Bretagne
REVUE ^ RBVUB.
éU Bretagne et de Vendée ^, «ktarique de^fOêiea
RÉMNIES
KpmaB MWsumxM
MM.
fA^ de l'ESTOURBEILLON, DirecUui
C f^MHà Di laïque, Hédacfiur in chef
Le V* GiA^tEt DE CALAN, Sccrétsûte régional pour flk-ct- Vilaine. — Renh
BLANCHAnDpour la Loire-lnfcdwox.— Le Cb»»«<nc'peYRON,pour le Finittère.
— AVCNEAU DE LA GRANCIÇR;!. poui le MOï-bihan. — Aïain RA)^0^ du
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S'atbtsscr |H>ur la Rluactiox et l'envoi des mann»crits à M. lo O* R^'V^ or. LAlûCE.
*u<liâi^<ïd<: Bahurçl,^ pAJt Redon ; pour l'ADMiMsrRArioN, MM. LAFQLYH. frères
^l*c« dcï Lkes, Vannes.
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SOMMAIRE
ï. — A propoi de i* Jugon : Une cité bretonne à Iravert Ui
siècles i>. — J. Trévédy 241
IL — Méiangei hUtoriques (suite). — \IL La Langue dei Gau-
tois amni la Conquête romaine. — VIII. Saint Tudi et
êaini Tudual, — - IX. D'Argenlré et les Chants populaires
bretQni. — V'c Ch. de la Lande de Calan. . . . 265
TH. — Comboar el ses Seigneurs (suite). — Paul de la Bignb. 273
CONDITIONS D'ABONNEMENT
France, un an 12 fr.
Etranger^ — 15 —
On &'a bonne soit chez M. le comte de Laigdb, château de
fi&burel, par Redon* soit chez M. Lafolyc, imprimeur à Vannes.
Les abonnements partent du 1*' janvier ou du 1*^ juillet de
Tannée en cours. — Il n*est pas vendu de fascicules isolés, sauf
pour les abonnés.
Les travaux comprenant au moins 16 pages de texte sont seuls
tirés  pan, 50 exemplaires sont offerts aux auteurs.
Nota. — La Direction de la Revue de Bretagne ne saurait être
nullement responsable des théories ou opinions émises dans les
articles qui y sont insérés et sur lesquelles elle aurait lieu parfois
de faire les plus expresses réserves.
Il serA rendu compte de tout ouvrage dauleur Lu ton ou inti-
retsant U Brttagney dont un exemplaire aura été adrissé au {Rédacteur
chef de k Revue.
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A PROPOS DE
« JTJGON,
« UNE CITÉ BRETONNE A TRAVERS LES SIÈCLES »
Au mois de mars dernier, un journal do Bretagne a publié un
article intitulé : Jugon, une cité bretonne à travers les siêcle${i).
J'ai plus d'une fois souhaité une histoire de chacune de nos villes
bretonnes. Jugon avec son château avait droit o une telle élude, ce
travail m'avait môme tenté; peut-être y reviendrai-je? C'est avec
nn joyeux empressement que je commence la lecture .. J'ai lu.
L'auteur a eu trop de confiance à l'imprimeur et aux auteurs
qu'il a surtout consultés. L'article, qu'il a signé avant d'en
avoir corrigé l'épreuve^ est semé de coquilles : la plupart sautent
aux yeux, sauf une pourtant (\\i\ semble une correction, contre
laquelle l'auteur a protesté. — D'autre part, les deux ouvrages
que l'auteur a mis surtout à contribution l'ont mal renseigné.
Or, le premier mérite de ces monographies fragmentaires c'est
une exactitude rigoureuse, même minutieuse. L'auteur a-t-il
atteint ce but ? J'ose répondre que non. Je puis relever dans ses
pages plusieurs erreurs ^relatives à Jugon, au Penthièvre et
même h l'histoire générale de Bretagne. C'est pourquoi quelques
observations m'ont paru permises — je dirai nécessaires — dans
le seul it'térôt de la vérité.
**Mon travail paraîtra bien long. Voici, je n'ose dira l'excuse,
mais rç»rtication de ce défaut. Je n'ai pas la prétention d'être cru
sur parole : il me faut prouver. Voilà pourquoi j'ai été contraint
de multiplier les citations dans des notes au bas des pages.
Je reproduirai entre guillemets chacune des phrases sur
lesquelles j'ai à présenter quelque observation.
(1) Cet article, signé Léon Lb Bkrrs (Abalor), a paru dans le numéro du
22 mars du Pays Breton. N. D. L. K.
Mai tê08 n
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Ui REVUE DE BRETAGNE
I
« Jusqu'au siècle dernier (lisons avant dernier ^ jusqu'à 1789),
« Jugon fut une des villes principales de Tancien comté, puis
« duché de Penthièvre. Ce comté fut l'apanage des cadets de
« Bretagne depuis Eudon l'*" père (lisons frère) (1) d'Alain III,
'< duc de Bretagne (1035).
« On sait combien Tambition des Penthièvre fut préjudiciable
« à la Bretagne. » *
Ces premières phrases nous arrêtent court.
Par le mot comté de Penthièvre, Tauteur entend, comme on fait
d'ordinaire, l'apanage entier de Penthièvre. Pour prévenir toute
confusion, nous dirons le Penthièvre en parlant de l'apanage,
et nous réserverons le nom comté de Penthièvre à l'ensemble
des quatre seigneuries contiguôs dont la ville principale était
Lamballe, ensemble qu'on trouve quelquefois nommé comté de
Lam balle.
La phrase ci-dessus signale un comté unique érigé plus tard
en duché; elle nous montre Jugon faisant partie de cette sei-
gneurie depuis. 1035 jusqu'à 1789, plus de sept siècles; elle ne
laisse soupçonner ni la suppression d'un premier apanage (1213),
ni la création d'un second fl3i7), ni les deux confiscations de ce
second apanage. Tune de 1420 à 1448, 28 ans ; l'autre de 14t$5 à
1536, 70 ans (2). Bt nous devons croire que Jugon a passé du
comté au duché de Penthièvre érigé pour la première fois
enl569(3).
Disons que l'auteur a plus loin rectifié ces premières méprises :
il nous dit la création-d'un nouveau comté de Penthièvre en 1317;
et il nous montre en 1789, le duc de Penthièvre « engagiste de
Jugon », ce qui veut dire que Jugon était du domaine royal.
Voici du reste quelques mots de l'ancien nt premier apff^
nage de Penthièvre; ils rendront ce qui suivra plus facile à
entendre.
En 1035, le duc Alain III donne à son frère Eudon l'apanage
(1) Faute d'impreftion éridente.
(2) Je parle, qu'on Teaille bien le remarqaêr, de confiscations da Penthièvre
•i non de confiscations de Jugon, an:zqoeIle9, comme on verra, il n'j eut pai lieu.
(3) Morice, Pr, IH, 1361-84. — Nous dirons quelques mots du duché.
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A PROPOS DE m JUGON » 343
' f
de Penthièvre, de TATguenon au Douron, qui sépare aujour-
d'hui les Côtes-du-Nord du Finistère ; moins le comté de Guin-
gamp (65 paroisses), et les deux regaires de Saint-Brieuo et
Tréguier avec ces deux villes, (6 et 11 paroisses) dont le Pen-
tbièvre na que la mouvance (i).
Après la mort d'Eudon (1079), Vapanage se divise en deux :
comté de Penlhièvre proprement dit, dont Jugon fait partie, et
comté de Tréguier (2).
Dans le môme siècle, Jugon passe (par don, semble-t-il), à la
maison de Dinan, sans doute sous la condition cThommage,
Mais, en 1213. le comté de Penthièvre, avec Jugon, est violem-
ment réuni au domaine ducal par Pierre Mauclerc.
En 13)7, un nouvel apanage de Penthièvre est créé. Jugon
repreod-il sa place au comté de Penthièvre?-— C'est ce que
nous verrons plus loin.
En ce qui concerne Tobservation sur « Tambition des Pen-'
thièvre > elle est prématurée : elle ne peut se rapporter aux pos-
sesseurs de ce premier comté, qui vont ôlre victimes de la vio-
lente rapacité de'ieurs cadets devenus ducs de Bretagne.
(t) L€ t«rritoire ainsi délimité contenait 18à paroitset^ 108 sont da PenthièTre ;
77 8éiilem«iit en mouvanee. V. la note ci-dessout.
Er«ctîon4o duché. Morioe, Pr, 111, 1361. Voir 1363.
(2) Vosoi l'apanage partagé en deus comtés :
Comté de Penthièvre. . Comté de Tréguier.
Lamballe 48 paroisses. Tréguier, 1 1 par. et la ville (moQTance).
Moacontour ... 21 » Lannioo 25 paroisses.
Jugon ...... 7 » Ooello 78 i»
Cesson 1 * Minibriac ..'...' 5 »
dont Timportance consiste dans sa tour plus Guingamp annexé (65 paroisses)
et la mouTancedeSaint-Brieuc^a pa- par le mariage de Tliéritière avec
roisses et la riUe. Etienne fils d'Rudon.
Outre les paroisses des évécbés de Saint-Brieuc et Tréguier, le Penthièvre
comprenait 18 paroisses ou trêves du diocèse de Cornouaille. Kiles faisaient par-
lie de la châtellenie de Quintin, une des quatre du Ooello avec Chàtelaudren,
LanvoUon et Paimpol. Ces 18 paroisses ou trêves devenues communes sont dis-
tribuées comme suit par cantons et arrondissements : 1 h Corlay (Loudéac) ; 2 k
Flœuc;4 à Quintin (Saint-Brieùc); l iiBourbriac; 8 à Suinl-Nicolas-du-Pelem; 2 à
Kostrenen (Quingamp).
Voici la composition du duché :
De l'ancien comté de Penthièvre: Lamballe et Moncontour. —De l'ancien oomté
da Tréguier, Qningamp, Minibriac, plus quelque? parcelles da Goello (acquises)
et décorées du titre de comté de Plourhao, canton d'Etables.
Géographie féodale de Bretagne, p. 64. Erection du duché. Morice. iV. lU.
1361. Voir 1363.
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Ui REVUE DE BREATGNE
II.
« Eudon possédait à Jugon un chftteau-fort en 1054. »
Voilà une date bien précise et intéressante. Où la trouver? —
Ce château 'n'est sans doute du'une tour à la mode du temps
ayant, selon toute apparence, -pris la place d'un castrum ro-
main (1).
III.
« Eudon eut pour fils le comte Geffroy qui mourant sans en-
€ fants laissa sa seigneurie à son frèr^tienne de Bretagne, qui
« déjà comte deTréguier, épousa Havoise de Guiogamp et réta-
K blit aibsi momentanément l'ancienne Domnonée, sauf les
« comtés de Léon etde Goello. »
Le Goello appartint à Etienne du jour qu'il hérita de son père,
en 1079 ; et il le possédait depuis 58 ans lorsque mourant, en 1137,
il le transmit à son fils Henri P\ comte de Tréguier. La réunion
de tout l'apanage entre ses mains dura de 1093 à 1137, 44 ans.
Disons aussi (\xïqV ancienne Domnonée s'étendait de laRance à
la rivière de Morlaix. En plus du Penthièvre (môme avec Guin-
gamp annexé) elle comprenait donc à l'Est partie des diocèses
de Dol et d'Aleth, et à rOjuest au delà du Douron la partie de l'é-
vôché de Tréguier que la rivière de Morlaix séparait du Léon. —
En 1034, V ancienne Domnonée, moins le diocèse de Léon et Guin-
gamp^avait été assignée à Eudon, qui en voulut plus encore, prit
les armes, fut vaincu, et payant très justement les frais de la
guerre, fut réduit à l'Est et à l'Ouest.
(1) V. Gaultier du Mottay. Recherches sur les voies romaines dw Côtes-du-
Nord. — P. 115-116.
JoUivet {Les Côtes-du-Nord, III, p. 178) a écrit. « En 1034, le ohài«au dé
Jugon appartenait à la maison de Penthièvre par suite du mariage d*Hafoise,
héritière du comté de Quingamp, avec Etienne de Bretagne, neveu d* Alain IV. »
Kn 1034, Tapanage de Penthièvre n*était pas définitivement constitué. Dire
Etienne marié en 1034, cVst placer son mariage 103 ans avant sa mort en 1137.
Alain IV, dit son oncle est son Àls dit Alain Le Noir, époux de Berthe, fille de
Conan lU. — C'est Alain III qui est oncle d*Ktienne. — Knftn (qui Taurait jamais
cru) ? voilà Jngon dans le comté de Quiogamp I
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A PROPOS DE n JUGON » J45
IV.
« Parions que de ces immenses domaines, celui qui lui te-
« naît le plus au cœur était Jugon. »
Ne pariez pas : vous perdriez! Jugon avec seulement sept pa'
roisses était la moindre des trois châtellenies du comté de Pen-
thièvre (1). L'importance de Jugon consistait dans son château,
qui, au temps d'Etienne, aux XI* et XII* siècles, ne pouvait avoir
Timportance qu'il eut depuis.
Remarquons d'ailleurs qu*il est très possible que Jugon ap.
partînt aux Dinan avant qu'Etienne eût hérité le comté de Pen*
thièvre en 1093 (2). L'auteur va nous le dire.
« Lorsque les souverains de Bretagne disposaient de Jugon
« ils avaient soin d'en réserver le ch&teau. G*est ce que fit Jean III^
« quand il octroya la ville et son territoire à son frère Guy,
« epouxdeJeannedeGoello.il inséra dans l'acte de donation fait
« en 1317 cette clause bien expresse : « Nous gardons pour nous
« et nos successeurs le fort et la châtelleaie. »
Contradiction : Eat-ce que la ville et son territoire que « Jean lU
octroie » ne sont pas de la châtellenie qu'il réserve ?
Cette citation de la donation de 1317 est inexacte (3) : Voici le
texte vrai traduit mot à mot du latin : Don du Penthièvre « ex-
(t) TroU tans parler de Ceston, qui n'est ri$n comme territoire.
(2) On a écrit: « LachàteUenie de Jugon fit d*abord partie de ceUe de Dinan... »
Lamarre, Inv. Somm. Aroh. des Cdtet-du-Nord. Introd. p. 19. Opinion isolée.
Endoo, mort en 1079, aurait donné Jugon à Josselin de Dinan. Anciens
Bvéehés de Bretagne. I. p. LXXII. — Lobineau se demande si Jugon n'a pas été
donné à Canna, femme de Gefiroj I*' de Dinan. BisL p. 135.
Généalogie des Dinan.
1* Josselin — femme Orguen ; — %• Gefiroy 1", femme Canna ; — 3* Geffroy II
'emme Ozio ; -^ 4** Olivier II (que nousaUons trouver) femme Agnorie ou Gon-
nor, fiUe d'Etienne de Penthièvre.
Voir snr cela Les Dinan par M""* de la Motte-Rouge, p. 22 : • Canna d'une
ancienne et puissante famille » qui n'est pas nommée. S'il était appris que Canna
était AlIed*Sudon, le don de Jugon s'expliquerait très simplement.
(3) Cette phrase est une citation extraite de Jollivet (p. 170) qui Ini-méme
Tarait empruntée, mais qui l'indique comme citation. Plus loiu (p. 178) Jollivet
donne le texte exact de la donation de Jean III.
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246 REVUE DE BRETAGNE
« cepté et retenu au duc et à ses successeurs le château de Jugon
« avec 300 H- de rente annuelle pour la défense dudit château,
« rente qui sera assise sur les lieux les plus voisins du chà-
« teau » (1).
Donc la châtelienie est donnée toute entière^ moins seulement
le château.
Mais bientôt, on peut dire aussitôt, la châtelienie fut comprise
dans la réserve. L'article cité ci-dessus ne se retrouve nulle part :
il semble qu'il ait môme passé du souvenir.
On lit dans la Chronique de Saint-Brieuc, rédigés à partir de
1394, mais composée pour les temps antérieurs sur des chro-
niques et documents anciens, que Jean III « donna à Guy le Pen-
« thièvre excepté le château et la châtelienie de Jugon qu'il re-
c tint pour lui et ses successeurs ducs de Bretagne » (2). ,
En 1300, Jean IV écrit dans ses instructions aux ambassadeurs
qu'il envoie au roi Charles VI : « Jean III donnant le Penthièvre
« à Guy son frère avait réservé Châteaulin sur Trieux en Tré-
« guier, Jugon en Penthièvre, et Cesson en Tournegoet, et
« par conséquent Charles de Blois n'a jamais pu en rien pré'
« tendre » (3).
Et tout ce que nous voyons ailleurs confirme ces indications.
Le traité de Guérande assure à Jeanne de Penthièvre, « le comté
comme son père le tenait » (4) ; et le duc va bientôt donner Jugon
(1) Morio6, Pr, I. 1S69. — La doDation est contenue dans Taete intitnlé :
Douaire de la duchstse Isabeau de CastiUe, (Voir. 1271). Le Penthièvre est
donné en place de la Ticomté de Limoges que Jean III aTait donnée à ton frère
Guy, oubliant apparemment qu*il ravaitdéjà assignée au douaire delà duchesse .'
(2) Morice, Pr, I, p. 42. — Je traduis mot à mot.
(S) Lobinean, Hist, p. 472. Gh&teaulin sur TrieUx, château en Ploueo, qui
touche P^ntrieux. ^ Tournegouet, entre les rivières d'Urne et Gouet, regairè
de Saint-Brieue.
(4) Sans autre restriction que celle-ci : « réservée la dotation faite au sieur
de Beaumanoir. » Morice, Pr, 1. 1590 (au bas) U s'agit de Moneontour.
Un mot sur Moneontour. Charles de Blois Tavait détaché du Penthièvre et
donné k Beaumanoir (chef des Trente) qui avait épousé Marguerite de Hohan. Il
pasta à leur ftUe Jeanne, mariée à Charles de Dinan; son fils Koland en hérita»
et, le 8 mai 1407, le vendit à son frère cadet, qui le revendit aussitôt à Margue-
rite de Clisson, puis, le 4 février 1408 au duc Jean V (vente nulle I) Une
guerre suivit et, le 8 août 1410, intervint un accord. Le duc garda Moneontour,
en payant une rente d'environ 80.000 fr.de nos jours : 18.000 ff à 4t.2S'.
Marguerite de Kohan, veuve de Charles de Dinan, épousa Olivier de Clisson.
Elleavait apparemment Moneontour dans 'son douaire, puisque, le 4 juillet 1387,
sortant de sa prison de Vannei, Clisson date une lettre « en ma ville de Moncoo*
tour ». Morice, Pr. II. bit.
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A PROPOS DB m JUGOll ^ ^7
eo Yîage à OHvier de Clissoo* alors son ami. ^ Ea 13S7, pour
obtenir sa liberté à Vaooes> Chsson promet dti rendre Jugon et
antres places qu*il tient de la munificence du duc ; et Vaccard
fait entre enx par Charles VI, Tannée suivante, confirme cette
obligation (1). I
Jugon ne se trouve pas dans la succession de Jeanne de Pan*
thièvre ; i! ne sera pas confisqué sur ses petîtsflls en 1420 {2), et
dans le traité de réconciliation de 1448, il n'en est pas question (3).
En sorte que, au lieu de rester au comté puis duché de Pen-
tbièvre, jusqu'en 1789, Jugon est rentré dans le domaine ducal
pour n'en plus sortir, en 1317 environ, ou môme après la violenta
usurpation de Pierre Mauclerc, en 1213, — plus de cinq siècles
et demi avant 1789.
Cette constatation a quelque intérêt, on le verra plus loin (4),
VI
« Le naturel sauvage de la maison de Pen thièvre n'était pas
« pour lui assurer la sympathie » (5).
La preuve ou du moins Tindicede ce naturel sauvage commun .
paratt-il, à toute la maison, l'auteur le trouve dans ua fait uoiqua
qu'il exprime ainsi :
c Seulement quelques paysans revenant de Texil qu*avait och
« casionné Tinvasion normande vinrent s'abriter au pied du
« château ».
L'auteur suppose le château bâti par les Penthi^vre, plus
exactement par Eudon, puisqu'il le montre possédé par Ëudooi
en 1054 (6).
(1) Traité pntre Jean IV et Cliston. Vannes, juin 18S7, Morice. Pr. U, &40. —
Accord fait par le roi. 1388« Morice. Pr. II, 552-5^3.
A remarquer que, d'après le premier de ces actes, il lembïerait dit que CUmou
reçut Jugon en héritage; le roi dit expressément « à fî^f'^r », ce qoi doit être
exact.
(2) Olitier de Pen thièvre exige, sous peine de mort, de Jean V pmonnïef ift
flllè Isabelle en mariage et dans sa dot (Moncontour, Ce^ton et Jugoti. Il reui
rétablir Tancien comté de Penthiètre d*l£udon. DispeD^e accordée par le pape k
Jean V, Morice. Pr. II, 1338.
(3) Traité de Nantes. Morice, Pr. lU 1415.
(4) C'est pourquoi je cite toutes ces preuves.
(5) Je coupe cette phrase à laquelle je reviendrai h, un autre point de yu« | VII,
(6) Ci-dessus, § II, p. 244.
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248 REVUE DE BRETAGNE
Mais c*est vers 940 que la Bretagne a été délivrée des Nor-
mands ! Budon n'a possédé Jugon que cent ans ap'-ès (1035); il
est mort en 1079. Avait-ii' construit le ch&teau ? D'autres crbient
y voir l'œuvre des Dinan, et peut-être avec raison (1).
La construction du châleau ayant attiré trop peu de oionie,
il fallut essayer d*un autre moyen.
« Aussi le seigneur de Jugon, Olivier de Dinan... se résoiut-ii
« de fonder un prieuré » à Jugon (2).
La brusque apparition des Dinan comme seigneurs de Jugon
aura causé quelque. surprise au lecteur. Il aurait été à propos
de dire comment Jugon, à peine attribué aux Penthièvre^ a si
vite passé aux Dinan. •
Quoi qu'il en soit, Olivier donnfe aux moines l'espace compris
entre « la grande porte du murale ville et le confluent des deux
rivières dites Jugon et Argoena », à la condition d'y^construire
une église et d'y former un bourg, c'est-à-dire une enceinte avec
maisons et protégée par une défense quelconque (3).
Ces travaux se firent, et une paroisse dite Notre-Dame fut fon-
dée. La population put s'accroître quelque peu (k). Pourtrint,
trois siècles plus tard, en 1434, les deux autres paroisses de Jugon,
Saint-Etienne et Saint-Malo> ne comptaient que 44 maisons sou-
mises au fouage (5). Supposons (pure hypothèse) que la paroisse
Notre-Dame ait le môme nombre de miskisons que chacune des
autres paroisses, voilà une bien faible agglomération.
Ce n'est ni la faule des Penthièvre hi de leur a naturel sau-
vage » ni c< lie des Dinan, c'e t que le « ravin » dans lequel
est situé Jugon ne pouvait ôtre l'assiette d*une grande ville.
Mais voici dei^x faits qui j'espère, disculperont les Penthièvre.
Us pratiquèrent, et généreusement, la grande charité de leur
temps : \\s furent fondateurs ou bienfaiteurs d'abbayes, de prieu-
(f) Anciens évéehés de Bretagne, I. p. LXXII.
(t) Lobineau, Hist. p.iSS, donoe la date t104. D. MarUae, saoi 9è prononcer
de façon oertaioe, eemble indiquer lt09 {Histoire de Marmoutiers, U. p. iS et
14), quand il place la fondation entre un acte de 1108 et un de 1109.
(3) Bourg est la traduction du latin hurgum auquel on attache oe senf
d'ordinaire.
(l) Aux « quelques payeane » mentionnés plus haut, Tauteur oppose ici par
antithèse, « les mapans accourus au terrain pour y bâtir des maisons qui dana
la suite ont formé cette ville ».
(&) Actes et mandemenU de Jean V. 2 mai 1434. N« 1974.
/
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A PROPOS D8 « JUGON • 249
Tés, d*aumôneries, tous lieux non seulement de prière, mais de
secours aux pauvres et aux passants (i).
E«t-il permis de dire quelques mots des deux derniers ayant
porté le nom de Penthièvre et dont l*un aurait dû être, du chef
de sa femme, seigneur de Jugon? Je veux parler de Alain I*'
et de son Hls Henri II.
Alain, héritier du comté de Tréguier (entre 1171 et 1180) reçut
en legs le comté de Penthièvre (1206), et réunit ainsi tout Tapa-
nage. Il allait mourir en 1212 ; et le chroniqueur mentionnant
sa mort dit qu'il régit ses domaiiies « sagement et en paix (2).
Alain était oncle à la mode de Bretagne do la duchesse Cons-
tance; il avait obtenu pour son flis Henri la main d'Alix, héri-
tière de Bretagne. Mais le roi Philippe-Auguste la fit donnera
Pierre de Dreux dit depuis Mauclerc (1213).
A la mort de son père, Henri avait huit ans. Le premier acte
de Pierre Mauclerc fut de s'emparer du Penthièvre» y compris
Jugon possédé par les Dinan (3). Il ne laissa au jeune cousin de
la duchesse que le Goello.
Henri quittera bientôt le nom de Penthièvre pour se cacher
sous celui d'Avaugour, et épousera Marguerite, dame de Dinan
et Mayenne. En 1250. Pierre Mauclerc et Henri feront avec saint
LiOnis la croisade d'Egypte. Sur le chan\p de bataille de Man--
soorah, Henri d'Avaugour tombant à genoux fait vœu à saint
François de bâtir un couvent de Cordeliers àDiaan, si le roi rem-
porte la victoire. Au retour, il accomplit son vœu: en 1278, il
prend Thabit, et il meurt sous le fro'^ en 1280. Ses contemporain»
le vénèrent comme un saint; et une « romance » (4) élevant le
(1) Abbayei :
1. Sainte-Croix de Qaingamp, Etienne, 1130.
X Notre-Dame de Bégard, ^dotation), Etienne, 1130.
3. Notre-Dame de Langonnet, Conan III, 1136.
4. Saint-Aubin dea Boit, (dotation), 1137.
h. Notre-Dame de Coetmalouan, Alain Le Noir, 1142.
6. Notre-Dame de Beauport, Alain II, U'02.
(2) Morice, Pr. I. 821. Alain figure dans la liste ci-dessus comme fondateur on
donateur principal de Beauport.
(S) On a dit que Jugon avait passé au duché en môme temps que Dinan par
Tente faite à Jean Le Koux, en 126ô. Une preuve qu'il fut pris par Mauclerc
OMparavani^ o*ett que en 1236^ le duc comprend le KentbièTre dans la dot dosa
fille, « En se réfervant Jugon. » Morice, Hist. I. p. 160. « li^xcepté Jugon » Lobi-
Beau. Hist. p. 237.
(4) Voir cette romance dans Morice. Pr. I. 918 copiée (dit rhistorien) sur un
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Î50 REVUE DK BRETAGNE
freux chevalier à la dignité de connétable, le célèbre priant
sur le champ de bataille et voyant apparaître «saint François qui
accueille son vœu et pronaet la victoire.
Voilà les souvenirs que les sujets de Peothièrvre gardaient du
dernier seigneur qui ait porté le nom de Penlhièvre. En 1317,
moins de qu^trante ans après la mort d*Henri d'Avaugour, ces
souvenirs sont connus et acceptés de tous. Combien ils rendent
la vieille maison de Penthièvre populaire 1 Auâsi Jean III, qua^nd
il rétablit pour son frère Guy l'apanage de Penthièvre, voulnt-il,
on peut dire, enter les seconds Penthièvre sur les anciens. C'est
pourquoi il maria son frère â Jeanne d'Avaugour, quatrième
descendante de Henri.
Voilà, je pense, une réponse suffisante à ce reproche générique
adressé aux Penthièvre « naturel sauvage ». ^ Nous les défen-
drons bientôt d'un autre reproche.
VU
<c Olivier de Dinan, seigneur de Jugon, par une singulière con-
te tradiction avec les usages de la maison de Bretagne, avaitreçu
« en héritage de son père Geoffroy le château de Jugon... »
Ce n'est pas seulement le château, c'est la châtellenie qu'Oli-
vier Il de Dinan tenait de son père, Geffroy II ; et il n'en avait pas
hérité. Son père lui avait donné Jugon en avancement d'hoirie
et il est témoin de l'acte de la fondation faite par son fils.
» En quoi cette transmission du père au fils est-elle contraire
aux usages de la maison de Bretagne?
Le duc Jean III en créant le Penlhièvre comme apanage retient
le château et (^'est son droit. — Mais le château ainsi retenu et la
châtellenie également réservée, une fois entrés au domaine du-
cal, passeront de duc en duc^ comme, étant aux Dinan, ils pas-
saient du père au fils.
VIII
<c L*orgueil de la maison de Penthièvre causa sa ruine. »
Les faits apportés en preuve démontrent qu'une branche ca-
dette de Penthièvre parvenue au trône de Bretagne ne vit plus
▼elin du coaveDt dei Cordtliers. Ecriture du X.VI' siècle; le stjle du XIU* Mi ra-
jeuni. ^ Voir auMijLtff Difum, p. 151-160.
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K PROPDS DE « JUGON » 251
dans les deux autres branches que des ennemies ; et par une
série de brigandages odieux leur enleva t!out l'apanage moins le
Goeilo. L'usurpation violente de Pi»^rre Maucterc achève et cou-
ronne cette œuvre d'miquité. Gomment Torgueil des Penthièvre
a-l-il causé ces désastres?
IX
^ Guy comte de Penthièvre épousa Jeanne de Goeilo, héritière
« de Penthièvre- ^^
Donnons-lui donc son vrai nom : Joanne d*Avaugour. Elle
n'a hérité de son quatrième aïeul Heorill lue leOoello, dernière
épave du Penthièvre^ et non le Penlhièvre usurpé en 1213 et
réuni au domaine ; le Penthièvre nouveau est à Guy de Bretagne
»OD mari. C'est sa aile qui sera héritière de Penthièvre et épou-
sera Charles de Blois.
« Une cho;?e asFez piquante, et que n'ont pas, à notre avis, re-
n levée suni-ammenl les historiens, fut de voir d'un côté les
a Prancs(leâ Français) soutenir des prétentions contraires à leur
« propre loi salîi|up, et de l'autre les Bretons qui, depuis les pre-
« miera âges connua de leur histoire, avaient admis l'hérédité
« politique de^t femmes, soutenir le droit de la branche puînée
m de Montfort »,
Volïaire a fait cette observation que d'autres ont rééditée. A-t-
e!îe tant d'intérôt ? En ce grand débat il n'étdit pas question
de la loi Sfitiquef qui, comme dit l'auteur, ne pouvait être op-
posée à Jeanne de Penthièvre. Personne n'y songe, ni le roi
d'Angleterre quia demandé la main de Jeanne pour son frère (1),
et q^ui, s'il Tavait obtenue, aurait été l'adversaire de Montfort;
oi le roi de France qui connaît bien l'hérédité au trône reconnue
aux femmes en Bretagne.
Une observation pourtant : cette héréd/lé n'est pas admise
d'une manière absolue, comme semble le dire l'auteur, mais
seulement au cas d'absence d'iiéritier maie au môme degré. Or,
(1} 3t déo«œbr6 njj. Mohce. Pr. \, 1375.
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iMi
252 ' REVUE DE BRETAGNE
frère de Jean III, Montfort était héritier au 2* degré; nièce de
Jean liï, Jeanne Tétait au 3^ seulement : donc Montfort passait
avant elle !
Mais Jeanne invoquait « la fiction àe la loi » dite représenta^
tion. Qu'elle soit adooise kreprésenter son père Guy, décédé, frère
atné de Montfort, et qui, survivant à Jean III, aurait^été duc, et
elle montera au degré de son père, elle prendra sa place, entrera
dans ses droits et sera duchesse de Bretagne (1).
En Bretagne, la représentation était admise; en Fiance, il y
avait doute; h Paris et dans l'Ile de France» elle n'existait pas.
Or 4d duc Jean II avait accepté, en 1297, le titre de pair ; Paris
était le siège de la suzeraineté de la Bretagne-pairie. La Bre-
tagne ne devait-elle pas suivre la loi de la seigneurie suzeraine?
C'était le grand argument de Montfort (2). Mais il y avait,
semblet-iU une objection, et c'était Yolande de Montfort, mère
du comte, qui l'avait créée. Mariée en 1294, avant l'érection de la
Bretagne en pairie, elle avait représenté au roi qu'elle et ses en-
fants devaient être régis par la coutume de Bretagne; et après
grave délibération, le roi, par lettres de septembre 1309, lui avait
concédé que « la coutume de Bretagne sera gardée, à elle et à
« ses en''ants en toutes choses en la manière et condition qu'elle
« était à l'heure et jour que nous en faisions pairie (2) ».
Et pourquoi la duchesse at-elle sollicité ce privilège? Parce
qu'elle entend que son b^au comté de Montfort passe à ses en-
fants. Or, se'on la loi de Bretagne, les fiefs des duchesses n'entrent
pas au domaine ducal. Au contraire, en France, les fiefs des
reines tombeat dans le domaine royal, et dans le royaume les
fiefs des femmes suivant la même règle enfrent dans le domaine
de leurs maris.
En sorte que voilà Jean de Montfort qui possède son comté en
vertu de Tusàgri breton ; et qui, sur la question de la représenta-
tion, invoque l'usage français. Situation juridique bizarre !
(I) Tel eit Teffet de la représentation écrit dans notre Code Civil art. 7^9. —
Tel e«t IVlTat indiqué dans divers exemples cités aux chapitres (articles) '^06,
*i07, 2tu, 2G6 de la très ancienne coutume de Bretagne (13 iO à laio).
:) « Tout fief mouvant d'une seigneurie doit suivre les us et coûtâmes des
lieux dont il est mouvant ». D'Argeniiê, p. Zltl. Kd. de 10 îj. — Le u^émoirs de
Idontiort exprime la même rè}?le. — La Borderie, Hist. lll, p. 412 jiote\ I.
A r«'marquer que quand nous disons coutume^ loi bretonne^ noits parlons
souvent, comme d'Arg^^ntré, d'us et coutumes. \
(3) Lobineau. Pr. 4ô9, Morice, Pr. J. [212.
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Qie
\
A PKOPOS DE « JUGON » â55
XI
Comment la Bretagne se partagea-t-elle entre les deux corn-
pétîteura?
c Toat ce qui était resté entièrement breton, sauf peut-ôtre
« quelques hésitations dans les comtés de Guingamp et le
* Goello, fut Monlfortisle ».
*
Moins pourtant Quimper et la Basse-Gornouaille.
Ce que je ne vois pas, ce sont les hésitations du comté de
Guingamp. — En 1342, Louis d'Espagne assiège Guingamp
pour Charles de Blois. La garnison tient pour Montfort, et re-
pousse cinq assauts ; les bourgeois se révoltent, tuent le capi-
taine et ouvrent leurs portes. La ville est prise^ en 1343^ par le
roi d'Angleterre ; mais il n'y laisse pas de garnison ; etîe revient
à Charles de Blois ; en 1345, elle résiste aux Anglais ; jusqu'à
la Qn, elle reste Adèle à son seigneur, et c'est à Guingamp que
Charles de Blois réunit les troupes qui vont combattre à Au-
ray (1^
Quelle était la part de la Bretagne tenant pour Charles de
Blois ^
« La Haute-Bretagne, et notamment le comté de Penthièvre
« propre fief de Jeanne s'attachèrent à la fortune de Blois ».
Moins pourtant Guérande, apanage de Montfort, qui lui resta
fidèle et quelques autres places.
Enfln de quel côté se rangea Jugon ?
XII
« Seule une ville en ce comté (de Penthièvre) comprit l'im-
« mense danger que faisait courir à la nationalité Bretonne l'a-
« vènement au trône d^un neveu du roi de France. Tout comme
« une cité Basse-Bretonne, Jugon prit fait et cause pour Mont-
m fort. Le patriotisme guida son choix ! »
Quand il parle ainsi, Tauteur considère Jugon comme appar^
tenant au comte de Penthièvre, Charles de Blois,^du chef de sa
femme... Mais, sujets de Penthièvre, les bourgeois de Jugon n'a-
(1) La Borderie, Ui3i. III. h%1.
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264 REVUE DE BRETAGNE
valent pas le choix entre Montfort et Blois I L'hommage prêté
par eux au dernier emportait promesse de fidélité ; et pour eux
choisir Montfort eût été se parjurer.
Eh bien! non. Ils n'ont pas commis ce crime: Jugon étant
du domaine du^al, ils ont eu le droit de choisir entre les deux
compétiteurs; et librement ils « ont pris fait et cause » pour
Charles de Blois contre Montfort I
Voici la preuve de ce fait.
Se targuant d'avance du titre de duc, Montfort obtient la red-
dition de Jugon, en 1341 ; Charles de Blois le reprend, Tannée
suivante, et de ce jour Jugon lui sera fidèle même après sa
mort. •
Voici la preuve de celte constante fidélité.
Charles de Blois réside à Jugon avec sa femme pendant Thiver
de 1345. C'est là que naît son fils atné (février de cette année).
En 1347, Charles fait prisonnier à la Roche-Derrien est emmené
captif en Angleterre. Jugon lui reste fidèle.
En 1352, Jeanne de Penlhièvre espère et prépare la paix atvec
TÂngleterre et la libération de son mari. Elle convoque les Etats
à Dinan. Nous y voyons présents ou représentés du comté de
Peothièvre : les évèques de Saint-Bripuc et Tréguier, les abbés
de Bégar, Beauport, Coetmalouan,Saint-Jacut, Saint-Aubin-des-
Bois, les villes de Guingamp, La Roche-Derrien, Châtelaudren,
Lamballe, et Moncontour, qui sont du Penlhièvre, et avec ces
villes Dinan et Jugon, qui n'en sont pas (1) (20 novembre 1352).
Enfin après la victoire d'Auray, 29 septembre 1364, Montfort
vient sommer Jugon. Le château résiste pendant trois jours à
cette armée victorieuse que grossit chaque reddition de place,
et ne capitule qu'après deux assauts vaillamment soutenus.
Et Jugon pourra dire : « Le patriotisme a guidé mon choix ! »
Pourquoi pas ?
Au XI V* siècle, beaucoup de Bretons avaient peur de la France.
D'autres pouvaient avoir peur de l'Angleterre. Les deux royaumes
commencent une guerre qui durera plus d'un siècle. La Bre-
tagne, prise entre les deux a tout intérêt à se tenir à l'écart. Or
la France, môme depuis que la Bretagne est pairie^ reconnaît ae
(1) A cetU liste «les villes ajoutons Nantes, Rennes, Qaimper et Morlaiz. *—
Morioe. Pr. I. 1186-1487.
Moncontour était eno9re du Penthièvre, si le don de Charles de Bloia est pos-
térieur. V. ei*dessus, p. 246 note 4.
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A PROPOS DE « JUOON » 255
pouvoir exiger d'elle le service de guerre (1). Au contraire, à Té-
poqQooù Dous nous reportons, TAngleterre va pouvoir l'exiger.
Pour obtenir l'appui de l'Angleterre) le comte de Montfort, sa-
crifiant la sécurité de la Bretagne, avait fait hommage au roi
Edouard le reconnaissant « pour roi de France et son seigneur
lige », et se déclarant « homme lige à vivre et mourir contre
toutes gens (2) ».
C'est s'edgager au service de guerre ; et voilà la Bretagne ou-
verte aux Anglais comme une porte sur la France.
De deux choses Tune : ou bien le duc rendra le service ; et il
attirera la France sur le duché ; ou bien il ne le rendra pas ; en
ce cas l'Angleterre — c'est la sanction orditiaire — déclarant la
Bretagne confisquée tentera de s*en emparer ; et la France s'y
opposera.
Dans l'un et l'autre cas, la Bretagne deviendra un champ de
bataille entre Français et Anglais.
La mort prématurée de Monlfort nous sauva de ces terribles
éventualités ; mais ceiux qui les prévoyaient et essayaient d'en
préserver la Bretagne ne faisaient-ils pas acte de patriotisme?
Je compte parmi eux Jean III. Par scrupule de conscience, il
n'ose pas se prononcer entre son frère consanguin qu'il n'aime
«as et sa nièce chérie, mais il la refuse au roi d'Angleterre qui
là demande pour son frère.
Et après le traité de Ouérande, que voyons-nous ?
Huit ans à peine écoulés, Jean IV, duc par la grâce du roi d'An-
gleterre, son obligé, débiteur et fidèle serviteur, est chassé par
les Bretons réunis dans une môme pensée : la peur et la haine
des Anglais.
Après lui, son flls Jean V gardera la neutralité (ofliclelle) entre
la France et l'Angleterre ; mais il est favorable à la France, à
laque'le il prête sa noblesse et son frère le connétable de Ri-
cbempnt.
Enfin François I", flls de Jean V, s'engage à la France par une
alliance offensive et défensive. Il est lieutenant-général du roi
im6 les deux campagnes de Normandie, 1449 et 1450.
Voilà donc, sous le règne des Montfort, la Bretagne combat-
(1) Voit fur ea point la déclaration très nette du roi Philippe YI de Valois da
SiiOT#mbre i3?8. Morice. Pr, I. 13&1.
1 (t) Morice. Pr, I. 1449. — Hommage da vendredi en la semaine de Pentecoste
llU». ^ C*e8t k dire; (Pâques étant cetto année, le 27 mars), — la vendredi MO maû
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356 REVUE DE BRETAGNE
tant avec la France contre les anciens alliés des Montfort, et
convertie à la politique que suivaient cent ans auparavant les
villes et châteaux adversaires des Montfort, comme par exemple
Jugon ! ,' .
XllI
« Le traité de Guérande termina la guerre. Les Penthièvre re-
« noncèrent à leurs droits au trône de Bretagne. »
Oui : la comtesse de Penthièvre renonça, m^xs pour elle seule,
à la succession au trQne. Jean de Montfort sera duc. Mais où voit-
on la renonciation des Penthièvre ? Il est dit expressément
qu'après Jean IV, « à défaut d'hoirs^ mâles, le duché viendra à .
Je&n de Bretagne (le comte de Penthièvre) ou à son héritier
mâle (1) ».
Or Jean IV n'eut pas d'enfant de ses deux premiers mariages.
En 1385, vingt ans après le traité de Guérande, il perd sa se-
conde femme; en 1386, il se remarie; l'année suivante, il est père
d'une fille exclue par avance du trône ; et un fils, qui sera Jean V,
naît seulement le 24 décembre 1389. — En sorte que, pendant
vingt-quatre ans, le fils 8tné de Charles de Blois^ a été héritier
présomptif de Jean IV! .. et traité par Jean IV en ennemi dé-
claré.
XIV
.« Jean IV avait fui en Angleterre... le roi de France pro-
« nonça la confiscation du duché ; et Du Guesclin, agissant
« comme huissier de la couronne, prit bien des villes entr'autres
« Jugon, sur le capitaine de Quitté. »
Quelques explications Du Guesclin est entré deux fois en
Bretagne à la tôte d'une armée française.
La première fois, en 1373, il arrive à l'appel des Bretons pour
combattre Jean IV, qui livre la Bretagne aux Anglais. Il est reçu
omme un libérateur, et les places qui n'ont pas garnison d'An-
g'ais ou du moins un capitaine anglais, s'ouvrent aux Français.
Vaincu avant le combat, J'^an IV s'enfuit en Angleterre. C'est à
ce moment que Robert de Guitté rendit Jugon sans résis-
(irTraité... Morice. Pr. I. 1588. Voir 1532. ^
/
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A PROPOS bÉ « JUGOH >* ibi
tance. -* Après cette promenade militaire, quatre places seule-
ment restent au duc Jean IV ou plutôt aux Anglais, Brest^Aoray,
Dervil, Bécherel, (mai-août). _^
A cj moment, Charles V rappelle le connétable. II reviendra
en Bretagne cinq ans plus tard, en 1379, Mais il n'attaquera Ju-
gon ni aucune place bretonne. L'auteur a confondu les deux ex-
péditions.
Nous verrons plus loin comme le grand connétable a mal rem-
pli son office « d'huissier de la couronne » et utilement accompli
son devoir de Breton.
XV
Voici cette phrase si malheureusement imprimée où la sup-
pression de quelques mots — uoe véritable correcCion — a pro-
duit fatalement la confusion entre Jean IV et Jean V.
^ Glisson, ayant, au retour de Jean IV, exigé du duc qu'il ra-
ce chetAt Jean de Blois prisonnier des Anglais, le duc irrité ten-
« dit à Glisson le guet-apens du château de l'Hermine à Vannes.
« Glisson pour sa rançon dut donner .100.000 livres et plusieurs
tt villes, dont Jugon qu'il possédait à titre de dédommagement de
« la tutelle qu'il exerçait sur Jean de Blois. Ce dernier fut racheté
« par lui, et il (le) maria à sa fllle Marguerite... Elle rendit au
u duc la monnaie de sa pièce en renfermant à son tour au châ-
a teau de Clisson. Une fois libre, le duc ordonna de démanteler
« Jugon. 1440 » (1).
Nous rétablissons très volontiers dans cette phrase la pensée
de Tauteur et nous écrivons :
(Marguerite de Clisson) « rendit au duc Jean V la monnaie de la
pièce de son père... » •— Mais que d'erreurs contient cette phrase
ainsi corrigée (2) I En voici la démonstration.
Disons d'abord que la conduite de Jean IV envers ses deux
cousins de Penthièvre fut odieuse. Il avait promis de donner sa
sœur en mariage à l'atné, Jean, son héritier présomptif : elle
épousa un chevalier Anglais. Le traité de Quérande, juré par lui,
(1) Pour 1410, faute dlmpresiion, Jean IV est néea 1339; la phrase ainsi îm-
pnmée le fait plus que centenaire, et ne marque pas la fin de sa rie.
(3) Je eoulign^ oea erreurt.
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'M HfiVtJJS DE BRETAG5E
•
oblifriait JéiiD IV ft payer 1C|0.000 livres d'or (environ cinq miU
lionb et demi de notice monnaie) en à-oompte de la rançon d»
Charles de Blois ; de plus le dac avait « promit loyalement d'aider
à là délivrance des deux frères ».
Or la duc allait manquer à ces obligations : les deux Pen-*
tbièvre priionniers en Angleterre depuis 1356, y sont encore en
1384, à la mort de leur mère qui n'a pas vu ses âls depuis vingt-
huit ans. Quy, le cadet, meurt en prison un peu après sa mère;
ei l'Atné, Jean, ne raverra la Bretagne (j[u*en 1388 (i).
Glisson avait donc le droit de rappeler au duc sè6 obligations ;
et, s'il a dit au doc qu'il n'y peut « manquer sans se décrier <> (2),
c*est-à-dire sans se déshonorer ; il n'a dit que la vérité.
A quelle époque Glisson a-t-il parlé ainsi ?
Est-ce, comme on l'a diL « au retour de Jean IV » en Bre-
tagne ? — Non. — Le duc débarque à Dinard, le 3 août 1370. Toute
la Bretagne vient le saluer à Dinan, même. la comtesse de Pen-
thièvre! ^ S^I Glisson n'est pas là I II reste ennemi de Jean IV,
et il s'apprôte à lui jouer un mauvais tour : il tente de lui eolever
Guérande (3).
Ge n'est donc pas alors que Glisson es^t intervenu en faveur
des Penthièvre. — Si Glisson avait à ce moment enflammé la
colère du duc, comment cette colère n'aurait-elle fait explo-
sion que huit ans plus tard^ à Vannes, le 26 juin 1387 7
En fait, la réclamation de Glisson ne se produisit que six ans
plus tard ; et^ à ce moment, elle était un devoir pour lui. Après la
mort de Jeanne de Penthièvre (10 septembre 1384), son flls Jean
avait (6 janvier 1385) nommé Clisson son lieutenant-général en
Bretagne : ejt un des premiers actes du lieutenant-général tut
de rappeler au duc Tobligation qui lui était faite d' « aider à la
délivrance du comte de Penthièvre ».
Que l'observation de Glisson ait mis le duc en colère parce qu'il
se sentait coupable, elle ne fut pas la cause du guet-apens de
(1) n Mi bon d« ntpt>el«r qû'èft 1581, mécontent de la phii de J6an IV âVèc la
France (l* traité de Quérande, 15 janvier 1811). Le roi d'Angielerre avait offert
au comte de Penthièrre db le faire duo dd Bretagne et de lui donner une ftlle du
comte de Lancastre en mariage... à une seule condition : Thommage de la Bre-
tagne. Digue flls de Charles de Blois, le comte aima mieux garder sa prison.
(t) LabîBeaut HiàU p. 4b8.
(8) La Borderie. Hiit. lU. ^ &7-I8 et les •ourceê indiquées au bas des danx
pages.
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A PROPOS DE « JUGON » »«
Tannes deux ans plus tard. Voici la oause déterminante et bien
plus voisine de cet attentat (1).
GliBSon obtint la réduction de la rançon de Penthièvrei 120 000 #
(0« 000 000 franoa). Il offrit au comte sa rançon avec la main de
sa fille Marguerite. Le comte accepta ; et le duc informé de l'af-
faire emprisonna Glisson qui était son hôte et ordonna sa mort !
Un acte de démence ! Après trois jours, Jean IV revenant à la
raison consent & remettre le connétable en lit>erté ; mais à
quelles conditions I
Il paiera 100 000 # d'or. Il rendra au duc les seigneuries qu'il
tient du duc» notamment Jugon...
Ces seigneuries lui furent concédées par le duc pendant qu'ils
étaient amis, comme jouissance, à titre viager, mais non comme
indemnité de la tutelle du comte 4^ Penthiivre.
Le comte de Penthièvre ne fut jamais en tutelle. Né en ld4^>
il avait dix-neuf ans et demi à le mort de son père, le 29 sep-
tembre 1364. Or, à cette époque, un noble était majeur à vingt ans
passés ; mais il pouvait être émancipé après dix-sept ans (2). S'il
y avait eu lieu à. la tutelle, la comtesse de Penthièvre aurait été
tutrice.
Enfin sous notre coutume, comme aujourd'hui, la tutelle était
une charge gratuite ; et, s'il en eût été autrement, comment sup*
poser que le duc refusant de'payer sa part de rançon et violant
ion obligation, eût donné la jouissance de Jugon pour une in-
demnité qu*il ne devait pas ? (S)
L*attentat de 1420 n'est donc pas une riposte au guet-apeos
de 18S7. Trente-trois ans ont passé. Une paix sincère a enfin ré-
concilié le duc Jean IV et Glisson (1395). Qui se souvient du guet-
apeos de 1387? Personne, pas même Marguerite de Glisson.
Il y a dix ans, le 8 août 1410, elle a fait la paix avec Jean V ;
deux de ses flls Olivier et Gharles sont à la cour et traités par le
duc en « très chers cousins ». Il songe, s'il venait à mourir à
« leur confier la garde et tutelle »*de ses jeunes enfants !
MaiB« cette hautaine et superbe mère Marguerite » comme
(1) LobÎDeaa place la réclamatioa de Glisson en llt7« p«u arant le guet-apent
de Vannai, iffot. p. ihH. — La Bordem la date de 1395, peu après la nomina-
tios d« Itotttènant-général. C'était en ^$x « un devoir do ra o barge •.
(2) V. Chapitre! (articles) 71 et taivahu de la Très Ancienne Coutume.
(3) Je dois faire obserter que Fauteur croyant Jugon aux Penthièvre a pu ad*
mettre rindemnité de tntelle comme acquittée par eua.
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260 REVUE DE BRETAGNE
dit d'Argentré (1), reprochait souvent à sesflls « de manquer de
cœur pour reprendre y le bien qui leur avait été injustement
enlevé ». Il ne s'agit donc pas de vengeance mais d'ambition ; et
c'est la comtesse de Penthièvre qui, en 1420, détermina deux de
ses fils à arrêter et emprisonner Jean V; comme en 1422, elle
déterminera le troisième à venir en Bretagne pour « tuer le duc
sur place I »
« Une fois libre le duc ordonna de démanteler Jugon. »
Pourrait-on fournir la preuve de ce fait? On voit bien la démo-
lition du ch&teau de Lambalie et l'ordre donné (mais non exé-
cuté) de démolir le ch&teau de Broons (2) ; mais nous ne trouvons
rien relativement à Jugon. Or Lambalie, et Broons étaient aux
Penthièvre (3) ; le duc avait un motif sérieux de les démanteler.
Mais il avait un motif non moins sérieux de garder Jugon tel
qu'il était. C'est que, si ce château avait été occupé par les par-
tisans de Penthièvre, il était pourtant ^u duc, nous l'avons vu
plus haut.
Quand les Actes et mandements de Jean V ne contiennent rien
de relatif à cette démolition, il est permis d'en, douter. L'arrêt
du 17 mars 1616 donne un autre motif de doute. C'est Je temps
où le duc de Vendôme, gendre de Mercœur si malheureusement
nommé gouverneur de Bretagne, tente de réaliser le rôve de sa
belle-mère : se créer une principauté en Bretagne. « Le comte
de Brissac, lieutenant-général pour le Roy, entre à l'audience
de la grand-chambre et iie la tournelle assemblées », où sié-
geaient le premier président, les présidents des deux chambres,
dix-sept conseillers et l'avocat général ; et voici l'arrôt rendu (4) :
(1) F* 572 V. D. éd. de 1588. Cette page est curieuse à lire.
(2) Pour LambaUePr. Procès-verbal de démolition, 14 juUletU'iO. Morioe, Pr,
II, 103t. Pour Broons. Ordre donné avant la prise, 8 mai 1420. Iforice, Pr. II. 1019.
(3) LambaUe était ai^ comte de Penthièvre, et Broons avait été hérité de
Clisson par sa (lUe Marguerite. Broons avait passé de du Ouesclin à son frère
Olivier et de celai-ci, par vente probablement, au connétable de Clisson.
(4) Cet arrêt est cité plus loin par Tauteur. J'en donne ce texte copié sur la
minute de l'arrêt que Jollivet (Les Côtes-dU'Nord, 11, p. 180) reproduit avec une
coquille {de la geôle au lieu de logeable) et une correction plus fâcheuse : il
écrit officiers de Dinan^ au lieu d'officiers de Jugon, ce qui a quelque intérêt,
comme nous verrons plus loin. ,
Bailn il commence par dire a qu'en 1420, le château appartenait aux
Penthièvre • ; et il finit ainsi: • 11 s'agissait d*empêcher que les ligueurs ne m
fortifiassent là. . • ^^s ligueurs en 16181 quand Tédit de pacification (de Nantes)
est du 15 avril 1&98'.
Ogéequi n*a pas vu l'arrêt de 1816, écrit: « Il paraît que les ordres du duc
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A PROPOS DB « JUOON » S6I
« La cour enjoint et fait comcnandement au substitut du pro-
cureiH* général et autres officiers de la juridiction de Jugon de
faire promptement procéder à la démolition de ce qu'ils juge-
ront pouvoir apporter préjudice au service de Sa Majesté en ce
qui reste de logeable es ruines du château de Jugon et enclos qui
sert de prison à I& juridiction, en telle sorte que personne n'y
poisse loger... »
La présence du lieutenant-général du Roi témoigne assez de
l'importance qu*il attachait à l'arrêt sollicité par lui ; et on peut
croire que, si le château avait été « démantelé » deux siècles au-
paravant, Brissac en aurait eu moins de souci.
XVI
« Jugon est flni comme rôle politique. »
Pourtant une fois au moins Jugoo a pu craindre un combat
dans ses rues.
En juillet 1591, le prince de Dombes avait levé le siège de Lam-
balle après là blessure de La Noue. Mais le duc de Mercœur crai-
gnant une nouvelle attaque, se rapprocha de Lamballe ; il établit
le gros de ses troupes à Jugon « ville ouverte » (1) et sa cavale-
rie légère en avant; ses auxiliaires espagnols étaient à peu de dis-
tance. Le prince de Dombes était vers Plélan (2) avec les Anglais ;
il rassemble son monde ; sa cavalerie attaque vivement les che-
vau-légers de Mercœur et les pousse dans Jugon. C'était le soir :
on en resta là. Le lendemain, Mercosur se retira sur Collinée ; le
prince de Dombes Ty suivit. Mais Mercœur trouvant sa position
bonne s'y maintint ; et les deux adversaires furent une fois de
plus en présence sans engager le combat...
XVII
« La juridiction royale de Jugon est incorporée à celle de
« Dinan. Cependant, en 1789, le duc de PenthièVre possède,
a comme engagiste, la haute justice de Jugon. »
« furent exéentés av«c beaucoup de rigruaur, puisqu'il ne paniU plut aucun
• Testi^e de la place... V. Jugon. I. 503.
(1) Mémoiree de Jean du Matz, sieur de Montmartin (capitaine dans Tarmée
royale). Morioe — Hiêt. II. p. CCXCl. -^ Il parait que le mur de ville nVxiitait
pins.
(2) Plélan, cheMieu de canton, arr. de Dinan.
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/
Î62 RBVUE DB BRETAGNE
Voilà des expressions contradictoires. Si c*« st comme enga-
gisie que le duc de Penthièvre possède Jagon, c'est que Jugon
est du domaine royal ; et Jugon ayant une just ce royale, le duc
de Penthièvre ne peut y avoir une .haute justice. Tout cela est
très certain. Le droit qu'a le duc, comme engagiste, c'est de
M nommer et pi^ésenter des candidats aux offices de justice » ;
et, sur cette présentation « le roi octroie » les charges. Voilà ce
que démontrent plusieurs nominations d'officiers conservées aux
Archives des C6tes-du-Nord (1).
Nous avons fait remarquer plus haut Tordre donné en 1616
par le parlement au substitut du procureur général (c'est-à«<lire,
au procureur du roi) à Jugon. Il nous est la preuve que, en 1616,
la justice royale de Jugon s'exi^rçail à Jugon. Quelque rares que
soient les pièces de cette justice, nous en avons des actes, datés
de 1630 à 1660 et années intermédiaires et d*autres datés de 1770
à 1788 qui sont la preuve authentique que la justice s'exerçait à
Jugon à l'époque où Ogée écrivait (2).
La vérité est que la juridiction de Jugon avait « été transférée
et unie au siège de Dinan » « par l'édit de Ghateaubriant »
(août 156&) (3). Mais Jugon aura protesté et, comme beaucoup
d'autres villes, aura obtenu le maintien ou le retourde la justice
c au siège de Jugon »..
' On lit intercalés dans le texte d*Ogée ces mots écrits en ita-
liques : Cet édit (de Ghateaubriant) rCa pas été exécuté, Jollivet
qui copie Ogée a sans hésiter admis cette reotiflcation. Cette in-
terpolation faite au texte d'Ogée et admise par Jollivet méritait
'une vériflcation bien facile et dont le résultat était certain.
(1) Vengagement était le mode ordinaire de PexploitatioD des domaines.
C'était la concession temporaire des biens du domaine h charge ou d'une somme
payée, ou d'une rederanoe annuelle.
Le comte de Toulouse, père du duc de Penthièvre, était engagiste de Jugon
(et antres domaines), dès 1 698. Il mourut en 1737 et son fils lui succéda.
L'indication ': « Jugon haute justice, D. de Penthièvre • a été mal à propos
donnée par Térudit abbé Ruâelet, d'ordinaire plus exact. Ogée l'a répétée en
ajouitant « engagiste ». JolliTet (p. tSi) a reproduit l'indication de l'abbé Rutfelet,
qui, teloo toate apparence, sera indéfiniment reproduite sans vérification. —
D'après l'abbé, la justice de Lorgeril était une moyenne justice. Ogée l'a faite
hQUt€ et oa titre lai restera I
(2) Voir lnx>eniaire icmmairé des Archives des Cistes- du Nord — 109-111.
Jugement! ei?ils et criminels, tutelles, f nquéti^s. etc.
(3) Voir l'édit Morice. Pr, 1346-47.
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A PiOPOS 0g m JUOON n M
Voilà bifo 4tMi ipexaotituiie» ralavées, et, jo peo'fi» démoQUéa4.
U%in plusieurs sombleroot moins f&oheuses que certaines eppr<-
^atioas jqjustifl^. J'ei défeqdu les premiers Peuthi^yre de le
triple aoeQsetioQ « d'ambition, de naturel sauvage, d'orgueil n,
doQt la preuve est à faire. Su flnissaat, il me reste, k montrer
que duOuesclin représenté comme « huissier de la couronne de
France ? , n'a pas tiré Tépée en Bretagne, en 137».
J'ai dit qn'eq août 1373, il avait été rappelé brusqueçaent en
France. Le duc Jean IV, qui en avril avait fui en AugleterrOt
venait de débarquer à Calais avec le duc de L^ncastre condui*
sant h Bordeaux une armée de 19.000 hommes. A peine en
France, le duc déclarait la guerre h « Charles de Valois se disant
roi de France », et lui annonçait qu'il «, allait lui faire le plus do
mal qu'il pourrait «, Folles rodomontades I Lie duc échappera non
sans peine an désastre ; et arriéré à Bordeaux s'embarquera pour
TAngleterrè où il sera encore en 1379.
Après cette absence de cinq années. Chéries V (18 décembre
1378), fait déclarer la Bretagne confisquée et réunie eu royaume,
comme si elle était sans maître.
Krreur 1 Au. point de vue du droit féodal, le duo abandonnent le
duché est cooune mort : le comte de Penthièyre, héritier pré»
somptif, est duc de Bretagne : c'est le traité de Auérande (1).
Quoi qu'il en soit, le connétable est chargé d'exécuter l'arrM de
la cour des Pairs. Dans cette nouvelle campagne en Bretagne» le
connétable n'a vu que la continuation de la premit^re, la chasse
à TAnglais. Il n> pas compris, lui le Adèle des Penthièvre» que
cette fois c'est à la Bretagne et contre les intérêts du comte de
Penthièvre qu'il va faire la guerre. Il sera vite éclairé. Ses amis,
ses proches mômes se détournent de lui. Il a reconnu son erreur,
il va la réparer. Que fait-il ? Il prépare, et, on peut le dire, il dé*
termine ta paix.
II a pour lieutenants le duc d'Anjou et le duc de Bourbon ses
amis et admirateurs, frère et cousin du roi. Arrivé avant eux
en Bretagne, il se tient à Saint-Malo ; les deux ducs et l'armée
française arrivent à Pontorson. Le connétable va les empêcher
de passer la limite au pont du Couesnon : il les tient au courant
des nouvelles pacifiques. Ainsi la grande assemblée de Dinan
(1) V. dans d*Arg«otré. Bist. Ed. de 15S8, f» 451 et r» et sui?. Oppodtioo de U
eomtaffce de Peoihiè?re contre la confisoatioi» et M9 moyens.
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264 RBYUE DE BRETAGNE
s^est tenue, le 9 août. Dès le lendemain, du Guesclin écrit :
(«Tiennent aucuns qu'il (Jean IV) renverra bientôt les Anglais,
et disent qu'il se veut gouverner à ^ordonnance de ses barons. >
— Le connétable n'est pas convaincu de ce bon vouloir ; mais
pourtant il s'empresse de transmettre la nouvelle au duc d'Anjou,
comme un heureux symptôme (1).
Le 17 octobre, le duc d'Anjou convient avec Jean IV d'une
suspension d'armes. Le 26 du môme mois, à la demande de
Jean IV, il accepte d'ôtre le médiateur de la paix (2), à laquelle le
roi va consentir.
Qu'il est heureux pour la Bretagne que du Ouesclin ait accepté
la mission d'exécuter Tarrôt de 1378 1 Supposez le connétable ab-
sent, et cette mission confiée à un des ducs nommés plus haut,
aurait-il eu l'idée de négocier la paix au lieu de faire la. guerre ?
Le jour de l'inauguration de la statue de du Guesclin à Di-
nan, un orateur appelait le connétable « le Breton par excel-
lence », puis il ajoutait : « Il obéissait au roi partout et toujours :
« il a obéi jusqu'au sacrifice de ses sentiments les plus profonds,
« jusqu'à étouffer le Breton en lui, à cette pensée royale, gran-
« diose et prudente où s'élaborait l'unité française. » — Et voilà
(( je « Breton par excellence ! »
Bh bien, non I Le grand connétable ne pouvait sans félonie sa-
crifier à l'unité française l'indépendance de sa patrie bre-
tonne. Il n'a pas encouru cet éloge, pas plus qu'il n'a mérité le
titre qui lui est infligé pour la première (ois ^ et, il faut espérer
la dernière, — d'huissier de la couronne de France.
J. Trévédy,
Ancien Président du Tribunal de Quimper.
(\) Morice, Pr. Il, 225.
(2) Morice, Pr. II, 233-235.
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^W ;»!»:-
MÉLANGES HISTORIQUES
(Suite) (1)
VII. •— La Lanoub dbs Gaulois avant la Conquêtb romaine
Si l'on demande aux gens instruits quelle langue parlaient les
habitants des Gaules avant la conquête romaine, ils répondent
unanimement que c'était une langue celtique. Ils éprouvent
bien quelque embarras à expliquer comment cette langue a si
promptement disparu pour faire place à ce latin vulgaire d*où
procède la langue française ; mais la supériorité de la civilisation
romaine semble 09 argument de nature à répondre à toutes les
objections ; elle leur suffit à expliquer la prompte disparition
du celtique. Je partageais sur ce point l'opinion courante lors-
qu'on lisant le Manuel pour servir à V étude de F antiquité Celtique
de M. Dottin, mon attention fut éveillée par ce fait que Tauteur
dont on connaît la compétence philologique, déclarait que « le
M plus grand nombre des moft donnés comme celtiques par
« les auteurs de l'antiquité ne peuvent s'expliquer par les
« langues celtiques -» et que, dans nombre d'inscriptions trou-
vées en Gaule, « la langue est sans aucun doute un dialecte pro-
a chement apparenté à ntalique i>.
Une hypothèse se présenta aussitôt à mon esprit, c'est que
si les Celtes qui vers le V* siècle avant notre ère conquirent la
Gaule, parlaient en y arrivant et continuèrent quelque temps à
y parler une langue celtique, ils ne l'imposèrent pas plus aux
indigènes que les Germains n'imposèrent aux Gallo-Romains
une langue germanique lorsque dix siècles après ils firent à
leur tour la conquête de la Gaule. Dans les deux cas la race con-
(1) Voir IkBevHe d'aTril 1908
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2*56 REVUE DE BRETAGNE
quérante aurait été impuissante à imposer son langage aux in-
digènes : Celtes et Germains auraient simplement implanté dans
le pays certains noms propres de personnes et certains noms de
lieux, ils auraient enrichi le vocabulaire d'un certain nombre de
noms communs, mais ils n'auraient pas modifié la grammaire ;
dans un cas comme dans l'autre la masse de la population aurait
continué après la conquête à parler sa langue, et elleauraitpeu à
peu absorbé les éléments étrangers. La langue celtique aurait dis-
paru de la Gaule comme plus tard en disparut la langue germa-
nique. Ainsi s'expliquerait que tant de mots de la langue des
Gaulois ne puissent s'interpréter par les langues celtiques. Et
si la langue française, proche parente de la langue latine, dé-
rive, comme je le suppose, de ce vieil idiome, on comprend
aisément que celui^^i ait toute les apparences d'un dialecte ita-
lique. Ces anciens habitants de la Gaule auraient donc été les
frères de ceux qui très anciennement peuplèrent Tltalie.
Il me semble également que, si cette hypothèse était admUçi
elle donnerait un sens satisfaisant à un passage des Comment
taires de César dont l'interprétation m'a toujours paru laisser
quelque peu à désirer. Le grand capitaine rooiMn dit que la
Gaule indépendante, au moment où il en entreprit la conquête,
se divisait en trois régions, l'Aquitaine au sud, la Celtique au
centre et la Belgique au nord, et que les habitants de ces trois ré-
gions parlaient trois langues différentes. On admet généralement
que la langue d^s Aquitains était le basque^ mais on ne peut ex*
pliquer quelle différence il pouvait y avoir entre la langue des
Celtes et celle des Belges. Or il me semble très vraisemblf^ble
qu'à l'époque de César, la langue celtique avait disparu de la ré-
gion à laquelle on continuait à donner le nom des Celtes Qt oii les
conquérants n'étaient sans doute pas plus nombreux qne ne le
furent plus tard les Germains ; tandis qu'au pays des Belges, si-
tué plus prgs du Rhin, c'est-i-dire plus près du pays d'orig[ine
des conquérants celtes, une grande partie de la population con-
tinuait à parler 1^ langue celtique ; de même qu'après la coq*
quête franque, c'est dans la même région qu'un contingent plus
nombreux de population germanique maintint pendant plus
longtemps l'usage de cette langue.
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MÉLANGES HISTORIQ^RS Ij^ 267
VIII. — Saint Tudi et Saint Txjdual.
Tousceax qui sont an courant des étonnantes variations de
forme que l'on rencontre dans les finales des noms de saints bre-
tons admettront sans difficulté que rien ne s'oppose à Tidentifi-
cation des deux noms Tudual et Tudi. Le peu que nous savons
de Tun et de l'autre confirme d'ailleurs cette identification. La
yie de saint Guenoléi lorsqu'elle parle des trois gloires do la
Coraouaille, Gorentin, Guenolé et Tudual, nous laisse la mdme
impression que la vie de saint Coreniin, lorsqu'elle nous montre
la Cornouaille évangélisée par l'évoque Corentin et les abbés
Guenolé et Tudi. Ce Tudual ou Tudi honoré en Cornouaille est-il
le môme que Tudual honoré au pays de Tréguer? Non, répon-
dent nos historiens, carcelui-ciaétéévéque, tandis que rautren*a
jamais été considéré que comme un abbé. Cet argument m'avait
paru de nature à faire incliner la balance en faveur de la néga-
tive. J'admettais alors, comme la plupart des érudits bretons,
que l'épiscopat de saint Tudual de Tréguer était un fait histo-
rique et que Ton devait ajouter foi d'une façon générale au té-
moignage de celui de ses biographes, ordinairement considéré
comme le plus ancien. Déjà cependant j'émettais quelques dou-
tes sur la valeur de cette biographie, saint Tudual, postérieur
d'une génération seulement à saint Brieuc, ne pouvant guère
être le contemporain de saint Aubin d'Angers.
La démonstration faite par M. Ferdinand Lot dans les articles
dont j'ai parlé plus haut de l'influence exercée par la vie de saint
Samson sur les vies des autres saints bretons, influence qui s'est
traduite par l'introduction dans nombre de biographies du roi
franc Ghildebert et du roi breton Conomor, est venue confirmer
mes soupçons. Tout l'épisode qui raconte comment Tudual s'est
rendu à Paris et comment il a été sacré évoque doit donc être
rayéde sabiograpbie, puisqu'il fait vivre sous Chilriebert un saint,
neveu deRiwal et par conséquent contemporain de Childéric ou
de Clovis. Tudual de Tréguer n'a donc pas été évoque et rien
tfempôche d'identifier le Tudual trécorois et le Tudual cor-
uouaillaisv puisque tous les deux deviennent ainsi des person-
nages de la fin du V* siècle.
Les partisans de l'opinion courante ne manqueront pas, il
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\
2M REVUE DE BRETAGNE
•
(st vrai, de soutenir que c'est faire ti^op bon marché de Tau-
torité historique du plus ancien biographe de saint Tudual,
disciple du saint et par conséquent, dit-on^ auteur contempo-
rain des faits qu'il raconte. L'objection aurai! un grand poids
si les érudits étaient d'accord sur l'époque où cette vie fut
écrite ; mais tandis que certains affirment qu'elle est du Vl^ siè-
cle parce que le dernier biographe, celui qui écrivait au XI*
siècle, en attribue la rédaction à Loevan ou Loenan disciple
de Tudual, M»* Duchesne, des plus compétents en ces matiè-
res, estime que cette biographie ne remonte pas plus haut
que la fin du IX* siècle et fait remarquer que la qualifica-
tion de disciple d'un saint indique simplement à cette époque
que l'individu dont il s'agit a été élevé dans le monastère
fondé parce saint et non pas qu'il a été personnellement en rap-
ports avec lui. En admettant même que Loévan ou Loénan fut au
sens strict du mot un disciple de saint Tudual, il ne suffirait pas
qu'on l'ait considéré auXP siècle comme auteur d'une biographie
du saint pour que cette attribution fût nécessairement exacte.
J'avoue d'ailleurs qu'à serrer de près le texte de cette biogra-
phie, de nouveaux doutes sur sa valeur se sont élevés dans mon
esprit. Je ne parle pas seulement de l'intention manifeste de
calquer la personne de saint Tudual sur la personne du Christ,
de lui donner 72 disciples quRUd il débarque en Armorique et 12
compagnons quand il se rend à Paris, sur quoi je ferai remarquer
en passant que l'on a tort de faire état de ces chiffres consacrés
pour déterminer le nombre d'individus dont se composaient les
bandes d'émigrants bretons. Je dois dire que la liste des pays dans
lesquels saint Tudual aurait reçu des concessions de territoires
appelle quelques observations. Il est absolument impossible
d'y voir, comme on l'a écrit, l'indication exacte des régions
évangélisées par le saint : c'est tout bonnement à mon avis
une amplification géographique. L'auteur vient de dire qu'il avait
parcouru toute la Domnonéeet que partout on lui avait fait des
largesses. Il veut alors montrer sa science géographique et cite
l'un après l'autre tous les pays dont se composait la Domnonée»
non pas celle du VI* siècle, çaais celle du IX*» car les divisions
ecclésiastiques de la Bretagne du moyen-âge, que nous retrou-
vons dans cette liste de pays ne remontent certainement point
au temps de l'église celtique.
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MÉLANGES HISTORIQUES 269
U ne faut donc pas y voir l'indication de l'itinéraire suivi par
Todaal dans ses courses apostoliques, de même qu'il est absolu-
mentimpossible d'admettre que les chapelles qui lui sont dédiées
marquent les étapes de sa prédication.
Ce même biographe nous raconte que Tudual ayant débarqué
emporte in capite achiniensis » le premier « locus » [monastère]
fondé par loi fat celui de « Lanpapbu in plèbe Macoer ^ quel-
qiiescruditfi bretons pour qui les mots a in capite achiniensis »,
sont synonymes des mots « in pagoachmensi » employés par les
autres biographes, et pour qui par conséquent le saint est débar-
qué en Léon, ont cherché Lanpapbu dans cette région et Tont
identifié avec un village de la paroisse de Ploumoguer, appelé
aujourd'hui Trébabu. Mais, si l'on compare le passage que je
viens de citer avec la phrase où le biographe de saint Brieuc
raconte Tarrivée de son héros en Armorique « in portu qui
Achim dicitur », on sera frappé de la ressemblance de ces deux
textes. Or saint Brieuc débarque non loin du fleuve Joudi, le
Jaudi actuel. Le u portus Achim » n'en est donc pas éloigné. On
trouvée peu de distance une paroisse appelée Ploumagoar dont
une trêve porte le nom de Pabu. Ces deux localités trécoroises
ne Gonviennent-elles pas mierux que les deux localités léonaises,
eu tant qu'emplacement du premier monastère de Tudual. Le
« caput Achiniensis » n'est pas nécessairement synonyme du
« pagus Aehmensii n. Au sens propre caput désigne une localité
et non un pays (Penmarc'h, Penpoul, etc.,)- L'erreur des bio-
graphes postérieurs qui lès ont identifiés ne doit pas faire loi
pour nous.
On n'est pas plus d'accord sur la date du document auquel
M. de la Borderie a donné le nom de deuxième vie de saint Tu-
dual. Il a été rédigé à la fin du IX« siècle, dit cet auteur. Il n'est
pas antérieur au XI* siècle, écrit à l'inverse M»*" Duchesne.
Il me semble que c'est l'opinion de M. de la Borderie qui est
la mieux fondée. Je suis très frappé en effet de la façon dont
Tauteur raconte 1^ persécution que Tudual eut à subir de la part
de Gonomor ; et dans le parti que prend le saint homme d'en
appeler au pape des tracasseries que lui fait subir le préfet du roi
desPrancSy je vois un calque de la conduite des évoques déposés
par Nomenoé, car eux aussi se rendirent à Rome pour y faire
entendre leurs réclamations ; et de plus l'épithète de « prefectus
régis Frarêcorum » convenait très bien à ce moment à Nomenoé.
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270 REVUE DE BRETAGNE
On voit Tutilité quMl pouvait y avoir pour les évoques de Tré-
guer dont le siège épiscopal devait Justemeot Texistence à ce
coup de force, de dissimuler cette f&cheuse origine et de s'en
attribuer une toute contraire, lorsqu'à la fin du IX* siècle la Bre-^
tagne redevint sous Alain le Grand la province fidèle entre
toutes au siège de Rome.
Je ne veux retenir ici que trois points de cette biographie de
saint Tudual r 1* L'auteur prétend avoir eu sous les yeux une vie
du saint écrite dans la langue barbare des Sùotigense, d'où il. a
conclu que son héros était lui-môme originaire de la Scothia.
Quelques-uns ont traduit ici Scotigena par Irlandais et en ont
conclu que si Tudual était censé originaire d'Irlande, c'est pro-
bablement parce qu'il y avait séjourné-et parce qu'il en avait ra*
mené un certain nombre de disciples. Mais d'abord ce n'est pas
du tout ce que dit l'hagiographe. Ensuite parmi les prétendus
disciples irlandais de Tudual^ le seul qui fût réellement origi-
naire d'Irlande, Maudez, ne fut certainemement pas disciple de
Tudual, mais plus probablenient son maître, et si Efflam et Gui-
rec furent Irlandais, ce qui n'est pas démontré, il n'est nullement
établi qu'ils aient été les disciples de Tudual, ce titre ayant été
appliqué arbitrairement dans la suite à tous les saints person-
nages qui vécurent ou furent réputés avoir vécu au territoire
trécorois. Enfln saint Gildas qui a certainement séjourné en
Irlande n'est cependant jamais qualifié d'Irlandais. Cette Mpli«
cation ne parait donc pas admissible. Il est possible que le
biographe de saint Tudual ait identifié son héros avec un
saint irlandais, tout éomme le biographe de saint Malo a
identifié celui-ci avec saint Mochuda. Mais il se pourrait égale-
ment que l'auteur, sachant simplement que Tadual était un Celte
d*outremer et voyant h la cour des rois francs du IX' siècle* un
certain nombre de Celtes d'outremer qui étaient des Irlandais,
ait conclu que Tudual avait la même nationalité. Enfin il se pour*
rait que notre biographe se soit imaginé que tous les saints bre*
tons étaient originaires dlrlande, parce qu'on le disait avec plus
ou moins de raison de deux ou trois, de Maude2, de Briac et de
Rouan.
2* C'est ici qu'apparaît pour la première fois la conception his-
torique d'après laquelle une ville appelée Lexobie aurait été le
siège de révôché trécorois avant que celui-ci fût transféré dans
la ville de Tréguer. En effet, lorsque Tudual rentre de Paris dans
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MÉLANGES HISTORIQUES ^71
son monastère il traverse V « urbs Lexoviensis » ; et quand l'hagio-
graphe raconte sa mort, il dit que certains prétendaient à tort qu'il
était mortdans cette môme localité.Qu'est-ee donc que cette ^ urbs
Lexoviensis » ?I1 semble bien à première vue que ce soit Lisieux,
d'autant que si notre biogi^apbe place cette Ville « inpago Civitati$»y
une autre version de la même légende publiée par M. de la Bor-
derie la situe « m pago Neusirim » c'est4i*-dire en Normandie.
Mais» me dira-t-on,qu'e8t-«oe que Tuduai peut bien avoir à faire
dans la ville de Lisieux? La réponse à cette question se trouve, il me
semble» dans la remarque que j'ai faite plus hautrelativeoient à la
promotion de Tudu^l 4 l'épisoopat. J'ai dit que ce fécit avait été
très probablement copié sur la vie de saint Samsoti, le biographe
de saint Tuduai ne voulant pas que son héros fût inférieur au saint
fondateur de DoL Or comme Samson reçut du roi Childebert une
importante concession de terres dans le pays de Lisieux et qu'il
passa évidemment par là en s'en retournant en Bretagne, le bio-
graphe de saintTudual a étourdiment copié cette mention comme
les ' au très.'
d* Quelques historiens considèrent comme historique le récit
des démêlés qui éclatèrent après la mort de Tuduai entre Ruilinus
que Tuduai avait désigné en mourant comme devant être son
successeur, et l'archidiacre Pebrecatus qui prétendait au même
honneur, démêlés qui se terminèrent par la concesion i Pebre*
catos de l'exercice des droits épisoopaux dans trois des paroisses
du diocèse. Je ne crois nullement, je dois dire, à rhistoricité de ce
récit et je pense qu'il a simplement pour but d'expliquer l'étendue
exceptionnelle des pouvoirs dont jouissait au IX* siècle l'archi*'
diacre de Tréguer, pouvoirs qui s'expliquent beaucoup plus na«
turellement si Ton suppose que sur le territoire du diocèse créé par
Nomenoé se trouvaient entr'autres deux monastères, l'un fondé
par Tuduai et gouverné ensuite par Ruilinus, dont l'évêque était
le successeur immédiat, l'autre fondé par Pebrecatus et dont le
titulaire avait été dédommagé au moment de la création du dio-
cèse par un titre d'archidiacre avec des pouvoirs plus étendus
que ceux des archidiacres ordinaires.
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272 REVUE DE BRETAGNE
S
IX. — D'ÂROENTRÉ ET LES GhANTS POPULAIRES BRETONS*
Nous lisons dans Y Histoire de Bretagne de Bertrand d'Argen-
tré (1). « Les Bretons disent que leur Ville [Tréguer] estoit si-
« tuée au lieu d« présent appelle Gozl[ueoudet , qui est à dire
« vieille cité sur la rivière de Loquez et en monstrent les ruines,
« auquel lieu ils disent avo^r esté le siège épiscopal jusqu'en
ce Tan 836 que Hastain roy des Danois, dont ils chantent e?icor
^ quelques vieux vers en breton prist et ruina la ville. )> Je ne
crois pas que les historiens de notre littérature populaire bre^
tonne aient prôté attention à ce passage dont Fimportance est ce-
pendant coqsidérable.Gertains érudits se sont appuyés^sur ce fait
que la métrique de nos gwerziou est la métrique du XVll" siècle
pour conclure que le fonds de nos chansons populaires n'était pas
plus ancien que la forme et pour élever aussitôt un soupçon de
non authenticité contre les pièces qui relataient des événements
antérieurs à la fin du XVI* siècle. Or voici un document de 1582
d'après lequel il aurait existé à cette date une chanson populaire
relative aux invasions Scandinaves. Il s'agit bien d'une chanson
et non d'un mystère ou de tout autre poème destiné à la récita-
tion ou à la lecture : d'Argentré dit formellement que ces vers
étaient cAan/é5. On peut dès lors en conclure que, s^la forme ac-
tuelle de nos gwerziou est récente, cette forme peut fort bien
n'être pour certains d'entre eux que le rajeunissement d'un texte
antérieur composé à nouveau dans une langue et selon des pro-
cédés de versification plus modernes. Je ne veux pas dire bien
entendu que ces yt^^rziou acquièrent toujours ainsi la valeur de
documents historiques originaux ; j'ai simplement voulu mon-
trer qu'ils constituaient au XVP siècle un genre poétique déjà
cultivé.
[A suivre.)
V^* Ch. de la Lande de Galan*
\[) Première édiUon 1 582, deuxième édition 1588, Lifrel, Ch. XIX, art. Trégue
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^rf
COMBOUR ET SES SEIGNEURS
{Suite) (1) \
JEAN n DE DOL, 5* SEIGNEUR DE COMBOUR.
1137 M62.
Jean II de Dol, fils de Gilduin de Dol et deNogn, « estoit encore
en Tige de minorité lorsque son père mourut », il devint V'
seigneur de Combour sous la tutelle de sa mère.
L'abbaye de la Vieu ville était fondée depuis quelques années
en Thonneur du Sauveur et de la Sainte Vierge, lorsqu'au mois
d'août 1141 Jean assista avec sa mère à Tinstallation de Robert
comme abbé de ce monastère par Geffroy Le Boux, archevêque
de Dol.
Pieux et libéral Jean fut, avec sa mère Noga, bienfaiteur d'un
grand nombre d'abbayes. En 1142 il donne avec celle-ci aux
moines de la Vieuville un ermitage en sa forêt de Bourgouet,
et une partie de cette même forêt sans compter une grande éten*
due de terres arables, de prés, de landes et de bois, et fait con-
firmer cette donation par Geoffroi, archevêque de Dol ; trois ans
après, en 1145 il donne à la même église de la Vieuville toute sa
forêt de Bourgouet.
En 1146, Tabbesse de Saint-Sulpice profitant des libéralités de
Jean II et de celles de sa mère, reçoit une métairie en Dingé,
un bourgeois de Gombourg nommé Herbert Chouan avec toute
sa postérité et un autre bourgeois aussi avec toute sa postérité
demeurant à Dol.
Il confirme la donation faite aux moines de Marmoutier éta^
blis à Combour, par Thomas Boutier l'un de ses chevaliers^
(I) Voir U Retue d'ami 1908.
Moi f90i là
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574 REVUE DE BRETAGNE
d'une partie de l'église Notre-Dame de Combour que Thomas et
les siens, « suivant une déplorable habitude établie dans le
monde », avaient injustement usurpé l'héritage, et il approuve
rabandon d'une injuste revendication faite par Normand de
Litre, soh frère Qeorges et son flls Oefiroi touchant la dtme de
Tramel, que ceux-ci disputaient aux moines (1).
En 1147, Jean II et sa mère Noga sont témoins du don fait par
les enfants de Gautier Truffler aux moines de la Vieuville de
la chapelle de Nazarie avec quatre-vingts arpents de terre, le
b )i8 qui leur serait nécessaire pour brûler ou po4ir bâtir, et le
pacage pour leurs troupeaux dans les bois des donataires. Croisé
cette même année 1147, Jean partit pour Jérusalem avec Conrad
empereur d'Allemagne et Louis VII le jeune Roi de France, « d'où
ils ne rapportèrent, dit du Paz, que de la perte et du déshon-
neur ».
Revenu sain et sauf néanmoins, au bout de trois ans, de cette
expédition malheureuse, Jean II donna du consentement de sa
mère Nogâi, à l'abbaye de la Vieuville et aux moines y servant
Dieu, une vigne sise près de la maison des lépreux^ non loin de
Dol, la moitié de la dtme suc: la pêche en la paroisse d'Hirel et
confirma aux moines le don qu'il leur avait déjà fait de sa forêt
de Bourgouet. Et afin, dit-il, qu'on ne tire pas parti contre les
moines de s6n changement de sceau, il dédare'qu'à son retour dé
Jérusalem, il s'est servi d'un sceau qui diffère comme poids ^t
comme forme de celui qu'il avait lorsqu'il fut fait chevalier (2).
Celui dont il s'esl servi au moment cle la donation de la forél dé
bourgouet était plus grand et plus pesant.
L'é vèque de ftennes Klienne leur neveu confirme cette donation
faite par Jean et sa mère.
S'adressant à tous ses hommes de Combour et de Dol (Johan-
nés de Dolo cunctis hominibus suis de Conùbumo et de Dolo et de
tota terra sua satutem). J^an ratifie une concession de terrain
faite à Combour au mois d'août 1151, en sa présence et en celle
de ses hommes « coram me et hominibus meis apud Combom »
au monastère delà Sainte-Trinité de Savigné par Gautier d'Er-
thrac et ses fils (3).
(\) Doto Morioe, -Pr. 1, col. 69«-597-4 79-567.
(0 i>om Morice, Pr. 79b.
,2^ I>om Morice, Pr. 1, col. till.
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jr
COMBOUR ET SES SEIGNEURS 275
DaoB une charte .citée par Dom Morice et qu'on peut placer^
croyons-nous, entre 1154 et 1160, Jean {Johanti^ dictm Dolensis
Cùmbumii dominms) déclare, pour que la chose parvienne à la
postérité) que souvent il a entendu dire que Hamoci flls de Ghe-
Tîngète a donné à Dieu et au Bienheureux Martin du monastère
de Marmoutier, à l'abbé Barthélémi et aux moines du tnôme
ordre établis à Gomboûr, Téglise de Saint-Martin de Ouguen et
celle de Saint-Martin de Noyai avec toutes leui^ appartenances
et dépendances.
Le vénérable abbé Barthélémi, ayant Tintention de visiter les
maisons que son ordre possédait en Bretagne, s'arrôta à Combour.
Le susdit Hamon vint l'y trouver, le suppliant de vouloir bien
descendre jusqu'à Cuguen pour visiter ses flls Haimon et Oau*
lier, qui étaient gravement malades. Le saint abbé s'y rendit, fit
le signe de la croix sur le front de» malades, ils s'endormirtnt
aussitôt et se réveillèrent guéris.
Ayant vu ce miracle et ayant appris en outre que Tabbé avait
guéri un lépreux et changé !'( au en vin, le susdit Hsmon et le
vieillard Téherinus son père lui donnèrent les églises dont nous
Tenons de parler-
Alore les moines mirent à Cuguen comme recteur un prêtre
nommé Oautier qu'ils présentèrent à l'archevêque Baudri (qui
occupa le siège de Dol de 1107 à 1130).
Toutes ces choses je les ai entendu raconter, j'ai vu de mes
y«ux, dit Jean, ce qui suit: « çitœ sequuntur vidi » Haimôn
prêtre de Cuguen se démettre de cvtte église en présence de l'ar-
chevêque (Hugues Le Roux archevêque de Dol vers 1154-1160) et
reconnaître qu'elle appartenait aux moines (2).
Alain flls de Flaud abandonna aussi à l'àbbé et aux moines de
Cembour tous les droits qu'il avait sur l'église de Cuguen.
Noble homme Alain flls de Jordan autrefois sénéchal de Dol
donna aux moines de Tyron Téglise du Tronche! et ses dépen-
dances par les mains «ie l'archevêque de Dol Hugues Le Roux.
Ce fut là le commencement de l'abbaye du Tronchet. Un certain
Hervelin de Trémigon avait fait don « au prieuré dépendant de
Marmoutier situé près du château de Combour» d'un champ ap-
pelé le clos Sainte-Marie, son flls Juhel y donna son consentement,
mais à la mort de son père, il revint sur sa décision, réclamant ce
qu'il avait abondonné. Puis, sentant sa fin prochaine, il demanda
l'habit monacal, ce qui lui fut accordé, alors il donna aux
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u
276 REVUB DE BRKTAGNE
moines de Gombour le susdit clos et la moitié de la dlme qui lui
revenait sur sa chapelle.
La Bretagne était alors en proie à la guerre civile. Gonan IV le
petit-fils d'Alain Le Noir réclamait à son beau-père Eudon dePor-
hoet la jouissance du duché qui lui appartenait aux droits de sa
mèr^ Berthe décédée en 1154. Eudon qui avait épousé Berthe
après la mort d'Alain Le Noir prétendait tenir le duché du titre
de sa femme (lldO).
Bien que cousin germain de Gonan, Jean de Dolprit parti pour
Eudon, dont il suivit la bannière, et lui demeura toujours fidèle.
Raoul II, baron de Fougères, beau-frère de Jean de Dol ne fut
pas toujours constant dans ses affections, mais il soutenait alors
aussi lui, le parti d'Budon.
Jean de Dol mourut en 1162, ne laissant que deux filles Yseult
et Denise qu'il mit sous la tutelle et protection de son beau-frère.
Raoul ausTsitôt fortifia et munit les ch&teaux de Dol et de Gombour.
En 1164battudans plusieurs rencontres et se sentant trop faible
pour résister aux barons ligués contre lui, Gonan IV appela à ftn
secours le roi d'Angleterre Henri II.
Gelui-ci donna aussitôt Tordre à son connétable» Richard du
Hommet de rassembler une armée Normande et bientôt le con-
nétable, à la tôle des barons de Normandie et de Bretagne res-
tés fidèles .au duc, s*empara de Dol et de Gombour au mois
d'août 1164.
Vainqueur de Raoul, Henri II lui enleva la garde d'Yseult pour
la donner à Jean de Soligné qui lui fit épouser son fils Hasculphe
que le roi d'Angleterre avait établi comme sénéchal de Dol, De-
nise de Dol, sœur d'Yseult, épousa Guillaume de Goetquen.
Dans le même temps Hervé de Trémigon rendit au prieuré
de Gombour les dîmes du Ghateller qu'il détenait injustement,
jurant, sur l'autel Sainte-Marie-Magdelaine, de ne plus faire au-
cun tort aux Moines, en présence de Jean et Guérin Ghaorcin
ses oncles. Ge dernier, Guérin rendit aussi sa part de dîme du
Ghatelier, dont il avait annulé la donation, il jura sur l'autel
Saint-Martin de ne plus recommencer et reçut, pour la rémission
de son péché, en présence du sénéchal du roi d'Angleterre, le
fouet des mains du père Prieur qui lui donna ensuite douze de-
niers par charité (1).
(1) Doin Mbrice, toI. 642. ^
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COMBOUa ET SES SEIGNEURS 177
En 1173 Raoul II prend sa revanche sur les Anglais et se
pend maître « pretio etprecibus » p\t prières et par argent des
garnisons de Doi et de Gombour. II en sort bientôt pour livrer
bataille aux Anglais, l'élite de la Bretagne est faite prisonnière
à cette bataille de Combour, Dol est repris par Henri qui con-
sent pourtant à faire la paix et chacun rentre en la possession
de ses terres ch&teaux et héritages (1).
III
LES SOUQNÉ SEIGNEURS DE GOMBOUR
1162 A 1340 INVIRON
Hasgulfb db SouoNi 6* srionbur db Combour
Par suite de son mariage avec Yselde ou Iseult de Dol, héritière
de Combour, HasculphedeSoligné, flis de Jean et d'Aalis devint,
du chef de sa femme, sixième seigneur de Gombour. Leurs suc-
cesseurs continuant les traditions portèrent le surnom de Dol.
De sa femme Iseult, Hasculfe eut trois flls : Jean, seigneur de
Gombour après son père, sous le nom de Jean III de Dol, Raoul
et Oeoffroi de Soligné, aliàs de Dol qui mourut chanoine de DoK
Ceux-ci, comme on le verra plus loin, prennent part à toutes ^es
libéralités de leurs parents en faveur de l'abbaye de laVieuville.
Cesten ce temps-là que fut faite Tenquôte de 1181 destinée au
recouvrement des biens de Tégiise de Dol et que nous avons citée
précédemment, parce qu'elle est un document précieux pour les
origioes de la seigneurie de Gombour. Olivier de Plogonat et son
épouse ayant donné à la Vieuville latitme de la chapelle de Na-
zarie qu ils tenaient de Jean de Dol, leur fils nommé Oeoffroi ra-
tifia le don de ses parents, à la mort de sa mère « in castello de
Combom coram Yselde filia Johannis de Dolo^ uxore Hasculfi de
SoHgneio et coram Adam de Soligneio nutritio ejus^ au château
de Gombour en présence d'Iseult^ d'Hascuife et d'Adam de So-
ligné son oncle, sénéchal de Gombour, qui avait pris soin d'é-
lever Oeoffroi (*^).
(I) Dq Fis. p. 522.
(i) Dom. Mop., /V. J, «47.
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Planche I
LES SEIGNEURS DE COMBOUR ET LEURS ALLIANCES
I" Maison de Dol (Combour Solicflé)
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2S0 REVUE DE BRETAGNE
Dans de nombreuses chartes citées par Dom^Morice {Pr. I, col.
691 à 694) au sujet de donations faites pour la plupart à Tajabaye
delaVieuvilleparHasculfedeSolignéetlseultdeDoI son épouse,
celui-ci se qualifie Ha^culphus de So'igneio domintis cçmbumen-
sis. Une seule de ces chartes est datée de 1183, mais les autres
semblent rapprochées de cette date.
En 1183 Haseulphe de Soligné, son épouse Iseult et Denise sœur
de celle-ci, confirment à Tabbaye de la Vieuvilte les aumônes qui
lui furent faites par Jean de Dol, de la forêt de Bourgouet et du
droit de pasnage popr les porcs dans la forêt de Tanouarn. N'ayant
pas de sceau propre, vu qu'il n'était pas encore chevalier, Has-
culfe scella cette charte du sceau de son père Jean de Soligné.
Ayant avec sa.femme donné à l'église de la Vieuville vingt
acres de terre pour le salut de leurs âmes, du consentement de
leurs fils Jean^ ^%^^^ ^^ Geoffroi, Hasculfe prévient qu'il ne fa^
ni s'étonnler qu'irait un autre sceau (i'écu écartelé d'argent et de
gueules) que celui qu'il avait avant que son père partit pour Jé-
rusalem, ni en tirer parti contre les moines. « Il laissa, dit du
Paz, le sceau des armes de son père «t print celui de la maison de
DdI Gombour (1) ».
Geofifroi de Farci ayant donné deux acres de terre aux moines «
de la Vieuville, Haseulphe et Yseult sont témoins de cette dona-
tion faite à condition que les moines fourniront au jeune Daniel,
fils de Geoffroi, le vivre et le couvert^ et qu'ils le confieront à des
gens capables de l'instruire, afin qu'il se puisse faire moine s'il
le désire.
« Nous avons donné, dit Hasculfer à l'abbaye de la Vieuville
pour le salut de nos âmes et de celles de nos parents, Jean de
Dol père d'Isault, et Aalis ma mère, quatre acres de terres
libres de toutes redevances. Cependant TAbbé sera tenu à jour
fixe de fournir à ses frais à tout le couvent, uue abondante
pittnce de pain blanc, de vin et de poisson.
« Le désaccord qui existait entre nous et Guillaume d'Aubigné
ayant pris fin, nous lui avions donné, mon épouse Yseult et moi,
cent sous de rentes dont il a fait hommage à mon fils Jean. »
« Ayant donné à l'église de ta Vieuville toute la terre qu'Hervé
Mercier, mort depuis après s'être fait moine, et Robert, tenaient
de nous, toute celle qu'Hervé a enclose à Belle-Ile et à Paluel,
(0 Hiit, gén. de Bretagne, p. 69t.
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COMBOtIR BT SES SEIGNEURS 381
les moioes ont affermé toutes ces terres à Hervé moyennant
qu'il paierait chaque année cinq sols le jour saint Michel. L*un
de mes chevaliers Ouillaume de Machua a joint à cela une
aumône de trente sols par an à prendre sur la terre 4e Paluel.
Désirant que ces donations demeurent toujours libres et quittes
de toat empêchement, nous les avons- confirmées et munies dé
notre sceau. » ^
Il existait entre les moines de la Vieuville et Adam de Soligné
oncle d*Hasculfe un différent au sujet de la terre de Tramel, un
accord survint et comme cette terre faisait partie de son do-
maine Hasculfe fut appelé à l'approuver et à le ratifier (i). ^
Nous avons dit ailleurs que les seigneurs de Gombour ne
manquaient pas de motifs plus ou moins sérieux pour se dire
quoiqu'à tort, seigheurs de Dol. Chargés de la protection du
régaire et de la défense du château de Dol plusieurs d'entre eux
s'intitulaient : Dominus Doit Castri.
Voici une charte qui explique encore cette prise de litre des
sires de Gombour (2).
« Hasculfe par la grâce de Dieu, seigneur de Gombour et
porte étendard de Saint-Samson à tous les fidèles salut.
« Comme aux droits de mon épouse Iseult, il m'appartient,
pendant la vacance du siège de Dol, de régir les affaires de
l'évèché, ses terres, ses hommes tt d'en disposer comme l'Ar-
chevêque lui-même, de sorte que ce qui sera fait en ma présence
et de mon consentement, aura de droit autant de force et de
valeur que s'il était fait en présence de l'Archevêque et de ion
consentement
« C'est pourquoi j'ai résolu d'apprendre à tous les fidèles que
Robert de la Ghapeile, Alain et Gui ses frères ont donné les
terreS; les hommes et les droits qu'il :> avaient en Bpiniac à Dieu
à Saint-Martin de Gombour, et aux moines de Marmoutier,
ayant reçu de la charité des moines vingt-deux livres.
« Robert toutefois y a mis cette condition que, s'il désirait se
faire moine, il serait reçu avec ses habits monachaux et son pa-
lefroi, lui, ou bien un de ses frères ou de ses fils sans habits pour-
vu qu'il eût dix ans çt pût lire le psautier.
« Alain et Qui ratifièrent cette convention et jurèrent sur
(i) DfHB Morice, Pr, 1., col. 692, «93.
(2) Dora Morioe, Pr.l, 693.
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M3 REVUE DR BRFTAGNB
l'autel Saint-Martia, sur les Saints Evangiles et sur le cofps do
Seigneur, de la respecter et de l'exécuter de bonne foi. »
Cette pièce prouve que pendant la vacance du sièjge épiscopal
les seigneurs de G&mbour s'attribuaient des droits qui les ren-
daient évidemment maîtres et seigneurs à Dol.
Hasculfe de Soligné fut un vaillant chevalier^ il servit la du-
che-se Constance et les États de Bretagne contre Richard I^'
d'Angleterre qui voulait s'emparer du jeune Arthur et prendre
le gouvernement du pays. Décédés tous les deux en 1917 Has-
culfe et Iseult furent inhumés à l'abbaye de la Vieuville dont ils
avaient ^té les bienfaiteurs (1). ^
JEAN DE SOLIGNÉ DIT JEAN IIIDE DOL
Septième bbignbur de CoMBoy<\ et aoN vus JoaoïN
1107 A 1240 HNVIRON.
Fils aîné d*Hasculphe et d'iseult Jean de Soligné dit Jean III
de Dol « parce qu'il prir-t le nom de sa mère », dit du Paz, fut le
septième seigneur de Gombour.
Sa f^mme dont le nom de famille ne nous est pas connu s'ap-
pelait Aliénor.
Dans plusieurs actes de 1210 à i<^H J'ean de Dol (Johqnnes de
DoIq, dominus de Dolo et de Comburnio filius H. d,e Soligneio)
confirme à J'abbaye de la Vieuville toutes les donations faites par
ses auteurs ou ses vassaux, d*accord avec son épouse Aliénor,
Jodoin fcon fils et Noga sa flile {concedente, dit-il, Aliénor uxore
(t) Les Soligné ou Sabligny étaient originaires de Normandit^. ils étaient sieurs
dudit lieu et de ^nt^ocel en Avranchin, sieur de Dol et de Combour.
Dom Morice a donné un grand nombre de sceaux se rapportant aux Soligné,
Asculfe a porté : un oUeiu surmonté de Vécartel-* d'argent et de gueulas de Dol^
un oiseau perché sur une sorte d'Y, ali u en 1173 de gueules fusdé d'hermines
qui est Dinan, alias écartelé de Dol à, la bordure semée de merl ttes (tceaa de
1U3 k l2|0)aliM un oiseau chargé au cou de CémrteU de l^ol.
La branche aînée d^^s Soligné --9%iât Tondue au Xill* siècle d«ins d*Ar^i)g«'8
celle de Coaobour au X.I V* dans Tinténiac par le mariage de Jeanne de Dol-SMwné
avec Olivier de Tinténiac Ters 1340, celle de Mjntsorel dans d*AubignéTers llh6.
Montsorel, ramage de Soligné, a fourni Olivier au nombre des défenseurs i|(
Dol assiégé par le Roi d*Angleterre en 1173. ^^^^
Les Montsorel furent seigneurs de Landal l*un des flefs les plus importants de ^.
la baronniede Cambour, ils fondèrent Tabbaye de la Vieuville en Bpiniac.
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à
COMBODR KT SB8 SKIGNBURS 2»3
med, Jelduino fiiio meo, Noga filia meé) et ailleurs concedênte uxore
nwa et omnibus heredibus mets qui tune erant ; ailleuri encore il
parle de Jodoin son fils, ajoutant quem solum habebam)\\).
Ce qui donnerait à penser qu'il eut peut-être plusieurs enfants
d*AHénor« mais qu'il les per.iit. Deux sont seuls connus ; Jodoin
(qui est une forme allérée de Gedoin ou Qilduin^ et Noga.
Jean servit ainsi qu(^ son fils Jodoin le roi Philippe-Auguste
contre Jean-8ans-T«rre roi d'Angltitf rre :neurlrierd'Arturen 1202-
Tous deux prirent part à la conquête de la Normandie et firent
de nombreuses donations à Tabbaye de Montsorel.
Non moins généreux que ses prédécesseurs, Jean III fut le
bienfaiteur d'un grand nombre d'abbayes, il avsfcit en 1109 ratifié
la donation de huit acres de terra cor ci5dées à Pabbaye de la
Vieuville par son père Hasculfe de Sol igné, avant son départ
pour l'Angleterre.
Cette donation fut approuvée par J^^an, évêqlie deDol, son sei«
gni^ur. Hoc autem conctssil Joannes Dolensis episcopus Dominus
meus.
Joan de Dol avoue donc humbl^^ment qu'il n'est pa,» seigneur
de Dol, mais plulô vassal de lYvôque. Cet évAque doit ô re Jean
de la Mouctje autrement di( Jt^an élu de D A. Joannes Dei gratta
Dolensis electus. Il ne parai' pas avoir «îté j^acré, et m jurul cette
année-là 1199, quelques mois après le jugenoncil, si longt-tmps
suspendu, qui faisait de Tours la métropole de Dol et des autres
évôchés bretons (2)
Jean III confirma une donation de Jean de Langan au même
monatstère de la Vieuville, et fut témoin avec se^ héritiers et
ses frères a heredes cum assensu fratrum meorum Radulphi et
Gaufridi », de l'abandon du fief de Herlant au prieuré de Com"
bour par Jean Herlant et de la donation à ce même prieuré des
dîmes du Chat^1ier(3).
L'un des chevaliers du sire de Gombour nommé Adam Boutier
ayant fait don aux moines de Marmoutier, résidant à Gombouri
de tout ce qu'il percevait anouellement de blé ou d'avoine sur la
grrange du prieur, les moines voulant reconnaître cette libéra-
lité, décidèrent que les fils de Boutier Hubert etOeoiTroi rece-
yraient annuellement de la main duriit prieur une somme de
j
(1) Dom Morice, Pr. 1,8 25-826.
(?) Dom Morica, Pr. 1, 719.
(I) Id. 118-719,
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284 REVUE DE BRETAGNE
cinquante sols jusqu'à cb qu'ils fussent pourvus de quelque bé-
néfice ecclésiastique. La pension devait cesser sitôt que Tatné
Rurait otrtenu ledit bénéfice. S'il arrivait que Tun d'eux mourut
avant l'autre^ le survivant devait conserver ce bénéflce tout le
temps (\fi sa vie. Si les deux venaient à mourir, le bénéfice ou la
rente retourneraient aux moines. A la demande des parties, la
redevance dont il est cas relevant de son domaine et venant de
ses ancêtres, Jean fit écrire cette convention et la corrobora de
son sceau (i).
DanJKne enquête faite en 1226 sur le nombre dçs chevaliers
que devait fournir Tévêque de Dol à Tost du duc et qui étaient
au nombre de dix, il e3t dit que le sire de Combour doit un che^
valier (item Domùius de Cambour unum) et qu'en sa qualité de
signifer Sancti Samsonis, il doit porter Tétendard de Dol.
Dominus vero Hasculfus de Soligneio pater Domini Johanis de
Dol portavit vexiltum.
Et débet D. de Comburnio de ferre vexillum Episcopi ante dictas
milites in exercitu prgedicto (2j.
Du Paz dit qu'en 1210 Jodoin, alors qu'il prenait part aux fon-
dations faites par son père devrait être fort jeune encore, mais
en 1225 on le trouve parmi ies témoins qui assistèrent à la fon-
dation de la ville de Saint-Aubin-du-Cormier par Pierre Mau-
clerc(3).
En 1229 il était chevalier car il ratifie et confirme en cette qua-
lité (Jodoinus de Dolo miles) toutes les donations faites à l'abbaye
du Tronchet par Alain fils de Jourdan sénéchal de Dol, fondateur
de Notre-Dame du Tronchet et celles faites depuis pas ses prédé-
cesseurs à lui Jodoin et tous autres voulant qu'elles aient perpé-
tuel effet (4).
Les incessantes exactions de Pierre de Dreux contre la no-
blesse et le clergé lui attirèrent l'excommunication des évêques
dont il ravageait Tes terres et excitèrent le ressentiment de ses
barons qui formèrent une ligue contre lui.
Jean de Soligné entra en 1233 dans cette ligue des barons
contre le duc.
De l'enquête faite à Tégard de ces maléfices par l'évêque de
(1) Dom Moricê, Pr., I. 769
(2) Dom Morice, Pr. I, 857, 858, 9S1.
(3)i(f.,854.
(4) Dom Morice, Pr. 864.
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COMBOUR £T SBS SEIGNEURS 285
Dol, l'abbé de la Vieaville et Jean de Dol qui réunirent un grand
nombre de témoins tant nobles que bporgeois contre Pierre
Mauclerc, il résulte :
« Que Robert de Sorel, chevalier du Duc, fit de grands ravages
à Gombour et à la Paluelle, il pilla la ville et la brûla par deux
fois en emportant à chaque fois plusieurs meubles et argent.
« Que le duc pendant une trêve dessaisit Monsieur Jehan de Dol
de sei terres et revenus et en jouit jusqu'à la paix faite à Oudon.
« Que le grand sénéchal et maréchal de Bretagne, Normand de
Québriac et ses gens ont fait plusieurs dommages au prieur de
Gombour, à Geffroi de la Ghapelle, Guillaume de Ghampagne et
Hul>ert Boutier lesquels sont hommes de Monsieur Jehan de
Dol auquel le duc extorqua une fois par force XI livres aupara*
vaut qu'il fut au service du Roi.
« Que le duc contraignit celui-ci de payer GGGG livres au Vi-
coi&te de Rohan pour des chevaux qu'il disait avoir eus de lui.
« Que Guillaume de Montbourcber, chevalier du duc, reçut les
revenus de la terre dudit M. Jehan de Dol pendant que du-
rèrent les trêves. .
« Que le duc enleva le droit de bris aux eostes de la mer^ que
les barons avaient de tout temps accoustumé d'avoir, chacun en
leurs terres, mesmes le dit M. Jehan de Dol et ses prédécesseurs
jusqu'à ce que le duc d'aujourd'hui Ten a dessaisi et jamais les
autres ducs de Bretagne n'en avaient joui. »
Guillaume Oicquel, chapelain de M. Jehan de Dol, est cité parmi
les témoins de cette enquête (1).
Dans les bulletins de la Société archéologique d'ille-et- Vilaine .
(anno 1862). M. de la Borderie a publié un accord curieux entre
Jehan de Dol et les évoques de Dol Jean de Lizannet mort en
1231 et Clément de Coetquen encore évoque e^ 1241. Cet acte
fort intéressant est daté de 1240 et, bien qu'il soit écrit en
français, ce qui était très rare à cette époque, il présente
néanmoins tous les caractères et toutes les garanties d'exac-
titude et d'intégrité.
Toute celte pièce indique qu'un premier accord tenté rie put
aboutir par suite de la mort des arbitres, de celle de Monsei-
gneur (le Lizannet et de celle de Jodoin, fils de Jean. La chose
fut reprise avec Clément de Coetquen.
(1) Dom Morice, Pr. 1, col. 889.
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28(5 • REVUE DE BRETAGNE.
Il ressort de là que le sire de Combour était le gardien et le
défenseur de IVglise de Dol.
Bn 1235, sur le point de perdre son fils (m extremis laborant)
Jean de Dol notifie que Jodoin son fils à rarticle de la mort veut
fonder une chapellenie^ c'est-à-dire un service de messes en Tab-
baye àe la Vieuville et charge son père de pourvoir à cette fon-
dation donnant dans oe but aux moines le revenu de sa terre de
Palttel.
Jean l'a fait, dit-il, avec le consentement et de la volonté d'An-
dré sire de Vitré et d'Aliénor, sa sœur, épouse du dit Joioin (cvnt
assensu et voluntate Anirex domitii Vitrei et Aliénoris sororit
ejus uxoris dieti Jodoini (1).
Il est prouvé par ce te^tamentde Jodoin de Dolqu*il avait épou-
sé Aliéner de Vitré sœur d'André III, baron de Vitré et qu'il mou-
rut avant son père en 1235.
Il avait désigné pour ses exécuteurs testamentaires, outre son
père, Robert Chesnel seigneur de la Ballue en Bszouges la Pé-
rouse et Quillaume Goscelin, chevaliers et frère Herbert du mo-
nastère de U Vieuville (2).
Nous croyons que Jodoin de Dol laissa de sa femme Aliénor de
Vitré deux fils, Hasculfn ou Harcouetde Dol et Jean qui tous deux
furent seigneurs de Combour.
Gela résulte d*un acte de 1273 cité pardom Morice(Pr.i, p, 1029)
c*est une sentence du sénéchal, c'est-à-dire de l'évêque de Dol
contre Hasculfe de Dol et Jean son frère « contra Hasculfum de
Dolis et Johannem fratrem ejus ».
Ceux-ci étaient neveux ou du moins parents de Qeoffroi deSo-
ligné alors chanoine de Dol ; ils avaient commis des usurpations
au détriment du chapitre.
Quoi qu'il en soit Gedouin étant mort avant son père en 1236
c'est Harcouet ou Hasculfe qui le remplace et succède directe-
ment à Jean III.
il) Oom Morice, Pr,, 884-885.
({) 1d,, eol. «84.
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*
' CUMbOUK BT SKS SEIGNEURS 287
HA3GULFE OU HARCOUET DE DOL
8* SEIGNEUR DE COMBOUR
1Î40 A i275 BNVÏRON.
A la mort de Jean lU *ie Dol, Hascùife oa Harcouet de bol, fils
di5 Jodoin H dVVliénor de VHré succédant à son aïeul, d^ôvini le
hattième 9€igneur de Comboor. &Q 1:247 une enquête fut faite au
sujet da nôtnbre de chevaliers dus par l'évoque de Dol, à Tost du
duc. R. P. en Dîpij Monseigneur Etienne^ évftque de Dol, appelé
par Je duc Jean H Le Roux, à tut fournir lé compte des chevaliers
qu'il devait à son ost, Ht citer dt'Vant lui ceux qui devaient lui
fournir les ch^-valiers que Itii-môme devait au duc. Le jour àà
l'Assomption, Raoul d'Aubigné seigneur de Landal présent'i deu>c
chevaliers à Tévéque, Aldia sire de ^^aufort en présenta un^
comme le sire de Roehêfort, le sire de Combour Hasculphe qui
devait porter la bannière de l'évoque : un, Hervé de Cherruyers
se présenta pooir les Cherrurens, la dame de Trétnehen en pré-
Rentd un, Guillaume le Boutt'ilU^r : un, le fief de Roland fils d'Hu-
goQ : un : de métde te fief du flls de Geoffroi, filsd Euden, dont
Bertrand du Guv^BClin était seifjneur (l).
Pierre Le Gouz, alors fit^néchal de Dol, notifie à tous que le vé-
nérable chapitre a ci lé on justice devant lui Hasculfe de Dol et
Jean son frère. Voici à quelle occasion : Le chapitre était en pos-
session ouen quai»i possession decertain manoir ayant appartenu
k défunt Geoffroi de Soligné, jadis chanoine de Dol, aVec mai-
sons Jardins et autres dépendances, et d'un emplacement devant
la dicte maison.
Le chapitre s'en croynit propriétiire par suite des donations
à lui faites tant par la défunte mère du dit Geoffroi que par Geof-
froi lui-mâme auquel ce:» biens appartenaient, quant aH terrain
Situé devant la maison, il provenait d'une donation du chevalier
Jean Chantepie*
Hasculfe et son frère s'opposaient k la jouissance du chapitre,
méprisant les sentenci^s d'excummunication portées contre eux
par Taulorité apostolique*
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Planche II
LES SEIGNEURS DE COMBOUR ET LEURS ALLIANCES
3^ Maison de G>mboar - Chateangiron - Raguenel - du Chastel
icux.
'au CUstcî.
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J90 REVCE DE BRETAGNE
Les chanoines demandaient que les deux frères fussent con--
damnés et obligés à abandonner les biens en litige.
Mais les dits frères avouèrent devant nous, dit le sénéchal,
que tout appartenait bien au chapitre, que la chose avait été
ainsi jugée par l'autorité ecclésiastique et les délégués du Saint
Siège, qu'en conséquence, ils promettaient de ne plus causer
à ce sujet aucun ennui au chapitre de Dol. Et, ajoute le sénéchal»,
nous les avons condamnés du jugement et autorité de notre dite
cour à observer fidèlement leurs promesses et leurs serments.
En témoignage ce quoi nous avons revêtu les présentes de notre
sceau et de celui des dits chevaliers. Donné le jour du dimanche-
après la fête du Bienheureux Mathieu, apôtre. Tan du Seigneur
1283. (Reg. Alanus, archives de l'église de Dol.)
JEAN IV DE DOL, 9*» SEIGNEUR DE COMBOUR
Jean IV de Dol seigneur de Gombour^ d'après du Paz, vivait
en 1278 et devint le neuvième sieigneur de Gombour. D*après
les actes cités plus haut, il était fils de Jodoin et d'Aliénor de
Vitré et frère du précédent Hasculfe ^l).
Il laissa.un fi's qui lui succéda en la seigneurie de Gombour
sous le nom de Jean V de Gombour (10* seigneur). D'aprèsdu-
Paz, il vivait en 1230, et <c de cestui-cy issit une fille son héri-
tière : Jeanne de Dol dame de Gombour »•
JEANNE DE DOL
Fille de Jean V de Dol, Jeanne épousa en premières noces
Jehan deTinténiac, chevalier de valeur et de réputation, seigneur
de Tinténiac et d'Eustache de Ghateaubriand.
Jean de Tinténiac tenait Ib parti de Gharles de Blois, il fut Tun
des héros du combat des Trente (26 mars 1351) duquel il rem-
porta Thonneur d'avoir mieux fait que ses compagnons en don-
nant à Membre chef des Anglais un tel coup de maillet qu'ils
écrasa, comme un limas, son casque et sa tôte à la fois {2).
(1) Dom Moriçe, Pr. I, col. 102».
(2) De^Ja Borderie, Cours d'histoire de Bretagne^ p. 198
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COMBOUR fiT SKS SEIGNEURS 291
Tinlémao mourot Tannée suivante à la bataille de Mauron,
le 14 août 1352, laissant, de Jeanne de Dol, dame de Combour,
une fille unique Isabeau de Tinténiac qui ne possédaw rien de la
seigoeorie de Coœbour.
Klie épousa Jean de Laval, seigneur de Chastillon et lui appor-
ta, en mariage, les seigneuries de Bécberel et de Romillé. Jean
de Tinténiac, premier mari de Jeanne de Dol, ne posséda Gom-
bonr que du cbef de sa femme et ne transmit cette seigneurie à
aucun descendant, il ne fut donc pas personnellement seigneur
de Combour, et la famille de Tinténiac ne peut être compt^.e
parmi celles qui ont possédé Gombour, au contraire le second
mari de Jeanne, Jean V de Ghateaugiron Malestroit, mort en
1374, s'il n'a pas été non plus personnellement seigneur de Gom-
bour, fut Fauteur de la maisoh de Gombour Ghateaugiron qui a
donné à Gombour cinq seigneurs, de Jean VlàOilette 1374 à
1500 environ.
La bataille de Mauron où le sire deMontmuran, Jean de Tinté-
niac perdit la vie^ fut suivie d'une trêve, mais cette trêve était à
peine expirée que les hostilités recommencèrent.
Le 10 avril 1354, la châtelaine de Montmuran Jeanne de Dol y
donnait une fête anx dames de son voisinage. Elle y avait invité
Bertrand du Guesclin et le sire d'Andrehan, depuis maréchal de
France.
Les Anglais battaient la campagne et la ravageaient sans re-
lâche ; le jeudi saint (10 avriri354) ils s'approchèrent du château
de Montmuran ; du Guesclin et d'Andrehan l'ayant appris^ leur
dressèrent une embuscade, les assaillirent et firent prisonnier
Hugues de Galverly, gouverneur de BéchereL
Cest ce même jour que du Guesclin fut armé chevalier par
Elâtre des Marèst, chevalier Normand, châtelain deGaen, émer-
veillé de sa bravoure, qui lui ceignit l'épée sur le champ de ba-
taille, dit d'Argentré, dans la chapelle de Montmuran, disent
quelques autres.
Et tout ont raison parce que, dit M. de la Borderie, la cérémo-
nie accomplie sur le champ de bataille, fut renouvelée peu de
temps après» avec les rites d'usage, dans la chapelle du château.
C'est dans cette même chapelle que du Guesclin, veuf en 1372
de Tiphaine Haguenel^ épousa dans la suite en 1374 Jeanne de
Laval, petite-fille de la dame de Gombour et de Montmuran dont
il avait si bravement défendu le ch|iteau contre les Anglais.
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292 REVUE DE BRETAGNE
Dans une escarmouche sur les landes deMeillac» près de Gom-
bour, du Ouesclin avait fait prisonniers trois capitaines Anglais
en 1360 (1).
(A suivj^e). Paul de la Bionb.
(1) Aliénor de Vitré épouse de Jodouin de D >1 (ramage des Comtes de Hennés) :
f>e gueules au lion contourné et couronné d'urgent. PI. V, fig. 7. Jehan de
Tinténiac, sire de Tinténîac, de Montmuran par des Ifls, de Bécherel et de
Komillé portait : D'or à deux jumelles d^asur^ au b(t'on de gueules broe?Uint
en bande sur Iq tout. Depuis (530 par alliance avec les Quimerc'h, les Tinteniac
ont porté ; D'hermines au croissant de gueules, qui est Quimrec'h. PI. I, fig. 9.
Pour mettre les biens de sa nièce et pupille hors d'insulte Raoul de Fougères
fit fortifier Dol et Combour. ce qu'il n'eut pas eu le droit de faire pour I>o1 si les
frères de Junkeneus, en consentant qu'il réunit son partage au domaine épiscopal
fi'avfiient en même temps retenu le titre de seigneurs de Dol, conservant une
espèce de suzeraineté sur la ville et les biens qui lui étaient réunis. C'est pour la
même raison qu'ils prétendaient au droit de bail sur le temporel de l'évêché*
sede vacante, réclamé par Rarsculphe de SoHgné époux d'izeldis qiii en 1183
entre autres prend le tiire de seigneur de Dol. (D. Mor., Pr. t. 1, col. 6»^,.
Kn I2i0, Jean de Dol, seigneur de Combour, fils d'izeldis et d'Hasculphe de
Soligné continue de prendre le surnom de Dol même après qu'il fut éteint en la
personne de sa mère> dans une transaction entre Clément de- Coetqu -n succes-
seur de Jean de Lyseneck ou Lezannet évéque de Dol w et egardèrent que noos
ayons le déport de l'evôque quand Tévôque est mort, tant, tant que l'en a i
l'autre élu u.
Les seigneurs de Combour, ce qui marque bien une certaine suzeraineté sur Ta
ville et les fiefs de Dol réunis à l'évôché sont inféodés du droit d'exiger annuelle-
ment des bouchers et pelletiers de Dol, une pelise blanche de telle grandeur
qu'elle puisse couvrir et entourer un fut de pipe et qu'un homme armé paisse
passer facilement par les manches; ils ont droit de nommer un sergent amenenr
au présidial de- Rennes pour les bailliages de Dol et de Combour et aux plaids
généraux de Rennes. Les sujets de Dol sont évoqués sous la menée du seigneur
de Combour (Arch. d'Ille-et-Vil., C, 4931).
Le Gérant : F. Chevalier.
Vannes. — Imprimerie LA^OLYE Frères, 2,. place des Lices.
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS
(SuUe) (1)
LES CHATEAUaiRON MALESTROIT
SEIGNEURS DE GUMBOUR.
JEAN V DE CHATEAUGIRON,
11* SiSIONBUR DB GOMBOUH
1352-1374.
Veuve, en 1352 de Jean de Tintéaiac, Jeanne de t)ol dame de
Gombour se remaria en secondes noces à Jean V de Ghateaugiron ,
flls de Hervé de Ghateaugiron et de la fille de Péan III de
Malétroit. Gelui-ci devint ainsi le XI* seigneur de Gombour.
Jean V était lui-môme veuf en premières noces de N. de
Kaer (2) de laquelle il avait eu trois fils :
Jean dit de Malestroit, qui lui succéda en la seigneurie de
Malestroit, époux de Marguerite de Lohéacet qui mourut en 1394.
Alain de Malestroit seigneur d'Oudon.
Et Thébaud de Malestroit qui fut évoque de Gornouailles (3).
Jean était du parti de Gharles de Blois, Jeanne de Penthièvre
ayant résolu d'envoyer une ambassade en Angleterre pour
traiter de la délivrance de son époux.
Jean, sire de Gombour est parmi les seigneurs qui apposent
leur sceau aux lettres donnant pouvoir aux ambassadeurs de
traiter avec le roi d'Angleterre, 29 novembre 1352.
Les partisans de Gharles s^ç m parèrent de Landal au commen-
'cement du printemps de 1354, mais ils durent battus à Gombour.
Après la paix d'Evran 12 juillet 1363, Jean de Ghateaugiron fut
envoyé comme otage au comte de Montfort. II se sauva après la
(1) Voir la Bévue de mai 1906.
(2) Dq Pai, p. 8Î0.
.Z)2d., p. U3.
Juin t99i 11
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Mi REVUB D£ BRETAGNE
bataille d'Auray qui anéantissait l*espoir de son parti et se rendit
à Vannes dohtil était capitaine. Montfort s'étant, avec son ar-
mée victorieuse, présenté devant Vannes, Jean lui rendit la ville
et le reconnut pour son souverain, 1364.
Le 12 avril 1365, il assistait au traité de Guérande entre le duc
de Bretagne et Jeanne de Penihièvre.
Les Anglais assiégeaient Moncontour en 1371. Le i'6 août, le
roi ordonna à Clisson de lever le plus d'hommes et d'archers
qu'il pourrait^ Glissoaflt tant de diligence que, le 5 septembre,
il était prêt et qu'il rejoignit bientôt le connétable Bertrand du
Guesdin. Clisson avait entre autres à sa suite le sire de Gombour
ayant en sa compagnie neuf autres chevaliers et cinquante
et UD écuyers « venus au mandement du lieutenant général du
roi au pays de Tours d'Anjou et du Maine pour le fait de
Moncontour ».
A celle occasion Jean de Malestroit donne quittance à Jean
Le Mercier, trésorier des guerres, de GXXV francs d'or pour
causes de ses gages et de ceux de ses compagnons, à Angers le
15 septembre 1371 (1).
Jean V de Ghâteaugiron mourut à Rennes en 1374 et fut enterré
au couvent de Saint-François de cette ville.
Il laissBit de Jeanne de Dol trois enfants :
Jean V( de Ghâteaugiron qui fut seigneur de Gombour,
Gutllaumt^, évéque de âiint-Brieuc et de Nantes, puis cardinah
inhumé à Saint Pierre de Nantes 1443.
Hervé de Malestroit, seigneur d'Uzel.
Le duc Artur lïl avait une grande affection, quoiqu'elle fut
bien peu justifiée, pour Guillaume de Maiestroit-Chateaiigiron.
Ge fut h son instigation que Jean de Mal stroit, ancien chance-
lier de Jean V, consentit à résigner Tévôché de Nantes en faveur
de son neveu Guillaume, non toutefois sans avoir prévenu
Artur de ce qui l'attendait, car, il lui avait dit : « Je ferais plus
pourvois que pour homme qui vive: ma»s, par le corps de
Noire Uame, vous vous en repentirez ; car c'e^t le plus mauvais
ribaud traistre que vous veistes oncques, et si vous le cpnnoig;-
sicz comme mol, vous n'en p'irleriez jamais. » En eff»^t Guillaume
ce rendit coupable vis-à-vis du duc d'une ingratitude qui le
btcâsa profondément et abrégea ses jours. L'évoque refusa au
(1) ûom Horioe, Pr. I, p. 1663.
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COMBOLR ET SES SEIGNEURS 2t5
duc rhommage de son temporel sous prétexte de le porter au
Pape qui n'en voulait pas (1).
JEAN VI DE CHATEAUQIRON,
12* Seioneur de Combouh
Jean VI de Ghateaugiron-Malestroit, fils de Jean V de Gha-
teaugiron et de Jeanne de Dol, devint douzième seigneur de
Gombour du chef de sa mère en 1374.
Il fit partie de la coalition des seigneurs bretons, contre TAn-
gleterre^ qui obligea le duc Jean IV à fuir chez ses alliés les
Anglais le 28 avril 1373, honteusement chassé par les Bretons
« à cause de la séquelle d'Angiais-Saxons qu'il traînait après
loi (2) ..
En 1378, il défendit Saint-Malo assiégé par le duc de Lancastre
« qui fut forcé de s'en retourner en Angleterre à sa courte honte »,
dit du Paz.
L^année suivante Jean de Ghateaugiron s'avança jusque dans
les flots pour recevoir ce môme duc Jean IV que le patriotisme
breton, jaloux de maintenir sa nationalité, rappelait, après
ravoir contraint à s'exiler.
En 1376, une compagnie de Bretons, conduite par Sylvestre
de BudeS; Jean de Malestroit et Trémigon seigneur voisin de
Combour, s'engagea au service du pape Grégoire XI contre la
ligue Lombardo-Etrusque. En 1377 ils étaient à Rome où le pape
les hébergea deux mois. Un Allemand s'étant avisé de dire que
la dite ligue valait mieux que l'Eglise, Trémigon lui répliqua
« qu'il en avait menti et qu'il le lui prouverait par son corps ».
Ce différend devint bientôt public et émut .tous les Bretons et
Allemands. Pour éviter une grande effusion de sang, on convint
(I) La branche al aée de Malestroit s'est fondue Ters 1352 dans Ghateaugiron
qui prit le nom de Malestroit, d'où cette baronnie apass^ aux Haguenet.
Ch t''aiigiron-Ma1e8troit, seigneur de Ghateaugiron de Gombour, de Kougé, de
Derval, derArgouet en EUen, du Chaste), d'Uiel, etc., porte :
Eeartelé au i et 4 de gueules à cinq besans cfor au S et 3 cCargent, écar-
ielé de Dol qui est Combour, aliàs .* de vair à une bande de guexUes (sc^au
1)61), allas ; la bande chargée de trois coquilles d^argent (sceau 130Gj aliàs ;
if or au chef d'azur, Dbvisr : Pensez v ce que vous voudrez. PI. 11, fiff. 1(r. 11,
lï, ts.
{%\ D« U Bord«ri«, Courg d'hUiairê d$ Bretagne, 1893, p. 1b.
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396 REVUE DE BRETAGNE
que dix Bretons se battraient contre dix Allemands. A la tôle
des premiers était le chevalier de Trémigon « qui vite estoit
comme un lévrier ». Il eut bientôt déconflst son Allemand, la
victoire resta aux Bretons. [Actes de Bretagne, II* vol. p. 133.)
En 1380 Jean défendit le ch&teau de Sussinio contre les Espa-
gnols.
Envoyé par le due au secours de son cousin germain Louis,
comte de Flandre^ que ses sujets rebelles avaient chassé de ses
états, il prit part à la guerre de Flandre en id82.
Jeanne de Dol vivait encore en 1386 car les registres des causes
au Parlement de Bretagne (ont mention, à la date du 14 mai
1380 et jours suivants, d'un procès qu'elle eut à soutenir avec
son flls Jehan de Malestroit eu cause d'appeaux (appels) et ajour-
nements contre le sire et la dame de Malestroit (1).
• De son épouse Marguerite deQuintin(2), Jean VI de Malestroit
Chateaugiron avait eu six enfants trois fils et trois filles : Jean de
Chateaugiron qui fut seigneur de Combour, Geflroi de Chateau-
giron, aussi seigneur de Combour, Ouillaume qui prenait le nom
de Malestroit, évôquede Nantes (3). En 1443, après la mort de son
oncle Jean de Chateaugiron, chancelier de Bretagne, Guillaume
se démit en faveur de son neveu Amaury d'Acigné et devint ar-
chevêque de Thessalonia en 1462.
Catherine de Malestroit, femme de Jean IV d'Acigné, mère de
Jean V d'Acigné et d'Amaury évoque de Nantes, dont nous ve-
nons* de parler.
(1) Dom Iforice. Pr. il, p. 512, S13, 514, 519/
(2] Marguerite de Qaîntin (ramage de Penihièvre) avait pour armée; (fargeni
au chef de gueules, qui est Awiugour,\birisé cTun lambel à trois pendants fVor
(Sceau 1878).
De cette maieou, Geoffroi, dit Botherel, sire de Quintin, croité en 1248 rapport,
de Terre-Sainte, tuÎTant la tradition, un morceau de la ceinture de la Vierge
précieusement consenré à Téglise de Notre-Dame de Qaintin et prit i*habit de
cordeiier an couvent de Dinan. PI, 12^ fig, 14.
(3) Â la fin de Tannée 1461, Guillaume de Malestfoit, après Tépiscopat le plus
orageux, te démit de son évéché en faveur d'Am&uri d'Acigné son neveu. Â p«ine
installé, Amauri refusa de prêter hommage au duc pour son fief tempord..
François U saisit ce temporel et expulsa Tévéque ; qui se retira à Angers et Qt
appel au roi Louis XI.
D*après M. de la fiorderie, c'est Isabeau de Montauban, fille de OuiUaame de
Montauban, seigneur de Montauban et de Landal, et de Bonne de Viicomié,
épouse de Tristan du Perier, comte de Quintin, vers 1450 ou 1451» qui donna k U
collégiale de Quintin un morceau de la ceinture de ia Vierge proyenant de Ia
ceinture conservée au Puy-Notre-Dame en Anjou.
La ceinture de la Vierge conservée à Quintin, par A. de la Borderie (i ^W).
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COMBOUR ET SES SE1G!YEURS
Jacqoette de Malestroit, qui épousa Guy de Saint-Amadoor,
seigneur de Tizét écuyer de rhôtel du comte de Richeinont en
1424, Jeanne épouse du seigneur de Sévigné.
JEAN VU DE CHATEAUQIRON
13* Sbiqneur ob Gombour
1307 A 1415.
Messire Jean de Chateaugiron, flls aîné de Jean VI et de Mar-
guerite de Quintin, devint seigneur de Gombour à la mort de son
père, en 1397, sons la tutelle et garde de sa mère, en date du
4 mai de la même année.
I^ duc Jean IV donne, en cette lettre, main-levée pour la terre
de Gombour sur laquelle il pensait avoir rachat, parce qu*6n 1237,
Jean 1", Le Roux, duc de Bretagne avait confirmé Taocord fait
entre son père le duc Pierre I*' et André de Vitré, d'après lequel
les terres du seigneur de Vitré et des seigneurs de Gombour et
d'Acigné seraient exemptes de bail et de rachat.
Jean VII de Chateaugiron, aliàs de Malestroit, suivit le conné-
table de Richemont en France et combattit sous ses ordres ; il
s'empara de Saint-Gloud sur les Bourguignons et cette ville fut
confiée à sa garde par le comte d'Armagnac.
Maître de Paris^ le duc de Bourgogne assiégea Saint-Cloud et
le sire de Gombour fut fait prisonnier avec tous ses Bretons.
A rappel du roi de France/ le duc de Bretagne réunit sur les
marches de Fougères et de Dol, douze à quinze cents hommes
pour les opposer à Henri V, roi d'Angleterre, qui venait de mettre
le siège devant Harfleur.
Jean de Gombour, à la tôte d'une compagnie de quatre cents
hommes, périt à la bataille d'Azincourt (25 octobre 1415), ayant
devancé le gros de Tarmée bretonne avec le comte de Richemont,
qui fut fait prisonnier.
Jean de Ghateaugiron-Malestroit n'avait eu qu'un flls mort au
berceau.
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298 REVUE DE BRETAGNE
GEOPPROl DECHATEAUGIRON,
l
14* Seigneur de Gombour
1415 A 1463
Echuppé au désastre d'Azincourt, Geoffroi de Ghateaugiron
aliâs de Malestroit succéda à son frère de 1415 à 1463.
11 suivit très jeune la carrière des armes et assista au siège de
Baint-Malo par Lancastre en 1376 avec Hervé de Malestroit, sire
d'Uzel et Jean Rriguenel» vicomte de la Bellière. Il fit la campagne
de Flandre en 1382 et prit part aux victoires de Gommines et de
HosbecquB.
Il se rendit aux Etats qui eurent lieu à Rennes en 1386 et
assista à ceux du 9 septembre 1398, dans lesquels Tévèque de
Rennes eut la première place à la droite du duc jusqu'à l'arrivée
de révêqae de Doi à qui le duc la donna. Le premier entre les
barons fut le sire de Ghateaubriant qui fut placé à la gauche
du duc^ maison sait que ce rang ne préjudiciait en rien aux
droits dti chacun (1).
Lésina do Combour était présent quand le duc Jean V, slors
âgé de seize ans, déclara, le 14 janvier 1404, en présence des
évoques de Bretagne, de ses barons et de son conseil, qu'il dé-
chargeait le sire de Laval de sa curatelle (2).
Capitaine de Rennes en 1420, Geoffroy de Ghateaugiron prête
serment entre les nobles pour la délivrance du duc et assiège
les Penlhièvre dans Chàsteauceaux où Be. trand de Ghateau-
briant, maréchal de Bretagne, partageait la captivité de Jean V,
traîtreusement arrêté par les Penthièvre.
Ea 1422, il fit partie de Texpédition des Malouins contre les
Anglais qui assiégeaient le Mont-Saint-Michel et dans laquelle
la (lotie malouine inflgea à ceux-ci un sangiant échec.
Deux ans après^ prisonnier à la bataille de Verneuil perdue
contre les Anglais par Gharles VII, il fut témoin du honteux
traité qui livrait la Bretagne aux Anglais.
En 1434 les Anglais s'étaient cantonnés dans l'abbaye de Sa-
(1) D. LobiDeau, HUt, de Bretagne, 1, p. 4^4-496. *
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GOMBOUR ET SES SBIGNEUI^S 399
vigDé d*où ils ne sortaient que pour ravager Tes environs.
L'évoque de Saint-Brieuc, désireux de réprimer leurs incursions
en Bretagne» avertit les capitaines de la Hoche-Montbourcher
en Guguen, ceux de Combour et de Landal afln qu'ils eussent à
se tenir sur leurs gardes. Mais les Anglais ne déguerpirent qu*en
eonsidération des présents que leur fit le Duc.
Le sire de Combour était parmi les seigneurs qui formaient la
Cour de François I*' à Ploermel au moment de son couronne-
ment, aussi assista-t-il le 8 décembre i442 à la cérémonie de ce
couronnement, à Rennes^ où ce prince fat armé chevalier par le
connétable de Richemont en mAme temps que ses deux frères
Pierre et Gilles.
Aux Etats qui furent tenus à Redon en 1440, peu après l'arres-
tation de Gilles de Bretagne, quelques seigneurs, le sire de
Combour en tôte, se joignirent au connétable de Richemont,
mais inutilement, pour défendre Gilles de Bretagne, protestant
que le duc ne pouvait condamner son frère sans l'entendre,
quelques fussent les crimes qu'on lui reprochait (1).
Au mois d'octobre 1449 Geoffroi était au siège de Fougères
dont la prise par les Anglais avait peut-ôtre causé la mort du
pauvre Gilles de Bretagne (25 avril 1449).
La prise de Fougères par Tarmée bretonne délivra au moins
la Normandie des Anglais (2).
Nous avons vu plus haut que Combour fut pillé et deux fois
brûlé au XIII' siècle ; aussi le ch&teau, qui dans son ensemble,
annonce une reconstruction ou tout au moins une restauration
du XV', (les créneaux rajoutés à la tour du Maure, sont bien de .
cette époque), parait avoir été relevé ou du moins restauré dans
quelqueâ-unes de sps parties par Geoffroi de Chateaugiron.
Il avait épousé Valence de Chateaugiron, fille d'Armel de
Ch&ieaugiron et de Jeanne de Rougé, dame de Derval, qui avait
succédé à son frère Patri dans toutes ses seigneuries.
Valence mourut en 1485 et fut inhumée dans l'église du pripuré
de Sdinte-Croix de Chateaugiron. On y lisait son épitaphe ainsi
conçue :
« Cy gist haulte et puissante dame M"' Valence de Cha'^teau-
giroo,damede Derval, de Combour, deChasteaugiron^de Rougé,
(1) D. Lobineau, HisU de Bret., I, p. 628.
{l) De la Borderle, Cours cThist, de Bret., p. U6.
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300 REYCE DE BRETAGNE
de Saint-Mars de la Pile et vicomtesse de la Guerche enTouraine,
qui trespassa le VHP jour de septembre Tan MCCCCXXXV. »
Geoffroi de Chaleaiigiron, sire de Gombour, mourut le 15 no-
vembre 1463 et fut "inhumé en Téglise de Derval.
Voici rinscription de sa sépulture :
« Cy gist hault et puissant messire Geoffroy, sire de Gombour,
de Ghasteaugir,on et d'Amanlis, qui décéda le XV* jour de no-
vembre l'an dp grâce MGGGGLXIII. Priez Dieu pour luy. »
Il laissait un fils et deux filles : Jean, Gilette et Marguerite. Les
deux premiers devinrent seigneur et dame de Gombour, Gilette
ayant Succédé à son frère mort sans enfants dans la seigneurie
de Gombour. Quant à Marguerite de Malestroit leur sœur, dame
de Pestivien et de la Muce qui vivait encore en 1474, elle fut
mariée en premières noces avec noble et puissant messire Jean
de Penhoet^ chevalier, seigneur de Penhoet, de la Marche et de
la Boissière comme il est prouvé par un partage, du 6 juillet 1444
entre elle et ses frère et sœur Jean et Gilette dits de Derval, de
la succession de leur défunte, mère Valence de Chateaugiron,
décédée en 1435^ du vivant de leur père. En secondes noces,
Marguerite épousa Jean Blocet, seigneur de Saint-Pierre de
Garrouge (1).
Geffroi de Malestroit-Ghateaugiron avait fini par prendre en
aversion ses deux filles Gilette et Marguerite et dans le but unique
de les frustrer de son héritage, au cas où son fils mourrait sans
enfants, il s'était remarié avec une servante Olive Guerrier dont
il eut trois garçons Jean, Georges et Jacques, qui eurent seule-
ment trois cents livres de rentes en terre pour tout droit d'héritage, i
JEAN VIII DE MALESTROIT CHATEAUGIRON
15* Sbignbur DB Gombour
i4(»-1482.
, Jean VIII de Malestroit Chateaugiron dit de Derval, parce qu'il
prit ce nom de sa mère^ fut le quinzième seigneur de Gombour,
à la mort de son père en 1463.
Sur le point d'ouvrir les Etats à Vannes le 1§ mai 1451^ le duc
(1) Oa Pax. p. S20.
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C0M60UR ET SBS SEIGNEURS 30t
Pierre n trouvant que le nombre des anciennes baronnies avait
diminué^ soit par suite de la réunion de quelques-unes d'entre
elles au domaine, soit parce que certains seigneurs en tpnaient
plusieurs à la fois, résolut d*en créer trois nouvelles.
La seigneurie de Derval, ancienne bannière, fut érigée en ba-
ronnie en faveur de Jean, sire de Derval et de Ghateaugiron,
grand chambellan de Bretagne, âls du sire de Gombour, (son
père vivait encore à cette époque).
Malestroit devint baronnie en faveur de Jean Raguenel, sire
de Malestroit et de l'Argouet, et Qu'ntin en faveur de Tristan sei-
gneur de Quintin.
Digne héritier de la valeur de ses pères, Jean de Ghateaugiron
accompagna le roi Charles VII et le duc François 1*' dans la con-
quête de la Normandie sur les Anglais en 1448, Tannée suivante
il était au siège de Fougères.
Il épousa Hélène fille du comte de^Laval et de la princesse
Isabeau,fllle atnée du duc Jean V et de Jeanne de France, fille du
roi Charles IV. Us étaient parents par Jeanne de Dol dame de
Combour, celle-ci ayant épousé en premières noces Jean de Tin-
téniac d*où descendaient les Laval et en secondes noces Jean V
de Ghateaugiron d*où descendait Jean de Malestroit Ghateaugi-
ron dit de Derval.
Lel5janvier 1450, dit Ogée, fut passé le contrat de mariage
entre Jean sire de Derval et de Ghateaugiron, grand chambellan
de Bretagne et Hélène fille du comte de Laval et de la princesse
Isabeau, fille aîoée du duc de Bretagne Jean V.
c Cette dame fit son entrée à Ghateaugiron le 28 mai 1467 en-
tourée et suivie de nombreuses dames et seigneurs en un so-
lennel et pompeux appareil.
« Elle était accompagnée du seigneur du Plessis-Balisson et de
cent dix-neuf chevaliers ou écuyers.
« Tous les habitants du lieu et des paroisses voisines dépen-
dantes de la môme seigneurie, allèrent processionnellement
avec leur clergé la recevoir jusqu'à Saint-Thomas.
« Elle était vôtue d'une robe de velours cramoisi fourrée d'her-
mines et montée sur une haquenée blanche enharnacbée des
même couleurs, un gentilhomme à pied portait la queue de sa
robe ; elle était suivie de Marguerite de Derval sa belle sœur et
de cinq autres damoiselles montées sur des chevaux blancs,
dont trois avaient un harnois de velours cramoisi et les autres
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/
302 . REVUE DE BRETAGNE
d'écarlate. Venaient ensuite neuf autres damoiselles dans on
charriot travaillé avec beaucoup d'art, traîné par six chevaux,
décoré des armes de^hateaugiron et de Laval et couvert d'un
velours cramoisi.
« Quand cette belle ôompagnie fut arrivée à Saint-Thomas, le
seigneur de la Ghateignerais et de Benazé prit la bride du cheval
d^ la dame de Chateaugiron, qu'il conduisit la tête nue, sans
bottes ni éperons, par la grande rue, depuis Saint-Thomas jus-
qu'à l'église paroisbiale de Sainte-Croix où elle entra pour faire
sa prière. On la conduisit ensuite au prieuré de Téglise où elle
dîna.
« A ['instant où elle allait se mettre à table, les bourgeois de la
ville lui' présentèrent deux bassins d'argent avec leurs cou-
vercles et une coupe d'argent doré du poids de quatre marcs.
« Guillaume de Sévigné servit de maître d'hôtel et Barnabe
Giffard d'échanson ; les riîes par où elle passa se trouvèrent ten-
dues de très belles tapisseries que les habitants avaient fait venir
de Rennes et d'ailleurs.
« Cette dame passa huit jours à Chaleaugiron où l'on mit tout
en usage pour lui procurer toutes sortes de divertissements. »
■ Le sire de Combour et sa femme n'eurent point d'enfants, et
cett^ seigneurie passa alors aux Raguenel par le mariage de
Gilette de Malestroit-Chateaugiron, sœur de Jean VIII avec Jean
Raguenel.
Jean de Ghateaugiron mourut à son château de Chateaugiron
le 31 mai 1482 et sa femme en 1500.
Elle fut alors réunie à son mari qui avait été enterré à l'ab-
baye «ie la Vieuville, comblée de tous les dons des seigneurs de
Combour.
On lisait sur leur tombeau:* Cy gis<»nt Mgr Jehan, sire de
DervaK de Combour, de Chateaugiron de Rougé et de Puugeray,
qui trH»sp8ssa le dernier jour du mois de may l'an de grâce
MCncCLXXXII et Madame Hélène sa compagne, fille du comte
de Laval et de M.ontfort et de hault^^ et puissante pincessie Isa-
beaui aisnée et seule fille de Jean par la grâce de D eu duc de
Bretagne et de Jeanne, fille de Charles par la grâce de Dieu Roy
de France VI* de ce nom, laquelle trespa^sa le tiers du mois de
Décembre, l'and^ giâce MCCCCC.
C'est à Jean VIII de Chnleaugiron que Pierre Le Baud, cha-
noine de la Madeleine de Vitré, présenta sa première histoire de
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GOMBOtJR ET SES SEIGNEURS SOS
Bretagne en 1480. Les Bénédictins ont donné dans leur histoire
une fort belle gravure représentant ce fait et dans laquelle on
voit Jean VIII de Ghateaugiron, Hélène de Laval son épouse,
Gilette et Marguerite de Ghateaugiron ses sœurs (1)«
GILETTE DE MALESTROIT-GHATEAUGIRON,
DITE DE DKRVAL,
16* Skiqnkur
1482
A la mort de Jean de Ghateaugiron, sire de Derval, sa sœur
Gilette lui succéda et devint dame de Gombour en 1482.
Elle était veuve de Messire Jean Raguenel, dit de Malestroit
(en faveur duquel cette bannière fut érigée en baronnie en 1451),
qui devint vicomte de la Bellière et fut maréchal de Bretagne.
Loi-môme en 1430 avait succédé à son frère aîné Jean» mort
sans enfants., qui portait le môme prénom que lui et duquel il
recueillit la vicomte de la Bellière et les seigneuries du Ghastel
Oger, de Beaumont, de Gramon, etc.
Jean Raguenel, quatrième du nom, était flis de Jean Rague-
nel, vicomte de la B llière et de Jeanne de Malestroit G'est d'elle
que lui venait la seigneurie de Malestroit dont il fut premier
baron en 1451, c'est d'elle aussi qu*il recueillit la seigneurie de
TArgouet en 1470.
D*autre pari, Jean Raguenel ne fut point seigneur de Gombour
sa femme n'étant devenue dame de Gombour qu*après la mort
de celui-ci en 1482, et lors môme qu'elle en aurait joui avant la
mort de son mari, celui-ci n'élantpas personnellement seigneur
de Gombour ne doit pas ôtre compté dans la série seigneuriale,
Il prenait le titre de sire de Malestroit, du vivant de sa mère
et fut môle à tous les événements importants de son temps; il
assista agi couronnement de plusieurs de nos ducs.
Enl425,il accompagnaàGhinonoù se trouvait alors GharlesVII^
Arthur de Bretagne, comte de Richemont, qui fut créé conné-
(1) LftTal : d'où Hélène époute de Jean de Ghateaugiron, sire de DerTal en 1450
porta : ^or à la croix de gueules cantonnée de seize alertons d*azur qui est
Montmot-ency, la croix chargée de cinq eoquilleê d^argent^ PL II, fig. IS.
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304 REVUE DE BRETAGNE
table de France. Au mois de septembre 1426 il suivit à Saumur
le duc Jean V qui s'alliait au roi contre les Anglais ; Tannée sui-
vante il prenait part au traité signé avec le duc de Bethfort en
Normandie*
Il assista au couronnement de François II à Rennes (1442), prit
part à la conquête de Normandie (1448) et & la prise de Fougères
sur les Anglais Tannée suivante. En 1450/ il était à Rennes au
couronnement de Pierre II, aux Etats de Vannes du 22 mai 1451
le duc le faisait, comme nous l'avons dit, bardn de Malestroit, il
en fit un chevalier de Thermine en 1453.
Jean Raguenel, baron de Malestroit, était encore aux Etats de
1455 à Toccasion du mariage des nièces de Pierre II, Marguerite
de Bretagne avec le comte d'Btampes et Marie avec Jean de
Rohan.
Le couronnement du duc Arthur III le rappela à Rennes en
1457 ; enfin il accompagna à Montbazon François II allant faire
hommage au Roi.
Jean Raguenel perdit en 1470 sa mère^ Jeanne de Malestroit,
qui mourut dans un &ge très avancé, lui-môme mourut la veille
deNo5ll471:
De sa femme, Oilette de Derval, dame de Chateaugiron, il avait
eu deux filles : Françoise, mariée en 1461 à Jean, sire de Rieux,
baron d'Ancenis, maréchal de Bretagne, et Jeanne, sa pulaée,
dite de Malestroit^ dame de Gombour, qui épousa Tanguy du
Chastel en 1462.
Jean de Rieux, époux de Françoise Raguenel, dite de Males-
troit, était, d'après d'Argentré, un homme avisé, vigilant, indus-
trieux et grand capitaine, impossible d'y contredire, mais n'eut-
îl pas le tort impardonnable « de se mettre en révolte ouverte
contra sa souveraine et de commettre le crime épouvantable
d'infliger à la Bretagne dix-huit mois de guerre civile, lui enle-
vant ainsi la moitié de ses forces contre Tinvasion étrangère I (1).
Il fat capitaine de Rennes, lieutenant général des armées du
duc tn 1472, c'est lui qui commandait Tavant-garde de Tarmée
bretonne à la journée de Saint-Aubin-du-Gormier, le 28 juillet
i4S8, et en sauva les débris à Dinan.
François II par son testament Tavait désigné pour tuteur de
U duchesse Anne avec le comte de Gomminges pour coadjuteur
(1) ïtà la Borderie, Cours (Thistaire de Bretagne, p. 2&8, année 1892-18.
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. COMBOCR BT SES SBIONBURS 30»
et Françoise de Dinan, dame de Chateaubriand pour gouvernante.
La duchesse Marguerite avait légué en 1409 son collier d'or à
Françoise de Raguenel, épouse du Maréchal de Rieux (1).
JEANNE RAGUENEL DITE DE MALE8TR0IT.
Jeanne de Malestroit Raguenel, flUe puînée de Jean Raguenel
sirede Malestroit et de Gilette deDerval, devintdame de Gombour
i la mort de sa mère.
Elle épousa en 1462 messire Tanguy du Ghastel seigneur de
Renac capitaine de la ville et du Ghastel de Nantes, neveu du
célèbre prévôt de Paris.
Dès le temps de Gharles VII, le duc avait tenté de s'attacher
Tanguy et de l'attirer à son service. Gelui-ci finit par y consentir,
mais voulut auparavant aller prendre congé du roi à Mehun, il
0) Raguenel, Ticomte de la Bellière, paroisse de Pleudihen, baron de Males-
troit 1451, tire de Chateaugiron de Derral, de Rongé portait ; Ecartelé cTarçent
et de sable au lambel de Vun #n Vautre. PI. II. fig. 16.
La famille Raguenel substituée au XV* siècle aux nom et armes de Malestroit
par alliance a^ec Théritière de cette terre a. fini à Françoise, dame de Malestroit-
Cliat«augiron et DerTal, mariée en 1461 à Jean de Kieux, maréchal de Bretagne
et à Jeanne sa soeur, dame de la 9ellière et de Combour, mariée en 136t, àTangui
du Ghastel. Robin Raguenel Tun des héros du Combat des Trente, épousa Jeanne
de Dinao, dame de la Beliière de qui leur Tenait cette terre, d'où : 1^ Guillaume,
époux de Jeanne de Montfort, tué à la bataille d'Auray en 1364 ; et 2* Tiphaine
Ragnenel, première femme de Bertrand du Quetclin.
GiUes Ragoenel, abbé duTronchet, près de Combour en 1437 (*),Hieux, baron
d*Ânc«nis, comte de Chateauneuf^ Ticomte de Donges, baron de Lavai, Vitré et
Montfori-la-Ganne, comte de TArgouet, baron de la Roche-Bernard et de Denral,
marquis d'Assérac, 1474.
D'azitr à neuf, alias dix besans d*or 3. 3. 3. i. ou 4. 3. 2. i. sceau de 1351 .
13BT18B : A tout heurt bellier, à tout heurt Rieux, et aussi : Tout un.
Cette illustre maison alliée à celle de Bretagne Penthièvre, Léon, Machecoui,
Amboise, Clisson, Rochefort, Montauban, Uarcourt, Hohan, Lorraine, Montmo-
rency et Bourbon remonte à Alain qui accompagnait le duc Gonan II au siège de
Combour en 1065 PI. II, fig, i7,
Jean de Rieux maréchal de Bretagne aTait épousé en premières noces Françoise
de Raguenel ; 2<* Glamde de Maillé le 14 juin 1485 et 3* Isabelle de Brosse dite de
Bretagne comtesse de PenthièTre.
Du Chastel, Ticomte de la Beliière, seigneur de Renac porte : Fascé d'or et de
gueules de sic pièces. Obtisb : Tu Tiendras à bien et Taillance du Ghastel, Alias :
Mar car Doué, s'il plaît à Dieu. PI. 12, fig. i8. \
La branche aînée s'est fondue dans la maison de Rieux et a passé aux Gossé-
Brissac.
(^ Potier de Courcy, Armoriai de Bretagne.
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90é REVUE DE BRETAGNE
trouva le zoonarque malade et le voyant abandonoé de tous,
resta près de lui jusqu'à sa mort; il avança môme plus de
cinquante mille /rancs pour son enterrement, 1461. Puis il revint
offrir ses services au duc qui lui donna par reconnaissance la
charge de grand maître d*hôtel et le maria avec Jeanne Raguenel,
seconde fille du maréchal de Malestroit. Il lui donna en outre la
seigneurie du Bois-Raoul et celle de Renac, diocèse de Vannes,
avec permission d-y bâtir un ch&teau, de lever le guet sur ses
sujets et de porter ses armes en bannière le créant banneret
comme ses aînés du Chastel (1).
Politique habile et expérimenté, Tanguy rendit de grands ser-
vices au duc, il le guida dans la*ligue du Bien public et en 1464
le Duc ayant convoqué les Etats à Dinan, emmena avec lui
Tanguy du Chastel.
Comme ce dernier était homme de bon sens et voyait plus loin
que les autres, il fit tout son possible pour dissuader François II
d'accompagner en Normandie le nouveau duc Charles de Valois,
frère de Louis XI (1464J. Mais ses sages avis ne furent pas
écoutés, les ennemis de Tanguy l'ayant desservi dans Tespritdu
Duc. Voyant qu'il perdait sa faveur et ne pouvant supporter les
intriguesetlaconduitedérégléedeladamedeVillequier,toute puis-
sante auprès de François II, il forma le projet de se retirer f 1405).-
Pour y parvenir, Tanguy se fit écrire par sa f^mme qu'elle
était malade et désirait le voir. Muni de cette lettre, il pria le
chancelier Rouville de lui obtenir son congé du Duc. Celui-ci,
envieux de Tanguy, s'y employa d'autant mieux et l'obtint.
Tanguy se retira alors en Bretagne 1468. De là, il écrivit au Duc
pour Tavertir des dangers qui le menaçaient, s'il se rendait en
Normandie. Bien que ces avis partissent d'un cœur fidèle, on les
Qégltgea.
Tangui entra alors au service du Roi, mais Texpérience qu'il
avait acquise à ses dépens du peu de fonds qu'il faut faire de la
faveur des princes, fil qu'il s'assura, avec l'agrément du Roi, du
gouvernement de Roussillon et de la Cerdagne, pour le cas où la
faveur du roi venant à lui manquer, il serait forcé de quitter la
cour de France. Dans ce but, il conclut avec Antoine de Chateau-
Qf uf , seigneur du Lau un.tralté qui fut signé aux Montilsprès de
Tours le 2^ décembre 1471.
(1) D. LobittMUv p. 614.
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS 307
En 1472, Tang députa vers le Duc qui se trouvait à Redon,
Pierre Boyer, conseiller du roi, lieutenant général de la Touraine
l6 chargeant de faire en son riom plusieurs densandes au Duc.
Il priait le Duc de lui rendre sa fille mineure, Gilonne du Chastel
laquelle était détenue par ordre de François II, ch^z le sire de
Rieuz, beau-frère de Tangui, de le laisser jouir du vicomte de la
Bellière et de lui en faire restituer les arrérages, de souffrir que
le sire de Rieux et Françoise de Malestroit, épouse de celui-ci, Ipi
donnassent ce qui lui revenait de la succession du feuNsire de
Malestroit, père de leurs femmes. Il demandait enfin au duc de
permettre que Soyer lui rendit hommage à sa place pour ses
terres de Bretagne puisqu'il ne le pouvait faire lui-même^ retenu
quM était par le service du Roi.
Quelques années après la réconciliation amenée entre Louis XI
et François II par le traité de Senlis (1475), fit que Tangui se
rossentit un des premiers de cette amnistie. Le Duc lui accorda
le 3 janvier main-levée de tous ses biens qui avaient été saisis,
et donna la garde de Gilette ou Gilonne, fille aînée de Tangui à
Jean de Malestroit, seigneur de Dervah frère de Gilette de Derval
dame de Gombour et de Ghateaugiron belle-mère de Tangui
(1476).
Toute sa vie, Tangui fut un modèle de conduite, de sagesse, de
prudence en môme temps que de fermeté, mais ces éminentes
qualités ne brillèrent jamais en lui d*un plus vif éclat que dans
le gouvernement du Roussillon dont la population turbulente et
flère était des p us difficiles à gouverner.
Les hautes charges et les grandes dignités dont il avait été re-
vêtu (Louis XI l'avait fait chnvHlier de s» s ordres), ne Tavai^ nt
pas enrichi; il mourut relativement pauvre, des suites d'une
blessure produite par un coup de couleuvrine qu'il reçut cluprès
du Roi au siège de Bouchain.
Peu de temps avant sa mort, Jean VIII, frère de sa belle-mère
Gillette de Derval, donna à Tangui et à ses descendants, sans
doute dans le but de réparer les torts de son père, la baronnie
de Derval. à condition qu'ils prendraient le nom de Derval
(28 août 1477).
Dans son testament daté du 29 mai 1477, Tangui suppliait le
Roi de marier sa fille cadette Jeanne, de laisser marier l'aloée
Gilette par ses amis et de permettre à &a femme de disposer de
la troisième.
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308 REVUE DE BRETAGNE
II priait le Roi d'acquitter ses dettes n'en ayant pas, disait-il,
qQ*il n'but contractée pour son service, lui demandant pardon
de ses négligences ou de ses contradictions car : « folie le lui
faisait faire plus que malice. »
François 11 voulut bien oublier que Tangui du Ghastel avait
quitté son service pour celui du Roy, il accorda à sa veuve le
rachat échu par sa mort, mais la Gbancellerie réduisit ce don de
moUié,
Gilette de Ghateaugiron épouse de Jean Raguenel, n'étant de-
venue dame de Gombour qu'après la mort de son frère Jean en
148S, Jeanne Raguenel, sa fille, ne fut dame de Gombour qu'à la
mort de sa mère (1500 environ), en sorte que Tangui du Ghastel
mort en 1471 ne peut être compté parmi les seigneurs de Uom-
bour, ne Tayiint pas été môme du chef de sa femme.
(A suivre).
Paul db la Bignb.
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REVUES BRETOiNNES
L'HsRMiNK : 18* ann. Mensuel. 1 an 12 fr. Union postale 15 Ir.
Le numéro 1 fr. 25. Les abonnements partent du 20 octobre.
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Les ÂrrifALES de Bretagne : 22* ann. Trimestriel. 1 an 10 fr.
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Rennes. Rédacteur: G. Dottin, 37, rue de Fougères, Rennes.
Le Clocher Breton : 14* an^ Mensuel. 1 an 5 fr. 50. Directeurs :
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taine, Lorient.
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logie DU DIOCESE DE OuiMPBR ET DE LÉON: 6* anu. Tous les deux
mois. 1 an 5 fr. Ouimper.
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tagne, 2 fr. 50 pour le reste de la France. Bulletin d*études et d'ac-
tion sociales. Rennes. 30, rue Hoche.
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teur : Jules Haize, rue Jacques Cartier, Saint-Servan.
Le Pats d'Arvor : 2« année, 1 an, 5 fr. Directeur -. Jacques Pohier,
à Ancenis (Loire-Inférieure). Administration et Bureaux, 25, Haute
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t an, 10 fr. N®, 1 fr. - - Directeur ; M. de Beaure paire-Froment
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Revue du BAS-Porrou, 20* année, trimestrielle ; 1 an : 8 fr.
N* 2 fr. 50. — D' M. René Vallette, à Fontenaj-le-Comte.
L'ANJOU HISTORIQUE- — 7* ann. tous les 2 mois. 1 an : 6 fr. D'
M. Tabbé Uzureau, aumônier, à Angers. Edil' : M. Siraudeau
4, Chaussée Saint-Pierre, Angers.
Revue des Traditions populaires. 22* ann. mens. 1 an, 15 li .
N» 1 fr. 50. Direct. M. Paul Sébillot, K), boulev. St-Marcel, Paris.
La Revue Bleue, 15, rue des Saints-Pères. Paris.
La Vendée historique. — (Revue de la Vendée militaire). Tous
les quinze jours ; 11* année. — Edit. sur papier fort, 6 fr. 50 ; édit.
ord. 5 fr. — D^ Henri Bourgeois, à Luçon (Vendée).
Revue de l'Anjou, 57* année, 12 fr. par an. — Librairie Germain
et Grassin, Angers.
La Revue Héraldique, fondée en 1862. Mensuel, Directeur
Y** de MazièreS'Mauléon. Bureaux : 8 rue Daumier, Paris
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4* Série. — 7* Année
JUIN 1908. Tome XXXIX
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REVUE
de Bretagne
REVUE 4^ REVUE
é€ Bretagne et de Vendée ^ TtUtorique de fOueet
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C* René dm LAÏQUE, Hédéetmw m <M .
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ptiçes dw Lic€s, Vannes. ^
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SOMMAIRE
L — Combour et ses Seigneurs (suite). — Paul de la Bignb. 293
IL ^ Mélanges historiques (suile). — . X. La Prise de Dol par
Olav de Not:wège. — XI. Le Mariage d Alain III. — XII.
Alain HI et Budric de Nantes. — M^* Ch. de la Lande
DE Calan 309
UL — Les Deux Saisons. — Jos Parebr 315
IV. ^ AUenials des Penlhiêvre contre le due Jean V {ÎU20-1U22).
— J. Trévédt 318
V, — Paroisse Saint- Pierre en Saint-Georges. — J. Coupel. . 326
VL — Saint-Sêbastien-Burgos. "• CommAud^ni DE M allerây 330
VIL— Thérèse- Joseph Poullain-du- Parc.— 3. Coupel. . . . 339
VIIL — Bibliographie 343
JX. — Table semestrielle 345
CONDITIONS D'ABONNEMENT
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Etranger, — . . 15 —
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BahureK par Hedon, soit chez M. Lafolye, imprimeur à Vannes.
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Il sers rfndu compte de tout ouvrage dauieur Lteion ou inté-
ressant là Bretagne, dont un exemplaire aura été adressé au'Rédacieur
en chef de Im Revue.
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u
MÉLANGES HISTORIQUES
(Suite) (1)
X. — La Prisi db Dol par Olav dk Norwèqb.
Onfllaume, moine de Tabbaye de Jumièges, qui écrivit à la fin
du XI* siècle Thistoire des ducs de Normaudie, raconte que le
duc Richard H, en guerre avec Eudes, comte de Chartres, expé-
dia des députés de Tautre côté de la mer et appela à son secours
Olav, roi de Norvège, et Lacman, roi de Suède. Ceux-ci étant venus
débarquer sur les rivages de la Bretagne furent attaqués par les
Bretons ; mais comme ils avaient eu la précaution d'entourer leur
camp de fossés étroits et profonds dans lesquels la cavalerie
bretonne lancée inconsidérément à toute vitesse se précipita et
trouva la mort, ils remportèrent une victoire complète et mar-
chant sur Dol, s'en emparèrent, l'incendièrent, massacrèrent les
habitants et leur capitaine nommé Salomon ; puis ils reprirent
la mer et vinrent aborder à l'embouchure de la Seine.
Or, tous nos historiens bretons ont placé ces événements sous
le règne de notre duc Oeofroi. La raison en est probablement
qu'à leurs yeux Guillaume de Jumièges suit dans ses récits Tordre
chronologique; or, comme il raconte la prise de Dol avant le ma-
riage de Richard de Normandie et de Juiith de Bretagne, mariage
auquel assistait Geofroi frère de Judith, il s'ensuit que la prise
de Dol est antérieure à la mort de Geofroi.
Ce raisonnement pèche malheureusement par la base. Il n'y a
en effet aucune suite chronologique dans l'œuvre de Guillaume
de Jumièges. Avant de raconter la prise de Dol, il vient de parler
de la mort de Suénon, roi de Danemark (2 février 1014). Il n'y a
donc pas plus de raisons de supposer que la prise de Dol est
antérieure au mariage de Richard II que de la supposer posté-
rieure à la mort de Suénon.
(I) Voir la JUvu$ de mai 1908.
Juin i908 tZ
%
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310 RBVUB DE BRETAGNE
Or. comme l'a fait remarquer M. Pfister, dans son livre sur
Robert le Pieux, le débarquement des Scandinaves en Bretagne
est rattaché par l'historien normand à la guerre soutenue par
Richard de Normandie contre Eudes de Chartres^ guerre dans
laquelle celui-ci avait pour auxiliaire Galeran, qui ne devint sei-
gneur de Meulan qu'en 1013 ou 1014. De plus, nous savons par
Guillaume de Jumiëges que le roi Oiav se di baptiser à Rouen
après la fin de cette guerre, et, comme d'après les historiens
scandins^ves, ce fut la flotte d'Olav qui en février 1014 ramena le
roi Ethelred de Normandie en Angleterre, il est probable que
c'est à cette date que se place le baptême d'Olav.
On a objecté qu'Âubri de Troisfontaines place en 1005 la res-
tauration de Marmoutiers par Eudes de Chartres et par sa se-
conde femme ; on en a conclu qu'il était remarié à cette époque,
et comme, d'après Guillaume de Jumiëges^ le douaire de sa
première femme aurait été le sujet de sa querelle avec Richard
de Normandie, la querelle en ce cas aurait nécessairement été
antérieure à 1005. Il est évident, d'après ce que je viens de dire,
que cette conclusion est impossible. On peut admettre avec
M. Pfister que la date donnée par Âubri est inexacte, comme
beaucoup d'autres du même chroniqueur ; mais je ne vois pas, à
une époque où les litiges attendaient parfois très longtemps une
solution, pourquoi la guerre aurait éclaté aussitôt après la
mort de la première femme d'Eudes de Chartres.
Il me semble par conséquent que voici comment les événe-
ments ont dû se passer. Suénon de Danemark avait réduit Olav
de Norvège à une condition voisine de la vassalité et l'avait
obligé à l'accompagner lorsqu'il entreprit la conquête de l'Angle-
terre. Le pays une fois conquis, Olav dont les capacités pira-
tiques se trouvaient probablement sans emploi, dut répondre
avec empressement à l'appel de Richard de Normandie, cher-
chant des alliés contre Eudes de Chartres. La razzia qu'il exécuta
sur le pays de Dol fut probablement le résultat de l'hostilité que
lui montra une population au milieu de laquelle il vint débarquer
par erreur et qui, ne connaissant pas le but de sa venue en
France, le traita naturellement en ennemi (1). Ceci devait sr
passer en 1013.
(1) C*ett la ▼ersion de Guillaume de Jumièges, mais quand on considère Tal-
lian ce étroite avec les comtes de Chartres, qnî fit la base de la politique de
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MELANGES HISTORIQUES 311
Olav ne s*attardti donc pas en Bretagne et se dirigea vers la
Normandie. La paix ayant été conclue sur ces entrefaites^
Richard ne savait probablement comment se débarrasser de son
allié quand arriva la nouvelle de la mort'de Suénon. C'était pour
Olav une excellente occasion de se libérer du joug danois :
il songea aussitôt à mettre les chrétiens dans ses interdis, se fit
baptiser, offrit son appui au roi d'Angleterre Etheired, que
Suénon avait chassé d'Angleterre, contre leur ennemi commun,
Kanut, Sis et successeur du roi danois. Aussi ce fut sur la flotte
norvégienne qu'Bthelred rentra en Angleterre. Ainsi placé cet
épisode cadre beaucoup mieux, on le voit, avec les données du
Thistoire générale.
XI. — Lb Mariaob d'Alain III.
La Chronique de Quimperlé après avoir mentionné à la date de
1008 Tavènement d'Alain,ajoute « qu'il épousa Berte,fllle du comte
« Odoa de Chartres, par l'avis et le secours d* Alain, comte de
« Cornouaille, qui, bien que poursuivi par les Français, l'amena
« au duc par la force de son armée » ; ce qui fut cause que le duc
de Rennes rendit au comte de Uornouaille la succession de son
père que celui-ci avait perdue autrefois dans sa jeunesse.
Dans quelles conditions Berte fut-elle enlevée par Alain de
Ciornouaille ?
A la suite de la guerre faite par le comte de Rennes au comte
d'Anjou, probablement en Tannée 1028(1), répondent nos histo-
riens pour qui le comte de Gornouaille est le vassal fidèle du
comte de Rennes et combat dans son armée. Ces érudits n'ont pas
pris garde que la guerre menée par le comte de Rennes contre le
comte d'Anjou n'est qu'un épisode d'une coalition féodale formée
contre ce dernier et que Tannée môme où le comte du Mans et le
comte de Rennes assiégeaient le Lude et menaçaient TAnjou par
Gonan I «t d'Alain lU, on se demande li les auxiliaires du due de Normandie ont
réeUemeni agi sans mauTaise intention et 8*ils n*ont pas plutôt cherché à frap-
per des adversaires plus on moins déclarés de la cause qu'ils soutenaient.
(1) La Chronique d'Anjou place cette campagne en 1027 mais comme elle place
enlOt& le siège de Saumur qui^ d'après des documents plus exacts, làChrOnique
du Mont Saint'Michel\tds exemple^ eut lieu en 1026, je crois atec M* de la Borderie
que la date de 1028 est préférable.
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y
312 REVUE DE BRETAGNH
la vallée du Loir, le comte de Chartres et le roi de France assié-
geaient Amboise et menaçaient TÀnjou par la vallée tie la Lnire. Si
Alain dfi Cornouaille avait servi dans l'arméo d'Alain de Rennes,
allié desGharlrainsetdeaPrançais, on s'expliquerait diflicitemeat
pourquoi il aurait été enlever à la barbe de l'armée Française la
fille du comte de Chartres. Un pareil coup d'audace se comprend
aucontraire fort bien si Alain de Cornouaille servai t dans Tarmée
du comte d'Anjou, protecteur du comte de Nantes son beau-
frère. Dans cette hypothèse tout s'explique. Si Alain de Cor-
nouaille sert dans l'armée angevine parmi les ennemis du comte
de Rennes, c'est que celui-ci lui a enlevé ses domaines pater-
nels, comme le dit précisément la Chronique de Qinmperlé. Il
n'y a pas dès lors pour le CornouailUls du meilleur moyen de
rentrer en grâce près de son suzerain que de se saisir dune
jeune personne que celui-ci veut épouser et dR ne la rendre aux
siens que moyennant une compensation tf rrttoriale.
C'est bien ainsi que l'a entendu Le Baud ; mais J rompe par
quelque faute de copiste et lisant 1013 au lieu de 1031 la date
d'une charte du Ca^tulaire de Quimp^rlé^ il a rapporté à cette
guerre supposée entre Alain de Rennes et Alain de Cornouaille
la bataille de Locronan. L'erreur est certaine, mais ^llfi ne doit
pas nous faire révoquer en doute le fait des démôiéi* antérieurs
entre la dynastie de Rennes et la dynastie de Cornouaille Je dis
démêlés antérieurs, car si Alain de Renues donne en lOiô Balle-
Ile à Tabbaye de Redon comme si ceUe île lui appartenait
en propre, alors qu'Alain de CornouailU affirmait trois ans
après qu'elle faisait partie des biens qui lui venaient de la suc-
cession de sa mère, c'est qu'à cette date le comte de R nnns
avait déjà dépouillé et chassé de ses Etats (e comte de Cor-
nouaille (I).
Le maridge d'Alain III postérieur à la campagne de 102S, anté-
rieur à la fondation de l'abbaye de Quimperlé en 1029, se place
donc à la fin de 1028 ou au commencement de 1029, sans qu'il
soit possible de donner la préférence à l'une de ces diles.
Les bonnes relations ainsi rétablies entre les deux Alains ae
(f) AoUridure à 1026, la broaiUe deg deux Alain «at poâl^riéare à 10?1« dat«
àiâqueilê ili apposant tous deux leur signature au bas d'un â^cte de TëvAque d«
Vannas en faveur de l'abbaje de Hedon (Morice, Prtures, lame I, coU 36^}.
C«t a«U prouve de plus qu*Aldin ne de?int pat comte d« Comoua-iUe vvre lOiî»
«omma on le dit généralement, puisqu'il Téuii déjà en iQll*
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MELANGES HISTORIQUES 313
durèrent guère. En 1031 le comte de Cornouaille faisait une
donation à l'abbaye de Quimperlé pour remercier Dieu de la
▼ictoire qu'il venait de remporter dans la forôt de Nevet sut le
eomte de Rennes. Il faut donc placer cette victoire en 1030 ou
1031. La date de 1013 qne lui assigne Le Baud est certainement
erronée et provient d'une faute de lecture ou d'une faute de
calcul. La paix ne tarda pas d'ailleurs à être rétablie entre les
deux adversaires, car en 1032 Alain de Cornouaille signe à côté
d'Alain de Rennes la charte de fondation de l'abbaye de Saint-
Georges.
XIL — Alain III et Budiq db Nantis
Entre les comtes de Rennes et les comtes de Nantes l'hostilité
a existé pour ainsi dire à l'état chronique pendant tout le cours
des X* et XI* siècles^ Alain de Rennes et Budic de Nantes n'ont
pas manqué à cette règle commune, et la Chronique de Nantes
nous a laissé le lamentable tableau des ruines que leur rivalité
amoncela sur le pays nantais. Cette guerre aurait eu pour
origine la démolition du manoir épiscopalde Nantes, détruit par
le comte Budic pendant que l'évéque Gautier était allé faire un
pèlerinage à Jérusalem. A son retour, l'évéque se plaignit, le
comte de Sennes prit fait et cause pour lui, et le comte d'Anjou
de son eôté prêta main-forte au comte de Nantes. Malheureu-
sement nous ignorons la date du pèlerinage de Gautier et nous
ne pouvons fixer ainsi Képoque à laquelle commença la guerre.
Elle se serait terminée en 1033, disent nos historiens modernes,
Budic aurait cessé les hostilités à la suite du dommage, que lui
aurait cau^é le comte d'Anjou en construisant un château k
Saint-Florent, localité alors soumise à l'autorité du comte d«^
Nantes. Ce mauvais procédé lui aurait ouvert les yeux sur lu
faute qu'il avait commise en reconnaissant la suz raineté ange-
vine, et lui aurait prouvé que la suzeraineté rennaise ne lui
sera t pas plus désavantageuse. Or, j'admets très bien que la
construction du ch&teau de Sjint-Florent doive être placée aux
environs de l'année 1032, mais rien ne dit qu'elle soit anté-
rieqre à la réconciiialion de Budic et d'Alain. La Chronique
de Nantes nous dit simplernent que Tautorité de Budic fut
amoindrie d'un côté par Thostilité armée du comte de Rennes,
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314 REVUE DE BRETAGNE ,
de r&utre par les empiétements du comte d'Anjou. Celui-ci a
tout aussi bien pu faire construire le château de Saint-Flo-
rent après la réconciliation d'Alain et de Budic* dans l'inten-
tion de punir celui-ci d*aYoir abandonné sa cause. Nous savons
en effet qu'en 1032 .Alain et Budic étaient en bons rapports,
puisque ta signature de Budic figure au bas d'une donation
faits par Alain à l'abbaye du Mont Saint-Michel. Dira-t-on
que la brouille est postérieure à cette époque ? Mais alors corn*-
meni prétend-on faire tenir entre 1032 et 1033 le pèlerinage
de Tévêque Gautier, les ravages répétés du pays nantais par le
comte de Rennes, la construction de Saint-Florent, la réconci^
liation de Budic et d'Alain. Il me semble beaucoup plus nature^
de supposer que cette réconciliation est antérieure à 1032. Je dirai
plus. Budic de Nantes et Alain de Gornouaille étaient beauz-
frëres; Alain de Gornouaille était en 1028, comme je viens de le
montrer, l'allié du comte d'Anjou contre le comte de Rennes. Ne
serait-ce pas à cette môme date que Budic aurait pris le même
parti? Les deux beaux-frères ne se seraient-ils pas réconciliés en
même temps avec le comte de Rennes, c'est-à-dire à la fin de 1028
ou au commencement de 1029? Il me semble que c'est là la solu^
tioa la plus naturelle de ce petit problème historique.
(A suivre).
W^ Gh. de la Lande de Galan.
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DÉDIÉ AUX POMMIERS DE FOUESNANT
LES DEUX SAISONS
ENVOI
Voici des rers français qui chantent en breton.
L'air en est du pays sinon le dialecte,
Car, de Taccent natal où leur art se délecte»
Ils ont youla garder et la note et le ton.
Volez donc, ma chanson, du rai à la montagne ;
Allez Jusqu'à l'écho des pays étrangers,
Bt gardez le parftim et la voix des vergers
Pour parler aux Bretons du pays de Bretagne!
MAI
Mai, le plus sarant des fleuristes,
De semis éclatants émaille le gazon,
Et, dans le grand concert qui rouvre la saison.
Tous les oiseaux sont des choristes.
Marguerites et € boutons d'or »
Suivent la primevère ouverte la première ;
L'hirondelle conduit l'azur et la lumière ;
Le papillon prend son essor.
La mousse tisse ses peluches ;
Le pollen en volant féconde le pistil ;
L'abeille en bourdonnant butine le courtll ;
Une odeur de miel vient des ruches.
C'est joie aux champs, c'est fête aux bois !
C'est l'heure qui sourit à toute créature t
Cest le beau mois d*amour qui pare la nature
Bt chante avec toutes ses voix.
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316 REVUE DE BRETAGNE
Vous qui passez par la montagne
Quand son^ ciel désoUnt glace même nos cœurs,
£t qui vous en allez, ennuyés et moqueurs,
Disant : € J'ai tu votre Bretagne. »
Descendez la pente, étranger;
Là- bas oii le flot brille au bord des grèves blanches,
Oti lea clochers à jour se dressent dans les branches,
Venez en mai dans nos vergers.
Chez nous la terre est riche et grasse,
L'arbre y porte ses fleurs comme un noble blason,
Aussi fler que THermine, en sa blanche toison
Pleine de fraîcheur et de grâce.
Quand il y roucoule un ramier,
Qu'il est tout bruissant de l'essaim des abeilles
Et qu'il creuse le foin de ses larges corbeilles,
Rien n*est joli comme un pommier.
La tète au ciel les pieds dans l'herbe,
Gouvrant de majesté sqn domaine rural,
Bt portant simplement son sceptre pastoral,
C'est le roi d'un pays superbe.
À lui seul il est un décor :
n égale un jardin quand le talus l'enferme ;
Sur un fond de verdure il encadre la ferme
Uieux qu*un bijou son anneau d'or.
Mai vous unit dans une branche,
.feunâsse de Tannée, ô printemps de nos jours I
Ki la terre, évoquant les premières amours,
Comme une vierge est toute blanche.
OCTOBRE
On n'entend plus ronfler les machines à battre.
La châtaigne et le gland roulent sur le chemin,
Et lei pommes, la peau couverte de carmin,
Commencent à s'abattre.
Amis, chantons gaiment l'arbre cher à nos yeux,
Chantons le beau pommier tout entouré de pieux
I
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LES DEUX SAISONS 3t7
Les blés sont an grenier. Que Taire fasse place
Pour une antre moisson qui va partir dn champ :
L'Hiyer, maurais crl^near» amye en trébuchant
Courbé sous «a besace.
Amis, le jour est clair, chantons à plein gosier,
Octobre ayec sa gaule et son panier d*osier 1
L'Automne nous garda sa corne d'abondance :
La Tigne n'est pas seule à doter ses cantons.
Quand on rendange aussi dans les rergers bretons,
Pomone rit et danse.
Amis, chantons TAutomne et le Jus du pressoir.
Chantons Técuelie en mains et burons jusqu'au soir t
L'agréable et l'utile iront, ensemble à table^
Quand l'argent vient sans peine il part d'un pied moins lourd :
— Fermière, à vos jupons un galon de velours,
Une vstche à retable I
Amis, pour oublier les mauvais jours vécus,
Chantons la cuve où coule un flot de beaux écus I
Lorsque les fûts sont pleins l'amour roule en carrosse ;
S'il conclut les marchés, le cellier généreux
Accorde aussi les cœurs : — Ah çà, les amoureux,
A quand le ftricot de la noce ?
Auprès de notre belle, amis, chantons toujours
La perle du pourpris, le doux fruit des amours !
Oui*da, les vieux parents feront ies accordalUes.
Dans le plat du recteur vont pleuvoir les gros sous :
•— Allez, Dieu vous bénisse, et ne soyez pas saouls
Aux pardons de Cornouailles.
Chantons le cidre doux, amis, chantons encor
Le ddre sans pareil qui vaut son pesant d'or I v
Jos Parker.
Extrait du recueil en préparation L$i Pommiers Bretons,
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ATTENTATS DES PENTHIÈVRE
CONTRE LE DUC JEAN V
(1420.1422)
GUILLAUME DE GOUDELIN
En mars 1007 (1) \sl Bévue de Bretagne a publié une étude sous
le titre : Goudelin.^ Guillaume de Coetmen et Marie dé Goudelin.
— Leur tombeau. '
Cette étude tient en dix pages. Les renseignements que l'au-
teur y donne sont de deux sortes. Une partie, qu'on peut dire
archéologique et anecdotique, est très instructive ; l'autre, histo-
rique), intéresse aussi, parce qu'elle rappelle des faits de notre
histoire de Bretagne; mais elle soulève plus d'une observa-
tion*
Qu'il me soit permis d'en faire l'examen. Je n'ai d'autre préoc-
cupation que la recherche de la vérité. J'ai remercié tous ceux
qui m'ont permis de redresser une erreur. Je juge des autres
par moi-môme ; et je crois pouvoir, sans crainte de l'offenser,
signaler quelques inexactitudes A un auteur épris de vérité.
Il a eu, je le sais, le malheur d'accorder trop de confiance à des
notes colligées par un érudit incomplètement informé; et, sur un
point très important, il a été trompé par nos historiens Lobineau
et Morice, eux-m6mes induits en erreur, comme on le verra plus
loin.
(t) P. 129 à 140.
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ATTENTATS DES PENTHIÉVRE 819
I
En débutant, Tauteur dresse ainsi la généalogie des Goudelin\
1* Guillaume, mari de Jeanne dé Trogoff ; 2^ leur fils Rolland
époux deUnode Budes en 1303; d^" leur fils Jehan, qui partit
avec le duc Jean le Roux pour la croisade. (P. 130-131.)
L'auteur ajoute aussitôt : « Goudelin ne tarda pas à être
absorbé par la famille de Goetmen. Guillaume, comte de Goetmen
et yicomte de Pléhédel, épousa Maria, là riche héritière de
Goudelin, née au château de Portztréveznou en Goudelin. »
Ce mariage fut célébré avant 1347. puisque Guillaume de
Coetmen, à peine marié, combattit à la Rocbe-Derrien (20 juin
1347) ; plus tard, il combattaità Auray (1364) ;et, en 1420, il entrait
dans la conspiration des Penthièvre contre Jean V, était con-
damné et mis à mort.
Voilà bien des impossibilités.
Si un Jehan de Goudelin a pris la croix avec le duc Jean
le Roux, c'est en 1270 (dernière croisade de' saint Louis) ; donc
ce ne peut dire un fils de Rolland, marié en 1363, mais apparem-
ment le bisaïeul ou l'arrière grand-oncle de Rolland.
Qu'est-ce que Marie de Goudelin, mariée ver%43477 Qu*est-elle
par rapport à Rolland, marié en 13637 Gomment est-elle devenue
héritière de Goudelin, en 1347^ quand Rolland est seigneur de
Goudelin en 1363 ? Comment son mari Guillaume de Coetmen,
combattant en 1347 ferait-il encore la guerre en 1420, soixante-
treize ans plus tard, c'est-à-dire presque centenaire 7 Qu'est-ce
que Guillaume de Coetmen ?
Et que d'autres objections se présentent I
l"" J'ai sous les yeux une liste de dix seigneurs de Coetmen.
Ils prennent le titre de vicomte (et non comte) de Goetmen et de
Tonquédec. (Je dirai plus loin pourquoi ce double titre.) Le titre
de seigneur ou vicomte de Pléhédel appartient aux Goudelin
longtemps après 1347, date du mariage mentionné plus haut :
d'où suit que Marie de Goudelin n'a pas porté cette seigneurie
aux Goetmen.
2^ Je ne vois pas un seul Coetmen nommé Guillaume. Le pre-
(1) n «st imprimé 29 octobre JS64, lisons S9 septembre, jour Saini-Miohel et
dimanche. Â canse de la solsnnité dn jour, Charles de Blois ne Toulait pas
combattre.
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320 REVUE DE BRETAGNE
mier s'appelle Geslin ; ses descendants sont dits Âllain, Rolland,
Yves, Jean , Prigent, Olivier. — Ainsi Rolland se croisa en
1270 (i); le vaillant Go6tmen combattant à la Roche-Derrien
(1347) (2) et fait prisonnier à Auray (1364) (S) se nommait Yves.
S"" Aucun mariage n'est signalé entre les Coetmea et les Gou-
delin, assez minces seigneurs, quoi que Ton dise, auprès des
Coetmen (4).
4<' Enûn les Coetmen, en 1420^ étaient fidèles au duc. Le
13 EQûi 1419, le vicomte de Coetmen s'engage au service de
Jean V avec 13 hommes (5). En octobre 1420, il est un des
seigneurs < ligués contre les Penlbièvre (6). » En 1421, il
sera chambellan du duc {7). Un autre Coetmen nommé Prigent
commandait, en 1420, une compagnie dans l'armée levée contre les
Penlbièvre (s). Enfin c'est pour un Jean de Coetmen, que la sei-
gneurie est érigée, en 1487 au rang de baronnie (9).
Dans le but manifeste de grandir les Coetmen, Tautéur leur
attribue des titres qu'ils nVurent pas, et, par compensation, il
en omet d'autres que je dois faire connaître.
Ainsi il qualifie les Coetmen comtes, quand ils sont vicomtes.
Il écrit (ce qui a plus d'intérêt) : « Guillaume possédait déjà
presque tout le Goello », (p. 131) et, à la page suivante : « leur
fief de Goello était un des plus beaux du Penthièvre ».
— Oui. La Goôlo avec environ cent paroiss^es, après la distrac-
tion des 28 paroisses de la seigneurie de Quintin, était le principal
fief de Penthièvre. Mais il n'a jamais appartenu aux Coetmen.
Il élait (à c^Ue époque) au comte de Penthièvre.
L auteur dit aussi que Coetmen « était une des neuf baronnies
(I) Cotïrc; *- V« Coêtmen — C'est lui qne Lobineaa {Hist. p. 261) range paimi
let croisé! «oos le titre de tï comte de Tonquédec.
(;;) « Et «e combattaient encore lui (Charles de Bloi«)le vicomte de Coetmen... >
Le Bau'1, p. 3Q5-306.
(3) t^ Bitid (p. 32?) a imprimé « le vicomte de Cretinen.., » Il fant lire Co«^
men, citmmii écrit Lobineau,//i5<. p. 375.
{\) < Ils avaient dû rivaliser avec les seigneurs de Coetmen (p. 130).
(B) Morîce Pr II, 1104.
(Ë) Lobineaa, ffist., p. 553, ne nomme pas un Coetmen, parmi les seigneurs
ligués contre les Penthièvre, le 16 octobre 1420 ; mais le vicomte de Coetmen^
figure dans la liste donnée aux Preuves de Lobineau, 9k8. Lobineau dit lui t 145
seigneun * ; mais, comme nous verronç, ce chiflre est trop réduit.
C) CouSoB de Kerdellec'b. Chevalerie de Bretagne. I« p 429.
(8) D*Arg«ntré Hi^t. ïùd, de 1&88. f* 574, V £.
(9> Morice, Pr. Ul >57-5S2.
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ATTENTATS DBS PENTHIEVRE - 311
de Bretagne ». — Ealendons-nous : il est vrai que, en 1487,
François II créa deux nouveUes baronnies, La Hunaudaye et
Coôtmen, qui devinrent les 12^ et /3* des neuf baronnies. Les
prétentions des deux seigneur? à figurer dans les neuf barons
furent enfin mises à néant en 1779(1).
Mais Fauteur ne dit pas, — et c'était à rappeler, — que, dès le
XIV« siècle, les sires de Coôtmpn sont dits bannerets, et qu'un
Coélmen, Olivier, sire de Plestin, a été grand-mattre de Bre-
tagne, en 1506. •
Mais ce titre de baronnie contesté, ce titre de bannière donpé
à beaucoup de seigneuries, ce titre transitoire de grand officier
du duché ayant appartenu à un seul de la maison, qu'est-ce
pour les Ck)ô*men auprès de leur titre éminent, rare et incom-
motable de descendants de nos premiers souverains?
Cadt*ts ou, comme on disait, fuveign^urs de Penthièvre, ils
descendent de G'isli<i,fils puîné de Henri !•* de Penthièvre. comte
de Tréguier et Quiognmp, et de Mathilde de Vendôme. Or Henri
était fils d*l£tienne et petit-fils de Eu^lon, premier comte de
Penthièvre, frère cadet du duc Alain III (2).
G é men fut donné en'p&^tage à G slin ; il épousa Théritière
deTonquédec, et il prit le titre de vicomte de Co^tmen et Ton-
quédec. Cehi de lui ^t en souvenir du père et de la mère que ce
double tttre passa à l'aîné de la maison (3).
(1) Création par Prançoii II, 6 septembre t487. Morice, Pr, HI, CoetmeD, b5X.
UHaoaadaie, 559. (Il est dit p. 554) « créons... savoir en premier lieu^ la Hu-
naa4ai#, en second lieu Coetuien. •*
Ces créations n'ajant pas été conflrmé«>s par les Etats, cette asseinblée ne les
reconnut pas ; et enfin, pour couper court à cas protestations sans cesse renais-
santes, VAlmanach de Bretagne qui avait un caractère sami-offlciel n^inséra
plus que les neuf baronnies de Pierre 11^ à partir de 1 779.
(2) Pifs de Oeffroy I*', mort en 1008, laissant ses deux fili enfants sous la tutelle
àm leur mère Ha?oise de Normandie. Les deux frères régnèrent en commun
(Morice, Pr, I, 38t) jusqu'à la mort de lear mère (1034). C'est alors que Eudon
demandant le partage, Alain Ul lui assigna la Domnonée, les quatre évéohés de
Ool, Saint- Malo, S.iint-Brieuc, Tréguier, (plus en Quintin 18 paroisses de Cor-
ooaaille) de la rivière de Morlaix à la Hance — la moitié de la Bretagne d'alors.
C'était trop. Budon jugea que ce n*était pas assez, prit les armes pour en avoir
plus, fut vaincu et paya le* frais de la guerre, en se voyant réduit du Douron
(qui tombe dans la mer à Plcstin) à )*Arguenon.
(3) Geslin n*a pas trouvé place dans la Généalogie des Penthièvre imprimée par
D. Morice (ffût. 1, p. XVllI). Le baron de Courcy (\* Coetmen) nous apprend
de pins que (ieslin était sénéchal de Oor^llo \\'lfii) ; qu'il eut pour petit-fil» Rol-
land croisé en 1270, et fut tuteur de son neveu Henri 11 de Penthièvre, qui, dé-
possédé par Pierre Mauclere, prit 1« nom d*Avaagour.
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'--''jr^m
322 REVUE DE BRETAGNE
Mais en voilà assez — peut-être trop — sur les Gk)etmen. Nous
n'avons pas à nous en occuper ; et — ce qui pourra surprendre
— l'auteur lui-môme n'avait pas à en parler : affirmation qui
sera bientôt démontrée.
Gela dit, rectifions la généalogie donnée plus haut des Goudelin.
Nous avons dit que nous ne trouvions pas un seul Goetmen
ayant nom Guillaume. Ce pit'énom a été porté par deux Goudelin.
Le premier Guillaume de Goudelin, nommé plus haut, épousa
Jeanne de Trogoff. Ce mariage est antérieur à la bataille de la
Roche-Derrien (1347), puisque Guillaume maria, dès 1361 ou
1363, son fils nommé Rolland. Guillaume I"^ a pu combattre à la
Roche*Derrien et à Âuray (1364), sans que l'histoire ait retenu
son nom comme elle a retenu celui de Goétmen.
Rolland (nommé plus haut), épousa en 1361 ou 1363 Unode
Budes, fille de Guillaume, seigneur d'Uzel, et de Jeanne du Gues-
lin, la plus jeune sœur du connétable. Le fils atné de ce mariage
fut nommé Guillaume du nom de ses deux grands-pères (1).
On trouve un Guillaume de Goudelin combattant sous la ban-
nière de Penthiôvre, en 1420 ; Cfî ne *peui être Guillaume I**
ayant alors, s'il vivait^ au moins 93 ans : c*est Guillaume IL
Môme en le supposant né dans Tannée du mariage de ses
parents (en 1362 ou 1364) il aurait eu, en 1420, 58 ou 56 ans ; et il
pouvait porter le harnais de guerre.
Mais l'auteur se méprend, lorsque, dans le combattant de
1420, il nous montre le fidèle de Charles de Blois en 1364.
A cette date, Guillaume II, s'il était né, était encore aux mains
de sa nourrice.
Il nous faut donc ici rectifier l'acte de mariage de 1347 cité
plus haut(p. 131), « du comte Guillaume de Coe^men^ vicomte de
Pléhédel, épousant Marie de Goudelin, la riche héritière de Gou-
delin ». Le marié se nomme Guillaume de Goudelin, et la mariée
Marie de Treveznou, dame du Portz, dit, du nom de ses sei*
gneurs le Portz-Treveznou (2).
Dans l'étude qui va suivre nous devrons donc substituer le nom.
de Guillaume de Goudelin à celui de Guillaume de Coetmen.
(1) Sylrestre Budes, seigneur d*Uzel, accompagna du Guesclin en Eipagne en
1361 et portait sa bannière à la bataiUe de Navaret. Jean Budes portera, en 1450,
la bannière dt^ connétable de Ricbemont à Formignj.
(2) Coufcy. V» Goudelin et Tretemou.
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ATTENTATS DES PENTHIÉVRB 3»
A propos de Guillaume de Goetmen (lisons de Ooudelin), l'au-
teur a parié « du rôle qu'il joua lors des deux entreprises de
Penthièvre contre le duc Jean V : savoir Tarrestation et Tenlô-
vemest du duc par Olivier de BloiSi comte de Penthièvre, et le
voyage que son frère cadet, Jean, seigneur de TAigle, fit en Bre-
tagne pour mettre le duc à mort.
Nous alloua suivre son récit.
n
Nous lisons (p. 131.) « Guillaume de Coetmen (1) combattit à'ia
€ Roche-Derrien Il reprend Tépée, court à Auray et est té-
« moin de la mort de Charles de Blois, 29 octobre 1364 Guil-
« ]aume(2)^ de retour à Goudelin,o^este Adèle à la cause des
« Penthièvre^ »
(P. 132) « Aussi entra-t-il dans la ligue formée par Clisson.
« O. Morice nous apprend qu'il avait tramé dans un complot con-
« traie duc Jean V qui devait faire ses pâques à l'abbaye de
« Beauport(S). Le sire de TAigle, etc.. »
L'auteur conte en quelques mots la venue de sire de TAigle en
Bretagne et à Beauport, et Taccueil qu'il reçut à Goudelin de Guil-
laume de Goetmen et de Marie de Goudelin (4), et il ajoute :
tt Peu après, lorsque la duchesse eut annoncé que sou mari
était prisonnier », Guillaume de Coetmen (lire Goudelin) fut ap-
pelé aux Etats ; mais, toujours fidèle aux Penthièvre, il va dé-
fendre Guingamp contre l'armée du duc.
Arrôtons-nous.
Vous le voyez: voilà l'erreur que j'ai signalée plus haut : le
môme Guillaume de Goudelin marié en 1347, combattant celte
annéeàLa Roche-Derrien; puis 17 ans plus tard, en 1364 à Auray,
enfin, 56 ans après, conspirant avec les Penthièvre en 1420. Il a
73 ans de guerre 1
Non î Partageons ces années entre Guillaume I*, l'aïeul, com-
(1) « Le vicomte de Goetmen » qui n'est pas QaiUaume.
(2) QaiUaume de Goudelin.
(9) L*aii^ardoit reproduire quelque citation inexacte de Morice : Gomment
l'historien aurait-il parlé de Piques à Beauport, quand il place le fait (nous le
▼errons) à la fin de Tannée 1420 > V. Morice. f/Ut. 1, p. 48&.
(4) Lire ici Guillaume de Goudelin et Marie de Treveinou,
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324 REVUE DE BRETAGNE
battant à La Roche et Auray pour Charles, de Blois, et Guil-
laume II, le pelit*fils combattant en 1420 pour les petits-flU de
Charles de B'ois.
Mais poursuivons :
Guillaume, dit l'auteur, « entre dans une ligue formée par
Clisson, et qui eut à sa tôte le sire de l'Aigle, Jean de Penthièvre»;
et il rapporte ce fait un peu avant renlèvement de Jean V, en
1420,
Une ligue formée par Clisson, en 1420! Idais le connétable
était mort le 23 avril 1407 I — Ëût-il vécu, 13 ans plus tard, il
n'aurait pas été coupable de cette félonie I Réconcilié avec
Jean IV en 1395, il est le plus fidèle sujet de Jean V. Le 23 mars
1402, il a réclamé l'honneur d'armer chevalier le jeune duc, le
jour de son couronnement ; et la fidélité du connétable est si
bien connue que le roi Charles VI conseille de lui confier la
régence de Bretagne pendant la minorité du duc.
Faut il à ce propos, rappeler le récit d'un vieux chroniqueur ?
Marguerite de Clisson, comtesse de Penthièvre, voyant déjà son
përa régent, ose lui demander de faire mourir secrètement les
quatre fils de Jean IV ; et le connétable indigné lança à sa fille un
épieu en lin criant : « Femme perverse, si tu vis longtemps, tu
détruiras tes enfants d*honneur et de biens. »
Légende, a-t-on dit. Qj'en savons-nous? Et qu'importe? La
légende t/st contemporaine, elle fut acceptée en Bretagne ; elle
témo'gne de l'opinion qu'avaient les Bretons des sentiments de
ClissoD ; et aujourd'hui encore elle défend le connétable contre
raccusatîon de déloyauté.
Historique ou légenJaire, ce mot fut prophétique. Les Pen-
thiëvre seront, par leur fante, « détruits de biens » en Bretagne,
et ils seroût partout et pour toujours « détruits d'honneur ».
ni
Cette obsf^rvation faite, passons à l'examen des deux entre-
prises des Penthièvre contre Jean V, et mettons en lumière le
caractère des Penthièvre et celui du duc. On verra quel con-
traste 1
Drtns les phrases citées plus haut, l'auteur mentionne les deux
atteDtat.s commis p:r les Penthièvre cont^'c le duc Jean V.;
maîâii intervertit Ie« dates de ces événements.
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ATTENTATS DBS PENTHIEVRB 336
Le premier est Penlèvemenl du duc \e 13 février 1420, Cette
date est certaine. Ld date du second fait, la venue de Jean de
PeathièYrean Bretagne, est certaine aussi, du moins pour Tan-
née et ie mois ; mais, elle est postérieure à celle de Tenlèvement :
nous le verrons plus loin (1). i
Nous croyons pouvoir nous étendre un peu sur le premier
de ces faits. Certains détails ne peuvent trouver place dans une
hisïoire générale de Bretagne et ne sont pas interdits dans une
monographie. En ce qui concerne ta venue de Jean de Penthièvre
en Bretagne, je me propose d'étudier cet épisode, d'après des
doonmeots que Ton peut dire inédita.
Ottiliaume de Qoudelin eut un rôle dans chacun de ces événe-
ments. 11 est, sous le nom de Quillaume de Coetmen, le sujet
priocipiil du mémoire auquel je réponds : pour ces deux raisons
j'écris son nom dans le titre de cette étude.
{A suivre). J. Trévbdy
Ancien président du tribunal de Quimper.
(1) LobiB€;»ii, Biti., p. hi%. Uoriee, Hist. 1, p. 43S.
Jëin tfâi
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^ I lipiili JV^
PAROISSE SAINT PIERRE EN SAINT-GEORGES
QUELQUES NOTES DUN RECTEUR
En feuilletant les registres de la paroisse de Saint-Pierre en
Saint-Georges conservés à la Bibliothèque municipale de Rennes
nous avons trouvé à la suite des naissances des années 1575 à 16A8
quelques notes du recteur de cette paroisse.
Ce prêtre qui, si nous en croyons les notes en question, apporta
durant son séjour à Saint-Pierre, en Saint-Georges, d'importantes
modifications, se nommait Julien Roussigneul et était natif de
Saint-Léonard de Fougères. Les notes en question nous appren-
nent qu'il prit possession de son poste de recteur à cette
paroisse le 6 avril 1675.
Il commença par munir la u dite église d'ornements pour les
€ divins offices, comme chasubles, tuniques, chapes ». Â quelque
temps de là^ en Tannée 1686, il donna un « Ecce Homo » qui fut
placé «^ au bas de l'église et dont il flt toutes les dépenses ».
Quelques pages plus loin M. Tabbé Roussigneul relate un
marché qu'il fit à la date du 23 avril 1687 avec un sieur « Abraham
« Hapday, sculpteur, pour augmenter les deux ailes du taber-
« nacle de notre église et relever les deux gradins du dit taber-
ff nacle et en faire des neufs, le tout de sculpture dorée, orner le
€ divan et la porte du dit tabernacle attendu que les dits gradins
« n'estoient que pains de vieille couleur bléuïe ».
« Le 23 juin 1694 fut planté le chœur au milieu de réglise, on
« le voit. Je l'ay fait faire à mes frais et dépens, et fait faire
« Templassement où il est. Et rétrécir les balustres des petits
« autels qui étaient trop larges et y fait faire des serrures pour
tt les fermer à clef. Messieurs les Recteurs mes successeurs
« auront la bonté de prier Dieu pour moy et je les prie de conti-
« nuer à faire les augmentations que je n'ay pu achever à la
« Sainte Eglise » — a Signé Roussigneul ».
Toutes ces « améliorations » et ces « augmentations » n'arri*'
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PAROISSE SAÎNT-PIKRRK EN SAINT-GEORGES 327
/
vèrent pas à lasser Tesprit d'initiative qui animait l'abbé Rous-
signeul, et nous trouvons sur ce raôme registre quelques rensei-
gnements sur une œuvre qui semble avoir été une des grandes
préoccupations de son ministère.
Avant de mettre à exécution l'idée qu'il manifeste, de créer une
« feste du Saint-Sacrement », Tabbé Roussigneul avait établi le
projet suivant :
« Projet d'une belle fondation à Chonneur de Notre-Seigneur
« Jésus-Christ,
«f 1"* L'exposition du Saint-Sacrement, solennelle, à une heuredu
« matin et Toraison jusqu'à six heures du soir, continuelle.
« 2^ La grande messe solennelle avec chappes au cœur et
encens à dix heures.
c 3^ Salut à six heures du soir. » ^
Cette « feste » du Saint-Sacrement fut scellée par un contrat
passé « au raport de Guillier, notaire, le '29 juin 1692 » et à cette
date fut fondé « l'exposition et adoration du Saint-b^acrement
« avec la grande messe, et le salut pendant la feste du Saint-
<t Sacrement. »
« Il y va de la gloire de Dieu, de l'honneur et l'augmentation
« de paroisse...
« ... Les recteurs mes successeurs ; c'est pourquoi je Tay prie
« d'être attentifs à bien faire desservir la fondation de point en
« point. »
M. l'abbé Roussigneul, quelques pages plus loin, trace le pro-
gramme suivant de la « feste » qu'il a instituée et qu'il semble
dédiera ses successeurs :
« En cette an 1694 quoyque je fusse relevant d'une longue et
« très périlleuse maladie et dont je K'étais pas rétabli, je n'ay
€ pas laissé d*6tre assidu à l'exécution de ma fondation de la
« feste et octave du Saint-Sacrement. Et j'ay remarqué quand
« je seray mort les prêtres jseront proms à recevoir la rétribu-
« tion et paresseux et négligens à faire l'office comme je l'ay
« réglé à moins que M' n'y donne ses soins.
« L'autel doit être bien proprement paré des plus beaux or-
« Déments et des cadres que j'ai donné pour cet effet, de qua-
« rante cierges pour eslre allumé durant le Salut. Le Saint-Sa-
« crement doit être exposé solennellement durant les premières
« vespres, M. le recteur et un revêtu de sa chappe et on fi le
« chapitre ou les accolites < t thuriféraire lassistant à celte céré
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121 REVUE DE BRETAGNE
« mooie et le Saini-Sacremant étant ainsi exposé, on va au
« chœiir chanter les vôpres après quoy on fait le Snlut. Tous les
a matins à sept heures le recteur assisté de deux des prêtres
a en chapp?s on expose le Saint-Sacrement de la môme manière
« qu'on a fait aux premières vêpres. Les' prêtres doivent être
« marqué au catalogue pour célébrer leur messe devant le
« Saint-Sacrement. A dix heures et demie on célèbre la grande
a messe solennelle, trois chantres en chappes. On couche le
(c Saint-Sacrement après le petit Salut. La messe flnie, à deux
r « heures on expose le Saint-Sacrement avec la même solennité
« et demeure jusqu'à 6 heures, qui est l'heure du Salut à l'ordi-
« naire.
« J'ai fait la rétribution de M. je Recteur fort honneste à fin
« de l'obliger de s'appliquer et de faire bien ponctuellement
< exercer la dite fondation.
a II faut veiller sur le' sacristain pour lui faire orner l'autel
« comme est du car ces gens la sont ordinairement paresseux
« aussi bien que les autres prêtres.
« Je prie donc Messieurs mes successeurs recteurs de prendre
« garde à tout ce que dessus et s'en charge devant Di^u et de-
« vant les hommes, leur honneur et leur conscience. Et je les
« avertis que si Us ne font leur devoir ils seront blâmés et
a méprisés de tout le public et refroidiront les bonnes intentions
« des particuliers qui voudraient faire des fondations en la
« sainte Eglise. C'est Tavis que je leur donne ce 22 juin 1694.
t J. ROUSSIONBUL ».
A ces quelques renseignements sur la fête du Saint-Sacrement
et les fondations de M. l'abbé Roussigneul se trouve joint l'avis
suivant, qui ne manque pas de saveur :
« i4t;t5 important à Messieurs mes successeurs de ce biné fiée.
1
« N'habitués jamais de prêtres normans en votre église. Ils
€ sont trop intriquans et vous feçoient de la peine.
II
t Prennéé garde à ne pas habituer de prêtres qui ne sachent
« pas le plen chant et qui ayant bonne voix assez capables d'oc*
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PAROISSE SAÏNT-PIERRB EN SAINT-GÏORGES 329
« cuper les places de chantres. J'estime que les diacres et sou-
te diacres et sacriste soient aussi capables et habiles que les
« deux chantres eu égard au petit nombre des prôtres qui
« peuvent 6tre habitués de la Sainte Eglise.
m
« J'ay eu la facilité d'en recevoir plusieurs, qui quoy inca-
u pables des offices ont pratiqué des anées auxquels ils s'étaient
« rendus officieux, ils été venus aux offices de l'église malgré
« moy, ce qui est à la honte de Téglise et de la glq^re de Dieu et
« au mépris du peuple mal édifié, pensez y bien le 15 juillet 1605 ».
« Signé : Rousbiqnxul ».
A un passage de ces notes, l'abbé Roussigneul raconté comme
suit quels sont les moyens qu'il fut obligé d'employer pour se
faire payer son dû :
« Le 28 de juillet, le sieur Roussigneul fit donner assignation
<f aux dames religieuses de Saint-Oeorges pour comparoir au
« provost de Rennes et de voir condamner de luy payer 200 #
« et 100 # pour son curé de portion congrue.
« Mais dans la suite du procès et avant qu'il y eut jugement la
t dame abbesse connaissan le tempérament doux et facile dudit
« Roussigneul lui promit de luy faire payer par la Receveuse des
« grains la somme de 220 # par an tant pour lui que pour son
« curé à quoy le s' Roussigneul consentit, accause du grand
« respect de vénération qu'il avait pour madame Tabbesse qui
« étoit une ppreonne de grande vertu et charité, cet accord ne fut
c que verbalement fait le 26* septembre 1685. »
L'abbé Roussigneul, quoique d'un tempérament « doux » et
€ facile », paraît avoir été surtout un combatif que les aléa de
l'action n'effrayaient pas.
Profondément religieux, comme en fait foi son œuvre en l'hon-
neur du Saint-Sacrement il ne se gênait pas cependant pour dire
ce qu'il pensait de certains de ses confrères et plus principa-
lement des « prêtres normans » qu'il ne semblait pas estimer
beaucoup.
J. Goupil.
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SAINT-SÉBASTIEN-BUBGOS
« Pendant trente et quelques jours 2.000 hamznes, réduits par
le feu et la fatigue à 1500, retranchés dans quelques ouvrages &
peine maçonués et protégés par une rangée de palissades, en ar-
rêtèrent 50.000 par leur héroïque résistance. Honneur éternel à
ces braves gens et à leur chef le général Dubreton. En réâistant
ainsi ils doi^nèrent le temps à l'armée de Portugal de se remettrR
en ligne, aux armées du Centre et de l'Andalousie de se porter
sur le Tage, à toutes de se réunir pour accabler Wellington ".
Thiers apprécie en ces termes remarquablement ëlogieux la
défense de Burgos en 1812. De son côté M. le général Azîbert,
l'historien des Sièges célèbres, s'exprime ainsi. « La défense du
château de Burgos en 1812 par le général Dubreton peut être
mise au rang des plus brillantes victoires. » Or cti général Du-
breton qui, avec 2.000 hommes en arrêta 50.000 pendant trente et
quelques jours, ce chef « digne d'un honneur éternel, naquit k
Ploôrmel de Bretagne en 1773. »
Partons donc ensemble pour Burgos. Est-il plus agréable
occupation que d'explorer les lieux illustrés par !e geste d'un
compatriote ? En traversant, pour ce faire, les gorges de Pau-
corbo où les plus braves en 1800 ne pouvai^^nt s'engager sans
crainte^ nous y prendrons une très légère idée des dangers et
des souffrances de toutes sortes que nos soldats trouvrèrent en
Espagne, nous les en admirerons davantage. .Qui pourrait re-
gretter de se retremper l'esprit en revivant un instant des heures
tour à tour touchantes ou héroïques ?
Pour trouver les gorges de Paucorbo en marche vers Burgos,
il faut quitter le chemin de fera Mirandi-dei-Ebro pour le re-
prendre un peu plus loin; le défilé franchi, on passe i'Ebre à
Miranda-del-Ebro sur un pont par lequel s'effectuait le prodi-
gieux va-et-vient d'approvisionnements d'hommes etdt^ chevaux
sans cesse en marche de Rayonne vers Madrid et vie >versa. Deux
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SAINT^ÉBASTIBN-BURGOS 331
frands lions de pierre, assis sar les parapets, en gardent l'entrée.
Ces nobles bêtes, coiffées de couronne; royales démesurées, ont
donc vu passer tous les héros de Tépopée : Murât, Ney, Masséna,
l'Empereur ; ils méritent donc qu'on les contemple un instant,
comme aussi les rues étroites de la ville. Tant de regards chargés
de haine y suivirent nos troupes défilant le long des petites
boutiques obscures, encore les mêmes, où des marchandises
dépareillées semblant dater de l'autre siècle cuisent lentement'
au soleil'ardent !
Sur des façades modestes s'arrondissent en bosse de superbes
écussons et des attributs nobiliaires entourés de guirlandes car-
min vif de piments mis au sec. Aux fenêtres d'édifices embellis
d'un blason double, sèchent prosaïquement des pièces de linge
fraîchement blanchies. Le contraste de la pauvreté et la pompe
des souvenirs : telle apparut à nos ancêtres l'Espagne qu'ils ve-
naient de conquérir ; telle la retrouvent encore aujourd'hui ceux
qui pieusement viennent y rechercher leurs traces^
Cinq quarts d'heure de marche environ séparent Miranda du
célèbre défilé dont parlent presque tous les Mémoires qui ont
trait à la guerre d'Espagne. La route rafraîchie par de grands
ormes, éclairée sur sa droite par les reflets brillants du fleuve,
monte d'abord d'une pente assez douce. Quand l'Ebre disparaît,
la pierre se montre. Ce n'est d'abord qu^ioe simple écorce ru-
gueuse qui se gonfle peu h peu en véritables escarpements cal-
caires égayés çà et là de quelques rares carrés de cultures ou
de vignes.
Bientôt une première porte triangulaire apparaît large de
15 mètres à ta base ou plutôt au sommet, car elle affecte la forme
d'un triangle renversé. Un Bayard suffirait à la défendre. Les
flancs sont âpres, crevassés, d'un aspect sauvage et triste : les
crêtes déchirées. De bizarres silhouettes d'animaux ou de guet
s'y dessinent gr&ce aux feux de la lumière et de l'ombre. On
comprend quelle devait être l'oppression de nos jeunes sol-
dats qui traversaient ces lieux sinistres à leur entrée en Es-
pagne. Mina, le cô'èbre et crut^l guérilleros, en infestait les
abords, il prétendait y avoir établi « son royaume ». Il y rôdait
sans cesse, massacrant les tralnnrds. attaquant les groupes iso-
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îai nEVUR DE BRBTAGlfK
lés, profitant de ta moindre faute, torturant les prisonniers avec
des raffin^mpnts inouïs^ d|gnes d'un bourreau d'eztrôme -orient.
iî!ncore 700 mètres, d'un cirque dévasté une deuxième brèche
s'ouvre à son tour, de quarante mètres celle-là. Les minutes pa-
raissaient bien longues quand on la franchissait autrefois,
sani escorte. Un pont jeté entre les deux escarpements laté«
raux réunit aujourd'hui las t?ueules étroites et noircies de
'fumées des deux tunnels qui servent à la voie ferrée de Madrid
à Bâyonne. La route passe sous les arches puis tourne brusque*
ment à angle droit et l'on pénètre dans un véritable couloir de
pierres, lorte de galerie a'étude oti la chaleur est réfléchie de
tous câtés par un sol blanchâtre qui grésille sous la morsure du
solaiK L'eau ne fait cependant pas défaut d'une façon absolue,
elle coule même, à demi cachée sous les pierres, presque inao*
cessible parfois, ou s'étalant par instant et formant de petits bas-
sina oii les voyageurs la puisent.
Nos soldats qui passèrent ici par milliers se pressaient sans
douta autour de ces flaques luisantes. Us devaient ôtre si altérés .
nos pauvres petits pousse^cailloux, accablés sous l'éqfuipage
compliqué de Tépoque, étranglés par lé col si haut, sufl[0qués par
les courroies croisées sur la poitrine, le front meurtri par le
haut « boisseau Jï comique. On seles représente aisément quittant
le rang^ congestionnés, le saog battant aux tempes, se bous-
culant, ramenés soudain à la barbarie, aux primitifs instincts par
la vue du liquide si désiré, puis rafraîchis, la gourde pleine, re-
prenant leur place au pas de course, riant déjà, oublieux de leurs
fatigues, ayant retrouvé dans quelques gorgées d'eau fraîche la
belle humeur, une des plus précieuses de leurs vertus.
Au sommet du eol on souffle un peu. Nous entretenions là un
petit fortin qui protégeait à peine jusqu'à TextrAme portée de ses
fusils, mais tenait en respect le village blotti à ses pieds qui a
donné son nom aux gorges : hameau de misérable apparence,
possédant cependant une maison communale ornée comme
celle de Duranda d'un énorme blason qu'entoure un vol de
lambrequins prestigieusE*
La redoute, dont il resta quelques jours, constituait un des
anni'aux secoodatres de la chaîne de postes et de points fortifiés
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r
SAII«T-8ÉBASTIfiN.BUR00S 191
dont notre ligne de 'communications t'appuyait. C'est autour
d'eux que se menait la guerre de guérillas racontée par Marbot
avec sa verve gasconne, par Thubaud avec un contentement si
grand de soi-même et si mince d'autrai, par Oonneville avec un
tel accent de sincérité ; guerre de ruses, de surprises oti Ton
chevauchait Tœil au gue^ la main sur ses armes ; guerre pleine
de dangers certes mais d'émotions aussi et de jouissances qui
vous laissaient souvent meurtri et décousu^ mais avec la volupté
d'avoir porté de fiers coups, sorte de chasse dont on était tantôt
le héros et tantôt la proie.
C'était une lutte féroce sans quartier ni repos. On ne dormait
que d'un œil. Des chiens de guerre bien dressés gardaient le
camp.Dn chef de bataillon du 36* possédait même un beau coq,
à la crête éclatante qui, perché sur sa tente» annonçait par ses
cocoricos retentissants rapproche de l'ennemi. Dans cette guerre
d'un genre si nouveau où Ton n'agissait jamais par masses,
Dubreton déploya des qualités particulières qui le mirent par-
ticulièrement en vue : une opiniâtreté, une bravoure, une éner-
gie-que rien ne lassait. Peut-être aussi certaines aptitudes de
races relevées par César alors qu'il guerroyait contre les Bretons,
et les peignait très propres aux coups de mains rapides exécutés
par groupes séparés agissant à de grandes distances et que des
corps de réserve bien placés recueillaient pour les remplacer
par des troupes fraîches (1). -
Pour exposer la tactique suivie par le futur défenseur de Bur-
gos dans sa lutte contre les guérillas, on ne peut mieux faire que
l'emprunter presque textuellement les termes employés par lui
pour décrire celle qu'affectionnaient nos ancêtres si lointain {t).
Cette habileté, ces vertus particulières et ataviques, lui valurent
« de recevoir le commandement du fort de Burgos quand Welling-
ton, vainqueur aux Arapiles poursuivait vivement notre armëe
pour l'empêcher de se reformer. Il fallait arrêter l'ennemi pendant
quelques jours, on ne croyait pas qu'il fût humainement pos-
sible d'y réussir plus d'une semaine, on compta que Dubreton
serait Thomme de la situation, quant à la vieille forteresse bur-
galaise du Cid, elle se composait d'un donjon et d'une petite
église € La Blanca » servant de casernement à 50 hommes.
(1). César, De Bello Gallico, ^l. V § le.
(9). Ge fut aatii, on p«at le remarquer, en paesant, œUe des obouaai.
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»34 REVUE DE BRETAGNE
Les deux bfttiments se faisaient vis-à-vis sur uq mamelon bien
placé pour battre les routes et les ponts de l'Ârbauzon, mais qui
laissait fort à désirer au point de vue des qualités défensives,
A 250 mètres au nord il était dominé par la hauteur de Saint-
Michel que l'Empereur aurait voulu couronner d'un ouvrage à
corne mais que, faute de temps, on avait dû laisser sans défense.
Dès son arrivée Wellington s'empara de cette position et s'y
installa fortement. Le ctiâteau où Dubreton s'était enfermé avec
ses 2.000 hommes devint du coup un véritable nid à bombes.
Le général en chef anglais ne ressentit d'abord que du dé-
dain pour la bicoque qui prétendait arrêter sa marche. Elle
lui paraissait tout au plus bonne à résister aux guérilleros. Il en
ordonna l'escalade. La façon dont on le repoussa lui montra qu'il
lui fallait professer plus d'estime pour le contenu que pour l'en,
veloppe et que la lame qui s'abritait dans le fourreau vétusté était
de bonne trempe. Il se résigna à des cheminements réguliers
dirigés vers le donjon et la petite église de Saint-Roman bâtie
presque au contact des enceintes de palanques que Ton avait
ménagées autour du noyau central.
Mais Dubreton pénétrait à mesure les projets de son redou-
table adversaire; derrière les emplacen^eots probables de chaque
brèche^ il élevait aussitôt des retranchements intérieurs munis
de canons, d'obus que l'on roulait sur Tassait tant, des réserves
placées au bivouac, et toujours sur le qui-vive, des mines creu-
sées çà et là. Les piliers de Saint-Roman entre autres reçurent
de puissants fourneaux*
Ne se bornant pas à parer même vigoureusement, il attaquait*
Des sorties soudaines fouillaient les tranchées ennemies à la
baïonnette, les bouleversaient, enlevaient les outils. Une anima-
tion et un enthousiasme extraordinaire exaltaient cette poignée
db défenseurs.
Ainsi que le fait remarquer M. le général A2ibert, l'un des his-
toriens de ce siège célèbre, ces défenseurs n'avaient cependant
pas été choisis parmi lés troupes d'élite, mais l'exemple de leur
chef, son énergie et sa ténacité les rendirent bien vite capables
d'exécuter tout ce que l'on peut attendre de soldais consommés.
Car le gouverneur s'entendait à merveille à surexciter le moral
des siens; il connaissait le soldat français pour l'avoir pratiquée
fond, au cours de ses long^ufïs campagnes, à l'armée du Nord, eh
Vendée, en Italie, à Saint-Damingue, en Hollande, en Allemagne.
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SAINT-SÉBASTIBN-BtlRGOS 335
Il savait ce que Ton peut demander à ce soldat si Tif* si intelligent,
d'nn tempérament si guerrier. Pour exoiter son enthousiasme
et son sële it possédait un. moyen très sûr: l'exemple. A voir
agir un tel chef, le soldat comprenait bien vite que, si on le con-
sidérait, à juste titre, comme le bras qui frappe, on ne demandait
pas à ce bras de frapper en aveugle, et qu'il était dirigé par une
tète & la fois prudente et courageuse, sachant au besoin donner
Texemple. Au bout de quelques jours de travail en commun —
et quel travail ! — il régnait dans cette petite troupe, séparée du
reste de l'armée et soumise à des épreuves continuelles, un
esprit de solidarité, une cohésion, une camaraderie toute voisine
de Tamitié.
Quelles ardeurs généreuses et chevaleresques ne peut-on faire
jaillir du cœur des Français en exaltant leur sensibilité au point
d'honneur et à tout ce qui regarde la réputation individuelle
ou collective 1 N'avait-on pas vu ici mémei sous les murs de
Burgos, deux sous-lieutenants se battre entre eux devant leur
bataillon et sous une grêle de boulets, tout comme Bessière
et Lannes le firent à la bataille d'Essling, parce qu'ils s'accu-
saient mutuellement de ne pas s'ôtre engagés à fond.
Quand on sait parler à de tels hommes, s'imposer à eux, on
fait des prodiges ; « ces humbles et secrets hérolsmes quoti-
diens » dont la gloire des chefs est faite et qu'il est juste de cé-
lébrer en passant. Ce ne fut pas huit jours que tint la bicoque,
mais trente-trois, pendant lesquels la garnison s'employa sans
trêve, de jour comme de nuit, supporta 4062 coups de canon dans
un espace très réduit, tua 2064 hommes à Tennemi, repoussa
cinq assauts livrés par l'élite des troupes britanniques Au cours
du dernier, l'église de Saint-Roman, minée comme nous l'avons
vu, s'écroula sur la colonne anglaise qui s'y était introduite et
l'écrasa.
La déconvenue de Wellington fut extrême. Vaincu dans une
lutte si inégale par un adveraire aussi têtu que lui-même, il dut
se retirer enfin à rapproche de Tarmée française dont la réorga-
nisation avait pu se faire en toute sécurité. Il laissa comme
trbphée toute son artillerie de siège.
Le mamelon qui fut témoin de cet héroïque épisode, s'élève
ao bord de la ville de Burgos qu'il touche par sa base même. Il
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8S6 REVUB DE BRETAGNE
eftt percé de trous, éventré par l^explosion de 1814 (i), nu et pelé
comme une kasbah d'Algérie, mais très facile à parcourir. Il
. mesure 500 pas peut-ôtre à la base et 2 ou ciOO au sommet. Un
^luart-d'heure suffit à le contourner, môme si Ton stationne
quelques instants au pied de trois monurrents dressés à sa base;
TarcdeFernand Gonzalès qui marque remplacement approxima-
tif de Téglise de Saint-Roman écroulée sur les oolonnes anglaises ;
la statue de TEmpecinado, le célèbre chef de guérillas ; le solar
del Gid bâti à la place de la maison natale du héros castillan.
Quelle force d'âme n'a-t il point fallu, quelle fière confiance en
soi-même et dans les autres pour tenir tôte sur cette motte insi-
gnifiante à une armée victorieuse et à un général de grande va-
leur.
En tournant à droite,apràs avoir dépassé cet édifice, on pénètre
dans le ravin creusé entre leCastillo et la hauteur de San Miguel.
De suite on aperçoit le vieux mur vénérable couronné de créneaux
auquel s'appuyait notre première enceinte. Le temps l'a roÀgé
maiïen l'ornant d'une patine d'or sombre et d'ocre chaude sur
laquelle tranchent par places des plaques rondes de lichen aux
reflets de vieil argent. Je grimpe à flanc du coteau élayé de trois
tours ventrues percées d'une porte plate.
C'est suf cette face de nos faibles retranchements que le com-
mandant Leydet du 34* jouait aux assiégeants de si bons tours.
Il faisait montrera des points divers de l'enceinte, et avec des hé-
sitations calculées, un schako fiché au sommet d*une perche. Un
Anglais se soulevait-il hors de la tranchée dans l'espérance d'un
heureux coup, qu'une balle l'atteignait aussitôt. Le commandant
avait d'ailleurs plus d'un stratagème dans son 8ac,propre àéveiller
la curiosité de l'ennemi : nos soldats s'en amusaient fort et
aussi Dubreton qui sentait revivre en lui Pâme des ancêtres cel-
tiques, grands destructeurs de « Saouzou (2) ».
On retrouve encore,non sans grande difflculté,certains vestiges
des travaux exécutés par nos troupes. De l'église Sainte-Marie-
la-Blanche il ne reste rien ; à la place dii donjon sont quelques
b&timents sans importance. A vrai dire, tout cela n'est qu'un
(1) En 1814 nos tronpM firent saatar le fort de Bnrges avant de TéTaener.
i2) Saonson : Anglais ou Bas-Breton.
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SAIKT-SÉBASTIBN-BURGOS 187
amas de décombres qui serait tritie comme la mort eUe*méme,
bi le souvenir des combattaoti de 1812 ne l'eanoblissait. Les
ruioea ont dans ce pays une mélancolie particulière. Leur déso-
lation 8*y tempère rarement comme ailleurs de l'ardente poussée
des lierres ou de la floraison des herbes folles. Le bastion du Gid
élevé à l'aplomb même de la maison du héros castillan est la
partie la mieux conservée.
De son parapet la vue est superbe, d'une beauté toute castillane»
majestueuse et mélancolique. Les ondulations montent d'un des-
sin large, harmonieux mais froid jusqu'à l'horizon sans nuages*
Au-dessous la ville, grande comme une préfecture moyenne de
France, étale, le troupeau confus de ses maisons brunes; la ca-
thédrale, travaillée comme une châsse d'orfèvrerie, surgit cou-
ronnée de délicats clochetons et de cinq grandes flèches p'^rcées à
jour. Bordée d'arbres, la route de France fuit vers le nord-est ra-
sant les coteaux de la Chartreuse de Melaflorès, traversant Gamo*
rai et son bois, coupant en deux le village de Villapia, tous lieux
témoins de la victoire de Napoléon en 1810 et des exploits de Las-
sale. V
En contemplant ce panorama si large mais si sec> Dubreton de-
vait se sentir bien loin de son pays. Rien ne rappelle moins les
horizons étroits^ touffus, vivifiés d'eau courante, pleins d'une
grâce intime du joli pays de Ploôrmel. A sa vue ma pensée re-
tourna, aile aussiy vers la petite ville studieuse groupée autour de
sa ruche scolaire et de Tr^glise délicatement ciselée de Saint-Ar-
mel. Ma mémoire fut-elle infldèle? mais il me sembla que rien,
dans la ville natale de Dubreton, n'y remémore le souvenir du
défenseur de Burgos.
De tels honneurs sont bien dignes cependant de survivre. Ils
ont, à leur manière, doté l'humanité de chefs-d'œuvre dont la
méditation élève l'esprit et fortifle la volonté. Au-dessus de la
masse engagée avec eux dans une action véhémente ils se dé-
tachent lumineux et aussi beaux que tes héros de Vlliade,
Si le soldat idéal dont le souvenir nous retenait naguère à
Saint-Sébastien semble un nouvel Hector, jpignant ainsi à la ten-
dresse et à la chaleur d'âme une vertu austère et un parfait sen-
timent du devoir, capable aussi de sacrifices sublimes à l'amitié.
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338 RBVOfi DE BRETAGNE
Dubreton, lui, ne vous rappelle-t-il pas ce chef iliu^Lre, der-
nier rempart des Grecs dans leur détresse, qui tint tête à l'ar-
mée victorieuse des Troyens et grftce à une lutte acharnée per-
mit aux troupes d'Agamemnon de reprendre courage et de se re-
former ?
A-t*il manqué autre chose qu'un Homère au défenseur de
Burgos, pour entrer dans^la légende au même titre qu'Âjax, roi
de Salamine et issu des Dieux 7
Commandant de Màllirat.
ae^
i
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i
THÉRÈSE-JOSEPH POULLMN-DU-PARC
Un hasard nous a mis sous la main un petit volume (1) relatant
la Tie de « trois héroïnes chrétiennes » que l'auteur donne en
exemple à la jeunesse de son temps. Parmi ces trois héroïnes se
trouve une jeune fllle de Rennes qui, de par son nom, appartient à
l'histoire locale. Sa vie fut toute de douceur et de mansuétude
pour les déshérités de la fortune. Elle poussa l'abnégation de sa
personnalité jusqu'à se faire la servante de ceux-là à qui elle con-
sacra le meilleur de son temps.
Cette vie toute de dévouement à ceux qui souffrent m'a vive-
ment ému. J'ai pensé qu'il ne serait peut-être pas inutile de faire
revivre brièvement les principaux traits de caractère de cette
jeune fllle.
Thérèse-Joseph Poullain-du-Parc du Boisanger née à Rennes
le 19 février 17B9 de M. Du Pare Poullain, jurisconsulte célèbre»
et de dame Oilette-Fraoçoise de la Motte-Pablet.
Élevée à l'école de son père qui fut longtemps l'orgueil du bar-
reau du Parlement de Bretagne, Thérèse Poullain-du-Parc se
montra toute jeune d'un caractère supérieur à celui des jeunes
filles de son ftge. A différentes reprises elles montra un esprit
d'initiative qui étonna les gens de son entourage.
Son Biographe nous apprend qu'elle possédait « tous les agré-
« ments que la nature peut donner du côté de la figure, elle avait
« une très jolie voix, une manière agréable et naïve d'exprimer
« sa pensée et les plus heureuses dispositions du cœur.
« D'un caractère vif, elle se montrait irréductible sur les idées
« qui lui paraissaient vraies, et si son interlocuteur n*acceptait
« pas assez vite sa façon dB penser, elle faisait preuve d'un peu
« trop d'impatience. »
Ce caractère vif, qui pour beaucoup eut été un défaut, fut chez
elle une qualité qu'elle employa plus tard dans les œuvres qu'elle
(1) Les Troie Béraines chrétiennes, par l'abbé**", Rennes et Vitré, 1786.
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340 REVUE DE BRETAGNE
entreprit en y mettant beaucoup de ténacité et de suite joints à
beaucoup de cœur.
Avec ceux qu'elle connaissait peu elle n'était guère démons-
trative quoiqu'ayant toujours « un rire simple et naturel qui la
« rendait toujours aimable et toutes les personnes qui Tappro-
« chaient ne pouvaient se défendre d'avoir pour elle la plus grande
i( tendresse. »
Elle fut pour son père d'une sollicitude toute filiale, « cherchant
« à prévenir tous ses goûts pour les satisfaire, cherchant les plus
« petites occasions de le contenter pour qu'il ne fût contredit en
« rien. *»
Quelqu'un avait-il commis une faute dont son père avait à
s'occuper, «elle saisissait toutes les occasions de les adoucir,
« présentant la faute du 'coupable de la manière la plus propre
« à la faire excuser ». Son « air aimable, son caractère sensible,
« son cœur tendre et compatissant » avaient charmé tous ceux
qui l'approchaient. L'une d'elles, plus particulièrement enthou-
siasmée du caractère et de la grâce de la jeune fille, « la mena à
« des bals et à des concerts. »
Elle prit vite — mais pour peu de temps — le goût de ces
genres d'amusements, c Elle conçut une passion extrfime pour
la parure ainsi que pour lu danse ».
Ce changement à ses habitudes fut de courte durée. Elle
s'aperçut vite de l'inanité de teU divertissements et ne tarda pas
à reprendre ses habitudes premières, qui, si elles flattaient
moins son amour«propre, étaient plus conformes aux lois de sa
conscience. /
Gomme pour effacer un moment d'oubli, elle se fit le reste de
sa vie l'apôtre désintéressée d'une cause noble entre toutes :
aimer son prochain. De ce moment elle c montra pour les do-
« mestiques beaucoup de compassion ; attentive à prévenir leurs
« désirs, à excuser leurs fautes ; elle se chargait pour eux d'oc-
« cupations difficiles. Loin de se montrer exigeante à leur égard,
« elle les servait de ses propres mains ; les aidant à tout ce qui
c n'était point au-dessus de ses propres forces, elle allait jus-
« qu'à leur épargner les peines les plus légères. Mais sa charité
« avait surtout en vue les infortunés qui étaient véritablement
c dans la misère, et son premier soin fut de sacrifier le goût qu elle
c ressentait encore pour la parure. Afin de s'en détacher absolu^
« ment elle se représentait combien il doit iire mffligêani pou
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THERESE-JOSEPH POULL\IN-DU-PARC Ski
« ceux qui manquent de pain, de voir leurs semblables
« employer à de pareilles frivolités, Vargent qui pourrait les
nourrir ».
« Jouissant d'une pension fort honnête, et qui pouvait aisé-
u meut satisfaire à son penchant, elle se décida dès lors et cou-
« tinua toujours à la distribuer presque toute entière aux
« pauyres ; l'obéissance seule l'obligea d'en conserver ce qu'il
« lui fallait pour les choses les plus indispensables. Son bon
« cœur n'en demeura pas à ses premiers retranchements et en
« peu de temps son amour pour les pauvres devint inexpri-
< mable; elle leur consacra jusqu'aux mets qui la flattaient.
« Lorsqu'il lui était possible, elle mangeait son pain sec et leur
« partageait ce qu'elle avait de plus. Si elle eut été libre, elle se
« fat nourrie de pain noir et d'aliments grossiers, dans le
« dessein de procurer aux malades les mets plus délicats qu'on
«< lui présentait; pour les soulager elle eut sacrifié jus^^qu'à son
«^ nécessaire. Souvent pendant le repas il venait des mendiants
H à la porte de la maison et Thérèse, la première à les entendre,
« demandait tout bas à une personne qui avait de l'autorité sur
♦* elle, la permission de leur porter son dîner : pour se faire
<( écouter plus favorablement, elle lui disait d'un air caressant,
•< cela m'amuserait ; j'aurais le plaisir de voir si les mets sont
t à leur goût ».
« Quelquefois on l'entendait gémir en se mettant au lit : on
craignait un jour qu'elle eut du chagrin et on voulut en savoir
la cause : « Je pense aux pauvres, répondit-elle, je voudrais bien
c leur donner mon lit, ils sont si mal couchés. » Ces traits
montrent chez cette jeune fllle un cœur tendre et compatissant.
Mais là ne s'arrêtait pas son apostolat. A l'âge de 12 ans elle
fonda « une Société de jeunes enfants de son ftge, remplis comme
« elle de piété ». Comme toute association qui se respecte un peu,
il était juste que cette petite Société ait ses règlements.
Thérèse Poullain-du-Parc prit soin d'en dresser qui « fussent
« proportionnés à Tâg^ de ses compagnes et qui pussent plier
« leur cœur à la vertu; l'obéissance à leurs parents, la charité,
« l'assiduité au travail, des prières conformes à leur situation, ^
« de légères pratiques de mortifications et d'humilité ; voilà les
« points principaux des règles qu'elle établit. »
Pas un jour ne passait sans qu'elle trouva une bonne action à
accomplir. Alors qu'elle avait 13 ans, « une de ses amies se plai-
da in i90t U
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34i REVUfi DE BRETAGNE
« gnit qu'elle avait un pied malade ; à l'instant Thérèse le pansa
« et continua de le faire jusqu'à sa guérison. »
Vers rage de 19 ans une maladie qui ne pardonne pas répandit
reSroi dans la famille Plusieurs médecins, «qui parurent craindre
. pour sa vie », furent consultés.
«c Pendant les 8 mois que dura sa maladie et dont les 4 der*
« niers surtout furent accompagnés des plus cuisantes douleurs,
tt jamais il ne lui échappait la plainte la plus légère. »
Au commencement de février 1776, elle manifesta le désir de
terminer ses jours dans un couvent. Sa famille, pour lui donner
satisfaction^ la flt transporter dans le couvent des « dames
carmélites ».
La maladie augmentait d'un jour à l'autre^ le samedi saivant
elle fut administrée dans son lit.
Après quelques jours de grande souffrance, durant lesquels
elle ne départit pas un seul instant d'un courage héroïque,
Tnérèse Poullain-du-Parc s'endormit le 19 février 1776, à deux
heures du matin, âgée de 20 ans et le jbur même de l'anniver-
saire de sa naissance
Tout le monde d^ la communauté s'empressa de recueillir
^ les restes de notre héroïne : ses chevn.ux furent coupés, ses
« petits meubles de dévotion partagés et les dames carmélitesi
«< pour immortaliser le souvenir de ses vertus dans leur maison,
« demandèrent à la famille qu'on la peignît dans son cercueil et
« qu'on leur laissât son portrait. »
« On grava au bas du tableau ce verset d'un psaume : « Sei-
gneur, je serai rassasié lorsque j'aurai vu ta gloire. »
Combien de jeunes Ailes de notre époque pourraient prendre
exemple sur cette noble figure dont la vie, à l'exemple de celle de
son père, fut toute de dévouement pour les déshérités de la vie.
J. COUPBL.
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NOTICES ET COMPTE-RENDUS
Ea 1907, l'Union Régionaliste Bretonne mit au concourt une Vie de
Saint Guennolé.
L'auteur du mémoire couronné, M. Pierre Allier, publie aujourd'hui
eo brochure (imprimerie Cotonnec à Quimper) un récit dont il nous
met ainsi à même d*apprécier les mérites. Serrant de près l'histoire, ne
la revêtant d'aucun ornement étranger, il arrive à nous intéresser, à
nous émouvoir. Arthur de la Borderie qui préludait, dès sa Jeunesse,
à sa belle Histoire par une étude sérieusement documentée sur le rôle
historique des saints de Bretagne, aurait beaucoup apprécié la
« manière » de M. Allier et ratifié les éloges que donne au narrateur,
dans une substantielle préface, l'excellent poète F. Le Guyader, auteur
de VEre Bretonne.
Je désire, depuis longtemps, dire un peu du bien que je pense des
publications éminemment orthodoxes, présentées avec beaucoup de
variété et de goût, de l'éditeur Téqui (ancienne maison Douniolu
Plusieurs intéressent la Bretagne, comme la très édifiante autobiographie
d'une protestante convertie Mistress Pittar, traduite et annotée par un
Nantais, H. Charruau, comme le charmant livre de M. Poulin, Au jour
le jour^ où la plume et le crayon s'unissent harmonieusement pour
no0s décrire, après une Venise qui échappe à l'obsession du « déjà vu »,
une Bretagne pleine de saveur agreste et riche encore en trésors
inexplorés. Les Bretons ne seront pas les derniers à cueillir, dans la
gerbe que l'éditeur Téqui assemble pour les lecteurs de bonne foi,
une austère et pourtant attrayante Doctrine spirituelle de Bossuet, des
Pages choisies, judicieusement extraites par M. A. Mollien, de Tœuvre
admirable du Père Gratry, ou encore cette Lettre Apologétique de
Newman, qui est de fait une des meilleures apologies du catholicisme.
A ceux qui ne dédaignent pas Thonnéte distraction, recommandons la
série des « Matutinaud » de Tabbé Duplessis ; le dernier paru, « Les
frères de Matutinaud » est, comme ses aines, une plaisante satire où
vices, travers, ridicules du temps sont plutôt égratîgnés que flagellés.
Terminons cette trop incomplète revue en saluant les livres de M. Tabbé
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344 REVUE DE BRETAGNE
BroussoUeS; exégète de grand talent, qui appelle au secours de sa prose
une illustration empruntée aux monuments originaux. Après une
Théorie de la messe, M. Broussolles entreprend une Histoire de la
Sainte Fiier^e dont le pretnier volume, relatif à l Immaculée Conceplion,
qui vient de paraître, est heureusement placé sous Iç patronage de* feu
le vénéré cardinal Richard, le saint prélat français et breton.
Sous le titre Ames errantes^ Madame Marie Le Fur publie dans la
Bibliothèque régionaliste de l'éditeur Bloud, un recueil de légendes
empreintes du plus pur sentiment breton. A part deux ou trois récits,
où rimaginatïon de l'auteur s*est donné plus libre carrière, ces légendes
pnt été recueillies de la bouche même des naïfs conteurs rustiques. Ils
apportent une précieuse contribution au folk-lore de Quiberon et tout
lecteur trouvera justifiées les louanges que leur décernent le regretté
André Theuriet et le Marquis de l'Estourbeillon. De jolis dessins, dont
quelques-uns sont dus à Madame Le Fur elle-mémly afoutent à l'agré-
ment du texte.
y Dans une plaquette éditée à Nantes, avei; autant de goût que d'élé-
gance, le baron de Wismes a réuni douze sonnets évangéliques tous dé-
diés à des membres du clergé nantais. C est de la haute poésie de pure
tradition française, très digne des suffrages qu'elle a obtenus de la So-
ciété Académique de la Loire-Inférieure.
Olivier de GOURCUFF.
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TABLE ANALYTIQUE 'ET ALPHABÉTIQUE
TOME XXXIX — PREMIER SEMESTRE .
Baudry (J.). Histoire de Notre-Dame de Rostrenen et de son pèlerinage .
(1300-1907). Mars. i38.
Le Bâton ^J.). Le Converti de Notre-Dame. Février. 75.
BiGNB (Paui Di la). Combour et ses Seigneurs. L Avril. i85. — IL Mai. 273.
— liL Juin. ^98.
Brrton ÉiiicaÉ (Un). Les Bretons de Bretagne Jugés par un Breton de Paris
(Réponse). Janvier. x4.
De Galan (V^ Charles). Mélanges historiques. L Saint Malo et Saint Maël-
mon. Mars. lai. — IL Le Monastère de Saint Maôlmon. Mars. ia4«
— m. Saint Goulven. Mars. ia4. — IV. Saint Armel. Avril. 20a. —
V. Le Comte Even. Avril. ao5. — VI. Saint Ivi. AvriL 206. — VIL La
Langue des Gaulois avant la Conquête Romaine. Mai. 266. — VIII.
Saint Tudi et Saint Tudual. Mai. 267. — IX. D'Argentréet les Chants
populaires bretons. Mai. 272. ~ X. La Prise de Dol par Olav de
Norwège. Juin. 309. — XL Le Mariage d'Alain III. Juin. 3ii. —
XII. Alain III et Budic de Nantes. Juin. 3i3.'
CooPEL (J.). Paroisse Saint-Pierre en Saint-Georges. Juin. 826. — Thérèae-
Joseph Poullain du Parc. Juin. 889.
DupofiT Etienne). La Chapelle de Marie Stuart à RoscofT. Février. 98.
Ehtvault (E.). Les Chants de Noces du Barzaz-Breiz, traduits en vers français
avec étude critique sur une partie du texte. Mars. 128.
I)B Fèbes (Charles). Une Page de THistoire de la Roche -Derrien, i345ti347.
Février. 9i.
De Gourcuff (V^- Olivier). Le Folk-Lore de France, par Paul Sébillot»
tome IV* et dernier. Avril. — La Vie de Saint Gnennolé, par Pierre
Allier ; Autobiographie de Mislresf Pittar, traduite et annotée par
M. Charruau ; Aa Joar le Jour, par M. Poulin ; Ames errantet, par
M"" Marie Le Fur ; Douze Sonnets Euangéliques^ pur le baron de
Wismes. Juin.
UsïfBiDA (Jeanne). Le Soleil sur la Mer. Avril. 3i4.
Herpin (E.) Mii« Céleste Buisson de la Vigne. (Son mariage avec Chateau-
briand). Janvier. 5.
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UÙ REVUE DE BRETAGNE
Kehnéis (E.). Devant repave du Primauguet. Janvier. 4i.
KoKTï-StAC (Efflam). Glabar er Barh, pë maru Breih-Izel. (Chagrin du Barde
ou Mort de la Bretagne). Janvier, da.
De Latgue (G^ René). Questions Héraldiques Bretonnes. A propos du Nobi-^
itaire de Pol de Gourcy. Janvier. lo. — Bréviaires ei Missels des
Bglites et Abbayes Bretonnes de France antérieures ait XV W siècle, par
Tabbé F. Duine ; Condition actuelle des Serviteurs ruraux Bretons,
Domestiques à jgages et Journaliers agricoles, par Jean Gholeau ; Les
Communs en Bretagne a la fin de C Ancien Régime (1667-1789), par
Pierre Lefeuvre; Le Polk-Lore de France, par Paul ,Sébil lot, tomes III
et IV; Mélanges d'Histoire Bretonne, (VP-XP siècle), par Ferdinand
h&t\ Saint Félix de Nantes, par Tabbé Â. Delanoue; Une Commune
bretonne pendant la Révolution : Histoire de Saint-Servan de 17H9 à
1800 1 par Jules Haize ; Inventaire sommaire des Archives communales
de Saint-Servan antérieures à 1789, par Jules Haize ; Le Bienheureux
i.-itf. Grignion de Monifort (1673-1716), par Tabbé A. Laveille ; Récits
vècai {1870-1 871) y par G. Martineau ; Recherches historiques et topogra-
phiques sur les Compagnons de Guillaume le Conquérant, par^ Etienne
Dupont ; Le Finistère Pittoresque, sites et monuments, par G. Toscer ;
Le Théâtre au Collège, du Moyen-Age à nos Jours, par L. V. Gofflot ;
Les Sources de V Histoire de France depuis 1789 aux Archives Nationales ,
par Charles Schmidt; Chrestomathie bretonne {Armoricain, Gallois,
Comique) Première partie : Breton Armoricain, par J. Loth ; Grammaire
Bretonne du Dialecte de Vannes, par A. Guillevic et P. Le GotT; Exercices
sur ia gramrhaire bretonne du dialecte de Vannes, par les mêmes ;
Vocabulaire Breton- Français et Français- Breton du Dialecte de Vannes,
par les mêmes ; Geriou Keumraek ha brezonek, dcutumet ha lakaet
kenver ha kenver, par F. Vallée ; La Vision de Tondale, textes français,
anglo-normand et irlandais, publiés par V. H. Friedel et Kuno Meyer :
Bretagne daajourd'hui et Bretagne de demain, par Jean de Plounéour :
De la Persistance de la Langue Celtique, en Basse-Bretagne,pàT k.Tnyën ;
Les inscriptions Gauloises et le Celtique de Basse-Bretague, par le même ;
Lei Jardins d! autre fois, par A. Orain ; Promenade horticole à MordeUes,
pat le même ; Tribulation d'un horticulteur à ses débuts^ par le même.
Mars.
De Ma LLEH A Y (Commandant). Saint- Sébastien-Burgos. Juin. 33o.
MAssenoN I Alexandre). Llmagler de Saint-Florent (IX« siècle). Février 87.
Mxai.rr(P.)- ^^^^^ai sur PAàministration générale dun District pendant la
tlévolution. Le District de Rochefort (Morbihan). i«' juillet 1790-
30 mai 1795. ni (suite). Janvier. 47. — IV. Février. 10a. ^ V. rPin)
Mars. 168.
OtiRt^ (André). Un Livre d'Histoire. Avril, aiô.
Oiitit /Adolphe). Le Poète Leçon te de Lisle étudiant en droit à Rennes*
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Table analytique et ALPHABBTlOtE M
Janvier. 35. ^ Légende bretonne : Rieux et Redon. Avril 309. — Le
rappel da Parlement de Bretagne (i5 juillet 1769). Avril, au.
Paakbr V'^o'-)* ^^ Deux Saisons. Juin. 3i5.
TaÉvÉDT (J.). A propos de : « Jugon : Une cité bretonne à travers les
stèdei n. Mai. s41. — Coetmen et Goudelln : Attentats des Pen-
ihièvre contre le duc Jean V (i4ao«i43a). Juin. 3i8.
LxuRKAD (F,). La déportation des Religieuses Angevines : Leur, séjour à
Lorient (1794- 1795). Janvier, ai.
DK WisMBs (Baron G.|. Cinquantenaire de la Revue de Bretagne et Tren-
tième Anniversaire de la Société des Bibliophiles Bretons. Matinée
musicale, littéraire et dramatique, et Banquet amical à Nantes
le i5 décembre 1907. Février. .^)7.
Chronique des Bibliophiles Bretons. Avril.
-^<i;i«t^;;^^^
Le Gérant : F. Chevalier.
Vannei. — Imprimerie LAFOLYB Frères.
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HEVUES BRETONNES
L H^AMncc: 18' ano. Mensuel. 1 an 12 fr. Union postale 15 tr.
Le numéro 1 fr. 25. Les abonnements partent du 20 octobre.
Directeur : Louis Tiercelin, à Raramé (I Ile-et-Vilaine).
Les AMtALES de Bretagne : 22* ann. Trimestriel. 1 an 10 fr.
UnioD postale 12 fr. 50. Publiées par la Faculté des Lettres de
Bennes^ Rédacteur G. Dottio» 37, rue de Fougères, Rennes.
Lb Gloghkr Bretoft : 14« auA Mensuel. 1 an 5 fr. 50. Directeurs :
René Saib et Madeleine Desroseaux. Bureaux. 29. rue Belle-Fon-
taine, Lorient.
Bulletin de la couhission diocésaine d'architecture bt d'archéo-
logie DU diocèse de Ouimpbr et de Léon : 6* ann. Tous les deux
mois. 1 an 5 fr. Quimper.
La Revue Morbihannaise : il« ann. 1 an 5 fr. Directeurs :
J. BuLÉON, V** de la Grancière. E. Sageret. Chez Lafolye, Vannes.
La Paroisse Bretonne de Paris : 9* ann. Mensuel. 1 an, 2fr. 25.
Directeur : M. l'abbé Cadic, 13, rue Littré, Paris (VI* ar*).
La Jeune Bretagne: 5* ann mensuel. 1 an, 2 fr. pour la Bre-
tagne, 2 fr. 50 pour le reste de la France. Bulletin d'études et d'ac-
tion sociales. Rennes, 30, rue Hoche.
Feiz ha Breiz : 8* année. Tous les mois. 1 an 3 fr. Les abonne-
ments partent du 1*' janvier. S'adressera M. Cardinal, recteur de
Saint- Vougay, par Plouzévédé (Finistère). et pour les abonnements
à M. Caroff, vicaire aux Carmes, Brest (Finistère).
Bretoned Paris. Bulletin de la Société « La Bretagne », 4* année.
1 an, 2 fr. 60. Direction : 40, rue du Cherche-Midi, Paris.
Revue du Pays d'Aleth : 4* année, mensuel. 1 an, 3 tr. Direc
leur : Jules Haize, rue Jacques Cartier, Saint-Servan.
LePats d'Arvor : 2« année, 1 an, 5 fr. Directeur -. Jacques Pohier,
à Ancenis (Loire-Inférieure). Administration et Bureaux, 25, Haute
Grande Rue, Nantes.
Revue du Tradition nisme. — Hev. iniern, du folk-lore — mens
l an, 10 fr. N", 1 fr. -- Directeur : M. de Beaurepaire-Froment
Paris, 60. quai des Orfèvres.
Revl'E du BAS-Porrou, 20* année, trimestrielle ; 1 an : 8 fr
N» 2 fr. 50. — />' M. René Vallette, à Fontenay-le-Comte.
L'Anjou historique. — 7* ann. tous les 2 mois. 1 an : 6 fr. D"
M. l'abbé Ûzureau. aumônier, à Angers. Edil^ : M. Siraudeau
4, Chaussée Saint-Pierre, Angers.
Revue des Traditions populaires, 22* ann. mens. 1 an, 15 li .
N» 1 fr. 50, Direct. M. Paul Sébillot, «0, boulev. St-Marcel, Paris.
La Revi;e Bleue, 15, rue des Saints-Pères. Paris.
La Vew[ïkk historique. — (Revue de la Vendée militaire). Tous
les quiDïe jours ; !!• année. — Edit. sur papier fort, 6 fr. 50 ; édit.
ord. 5 fn — D"- Henri Bourgeois, à Luçon (Vendée).
Reyde de l Anjou, 57* année, 12 fr. par an. — Librairie Germain
cl Grassin, Angers.
La Revue Hiiraldique, fondée en 1862. Mensuel, Directeur
V^'de Maziêres-Mauléon. Bureaux : 8 rue Daumier, Pariç
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/
\ V
CHEMINS DE FER hZ L'OUEST
X
\\
EXCURSIONS EN BRETAGNE
Facilités aocordé^A par Cartoft-tl'aboimemant individuelles et de
^ famille valables' pendant 33 jours
La iDomuf nié des Chemins de tét de rpoést délivre, à partg^ du
Jeudi ypréeèdent la Pète deâ Rameaux et- jusqu'au SI Octobre, des
cartet>i':al»éntiement spéciales permettant de partir d*ane gare <Tuei-
conque de^ou Réseau pouf une sare aia cho)it des ligues désignées
aux almésÀ ci-dessous eu s'arr^anf sur le parcours ; de circuler
ensuite, ^son gré. pendant un mois, no^seutoment sur ceaJjgnes,
mais aupsi sur tous leurs etubrancbements qui conduisent à la mer.
et, enûii« une fois Texcurston terminée, de revenir an point de dépsx»
-Ttvec Isfr mêmes facilités d'arrêt qu'à l'aller.
/C|L^XS VjSJLASf»)S: &UR Z.A COTE NORD DE BRETAGNE
"■<:^ ^•J. \T' l^ «lasse lÔO IP* — 2* olasse 75 Ir.
.---j^^ \^ Pa!Nmi/s : Ugue de Granville 4 Bre^t (par FoUigny, Dol et Lamballe)
— \ \ et les embrapchèuients de cette ligne vers la mer:
\ \ CARTE VALABLE SUR LA COTE StîD DE BRETAGNE
, I 1« Classe lOÛ fr. -- ?*'classe 1$ Ir.
^; y Bmramrs: Ugue duCroisis et .de Guéraudii à ChàteauUn et.les
^' V s.embrancbements de eette ligne vcfrs la meis
^ :<L4RT£ VALAâXE ÏUR. LES COTES ÏÎORD Et: iVD DE
' BBÊTAGNE
ire eJassô i30 fr. — 2'' «lasse 95 fr.
, : Lignes de Granville à Brest (par. Folligny> tk)l et Lam-/
et de Brest M Croisic et à Guérau^eetles eniDran^bements oe
lign^vers la mer. - -
CARTeN ViVLABLE • SUR LES OOTES NORD ET SCD DE
BRETl^GIfE ET HGNB&INTÈRIEURES SITUEES A L'OUEST
PEi^OEJ^LÇ DE SAINT-MALO A REDON. - . ■
Lj i ' 1« Classe 160 .A\ — 2« classe ±%à fr.
^law*^'/ Lignes de Gmnvîlie à Bpést fl^ar PoUl^nir, Dol\pi Lam-
bslle) êttb érest au Croisiic et4 Guéraihje et les euibrancbeoùie^ts de
ces lignesH^re la lâer. ainsi .que les li^des de 0ol à^tiedon, de llessae
à Pioérnoiéf de Lamballe k ^enneStiié Dinan-à Questembert, de Saint-
-^s^ Brieuc à Atray. de Louddw5-à Carbaix, de tfc>rîaix et djjOï^tgamp à
^Nftospordjwi. -' /^ .... \
/ ABONNEMENTS DE FAMILLE; ' ^- —
pjWi«wnÇij»t-«wis«rit, en m.àilK temps que «on at>OBk^enMiit, ue oe
nrVlWtfes'aboanesaeoti bç /aYeui*^ des membres jie ^*faiiliU$, précep- , - .
' vernan tes et dômes uqu3^''*h«l)i tant aveo ^tle, soub le '^&«ie Xok;^ '^'
e pour ces cliHeft «uppIémemaJi^M de rédvttiooft variant enCi^ 10* %t
N hO Vo/ sinranMr iie«!ibr^ 4* eartei i^ivcêe», * '
\ \ La dMée ili-«*li<lit4 de m« cartes peut être prolon^ iTun ou de deux oadis
j moyennabylg. Ye?8ie>fat ^e 25 V« du prix initial^ poufc ahaque mois de pr#lorit
/ fPour plus M^^i»n8eignem«mts, Vadresser k -toutes les jr«JP>»* du réseaU qui
/ iléliTreBteas capter A cooditton ^uè la demande en sait fait 5 yoW au Sioii^
'j Ai ravance.
\
Vanne». — ■4,mivlj»wi*' Lajut*V£ frères, 2, place d6f Luc».
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^'.-s
— 7* Année '
1908. Tome XL'
• •^ ia iM^
REVUE
de Bretagne
REVUE
4é Bretagne et de Vendée
^ REVUE
^ Hisfàri^ue de tOueit
RéUNJte
îpBYttB MEnsueujs
Mf^ de l'ESTÔURBEILLON, THrccfenr
Cr <^BNé Di LAIÛUS. Hédsehwr #11 ek^.
MM, ix y** Chamm i^e CALAN. S^ervtiiiM rcgiiwwil pour Dlc-ct-Vilunt. — René
BLANCHARD p4ur la Loirc-Inféricurc.-^Lc Chanoine PEYRON.pour le Finistère
• .— AVENEAU t^ LA GRANCICRC. fJour le Morbihan. — Alain RAISON û»
ûM
CJUEUZIOU, poinr les Cdtes-du-Nord. — Olivier db GOURCUFF, pour Paris.
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LAFOLY,©. FRERES
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r->V-N*^ _ ^-^-' ÉDITEURS "•>■'.■;• v - '..'-' \r \
h >-^>--^ J n^-Wacc <IÔ Lices ^ \ V\
^ ^ - PARIS
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NANTERlî^-— * _ :: ^
M. LE DAULfT/ )'"'"
» \ Tv: y^-N^ Ry ^«msGermaJi» / \
f ■ y'j'^ S*ad);(»se<«odlt laT?^ACTiO!igi^«nvoi de» m«nuicrits\M. 1V,C'" René DE tAlGUE, ..^ T ' N
;* 'X^^. , J-'' DigitizedbyGôO^fë .
^. // ■■ - - . • . _
SOMMAIRE
I. — Asiocialion Bretonne, Congrès de Fougères 5
II. — Combour et ses Seigneurs (suite). — Paul de la Bignb. 9
lU, — Mélanges historiques (suile). — XllI. La Succession du duc
Jeofroi. — XIV. Les Abbés Félix de Ruis et Teudon de
Redon. -- V*« Ch. de la Lande de Galan 28
IV. — r/n Voyage en Bretagne [1782). — F. Uzurbad. ... 37
V, — Devant VAtre. — Ad. Orain 42
CONDITIONS D'ABONNEMENT
France, un an 12 fr.
Etranger, — ........ 15 —
On s'abonne soit chez M. le comte de L aigus, château de
fiahurel, par Redon, soit chez M. Lafolye, imprimeur à Vannes.
Les abonnements partent du 1*' janvier ou du l«r juillet de
Tannée en cours. — Il n'est pas vendu de fascicules isolés, sauf
pour les abonnés.
Les travaux comprenant au moins 16 pages de texte sont seuls
tirés à part. 50 exemplaires sont offerts aux auteurs.
Nota. — La Direction et la Rédaction de la Retue de Bretagne
ne sauraient être nullement responsables des théories ou opinions'
émises dans les articles qui y sont insérés, cette responsabilité,
incombant tout entière à leurs seuls auteurs.
il sersL rendu compte de tout ouvrage d'auteur tteton ou i nié"
restant la Bretagne, dont un exemplaire aura été adnssé au Rédacteur
en t^hef de là Revue.
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REVUE
de Bretagne
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Goo,y
4* Série. — 7* Année
JUILLET 1908. Tome XL
^ da «iï**
\^
REVUE
de Bretagne
4ê Bretagne
REVUE 4- REVUE
et de Vendée f^ Ttistori^ue de t Ouest
RÉUNIES
KpruB MomauM
M>* de l'ESTOURBEILLON, Directeur
C RiMé Di LAÏQUE, HédacUtir in chef
MM. Le V Cmahlm de CALAN. Sccrttâirf régional pour rik-et- Vilaine. — Rbnb
BLANCHARD pour la Loire InfcrJeurc— Le Chanoine PEYRON, pour le Finistère.
— AVENEAU DB LA GRANCIÈRE. pour le Morbihan. — Alain RAISON ou
CLEUZIOU, pour les Côtes-du-Nord. — Olivier de GOURCUFF, pour Pari».
¥
VANNES ^
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S, Place des Lices
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PARIS
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s, Quai Malaquais
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y6. Rue Saint-Germain
S'adresser pour la Rédactiom et l'envoi des manuscrits à M. le O' Rkné de LAIGUE,
aacfaitMtt deBthuiel, par Rcdyn ; pour I'Adjcinistration, MM. LAFOLYE, frères
places des Licet, Vaaxttê,
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^ T r -IJ.-1- ^.^-
-|^7.'- ÎTi»*^ J*^^ — .r:^ î* TS^
2
i
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:--
ASSOCIATION BRETONNE
CONGRÈS DE FOUGÈRES
Du 6 au 1? septembre 1008 aura lieu la 49* session de l'Âsso-
ciation Bretonne doût voici le programme :
Dimanche 0 septembre. -— A 2 h. 1/2, séance publique d'ouver-
ture. Nomination du Bureau de l'Association Bretonne. Nomina-
tion du Bureau du Congrès. Réunion dans chaque section pour la
fixation de Tordre des travaux pendant la durée du Congrès.
Lundi 7 septembre. — A 8 heures, mosse du Saint-Esprit. —
A 9 heures, conTéreneçs d'archéologie et d'histoire. — ASheures^
aéance publique.
Mardi 8 septembre. —A 8 h. 1/2 du matin, conférences d'ar-
chéologie et d'agriculture. — A3 heures, séance publique.
Mercredi 0 septembre. — A 8 h. 1/2 du matin, conférences
d'archéologie et d'agriculture. ^ A l'issue de la séance d'archéolo-
gie, réunion des Bibliophiles Bretons. -—AS heures, séance
publique.
Jeudi 10 septembre. — • Excursion au Mont-Saipt-Michel.
Vendredi 11 septembre. — A 8 heures du mat^n, messe pour
les défunts de l'Association Bretonne. — A 9heures, conférences
d'arch(?olo^ie et d'agriculture. — A 3 heures, séance publique.
Samedi 12 septembre. — AS h. 1/2 du matin, séance de clôture.
Voici le programme des diverses sections.
St^GTION D'ArGHÉOLOQIB ET d'HISTOIRJK
7. — Archéoto^tè,
i. Alonuments mégalithiques et antiquités préhistoriques qui
peuvent exister aux environs de Fougères. — S'il en existe, ont-
ils été fouilléfi 7 Deamptien et détails sur ces fouilles.
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C REVUE DE BRETAGNE
2* Mooumbnts anciens, ruines gallo-romaines de la région. —
Fouilles et découvertes récentes faites au pays de Cog|ès. ^—
Etudes des voies romaines du pays.
3. Croix anciennes élevées au bords des chemins ; signaler et
décrire celles que Ton connaît dans les pays de Fougères et
de Vitré.
4. Description des églises de style roman qui ont pu encore être
conservées dans cette môme région, malgré leurs reconstructions.
5. Histoire des monuments de Fougères, et, eu particulier, de
ses églises et de son château. — Leurs souvenirs, leur impor-
tance.
IL — Histoire
6. De révangéiisation de la Bretagne par les saints et moines
bretons» et par 4es saints et moines d'origine latine ou gallo-
romaine. — Etat des paroisses situées sur les bords de la Vilaine
et de ruie au X* siècle, d'après le cartulaire de Redon et les
autres car^ulaires de la région. Etymologie des noms de ces
diverses localités.
7. Etude de la part respective des éléments Bretons, Francs et
Normands, dans la fondation des grandes seigneuries des pays
de Saint-Malo, Fougères, Rennes et Vitré, et la colonisation de
ces territoires.
8. Le Protestantisme aux pays de Fougères et de Vitré. — Ses
conséquences; Principales familles protestantes; leur rôle et
leur action depuis la Réforme.
9. Etudier les principales industries du pays de Goglès avant
la Révolution et ses rapports commerciaux avec les régions
voisines.
10. Signaler ^t décrire les principaux châteaux et les maisons
curieuses du pays. — Principaux personnages ayant séjourné
dans ces diverses demeures.
Bibliographie. Folklore,
11. Personnages illustres, écrivains connus, auteurs oubliés
d*Ille-et- Vilaine, et spécialement du pays de Fougères. — Livres
rares. — Couvres inconnues des écrivains bretons.
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CONGRÈS DB P0U6ÈRBS 7
19. Résultats de la campagne encouragée par TAssociation
Bretonne pour la conservation de la langue bretonne dans l'en*
seignemeot et dans les familles. * La démoralisation de la
Bretagne par la débretonisation.
13. Mœurs, usages, contes, légendes et chansons populaires
dlIle-el-Vilaine.
Toute autre question historique ou archéologique, relative à la
Bretagne, peut ôtre traitée dans le Congrès, avec rautorisation
du Bureau.
Toute discussion politique ou religieuse est interdite.
Une des journées du Congrès sera consacrée à une excursion
archéologique.
Les mémoires qui n'auront pas été déposés avant la fln du
Congrès, entre les mains du Secrétaire de la classe d'Archéo-
logie, ne pourroqt ôtre imprimés dans le volume du compte-
rendu.
Le Directeur de la Section d Archéologie par intérim,
M^ Régis db l'Bstourbbillon.
Le Secrétaire dé ta Section d'Archéologie,
Louis db Villbrs.
Vu BT APPROUVÉ :
Le Directeur général.
Comte Lanjuinais, Député.
Seotion d'Aqriculturb
i. — Situation agricole dans les cinq départements de la Bre-
tagne et, en particulier, dans Tllle-et- Vilaine.
2. — Amélioration de l'espèce bovine, au point de vue de la
viande et du lait; races bretonnes; races de Jersey; sociétés
d'élevage ; livre généalogique; espèces porcine et ovine ; animaux
de basse-cour.
3. — Fabrication du beurre et du fromage. Laiteries coopé-
ratives.
4. — Elevage du cheval dans les départements bretons, au
point de vue militaire, industriel et agricole.
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8 REVUE DE BRETAGNE
5. — Viticulture. La vigne dans les départements bretons.
Fabrication du vin et de Teau-de-vie.
6. — Pomologie agricole. Culture des arbres à cidre. Pommiers
rt poiriers. Fabrication du cidre et du poiré.
7. — Apiculture.
8. — Engrais marins. Engrais de ferme et engrais chiminues.
Etude des engrais appliqués aux différentes culturer .
9. — Prairies naturelles et artificielles. Culture des céréales,
cultures diverses, culture des légumes de primeur pour l'expor-
tation.
10. — Pisciculture. Par^'.s et réservoirs à poissons. Ostréi-
culture.
11. — lie bois. Plantation. Exploitation. Scieries. Défrichement
des landes.
12. — L'enseignement agricole.
13. — Le dépeuplement des campagnes et les moyens d'y
remédier. -
14. — Le crédit agricole. Les caisses d'assurances contre la
mortalité du bétail.
15. — Les différents systèmes d'exploitation de la propriété,
rurale. Ilxploitation directe. Métayage à bail à prix d'argent.
Les mémoires qui n'auraient pas été déposés avant la fin du
Congrès entre les mains du Secrétaire de la classe d'Agriculture^
ne. pourront être imprimât dans le volume du compte^rendu.
Le Directeur de la Section d'Agriculture.
A. BoBY DB LA Chapelle.
Le Secrétaire Général de la Section d* Agriculture.
L. HoUITTfB DE LA ChkBNAIS.
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS
(Suite) (i)
LES MONTBJAN SEIONBURS DE GOMBODR.
JEANNE DU CHASTEL.
Jeanne du Ghastel dame de la Bellière et rie Gombour, du
Corrouet et de la Villequeno, par sa mère, et de Renac par son
pSi^e, était la seconde fille de Tangui du Ghastel et de Jeanne
Ragnenel de Malestroit. Elle fut mariée en 1506 à noble et puis-
sant Louis de Montejan, Ûls de messire Jean de Montejan et
d*Anne Sillé't il était seigneur de Montejan, de Sillé Je Guillaume,
de Cholet, de Becon, du Loroux Bottereau.
Ils laissèrent cinc) enfants dont les trois premiers furent sei-
gneurs et dame de Gombour : Jacques, René et Anne ; Oillone.
qui épousa Jean le Venneur seigneur de Homme et de Carrouge,
et Claude qui fut mariée à Ghristofle de Goulaine second du nom.
Jacques de Montejan eut pour tuteur et curateur son oncle
l'abbé René de Montejan, protonotaire apostolique. Devenu
seigneur de Gombour à la mort de son père, Jacques mourut
sans lignée le 21 décembre 1517.
Son frère René de Montejan prit après lui le titre de sire de
Gombour et lui succéda dans toutes ses seigneuries de la Bel-
lière, de Renac, du Boisfront, de la Villequeno, etc. Ghevalier de
Tordre du Roi, maréchal de France en 1538, gouverneur du
Piémont, il épousa Philippe de Monlespedon, de laquelle il n'eut
point d'enfants et mourut en 1539. Sa veuve lui survécut, elle
vivait encore en 1574 et perdit son second mari Charles de
Bourbon prince de la Roche-sur- Yon, sans enfants en 1569.
Aux États qui furent tenus à Vannes en 1532, René de Mon-
tejan avait joué un rôle des plus importants.
Le roi François I**, qui désirait que l'union de la Bretagne à la
France fût irrévocable, résolut, suivant l'avis de ses conseillers,
(1) Voir la lUnue de mai 190C*
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SEIGNEURS DE COMBOUR ^ET LEURS ALLIANCES
Maisons de Montejean et d*Acigné
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12 RBVUfi DE BRBTAGNft
d'engager les États à demander eux-mômes l'union perpétuelle
du Duché à la couronne de France.
Les États convoqués, M. de Montejan fut chargé de les présider
comme commissaire du Roi. 11 leur proposa d'accepter l'uniun.
Mais elle souffrit de grandes difficultés de la part de ceux qui
n'étaient pas gagnés par la Cour et qui redoutaient la perte de
tous le« privilèges dont avait joui la Bretagne.
D'autres prétendaient qu'il n'y avait que ce seul moyen
d'assurer à la Bretagne une paix solide et durable, qu'on ne
pouvait f espérer tant qu*)l y aurait des souverains particuliers»
L'expérience du passé était une leçon pour l'avenir, les duci
âvaif'nt toujours été en guerre soit avec la France» soit avec
l'Angleterre, l'union proposée permettait seule d'éviter à ta
Bretagne le renouvellement de pareils désastres.
Ces raisons longuement exposées triomphèrent des indécis,
les Êlats, consentirent à l'union, maïs quand on leur proposa de
la demander eux-mômes, ils se récrièrent ne croyant .pas pouvoir
dignement aller au devant d'un joug qu'on leur imposait.
M. de Montejan qui n'avait peut-être pas tout ce qu'il aurait
fallu pour ramener à ses vues des esprits effarouchés, le prit
d'un peu haut^ les altercations redoublèrent, enfin s^près bien des
tergiversations, on finit par s'entendre et il fut résolu que les
Ëtats demanderaient l'union par une requête qui fut adressée au
Roi le 4 août 1532.
Jacques et René de Montejan étant mort . sans enfants GoOi-
bour passa à leur sœur Anne.
Elle avait épousé en premières noces Georges de Tournemine
baron de la Hunaudaye qui lui^^mêtne était veuf en premières
noces de Renée de Villeblanche fille de Henry de Villeblanche
capitaine de Rennes, grand maître de Bretagne, Chambellan du
Duc, duquel elle n'eut point d'enfant (1500).
En secondes noces, Anne épousa Jean VIId'Acigné» baron de
Goetmen, vicomte de Tonquédec en 1525, seigneur de l'Argouài
qu'on a tort, dit M. de la Borderie,'d'écrire Largouet, car il vient,
du Breton ar (sur) eicoet (bois), surlebois^ ce qui semble indiquer
que cette seigneurie était bien plantée et que son territoire était
couvert de bois ; vicomte de Loyat,sieur de la Lande, de Quer, de
Fontenay près Rennes, de la Motte au Vicomte, elc.,gentil-hoînme
ordinaire de la chambre du Roy, lieutenant général pour sa ma-
jesté en Bretagne,, chevalier de l'Ordre de Saint-Michel en 1539.
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COMBO0R ET SES SEIGNEURS il
Jean VU d'Acigné, iBotirut le 19 mars 1540 et fut inhumé au
couvent de Saint- François ûe Reaaes oCi les sires d'Âevgué
EYaient ii5Ur sépulture.
De son second man Jean VII dWeîgaé, Àane de Montejao eut
cinq enfants^ trois flts et deux Qlles :
Jeao VIll (j*Aci4:né, François qui fut tué à la bataille de Mon-
coBtaur eu 15*^y (1;, Claude seigneur de Lohéac qui CDOurut sans
enfants; de st^s deux flltes Ciâude, qui étail 1 aînée, tut mariée
avec Claude du Chastel, seigneur du dit iit^u, la seconde qui fut
dame de Combour, épousa Jean de CoetquGû.
Jean VIlI d'Acigoé, de Pont-nay et de Guer. baron^de CoetcneQ,
chevalier de TOrdre du Roi, épousa en 1560, Jeanne du Plessix,
dame-de la Bourgonnière, d'où naqutt une seule HUe et unique
héritière; Judith d'Acigné, qui fut manéB eo 1570 à CbarLies de
Cassé, comtî de Brjssac qui devint cnaréchal de France, cheva-
lier des ordres du Roi et son lieu tenant général au gouvernement
de Brelagne,
Jean Vm d*Acigné, décédé le 7 décembre 1573, fut inhumé au
couvent de Saint-François de Rennes.
Ba ÔUe Judith, comtesse de Cossé Brissac, mourut le dimanche
11 janvier iDd8.
Anne de Montejean retira, peu de temps après la mort de sou
mari, en 1543 les terres et seigneuries de Maleslroit, de i'Argouet,
de Chateaugjron, etc., qui lui revenaient par succession colla-
térale après le décès de Jean de Laval, son couâin.
Le 2 novembre de la môme année, elle rendait aveu au Roi
pour ses baronnies de Malestroit sous la baronnie EJe Ploërmel,
po^ir U baron nio d** Combour partie sous Rennes, partie sous
Fougères, du Chastel Oger sous Rennes, de Pougeray sous
Naotes, de TArgouet et Elven aous Vannes (2)-
(l> 11 épaula uû« Moutboaroh^r (da Pas, p. 152).
(î) De Uonlejaii oti Monlji^ii sieur du dit lieu^ da V«rD, d« Chollat, d« Boulet,
puroiue da Feins, vicomte dé ta BeUière, paroisse de Plâudihaa, baron de Com-
bour, par mariai^ia ftvec Jej^nnedu GhaâteL
D*or frmé i« gueules (sceau n\Z). PL UI, %. j9.
LouJâ de UontejaDp marié à Jeanne du Cha^^^tel, dame da la Belîière, dont Hené
miiréohald^ Franoa (ïq 1539. liaison fondue danE» Acignè, par t\l\^A du niifdage
«rAnne de Mùntejan, acisur lU René uv^t: Jean Vil dMci^^né et dime Coa^é firissac
par Je mariage de kur petite ÛUe Judith d'Aoigné ayec Cbarleâ de Cûfl«é, oomte
da BrisaaCj baron de Malestroit, eto.f 1579.
Pfa.itipp« de Monle«pedoci épou:ie dd René de Montejan, de *a&£# aM jtofi ^ûT"
cent* FvmUle originaire d'Aajoa. PL 10, fig. 20.
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14 REVUE DE BRETAGNE
LES COETQDEN.
Jean V de Goetquen, 22*" Seigneur
1553.
Avec Jean de Goetquen, nous arrivons à une date des plus
importantes pour l'histoire de Combour. C'est en faveur de ce
vaillant capitaine que le roi Henri III érigea la terre et seigneurie
de Goetquen en marquisat, celle de Gombour ancienne baronnie
en comté, Uzel et Rougé en vicomte et Vauruffler en baron-
nie (1).
Gette érection eut lieu la deuxième année dii règne de Henri III,
roi de France et de Pologne au mois de juin 1575, et fut enre-
gistrée au parlement le 10 octobre 1576.
Toamemine, i* baron de la Hnnaudaje, époux d'Annede Montejan : Eearteié
d*or et d'asur (sceau de 1372). Devise : Aultre n^auraj. PI. III, ftg. 21.
Acigné (ramage de Vitré), sieur du dit lieu paroisse de ce nom ëvéché d«
Rennes, vicomte de Coetmen paroisse de Tremeven, vicomte de Tonquédec,
sieur de Montejan en Anjou, vicomte de Loyat, baron de Malestroit, vicomte de
la Bellière, baron de Combour, baron de Chateaugiron, sieur de Ghollet et de
Beoon en Aujou, etc. D'hermines à la fasce aléiie de gueules^ chargée de trois
fleurs de lys d*or. Devise : Neque terrent monstra. PI. III, fig. 92.
La seigneurie d* Acigné a été érif^ée en marquisat en 1609, en faveur de Chartes
de Cossé Brissac, second fils de Charles, maréchal de France et de Judith d* Aci-
gné i)ui prit le nom d*Acigné pour satisfaire aux conditions du contrat de ma-
riage de ses parents.
Cossé Brissac (originaire d*Anjou), sieur du dit lieu^ comte puis duc de Brissao
et pair de France en 1611, marquis d*Acigné en 1609, baron de Coetmen siear
de la Guerchede Chàteaugiron. baron de Malestroit, sieur du Chastel paroisse
de Plouarxel, de Cœtivj paioisse d^ Plouvién.
De sable à trois faspes d'argent denchées par le bas. PI. III, flg. 27. Uoulaine :
Mi parti d'Angleterre et de France^ Devise : De cettuy-ci, de cettuy-Ià j'accorde
les couronnes. PI. lll, flg. 1\. Ces armes et devis» furent accordées à Jean de
Qoulaine, capitaine de Nantes en 1180 en\oyé par le duc Oeotfroy pour ménager
la paix entre Philippe- Auguste et Henri II d'Angleterre.
Du Plessis de la Bourgonnière (Anjou).
D'aryenl à la croix denteWe de gueules cantonnée de seize hermines de
sablCy quatre dans chaque ciuuon. PI. III, fig. lh.
Montbo'icher : D*oY à trois chanues de gueules, PL ^11, fig. 26. Le Venneur :
D'argent au cerf de gueules^ ramé et ongle d'or. PI. III, ftg. ?3. L'église pro-
testante qui s'était fondée à Combour, sous les auspices de François d'Acigné,
seigneur de Montejan, ardent calviniste époux d'Anne de Montboucher, disparut
avec lui vers 156?. {La Bretagne au XVI* siècle^ vicomte de Càlan).
(1) Nous donnons plus loin cette lettre d'érection tirée des Archives du château
d e Combour.
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GOMBOUR IT SBS SUGNEURS 16
Ces lettres patentes ont été confirmées par Louis XIV en
septembre 1078; elles avaient été présentées à la Chambre des
Comptes de Bretagne en 1580 (1).
Jean Y marquis de Coetquen, était né au château de Coetquen»
en 1525, il épousa Philippe d'Acigné dame de Combour et devint,
ainsi du chef de sa femme XXII* seigneur de Combour en 1553.
Il était en outre seigneur de la Houssaye, de Mezengé, de la
I Soraye et du Marchais» gentilhomme ordinaire de la Chambre du
Roi, portant la clef d*or, capitaine de cent hommes d'armes de
! ses ordonnances, lieutenant général pour Sa Majesté au gouver-
I nement de Brest, gouverneur de Saint-Malo et chevalier de
l'ordre du Saint-Esprit le 9 janvier 1595.
Il avait été nommé chevalier de Tordre du Roi le 18 février 1568
I et en reçnt le collier des mains du vicooQte de Martigues^ cheva-
lier du môme Ordre (2).
Le marquis de Coetquen se signala dans un grand nombre de
batailles à Dreux en 1502, à Saint-Denis en 1567, à Moncontoor
en 1569, à Anneau en 1587. Il commandait les royalistes à la
bataille de Loudéac en 1591.
Tandis que les royalistes tenlaient de surprendre les ligueurs,
Jean d*Avaugour seigneur de Saint-Laurent, mari «de Françoise
I de Coetquen, maréchal de camp du duc de Mercosur, mit le siège
I devant Loudéac. A cette nouvelle le marquis de Coetquen» beau-
père de Saint-Laurent, s'avança jusqu'à Loudéac dans le dessein
de soutenir les assiégés. Il était à la tôte de cent vingt chevaux
std*un détachement d'arquebusiers; Guemadeue, la Bouteillerie
et le baron de Molac l'accompagnaient. Ayant appris leur marche,
Saint-Laurent alla au devant du marquis son beau-père, mais
celui-ci ayant pris Saint-Laurent par derrière le força à fuir. La
Bouteillerie, qui s'était distingué dans cette bataille, fut dange.
reusement blessé et Quemadeuc mourut des suites de ses
blessures.
Les gens de Moncontour apprenant la défaite et la fuite de
Saint-Laurent à Loudéac, imitèrent son exemple et abandon-
nèrent la place de Moncontour, si bien que le prince de Dombes,
ayant appris la prise de cette ville à Rennes, écrivit au msiirquis
de Coetquen pour le féliciter de ses succès.
(1) Arehites da oh&teau de Combour.
(2) De Carné, Les Cfievalieri du Mont Saint- Michel.
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Planche IV
SEIGNEURS DE COMBOUR ET LEURS ALLIANCES
Maisons de Coetquen
i'OrUinS
Juillet 1906,
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18 REVUE DE BRETAGNE
Jean de Goetquen se signala encore au siège de ^amballe où
périt rintrépide de la Noue et à la tour de Gesson, où le parti
royaliste perdait la Hunaudaye.
.En 1593, le marquis de Goetquen fut nommé par le Roi lieu-
tenant-général clés évôchés de Nantes» Vannes, Dol et Saint^Malo.
L'année suivante sous les ordres du maréchal d*Aumont il se
fit distinguer par sa valeur aux sièges de Morlaix et de CrÀuzon.
En 1597, étant gouverneur de Saint-Malo, il se rendit avec deux
pièces d'artillerie devant le Piessis-Bertrand dont la. garnison
inquiétait à chaque instant les Malouins, depuis qu'ils s'étaient
soumis au Roi. Ayant appris que Saint-Laurent venait au secours
du Piessis-Bertrand, le marquis leva le siège et rentra à Saint-
Malo avec ses deux canons, mais Tinfanlerie royale restée sous
le commandement de Brumensani, gouverneur de Chfttillon,
attaqua Saint-Laurent et le força à la retraite.
A la fin de 1597, Prançoià de Saiot-Cyr, prieur de Saint-Malo
de Dinan, alla trouver le Roi pour lui communiquer un plan qu'il
avait formé de concert avec Raoul Marot sieur des Alleux^ séné-
chal, et Robert Hamou syndic de la ville pour lui remettire la
place de Dinan.
Le Roi donna alors au prieur pour le nlarquis de Goetquen
gouverneur de Saint-Malo un ordre lui enjoignant de mettre à la
disposition des conjurés un détachement de quinze cents hom-
mes. Afin d'éloigner Saint-Laurent qui était gouverneur de Dinan
pourlaligue,oncontrefîtrécrituredu ducde Mercœur et on écrivit
en son nom à Saint-Laurent pour lui donner l'ordre de venir à
Nantes avec toutes les troupes dont il pourrait disposer.Mercœur,
en le voyant, comprit tout de suite que pinàn lui échappait.
Les Malouins étaient arrivés le 12 février au soir et cachés
aux environs, morfondus, la pluie n'ayant cessé de tomber, très
peu disposés à se battre.
Les chefs du complot, pour les faire marcher, durent les
menacer de dénoncer leur présence aux ligueurs, ils s'ébranlent
et entrent dans la viile av( c les conjurés en criant : Vive le Roi.
Aussitôt un des notables parmi les Malouins appelé Pépin de la
Planche part pour Paris afin d'apprendre cette bonne nouvelle
au Roi.
Sire f avons prins Dinan^ dit le Breton sans prendre haleine.
Impossible^ dit le maréchal de Biron,
Vere, dit Pépin, il le sara mieux que ma qui y étas .
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OOMBOUR KT SES SBIGNBURS 19
Et sans plus de cérémonie, il fait entendre qu'il a faim ; le Roi
le fait servir, riant beaucoup de sa simplicité.
Le lendemain, Pépin vient prendre congé du Roi et ne lui
demande rien autre chose qu*ùn cheval de ses écuries^ « le sien
ayant crevé comme un porc 1 »
Le Roi lui 8t donner un de ses bons coureurs et Pépin s'en
retourna fort satisfait de lui-môme et du Roi.
L'un des témoins nommés dans Tenquôte faite à Toccasion de
la réception de Jean de Goetquen dans Tordre du Saint-Bsprit
dépose « qu'il était Tun des plus anciens capitaines de France
qu'il avait été chargé des reltres en tous les voyages de Piémont,
à la bataille de Moncontour et autres, que depuis la reprise de la
ville de Rennes, il fut le premier des gentilshommes qui se
rendirent en la dite ville avec quarante gentilshommes bien
armés et montés pour la défense de la ville, (son fils Jean VI
raccompagnait) qu'il s'opposa aux entreprises du duc de Mercœur
qui tenait la ville de Vitré assiégée, qu'à son exemple, les autres
seigneurs vinrent à Rennes, ce qui fut le fondement de la con-
servation du pays, qu'à lui était due la prise de Moncontour et
la défaite des ennemis à Moncontour et à Loudéac (avril 1591)
quoi qu'ils eussent deux fois plus de troupes que lui ; et qu'en
toutes batailles sièges et prises de villes, il avait é^té assidu
auprès du duc de Montpensier, du maréchal d'Âumont et des
autres lieutenants généraux qui avaient commandé en Bretagne
ce qui avait déterminé le Roi à le faire son lieutenant général
audit pays (1).
C'est sans doute Jean premier, marquis de Goetquen qu'on
trouve nommé Jean de Goetquen chevalier de l'Ordre du Roi dans
une montre du 23 avril 1569. Il était fils de François de Goetquen
et de Françoise de Malestroit, mais ce n'est que par son mariage
avec Philippe d'Acigné qu'il devint seigneur de Gombour(2). On
verra plus loin un accord curieux entre les seigneur et dame de
Goetquen et le sire d'Acigné par lequel celui-ci abandonne à sa
sœur Philippe la terre et seigneurie de Gombour pour demeurer
quitte du partage des successions de ses père et mère et autres
successions collatérales.
Jean de Goetquen mourut dans un âge avancé (soixanle-dix-
n<^uf ans) à son château de Vauruffi;*r en Plouasae et fut inhumé
(1) D« Carné, Les Chevaliers du Mont- Saint- Michel,
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30 RBVUI DE BRETAGNE
dans le chœur des Frères Prêcheurs de Diuan où ou grand nom-
bre de Goetquen ont eu leur sépulture.
Sa femme lui survécat, elle mourut en 1615 et par son testament
daté du 1*' octobre 1605, elle ordonna que son corps fut inhumé
pr6s de son époux et son cœur aux Qordeliers de Dinan.
Ils avaie-it eu un flis et trois fliles : Jean marquis de Goetquen
comte de Combour, Gilonne mariée en 1576 au sieur du Hallay,
avec cette clause au contrat que : si les Goetquen venaient à s*é-
teiodre» les du Hallay en relèveraient le nom, ce qu'ils ont fait ;
Françoise mariée à Jean d'Avaugour, sieur de Saint- Laurent et du
Bois de la Motte, célèbre capitaine ligueur, et Odette qui épousa
6n premières noces : IjOuIs de Québriac, sieur de la Hirlaye et en
secondes noces Vincent du Louet de Coetjunval.
En 1566, Robert Guéhenneuc sieur de Ghantepic^ juveigneur de
la maison de la Roncière, etaitgouverneur.de la place et château
de Combour, il fut chevalier de TOrdre de Sa Majesté d'après un
recueil de g^^néalogies composées sur les arrêts de la réformalion
de 1668(1).
JRAN VI, Marquis de goetquen,
GOMTE DE COMBOUR (2).
23<' Sbionbuk
Bien qu'il foit mort avant ses parents, Jean VI fils de Jean V,
premier marquis de Goetquen et de Philippe d'Acigné. fut aussi
seigneur de Gombour « qu'il eut, dit du Paz^ pour Tentretien de
son estât et de sa personne et tant qu'il vesquit fut dit et appelé
comte de Gorobouf ». Il fut, comme son père, gouverneur de
Saint- Malo^ capitaine.de cent hommes d'armes (1580), chevalier
de l'Ordre du Roi.
A la nouvelle de la reprise de Rennes sur les ligueurs en 1589,
il s'y rendit, avec son père et contribua avec lui à la défense de la
ville.
Il avait épousé le 14 octobre 1578 Renée de Rohan sœurd'Her-
cule de Rohan de Montbazon, fille aînée de Louis prince de Gué-
meûé et d'Eléonor de Rohan, dame de Gié.
Il mourut, non point à la bataille de Loudéac, où commandait
(1) De Carné, Le$ ChevcUien du Mont-SainUMichel.
(«) Je ne sais pourquoi la Bibliographie Bretonne l'intitule Jean VII.
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CONBOUR ET SKS SBIGNIURS 31
son père, comme on l'a écrit, mais à son ch&teaa de Combonr le
29 juillet 1602, ne laissant de Renée de Rohan qu'un fils unique
qui lui succéda dans la seigneurie de Gombour. .
Sa veuve Renée de Rohan, mourut le 16 mai 1616.
Jean VI marquis de Goetquen, comte de Combour fut inhumé
au couvent des Jacobins de Dinan dans Tenfeu de ses ancêtres.
Renée de Rohan fut ensépulturée en Téglise paroissiale de
Combour où se voyait encore son mausolée en marbre noir avant
la Révolution. Autour de son tombeau était écrit ce qui suit :
Passant, sans admirer cette figure d'albâtre,
Admire les vertus dont était décorée
Renée de Rohan, qui font que comme une astre
Elevée dans les deux, elle est d'honneur ornée.
To te trompes, passant, cherchant sous cette lame ^
Les vertus qui luisaient en Renée de Rohan,
Car elles ont suivi dans les deux sa belle âme
Et gisent à présent dans le* sein d'Abraham.
Les vertus gisent toutes entre ces quatre tables,
Qu'on ne me parie plus de Pallas et Jano,
Ny de la sœur du grand dieu qu'on nomme Apollo,
Car Renée de Robao a surpassé leurs fables.
Bien sage fût Oaphné qui, d'un faux dieu fuyant
Le saie amour, devint laurier verdoyant.
Plus sage mille fois fut de Rohan Renée
Qu'elle aima tant son Oieu, qu'en ange elle est changée !
Malheureusement l'auteur de cette magnifique épltaphe ne
nous à point laissé son non^I DoiUon le regretter? Malgré cette
réminiscence biblique, malgré ces souvenirs poétiques tirés de
la mythologie, je serais tenté de dire qu'il a fait comme le
passant, s'il s'est cru poète de premier ordre, il s'est trompé I
Cependant tout considéré, H serait bien à regretter qu'il n*eut
pas fait son épitaphe, qui est bien dans le goût du temps.
LOUIS DE GOETQUEN, COMTE DE COMBOUR,
24^ SeiONBUR.
Fils de Jean VI, marquis de Coetqueo, comte de Combour et
de Renée de Rohan, Louis marquis de Coetquen devint en
1616^ le XXIV* seigneur de Combour.
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tS REVUE DE BRETAGNE
Il était marquis de Coetquen, comte de Comboor baron de
Vauruffler, vicomte d'Uzel et de RouçiS, feigneur d'Aubigné, de •
la Houssaye^ de Mezengé, du Marchais et du Boulet. Conseiller
d'Etat d'épôe, gouverneur de Saint-Malo et de la Tour Solidor, '
mestre de camp d'un régiment de douze cents hommes, il assista
au siège de Saint-Jean-d'Angély et de Royan et mourut au siège
de la Rochelle le 9 octobre 1628.
On trouve son s^ceau entouré du collier deTordre de Sa Majesté
à une commission qu'il donna le 15 juillet 1621 (1). Il avait
épousé en 1609 Henriette d'Orléans, fille de François marquis de
Rothelin et de Jeanne du Val. Il laissait pour successeur son
ais Malô.
MALO I", MARQUIS DE COETQUEN, COMTE DE GOMBOUR
25* Seigneur.
Il fu^ baptisé le 11 juillet 1611 à Sàint-Malo dont les sires de
Coetquen furent longtemps gouverneurs de père en flls. Gomme
ses prédécesseurs, Malo fut gouverneur de Saint-Malo, capitaine
de la Compagnie des gendarmes de feu le cardinal de Richelieu.
Il avait épousé en 1631^ Françoise de la Marzelière, fllle de
François marquis de la Marzelière baron de Bain et de Bonne
Fontaine, Vicomte du Pretay, etc., et de Françoise de Harcourt.
Malo mourut au mois d'août 1674, il laissait deux fils : Malo II
qui lui succéda et Pélagie de Coôtquen, une fille Françoise
mariée en 1653 à Hercule comte de 3oisséguin et de la Bellière.
Pélagie de Coetquen eut un fils Malo Jean-Baptiste qui périt de
mort tragique en 1693.
On lit dans les registres paroissiaux de Combour à la date du
Zi novembre 1682 : Malo J.-B. d^ Coetquen 81s de feu hault et
puissant seigneur messire Pélagie de Coetquen et de dame
Guillemette Bélin, ondoyé à Saint-Malo le 22 janvier 1676 par
messire L. Desnos, vicaire perpétuel de Téglise cathédrale, reçoit
à Combour le supplément des cérémonies du baptême. Parrain
sbn oncle Malo de Coetquen, marraine demoiselle Françoise de
Coetquen.
Deux diseurs de bonne aventure, ou plutôt de mauvaise en ce
cas, avaient prédit sa 6n malheureuse au jeune Malo.
(1) D« Carné, Les Chevaliers du Mont Saint-Michel,
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COMBOUR ET 8BS SBIGNIURS 21
Au moi3 de juin 1603, marchant avec \e régiment du Roi poui*
rejoindre l'armée, il voulut abreuver son cheval dans i'Eseaut et
s'y noya en présence de tout le régiment sans avoir pu être
secouru. Il avait eu deux sœurs, Tune religieuse calvairienne,
l'autre Françoise comtesse deMornay, marquise de la Marzelière
et de Bain.
Un facium intitulé : Généalogies du sieur Guillard, publié au
tome IV du Cabinet historique parle ainsi de Malo P'.
« Celuy des Goetquen qui a le plus paru à la Cour dans ce
siàcle, aimoit fort à demeurer chez luy comme font presque tous
les Bretons. Il s'amusoit en son pays à faire bonne chère, aller à
la chasse et faire de la fausse monnoye. S*il eust voulu aller à la
Cour et y paroistre, il auroit esté cordon bleu et peut estre
mareschal de France et duc et pair, mais les plaisirs de sa
province l'y ont toujours retenu. Il avoit esf>ousé une femme qui
le mesprisoit beaucoup quoyqu'il fust d'aussy bonne maison
qu'elle; il en eut deux enfans sçavoir le dernier marquis de
Goetquen et le comte de Gomboor. Geluy*ci a espousé une riche
héritière de Saint-Malo, Uuillemette Belin fille d'un gros marchand
qui trafiquait sur mer ; il alla luy-mesme en Portugal et à Séville
pour recueillir la succession de son frère et le comte de Gombour
alla aubsy dans les mesmes pays pour la succesion de son beau
père » (1).
Malo de Goetquen traitait, paraît-il, très durement sa femme,
elle fut forcée de se retirer au couvent de la Visitation de Rennes
et comme son mari prétendait qu'elle dépensait follement sa
fortune en bonnes œuvres, elle fut forcée de s'adresser au parle-
ment et à la Reine pour obtenir justice, son mari lui refusant
absolument toutes espèces de subsides.
Françoise de la Marzelière, marquise de Goetquen, mourut le
14 juillet 1677.
MALO II JEAN-BAPTISTE, MARQUIS DE GOETQUEN,
SEIGNEUR DE GOMBOUR,
26» Seigneur.
Leur fils Malo Jean-Baptiste, marquis de Goetquen et de la
Marzelière comte de Gombour en 1650, fut nommé gentilhomme
(!) BUhBibliographie krtionnê, Gottqaen, p. 20.
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24
RBYUE DE BRBTAGNI
ordinaire de la Chambre du roi en 1659. gouverneur de Saint-
Malo en 1662, commandant pour le roi en Bretagne en 1663.
La muse historique de Loret dit de lui en 1665
Coaquin qu*on tient d'assurance.
Un des bons gendarmes de France.
et à propos de son mariage en décembre 1662.
Ce jeune Marquis d'importance.
Ce Breton d'illustre naissance,
D'esprit, de cœur, et bien formé,
Marquis de Goaquins nommé,
Bpouza, jeudy, cette belle,
Cette admirable jouyencelle,
Ayant plusieurs grands biens en dot,
Pille de feu Rohan Chabot,
Bt de son aimable compagne.
Du sang des Princes de Bretagne,
Quoique la ûlle fut, dit- on.
Paroissienne de Charenton,
Bt la plus belle qui paroisse
Bn cette assez grande paroisse
Toutefois, cet heureux Amant
Bpouza cet Objet charmant
Cette beauté presqu'Angélique,
Dans Saint- Paul^ Temple Catholique...
Malo Jean-Baptiste, épousa en décembre 1662 Renée Charlotte
Marguerite de Rohan Chabot, sœur du duc de Rohan qui survécut
à son mari. Celui-ci mourut & Paris le 24 avril 1679, ne laissant
qu'un flls Malo Auguste qui lui succéda (1).
En 1682y Marguerite de Rohan Chabot étant veuve et tutrice
de son fils, rendit aveu au roi pour sa ch&tellenie d'Aubigaé qui
pendant un siècle resta unie au comté de Combour et ne s*en est
détachée que par suite de Tacquèt fait en commun par MM. de
Chateaubriant et de Montboucher.
La marquise de Coetquen était sœur de la princesse de Soubise
et de la princesse d'Espinoy ; elle disait plaisamment en parlant
de son séjour à Versailles qu'elle y était... entre deux selles...
parce que ses deux sœurs avaient le tabouret (2).
(i) Le décèi de Jeani-Baptiste Malo de Coetquen inscrit anx registres de Com-
bour commence par ces mots: « Pour éterniser sa mémoire... et finit par
ceux-ci : Il mourut à Paris avec grand et incompréhensible regret de tons set
pauvres sujets. »
(2) Bio-Bibliographie Bretonne. Coetquen, p. 21 et suit.
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COMBOUR ET SBS SEIGNEURS 26
Dans sa correspoQdance avec sa fille M"^* de Sévîgné, toujours
si mordante, ne ménage pas plus l'un que l'autre, le marquis et
la marquise de Coetquen, nous n'oserions dire qu'ils ne donnaient
pas prise à ces attaques.
Malo II fut député des Btats de Bretagne en 1677, il avait été
grand veneur de Monsieur pour le cerf en 1607.
La marquise avait fini par quitter la Cour pour venir dans ses
terres, où elle donna des marques de ses sentiments religieux
et accorda sa protection à tous ceux qui y eurent recours. Puis
cherchant bientôt un asile ^ au sein de la piété solide dont
saint François de Salles nourrit ses Olles spirituelles » elle se
retira en 1708 au monastère de la Visitation de Rennes et mourut
en 1720.
On lui fit de pompeuses funérailles. « L'oraison funèbre de très
ha^te et très puissante dame M°** Marguerite Chabot de Rohan
douairière de Goetquen, veuve de très haut et très puissant sei-
gneur Malp Jean-Baptiste de Coelquen, marquis de Coetquen,
et de la Marzelière comte de Combour et autres lieux, gouver-
neur de Saint-Malo, fut prononcée dans l'église paroissiale de
Combour, en présence de M. le marquis de Coelquen son fils
commandant pour Sa Majesté en Bretagne.
L'orateur semble être de Saint-Malo parce qu'en faisant Téloge
des Coetquen, il dit : « Celte maison, et c'est ce qui formera tou-
jours notre tendre souvenir était depuis un siècle en possession
de nous fournir nos gouverneurs bien aimés... Saint-Malo a
acclamé six gouverneurs de la maison de Coelquen...
Il avait pris four texte de son discours ces paroles :
Décor ei fortitudo indumentum ejus. Elle a été revêtue de
beauté et de force, et il développe ces deux idées :
1* La Providence a ménage à la marquise de Coetquen une
naissance illustre et une alliance qui l'ont rendue l'objet (fe notre
vénération et de notre amour.
Et il passe en revue à ce propos toutes les illustrations des
Chabot, des Rohan et des Coetquen, énumérant les innombrables
services qu^ils ont rendus à l'Etat et à la Royauté.
2^ La Providence a ménagé à la marquise de Goetquen une vie
à la Cour et une mort dans la retraite qui l'ont rendue l'objet de
notre instruction et de notre imitation.
Plus charitable sans doute que M"* deSévIgoé, le panégyriste
fait de la Marquise de Goetquen le portrait suivant : « Que qa
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i6 REVU£ DE BRBTAGNE
pui8-je VOUS décrire cet assemblage de traits qui imprimaient le
respect ; cet air de majesté accompagnée de tant de grâces ? Se
présentait-elle 7 par l'éclat de son maintien elle attirait nos
hommages et le senthrrent commun qui s'élevait en nous, çst
qu'elle était faite pour commander. Cet éclat était tempéré. Dans
la douceur de ses regards, on découvrait la douceur de son âme
paisible: dans la délicatesse de ses traits» la finesse de son
esprit. Parlait-elle? C'étaient des oracles de bon sens, la solidité
dé son jugement lui communiquait une élévation de pensées
toutes appuyées sur l'expérience du grand monde dont elle
connaissait si bien toutes les humeurs, tous les intérêts, tous les
usages. La grandeur de son âme égalait la dignité de ce port
majestueux en sorte que, considérant plus les exemples que les
titres de ses ancêtres, elle regarda comme un apanage de sa
naissance d'être sincère dans ses paroles, fidèle dans ses pro-
messes, franche dans son procédé, sûre dans ses amitiés ; faisant
plus de cas de la libéralité que des richesses, et aimant mieux
rabattre de la pompe extérieure que d'intéresser sa justice. Plus
on avait l'honneur de la connaître, plus on était saisi d'admira-
tion, sa grandeur n'étant pas de celles qui augmentent par
l'éloignement et qui diminuent à mesure que Ton s'en approche.
La véritable grandeur qui avait une influence générale sur
toutes ses vues, sur toutes ses démarches et qui est au cœur ce
que la bonne grâce est au corps, ne l'abandonna nulle part ; tel
est son portrait. «
Dans le même discours on trouve l'éloge de son flls Malo
Auguste : , ^
« Aussi agréable à la cour qu'il nous est favorable, pbpulaire
sans rien perdre de sa dignité, exact par l'amour du bon ordre et
de notre sûreté, juste dans son discernement, éclairé sur chaque
chose, déjà victime de sa valeur pour le salut de l'Etat, il en
entretient l'amour dans le cœur des peuples qu'il commande et,
par la droiture de ses avis, l'entremise de son pouvoir recherche
à concilier l'intérêt public avec celui de tous les particuliers. »
Puis, s'adressant à Jules Malo, l'orateur ajoutait :
« Et vous, digne fils unique, fondement de toutes les espé-
rances de cette maison, notre couronne future par la survivance
que vous avez obtenue du gouvernement, prenez votre assort à
l'entour du trône, où ceux qui l'approchent de près, ne composent
pour ainsi dire que votre famille. Que le ciel bénisse l'heureuse
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GOMBOUR BT SES SEIGNEURS XI
compagoe de votre bonheur et conserve longtemps vos jours,
dans la carrière militaire, où Sa Majesté, qui se plaît déjà à vous
combler de ses grâces, vient de vous accorder l'honneur du
conamandement. »
En 1666 Pierre (le Salano était capitaine de la ville et du
château de Gombour, en 1684 il devint capitaine des cent suisses
de Monsieur frère du Roi et mourut le 24 septembre 1686.
Cette môme année 1686, M. Briand, chapelain de la marquise
de Goetquen et titulaire de Thôpital de la Madeleine de Gombour,
béoit un mariage en présence de Monseigneur le marquis de
Goetquen.
Daniel de Oennes était alors sénéchal de Gombour, il fut rem-
placé en 1696 par Malo Philippe sieur de Villeneuve, qui mourut
le 3 décembre 1709.
(i4 suivre). Paul de la Bionb.
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MÉLANGES HISTORIQUES
(Suitb) (!)
XIII. — La JBUGGB88I0N DU DUO GbOFROI.
La mort du duc Geofroi (1008) devait amener nécessairement
de graves complications intérieures. Elle posait en effet un pro-
blème de droit successoral sur la solution duquel les Bretons
devaient fatalement se trouver divisés. Le fils atné du défunt,
Alain, était encore trop jeune pour exercer efficacement le
pouvoir. En pareil cas, chez la plupart des peuples celtiques ou
germaniques, comme chez les races patriarcales, ce que l'on
considérait surtout dans la succession d'un chef, c'était la trans-
mission de la souveraineté, et en Tabsence d'enfants aptes à
exercer le commandement suprême, fonction essentielle d'un
roi, d'un due ou d'un comte, l'héritier était naturellement le
plus âgé des proches parents du défunt, le plus capable de le
remplacer, son frère par conséquent s'il en avait un. Ainsi
trente' ans auparavant, lorsque le comte Hoél de Nantes était
mort, laissant un flis en bas âge, celui-ci avait été évincé et le
comté de Nantes avait été attribué à son oncle Guerech. Il sem-
blait donc q^e Judicaël, frère de Geofroi^ était tout désigné pour
recueillir sa succession, et de fait une partie des seigneurs bre-
tons se déclarèrent pour lui. Mais en face des idées celto-ger-
maniques, en contradiction avec elles, se dressaient les idées
romaines qui dans une question successorale ne voyaient que la
transmission de la propriété et résolvaient la difficulté résultant
, de la présence d'héritiers mineurs en organisant une adminis-
tration provisoire, une tutelle. Or les idées romaines n'avaient
pas disparu avec la conquête franque ou bretonne ; elles subsis-
taient en beaucoup d'endroits à Tétat d'usages ; surtout elles
avaient la/aveurdu clergé pour qui elles constituaient une sorte
(1) Voir la Jievue de juin 1908.
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^
MÉLANGES HISTORIQUES 39
de droit idéal, de règle-type. Aussi Alain trouva-t-il immédiate-
ment en Bretagne des champions de ses prétentions. Telle fut .
Torigine d'une guerre civile, qui, comme on le voit, fut tout autre
chose qu'une rébellion de seigneurs contre leur souverain légi-
time.
Ce Judicaël frère de Geofroi auquel un parti puissant offrait
ainsi la couronne ducale était-il distinct de Judicaël frère de
Geofroi et évêquede Vannes? Nos érudits bretons ne Tout pas
pensé. Ils ont sans doute été amenés à cette conclusion par Tideu;-
tification qu'ils ont établie entre le candidat des barons insurgés
et celui qu'ils considéraient comme le chef de ces derniers, Judi-
caël fils de Cham. Celui-ci ayant péri dans la lutte ne pouvait
être l'évoque de Vannes que l'on voit à une époque ultérieure jouif
paisiblement de son évêché. Mais pour que cette conclusion s'im-
posât, il faudrait que cette identification fût certaine. Or elle repose
uniquement sur cette hypothèse que Cham est le mot breton cam^
lequel signifie boiteux, et que Judicaël /f/tusCAam n'est autre que
Judicaël fils de Conan le boiteux. Or il est assez rare de voir un
prince désigné uniquement par son sobriquet ; en second lieu il
est étrange que les moines d'une abbaye située en pays français,
comme étaient les moines de Saint-Méen à la chronique desquels
ce récit est emprunté, y aient inséré ce surnom sous sa forme
bretonne, laquelle ne devait pas ôtre employée par le comte du
pays français de Rennes.
Enfin ce mot est écrit chant et non eham dans la Chronique de
SainUBrieuc qui reproduit le texte de la Chronique de Saint-Méen ;
ce qui porte à croire qu'il s'agit là du génitif d'un nom propre
terminé en us, Judicaël ^/it/« Chant ne serait- il pas en réalité
^tU5 i4/ant ? Cette erreur de scribe n'est pas impossible, puis-
qu'elle a été commise uno autre fois. Un des ancêtres de Lancelot
dans le roman du grand Saint-Graal s^appelle en effet, suivant les
manuscrits, tantôt Alain et tantôt Cham, Le rebelle Judicaël est
donc très probablement distinct de celui dont il voulait faire un
duc de Bretagne.
II n'y a naturellement aucun argument à tirer contre l'identité
de l'évêque de Vannes et du prétendant à la couronne, du fait
que le pre^iier est toujours appelé Judicaël, tandis que le second
est appelé Jubaël par Le Baud dans la première rédaction de
son histoire ; car dans la deuxième rédaction Le Baud appelle
également ce dernier Judicaël, et il n'y a en réalité aucune
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^ï'-
30 REVUE DE BRETAGNE
raison de préférer le texte de la première rédaction à celui âe la
aecoade. Quant à ceux qui s'étonneraient qu*on ait pu songer à
placer la couronne ducale sur la tête d^un évoque, je leur répon-
drai que trente ans auparavant Guerech, évoque de Nantes, avait
succédé comme comte à son frère Hoél, sans cesser pour cela de
jouir des revenus de Tévôché.
Pour en revenir au Judicaôl;î/tti5 Chanidoni je viens de parler,
était-il réellement le chef des barons insurgés ? Voici comment
s'exprime la Chronique de Saint-Méen : ex quorum execrando
collegio Glandarius Judichaél Cham filius extitit. La Chronique
de Saint' Brieuc répète textuellement cette phrase avec cette seule
différence qu'elle écrit 6/a/i(fem5 pour Glandarius et CAantpour
Cham, OXf pour nos érudits, Glandarius estune faute de scribe,
c*est un nom commun qu'il faut corriger en Gladiarius. Judicaôl
est donc le porte-glaive, le chef militaire des insurgés. C'est
possible, mais si nous ouvrons la première rédaction deLe Baud,
nous voyons que pour lui Glandarius ou GlanderiuSy qu'il écrit
Glandenus ou Gland^evus^ est un conspirateur tout comme Judi-
caël, Rivalions ou Karadocus. La correction est donc inutile*
Judica^l n*est donc plus le chef des conspirateurs, mais le second
sur une liste qui comprend quatre noms. Ainsi se fortifie Ja thèse
qui fait deux personnages différwts du frère de Qeofroi et de
Judicaei filius Chant
Tous nos historiens ont admis comme exacte l'assertion de Le
Baud qui explique Téchec des prétentions de Judioaël par ce fait
que c'était un homme simple, sans science et sans conduite. Or
cette phrase ressemble à s'y méprendre, avec un seul mot en
moins, à celle de la Vie de Saint^^ildas qui attribue la victoire du
duc Alain dans celte même conjoncture à ce que ce prince ne
manquait ni d'énergie ni d'intelligence. La phrase de Le Baud est
évidemment calquée sur celle de la Vie de Saint Gildas, mais le
mot non qui en change complètement le sens ne se trouvait sans
doute pas dans l'exemplairô que Le Baud avait sous les yeux,
exemplaire identique à celui que consulta au XVII* siècle
Dûbuisson-Aubenay et auquel le mot non manque également-
Un des deux textes est évidemment fautif, mais lequel ? U'est ce
que dans Tétat actuel de nos connaissances il me parait impos-
sible de décider.
La Chronique de Saint-Méen place cet essai de guerre civiie
aussitôt après la mort du duc Geofroi en 1006 et c'est probable-
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MtUNGBS HISTORIQUES ' 3t
ment de là que la Chronique de Saint-Brieuc est partie pour
placer cette guerre au cours des années 1009 et 1010. La vraisem-
blance indique en effet qu'une pareille querelle successorale
n'a pu é^clater plusieurs années après la mort de Geofrôi, mais
aussitôt après cette mort. Cependant'la Vie de saint Gildas la.
considère comme postérieure à la révolte des paysans, et comme
celle-ci est placée par Le Baud tantôt en 1024, tantôt en 1025,
suivant les différentes rédactions de son histoire, quelques his-
toriens moJ(?rnes placent après 1024 la révolte des nobles. C*est
là, je viens de le dire, une conclusion que son invraisemblance
suffit à faire rejeter. ^
Tout ce que l'on peut tirer de la Vie de saint Gildas, c'est que
ces deux événements, répression de la révolte des paysans,
répression de la révolte des nobles, se placent entre Tarrivée de
saint Félix en Bretagne et sa promotion à la dignité d'abbé de
^uis, c'est-à-dire suivant Topinion courante, entre 1008 et 1025;
mais comme je le montrerai plus loin, c'est très probablement en
1015 que S. Félix fut sacré abbé de Ruis. |La répression
des deux révoltes se placd donc entre 1008 et 1015, et de
fait un acte de 1021 nous montre l'évoque Judicaôl récon-
cilié avec son neveu Alain et apposant sa signature au bas d'une
charte de celui-ci. La défaite de ses plus déterminés partisans
amena sans doute la soumission du prétendant. Meus si cette
défaite eut lieu peu de temps avant l'an 1015, leur prise d'armes
est nécessairement antérieure et contemporaine des débuts
du nouveau règne.
La révolte des paysans bretons se produisit s&ns doute en
môme temps que la fameuse révolte des paysans normands dont
parle Wace ; mais tout ce que nous savons de celle-ci, c'est
qu'elle eut lieu sous le règne du duc de Normandie Richard II,
entre 996 et 1026. Loin donc que les chroniques" normandes nous
aident à dater avec plus de précision la révolte bretonne, ce
sont at contraire les chroniques bretonnes qui pourraient nous
permettre de préciser un peu plus la date de la révolte normande.
Eqûû dom Lobineau et dom Morice ont vu un nom propre dans
le strictum castrum^xi, d'après la Chronique de Saint" Méen, se
seraient enfermés les chefs des rebelles et dont Alain se serait
emparé. Ils y ont vu le château de Malestroit. M. de la Borderie
voit simplement dans strictum une épithète et traduit strictum
castrum un fort château. C'est, je crois, la bonne traduction.
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32 REVUE DE BRETAGNE
XIV. — Les abbés Félix de Ruis bt Tbudon de Redon.
La Vie de saint Gildas^védigée, comme Ta établi M. P. Lot, par
Tabbé Vitalis^ successeup immédiat de Félix, raconte qu'en l'an
1008 Gauzlin,abbé de Saint-Benoît sur Loire, envoya en Bretagne,
à la prière du duc Geofroî, un moine nommé Félix, pour Relever
de leurs rmne|3 les abbayes bretonnes détruites par les North-
mans ; que les guerres civiles qui éclatèrent à ce moment empo-
chèrent Félix de mener son œuvre à bien ; que découragé après
;seize ans d'efforts il reprit le chemin de son ancien monastère ;
mais qu'en y arrivant Oauzlin, prévenu par la duchesse Havoise,
lef sacra abbë et le renvoya en Bretagne. Ces derniers événements
se seraient donc passés en 1024 ; M. Lot a pensé que le chiffre de
seize ans n'était ici qu'un chiffre approximatif et comme on sait
que Félix fut sacré le 4 juillet et que dans les habitudes de l'é-
poque ces cérémonies avaient toujours lieu un dimanche, l'érudit
historien a corrigé 1024 en 1025. D'autre part ia Chronique de Ruis
dit que Félix mourut en 1038. Son épitaphe nous apprend qu'il
avait été abbé pendant douze ans (1). Tous ces documents .
paraissent à première vue bien concordants.
En réalité la question est beaucoup plus compliquée. La Vie dé
saint Gildas nous dit en effet que, lorsque Félix revint au monas-
tère de Saint-Benoît sur Loire,Gauzlin était déjà évoque et conti-
nuait cependant à faire sa résidence dans le couvent dont il
demeurait abbé. Or il semble bien qu'un pareil état de choses ne
convienne qu*à la période comprise entre l'année 1013»où Gauziin
fut élu archevêque de Bourges, et Tannée 1017, où il réussit
à vaincre les résistances de ses diocésains et à faire son entrée
dans sa ville épiscopale (2). Or dans cette période l'année 1015 est
la seule où le 4 juillet tombe un dimanche. Faut-il donc croire
que Félix a été sacré en 1015 ?
Il n'y a pas lieii de considérer comme une objection sérieuse
les douze ans d*abbatiat que lui assigne son épitaphe. de docu-
ment n'a par lui-môme aucune valeur. Son auteur Ta composé à
l'aide de la Vie de saint Gildas et de la Chronique de Ruis, ou
peut-être simplement à l'aide d'une chronique qui, comme celle
de Le Baud, combinait ensemble les éléments des deux récits. La
(1) Annales de Bretagne, tome XXUl, p. 270 et 273.
(2) Luchaire, Histoire de France, p. t58 et 159.
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MBLANGBS HISTORIQUES 33
présence de la date 1008 dans la Vie de saint Gildas est une
objection plus sérieuse, mais cette date correspond-elle à la
venue de Félix ou n'est-elle simplement qu'un emprunt à quelque
chronique qui mentionnait à la date de 1008 le nom du duc
Geofroi? On est en effet quelque peu étonnées! Félix est venu en
Bretagne en 1008, que ce soit justement Tannée de sa mort que
le duc Geofroi ait pensé à faire venir ce moide en Bretagne
et surtout que Félix n'ait pas été immédiatement découragé,
puisque les guerres civiles qui amenèrent cet découragement
eurent lieu aussitôt après la mort de son protecteur.
Je ne verrais, en ce cas, je l'avoue, qu'une façon d'arranger les
choses. C'est de supposer que ce fût justement au cours de son
voyage à Rome que le duc Geofroi, passant par l'abbaye de Saint-
Benott-sur-Loire, demanda à l'abbé Gauziin d'envoyer des reli-
gieux en Bretagne, que ces religieux furent bien accueillis par
l'évoque de Vannes Judicaôl, mais que, quand le parti de celui-ci
eut succombé» Félix et ses compagnons craignirent la colère du
vainqueur, reprirent le chemin de l'Orléanais et n'en revinrent
que lorsque la duchesse Havoise et ses âls leur firent savoir
qu'on ne nourrissait contre eux aucune rancune.
On pourrait alléguer en faveur de la date de 1025 que, d'après
\e Chronicon Britannicum, la restauration de l'abbaye de Saint-
Méen par les Hls d'Havoise aurait eu lieu en 1024, et que par con-
séqoent cette restauration, de très peu postérieure à la victoire
des jeunes princes, marquerait la fin des guerres civiles de
Bretagne. 11 n'y aurait donc rien d'étonnant à ce que l'abbaye de
Saint-Méen, située en pays ami, eût été restaurée un an avant
l'abbaye de Saint-Gildas, située en pays ennemi. Malheureu-
sement les dates du Chronicon Britannicum sont très sujettes à
caution. La Chronique de Saint-Méen ne donne pas la date de la
restauration de l'abbaye. Elle se borne à dire, comme la Chro'»
nique de Saint-Gildas, que le point de départ de cette restauration
se trouve dans les événements qui suivirent là mort du duc
Geofroi en 1008, de sorte que l'on peut se demander si dans les
deux cas ce n'est pas par un calcul que Ton est arrivé à la/l^te
de 1024, calcul qui a évidemment beaucoup moins d'autorité
qu'une date positive empruntée à des annales. iQr, comme une
charte de 1021 nous montre révêqueJudicaëlapposant sa signa-
ture à cette date à une charte du duc Alain, il s'ensuit que dès
cette époque l'oncle et le neveu étaient réconciliés.
Juillet 190i a .
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Une^iuttSB Wbjètttkto tofttrfe tetféite aie 10*, c'est qu'elle n'est
ioûéme pdîs unaûimeiobetit accé^^^e (>ar les dobuments originaires
de Satot-Gildas. Là Ohtoniqu^ rfte Ruis dans un passag^é taalh^ti-
i'etoemetotirt'fe infemn^^tet semWfe 'dife <iu*en lÛfÈ2 il y avilit sepl
ans qne Félix avait été nommé abbé, oè qui bous reporterait à
1015, Ô11 iBR tons cas que la promotion de Pélix-à T^bbàtiat serait
dé é^tté métne année 1022, 1 s quelle serait la septième à partir
d*^n événement non indiqué.
Il èôl enfin une objection contre la date de 102& qui nous amëbe
à Texamen de toute une série dé chartes ûxxCattulaire de Redon.
Uï^ passade -dé lia vie de Gaué:lin, cité par M. de la Borderie (1),
(iil q^e Cet àbbô ayatat ordonné en même temps deux de ses
dis<;iî>les, Félix et Teudon, les envoya lotis deui en Bre*-
tagrne et (fàt Teudon devint plus tard abbé de Redon. Or TeudoYi
est Ta forme abrégée de TeudebaldU8,et si nos historiens déclarent
n'avoir pas trouvé trace de Tabbé Têudoti dans les ichartes de
Tabbéyede R'edon, ils auraient pti y trouver du moins un abb*
Tétba^us, autrement dit Teadébaldirs, lequel n'est évidemmetit
pas différent de 'te^on. L'abbatiat"de Tetbaldus ou Tetidon s^
placerait donc entre celui de Hervé et celai de Mainard, et si
Teudon et Péîlk sont venus en même temps eïi Bretagne, seize
ans avant la promotion de Félix à la dignité abbalFale,il faûidrait
placer en W0 tes débuts de Tabbatiat de Teudon. Lachsrte pu-
bliée par M. de Gourson s^ous le n<» 329 de son édition du Carm-
UHre de Redon et qui nous ^montre comme vivant simultanénre^nt
te duc Geofroi, l'^vèque dé Vannes Judicaël et l'abbé Tétbaldtiê>
tie contredit nullem'ent cet^e opinion. Elle semble, il est w^ii,
c«mtredite par une autre charte du môtne cartulaire, celle qui
porte le n* 357 et qtii fait de Vabbé Tetbaldus et de l'cvêqûe
Judicaèl les contemporains non plus seulement dti duc OeofrtÀ,
mais de son père Conan. Il est évident que dans ce cas Teudoïi.
qui ne vint en Bretagne que sous Geofroi,ne saurait être te mêi»ie
que Tetbaldus pourvu quelques années auparavant de la dignité
abbatiale, mais quoique i'aulhenlicilé de ceUe charte n'ait pas
juscju'ici été suspectée, quoique M. l'abbé Le Mené, ie pluB
récent historien du diocèse de Vannes, n'élève notam'ûieDt
conlrt elle aoctine objection, j'avoue q^ie j'ai quelques éouteh
sur I^N^leur de cette pièce.
(1) Histoire d9 Ifretètgne, tome lll, p. li>7.
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MALâNGBS HISTORIQUVS Zh
J'avais d'abord songé, pour trancher la question, à faire état de
la charte de 1020 dans laquelle Alain donne Belle-Ile à Vabbaye
de Redon ou du moins de cette partie de la charte qui relate une
donation précédente de la mêcnetle, faite par le duc Oeofroi. En
effet, comme cette dernière donation est censée avoir été faite du
temps de Tabbé Mainard, prédécesseur immédiat de Tabbé Ga-
tuallon, lequel en 1020 régissait l'abbaye, Tendon aurait d4
nécessairement être abbé avant Mainard, donc avant la mort du
duc Geofroi, et par conséquent Félix et Tendon auraient dû
venir en Bretagne un temps assez long avant cette mort. Mal-
heureusement le fait même de cette donation est assez problé-
matique. De plus, si la tenant pour fausset on la croit cependant
calquée sur une charte authentique ayant un autre objet, et si
on pense ainsi pouvoir sauvegarder la sincérité des signatures,
on est étonné de! la façon dont y est mentionné Tévêque Judi-
caêl^ désigné non pas par son titre épiscopal^ mais simplement
par sa qualité de frère de Oeofroi en compagnie d'un autre
personnage appelé Hurvodrus et désigné lui aussi par le même
qualificatif^ comme si Judicaôl et Hurvodfus étaient encore deux
laïques.
L'examen le plus méticuleux de toutes ces pièces, dont cer-
taines sont évidemment fausses sans quMl soit possible de dire
positivement ccrtles qu'il faut rejeter comme telles, est loin,
comme on le voit, de dissiper toutes les obscurités. Les deux
dates de 999 et de 1015 sont cependant, il me semble^ plus
prot>ables que les dates de 1008 et de 1025, et ce sont en dernière
analyse celles que j'accepterais le plus volontiers comme devant
marquer renvoi de saint Félix en Bretagne et la restauration de
rabbaye de Saint-Gildas de Ruis.
XV. — Alain III kt la Normandib.
Uuand le duc Robert de Normandie mourut en Asie-Mineure
en 1035, il ne laissait pas d*autre postérité qu'un fils bâtard âgé
de huit ans^, le futur Guillaume le Conquérant. Ses héritiers
légitimes étaient donc ses trois cousins germains, Edouard roi
d'Aogleterre,fils de sa tante Emma, Alain, comte des Bretons, fils
de sa tante Havoise et Gui, comte de Bourgogne, fils de sa tante
Mathilde. Or si Ton en croyait Orderic Vital, historien du
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S6 . REVUE DE BRETAGNE
XII* siècle dont les écrivs^ins modernes ont généralement adopté
la narration, Robert avant de mourir aurait confié )a tutelle de
son flis bâtard ou, comme dit ailleurs le chroniqueur, la per-
sonne de son fils bâtard à son parent Alain, comte des Bretons ;
d'où I*on a conclu que lorsqu'Alain mourut au siège de Mont-
gomery, ainsi que le rapporte le même Orderic* Vital, il agissait
en cette circonstance pour défendre l'autorité de son pupille-
contre les seigneurs révoltés. On lui a même attribué l'initiative
de toutes les campagnes dirigées contre les rebelles.
Cette version n'était pourtant pas celle de tous nos vieux
chroniqueurs. Guillaume de Jumièges, écrivant au XI' siècle,
une cinquantaino d'années avan) Orderic Vital, met Texpressioa
d'une conception' toute différente dans la bouche de Conah, comte
de Bretagne, fils et successeur d'Alain. Gonan revendique en
effet la Normandie comme lui appartenant et traite Guillaume
d'usurpateur ; ce sont d'après lui les amis de Guillaume qui ont
empoisonné le comte Alain; ils le considéraient donc comme
un adversaire, ccmme un compétiteur, et non comme un prolec-
teur dévoué.
Deur faits viennent confirmer cette dernière version et la ren-
dre pour nous préférable à celle d'Orderic Vital. Le premier est
que Guillaume de Jumièges mentionne successivement comme
ayant été les tuteurs de Guillaume, Ërilebert, comte d'Eu et de
Brionne, et Raoul, seigneur de Vacé, sans faire aucune mention
d'Alain, comte de Bretagne. Le second c'est que, lorsqu' Alain
mourut i Vimoutier, on Ten terra dans l'abbaye .de Fécamp, le
Saint-Denis des ducs de Normandie, on ne rapporta pas son corps ,
à Rennes, cependant plus proche de Vimoutier que Fécamp. Il
semble donc qu'il se considérait et qu'on le considérait comme le
successeur du duc Robert.
(A siUvre). . V** Ch. de la Lande de Calan.
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UN VOYAGE EN BRETAGNE
(1782»
Le dim&nche 26 mai 1782, le siear Uamelin, géomètre et feadtste, qui
se trouvait alors à Toars, reçut de M. Gtiftlon, commissaire des poudres
et satpétrea du Roi, une € oom^mission pour iaire lès plans visuels des
rivières qtiï se jettent dans la Loire, et faire l'historique de leur em-
bouchure I . C'était pour savoir si on pouvait y établir des moulins à
salpêtre. Dès le lendemain matin^ il partit de Tours pour voir Saumur,
Angers, Nantes et Paimbœuf, en compagnie de M. le Cointre, « pompier
tràs habile, qui avait passé en Amérique et connaissait les termes de
marine *.
Après avair visité Saumur dans la matinée du 28 mai, ils arrivèrent
le soir à Angers. Deux jours leur suffirent pour voir cette ville (An/otlL^
Historique, juillet 1908), après quoi, ils reprirent leur route pour la
Bretagne.
Laissons ta parole à M. Hamelin, qui nous raconte dans son Journal
ce qu'il a va pendant son voyage.
Le vendredi 31 lAoïi 1782, après avjir vu la foire d'Angers, nous
partîmes de celte ville et passâmes à La Pointe (1) : à l'auberge
du Cheval Blanc, une jeune domestique voulait nous suivre pour
venir ensuite demeurer à Tours. Nous prîmes là une barque
pour aller à Ingrandes, où nous arrivâmes & cinq heures du
soir (2J.
Cette ville est petite et située à huit lieues d'Angers. Il y a un
grenier à sel. Elle est sur la frontière ^e la Bretagne. Il y a des
barrières, où les commis fouillent les voyageurs strictement. Il
y a une fort belle verrerie & bouteilles. Nous y avons passé deux
heures da temps, on nous en a fait souffler, et nous avons suivi
(1) La Pointe est aajourd*hai un Tillage de la commune de Bouchemaine,
canton Nord-Qq^st d^Angers.
(3) Ifigra^ndei, commune du canton de Saint-Georges-bur-Loire, arrondissement
d'Angers,
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38 REVUE DE BRETAGNE
l'usage en donnant pour boire. Cette manufacture m*a bien
intéressé.
Le samedi l*' juin au matin, nous fûmes voir le fameuse ma-
chine de Monirelais(i), située à deux lieues dlngrandes» au nord
de la Loire.
Cette machine est dans le genre de celles de Flandrp, qui
servent à tirer le charbon de terre ique nous fournissons aqx
Anglais. Elles servent à puiser Peau du fond des mines, qbi est
de 600 à 1.000 pieds et môme plus de profondeur (Voyez à ce
sujet Buffon), pour faciliter la fouille du charbon. Le mécanisme
en est simple et beau. C'est le feu et Teau qui sont les moteurs. —
Il y a une chaudière de douze pieds de diamtètre et neuf pieds de
haut, qu'on emplit d'eau h la hauteur de six pieds. L'espace vide
rempli de la vapeur dé l'eau bouillante est de trois pieds. Cette
vapeur se communique dans un cylindre de dix pieds de haut
sur quatre pieds de diamètre, dans lequel il y a deux pistons qui
font mouvoir les deux balanciers et la machine générale. ■— A
Tépoque de notre voyage, on puisait Teau à 600 pieds de pro-
fondeur; et à mesure que Ton creuse, on allonge la chatne et on
place les conduits sous terre. On y descend par un puits qui a
douze pieds de diamètre, et par des échelles solidement attachées
à pied droit ; les ouvriers descendent avec une chandelle attachée
sur leur tête. Nous parcourûmes pendant une heure les caves,
trous et mines de dessous terre* — La machine est aussi ingé-
nieuse dans le bas que dans le haut. Ce sont aussi des pistons
qui puisent Teau dans un bassin rempli par les différents petits
conduits que pratiquent les ouvriers en tirant le charbon. — Le
tuyau qui sert à monter l'eau, a seize pouces de diamètre et
fournit un volume d'eau considérable. — On fait monter le
charbon par le moyen d'un cabestan que font tourqer quatre
chevaux. Le panier qui sert à cet ouvrage, contient deux muids
de charbon. — L'eau arrive dans un bassin placé au somiàet du
b&timent, lequel a dix pieds de profondeur et règne sur tout le
bâtiment. L'eau sort de ce bassin datis un tuyau placé au côté
opposé du gros tuyau, et tombe à terre où elle arrive dans des
tuyaux placés sur terre pour la conduire à un quart de lieue et
plus de la machine, où elle se perd.
(1) MontreUis, commune du canton de Varades, arrondissemeot d'Anoeois
(Loire-Inférieure).
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UN VOYAGE EN BRETAGNE 39
Noua fûmes très satisfaits de ce travail, et nous quittâmes ces
frontières de l'Anjou (où il y a beaucoup de mines de charbon)
pour aller coucher à Âncenis, dans la Bretagne, où nous
arriv&mes le soir.
N0ta. ^ Les domaines de Bretagne sont tous renfermés de
fossés et baies, mâme le» plus petits morceaux d'un quart
d'arpent et au-dessous. Il y a des petites fourches de bois qu'on
nomme « échalets », placée à tous les fossés ay dedans des terres
pour passer les hommes de pied, parce que les chemins sont très
mauvais. Ces échalets fatiguent singulièrement les voyageurs et
font porter aux femmes des jupes fort courtes.
Anctnis est une petite ville située sur la Lobre, qui es( %%sn
eommerçi^nte. Il n'y a rien d'intéressant pour lea voyageuFi*
Nous en partîmes le dimanche 2 juin au matin dans une cabc^nne,
k peu près arrangée eomme lea coches d'eau de la Seine, où il y
avait beaucoup de personnes qui allaie^nt ^ Nantes : las piHii-
œs^iens de la Fête-Dieu y attirant les voisins. Nou^ eûme« en9n
besu temps et arrivUme? Mi heiires i^ Ns^ntes.
lies bords de la l4oire ne sopt point au^si intéressanta âep»i^
Angers juiqu'à Naaîes, que depuis iVngers jusqu^à Qrféans.
Nantes est une ville considérable, où il y a de très beaux
quartiers, célèbre par sa situation, son çommerea et l-édit
donné en 1598 par Henri IV révoqué en 1685 par Louis XIV. GUe
est bâtie sur la Loire ji 24 lieues dAngers et 10 lieues de Paimr
bmuf, port de ^^^^ et sur un coteau, pourquoi il y a de belles
vues. La partie basse de la ville nquvelleme^ti bâtie, telle que
111e Peydeau, est arrosée par la Loire, divisée par plusieurs
bras et lits, q^i étaient alors garnis de navires n^arqhands bol-
Isndais et autres et qui sont ornés des plus beaux hôtels,, ce qui
offre des pointe de vue admirables et forme des positions plus
intéressantes que les plus beaux quartiers de Paris. Qes hôtels B\
bâtiments alignés droit ont cinq h six étages dans le même
ordre, d'une élégante arobileeture, La château est vieux, fort
fraR4 et laid j il était alors rempli de canons, bombes, mortiers,
boii pQur la navigation et d'ouvriers pour la marine qui travail?
Jiient Wte^ et dimanches à cause de la guerre des Américains
oontre les Anglais. La q^thôdrale Saint^Pierre est asses belle,
simple et majestueuse ; on venait de la blanchir. Il y a auprès la
promeMdd âQ h Mott# g^ntp^e^re, cellap des quais et delà
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40 REVUE DE BRETAGNE
Bourse, qui sont fort belles. Il y a seize paroisses^ plusieurs
communautés d'hommes et de femmes. J*ai remarqué entr'autres
la situation de la communauté des Capucins, à TËrmitage,
au-dessous du quai de Construction, qaî_est la plus intéressante
et charmante dès environs de Nantes. Il y a plusieurs belles
églises richement ornées. Il y a un fort beau quai nommé le
quai de Construction, qui a environ trois quarts da lieue \
de long en partant de la Bourse jusqu*aux Petits-Capucins*
Il y avait dans ces jours-là sur le chantier les navires le Nep-.
tune et le Gaston avec trente autres sans noms. La aalle de
spectacle est laide et mal située pour l'arrivée des voitures.
Les ponts bâtis sur des bras de la Loire ont près d'une demi-lieue
de long ; ils traversent une grande prairie et sont dans le
genre de ceux de Port à Nogent-sur-Seine, en Brie, excepté
quelques constructions qui sont bâties sur ceux de Nantes. On
commençait à construire dans cette prairie le quartier Graslin,
qui devait être de la plus grande beauté suivant le projet.
Ce môme jour 2 juin, nous vîmes une très belle procession à
cause de Toctave de la Fôte-Dieu, où régna le hoh ordre^ quoiqu'il
y eût beaucoup de mondée Elle passa dans l'tle Feydeau, où il y
avait un reposoir. La musique des deux régiments qui étaient
alors en garnison, jointe aux musiciens de la ville, la richesse
des ornements, etc., faisait pour ainsi dire le pendant des proces-
sions de Paris. La grande quantité du beau monde, très riche-
ment et très élégamment paré, placé aux balcons des croisées de
ces superbes b&timents, offrait un coup d*œil et le tableau le plus
varié et le plus agréable, ce qui me fit penser plusieurs fois être
à Paris.
Le lundi, 3 juin, nous restâmes à Nantes, et le 4 nous allâmes
à Paimbœuf, situé à dix lieues de Nantes, dans un sabot hollan-
dais qui nous fit arriver en quatre heures de temps. Nous étions
plus de trente personnes.
A deux lieues de Nantes, on trouve une petite tle nommée
Indret, dans laquelle il y a une fonderie de canon^.
Les bords de la Loire ne sont pas agréables dans cette partie
de Nantes à Paimbœuf. C'est un pays plat^ les bourgs et villages
sont rassemblés comme en Beauce et en Champagne, ce qui ne
donne point de variété dans les paysages comme en Touraine et
en Anjou. * ^
Paimbmuf est une petite ville qui n*a que son port d'intéressant.
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UN VOYAGE EN BRETAGNE 41
Elle n'est remplie que d'ouvriers pour la construction des
navires. Les armateurs demeurent tous à Nantes. — Il y avait
environ 150 navires marchands de plusieurs nations dans ce
port, ce qui formait un coup d'œil bien intéressant pour moi qui
n'en avais jamais vu. Pour M. Le Goinlre, le tableau était diffé-
rent, ayant vu et voyagé dans des vaisseaux, de Roi. Il me
rendit tous les services possibles et multiplia bien mes jouissances
en me faisant visiter les navires les plus intéressants et en m'ex-
pliquant les termes, etc.. Nous loge&mes chez un aubergiste qui
avait fait trois voyages dans les lies. Il y avait à Paimbœuf trois
capitaines de vaisseau de ses amis.
Le manuscrit original du feudisie Hamelin nous a été commu^
nique par M. Camelot, de Saumur,
P. UZURBAU,
Directeur de VÀnjou historique.
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DEVANT UATRE
LE SIFFLET MERVEILI^UX
RAOIT DU BRAGONNIBR
I
Bain^ dans rille-et- Vilaine, est un joli petit endroit situé sur la
route de Rennes à Nantes.
Bâtie sur la crâte d'un coteau, de quelque côté qu'on y arrive,
cette petite ville présente un aspect charmant.
De riches prairies étalent leur verdure sur le versant de la
colline, et un bel étang, ombragé de tilleuls, complète le tableau
de ce pittoresque pays.
Bain 1 que ce nom nce rappelle de joyeux et poétiques sou-
venirs ! Que de délicieuses journées dans les bois I Que d'a-
gréables veillées au coin du feu I
Autrefois on y allait de Rennes, cahin-caha, au son des grelots
de la petite voiture publique dans laquelle la connaissance entre
voyageurs était sitôt faite. Une politesse échangée, une place
préférée cédée à une dame, la main offerte pour descendre du
^ véhicule, et tout était dit. La confiance était gagnée et les confi-
dences allaient leur train. Enfin, après quatre heures de voyage,
Ton n'était plus de simples connaissances, mais bien de vieux
amis.
Hélas I la voiture n'existe plus, et une heure suffit maintenant
pour effectuer, en chemin de fer, le trajet de Rennes à Bain.
Malgré cela, si le voyage n'est plus aussi romanesque, il/tfest
pas encore tout à fait dépourvu de charmes. Du chemiq/de fer
comme de la voiture, on aperçoit toujours de magnifiques hori-
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!
DEVANT L'ATBB 43
BOD», de grandes landes grises sombres et tristes^ parsemées de
grosses pierres blanches qui, de loin, ressemblent à des tombes
où les oiseaux de proie Tiennent se poser ; d'alpestres rochers
couronnés de sapins le long des rivières, et de jolis ruisseaux qui
gasouillent le long des prés.
II
La huttb du braqonnibr
Par un noir après-dlner du mois de novembre, un brouillard
épais et froid enveloppait la terre comme un linceul. Par instani
la bise soufflait dans les futaies et laissait échapper des plaintes
lugubres, puis tout rentrait dans le silence. >
Pas un lièvre dans les bruyères, pas une perdrix dans les
sillons.
Sur le bord des fossés, les arbres morts et les grands bouleaux
blancs, noyés de brume, se dressaient semblables à des spectres,
et sans la note aiguë de la mésange suspendue aux mélèzes, et
sans les corbeaux égarés croassant dans l'air, on eût pu croire
que la vie s'était retirée de ces lieux.
Je fis part à mon compagnon de chasse des impres'sions
tristes qui s'emparaient de moi.
— Tiens, dit-il, en m'indiquant du doigt la lisière d'un tois,
vois cette fumée qui s'échappe de derrière les grands arbres,
puisque tu semblés désirer de la société, je vais te {présenter au
vieux Robinson que j'aperçois là-bas en train de ramasser du
bois qui servira tout à Theure à sécher nos vôtemeûts.
Eq effet, au milieu des fougères jaunies par les pluies d'au-
tomne, je vis un vieillard chaussé de gros sabots recouverts de
guêtres, un vaste chapeau noir et usé lui cachait la moitié du
visage, et une peau de chèvre, retenue par une corde nouée sur
la poitrine, le couvrait presque entièrement. Vu à une certaine
distance, cet homme ressemblait autant à un animal sauvage
qu*à un ôtre humain.^
— Holà, père L'Affût ! s'écria mon ami, qu'est-ce à dire ? On
laisse les ramiers dormir en paix, et l'on fait le paresseuxt voilà
qui n'ebt pas naturel I
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44 REVUE DE BRETAGNE
— Que voulez-veus, M. Jacques, les pigeons font la nique au
bonhomme aujourd'hui. Ce brouillard Tempôche de les voir et le
force à rester chez lui. * ,
Je voudrais bien, Messieurs, ajouta-t-il, vous invitçr à vous
reposer un instant, mais j'ose à peine vous dire d'entrer danslna
misérable demeure.
— Allons, allons, pas tant de façons, répliqua Jacques, vous
savez bien que j'y suis entré cent fois chez vous et que vous ne
m'avez jamais vu pressé d'en sprtir.
La cabane, que nous avions devant nous,était bien misérable en
effet, et certes les loups et les renards, voisins du père L'Affût,
étaient mieux logés que lui, et surtout mieux préservés du froid
et de l'humidité.
/ Des pieux, enfoncés en terre; recouverts de branches entrela-
cées et de mottes de gazon, en faisaient seuls les frais. La toiture,
façonnée de la même manière, et sur laquelle s'élevait une végé-
tation luxuriante, avait au milieu une ouverture par où s'échap-
pait la fumée.
Bnfln par la porte, faite de genôts et d'ajoncs, et laissée entr'ou-
verte, se glissait furtivement quelques poules effrayées de notre
présence. Voilà pour l'extérieur.
Quant à l'intérieur, il me faudrait le pinceau de Teniers ou de
Rembrandt pour rendre complètemrent le tableau qui s'offrit à
ma vue. ^^
Qu'on se figure une seule pièce, passablement grande, à peine
éclairée par un trou pratiqué au milieu des branches et par le
bois mort qui brûlait dans l'âtre.
D'abord je ne distinguai rien, puis peu à peu, lorsque ma vue
se fut habifili^e à Tobscurité je me crus dans l'arche de Noé.
Sur les parois de lacabane, partout, en haut, en bas, étaient enfon-
cés des perchoirs où desvolatiiles de toute espèce reposaient déjà ;
plus loin, dans un coin, une petite chèvre rousse était couchée
sur des feuilles fdes instruments aratoires, quelques rares usten-
siles de cuisine et des vases, plus ou moins brisés, gisaient à
terre.
— Quel joli tableau de genre I m'écriai-je.
— Oui, pour un instant, ajouta notre hôte.
Un immense tronc de châtaignier servait de table et occupait
le centre de la pièce, tandis que les sièges, de même nature, mais
beaucoup plus petits> étaient épars çà et là. Dans l'endroit le plus
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DEVANT L'ATRE 45
sombre^un amas d'herbes et de fougères sèches» sur lequel étaient
amoncelées des peaux de botes sauvages, tenait lieu de lit.'
Lorsque nous eûmes roulé nos sièges près du foyer où se
trouvaient accrochés quelques fusils rouilles»^ nous allumâmes
nos pipes et la conversaliaa s'anima.
Après un instant, mon compagnon, pensant m'ôtre agréable,
reprit :
— Vous devriez bien, père L'Affût, nous racoater \in conte ou
une légende.
— J'y consens d'autant plus volontiers, répondit le vieillard,
qu^hier soir j'ai entendu un conte assez drôle chez Pierre Barré, le
fermier de la Marzelière, et si vous y tenez je vais faire en sorte de
me le rappeler ; seulement il est long et je crains de vous ennuyer.
— Au contraire, dit mon ami, en passant la tète par la lucarne^
le^ brouillard est plus épais que jamais, la journée n'est pas
avancée^ et nous som.mes parfaitement ici pour écouter de9 his-
toires. Commencez, père L'Affût, mon ami et moi mourons
d'envie de vous entendre.
Après avoir donné de l'herbe à 6achèvre,du grain aux pigeons,
qui s'étaient insensiblement approchés- de nous, jeté quelques
morceaux de boisda^s le feu, notre hôte vint s'asseoir entre
nous deux, devant le foyer dont la flamme éclairait son visage, et
il s'exprima en ces termes.
III
Le sifflet mbrvbillrux
Pierre, le pàtour de la ferme de la Croix-des-Haiés, en con^/
duisant son troupeau sur lescommi;Lns du village, rencontra une
vieille femme pâle, maigre, en haillons, accroupie au pied d'un
genôt. La malheureuse faisait pitié !
C'était en hiver, ses membres, à peine couverts^ de loques,
grelottaient, et les quelques dents qui lui restaient, frappaient
les unes contre les autres.
Pierre, qui n'avait alors que douze ans, ne fut point effraya
comme aurait pu l'dtre un enfant de soh âge. Emu, au contraire,
à l'aspect de cette pauvre vieille^ il s'approcha d'elle et lui dit
respectueusement :
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4« RSVUIî: Dfi BRfiîAONB
— Vous semblez bien à plaindre, ma bonne femme, pais-je
faire cfcielqtie chose pour vous t
— Hélas 1 dit-elle, je meurs de faim et de froid. Depu» pins de
huit jours, je suis repoussée de tout le monde, sans pouvoir
' obtenir la plus petite aumône et ungtte pour me reposer.
— Tenez, reprit le pdtcmr, en tirant de son bissac nn énorme
morceau de pain noir, recouvert d'une épaisse tranche, dB pcftît
salé blanc et rose, appétissant au possible, réparez vos forces,
et dans un instant vous pourrez vous réchauffer devant un
bon feu.
En effet, pendant que la mendiante mordait h plaisir dans le
morceau de pain, Pierre prit dans sa pochette une corne de bœuf
remplie de bois mort; il battit ensuite le briquet, et une étincelle
snfflt pour y mettre le fen. Ce charbon embrasé,, placé au centre
d*un amas de fougères, de bruyères et de feuilles sèches, Ot
jaillir, d'abord une épaisse fumée blanche, puis nne flamme
réjouissante qui fit sourire l'étrangère.
Depuis unmoment elle regardait le p&tre avec attendrissement.
Sotritain, elle se leva, prit la blonde tôte de Venfant dans ses
mains, et tout en lui donnant un baiser, elte dit :
«Tu es bon, Pierre, jie le savais. J'ai voulu senlemBut te f aw
subir xxnt dernière épreuve ; maintenant étoute-moi bien :
« Je suis moins à plaindre que je n'en ai Tair, c«r jt fapfMiTmiv
sous un déguisement. Regarde plutôt. »
Elle jeta son masque, ses haillons tombèrent et le pâtre stupé
fait, puis ébloui, émerveillé, vit une grande Dame couverte
de dentelles, de joyaux, de pierreries.
« Je suis la fée des troupeaux, reprit-<el1e, qui fait briller, chaque
soir, rétoile du berger, qui le conduite travers les landes et les
bois, qui éloigne les loups, et ramène les movton« égarés à
rétable, len veillant à leur sécurité.
« Pour récompenser ton bon cœur, je veux te faire un cadeao*
Prends ce sifflet d'argent avec'leqirel t« ol^rtiendras tout ce 4M ta
pourras désirer. Il te suffira, pour cela, desoufflw djinsruistru-
ment «et, imm^édiatement, tu verras apparaître ou tomber à les
pieds, ce que tu auras désiré. Seulement n'en abuse jamais, «rms-
mroi, ne demande que des choses utiles, car atitremant tn 1\en
repetttirais. »
I^ pfttre, rouge ^e bonheur, ne se lassait pa6 4)« regarder son
gifflet, et, lorsqu'il leva les yeux pour remercier la fée, elle avfùt
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DBVAKT VktM 4l
Aist^ra. A sa place, il nie vit qu*un oiseau, une bei^eronQette qui
sautait à la suite du troupeau d'un air joyenx.
Temte ta Jburnée Pierre admira son cadeau, mais n'osa fortûu-
leir un souhait dans la crainte d'enfreindre les recommandations
de la fM. Le soir venu, comme une brebis manquait à l'appel, il
put essayât Teffèt xîe son sifflet.
A peine Teut-il porté à ses lèvres qn*il en sortit deâ notes tel-
lement aiguës que tous les échos d'alentour y rèpondinsnt.
Une minute après, il vit artiver au gialop la brebis égarée, Pierre
fut ravi, mais ne divulgua son secfet à personne.
IV
La pniNcniess Tinau.
Les a^nnées s'écoulèrent et lepdtour grandit sans qu'une pensée
d'orgueil vint troubler son bonheur, n ne demanda jamais que
des ehtees raisonnables.
Le fermier, soi!i maître, l'avait en haute çstime pour sa sagesse
et son entendement ; aussi Tenvoyait-il souvent aux fdines et aat
marchés vendre des bestiaux ou acheter ce qu'il fallait pour les
besoins^ l^exptoitatioQ.
'Un jonr qu'il était allô vendre des beeuf s dans 4a ^apitaie du
royaume, il vit des attroupements 4ans tentes les rues. B'étairt
approché de quelques femmes, il apprit d'elles que le roi promet-
tait la main de la princesse sa fille à l'homme assez habile pour la
guérir dé la maladie dont elle était atteinte.
« Singulière maladie I disaient 4es commères, maladie qui con-
siste h désirer des choses impossibles, et cela parce que le roi a
gâlé son enfant, son unique héritière, en ne lui refusant jamais
rtèn, et en ordonnant qu'on satisfit ses plus légetis caprices. »
lia princesse Tinah avait perdu sa mère dès sa plus tendre en-
fance, et était arrivée, par ta ftibl^sse de son ^fère, à avoir nn
eairac^re déplorable. Habituée à voir tout le monde lui céder^ elle
«eimettaflt en colère et tombait en syncope si l'on ^»e pouvait tui
frocurer immédiatement ce qu'elle demandait. Ainsi, par
exemple, lorsque son cuisinier ne lui servait pas ce cfU^eHe
a'vait commandé, el^^e ne voulait p^us mang^ et menaçait 9on
malheureux ^sère âe se Iftisaer mourir de faim.
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4S REVUB DE BRETAGNE
Or, c'est ce qui avait lieu au moment où Pierre entendit parler
de la capricieuse jeune fille.
On était alors en juillet^ et elle avait. demandé un salmis de
bécasses à son cuisinier. Celui-ci ne pouvait lui faire comprendre
que ces oiseaux ne viennent dans notre pays qu'à la Toussaint»
et qu'il est impossible de s'en procurer à une autre époque.
— Eh bien I s'écriait-elle, donne-moi une gibelotte de colibris
ou je ne mangerai rien de ce que tu prépareras.
Le malheureux s'arrachait les cheveux de désespoir.
— Princesse, c'est impossible, nous n'avons pas, dans notre
pays^ d'oiseaux de cette espèce.
— Je le veux ! répondait l'enfant gâtée.
Le roi était dans la désolation.
Lorsque Pierre fut au courant de ce qui se passait, il se dit :
« Je puis bien, pour être agréable à mon roi, et pour consoler
un père infortuné, satisfaire les volontés d'une folle. )»
Enchanté de son raisonnement, il obtint aussitôt, au moyen de
son sifflet, les oiseaux convoités par la princesse.
Il les porta bien vite au palais, et laissa son adresse pour qu'on
pût, à l'occasion, aller lui demander ce qui pourrait faire plaisir
à l'enfant gâtée.
Tous les courriers et valets du palais surent promptement le
chemin de la ferme de la Groix-des-Haies, car chaque jour Tinah
souhaitait d||||ouvelles choses qu'il aurait été impossible de ke
procurer sansie secours du pâtre. v
V
Les suites d'une mauvaise éducation
Voyant que ses désirs les plus extravagants étaient exaucés, la
jeune capricieuse en fut pour ainsi dire contrariée, et ne
demanda plus rien. A partir de ce moment on la crut raisonnable.
Le roi fit alors appeler le pâtre et lui dit :
« J'ai des engagements à remplir envers toi. J'ai promis
d'accepter pour gendre l'homme assez heureux pour guérir ma
fllle; or, c'est à toi seul que je le dois. Viens faire sa connais-
sance. »
Pierre, tout .intimidé, répondit qu'il ne méritait pas cet hon-
neur ; que bien certainement la princesse ne voudrait pas de lui«
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/
DEVANT L'ATRB 49
et qa'irna se sentait nullement appelé à une si haute des-
tinée.
Le roi insista, et le conduisit dans le salon où se tenait
Tinah. Celle-ci ne détourna même pa^ la tête lorsque son père
lui dit :
« Voici le jeune hoaime qui t'a procuré toutes les raretés et
toutes les merveilles que tu as désirées. Je te le présente, afin
que tu Tagrées pour époux. Outre que je tiens, ajouta*t-il, & tenir
lar promesse publique que j'ai faite, j*ai l'assurance que Pierre
réunit toutes les qualités désirables pour te rendre heureuse. Je
te prie donc, mon enfant, de l'accepter pour mari. »
Pierre n'osait dire une parole et aurait voulu être bien loin^
tant Tair hautain de la princesse le bouleversait. Le pauvre gars
restait ébahi et se confondait en salutations.
Il était cependant superbe à voir avec son petit iouron bleu, le
pantalon de sa première communion et un col de chemise qui
enveloppait sa blonde petite tôte comme un bouquet.
Lorsque le roi eut flni de parler, Tinah lui dit en riant :,
« Gomment ! c'est vous, mon père, qui m'offrez d'épouser ce
paysan ? Je ne puis croire que vous parliez sérieusement. »
Elle se mit à rire de nouveau d'une manière si inconvenante, et
môme si irrévérencieuse que le pauvre père, les larmes aux yeux,
emmena Pierre dans une pièce voisine, et s'écria :
< Cette enfant est incorrigible et mé fera mourir de cha-
grin 1 »
Ensuite, comme il était bon, il s'excusa de son mieux près du
p&tre, qui répondit :
« Consolez- vous, Sire^ je ne me suis jamais bercé de l'espoir
d'épouser la princesse,* et tout ce que j'ai fait était uniquement
dans le but d'ôtre agréable à mon roi. »
De son côté, ce dernier fut heureux de rencontrer autant de
dévouement et de désintéressement chez un de ses sujets ; aussi
le combla-t-il de caresses, evS lui offrant de choisir parmi
ses châteaux, ses forôts et ses fermes^ ce qui lui plairait le
mieux.
Pierre le remercia, mais n'accepta rien. Il prit congé du roi et
retourna à la ferme. .
JuUlêi fOûi.
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50. KBVUE DE BHBTAGNË
VI
Lb péché d'oroubil
L'accueil de la princesse avait attristé le pâtre qui y songeait
plus souvent qu'il n'aurait voulu. Pierre avait beaucoup d'amour-
propre et avait été profondément humilié.
Un dimanche qu'il était allé rêver dans les bois, il vit au
milieu des cépées de chênes, un tas de feuilles qui avaient été
balayées sous les arbres pour servir de litière au bétail. Se
sentant fatigué, le jeune gars s'y reposa et bientôt s'endormit»
' car son lit était de feuilles de trembte qui, quoique mortes, fris,
sonnent toujours, et le bruit qu'elles font invite au sommeil.
Le pâtre revit en rêve l'accueil de la princesse, et il lui sembla
entendre les feuilles lui dire à l'oreille, de ieurs voix tk^emblo-
tantes : « Venge-toi I venge-toi I »
Puis il se voyait dans un superbe carrosse^ fuyant au galop,
malgré les supplications de la princesse qui lui tendait les bras.
Pierre s'éveilla. « Au fait, dit-il, pourquoi ne me vengerais-je
pas 7 9
D'un coUp de sifflet, son lit de feuilles prit la forme d'une
calèche. Six cerfs sortirent des buissons tout garnis, prêts à être
attelés, et son chien Fido, qui l'avait suivi, fut lui-même méta-
morphosé en un grand cocher galonné.
Le brillant attelage prit aussitôt le chemin de la capitale»
emportant Pierre, commodément assis sur des coussins moelleux
et vêtu à la dernière mode.
C'était un dimanche. La musique militaire jouait devant le
palais duroi,etTinah se tenait à sa fenêtre pour mieux entendre.
Tout à coup surgit l'équipage qui attira les regards de la foule>
car on n'avait encore rien vû d'aussi beau. Il passa cinq ou six
fois sous les yeux de la princesse, et disparut comme un éclair.
Tinah, intriguée, voulut savoir quel était ce beau jeune homme.
Lorsqu'elle apprit, par ses gens qui l'avaient reconnu, que
c'était le pâtre qu'elle avait si mal reçu quelques jours auparavant,
elle en éprouva un vif dépit.
« 0 ciel I disait-elle, me pardonnera-t-il ? Je veux maintenant
lui accorder ma main, car il m'est apparu comme le prince de
mes rêves. »
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DEVANT L ATRR 61
VII
La ballade bretonne
Pierre fut ramené à Tendroit du bois d*où il était partit et se
retrouva sur son lit de feuilles pêches. Il comprit alors qu'il avait
agi sous riofluence de l'orgueil et que la fée n'était pas contente
car son sifflet, ordinairement brillant, était devenu noir.
Il reprit le chemin de la ferme, l'&me toute chagrine, se pro-
mettant bien de réfléchir une autre fois avant d'agir. En passant
près d'une haie de coudriers, il entendit, à quelques pas seulement,
une voix triste qui chantait :
Voici la Toussaint, Le mien n'y va pas,
Le temps des veillées, J'en suis désolée !
Où tous les amants II est à Morlaix
S'en vont en soirées ; Ou bien en Vendée
Le mien n'y va pas XJu'apportera-t-il ,
J'en sois désolée I A sa bien-aimée ?
Va, mon ami, va. Va, mon ami, va,
La lune est levée, La lune est levée,
Va, mon ami, va, Va. mon ami. va,
La lune eir s'en va ! La lune eli' s'en va 1
Qu'apportera- t-il
A sa bien-aimée ?
Chapelet d'argent,
Ceinture dorée ?
J'aimerais bien mieux
Bonne renommée.
Va, mon ami, va,
La lune est levée,
Va, mon ami, va,
La lune elL' s*en va !
La chanteuse semblait tellement émue qu'on eût dit qu'elle
pleurait.
Pierre avança timidement la tôle à travers les broussailles, et
reconnut la fille de son maître qui fondait en larms.
Jeanne comptait à peine seize printemps, et était bien la plus
jolie fille du pays. C'était, en outre, la meilleure et la plus douce
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S2 REVOE DiE BAETAGNE
créature du monde. Que pouvait-elle avoir ? Quelle affreuse dou-
leur faisait couler ses larmes ? Telles étaient les questions que
s'adressait Pierre sans y trouver de réponse. Il n'y tint plus.
S'avançant résolument vers la jeune fille, il lui demanda la cause
de son chagrin.
Jeanne, contrariée d'être ainsi surprise, s'essuya promptement
les yeux et répondit :
— Je n*ai rien ; je suis gaie puisque je chante.
— Il est inutile de dissimuler avec moi, ajouta le p&tre, j^ai vu
vos pleurs. Vous n'ignorez pas Tintérôt que je vous porte, et s'il
me fallait donner ma vie pour vous consoler, je le ferais volon-
tiers.
— Votre vie ne vous appartient plus.
— Expliquez-vous, répondit Pierre, je ne comprends rien à
votre langage.
^ — Je vois qift vous ignorez le bonheur qui vous attend, et je
vais vous l'apprendre, reprit Jeanne, dont les sanglots entrecou-
paient la voix.
a La princesse Tinah, ajoutait-elle^ vous a choisi pour époux,
et vient d'envoyer à la ferme plusieurs courriers pour vous enga-
ger à l'aller voir.
« Malgré la joie que devrait nous causer cette nouvelle, à mon
père et à moi, nous regrettons, l'un le fils, l'autre le frère qui va
s'éloigner. Si nous ne sommes rien par les liens du sang, vous
avez été élevé par le fermier de la Groix-des-Haies, sous sea
yeux, aidé de ses conseils, guidé par ses exemples, nous avons
grandi ensemble tous les deux^ sous le môme toit, sans nous
quitter, ayant les mêmes jeux, et partageant aussi nos joies et
nos peines.
« Allez Pierre, où le sort vous appelle; soyez heureux, mais
songez que vous laissez derrière vous des cœurs qui vous
aiment. »
Et elle recommença à pleurer.
— Séchez vos larmes, dit Pierre visiblement ému, le bonheur
pour moi ne peut être ailleurs qu'au sein de votre famille, et je
ne saurais la quitter.
— Se pourrait^il que vous refusiez les avances d'une aussi belle
et aussi riche princesse ?
— Personne au monde ne saurait me contraindre à épouser
l'orgueilleuse Tinah, répondit Pierre, qui raconta à Jeanne
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DEVANT L'ATRE 53
}
l'histoire de son sifflet merveilleux, la rencontre de la fée, le
voyage à la vfUe, les services rendus au roi, sa présentation à la
princesse, la réception de cette dernière, sa vengeance, enfin
tout L..
Puis ils regagnèrent ensemble la ferme où le pâtre confirma,
à la grande joie de son maître^ mais aussi à sa plus grande
surprise, sa détermination.
VIII
La bonté RÉaOMPBNSÉB
Quelques mois plus tard» tout semblait bouleversé à la ferme
de la Croix-des-Haies. Depuis plus de huit jours, toutes les tail*
leuses et couturières de la contrée étaient mises en réquisition.
Les bouchers dépeçaient les veaux et les moutons de l'étable.
Des cuisinières, venues de la ville, parées de tabliers blancs^
les manches relevées jusqu'au coude^ tordaient le cou aux oies et
aux poules de la basse-cour; les fours et les fourneaux étaient
allumés. C'était, dans toute la maison, un va-et-vient continuel.
Un matin on vit arriver, par les petits sentiers, messiers de la
paraisse, en costume du dimanche, parents, amis et voisins du
fermier. Ils étalent en si grand nombre que la ferme ne pouvait
les contenir. Aussi alEaient-ils du courtil aux vergers, des ver-
gers aox champs, des champs aux étables, pour admirer les
légumes, les grains, tes bœufs et les vaches du riche fermier, très
en renom pour son savoir concernant les biens de la terre, et la
bonne tenue d'une métairie.
Ces apprêts et ces visites n'avaient d'autre cause que le
mariagadePierre et de Jeanne. Depuis les confidences échangées
sous la haie de coudriers, ils ne se quittaient plus, et le fermier
-était enchanté de donner sa fille à un aussi brave et aussi digne
garçon*
Vers dix heures, les plus proches parents entrèrent dans la
maison, et les autres restèrent dans la cour, attendant le cortège.
Bientôt le fermier, conduisant sa fille, parut sur le seuil,
Jeanne, tout habillée de blanc, était ravissante.
Pierre venait ensuite, donnant le bras à une dame venue de
très loin, disait-on, pour assister à la noce de son parent. £lle
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54 RBVUB DE BRETAGNE
n'était autre que la fée des troupeaux ; mais il n'y avait que les
mariés à le savoir.
Après cela, suivaient les parents et les invités.
Lorsque les cérémonies furent terminées, on se mit à table
pour le reste de la journée.
Le soir, pendant que les jeu^nes gens dansaient, les vieillards
s'entretenaientdu bonheur des époux, ou racontaient aux enfants
les contes de la veillée.
Le ferinier étant très âgé, Pierre i3rit la direction de la métairie
et Taméliora aidé des conseils de la fée qui voulut être la mar-
raine du premier-né.
IX
La méchanceté punie
Malgré les bonnes raisons alléguées par le p&tre^ pour refuser
les avances deTinah, la jeune princesse ne put se consoler d'un
pareil échec. Elle eut beau voyager pour se distraire et rechercher
tous les plaisirs que sa noble situation dans le monde pouvait
lui offrir, rien ne put lui faire oublier le brillant cavalier qu'elle
avait aperçu en si bel équipage. Son caractère s'aigrit au point
de ne plus être supportable. Elle devint tellement acariâtre et
maussade qu'elle abrégea les jours du roi son père.
Un génie malicieux, témoin de ses scènes de colère et de mé'
chanceté, pour la punir, la métamorphosa en pie.
C'est depuis cette époque que cet oiseau est devenu la terreur
des autres animaux.
Margot la pie possède, en effet, tous les défauts possibles :
bavarde, querelleuse, voleuse, elle passe sa vie à huer le pauvre
hiboi^ inoffensif, à indiquer par ses cris, au cruel chasseur, le
gîte du malheureux lièvre^ et à insulter tous les oiseaux voya-
geurs qui passent à sa portée.
« Le bonheur de Pierre et la punition de Tinah prouvent, uûe
fois de plus, dit le père l'Affût, en terminant son récit, que,
même ici-bas, la bonté est toujours récompensée^ et la méchan-
ceté punie. »
Il faisait complètement nuit quand nous prîmes congé du
braconnier. Un vent d'est avait chassé le brouillard, les étoiles
brillaient au cieh et les oiseaux de nuit jetaient dans l'air leurs
cris plaintifs.
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DEVANT L'ATRB 5S
L'bnFANT GHANOi BN VIKILLARD
Une jeune mère de famille s'approcha, un matin, du berceau
de son enfant, et recula épouvantée : Au lieu du poupon, frais et
rose, qu'elle avait couché la veille, ses yeux regardaient, avec
effroi, une figure rabougrie, ridée, grimaçante, une vraie tôte de
vieillard.
La pauvre femme se mit à pleurer, et courut raconter son
malheur à une voisine, qui passait pour ôtre sorcière.
Celle-ci lui dit : « Il arrive quelquefois que les fées emportent
de leurs berceaux les jolis enfants, et les remplacent par de
petits vieux. C'est sans doute, ce qui s'est passé chez vous.
« « Ecoutez-moi bien, ajouta-t-elle, je vais vous indiquer comment
vous y prendre pour ravoir votre enfant. » Et elle lui expliqua ce
qu'il fallait faire.
L'infortunée mère alla aussitôt dans son poulailler chercher
trois douzaines d'œufs, les coupa par la moitié et les mit à cuire
autour du feu. Elle plaça, dans chacune de ces moitiés, une petite
bûchette de bois pour tenir lieu de cuillère, puis elle s'accroupit
devant son foyer, et se reprit à pleurer.
Tout à coup, elle entendit une voix chevrotante qui partait du
berceau et qui murmurait : « Je suis bien vieux, bien vieux, j'ai
vu couper trois fois les chênes de la forêt de Rennes, qu'on n'abat
que tous les cent ans ; mais vrai, je n'avais jamais vu tant de
petits pots blancs alignés autour d'un foyer. »
— Ils sont pour toi.« lui dit la jeune femme, lève-toi et viens
manger ce qu'ils contiennent.
Le petit vieux s'arracha péniblement de dessous les draps, et
s'en alla s'asseoir sur un banc qui se trouvait dans un coin de la
cheminée.
Il prit une moitié d'œuf, et avec la petite bûchettte de bois, la
mangea en répétant : « Ah I comme c'est bon 1 comme c'est bon t n
et il continua de curer les petits pots.
De temps en temps^ il s'interrompait pour dire : c Je boirais
bien un coup, s Mais la femme répondait invariablement : « Je
n'ai rien à te donner à boire. »
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56 REVUE DE BRETAGNE
Arrivé à la 60* moitié d'œufs, il voulut s'arrdter. La jeune mère
le contraignit à continuer.
Après cela, il en mangea encore onze, mais ne put jamais venir
à bout du douzième. Le malheureux soufflait comme un jars, et
réclamait à boire.
— Si tu veux me promettre de me faire rendre nion enfant, je
vas te donner une pleine jatte de lait.
— Oui, oui, dit-il, j'accepte. Il était près d'étouffer.
— Jure-le.
— Je le jure l
Elle lui apporta la jatte de lait qu'il vida d'un seul trait. Puis il
s'en alla.
— Souviens-toi de ta promesse 1 lui cria la femme.
— Oui, oui, répondit-il.
En effet le lendemain matin, la jeune mère trouva, dans le ber
ceau, à côté de son lit, son mignon petit gas qui lui souriait comme
de coutume.
La paysanne alla remercier sa voisine qui lui répondit : « Pour
le service que je vous ai rendu, j'ai encouru la colère des fées ;
mais je ne regrette pas ce que j'ai fait. »
' Ad. Orain.
Conté par le père Constant Tuai, tailleur à Bain.
Le Gérant : F. Chevalier.
Vannes. — imp. LAFOLYE Frère», S, fUaet de« LicM.
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I
REVUES BRETONNES
I/Hekminb: 18* ann. Mensuel. 1 an 12 fr. Union postale 15 tr.
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Les Annales de Bretagne : 22* ann. Trimestriel. 1 an iO fr.
Union postale 12 fr. 50. Publiées par la Faculté des Lettres de
Bennes. Rédacteur: G. Dottin, 37, rue de Fougères, Rennes.
Le Clocher Breton : 14« an& Mensuel, 1 an 5 fr. 50. Directeurs :
René Saib et Madeleine Desroseaux. Bureaux, 29. rue Belle-Fon-
taine, Lorient.
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logie DU diocèse DE OuiMPBR ET DE LÉON: 6« auu. Tous les deux
mois, i an 5 fr. Ouimper.
La Revue Morbihannaise : lt« ann. 1 an 5 fr. Directeurs :
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ments partent du 1"' janvier. S'adressera M. Cardinal, recteur de
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Brbtonbd Paris. Bulletin de la Société « La Bretagne », 4* année.
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Revue do Pays d'Aleth : 4" année, mensuel. 1 an. 3 tr. Dire^
teur : Jules Haize, rue Jacques Cartier, Saint-Servan.
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1 an. 10 fr. N®, 1 fr. - - Directeur : M. de Beaurepaire-Froment
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N*» 2 fr. 50. — D' M. René Vallette, à Fontenay-le-Comte.
L'Anjou historique- — ?• ann. tous les 2 mois. 1 an : 6 fr. D'
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4, Chaussée Saint-Pierre, Angers.
Reyue des Traditions populaires. 22* ann. mens 1 an, 15 li .
N» 1 fr. 50. Direct, M. Paul Sébillot, «0, boulev. St-Marcel, Paris.
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La Vendée historique. — (Revue de la Vendée militaire). Tous
les quinze jours ; !!• année. — Edit. sur papier fort, 6 fr. 50 ; édit,
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Revue de l'Anjou, 57» année, 12 fr. par an. — Librairie Germain
et Grassin, Angers.
La Revue Héraldique, fondée en 1862. Mensuel, Directeur
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Jmdi pn^eédent la Pâte des Rameauï n iys£îu au 31 Octobre, des
cartes d'ftfaonrietnent spéciales permett^int de pmtr ^^''^ ^î^.^^^^l
conûue de emi Réseau pour une garp au olioii des lï>rnee désignées
aus ahnéfiB ci-dessDua ^ s'arrôrant sur le parcoura ; de circuler
ensuite ^ son gré. pendant un mots, mn seulemeiii sur ces lïgues,
mais ausm sur tous leurs embranchements qm conduisent a la mer,
et enttn une fois i\^xcursion lerminéi*. de revenir au poiûl de départ
^vec les mêmes raeiiués d'arrôt qu'à faller.
CARTE VAX.ABt.E SUR LA COTE NORD DE BRETAGNE
U' classe 100 iv. — 2-" ciaBse 75 Jr,
"^éî'Ctmfi : Lliîne de Granville k Brest (par FoiU^ny
'' et le& e^branehfijnents do celte h^m vers le mer.
Dol et Ltmbittté)
GARTK VALABLE SUR LA COTE SUD DK BRETAUNÇ
\ . i^" Classa 100 fr. - f classe 75 ïr.
PaJTrmrJÇ .' Uine du Croisic et de Guérande à^CliàteaaUii et lès
embrancûemenis de cmte iT^ue vers la mer. tf \^ X . - t^
V CARTE VALABLK SUR LES COTES NORD KtVj^ ^^
^ BRETAGINÏE
^dasse 130 fr. —r dagee 95 fr.
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iwcùurs : Lignes de Gianvllle à Brest (|.ar Kolligny, tml ei Lam- ,
4le,Tt de Brest au Croiî^ie et à Ouéran*^*^ et les emtnnnehementfl aa,
ta iï^nesTerfi la mer. _. // '^l-
rARTEi VALABLE SUR LES^CC^ES NORD, ET ,SpD JDE
BRETAGNE^^ LlCIÏJES INTÈRIHURES SITUEE^. A ^ti EST
DE C^LLE DE SAl^T-^MALO A REDON. ---
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i^' olasse 150 fr. — 2^ claëse ^10
e^^ttfvt^^^ mer, ainti /ua ïes^i^pés de mik Rednu. de^fessaû
irieuTr^^^ de LoudéaHi>rUt.ix, de^orlidi et de ÔuiP^*°»^
Ïlos;pord0/' y> ^
^ // ABOTiJtEMENTS DE FAMILLE,
U nombre; du earl^rfl **tfWllîE* . . . ,.>--«p — -T^^ï^Jisiit *IîkU
t#^r^7. du prix iaiti«JT^4^u^aqu« mmi a* pM^
iUyr.niet« ft^W I^Pi^duSi^^l lad.ïai&rrea ATSffSïM^r- i^ «*o.ii|
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4* Série. --- 7* Annie
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MM. Le V" QiARLU DE CATaN. Secrcuifi rfgiûml powr 1*1 Jf-«l ^Vilain*. — Henb
BLANClMTRDpourlaLoircIfikmutt.— L< Ch*/iïM»\c PBYRON.pour leFimtt*TC.
^ AVENB^ M LA GRAKQitillfi. ptnr U Mtirtiîftiiii. ^ A|Jim fiAÎSQN tMi
CLÇIjl^tC^, pQ0t^icsCôtts-dti-Ncr4. ^ Olivicii qe GOUftCUFf. pour Patî*.
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5. Qumi Malaquait
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1 76, Rue Saihnthftmtin
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^' S*a^essej^our la ÏUoactiok et l'envoi des manuscrits i M. le C" f^flK^D]^ LAIGtJE, y
aç^itj^^i^e Bahurel,_parJ^edon ; pour rAD*»<isTRATioN, MM. lAijetTE, frèrw
plïrts des Lîccs^Vnnnes. *" " ,
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^.
ÇOMMAIBE
I. — Combour et gei Seigneart (suite). — Paul de la Bigrb. 57
II. — Mélanges historiqua (suite). — - XVI. Les Faussée Chartes
d^ Alain le Long, d Alain Fergent et dEadon. —XVII. Les
Vassaux légendaires du roi Salomon, — V^« Gh. de la
Lande de Galan 77
III, — Anne de Bretagne au Folgoat, nouvelle. — Albxaiidbe
MA88EEON H3
IV. — Devant VAtre (fin). — Ad. Orain 95
CONDITIONS D ABONNEMENT
France, un an 12 fr.
Etranger, — 15 —
On s^abonne soit chez M. !e comte de Laigub, château de
Bahurel, par Redon, soit chez M. Lafolye, imprimeur à Vannes.
Les abonnements partent du 1*^ janvier ou du l«r juillet de
Tatinée en cours. — Il n'est pas vendu de fascicules isolés, sauf
pour les abonnés.
Les travaux comprenant au moins 16 pages de texte sont seuls
tirés à part. 50 exemplaires sont ofiferts aux auteurs.
Nota. — La Direction et la Rédaction de la Revue de Bretagne
ne sauraient être nullement responsables des théories ou opinions
émises dans les articles qui y sont insérés, cette responsabilité,
incombant tout entière à leurs seuls auteurs.
H sera rendu compte de tout ouvrage dauteur krelon ou inlé-
resianl la Bretagne, dont un exemplaire aura été adrisié au Rédacteur
mn ttkef de la Revue.
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS
(Suite) (1) '
MALO AUGUSTE, MARQUIS DE COETQUEN, /
COMTE DE COMBOUR,
27* Skioneur.
Malo III Auguste, marquis de Coetquen, comte de Combour,
baron des baronoies d'Aubigoé et de Bonne-Fontaine, seigneur
<|h&telain d*Uzel, laAIotte d'Onon, Gaugray, Oodheust, Boulet,
Plessis l'Epine, Malestroit sous Dol et autres lieux, né le 7 juin
1678, succéda à son père.
Il fut lieutenant génjSral des armées du Roy, commandant ses
troupes dans les pays et duché de Bretagne (1718), gouverneur
des villes et château de SaintMalo (1719); tour Solidor, forts,
ports^ havres et dépendances.
II se rendit célèbre par la défense de la ville et citadelle de
Lille, qui lui valut sa nomination de maréchal de camp en 1708,
L'année puivante, il se conduisit héroïquement à Malplaquet où
il eût une jambe emportée. Le 14 janvier 1719, il présenta à
révoque de Saint-Malo, M»' Vincent-JPrançois Desmarets, le
dernier titulaire pacifique étanf mort, un nouveau titulaire pour
les chapellenies de Içi Madeleine, de Thôpital et du château de
Combour.
Il avait épousé en premières noces en 1696, Marie-Gharlot'e de
Noailles, dont il eut un fils Jules Malo de Coetquen.
Malo Auguste de Coetquen se remaria en 1723, avec Marie
Locquet de Granville, qui lui donna une fille Louise-Françoise-
Maclovie-Géleste, née en 1724, dernière héritière des Coetquen.
Le marquis de Coetquen mourut,^ âgé de quarante neuf ans^
en son château de Combour, le 1*' juillet 1727 ^ et sa dépouille
(1) Voir \2. Revue de juillet 1908.
Àoât 1908. *
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58 RBVUB DE BRETAGNE
mortelle fut transportée le 2, ea Tenfeu des GoetqueD, chez les
Jacobins de Dinan.
Son premier mariagre avec Marie de Noailles ne fut pas
heureux. Il l'épousa, dit Saint-Simon, pour le crédit des Noailles.
Sa femme était la plus laide et la plus répugnante créature qu'on
pût voir, et il prétendit plaisamment qu'on lui avait fait voir la
troisième qui était jolie et qu^on lui avait passé l'autre (1).
JULES MALO, MARQUIS DE COETQUEN.
COMTE DE GOMBOUR
28* Seigneur.
Jules Malo marquis de Goetquen, fils du précédent et de Marie
de Noailles fut mestre de camp de cavalerie et gouverneur de
Saint-Malo ; il mourut avant son père en 1727 le 13 janvier.
De sa femme Elisabeth de Ntcolaï qu'il avait épousée en 1721,
il laissa deux enfants :
Malo-Prançois-Marie marquis de Coetquen, qui mourut jeuue
sans héritier, et Augustine de Goetquen, dame d'Uzel et autres
lieux qui mourut en 1746, épouse en secondes noces de Louis-
Gharles de Ijorraine, comte de Brionne, grand écuyer de France
auquel elle s'était mariée en 1744.
Elle avait épousé en premières noces en 1735, le duc de Roche-
chouart.
Après elle le comté de Combour passa à sa tante demi-sœur
de Jules Malo, Louise-Françoise Maclovie Céleste de Coetquen
née en 1724, laquelle épohsa en 1739 haut et puissant seigneur
Monseigneur Emmanuel-Félicité de Durfort duc de Duras, né le
19 décembre 1715, pair de France (1755), gouverneur du château
Trompette, de la Franche Gomté et de Besançon, premier gentil-
homme de la chambre du Roi, lieutenant général des armées
de S. M. commandant en chef de la province de Bretagne
en 1768 (2). '
La duchesse de Duras, dernière héritière du nom de Goetquen,
mourut on 1802, le 9 janvier et les du Hallay ont relevé le nom en
(1) Bio* Bibliographie bretonne, Pocard Kerviler (Coetquen, p. 2î).
(?) H avait épousé en premières noc^s le i*' juin 1733 Charlotte Mai^rior, flU«
a laj >\é Maxarin «t de Louise de Kohan-Kohan.
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AUn.!» «»tVvU ,UU;t del.V.ca^JU ?vxturi at Un^Okir*
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60 REVUE DE BRETAGNE
coasidératioQ du coQtrat de mariage de Giionae de Goetquen
avec Etienne du Hallày en 1576. ,
Le duc et la duchesse de Duras, vendirent le comté de Gombour
et la bsronnie d'Aubigné le 3 mai 1761, à haut et puissant sei-
gneur René-Auguste 4e Chateaubriand, chevalier seigneur du
dit nom et à ses associés (1).
Le 4 juin suivant 1761, M. de Chateaubriand se réservant la
seigneurie de Gombour, reconnut M. René-Claude de Montbour-
cher. seigneur de la Magnanne comte de Betton, président à
mortier au Parlement de Bretagne comme légitime possesseur
de la baronnie d'Aubigné.
Celui-ci ne la paya que 70.000 livres» parce que M. de Château
briand s'appropria certains fiefs d'Aubigné relevant de Gombour.
Il existe dans la Bibliographie bretonne un article très subs-
tantiel sur les Goetquen. Cependant nous ne partageons pas .
entièrement sa manière de voir et nous devons expliquer
pourquoi, * -t
On semblerait insinuer que dans un ou deux cas le comté de
Gombour aurait été donné en partage à des puînés de Goetquen.
S'agit-il d'un simple titre honorifique sans possession réelle 7 Je
serais porté à le croire pour deux cas au moins qui me paraissent
obscurs, mais rien dans les faits ne me semble prouver une
possession et une jouissance effective.
11 est évident que Jean VI fut comte d^ Gombour du vivant de
son père puisqu'il mourut avant lui et qu'il eut, dit du Paz, « le
comté de Gombour pour l'entretien de son estât et de sa personne
et tandis qu'il vesquit fut dit et appelle comte de Gombour » (2).
Hercule frère de Malo est dit comte de Gombour, mais il meurt
jeune sans alliance en 1640.
Quant à Henri aliàs Louis-Hercule comte de Gombour^ soa
Utre n*est peut-être pas plus certain que son nom qui parait
douteux, on nous le donne comme époux de Madeleine ou
GuillemetteBelin.
D'après les registres paroissiaux de Gombour, Madeleine
Belin s'appelait Guillemette, et son époux se nommait messire
Henry-Pélagie de Goetquen. Il n'est point dit comte de Gombour.
On désigne son fiis sous le nom de comte de Goetquen, il est
évident que ce n'est là qu'une qualification honorifique.
(1) Acte de vente 3 mai 1*61.
(2) Da Ptï, p. 535.
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS 61
r
D*aillears, j'ai peine à croire que Fatoé des Goe^uen pat céder
à un puîné non seulement la propriété mais môme simplement la
jouissance de cette belle et antique baronnie, ou plutôt pour eux,
du comté de Gombour (i).
(1) Coetqaen paroisse de Saint-Helen (ramage de Dinan), marquis dadit lien
eomte de Gom bourg, vicomte de Rougë et d'Uzel, baron de VaurufAer en 1^*0,
tienr de la Marzelière paroisse de Bain. Bandé cCargent et de gueules (sceau
1219) Ag. 28. Devise : Que mon supplice est doux.
Diaprés M. de Booeret (devisairede Bretagne) cette devise semblé rentrer dans
la catégorie des devises amonreuses et avoir été choisie pour un tournoi.
Raoul de Coetquen, chevalier en 1140» fut père de Gnillaume, marié à Denise
de Dol. Fondu dans Durfort de Duras en (735, rel<»vé parles du Hallajen 1802
Rohan : de gueules à neufmâcles d^or. 3. 3, 3, (sceau de 1222). Devise : A
plus ou Plaisance. Aliàs: Hoi ne puis, duc ne daigne, Rohan suis Pi. lY, fig. 33.
De la Hirlaje : d'azur à 3 fleurs de lys d'argent au lambel de gueules. PI.
IV, Og. 29.
Du Louet de Coetjunval, paroisse de Ploudaniel, évéché de Léon : {f'aseé de
vair et de gueules qui est Coétménec'h PI. IV, fig. 30.
Du Hallay : d'argent fretté de gt^ules, f^\, IV, flg. 31.
D*Avaugour de Saint-Laurant : d'argent au chef de gueules brisé d'une màcle
d'or. PI. IV, flg. 32. y
D*Orléans, marquis de Hpthelin : Ecartelé aux i et 4 â^or à la bande de
çueulesy au 2 et 3 d'or au pal de gueules chargé de 3 chevrons d'argent» qui
est Neufchâtel, sur le tout de Bourbon, duc de Longueville. c'est-à-dire : d^azur
à trois fleurs de lys d'or au lambel d'argent en chef et à la barre de gueules
brochant sur le tout. PI. IV, flg. 34.
De la Marzelière, marquis dudit lieu en 1618^ baron de Bain et de Bonnefon-
taine. paroisse d'Antrain, vicomte du Fretaj, paroisse de Panoé en 1578. PI. IV,
flg. 35.
Ecartelé au i*' de sable à 3 fleurs de lys d'argent; qui est la Marzelière, au
$* d'or à une fasce d*herminea accompagné de 3 fleurs de lys d'asur, qui est
Porcon : au 3* paie d'or et de gueules de six pièces, qui est Saint-Brice ; au
4* d'argent à la croix engres^e ou enteuléede sable, qui est du Gué, flg. 95.
Rohan-Cbabot : Ecartelé aux i et 4 de gueules à neuf mdcles d'or, qui est
Rohan ; aux 2 et 3 à trois chabots de gueules, qui est Chabot. Pi. IV. fig. 36.
De Boisséguin, Bois-Kon, vicomte de la Bellière et oomte de Boisséguin ;
D'asur au chevron d'argent accompagné de ^ois têtes de léopards d*or.
De Noaillet : de gueules à la bande d'or. y\. V, 37.
I ocquet de' Oranville et de la Hirlais, paroisse de Baguer-Morvan, sieur de
Châieau d'Acj, marquis de Fouger.ij, paroisse de ce nom. D'asur à trois pals
d'or au chef d'asur, chargé d'un pigeon au vol élevé d'or. PI. V, 41,
Nicolaî : D'asur au lévrier courant d'argent colleté de gueules et bouclé d^or,
PI. V, 38.
Koohechouart : Fascé, nébulé d'argent et d; gueules de six pièces. Devise
I Ante Mare, undœ. » PI. V, 41.
Lorraine : D'or à la binde de gueules chargée de trois alertons d'argent. PI.
V, Bg 4-.'. . ■
Durfort : originaire de Guyenne, duc de Duras en 1668, marquis de Civrac, duc
deQuintin en td9t, duc de Lorges en 1706, marquis de Coetquen, eomte de
Gombour, vieomte d'Uzel et de Hougé en 1739, marquis de U Marzelière.
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•4 R£VU& DS BRETAGNE
VII
LES CHATFAUBRIANI) SEIGNEUR DE COMBOUR
« Monsieur de Chateaubriand, dit le Vicomte François René,
dans ses Mémoires (T Outre-Tombe, désirait rentrer dans les
biens oti-ses ancêtres avaient passé.'^Ne pouvant traiter ni pour
la seigneurie de Beaufort échue à la famille de Gouyon, ni pour
la baronnie de Chateaubriand' (érigé en 1160 en faveur de
Briand II* du nom qui avait épousé Triphine du Guesclin) tombée
dans la mai^OA de Condé, il acquit en 1763(c*est 1761) Combourg
que Proissart écrit Combour, »
Et Froissart a raison, nous croyons l'avoir prouvé et il est à
regretter qu'on n'ait pas continué de faire comme lui l
René Auguste de Chateaubriand seigneur de Combour en 1761
descendait des sires de la Guerrande (Morbihan). Il était fils de
François de Chateaubriand et de Pétronille Claude Lamour de
lianjégu.
De ce mariage étaient nés quatre fils : François-Henry, René
qui devint seigneur de Combour, Pierre et Joseph.
Né Ie23sept'>mbrel718 René- Auguste de Ctiatea^ubriand épousa
^argent à la bande d'attiré qai est Dnrfort, écarteU de gueules au li&n d'ar-
gent^ qui est Daras.
Vitré : de gueules au lion contourné d^arqent couronné de même, PI. V,
ûg. 43.
Abbaje de la VieuTîUe : d'argent écartelépar un filet de sable à une tour de
gueules en chaque quartier (sic). Arm. gén. ms, GaiUotin de Gorson, Fouillé
hist. de Rennes, T. II. PI. V,.Ûg. 44.
Prieuré de la Trinité de Gomboar : de gueules au lion d'argent, PI. V, flg. 46.
Elisabeth de la Toar, sœur de Turenne, épousa le 13 septembre 1819, Ouj-
Aldonoe de Durfort, marquis de Duras et de Lorge, maréchal de camp en 1637,
père de Jacques-Henrj, né à Duras le 9 octobre 1625, mort le 12 octobre 1704^
qui avait épousé le 15 aTnl 1668, Marguerite de Levis, d'où : Jacques Henry,
deuxième du nom, due de Duras, par la démission de son père du 16 mars
1686, né le 20 décembre 1670, mort en 1607. Il avait épousé Louise Esohalart de
la Marck, d*où : Jean-Baptiste, frère de Jacques Henry, Henry I**, né le 28 jan-
vier 1684, époux de Angélique de Bournonville le 6 janvier 1706, d'où : Emma-
nuel-Félicité de Durfort, né le 19 décembre 1715, duo de Duras, pair de France
en 1755, maréchal de France le 14 mars 1755, qui avait épousé : 1* le 1* juin
1733, Charlotte Mazarini, et 2<> en juin 1739, Louise-Françoise Maclone-Célesta
de Goetquen, fllle unique de fei^ le marquis de Goetquen, lieutenant général des
armées du Hoi et gouverneur de Saint-Malo*.
• • P. Anselme, t. Y, p. 735.
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS 65
le 30 juin 1753 Apolline- Jeanne-Suzanne de Bédée de la Bouetar-
dais qui lui donna dix enfants dont plusieurs moururent au ber-
ceau et dont les autres suivent : Jean-Baptiste né le 23 juin 1759.
Marie- Anne-Françoise née le 4 juillet 1760 qui fut mariée le il
mai 1780 à François- Jean Gefflot, comte de Marigny,flls de haut et
puissant seigneur Jean Gefflot de Marigny et de dame Jeanne
de la Roche-Saint-André, de Fougères. La comtesse de Marigny
mourut à Dinan, âgée de plus de cent ans. ^4 juillet 1730 18 juillet
1860).
Bénigne-Jeanne née le 31 août 1761, qui épousa en premières
noce< le 11 mai 1780, Jean-François comte de Québriac^ seigneur
de Blossac Malouse et Patrion près Fougères. Celui-ci mourut
âgé d^ quarante-quHtre ans au château de Combour en 1783 et
fut inhumé dans le caveau de Téglise. « Les deux sœurs se ma-
rièrent le môme jour, à la môme heure, au môme autel, elles
reçurent la bénédiction nuptiaie dans la chapelle du château
dédiée à saint Mdrtin. Elles suivèrent leurs maris à Fougères (1).
La Comtesse de Québriac épousa en secondes noces le vicomte
de Chateaubourg ; elle mourût en 1848.
Julie-Màrie-Agalhe, née le 2 septembre 1763 à Saint-Malo,
épousa le Comte François de Farcy, capitaine au régiment de
Coodé et s'établit à Fougères. Ce mariage eut aussi lieu à
Combour le 20 avril 1782.
Lucile-Angélique, née le7aoûtl764,épousa pendant la Révolu-
tion le marquis de Caud qu'elle^ perdit après quinze mois de
mariage.
François-René, né à Siint-M%lo te 4 septembre 1768,qui épousa
à Saint-Malo le 18 mars 1792 M'** Céleste du Buisson de la Vigne
âgée de dix-sept ans. laquelle, disent lesMémoires d'Outre-Tombe,
« avait un oncle maternel M. de Vauverl, grand démocrat'^ qui'
voulait 8*opposer au mariage ))-sous prétexte de minorité de la
future. /
« Mes sœurs, dit le vicomte René, me firent épouser à Saint-
Malo, Mademoiselle de la Vigne qui n'a point trouvé dans les
joies maternelles le contrepoids de; ses chagrins. »
< En politique, elle ne m'a jamais arrêté, parce que là oomme
en fait d'honneur, je ne juge que d'après mon seniiment. » Toute
la vie de M. de Chateaubriand est un pofeme immortel, il est une
(1) Mémoires d'Outre- Tombe,
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66 REVUE DE BRETAGNE
des plus pures gloires de la France/ a dit M. de Mirecourt, i( est
certaioement aussi la plus grande gloire de Gombour, qui n'est
connu de tant de monde qu«>. par lui. Lui-même l'a dit d'ailleurs :
« G*est dans les bois de Combourg que je suis devenu ce que
je suis. »
Il a dominé son époque par son génie incomparable. Ce fut un
grand Breton qui a retrouvé et rendu à la Bretagne la harpe d'or
et l'imagination merveilleuse de Taliesin et de Merlin.
Gomme l'a dit un autre grand Breton (Dieu merci, nous n*en
manquons pas), M. de la Viilemarqué le barde de nos jours.
Taliesin avait prédit Chateaubriand;
L'aigle répond quand Taigle appelle ;
Il le saisit, l'assied sur son dos triomphant,
Le mène au soleil d'un coup d'aile I
Il faut lire dans les Mémoires cT Outre- Tombe la description du
manoir féodal et de son entourage, celle de la vie de famille au
silencieux et triste chAtean dont le maître exerçait sur son en-
tourage un si sévère ascendant. ' *
Nous sommes pourtant porté à croire que Tillustre Vicomte,
dans le portrait qu'il nous a laissé de son père, a voulu faire au
seigneur de Gombour une tôte rigi'ie aux traits accentués et
qu'il a peut-être un peu forcé les ombres.
On trouve aux registres des décès de la paroisse de Gom-
bour (1780) l'acte de décès de celui qui fut pour ainsi dire son
dernier seigneur, avant la Révolution, ainsi libellé :
Le corps de haut et poissant Messire René-Auguste de Chateaubriand,
chevalier, comte de Combour, seigneur de Gaugrès (i) le Piessis f Ëpine,
Boulet, Male^tro<t en Doi et autres lieux, époux de haute et puissante
dame Apolline-Ieanne Suzinne de Beiéede la Bouetardais, dame de
Combourg, â^é de soixante-neuf ans environ, mort en son ch&teau de
Goinoour. le six septerobre enviroii les huit heures du soir, a été in-
bumé le 8 dans le caveau de la d<tc t-ei^neai iep acé «lans le cbasseau de
notre église de Combour en prénence de Messieurs les gentils hommes,
de M<*Sbieurs les officiers «Je la Juridiction et autres notables bourgeois
Boussignants : 'ii<né au registre le comte du Petit-Mois, de Monlouét, de
château Da^^sy, Deiaunay, Robiou, Portai, Le Dooarin de Tréveiic, recteur
doyen de Diogé, Bévia, recteur de Combourg.
(t) tSaugraj en Roz sur Couaisnon, le Piessis, TEpine en Cuguen.
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COMBOtR ET SES SEIGNEURS 67
Gelai de sa veuve qui n'a pour assistant que la Révolution,
dit Chateaubriand, est ainsi conçu :
Le 12 prairial an VI de la R. F. (21 mai 1798) Jeanne-Suzanne de Bedôe
veuve de René- Auguste de Chateaubriand, est décédée au domicile de la
citoyenne Gouyon à la Ballue, commune de Saint- Servan.
Le comte. René-Âuguste de Ghateaubriant mourut au cb&teau
de Combour dans la tour de Ttsl où est mort aussi son arrière-
petit-fils le Comte Geoiïroi de Chateaubriand (1889) qui alla
prendre sa p1a(!e dans le caveau de Téglise en attendant qu'on
construisît celui où il repose actuellement dans la chapelle du
Sacré-Cœur.
On lit dans un registre curieux de la paroisse de Combour :
« Le oorpi du dit seigneur (René- Auguste, comte de Chateaubriand) a
« été inclus dans une ch&sse ancienne de plomb dans le caveau de Té-
t glise de Combour du côté de TEvangile. A Combour on sait encore au-
« tourd'bui ce qu'est devenu ce cercueil à la Révolution. Des hommes
« fanatisés parles idées du temps et dont plusieurs devaient être étran-
< gers à Combour, Tauraient inhumé et ouvert aux abords du grand
€ mail pour brûler c» qu'il renfermait et jetpr les cendres au vent, acte
<c qae rien ne peut excuser encore moins légitimer 1
V Aussi personne à Combourg n'en parle que comme d*un fait de dé-
u plorabie mémoire !
« Les descendants de la victime de cette profanation ont eu assez de
€ foi et de gandeur d*âme pour iaire la part des circonstances. Le petit-
€ fils semblait môme ne pas se souvenir de ce qui s'était passé il y a
« quelques années et fut toujours un des soutiens de toutes les bonnes
« œuvres à Combourg. L'arrière-petit-fils du défunt semble voir un essai
€ de réparation dans cette marque d'estime et de confiance, que lui a
« donnée la population, en le nommant par deux (ois membre du Con-
< seii Général. >
. Lecomle Jean-Baptis'e-AugustedpGh8t^aubriand,fils de René-
Auguste de Chateaubriand, comte de Combour et d'Apolline de
Bédée, épousa Aline-Thérèsn Le Pelletier de Rosambo, fihe de
Louis Le Pelletier de Rosambo, présid- nt à morli- r au Parle-
ment de Paris, et de Magueriie de Lamoignon de Malesherbe?,
fille du défenseur de Louis XVL
Le comte de Chateaubriand fut reç'i au Parlement de Bretagne
en 1779; luiet saf«imme, victime delà Révolution, furent saisis à
Paris, condamnés à mort et exécutés le 3 ûoréal an II (22 avril 1794)
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68 REVUE DR BRETAGNE
avec le président et la présidente de Rosambo et l'illustre Males-
herbes (1).
(I) Chateaabriand. baron du dit lien, seignear de Beaafort, paroisse de Pler-
guer, du Plessis Bsrtrand el du Guesclin, paroisse de Saint-Coulomb, d'Orenge»
paroisse de Vieuxvy, de la Querche, de Martigné-Ferchaud, de Poneneé et des
Koches-Baritault en Anjou, de.Vioreau par de Joué, de la Quérande, paroisse
d*Hénan Bihan^'bomte de Combouren 1761.
M. de Fourmoot, dans TOuest aux Croisades, donne k Briand sire de Château^
briand à .la première croisade en 1C96 : D^azur à une fUur de lys d'argent,
(d'après le mannécrit de Bayeux, page 26). PI. VI, fig. 1.
' Plus bas, il dit « que les armes primitives des Chateaubriand ont été : De
gueules semé de pommes de pin d*or, ou mieux un papelonné d*hermines ou
d'un contr'hermin^f^ qu'aura sans doute adopté Briand comme putné des ducs
de Bretagne, il était fils de T hern. » * fig. 50.
* Mais ptlui-ci moit avant ) 062 n'a aucun rapport avec Brient, fils d'Budon de
Pentdièvrç, putné de la maison ducale.
Il me semble que personne avant M. de Fourmont n'avait signalé cet^ fleur
de lys, ni ce papelonné d'hermines. On donne habituellement pour armes an-
tiques aux Chateaubriand : De gueules semé de pommes de pin d*or avec la
devise : Je sème l'or. Alias : De gueules semé de plumes de paon ou papelonné
d'or. (Sceau de 1199), (t?l4) et (1217). PI. VI, fig. 47, 49.
Snfin par concession de Saint-Louis à Geoffroy IV, baron de Chateaubriand
croisé en 1248, qui combattit si vaillamment à la Massoure : De gueules semé
de fleurs de lys a'on Devise : Mon sang teint la bannière de France. PI. VI, fig. 48.
Dans son histoire des barons de Chateaubriand, M. l'abbé Guillotin de Corson
dit queGeoffr >y IV portiit dé|à sur son sceau dès liii et 1247 un semis' de fleurs
de lys. d'^iprès la collection de sceaux de M. Drouet d*Arcq.
C'est ce baron "de Chateaubriand dont la tendre épouse Sibylle mourut de joie
« à la rencontre et accolade du baron revenant de la Terre-Sainte. »
Briand de Chateaubriand, fils de Geofi'roy V, épousa Jeanne de Beaufort, il est
la tige des Chateaubriand-Beaufort. Son fils Bertrand épousa Typhaine Dn-
Guesclin.
Lamour de Lanjt^gu dont Pétronille épouse de René-Auguste de Chateaubriand :
D'atur à trois lacs d'amour d'argent, PI. VI, fig. 51.
Suzanne de Bédée de la Bouetar.lais : D'argent à trois rencontres de cerf de
gueules, .fig. 5>.
Ge flotd^ Mjr.gny : D'azur à troif quint efeuiV es d'argent, PI. VI, fig. &3.
De Québriac d« Blo^sac : Dasur à tnns fleurs de l^s d^ agent, PI. VI, flg. 54.
De *Ihateaubonrg : De s ble au croissant d'or accompagnée de trois quinte^
feuille^ de même. PI. VII, fig. 5î».
De Farcy : D'or fretté d'aur de six pièces au chef de gueules, fig. 5C.
D« Caud : D'azur à la fasce d'or accompagnée en chef d'une roue d'argent.
PI. VU, fig. 57,
Le Pelletier de Rosambo d'où Aline Thér>ze, épouse de J.-B. de Chateaubriand :
D'azur à la Croix panée d'argesA chargt^e en cœur d'un cherron de gueules
flanqué de dc'ÂX molettes de sable et accompagnée d'une rose' de gueules en '
pointe le tout sur la croix, fig. 58.
Du Buisson de la Vigne, épouse de R*né de Chateaubriand : D'argent à la fasce
de gueules chargée de trois étoiles d'argent. PI. VU, ûg. 59.
D'Orglandes, originaire de Normandie : D'hermines à six losanges de gueules.
Devise : Candore et ardore, PL VU, fig. 60.
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS 6f
vm '^
LB CHATEAU
Le château de Gombour se compose d'un grand quadrilatère
flanqué de tours qui sont reliées entre elles par des courtines,
avec cour intérieure sur laquelle on a pris, dans les dernières
restaurations entreprises par le C^ Geoffroy de Chateaubriand
en 1878, un escalier d'honneur Renaissance.
Quatre grosses tours à m&chicoulis trèâ hautes appuient le
château, deux sont couvertes de toitures coniques» la toiture des
autres est à quatre pans. Ces tours ditîàrent entre elles au point
de vue de la hauteur, des éléments architectoniques et de T&ge.
La tour du Maure ou de l'horloge « oîi Tairain sonnait le re-
tour du Jour » est plus élevée que les autres et parait aussi la
Rogniat : IXaiur à uns rangée de palissades d'argent posée en fasee^ ae-
eompaçnée en chef de trois têtes de More rangées , et en pointe d'un lion d*or
la tête et la partie supérieure dai corps brochantes sur la if)alissade^ fig. 6t.
Beraou de KochdtaiUée (origioaire de torez) : Ecarlelé au i et 4 d'azur à
trois fasces d'argent, au» 2 et 3 de gueules à quatre merlettes d*or, une en
chaqtie canton.
Da la Tour du Pin Verclante : Ecartelé au î et 4 d'azur à la tour émargent
ouverte d'une porte et deux fenêtres crénelée de trois créneauoo, au chef de
gueules chargé de trois casques d'or tarés de profil, aux 2 et 3, D'or au dau-
phin d'azttr langue^ barbé, oreille, crête et peautré de gueules, qai est Daaphin%,
sur le tout de gueules à la tour d'argent avec avant mur, DeTÎse : Courage et
loyauté; et Turris fortitudo mea ! Pi. VU. flg. 63.
Darfort de Civrao de Lorges : Ecartelé au i et 4 émargent à la bande d^ azur y
au 2 et 3 de gueules au lion d'argent. PI. VII, flg
De B^iiln/ : D'argent au chevron d'azur aceompagiU de trois trèfles de
sable, flg. 65.
De Viei-Lanae marquis d*EspeuiUes : de gueuXes à Cenceinte fortifiée d'argent
maçonnée de sable, au chef cousu d'azur chargé a'un croisi>ant d'argent etttre
deux étoiles du même, flg. 66.
De Beanfiort (originaire d'Artois) : D'azur à trois jumelles d'or^ flg. 67.
De Carajon Latour : D'azur au mouton passant soutenu et contourné d'ar^
gent la tête sur montée d'une croix de Lorraine de même accompagnée à dexire
d'une tour aussi d'argent, PL VllI, flg. 68.
Le manuscrit de Baveux, dont il vient d'être question plus haut, contient:
avec rindication ^e leurs armes (?) Le catalogue des gentilshommes de Ncr-
màndie, de Bretagne, d*Anjou, du Maine et de Tourraine qui suivirent en 1096
les dnca de Normandie et de Bretagne, Robert Courte Heuse éi Alain Fergent, à
la première Croisade. Je laisse à d'autres le soin de dire si on peut le regarder
comme bien anth«9ntique. Sa précocité en fait d'armoiries me semble déjà une
objeot.on assez sérieuse. (G. du Moulin Ta inséré à la suite de son histoire de
Normandie).
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70 RBVUK DE BaETAGNK
plus ancienne, sans dtre antérieure dans son ensemble au
XIII^ siècle. Elle est construite en petit appareil et on a dû lui ra-
jouter des créneaux et mâchicoulis au XV* siècle pour faire pen-
dant à sa Toisine.
C'est le donjon, à base du XII* siècle, si Ton veut, pour con-
tenter tout le monde, mais qui a dû être remanié* depuis ce
temps-là.
Ce qui prouve que cette tour est bien la plus ancienne et
qu'elle a servi de donjon, c'est qu'elle est séparée de l'ensemble
du château, formant une construction pour ainsi dire indépen-
dante du reste de l'édiHce ; elle contient à l'intérieur un escalier
qui la dessert dans toute sa hauteur et qui permettait aux assié-
gés de s'y réfugier et de tenter un suprême effort dans la résis-
tance, lorsque le reste de la place était au pouvoir de l'ennemi.
Au XI* siècle les châteaux forts, en rapport avec les procédés
dlattaque peu redoutables du temps, n'étaient guères fortifiés que
par des retranchements en terre et le bâtiment central n'était
souvent qu'en bois, ce qui fait qu'il ne peut rester à Gombour
aucun vestige des constructions de cette époque.
Cependant la tapisserie de Bayeux (i) qui date du XI* siècle
présente des donjons dont Taspect varie : à Dol c*est une tour en
pierres, carrée ou triangulaire, à Rennes elle est en bois et hexa-
gonale, la partie centrale surmontée d'un campanile, à Dinan la
butte est plus élevée, la tour est ronde et présente deux étages ;
le second est en retrait sur le premier, ses murs sont revêtus
d'imbrications qui semblent imiter des lames de plomb (2).
Il y en a donc pour tous les goûts, on ne peut cependant citer
avec certitude, bien qu'il y en ait eu d'autres, qu'un seul donjon
de pierre en Bretagne datant de la fin du XII* siècle ou du com-
mencement du XIII*. C'est celui de Tremazan près de Brest ; il
se compose d'une tour carrée élevée sur une motte qui a été
maçonnée (3).
Malgré la date de 1100, que lui assigne Chateaubriand, en
admettant que la tour du Maure soit de la fin du XIII* il ne se
serait trompé que d'un bon siècle et cette hypothèse donnant
(1) La tapiMerie de là Heine Mathilde ou tapisserie de Bayeuz retrace, outra
l'histoire de la conquête de TAngleterre, les principales scèaet de la guerre de
Bretagne en fOtf5. *
(2) De la Borderie, Cours cChUtoire de Bretagne^ p.>8.
(3) Id., p. 78.
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£
COMBOUR ET SES SEIGNEURS 7t
encore à cette tour une existence de près de six cents ans, la
rend encore d*un &ge assez respectable. Elle a droit à tous nos
respects, ils lui sont acquis.
A droite en entrant, exposée au nord-ouest, est la plus belle
tour autrefois nommée du temps des Coetquen la tour de M. le
Marquis. On la nomme aujourd'hui la tour du Croisé. Construite
en bel appareil, ornée de superbes m&chicoulis trilobés, parée
d'une ravissante échauguette, celie-ci est bien du XV% elle a dû
être construite par Geoffroy de Chateaugiron, seigneur de Com-
bourdel415àl463.
Les deux autres plus petites qui regardent « le lac tranquille
qu'effleurait Vhirondellé agile » pourraient ôtre du XIV* siècle.
Celle du sud-est, sur le Champ aux bœufs, se nommait au temps
des Coetquen la tour Madame : c'est dans celle-ci que demeurait
M. du Closjean l'un des intendants de Combour, elle s'appelle
aujourd'hui la tour Sibylle.
Celle du sud-ouest, qui lui fait face du côlé de Tétang, portait le
nom de tour du garde meuble, on rappelle aujourdhui la tour
du Chat parce que c'est dans cette tour qu'on a trouvé le cfaat
noir dont il est question dans les Mémoires cTOutre-Tombe.
C'est celle où habitait M. Huot de Orandcour, intendant de
monseigneur le duc de Duras en 1765.
Du temps des Coetqien « Le dedans du bâtiment est divisé par
une petite colir de quarante pieds de long sur vingt- deux de
large. » Cette cour a été beaucoup diminuée, je l'ai vue, dans mon
enfance, froide et glacée telle que la décrit Chateaubriand avec
« la perspective des créneaux de la courtine où végétaient des
scolopendres et croissait un prunier sauvage, » Aujourd'hui elle
est entourée de très belles décorations Renaissance.
« Botre les dittestours il y aquatre (aoes. Tune au levant vers la ville,
une an midy sur la terrasse, une au couchant vers Téeurie, la qua*
trième au nord.
« C'est par celle icy qu'on entre dans ledit château par un escalier au
dehors de vingt pieds de laiza et de vingt-neuf degrés au haut duquel il
y avait autrefois un pont levis. L*arrivée de ce château se fait en tra-
versant deux grandes cours dont les entrées sont du costé de la ville
par la grande place et Tautre par le nord qui se nommait la cour verte
aux deux côtés de laquelle s'élevaient le grand et le petit mail. >
Extérieurement le géant féodal a conservé son aspect sombre
et imposant des jours du moyen-âge oil il n'était que forteresse
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72 REVUE DE BRETAGNE
et donjoD, mais à l'intérieur ; l'œil est émerveillé de la richesse
et de la chaleur des décorations que l'extérieur ne faisait pas
prévoir. Le château a été complètement transformé et décoré
avec un luxe qui rappelle le château de Blois, en même temps
qu'il a été rônc^u plus habitable et mis en rapport avec les habi-
tudes modernes.
La famille de Chateaubriand possède toujours le châ-
teau de Gombour et une partie des vastes domaines qui
en dépendaient. Le ruisseau qui sort de l'étang et auquel
Chateaubriand a, sans doute pour les besoins de la rime,
donné le nom de la Dore, s^appelle pour les simples mortels
le Linon.
On accède au château par un perron de granit monumental de
trente-cinq marches ; il a remplacé l'ancien pont-levis qui venait
s'abattre autrefois sur un terre-plein bordant les douves du
château.
La décoration intérieure du porche d'entrée est tirée des Mé-
moires d' Outre-Tombe-, à la voûte sont les écussons de saint
Louis, et ceux de quelques-uns des compagnons de Geoffroy IV,
baron de Chateaubriand, à la bataille de la Ma>soure. On y re-
marque les écus des Coetquen, des Maillé, des Rohan, d* Aragon,
d'Avaugour, Thouars et Lusignan. Ces familles sont d'ailleurs
alliées aux Chateaubriand.
Le. petit salon porte le nom de salon de l'Hermine, parce qu'il
contient une très belle cheminée sur le manteau de laquelle est
une hermine passante; deux tours aux initiales de M"" de la
Tour du Pin et de Durfort iM. et S. décorent cette cheminée c^ui
fait face à une grande et btlle fresque dont la plupart des per-
sonnages sont des portr^ts. Elle porte l'inscription suivante qui
n'en ebt que la glorieuse explication : Le Roi saint Louis pour
récompenser la valeur que déploya Geoffroy IV, baron de Cha-
teaubriand, à la bataille de la Massoura le 2 février i250,
concéda à lui et à ses héritiers en échange de ses anciennes
armes portant trois pommes de pin avec la devise: je sème tor,
un écu de gueules semé des fleurs de ly$ sans nombre de Vécu
de France avec cette devise : Jdbn sang teint la bannière dé
Fraîice.
« La grande salle était à la fois salle à manger et salon, on dl-
naitet soupait à l'extrémité est; après les repas, on venait se pla-
cer à l'autre extrémité, du côté de l'ouest devant une énorme che~
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS 73
minée (1) ». Cette seille a été divisée en deux, l'énorme cheminée
n'existe plus, elle a été remplacée par une cheminée Renaissance
du plus bel effet, adossée au mur qui sépare maintenant le salon
delà salle à manger. De chaque côté de cette cheminée sont des
arbres généalogiques garnis d*écussons qui sont des alliances
de la famille de Chateaubriand.
D'autre part^ on a voulu rappeler ici le souvenir des Croisades
par le palmier et le lion des déserts, l'écu de France, celui des
Chateaubriand aux trois pommes de pin et celui qui leur fut
concédé par saint Louis après la bataille de la Massoure.
Dans la salle à manger dont toute la décoration est aussi grande
et fort belle, est un buste très artistique de Françoise de Foix,
dame de Chateaubriand.
La chambre à coucher de René^uguste de Chateaubriand,
dans la petite tour de l'est, fut aussi celle du comte Geoffroy. Le
cabinet de travail de René-Auguste, situé dans la tour de l'ouest,
est devenu un élégant boudoir donnant dans le grand salon.
Une très belle chambre du corps de logis principal était, ayant
les restaurations, décorée de boiseries sculptées et de peintures
du XVII* siècle, on la désignait sous le nom de chambre aux
Oiseaux ou chambre de MM^' de Chateaubriand:
A gauche du vestibule se trouve un escalier de pierre condui-
sant à un modeste appartement appelé chambre de l'Auteur
dont la fenêtre étroite et élevée ne permet d'apercevoir la nuit
t qu'un petit morceau de ciel et quelques étoiles, » Là, on a réuni
les meubles et divers objets ayant appartenu à l'illustre écri-
vain; cependant son bureau se trouve actuellement dans la bi-
bliothèque du château, située dans la tour de M. le Marquis ou
tour du Croisé, à laquelle on accède par le salon de l'Hermine.
Dans le grand escalier on peut lire l'inscription suivante :
Hoc Castellum Comiti Burgense dictumanno D''\MXV1 ab Epis-
copo Dolensi Junken inceptnm est, Anna D^ MDCCCLXXVl e
communi consilio Comitis Geoffroy de Chateaubriand et uxoris
suœ Antoinette de Rochetaillée instaurabatur idem.
Vu de la route de Rennes, dit M. de Courcy, au-delà de l'étang
qui le précède, au milieu des grands arbres dont il est envi-
ronné des beaux marronniers qui lui forment une couronne de
verdure et des maisons antiques à pignon sur rue de la petite '
(I) Mémùires d'Outre^ Tombe.
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74 REVUE DE BRETAGNE
ville qu'il domine comme un grand seigneur entouré de sesr
vassaux, le ehâteau présente un charmant tableau h l'artiste et
un but d0 respectueux pèlerinage aux nombreux admirateurs
du chantre des Martyrs.
C^Mt en effet dans ses murs que 8*écoulèrent les plus belles
anoées de son enfance ; c'est là que, pour la première fois, il
tailla la plume qui devait lui donner une si juste célébrité.
Dans' son livre si attrayant sur la Bretagne M. Robida a fait
une description fort exacte et réellement peinte de Combourg et
de son marché :
« Combourg est une petite ville à Taspect riant, étalée sur la
rive d'un bel étang au pied de son antique château-fort. Les rues
sont encombrées de paysans, de Voitures et de charrettes, d'in-
nocents petits veaux couchés à terre, les pattes liées, de cochons
roses ou noirs, gros ou petits, grognant dans leurs cages car-
rées; mais en oubliant la symphonie du marché, les petits meu-
glements plaintifs des veaux et les grognements aigus des porcs,
en s'en tenant au décor de la scène, Combourg n'en reste pas
moins un joli petit pays pittoresque. »
tt La ville n'est pour ainsi dire qu'une longue route égayée au
fond par de grands arbres, des auberges à touffes de gui et des
charcuteries de campagne où l'on vend à boire et & manger (à
boire surtout, hélas !) puis une longue rue aux vieilles maisons
blanches, une place de marché pittoresque entourée de pignons
et de maisons de granit avec une halle de charpente au milieu,
par dessus laquelle se dessinent le bommet des tours du château
elles combles en poivrières. »
« Ce n'est qu'un fond, ce qui fait le tableau c'est le premier
plan, une haute et robuste maison de granit gris, maison solide
percée de quelques fenêtres Renaissance avec une échauguette
en encorbellement par derrière et une grosse tour sur le
côté... »
C'est cette maison dite de la Lanterne, dont il est question
dans la déclaration de 1682.
La veille de la foire et tout le jour de la foire de l'angevine
« les hommes estagers, manants et habitants de la ville et faux-
bourgs de Comboar sont tenus de faire le guet en armes et
les possesseurs de la maison appelée de la Lanterne doivent
des flambeaux dans la lanterne qui est attachée au devant de la
dite maison pour servir et éclairer à faire le dit guet et l'assise
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COMBOUR ET SES SISIGNEURS 75
du corps de garde d'icelui. » Ge qui prouve qu'on faisait ainsi ie
guet pendant les nuits du 7 au 8 et du 8 au 9 septembre.
Cette maison a esté bastie par Perrine Jonchée dame de la
Chasse 1575.
En 1682 elle appartenait à Marie>et à Françoise Bouttîer, depuis
elle a été la propriété de la famille de Tremaudan.
Il existe à Combour non loin du château, rue Chateaubriand,
une maison curieuse qu'on dit avoir été la propriété des Tem-
pliers; on croit qu'ils se sont établis à Combour en môme temps
qu'à Saint-Malo, de très bonne heure.
Paul dr la Bignb
(A suivre). ,
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.MÉLANGES HISTORIQUES
' (SÙITB) (i)
XVI. — Lb8 fausses Chartbs d'Alain lb Long, d'Alain
Fbrgbnt et d'Eudon.
Tous nos érudits sont d'accord pour admettre la non authen-
ticité des deux chartes attribuées au fabuleux Alain le Long et
au duc Alain Fergent et que l'auteur de la Chronique de Saint-
Brietic et d'ArgenIré ont naïvement insérées dans leurs œuvres
comme des documents de premier ordre. Mais aucune étude
détailléedeces documentsn'aété publiée jusqu'ici. M. de Berthou,
le dernier dé ceux qui s'en sont occupés, dit simplement dans
son Analyse de la Chronique de Sainl-Brieuc que la première de
ces pièces a été fabriquée au XIV* siècle et la seconde au début
du XV» siècle (2). Je crois que l'on peut aller plus loin ot indiquer
de façon plus précise l'époque de la rédaction de ces documents
et la façon dont ils ont été fabriqués.
l"" La fausse charte d'Alain le Long a été fabriquée par un
autour qui vivait sur les confins de la Cornouaille et du Léon.
Deux des trois personisages auxquels elle est adressée, Morisanus
(lisez Morvanus) de FagOy et Ilivallb de Rostrenen^ sont des
seigneurs de la Cornouaille septentrionale. Alain le Long est
censé tenir sa cour dans la fabuleuse « civitas Occismorensrs »
qui dans l'esprit des chroniqueurs bretons du moyen-â^re désigne
la ville de Brest. Le comte Budicus, dont le nom a été comme
nous le verrons emprunté à un autre document et qui est en réa-
lité un comte de Nantes du XI* siècle, a été transformé en comte
de Cornouaille. Enfin un prétendu Rodoalt ou Redouldus dont
le nom ne se retrouve môme pas parmi les signataires de l'acte
figure cependant dans le texte avec le titre de comte de Léon.
^ 2? Cette charte a été fabriquée à l'aide d'éléments empruntés '
àdifTérentes pièces de la chancellerie des rois et des ducs bretons.
Quatre évoques signataires de la fausse charte, Oenenaeus,
(0 Voir la Sevtiê de jaiUet 1908.
(2) Biémoires de rAssôciation Breton^, année 1900, p. 8 et 34.-
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à
■T*' "V '^
MÉLANGES HISTORIQUES 77
Walterius, Willelmus et Allanus se retrouvent dan« des chartes
authentiques du duc Alain IH, par exemple dans la charte de
fondation de Tabbaye de Saint-Georges en 1032. Le signum Jun-
kenei et le signum Adam de la vraie charte se retrouvent, légè-
rement modifiés, dans le signum Genenaei et le signum Allani
de la charte fausse. Dans le^ deux cas le premier est évôqtré de
Dol et le second évoque de Siint-Brieuc. Quant aux évoques Gau-
tier et Guillaume qui étaient en réalité évoques, de Nantes et de
Tréguier, il est très possible que ce soit pour masquer son
emprunt que le faussaire les ait transformés en évalues de
Saiot-Malo et de Rennes. G*est encore à une charte d'Alain III
qu'il a emprunté la mention du comte Budic, dont nous trou-
vons en effet la signature au bas d'un certain nombre de char-
tes de ce prince; seulement ici encore l'emprunt ne s'aperçoit
pas du premier coup, parce que l'auteur a transformé Budic,
de comte de Nantes qu'il était, en comte de Cornouaille. C'est
encore très probablement à une charte d'Alain III qu'il a
emprunté Morvanus de Fago, si l'on admet avec M. de laBor-
der)e(l) que le vicomte Morvanus, signataire en 1031 d'une charte
du cartulaire de Quimperlé, est un vicomte du Paou. Des cinq
autres évoques signataires de la fausse chart^\ il en fst un,
Morvan, qui fut en réalité évèque de Vannes sous Alain Fergent
et que notre faussaire a pu emprunter à quelque charte authen-
tique de ce prince. Je crois enfin que les quatre signatures de
la fausse charte, Freodur, Gurbudic, Armalius et Erech, sont em-
pruntés à quelque charte authentique d'Alain le Grand, ainsi que
le titre royal attribué à Alain, et que leRodaldus signataire d'une
charte authentique de ce prince a fourni le Rodoalt de la fausse
charte.
3* La fausse charte n'a pas été fabriquée au XIV* siècle ; elle
est certainement antérieure à Tannée 1251. En effet pour le faus-
saire les quatre principaux barons du roi de Bretagne sont le
seigneur d'Avaugour et de Goelo, le seigneur de Fougères, le
seigneur de Vitré et le vicomte de Rohan. Or on remarquera que
la maison bretonne de Fougères s'est éteinte en 1256 et la maison
bretonne de Vitré en 1251, et que les domaines de ces deux mai-
(1) Histoire de Bretagne^ tome Ul, p. 77. HIn toas oaa il a eziité dêt Morvan du
Paon (Morice. Prenves, tome I, col. 377) et Tauteur de la fauMe charte a pu
idenUAer un de ceux-là arec le Morfan que- lui fournissaient les chartas du
XI* siècU.
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^
71 REVUE DE BRETAGNE
sons ont passé aux mains de seigneurs français dont il ne pouvait
venir à l'idée d'un faussaire postérieur de faire les principaux
conseillers d'un souverain breton. D'autre part il n'est guère
question de seigneur d'Avaugour et de QoSlo avant le début du
XIII* siècle et ce n*est qu'à partir du moment où la maison de
Porho^t se fondit dans celle de Fougères, c'est-à-dire à partir de
1281» que s'explique dans une pièce de cette nature l'absence des
Porhoôt et leur remplacement par lesRohan. C'est donc entre cas
deux dates extrêmes de 1231 et de 1251 que se place la fabrication
de notre fausse charte.
En ce qui concerne la fausse charte d'Alain Fergent M. de la
Borderie a très bien vu qu'elle a pour but principal d'appuyer la
légende relative à l'existence des neuf baronnies anciennes de
Bretagne, légende qui apparaît pour la première fois dans une
pièce datée de 1410 ou 1411 ; mais je crois qu'il faut y distinguer
deux éléments, car elle ne me paraît pas autre chose qu'un re^
maniement de la fausse charte d'Alain le Long, exécuté par un
Nantais qui avait quelque connaissance historique du règne d'A^
lain Fergent. Les analogies entre les deux fausses chartes sont
évidentes. Les neuf évéques de Bretagne y sont classés dans le
mômeordre:Dol,RenneSf Nantes, Quimper,Saint-Malo, Vannes,
Saipt-Brieuc, Saint-Pol et Tréguier. Dans les deux cas r office
de chancelier est occupé près du prince breton par l'évêque de
Saint*Malo. Enfin le seigneur d'Avaugour est dans les deux cas
le premier des barons, et si la fausse charte d'Aliain le Long,
écrite dans la Bretagne occidentale, place avant lui le seigneur
de Léon dont elle fait à tort un comte, tandis que la fausse
charte d'Alain Fergent le place après le seigneur d'Avaugour et
ne lui accorde que le titre plus modeste de vicomte, les deux
documents se retrouvent d'accord pour placer dans te même
ordre les trois barons suivants: Fougères^ Vitré et Rohan. Or
comme j'ai fait remarquer qu'à partir de 1251 il n'y a plus de
seigneur de Vitré et qu'à partir de 1256 il n'y a plus de seigneur
de Fougères, on voit qu'il est impossible que* la fausse charte
d'Alain Fergent ait été inventée tout d une pièce à la fin du XIV*
siècle ou au début du XV\
Ce qui appartient en propre au faussaire, c'est la conception
des neuf barons qui, comme Ta fort bien dit M. de la Borderie^
sont destinés à servir de pendant au groupe des neuf evéques de
Bretagne. M. de la Borderie a également très bien vu que le faus-
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MÉLAN6BS HISTORIQUES 79
saire appartenait au pays nantais^ et Ton en peut donner comme
preuves que tous les noms qu'il ajoute à la liste de son mo-
dèle sont des noms de barons du pays nantais ; et qu'Alain
Fergent tient sa cour à Nantes, ce qui est absolument contraire
à Thistoire, puisqu'à Tépoque où cette charte est censé rédigée,
il ne possédait pas cette ville. Deux évoques seulement sont
nommés dans cette charte : Bvenus de Dol et Reginaldus de
Saint-Malo ; tous deux ont été réellement les contemporains d'A.
lain Fergent. Le passage relatif aux barons du pays nantais sou-
lève une question intéressante. L*auteur nous dit que les quatre
derniers barons de Bretagne étaient les seigneurs de Château-
briant, deil<)iz, de Pont(Pontchâteau) et de la Ro6he-Bernard,
puis il ajoute que le seigneur d*Ancenis prétendant également au
titre de baron de Bretagne au lieu et place du seigneur de Pont,
il fut décidé que ces deux soigneurs siégeraient alternativement
en qualité de huitième baron de Bretagne. Or si nous nous repor-
tons aux procès -verbaux de l'entrée des évéques de Nantes dans
leur ville épiscopale en 1384, 1404 et 1500, nous voyons que les
quatre barons,considérés comme les quatre plus grands vassaux
de l'évoque étaient les seigneurs de Ghftteaubriant, d*Ancenis, de
Raiz et de Pontcbâteau. L'auteur de la fausse charte s'est donc
trouvé en présence de deux théories contradictoires au sujet des
quatre plus importants barons du pays nantais, et s'est efforcé
de les concilier. Il semble qu'il aurait dû faire alterner les barons
d'Ancenis et de la Roche-Bernard, puisque les trois autres
figuraient à la fois dans les deux listes. S'il ne Ta pas fait, c'est
que sans doute à son époque le baron de la Roche-Bernard
passait pour un plus grand seigneurque le baron de Pontcbâteau
et que du moment où il fallait diminuer la situation de l'un des
deux^ c'était au détriment de Pontch&teau qu'il tranchait la
question litigieuse.'
Une phrase de la fausse charte d'Alain Fergent expose que la
Bretagne se divisait autrefois en trois comtés, lesquels à
répoque d'Alain Fergent se trouvaient réunis en une même
main. Le fait est exact, mais pour une époque un peu posté-
rieure à celle assignée à la charte, puisque c'est seulement à
partir de la mort de son frère Mathias en 1101 qu'Alain Fergent
réunit sous sa domination les trois comtés de Nantes, de Gor-
nouaille et de Rennes, entre lesquels le territoire breton se
trouvait divisé depuis le milieu du X* siècle. Le faussaire con-
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80 REVUE DE BRETAGNE
naissait évidemment par les chroniques bretonnes l'existence
des comtés de Nantes et de Gornouaille. Ignorait-il que ce qu'on
appelait au XP siècle le comté de Bretagne n'était autre que le
comté' de Rennes ? Ou bien le savait-il et a*t-il passé sous silence
un fait qui lui était désagréable? Quoi qu'il en soit, qu'il ignorât
ou qu'il voulût ignorer l'existence du comté de Rennes, la tradi-
tion d'après laquelle il y avait eu autrefois trois comtés bretons
l'obligeait à en citer un troisième. Il le rencontra sans doute dans
la Chronique de Nantes qui mentionnait au X* siècle, avec plus
ou moins de raison, un cornes de Poher et s'empressa de faire
du Poher ce troisième comté, exagérant ainsi beaucoup l'impor-
tance de cette ancienne circonscription territoriale. Or cette
phrase est la seule qui na se retrouve pas dans la fausse charte
d'Eudon dont nous parlerons plus loin et qui pour tout le reste
en est le calque Adèle. N'aurait-elle pas été ajoutée au texte
primitif par l'auteur qui l'inséra dans la Chronique dite de Saint-
BrieuCy auteur qui connaissait certainement la Chronique de
Nantes, (t que le dernier érudit qui s'en soit occupé, M. deBer-
thou, croit avoir vécu au pays nantais^
La fausse charte du duc Eudon ou Yon, appelé quelquefois
Yvon par une faute de traducteur ou de copiste, est évidemment
calquée sur la fausse charte. d'Alain Fergent. D'abord elle est
plus longue,ce qui indique un remaniement : la seule phrase de
la charte d'Alain qui ne s'y retrouve pas est relative à la théorie
des trois anciens comtés bretons, parfaitement inutile dans la
circonstance; c'est môme pour cela que je considère cette phrase
comme une interpolation postérieure due probablement au
compilateur de la Chronique de Saint-Brieuc, En second lieu elle
affecte une antiquité plus reculée, ce qui a pour résultat de la
mettre encore plus en contradiction avec l'histoire, les évoques
Ëveous et Reginaldus, contemporains aiithentiques d'Alain
Pergent, n'ayant pas été les contemporains d'Eudon. Les diffé-
rences sont insigoiflaotes, la charted'Ëudon se bornant à attribuer
le septième rang parmi les barons au lieu du huitième au sei-
gneur de Pont et plaçant quatre hermines au lieu de trois au
revers de la monnaie bretonne. L'époque à laquelle a été fabri-
quée la charte d'Eudon nous servira donc à dater celle à^laquelle
a été fabriquée la charte d'Alain.
Or la charte d'Eudon représente un état de choses antérieur
à 1364, puisque le sire de Montfort y est représenté comme dis-
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MELANGES HISTORIQUES 81
iioct du baron de la Roche-Bernard. Cette date est d'ailleurs con-
firmée par ce fait que le sire de Rochefort y est un personnage
distinct du sire de Rieux, le sire de Montauban. un personnage
dictinct du sire d'Au^igné^et de Landal, que le baron de Fougères
possède encore le Porho%t,etc etc ,tous faits qui ont cessé d'être
exacts entre 1364 et 1375. Si nous savions la date exacte à la-
quelle la seigneurie d'Âncenis passa aux mains des Rochefort,
nous pourrions même attribuer une date un peu antérieure à la
rédaction de cette pièce, puisque le sire d'Ancenis et le sire de
Rochefort y sont encore deux personnages distincts, ce qui c^ssa
d'être vrai entre 1351 et 13^. D'un autre côté elle ne saurait être
antérieure à 1290, puisqu'elle suppose le baron de la Roche-Ber-
nard propriétaire de Lohéac. La réunion aut mains du même sei-
gneur des terres de Rougé et de Derval, qui eut Heu peu après
1285, nous conduit encore à la même conclusion. Nous ne serons
donc pas très loin de la vérité en assignant le milieu du XIV* siècle
comme étant l'époque probable de la fabrication de cette fausse
charte. La charte d'Alain Fergent^ nécessairement un peu anté-
rieure, aurait donc été composée à la fin du XIII* ou au début du
XIVsiècfe.
XVII. — Lbs Vassaux LéoBNOAiRBS ou roi Salomon
lUo curieux passage de la Chronique de Saint-Brieuc, dont on a
déjà signalé les analogies avec la chanson de geste des Saisnes^
racontant la guerre fabuleuse du roi breton Salomon contre le
roi saxon Guitichinus,énumère les principaux seigneurs bretons
qui prirent part à l'expédition (1).
Ils auraient été divisés en trois corps, le premier commandé
par les comtes de Cornouaille et de Poher et par le vicomte de
Lféon, le second par les seigeurs de Goelo et d'Avaugour, de
Rahan, de la Roche-Bernard, de Graon, de Châteaubriant et de
la Benaste, et le troisième par les seigneurs de Fougères, de Vitré,
de Machecoul et du Pallet. Or cette simple énumération suggère
immédiatement une remarque, c'est que les barons diApays nan-
tais y ont été introduits après coup. Leur présence fausse la si-
(1)Je 8ai8la traduction qae M. de la Borderie a donnée de cet épisode dans la
Revue de Bretagne et de Vendée, année 1892, tome I, p. 405 et saiv. La liste dp
M. de BertBoa» Anali^se de la Chronique de Saint-Brieue, p. 14, est identique, à
c«la près qu'elle omet le Tioomte de Kohan.
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82 RBVUR DB BRETAGNE ,
gniflcation géographique de la répartition des Bretons en trois
oorps d'armée. Si on les retranche, on trouve successivement
dans le premier corps les barons de la Bretagne occidentale, dans
le second les barons de la Bretagne centrale, dans le troisième
les barons de la Bretagne orientale. J'ajouterai de plus que, ai tes
iteAiais avaiani Xait partie de Ia tisie originale, ils auraient cons-
titué à eux tout seuls un corps d'armée spécial et n'auraient pas
été morcelés en deux divisions rattachées arbitrairement aux ba-
rons de deux régions très différentes. Nous sommes donc ici en-
core en présence d'une interpolation nantaise très analogue à celle
qui a servi à fabriquer la fausse charte d'Alain Pergent avec Ja
fausse charte d'Alain le Long. Ce qui ajoute un Aouveau poids à
cette hypothèse^ c'est que les personnages de la liste primitive
sont exactement ceux de la charte d'Alain le Long, Gornouaille,
Léon, Avaugour, Rohan, Fougères et Vitré, avec une seule
addition, celle du comte de Poher, que l'on retrouve également
dans la charte d'Alain Forgent par rapport à la charte d'Alain
le Long. Le coupable ne serait-il pas ici encore L'écrivain nantais
quij au dire de M. de Berthou, î^urait rédigé la chronique que
Ton appelle sans raison Chronique de Saint*- Brieuc ? Ce serait lui
qui aurait introduit cette liste fabriquée de deux morceaux diffé-
rents dans le récit antérieur qu'il.avait sous les yeux.
Elle présente en effet une contradiction avec le reste de la
narration. D'après celle-ci le principal des généraux de Salomon,
celui que nous appellerions aujourd'hui çon chef d'état-major,
n*est autre que le vicomte de Léon, Budoc. Or, non seulement
dans rénumération des trois corps d'armée, le vicomte de Léon
est confondu avec les autres seigneurs, lïiais il n'occupe que le
troisième rang dans la première bataille où il est subordonné
aux comtes de Gornouaille et de Poher.
On peut enfin s'étonner de voir le seigneur de Graon rangé
parmi les seigneurs bretons. L'explication de cette bizarrerie
me paraît se trouver dans le fait que le compilateur de la Cftro-
nique de Saint-Brieuc avait i ons les yeux la Chronique de Nantes
dont un passage relatif à Lambert plaçait au IX* siècle Graon en
pays nantais. Le compilateur, écrivant le récit d'événements qu'il
croyait s'ôtre passés à cette date, a cru faire merveille en s'ex-
primant de même et s'est sans doute imaginé donner ainsi à son
œuvre un cachet d'authenticité.
[A suivre). V'* Gh. db la Landb ob Galan.
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ANNE DE BRETAGNE
AU FOLGOAT
NOU\^LLE
(
Le roi de France, Louis le Douzièm-^, avait par la gr&ce de la
Très Haute et Très Puissante Dame Marie, Mère de Dieu, échappé
à une flèvrè fort maligne qui avait mis sbn corps en aventure de
mort, et Madame Anne de Bretagne était venue de son ch&teau
d'Amboise au pays de Léon rendre grâces et mercis h la Divine
Protectrice, en son nouvel et déjà célèbre sanctuaire du Folgoat,
sur le lys de Salatin, rinnocent de Lesneven, qui durant sa vie
mortelle chantait Ave Maria.
Sur la lourde base, la flèche flamboyante de la jeune église
priait déjà vers le ciel, accolée de ses clochetons frêles, et le jubé
déployait sous les hautes voûtes son fln tissu de granit qu'em-
pourpraient, par les vitraux du chœur, les premiers rayons du
soleil levant. Le collège des Apôtres défllait au porche où les
plantes de pierre découpaient leurs feuilles menues ; et le peuple
des saints, et les évéques bretons, et Tancètre couronné, sous le
manteau ducal, erraient pensifs aux sombres murs. Spr les
nuages se profilait la faune monstrueuse des gargouilles, et les
hermines passantes couraient aux frises, menues et toutes sem-
blables, bêtes héraldiques qui se pourchassaient au travers des
banderoUes et répétaient sans cesse une devise illustre.
Pour ce dévot pèlerinage, la reine avait conduit vers les plus
lointaines limites de son duché et la cité florissante d'Bven le
Grand les demoiselles de noble race dont elle aimait & parer sa
cour et qu'elle s'efforçait de préserver du péché, les abritant de
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84 REVUE DE BRETAGNE
son amour austèfe comme les Saintes des imagiers mystiques
couvraient des plis de leur manteau les compagnes plus faibles
qu'elles dirigaient vers Dieu.
Et Madame Anne s'était humblement proternée avec ses filles
chéries sur les dalles de Tinsigne basilique du Folgoat qu'a-
vaient jadis baisées les lèvres du duc Jean V et des hauts sei-
gneurs de Bretagne ; elle avait remercié de toute son âme la
Vierge qui daigna sourire au Fou du bois, et lui avait voué en son
cœur Louis, son Seigneur et Maître, et le doux royaume de France.
Puis rentrée en l'hôtellerie des pèlerins que ses neveux de-
vaient un jour nommer le château de la duchesse Anne, elle
avait pris de ses écuyers le repas du soir et s'était couchée sur
un lit apporté par ses valets et que couvrait une lourde pièce
de velours noir semée en or d'initiales gothiques.
La reine de France eût été tout heureuse d'avoir accompli son
plus cher désir, et seules des images graciei^ses l'auraient visi-
tée dans la rêverie de sa veille, si le constant souci de ses jeunes
compagnes ne l'avait tourmentée jusque dans la nuit, à l'heure
où seul le cri des sentinelles troublait la paix de la 'campagne
bretonne. /
L'hôtellerie des pèlerins était petite et nombreuse la suite de
Madame Anne. Quelques-unes parmi les demoiselles d'honneur
avaient dû quérir un gîte dans les pauvres chaumières de labou-
reurs qui s'égrenaient autour delà jeune basilique jusqu'au châ-
teau de Guicquelleau et vers Ëlestrec, aux portes mômes de
Lesneven et dans les bois.
La bonne duchesse songeait amèrement que ses filles bien-ai-
mées étaient loin d'elle, exposées peut-être à quelque danger. Son
cœur se relnplissait d'angoisse et, pendant qu'à ses yeuxentr'ou-
verts les solives énormes de la chambre s'éclairaient de dessins
étranges par la lumière dansante de la veilleuse d'or qui brûlait
devant l'image de Marie, Madame Anne de Bretagne tremblait
pour sa suivante préférée, Yolanie de Keryvoas, dont elle con-
naissait trop le caractère aventureux. Le sommeil de la reine fut
durant cette nuit hanté de r^ves inquiétants.
Et ses craintes, hélas, n'étaient pas tant chimériques.
La demoiselle de Keryvoas avait vingt ans. Orpheline, née dans
le comté de Tréguier, tout près de cette terre du Léon où elle dor-
mait aujourd'hui, elle avait quitté bientôt le manoir de son en-
fance, triste donjon majestueusement drapé par son vêtement
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ANNB DE BRETAGNE AU FOLGOAT 85
de lieîTe, pour venir à la cour de Louis JCIl. Prêle blonde, mince
dans sa robe longue, elle s'était peut-être échappée d'un vitrail
aux gemiûes éclatantes pour apporter aux châteaux de la Loire
avec sa beauté fine d'image gothique l'éclat de sa jeunesse rieuse
et hardie. Bonne autant que sage, suivant l'antique formule, elle
avait vite conquis une place privilégiée dans le cœur de Madame
Anne. Mais cette affection toute particulière de la souveraine se
traduisait, dans la pratique de chaque jour, par de véhémentes
remontrances. Yolande manquait à Téliquette déjà sévère, et ne
savait pas se plier assez docilement aux us de la conr de
France.
Fleur sauvage, née sur une terre de granit, élevée en liberté et
qui s'accrochait avec les plantes aux sombres murs des ancêtres,
elle se sentait emprisonnée dans la tiédeur amollissante des
serres et tendait à s^échapper toujours hors des limites trop
étroites. Gomme à son vieux Keryvoas, Yolande chantait et riait
à Blois et à Amboise> donnait parfois son avis sans en être priée,
taquinait ses compagnes et semait les fantaisies espiègles dont
Madame Anne riait toute la première; après avoir en une feinte
colère, la voix brève, les sourcils sévères, gourmande leur gentil
auteur. Autant en emportait le ventdu sud qui soufQaitde laville
d'Is sur les chênes séculaires du castel de Keryvoas.
Défaut plus grave ! Yolande recherchait avec trop grande
complaisance la société des chevaliers et des jolis pages. Non
qu'elle ne fût vertueuse et digne en tous points de l'amitié de la
reine, mais elle aimait à plaisanter les jeunes gens et humait
comme un parfum rare les hommages qui montaient des mots
et surtout des regards vers sa chaste beauté aux lignes harmo-
nieuses. Et quand Madame Anne surprenait Yolande en conver-
sation avec quelque gentilhomme, ou qu'une compagne jalouse
se faisait près de la duchesse l'écho méchant d'une légère impru-
dence, la demoiselle de Keryvoas était tancée plus vertement et
parfois punie de quelques jours de réclusion qu'elle occupait avec
calme à crayonner sur un parchemin fort secret la galerie impo-
sante de ses adorateurs. Madame Anne ne souffrait nulle relation
entre ses chères filles et ses chevaliers ou ses pages, et s'il adve-
nait parfois qu'ils conversassent ensemble ce devait être à seule
fin de publiques fiançailles suivies tôt d'honnête mariage.
Or cette nuit-là que Madame Anne dormit si mal à Thôtellerie
du Polgoat, Yolande exécuta des projets ingénieux mais témé-
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/
86 REVUS DE BRETAGNE
raires. Dans les somptuosités sévères des châteaux de Blois et
d'Âmboise, aux résidences royales, elle ne savait pas oublier
r&cre parfum de- la terre de Léon et l'antique silhouette du ma-
noir de ses aïeux. Gomme celui-là qui plas tard exilé aux rives
du Tibre devait, l'ftme hantée par la douceur angevine et son
petit Lire» chanter ses immortels Regret^, Yolande demandait à
laTouraine des genôts d'or sur la lande monotone et des dolmens
gris sur le ciel gris, aux flots lents et majestueux de la Loire Tem-
brun des lames jaillissant au faîte des rochers. La demoiselle de
Keryvoas avait le mal du pays, cette'douleur exquise des cœurs
qui savent aimer les choses.
Aussi avait-elle accueilli avec joie l'annonce du prochain
voyage de la reine au Folgoat, et durant le long chemin elle avait
bu à grands traits l'air de la Bretagne et rempli ses yeux de vi
sions chéries. Dans sa contemplation ardente elle semblait môme
avoir perdu sa malice ordinaire et son exubérance. Madame Anne
songeait déjà à se réjouir d'une transformation inespérée. Elle
n'osait cependant pas s*y fier entièrement. Elle avait raison,
comme il le sera suffisamment prouvé par la suite de ce récit.
Yolande avait reçu abri chez un bûcheron dont la chaumière
coquette, encadrée de chônes, s*élevait à Torée d'un grand bois qui
couvrait le pays jusqu'au-delà de Guicquelleau, la forôt de Lesne-
ven au dire des habitants, le bois du Fou qui^ perché sur la
branche, jetait aux nuages : Ave Maria.
Bien avant la première clarté de l'aube blanchissante, la jeune
fille se leva à la hâte, et s'habillant sans bruit avec mille précau-
tions d*ailleurd inutiles pour ne point réveiller ses hôtes tout
fiers de loger une si noble et si gentille demoiselle, elle se glissa
hors de fk maison, la coiffe couverte d'une chaude cape de ve-
lours pour se protéger du froid des heures matinales. Elevée
dans le comté de Tréguier à vingt lieues de Lesneven, Yolande
connaissait mal cette dernière seigneurie où elle n'était venue
qu'un fois tout enfant, au Folgoat môme pour y prier Madame
la Vierge. Elle partit donc en exploration aventureuse, et la ro-
sée légère qui flottait dans les airs à ce matin d'automne salua la
frôle et jolie enfant en posant ses perles argentées sur les doux
ors de ses cheveux rebelles frissonnant dans la brise.
Yolande s'avança seule à travers le grand bols. Les étoiles
une à une s'éteignaient comme à regret, et les pièces chaussés de
petits sabots de bois qui bruissaient sur les feuilles imortes révei 1
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ANNE DK BRETAGNE AU FOLGOAT HH
laient les chœurs d'oiseaux éionués de cette visite étrange. Les
lueurs p&lesdu joiir. pénétrant sous, les voûtes sombres, moi-
raient le satin brun&tre qui vébiit les branches des arbres, et sur
la route encore voisine les grands chariots des paysans gémis-
saient vers Lesneven.
La jeune fille s'enivrait d'air, se grisait de sa course légère. Il
lui semblait si bon, échappant aux tapisseries d'Amboise et aux
jardins étroits, à la surveillance affectueuse mais sévère de Ma-
dame Anne et à ses devoirs de cour, de revivre sa vie d*enfant,
dans la nature amie, sans se soucier de l'étiquette pesante, de
passer comme un faon dans les petits sentiers, d'escalader les
talus sans être gânée par la queue interminable d'une robe ma-
jestueuse mais peu commode.
Le grand jour était venu, la lumière de Bretagne grise et un
peu opaque, mais très douce et qui harmonise étrangement tous
les objets. Et Yolande courait toujours. Et les heures rapides
tombaient.
Une petite inquiétude pressait maintenant le xœur de la de-
moiselle de Keryvoas. Ce jour^là son service auprès de la reine
commençait à midi, et, à l'heure précise, il fallait être rendu là-
bas^ très loin peut-être, elle ne savait plus, toute fraîche et en
grande toilette, sans qu'aucune marque traîtresse accus&t cette
longue équipée d'une prudence discutable. Yolande devint son-
geuse tout en poursuivant à l'aventure sa capricieuse promenade.
Elle secoua bientôt les pensées sombres et réfléchit qu'elle avait
été tancée si souvent qu'il importait vraiment peu qu'elle le fût
une fois de plus. Il n'était pas utile de s'inquiéter d'événements
négligeables et fréquents à ce point. Oui, mais Madame Anne
était parfois volontaire et impérieuse : une sévère punition pou-
vait frapper la coupable au milieu de ce voyage enchanté dont
elieavaitrèvé durant de longues nuits. Décidément l'affaire s'ag-
gravait
Yolande en était là de ses constatations peu aimables quand
elle crut percevoir, comme un bruit sauveur, un joyeux carillon
dans le lointain. Elle s'élança gaiement vers le son dôs cloches,
et après une course folle elle vit disparaître la forêt aux routes
mystérieuses et se dresser devant ses yeux, telle une petite
vieille toute ridée, la cité antique et trois fois vénérable qu'avait
jadia fondée Even le Grand, le guerrier valeureux, vainqueur
des Normands. De la lourde tour romane de Notre Dame de
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SS RKVU£ DE BRETAGNE
Lesnçven, jetée au haut d'une bute avec ses contreforts massifs»
les derniers tintements du carillon partaient encore pour le vol
éperdu des notes sonores à travers les airs. Yolande était pieuse ;
elle entra dans l'église et sous la voûte basse, emplie de Todeur
religieuse de l'encens, elle salua vite» oh ! bien vite, Madame la
Vierge et Monseigneur Saint Michel qui, hiératique dans son
vitail aux chaudes couleurs, terrassait Messire Satan, chef mau-
dit et grinçant des légions infernales. Et rassurée maintenant
fear elle savait que quelques N^entaines de toises seulement la
séparaient du Folgoat, elle descendit la rue étroite et tortueuse,
éclairée d'un jour timide qui ne pouvait se frayer qu'un étroit
passage à travers les étages surplombants, et arriva tout es-
soufflée, pour y demander son chemin, aux halles neuves de
Lesneven, bizarre forêt couverte de longs toits pointusi, légitime
orgueil des bourgeois de la ville. Un petit cortège l'y arrôta.
Bardé d'une fine cuirasse d'acier poli où coquettement se mi-
raient les vieilles maisons comme dans les tableaux flamands
des maîtres du passé, cambré fièrement sur son destrier dont les
caparaçons de satin rouge étaient brodés de lames d'or, un che-
valier, jeune et délicat tel une femme, passait par la place pré-
cédé de deux pages à ses couleurs, accompagné d'arbalétriers
aux morions de cuivre. Et les Lesneviens s'esbaudissaient.
Le gentilhomme arrôta sa monture, qui piaffa de rage dans les
ornières des pavés inégaux. Il n'en n'eut souci, car il avait vu
Yolande. Elle parlait à une respectable matrone que sa large
coiffe bien empesée et sa guimpe toute fraîche marquaient entre
toutes pour une femme de haute considération et de singulière
estime. La bonne dame, obligeante et curieuse, avait vite reconnu
en la demoiselle de Keryvoas une fille d'honneur de la reine de
France dont le voyage était pour elle et pour ses amies une source
inépuisable de délicieux cQmmérages. Causer à une Yolande en
un pareil temps était bien la plus favorable aubaine qui pût arri-
ver à une bourgeoise de Qualité. Aussi par mille artifices s'effor-
çait-elle, cette digne Lef^nevienne, de ne pas répondre et d'inter-
roger. La patience n'était malheureusement pas la plus belle
qualité de Yolande de Keryvoas.
Brusquement le chevalier intervint : « Gente demoiselle, dit*
il, ployé en deux dans une salutation respectueuse et plus pro-
fonde qu'il n'eût été strictement nécesaire, gente demoiselle,
pardonnez au plus humble de vos serviteurs, s'il ose ainsi vous
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L
ANNE DE BRETAGNE AU FOLGOAT «9
adresser la parole. Mais j'ouïs dire que vous êtes à Madame
Anue et que vous allez au Folgoat. Je m'y rends moi-mâme avec
pages et écuyers pour solliciter de notre gracieuse souveraine
l'honneur de lui engager ma foi et de la servir de mon épée par-
mi ses gardes bretonnes. Daignez monter mon cheval de guerre,
car point n'ai ici quelque blanche haquenée à offrir à ma dame,
et accepter mon escorte pour vous conduire plus dignement au
castel dont vous êtes la seconde reine par la beauté qui enivre
mon âme. » Et ce disant il mit pied à terre, et, s'inclinant dere-
chef, il balaya comme il sied ài^ son panache gris les pavés que
zébraient de feu les fers impatients du destrier noir.
Yolande sourit. Il ne lui échappa pas que l'offre galante de cet
.aimable cavalier avait un peu trop vite pris l'allure d'une décla-
ration. Elle n'en fut pas offensée. Effet de l'habitude d'abord ; en-
suite ce charmant damoiseau ne savait point lui déplaire, lui
qu'on imaginait plutôt coiffé d'une^ mante que d'un casque et vêtu
d'un corset que d'une cuirasse. Et cependatit, malgré ses cheveux
- trop longs et ses^ joues trop roses de fillette, il avait vaillante
mine dans son armure et belle prestance sur son grand cheval.
Les contrastes plaisent aux dames.
Aussi la demoiselle Yolande était-elle un peu émue et plus
peut-être qu'elle n'aurait voulu se l'avouer à elle-même. Elle ré-
pondit mutine : « Messire, vous ôtes fort galant et je vous remer-
cie. Mais il ne sied point à une jeune fille de se laisser conduire
par les routes. Remontez votre cheval dont je n'ai besoin et allez
au Folgoat. Mes vœux vous accompagnent. Que vous soyez jugé
digne par votre mérite et votre valeur de défendre partout notre
aimée souveraine ! Et je souhaite que récompensant votre ga-
lanterie, quelque belle demoiselle, — et vous en verrez moult à
notre cour de gentilles au cœur aimant, — vous accorde bientôt
pour votre joie ses plus honnêtes faveurs ! »
« Cruelle n, pensa Jean d'Occismor, comme un héros des fu-
tures tragédies, en remontant en selle un peu confus, sans trop
réQéchir dans le premier dépit que l'aimable congé qui lui avait
été signifié n'était pas sans laisser par ses paroles voilées le
champ tout libre aux rêves ailés de Tespérahce.
Et dans un dernier salut à Yolande plus moqueuse, il éperonna
brutalement son cheval qui n'en pouvait mais, et courut au Fol-
goat avec sa petite troupe dans un cliquetis de fer qui donna aux
paisibles bourgeois de Lesneven, assistants un peu ébahis de
Aoât i9ê8
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90 REVUE DE BRETAGNE
cette rencontre, une haute idée de la noblesse du sire d*Occis-
inor et de la vigueur de jarret de ses destriers.
Puis, sous l'égide protectrice et respectable de la digne piatrone
qu'elle avait interrogée et qu'un pareil honneur empourprait de
joie et gonflait de flerté à faire éclater sbn épais corsage de ve-
lours noir, Yolande regagna d'un pied léger la demeure hospita-
lière de ses bûcherons d'où elle repartit vers le Folgoat, la toi-
lette faite à la hâte, car les heures inexorables s'avançaient et il
n'était guère prudent de faire attendre Madame Anne.
Des surprises variées l'attendaient à Thôtellerie des pèlerins.
Elle sut d'ai3ord d'une amie cHari table que la Reine avait appris
son équipée aventureuse et que l'orage grondait. Cependant Ma-
dame Anne ne récrimina pas ce jour-là. Elle se contenta de mar-
quer à Yolande que ses ajustements étaient fort négligés. iJa
jeune flile s'excusa au hasard. Elle connut aussi qu'un nouveau
chevalier était arrivé au ch&teau et avait obtenu audience privée
pour le soir môme. Elle surprit son cœur à former le vœu que
Jean d'Occismor devint bientôt chevalier de la^uchesse. Elle s'en
étonna, car de pareilles dispositions lui étaient peu familières.
Elle fut moins gaie et exubérante, mais plus distraite. Son ser-
vice en pâtit, et des allusions aux jeunes filles qui courent les
bois devant l'aube et osent converser*par les rues avec de ga-
lants chevaliers la prévinrent qu'elle n'avait point été trompée
et que Madame Anne était au courant de son équipée matinale.
Cela ne pouvait manquer de mal finir, mais d'autres pensers oc-
cupaient tout entiers Tâme de la demoiselle Yolande de Kery voas.
Cependant Madame Anne était moins fâchée qu'il ne le pa-
raissait. Elle savait que sa chère fille était rentrée au logis en fort
décente et respectable compagnie. Il ne lui était pas trop difficile
de reconstituer, avec le reste du petit roman, le sens des paroles
échangées devant les halles de Lesneven. Et le beau gentil-
homme ne pouvait ôCre que Jean d'Occismor. Si ce chevalier
qu'on lui avait dit être délicat comme une femme et brave
comme un preux^ et dont le nom sonore réveillait de l'ombre
des siècles passés toute l'histoire de la vieille terre d'Armor, de-
vait ôtre pour Yolande la forme humaine du bonheur, ce n'était
certes pas elle qui ferait obstacle à la joie de ces enfants. Elle
saurait mieux être la bonne messagère. Mais une épreuve s'im-
posait à son expériencci voire môme une petite leçon à de jeunes
imprudents.
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ANN DB BRETAGNE AU FOLGOAT 9i
Le soir la reine reçut le sire d'Occismor. Elle lui déolara^ son
dessein de voyager quelques jours encore à travers son cher
pays de Bretagne, et ajouta que pour ce temps rapide elle agréait
ses services afin qu*il eût occasion de se faire connaître et de
mériter la faveur qu'il ambitionnait de servir aux gardes bre-
tonnes. Puis tendant à baiser au jeune homme ravi le bout un
peu gros de sa robuste main, elle le congédia* Dans le crépus^
cuie enveloppant, devant la grande cheminée où pétillaient des
troncs d'arbres, la bonne duchesse songea à Tamour et à la des-
tinée, et, déroulant son rosaire^ elle pria pour la France et son
très noble époux le roi Liouis le Douaième. '
Au lendemain matin, Madame Anne entendit la messe, avec sa
suite^ en la basilique de Notre-Dame duFolgoat où elle devait re-
venir bientôt avant de retourner vers les châteaux de la Loire.
Elle partit ensuite dans les landes et les bois, à travers le pays
de Léon, par la sénéchaussée de Lesneven où elle écouta grave-
ment une docte harangue prononcée en langue latine et où elle
fut logée en rhôtellerie des Trois-Piliers, demeure romane dont
Ids galeries étaient de granit brut et la succulente cuisine fort
renommée^ plus de dix lieues à l'entour.
Les jours suivants, il advint par un merveilleux* effet du ha-
sard que le sire Jean d'Occismor eut moult souvent besogne ur-
gente aux endroits divers où se trouvait la demoiselle Yolande
de Keryvoas. La chronique raconte qu'il fut fait de ces coiaci-
dences étranges de longs et minutieux rapports à Madame Annd
et qu'elle ne parut pas, par d'injustes dérogationsi accorder à ces
bruits toute l'attention qu'ils méritaient. Des gens malicieux et
mal informés ajoutent môme que la reine, ayant aucune fois
surpris ces enfants en galante conversation, feigoit être très
occupée de ses lévriers ou de sa parure et manqua à remarquer
ce qui d'ordinaire n*échappait jamais à sa clai voyante vigilance.
On en conclut que Madame Anne se relftchait de son ordinaire
sévérité, et quelques demoiselles d'honneur, têtes joyeuses et
cœurs légers, tentèrent de profiter de ce:» nouvelles licences.
U en résulta des punitions exemplaires, distribuées avec
une royale impartialité qui épargna seulement les amoureux
dont l'heureuse rencontre s'était faite dans les rues mal
pavées de la cité d'Even le Grand. Et l'ordre accoutumé régna
sur la cour. Madame Anne fut accusée bien en cachette d'être
{ujuëte et de faire de subtiles distinctions; Madame Anne avait
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92 REVUE DK BUETAGNE
raison, car elle était fort clairvoyante et elle avait les. yeux
perçants.
Cependant Yolande et Jean ne profitaient plus autant qu'il leur
eût été possible de la coooplaisance de leur souveraine. Sans
doute ils se voyaient souvent et causaient parfois seule à seul,
mais il apparaissait que leurs rapports étaient singulièrement ti-
mides, et que la demoiselle de Keryvoas, dont la réputation d'iro-
nie était depuis longtemps faite aux dépens de ^es multiples
adorateurs, perdait devant le sire d*Occismor ses naturelles qua-
lités d'enjouement et de mordant. Les conversations languis-
saient décemment et les yeux trop baissés craignaient même
de trahir les cœurs.
La bonne duchesse n'était inattentive qu'en apparence à ce pe-<
tit manège. Elle le suivait au contraire de fort près. Et quand elle
pensa qu'il avait assez duré, elle se résolut à aider aux amours
de sa chère Aile par un naïf stratagème.
Revenue tôt de sa chevauchée triomphale à travers les comtés
de Léon et de Tréguier, elle s'arrêta à l'hôtellerie du Folgoat,
pour y remercier une nouvelle fois sa très Puissante Protectrice,
avant de repartir, dans sa litière de brocart, vers sa^chère ville
de Nantes et les lieux où l'attendait son royal époux.
A l'heure de la vesprée, enfouie dans un grand fauteuil armoK
rié que surmontait la couronne ducale, comme elle lisait l'Office
de la Vierge dans les Heures très précieuses enluminées par ses
imagiers illustres, et que Yolande près d'elle tournait en rêvant
son rouet divoire, cependant que dans un angle obsur un mé-
nestrel accordait son luth, Jean d'Occismor entra, mandé par un
page, et mit un genou à terre devant la reine, attendant son noble
plaisir : « Levez-vous, chevalier, lui dit Madame Anne eu fermant
son livre. Nous sommes satisfaite de votre service et il ne tient
pas à notre bonne volonté que nous ne vous attachions pour tou-
jours à notre personne. Maislnous avons interrogé notre capi-
taine des gardes bretonnes et sa compagnie est au complet.
Nous ne saurions cependant nous priver de vous. Vous nous
précéderez demain vers notre terre de France et remettrez à
notre noble époux le roi Louis le Douzième ce parchemin scellé
de notre sceau qui vous recommandera à sa gracieuse bonté-et
vous aidera à faire une carrière honorable parmi ses soldats
d'élite. Allez, seigneur chevalier, et que Dieu vous soit en aide I »
Et, réprimant un sourire, elle tendit le bout de ses doigts à Jean
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ANNE DE BRETAGNE AU FOLGOAT 93
d'Occismor, les yeux fixés sur Yolande qui avait, hélas, complète-
ment perdu contenance.
« Bh I Qu'avez-vous, ma chère fille? dit Anne en attirant à elle
sa jeune demoiselle. Que vous voilà pâle et défaite I Rentrerait-il
par quelque vitrail mal clos un vent apportant la froidure. Et
vous, beau sire, que tardez- vous à exécuter mes ordres ? —
« Hélas, Madame, balbutia Jean, votre bonté m'accable et je ne
sais que vous répondre. Je n'ose.... C'est vous, Madame, vous
seule que je voulais servir, et en vous obéissant je partirai de*
main le cœur brisé. >»
«c Vraiment, cher seigneur, répliqua la duchesse dissimulant*
de son mieux quelque émotion sous la raillerie, nous ne vous
aurions pas cru aussi attaché à notre personne, et nous sommes
toute reconnaissante d'un aussi grand dévouement. Mais revenez
à vous, Yolandp, et dirigez vos esprits à concevoir comme nous
est ce seigneur attaché d'extraordinaire façon. Et donc, sire,
c'est nous seule que vous aimez d'aussi bel et platonique amour ? »
' « Oui, Madame, mais elle.... '> prononça tout bas Jean d'Oc-
cismor en s'agenouillant devant la reine dont il baisa la robe,
pendant que Yolande jugeait à propos de pâmer complètement
entre les bras de sa noble protectrice qui s'écria:
« Oh I que voilà bien une ingrate enfant ; vous l'aimiez demoi-
selle et aviez pour votre reine un pareil sf cret ? Ceci mérite un
châtiment exemplaire, et, puisque tous deux vous êtes orphelins,
nous voulons que demain môme vous soyez par notre chapelain
solennellement fiancés sous Tlmage de Madame la Vierge du FoU
goat. Ouvrez les yeux, ma chère hlle, vous serez magnifiquement
dotée par votre suzeraine). Allez, sire Jean, remercier la très
Sainte Mère de Dieu, après avoir devant la reine de France baisé
le front de votre fiancée. »
Ainsi fut fait. Le lendemain Yvonne de Keryvoas et Jean d'Oc-
cismor se promirent mutuellement fidélité devant Tautel de Ma-
rie, en son insigne basilique du Folgoat, que Madame Anne enri-
chit à cette occasion d'une chapelle complète brodée de ses mains
royales.
Et dans l'éblouissementdu cortège de la reine de France, au
frou-frou joyeux des longues t^-atues de satin et de velours qui
bruissaient sur les dalles leur bruissement harmonieux, dans le
cliquetis des épées étincelaotes et le choc argentin des armures,
les fiancés sortirent de l'église de Noire-Dame du Folgoat, la
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94 REVUE DE BRETAGNE
main dans la maip< les yeux remplis de la joie des jours futurs,
pendant que les cloches lançaient à toute volée aux quatre coins
des Horizons gris, ver$ Guicquelleau et Lesneven, et le Daoudour
et les camp9 4e César, Thymne do Salattn ar Foll, l'Innocent Ser-
viteur de Madame la WmgBiAve Maria, Ave Maria. Ave Maria
chaptaient aux fiancés les cloches du Folgoat, les cloches dont la
voix de bronyo sait allègrement monter vers le ciel.
Albxandrb Massbron.
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DEVANT UATRE ^'^
LA FEE AUX TROIS DENTS
C'était en hiver, la neige tombait à gros flocons, un bûcheron
et sa femme, enfermés dans une hutte, au milieu de la forôt de
Brocéliande, divisaient de leurs affaires au coin du feu, près
duquel était le berceau d'un nouveau-né.
Plusieurs coups secs, frappés à leur porte, les firent se lever
tous les deux, pour aller voir qui pouvait bien, par un pareil
temps, parcourir les bois. II3 virent une pauvre malheureuse
femme, couverte de haillons, appuyée sur un b&ton, Qt qui
tremblait de tous ses membres.
Elle demanda un abri contre le froid, et un peu de pain pour
calmer sa faim.
La femme du bûcheron la fit asseoir devant T&tre, alla à la
huche prendre une galette dé blé noir qu'elle brisa dans une
écuelle pleine de lait, puis l'offrit à la voyageuse.
Une fois réconfortée, celle-ci s'approcha du berceau^ regarda
Tenfant, et tout à coup, laissant tomber à ses pieds le manteau
déguenillé qui la couvrait, elleapparut, aux yeux des paysans
éblouis, resplendissante de beauté, avec des vêtements d'une
richesse merveilleuse.
« Je suis la reine des fées de la forêt de Brocéliande, leur
dit-elle en se redressant, et puisque vous m'avez accueillie avec
tant de bonté et de générosité, me croyant une pauvresse dans
le besoin, je veux laisser à votre enfant un souvenir qui lui sera
utile dans plusieurs circonstances de sa vie.
Voici une noix, qui renferme trois dents de lait de la fée
Viviane, ma mère. Quand votre fils touchera Tune d'elles, en
formulant un désir, son souhait sera aussitôt réalisél
(1) Voir la Revue de juillet 190S.
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96 REVUE DE BRETAGNE
Chacune de ces dents ne pourra servir qu'une fois ;mai8 néan-
moins, il devra les conserver précieusement, ^^ar autrement les
fées, jalouses de mon cadeau, pourraient lui nuire d'une façon
terrible.
La cabane se remplit d'une clarté subite, et la fée disparut.
La femme du bûcheron enfila les trois dents à un cordon
solide, qu'elle passa au cou de son enfant.
Gelui:ci grandit ^n force et en sagesse. Il étonnait tout le
monde par la vivacité de son esprit, son bon sens, et sa vigueur
prodigieuse.
Quand il eût atteint T&ge de vingt ans, sa mère lui révéla
Torigine des trois dents, le pouvoir qui y était attaché, et le
danger qu'il y aurait à s'en séparer.
tie jeune homme, qui s'appelait Merlin, résolut de courir le
monde, et de faire fortune avec le talisman qu'il possédait.
Il partit donc^ et après avoir voyagé quelque temps^ il arriva
un soir, exténué de fatigue, à la porte d'une ferme où il demaada
l'hospitalité.
Le fermier l'invita à entrer, lui fM partager son frugal repas ;
mais Hinforma, qu'en raison de sa nombreuse' famille, il ne
pouvait le coucher que dans le foin du grenier.
Tout en causant, le voyageur aperçut, dans le lointain, un
ch&teau qui semblait en ruines.
— A qui appartient ce manoir, que l'on voit là-bas sur le
coteau 7 demanda-t-il.
— C'est, répondit l'hôte, l'ancienne demeure des seigneurs du
pays. Depuis plus de cent ans, ce château est inhabité, et presque
toutes les nuits, on y entend des choses effrayantes : froissements
de papiers, bruits d'armures, ffrgent remué à la pelle, portes
s'ouvrant et se refermant avec fracas^ plaintes et jurons.
— Eh bien ! dit Merlin, voilà mon gîte tout trouvé pour cette
nuit.
— Gardez-vous-en bien, s'écria la fermière ; ceux qui, avant
vous, ont eu l'audace de s'y introduire, ont été trouvés morts le
lendemain matin.
— Peu m'importe, je ne crains rien, et je vais m'y rendre.
Malgré les supplications des bonnes gens, il prit congé d'eux,
et se dirigea vers le château abandonné.
Il y pénétra, choisit la meilleure chambre, s'assura qu'il avait
bien son collier au cou, se coucha et s'endormit promptement
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DEVANT L'ATRE «7
par suite de la fatigue qu'il avait éprouvée dans la journée.
A minuit, il fut réveillé par le bruit des portes s*ouvrant et se
refermant. Bient&t il vit entrer dans sa chambre deux chevaliers
armés de pied en cap, Tun tenant un rouleau de papiers à la
main, l'autre une sacoche.
Ils prirent place à une table, et celui qui avait les papiers
invita l'autre à lui payer le reste de la rançon qu'il lui devait.
— Hélas I J'ai eu beau faire, répondit celui-ci, je ne puis
encore, cette fois, vous remettre la somme que vous exigez.
— Voyons, comptez ce que vous avez d'argent, pendant que
je vais revoir mes notes, et faire votre compte.
Le pauvre débiteur, tout en gémissant, délia son sac, et se
mit à aligner sur une table des piles d'écus.
Au bout de quelque temps, Merlin, qui avait tout entendu,
s'écria en mettant un doigt sur l'une des dents pendues à son
cou : « Finissez et disparaissez pour ne plus jamais revenir. »
Les deux chevaliers, se voyant surpris, veulent s'élancer sur
l'importun ; mais une force invisible les paralyse, le plancher
s'ouvre sous leurs pieds, et ils disparaissent, pour toujours,
dans les entrailles de la terre.
Merlin se lève, s'avance vers la table, aperçoit les pièces d'or
et les papiers. Il parcourt ceux-ci d'un œil avide, et apprend
qu'il a eu affaire à deux spectres morts depuis un siècle.
De leur vivant, ces personnages étaient seigneurs de deux
châteaux voisins, et se livraient à la sorcellerie. Ils aimaient la
même jeune fllle,.et pour elle se déclaraient la guerre. Après des
luttes incessantes, le propriétaire du château de Ponthus fit pri-
sonnier son voisin de Comper, l'enferma dans le souterrain de
son château, et lui dit qu'il ne lui rendrait la liberté que contre
une rançon, fixée à un chiffre tellement considérable qu'il deye-
nait impossible au prisonnier de recouvrer sa liberté.
Gomme sorciers, ils jouissaient d'un privilège qui leur permet-
tait de revenir, après leur mort, sur la terre, pour traiter leur
question de rançon.
Merlin remplit ses poches d'or, cacha le surplus dans l'une
des caves du château, et continua sa route.
Ayant appris par la lecture du manuscrit du seigneur de Pon-
thus, que ce dernier avait jadis, au moyen d'un sortilège, privé
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98 REVUE DE BRETAGNE
d'eau tontes les terres du pays de Mauron, faisant partie du
domainede son ennemi, Merlin y alla et proposa aux habitants de
leur rendre leurs terres aussi fertiles qu'autrefois, et les sources
aussi abondantes que celles qui alimentaient les fontaines de
leurs aïeux. Il demanda, pour cela, une somme d'argent - relati-
vement peu importante. «
L'offre fut acceptée avec empressement.
Il se rendit près d'un arbre, désigné dans le manuscrit, et qui»
à lui seul, absorbait par ses racines, les eaux de la pluie et des
neiges.
Il toucha la seconde dent de la fée, exprimant le vœu de Yoir
disparaître cet arbre.
Aussitôt le tonnerre gronda, des craquements terribles se
firent entendre, la foudre tomba sur l'arbre qui s'abtma sur le
sol. L'eau jaillit en abondance du trou qu'occupaient les racines,
et ne tarda pas à. remplir les étangs desséchés du chftteau de
Gomper, ainsi que les ruisseaux leur servant de déversoir.
Les habitants ravis supplièrent le voyageur de rester parmi
eux ; mais il n'y consentit pas et continua sa route.
Merlin alla dans le pays de Vannes, où il apprit que le roi était
en guerre, depuis de longues années, avec les Francs qui avaient
envahi une grande partie dé son royaume.
Ne sachant plus que faire, l'infortuné roi avait promis d'accor-
der la main de la princesse sa fille au guerrier capable de chasser
Tarmée ennemie.
Merlin sollicita une entrevue du roi. L'ayant obtenue il promit
au souverain de lui donner, dans quelques jours, le moyen de
se débarrasser de ses adversaires.
Il toucha la troisième dent, en demandant à devenir invisible,
et à être transporté dans la tente du général Franc.
Là, il put examiner, sans être vu, les plans de batailles, enten-
dre les projets des principaux chefs et se renseigner sur tout ce
qu'il voulait savoir. Il retourna ensuite près du roi, le priant de
lui confier le commandement dé ses troupes.
Huit jours plus tard, Merlin rentrait à Vannes victorieux, et
déposait aux pieds du roi les richesses prises à l'ennemi.
Le monarque breton s'empressa de reconnaître l'immense eer-
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DEVANT LATRB 99
vice qui venait de lui ôtre rendu, et fier d*avoir pour gendre un
aussi brave capitaine, il décida quelle mariage de Merlin, avec la
princesse sa fille, aurait Heu sans retard.
Le futur déposa, dans la corbeille de aa fiancée, un bijou enri-
chi de diamants et enchâssant les Irois dents qui avaient été la
source de ses succès et de sa fortune.
Le mariage eut lieu, et le bonheur des jeunes époux aurait été
parfait^ sans un vol, dont les conséquences leur furent funestes.
Une nuit, des brigands s'emparèrent des bijoux de la jeune
mariée, en pénétrant dans le palais du roi.
Presque immédiatement, ce palais fut détruit par un incendie,
plus tard la grêle ravagea les récoltes, et enfin une épidémie fit
mourir un nombre considérable d'habitants.
Merlin se rappela ce que la fée avait prédit, s'il ne conservait
pas les trois dents, et il songea au moyen de rentrer en leur
possession.
Après avoir mûrement réfléchi, il revêtit des habits de moine
quêteur, et s'en alla chargé d'une escarcelle bondée de victuailles
et d'argent, chercher à se faire arrêter par des voleurs.
Il y réussit, et la première chose, qui frappa ses yeux dans la
caverne où il avait été conduit, fut le bijou tant regretté qui
pendait au cou de la flUe du chef des brigands.
Gomment faire pour le ravoir 7 II s'ingénia à rendre tous les
services possibles à la jeune fille, qui peu habituée à de pareilles
attentions, y fut sensible.
Le prisonnier, jeune, joli garçon, distingué, exprima devant
cette enfant, des sentiments de délicatesse qu'elle n'avait jamais
entendus de la bouche des misérables au milieu desquels elle vi-
vait. Elle éprouva une véritable affeetion pour Merlin et lui offrit
sa liberté. Il refusa, prétextant qu'il aurait trop de peine à se
séparer d'elle.
A partir de ce moment, les portes de la caverne restèrent ou-
vertes au prisonnier.
Un jour,que les deux jeunes gens étaient seuls et que le bijou
aux trois dents se trouvait sur une table, Merlin s'en empara et
• s'enfuit, sans écouter les prières, lés supplications, les cris et
même les injures de la fille du brigand;
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100 REVUE DE BRETAGNE
Il rapporta à la princesse sa femme le précieux talisman qui
ne tarda pas à faire renaître la joie et l'opulence à la cour du roi
de Vannes»
LES MÉTAMORPHOSES (1).
Le bûcheron Rabu, sa femme et leurs deux enfants, un garçon
et une fille, habitaient une chaumière sur la lisière d'une forêt.
Un jour que l'homme était absent, la mère dit à ses enfants :
— Allez dans la fordt ramasser du bois mprt, et celui de vous,
qui m'apportera le plus gros fagot, aura une poire.
La fille travailla avec ardeur et ne tarda pas à avoir un faix -
énorme. Son frère, qui n'avait fait que courir et jouer, s'aperçut
que sa sœur était prête ^ s'en aller. Il s'empara d'elle, l'attacha
malgré ses cris à un arbre, prit le fagot et le porta à sa mère.
Celle-ci lui demanda ce qu'était devenue^sa sœur.
— Elle est restée à cueillir des fleurs dans la forêt, répondit^il.
Plusieurs heures s'écoulèrent, et la mère inquiète envoya le
pçtit garçon à la recherche de sa sœur.
L'espiègle qui, au fond n'était pas méchant, détacha l'enfant et
la ramena au logis.
La fillette, sous le coup de la colère, raconta à sa mère ce que
son frère lui avait fait. La femme furieuse — et qui, d'ailleurs,
n'aimait pas son fils ^ dit à sa fille d'aller se promener et,
pendant son absence, saisit le petit garçon, regorgea, le coupa
par morceaux, et le mit dans une marmite d'eau bouillante.
Quand la petite fille rentra, sa mère lui ordonna de souffler le
feu. L'enfant s'approcha de la cheminée, et entendit une voix qui
semblait sortir de )a marmite et qui lui disait :
« Nô souffle pas si' fort
Car tu me brûlerais. »
Etonnée, l'enfant dit à sa mère : — n'entends-tu pas causer
dans la marmite ?
(t) Ce récit, que nouitenoni d'an TieiUard de Saint-Laarent prÀs Rennes, boiib
avait paru, tellement étrange, et si peu semblable à ceux de notre pays, qae nous
l'avions conservé jusqu'à ce jour n*osant le publier. Ce n*est qu'après avoir lu
les contes Irlandais, traduits par M. Dotin, professeur & la faculté des lettres d%
Kenoes, que nous nous sommes décidé fit le faire parce que ce récit a beaucoup
d*analogie avec les contes de l*tle Britannique.
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DEVANT L ATRE 101
— Tu 68 folle, c'est uq oiseau qui chante sur le husset (rhuis)
de la porte.
La petite fille, armée d'une gaule, alla chasser Toiseau et
revint souffler le feu. Elle entendit encore :
« Ne souffle pas si fort
Car tu me brûlerais. »
De plus en plus surprise^ elle en fit de nouveau la remarque à
sa mère qui lui répondit comme lapremière fois : — c'est l'oiseau
revenu sur le husset de la porte.
L'enfant retourna chasser le chanteur, et revint pr^s du feu où
elle entendit toujours les mdmes paroles.
Cette fois, vraiment effrayée, elle devint toute p&le.
• Sa mère, {^our éviter de nouvelles questions, s'empressa de
dire : « La soqpe est cuite, je vais la tremper, et tu la porteras à
ton père. »
La fillette, son panier au bras, s'en alla porter à manger à son
père.
Chemin faisant elle rencontra une belle dame, vêtue de blanc,
qui l'arrêta pour lui faire la recommandation suivante : « Tu
diras à ton père de mettre, au pied de l'arbre où il a l'habitude
de se reposer, les os qu'il trouvera dans sa soupe. »
L'enfant fit la commission, et le bonhomme mit les os au pied
d'un chêne.
Ces os se transformèrent aussitôt en un bel oiseau qui s*en
alla sur la maison du bûcheron. Quand celui-ci rentra chez lui,
l'oiseau se mit à chanter d'une façon si charmante qu'on eut dit
le chant du mauvis au printemps.
Le bonhomme s'arrêta pour l'ôcputer, et s'écria ravi : « Gomme
tu chantes bien. Aussi pour te récompenser, je vais te donner
mon sabre. »
L'oiseau prit le sabre dans son bec, et le porta sur la maison
d'un voisin où il recommença son chant.
Le propriétaire de cette demeure sortit pour l'écouter, et émer-
veillé lui offrit un fusil.
L'oiseau prit le fusil et le porta, avec le sabre, sur le toit d'un
ch&teau où il fit encore entendre son délicieux ramage.
Le maître de cette superbe habitation, un riche seigneur, vint
l'écouter, et fut tellement surpris des chants mélodieux de cet
étrange oiseau qu'il lui jeta une bourse pleine d'or.
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^01 REVUE DE BRETAGNE
Le chanteur qui, comme on Ta deviné, n'était autre que l'enfant
mis dans la marmite, porta tous ses présents sur la maison de
ses parents d'où il sécria :
c Sortez, mon père, sortez t »
Le bûcheron sortit, et.I'oiseau lui coupa la tôte d'un coup de
sabre.
L'oiseau reprit:
« Sortez, ma mère, sortez i »
La femme^ qui ignorait la mort de son mari, sortit et Toiseau
la tua d'up coup de fusil.
L'oiseau continua :
« Sortez, ma s(Bur, sortez I m
— - Non, dit l'enfant, tn me tuerais moi aussi.
— Je te promets de ne pas le faire^ et même, de t'offrir un
cadeau.
La petite fllle sortit, et il lui donna sa bourse pleine d'or et dis-
parut dans l'aîur du cie).
(Conté p^r Pierre Lamdbl, jardinier à Saint-Laarent, près Rennes, âgé de 66 ans .
LE RAT ET LA SOURIS
Dans les temps un magicien ayant déplu à une fée plus puis-
sante que lui) celle-ci le changea en rat.
II eut dabord beaucoup de chagrin, puis il chercha une conso-
lation dans le mariage. C'était bien certainement ce qu'il avait de
mieux à faire, — n'est-ce pas votre avis ? à vous les fllles qui
m'écoutez.
-^ Si, si, si ; mais continue.
Justement il rencontra une gentille petite souris, à laquelle il
fit sa cour, et qui consentit à être sa femme. Après les fiançailles
eut lieu la noce qui fut superbe, et qui dura plusieurs jours* Ils
invitèrent tous les animaux, leurs voisins, à un repas magnifique,
dont voici à peu près le menu :
Potage aux pâtes, dérobées chez Tépicier,
Haricot de sauterelles.
Loches au gratin,
' Hannetons aux navets,
Papillons r&tis,
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DSVàMT L ATRfi 103
Dessert :
Un écoreail avait apporté ded noisettes.
Un geai des ch&taignes,
Une griye des raisins,
Bt nû crapaud des fraises.
Une linotte, uo peu pompette, chanta la romance suivante
composée par son grand-père, qui était aveugla de naissance.
Cette romance, qui n'est à vrai dire qu'une chanson, a pour
titre : « Le Mariage de Fahuette et du pinson.. »
L*aloaette et le pinson.
Qui voulaient s^ marier {(Hm)
Et pour le jour de leur noce
N'ayaient rien de quoi manger,
Ah ! m*alouette,
Tourn' m' alouette,
Des oiseaux
Qui tout leur faut I
Et pour le jour de leur noce.
N'avaient rien de. quoi manger {bis)
Par ici passe un lapin
Sous son bras tenait un pain ;
Ah i m'alouette, etc.
Par ici passe un lapin.
Sous son bras tenait un pain (bi$)
Mais du pain nous avons trop,
C'est de la yiand' qu'il nous faut.
Ah I m'alouette, etc.
Mais du pain nous avons trop,
C*est de la viand* qu'il nous faut (bit)
Par ici passe un corbeau.
Dans son bec tient un gigot.
Ah ! m'alouettCt etc. >
Par ici passe un corbeau,
Dans son bec tient un gigot (bis
Mais d' la yiand* nous avons trop,
Et c'est du vin qu'il nous faut.
Ah I m'alouette, etc.
Mais d* la viand' nous avons trop,
' Et c'est du vin qu'il nous faut {bii)
Par ici passe un' souris,
A son cou pend un barih
Ah! m'alouette, etc.
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104 REVUE DE BRETAGNE
Par ici passe un' souris
A son cou pend un baril (bis)
Mais du vin nous avons trop.
C'est d' la musiqu' qu*ii nous faut.
Ah I m'alouette, etol
Mais du vin nous ayons trop,
Cest d' la musique qu'il nous faut (bis)
Par ici passe un gros rat,
Un violon dessous son bras.
Ah ! m'aiouette, etc.
Par ici passe un gros rat,
Un violon dessous son bras (bis)
M Sérvite.ur, la compagnie.
N'y a-t-ii pas d* chat ici ? »
Ah I m'alouette, etc.
« Serviteur, la compagnie,
N'y a-l-il pas d' chat ici ? » {bU)
— Entrez donc, maître à danser,
Notre chat est au grenier.
Ab I m'aiouette, etc.
— Entrez donc, maître à danser,
Notre chat est au grenier {bis)
Le chat descend du grenier,
Avar le maître à danser.
Ab I m'aiouette,
Tourn' m*alouette,
Des oiseaux
Qui tout leur faut !
Le rat s'en allait, chaque matm, travailler dans un bois, pea-
dant que sa femme s^occupait du ménage.
Un jour que la souris préparaitdes noces, qui sont, comme tous
savez, de la bouillie d'avoine, elle grimpa dans la cheminée pour
prendre du sel dans la saunière, mais elle glissa, la malheureuse,
et tomba dans la bassinée tie noces.
Elle poussa des cris perçants, qui ne furent entendus d'aucun
de ses voisins, de sorte qu'elle ne tarda pas à être cuite dans son
jus.
Quand le soir son mari rentra, il fut tout surpris de ne pas
trouver sa compagne, et l'appela de toutes ses forces.
Il eut bien un instant de jalousie; mais il la savait si honnâte
qu'il ne s'arrâta pas longtemps à une pareille idée.
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r-^^'-'
DKVANT L'ATRB !•&
Les voisins accourarent, aidèrent l'infortuné rat à chercher ^a
cmoitié et^ finalement, la trouvèrent plongée dans la bouillie.
Le chagrin de tout lé monde fut grand, car la petite souris était
bien aimée.
Le pauvre veuf sanglotait & faire pitié. Malgré sa métamor-
phose^ il avait conservé, plusieurs de ses pouvoirs de magicien;
aussi bientôt son désespoir devint terrible, et Ton vit des choses
surnaturelles :
Les tables sautaient,
Les bancs se cassaient.
Le hustet de la porte geignait,
Les portes se dègontawnt.
Les oiseaux se plumaient eux-mêmes,
Les bonnes femmes briss^ient leurs buies^
Les boulangers jetaient dehors leur pâte à poignée.
Et si vous ne me croyez pas, allez demander à Marie Deniard,
de Saint-Malo-de-Phily, qui a bientôt 110 ans, et qui a entendu
• ce conte lorsqu'elle était sur les genoux de sa nourrice.
LE MONDE DES TÉNÈBRES
Les avènements (1)
^M. Camille Flammarion nous a appris qu*une société scienti-
' flque s'était formée en Angleterre pour étudier et dégager, si
c'est possible, du surnaturalisme, les phénomènes d'apparitions
à distance de la mort.
L'illustre savant a, lui-même, publié un ouvrage sur des appa-
' ritions recueillies en France, et c'est en lisant ce livre que nous
' nous sommes rappelé les récits étranges qui nous ont été contés
par des personnes dignes de foi.
Or, voici ce qu'on a vu et entendu :
L'abbé Gourdier fut pendant longtemps curé du Pertre dans
' l'arrondissement de Vitré.
C'était un homme bon et aimable qui avait pour ami intime
M. de L*** maire de cette commune.
En 1873, le brave curé se vit obligé, à cause de son grand âge,
(1) On appelle Avènements^ en Uld-et- Vilaine, les apparitioni et les braiU qui
«te produisent an moment de la mort d'un parent ou d'une personne aimée.
Août i908 i
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i06 REVUE DE BRETAGNE
de renoncer au ministère, et il quitta le pays au grand désespoir
de son ami.
Quelques mois après son départ, de nombreux vols de récoltes
et de volailles furent commis dans les fermes situées au Bas-
Pertre, près le bois des Bigauderies.
La gendarmerie exerça des surveillances, fit des perquisitions
et des enquêtes qui n'aboutirent à aucun résultat.
Gomme les fermiers du maire furent les principales victimes
de ces déprédations, ils prièrent celui-ci, qui demeurait à un
kilomètre du bois, de s'efforcer de les débarrasser des marau-
deurs.
Un soir, M. de L***,armô d'un fusil, s'embusqua dans le bois
qui est traversé par une route. Vers onze heures, le ciel se cou-
vrit de nuages, et il se trouva dans l'obscurité la plus complète.
II s'apprêtait à rentrer chez lui, lorsqu'il entendit quelqu'un sur
la roule se^ dirigeant vers Tendroit où il se trouvait.
Chose étrange, le pas de cette personne qui semblait être celui
d'un homme semblait laisser traîner une robe dans la poussière
du chemin.
« Voici mon voleur, se dit M. de L***, pour ne pas être reconnu^
il a revêtu des vêtements de femme. Je vais le laisser passer et
le suivre pour le prendre en flagrant délit. »
II quitta doucement le bois dans lequel il était caché, et fran-
chit le talus qui le séparait de la route. Il entendit toujours le
même bruit, mais ne vit personne. Il hâta le pas, puis se mit
à courir, maisses mouvements furent imités de l'individu qui
semblait le précéder.
Arrivé au portail de l'avenue qui conduisait à sa demeure,
après une course de dix minutes au moins, il aperçut la silhouette-
d'un prêtre qui disparut sans faire le moindre bruit.
Le maire raconta, le soir même, à ses domestiques, et le len-
demain à plusieurs habitants de la commune, ce qui lui était
arrivé.
Cette course nocturne avait eu lieu dans la nuit du mercredi
au jeudi. Or, le dimanche suivant, au prône de la grand messe
le maire ne fut pas peu surpris et attristé, d'apprendre la mort
de l'abbé Gourdier. Son étonoement fut plus grand ' encore,
lorsqu'en allant aux renseignements, il sut que son ami était
décédé au moment même où il était en embuscade dans le bois^
Le maire du Pertre qui, autrefois, nous raconta ce qui précéder
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DEVANT L'ATRE ' 107
croyait siacèrement qu*il avait assisté à Cavènement de son ami.
Les pas de rhomme, qu'il avait entendus, étaient ceux du prfitre.
^t c'était la soutane traînant dans la poussière qui lui avait fait
supposer tout d*abord que qu'il poursuivait, était dé-
guisé en femme.
II y a de cela vingt ans, environ, un jeune homme appartenant
à uqe vieille famille bourgeoise de RenneS; était orphelin de père
et de mère et sans proches parents.
C'était un violoncelliste de talent que nous avons entendu, avec
infiniment de plaisir, dans divers conserts.
Il n'avait que deux amis, mais deux amis dévoués, qui l'ai-
maient sincèrement et ne le quittaient guère.
Le pauvre garçon était chétif et souvent malade. Son état de
santé s'étant aggravé, il prit une chambre à rH6teI-Di|eu pour
être soigné par des religieuses et avoir, cha(|ue matin, la visite
d'un médecin.
Un malin d'hiver vers cinq heures, l'un de ses amis, pharma-
cien à Rennes, entendit plusieurs coups frappés à sa porte. Il se
leva promptement de son lit, supposant qu'il avait affaire à un
client pressé ; mais il ne vit personne dans la rue.
J'ai sans doute rrtvé, se dit-il, et il se recoucha.
Soudain^ des coups répétés à la porte se firent de nouveau en-
tendre et le pharmacien s'empressa d'aller voir quel était ce sin-
gulier personnage qui, après avoir frappé, disparaissait aus-
sitôt.
Il ne trouva, dans la rue, que de pauvres femmes en train de
balayer les pavés.
— Quelqu'un vient de frappera naa porte, l'avez-vous vu? leur
demanda- t-il.
— Non, nous n'avons aperçu personne et cependant noue
sommes ici depuis un quart d'heure.
Gela est bien étrange pensa le pharmacien qui ouvrit ses volets.
Un instant après, il vit entrer chez lui l'autre ami du maladB.
— Qui t'amène chez moi d'aussi bonne heure? lui dit-il.
— Une chose surprenante I Figure-toi que tout à l'heure je
dormais profondément lorsqu'on a frappé à ma porte. Je suis
aHé ouvrir, personne ! A peine étais-je recouché qu'on a encore
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108 REVUE DE BRETAGNE
frappé. Je me suis levé, et cette fois encore je n'ai rencontré âme
-qui vive.
— Eh bienl mon ami, pareille .chose m'est arrivée. Que cela
peut-il signifier?
— Rien de bon assurément, viens avec moi à THÔtel-Dieu,
notre ami était beaucoup plus souffrant hier, et j'ai hâte d'avoir
•de ses nouvelles.
Quand ils arrivèrent dans la cour de Thôpital, ils virent la fe*
nôtre de la chambre du malade, ouverte malgré le froid, et uq
gardien qui les avait aperçus leur fit signe de monter.
— Votre ami, leur dit-il, est mort à cinq heures.
— Juste à l'heure, répondirent-ils, où nous avons entendu
frapper à nos portes.
Adolphb Orain
Le Gérant : F. Chevalier.
Vannes. — Imp. LAFOLYE Frères, 2, place des Lices.
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REVUES BRETONNES
L'Herbone : 18* ann. Mensuel. 1 an 12 fr. Union postale 15 ir.
Le numéro 1 fr. 25. Les abonnements parlent du 20 octobre.
Directeur : Louis Tiercelin, à Paramé (llle-et-Vilaine).
Les Annales de Bretagne : 22* ann. Trimestriel. 1 an 10 fr.
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Rennes. Rédacteur: G. Dottin, 37, rue de Fougères, Rennes.
Le Clocher Breton : 14* an^ Mensuel. 1 an 5 fr. 50. Directeurs :
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BULLRIN DE LA COMMISSION DIOCESAINE DABCHITECTURB BT D' ARCHÉO-
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mois. 1 an 5 fr. Onimper.
La Revue MoRBmANNAiSE : 11* ann. 1 an 5 fr. Directeurs :
J. BuLÉON, y^ de la Grancière, E. Sageret. Chez Lafolje, Vannes.
La Paroisse Bretonne de Paris : 9* ann. Mensuel, 1 an, 2fr. 25.
Directeur : M. l'abbé Cadic, 13, rue Littré, Paris (Vl« ar*).
La Jeune Bretagne: 5* ann. mensuel, 1 an, 2 fr. pour la Bre-
Ugne« 2 fr. 50 pour le reste de la France. Bulletin d*études et d'ac-
tion sociales. Rennes, 30, rue Hoche.
Feiz ha Breiz : 8* année. Tous les mois. 1 an 3 fr. Les abonne-
ments partent du 1** janvier. S'adressera M. Cardinal, recteur de
Saint- VouRay, par Plouzévédé (Finistère),et pour les abonnements
à M. Caron, vicaire aux Carmes, Brest (Finistère).
Bretoned Par». Bulletin de la Société « La Bretagne », 4* année.
1 an, 2 fr. 50. Direction : 40, rue du Cherche-Midi, Paris.
Revue du Pats d'Albth : 4* année, mensuel. 1 an, 3 tr. Direc
teur : Jules Haize, rue Jacques Cartier, Saint-Servan.
Le Pats d'Arvor : 2* année, 1 an, 5 fr. Directeur : Jacques Pohier,
à Ancenis (Loire-Inférieure). Administration et Bureaux, 25, Haute
Grande Rue, Nantes.
Revue du TRADmoNNisME. — Bev. intem. du folk-lore — mens
1 an, 10 fr. N*, 1 fr. -- Directeur : M. de Beaurepaire-Froment
Paris, 60, quai des Orfèvres.
Revue du Bas-Poitou, 20* année, trimestrielle ; 1 an : 8 f r
No 2 fr. 50. — Z>' M. René Vallette, à Fontenay-le-Comte.
L*Anjou historique. — 7* ann. tous les 2 mois. 1 an : 6 fr. D'
M. l'abbé Uzureau, aumônier, à Angers. Edir : M. Siraudeau
4, Chaussée Saint-Pierre, Angers.
Revue des Traditions popuLAœES. 22* ann. mens. 1 an. 15 li .
N'o 1 fr. 50. Direct. M. Paul Sébillot, HO, boulev. St-Marcel Paris.
La Revue Bleue, 15, rue des Saints-Pères, Paris.
La Vendée historique. — (Revue de la Vendée militaire). Tous
les quinze jours ; 11* année. — Edit. sur papier fort, 6 fr. 50; édit.
ord. 5 fr. — D' Henri Bourgeois, à Luçon (Vendée).
Revue de l'Anjou, 57* année, 12 fr. par an. — Librairie Germain
et Grassin, Angers.
La Revue Héraldique, fondée en 1862. Mensuel, Directeur
V»* de Marières-Mauléon. Bureaux : 8 me Daumier, Paris
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CHBWÎNS
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^ Au moment dés Vaoïi'nc^êt des dé)part@ ^mir la Campagne et \%% ^
"Sains de M6r, la CûMpajiniô ije l'Ouest, qui dêSi&rt iouta 1& Nor-f^ .,
Iiiandifï«t une grande parti© de la Bpeta^nep a rhonneiip de m^y^\^t^*
^ Mhf. les Voyageurs que, pour Idur UéUiter lo thoii (tune fillégia*';^-
'ure« êUe m€t en vente, au pni de 0 frv^Op daTia les bibliothèques de
ses gares, dana ees burefiai de yiUe ei les prlTiei paies ageiiûi^^j^iCte
voyages de Paris, yn Guide illustré de eon réseau.
Ce Guide de plus de 30^ pag*^s, illustré de Vi^i gravures, contient
tes renseigneiuenta 1^9 plus utiles (PescrîpMoQ de^ si tes et lieux ^
d^^icur^ion de la Normandie et de la Bretagne i^ Principaux hôi:aire8 [ i
dg8 traitas — Tableau 4ts marées ^ Gartea pOBialea — t^i^rteflv^ •
eyèliitfifl du littoral do la Hancbe ->*■ Pians des pplDcipales tidea r- '^•.'
Liste d' H èteis, Restaurante, eto*, )'
Il est également adresïïé franco à domicile Ëontpe l'euvûl de sa
-valeur^ en timbre^-posta, au Service *.dO" la Publicité; "W,"1"U0^ de
Rome^ à Paris. • , ► .^
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CHEMIN DÉ-PER D'ORLÉANS
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Au t»^ Juilîett la Qompagnie d'Orléans aTrèaiisé les amélioiktiqns
»uiTante« \ y ;
Lee traim fUpides ^ Batîta de mer » circulant quAWsQ ip\% par
semaine entre Paris et Qaimp&r et vice-rorea ont lieâ^jCo^a les
jours pendant la période du f ^Juillet aa 14 <^tobre tnclus. """v. >
Le premier part de Pafis-fJnaî-dOrsajr 4/9 h, H Bo\p et arrl?è^^\
Yanïies i 0 ti- '4 matin. _ ,_ ^' \ « * •''^^
f Le eê^îond part de Vannes à lu hA^ ^jftr et arrive \\ Parw-Qttai^"^'
)Mj 4 7 h. (2 matin. k^'^^ -V >^'
,vbp train Express du matin de Nati^ su^^iv^Btetc^ô^e est réta^
comme, cbaque été; il part4a Najiiéi à^trrîîî matlii^aa'iifi^âe -^
5 b, 2l^ et arrive à V^^nneè %n ^ ^a, à Atïray à 9 ti. 2, ^^Lbwnt à \ )
ï^ U. 40;> Opncarueau 4M bt n* i Quimper à 10 h. 5T^ jj^t^MVl'A^bé * ]
à U b, 49, i Oouarn«tneï à midi l , et à tandem eau k\\ï, âPLsoiv. / \ \
J.^ iratï) Ommbua Tenant de Lorienianj^v^t à VanQe|/y4v^h. 47: :
soir eirt retardé d'environ 2 lih^ureâ, li/^mK '4é Lov^ent à 7f A. .tK^sair^
d^ Atira^ â 8 b. 15 ai arrl? e ^ Vann^ à ^'b 41 t^/ \A
*îinVr
Il wHy
•M^" IJfûjioei. — împrîitiVrîc "CJrtfïLTC frèt^, 2^|fïacp Jet Lices.
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bv^oa^lo,^
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-\ V 7-^ jT
^.
4* Série. — 7* Année
SEPTEMBRE 1908. Tome XL
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REVUE
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de
. REVUE ^ 4- REVUE
. RÉUNIES
Kfitun MOiSWElÙL
W ist t'ESTOHRBElLLON, tHftcHur
MM, Le V CMA^LEi BU CALAN. S<cr^tai#e régional pour rilc-ct-VIWnc. — R«nb
BLANCHARD pour 1» Loirc-Infcrkiire.— U Chanoine PEYRON,powr le FJnistèrç.
— AVfiNEAU DE LA GRANCIÈRE. pour le Morbihan. — AlaiH RAISON pu
CbSUSH^U. pour les Côte«-4ii^NoTd. — Olivier de GOURCUFF, pour Paris,
^'^
f
YANNE«
LAFOLYE FRERES
BOITCURS
». PI»c« de» Lice»
t-
MDCCCVni.
PARIS
HONORE CHAMPION
t.TmCMRE^éDlTeUR
5, Quai Malaquais
NANTERRE
M. LE DAULt-
. lioraIrie ^^tonnb
76, Rue'^nt-tUrmain
^%d^s$iii poin la Rédaction et Veiivoi des maimscriis * W. Jb G*» ïUNt dh LAIGUE,
'-iMj^^u de Bahfwel, par Redon ; powr 4; Administration, MM. LAFOLYE, frèrw
pla^ d^ Lices, Vannts .
' J' Digitizedby VjOOQIC
SOMMAIRE
I. — Attentais des Penthi^re contre le duc Jean V (iUW'iU^^)
(suite). — J. Trévédy 109
II. — Combour et ses Sifigneurs (suite). — Paul de l\ Bignb. 131
m. — Saint'MarS'la-J aille et ses anciens seigneurs — J. Baudry . 141
IV. — Contes de grand' /pères, — A.-D. Rouazou 160
CONplTlONS D'ABONNEMENT
France, |in an. 12 fr.
Etranger^ — 15 —
On s'abonne spit chez M. le comte de Laïque, château de
Bahurel, par Re^on, soit chez M. Lafolye, imprimeur à Vannes.
Les abonnemfnts partent du l*** janvier ou du l«r juillet de
Tannée en cpurs . — Il n'est pas vendu de fascicules isolés, sauf
pour les abonnés.
Les travaux comprenant au moins 16 pages de texte sont seuls
tirés 4 part' 50 exemplaires sont offerts aux auteurs.
Nota. — I-a Direction et la Rédaction de la Bévue de Bretagne ne
sauraient être aucunement responsables des théories ou opinions
émises dans les articles qui y sont insérés, cette responsabilité,
incombant tout entière à leurs seuls auteurs.
Il sera rendu compte de tout ouvrage d^auteur Ireton ou inti^
resMant la Bretagne, dont un exemplaire aura été adressé au Bédacteur
en chef de la Bévue,
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ATTENTATS DES PENTHIÈVRE
CONTRE LE DUC JEAN V
(1420-1422 ')
II
LENLÈVEMENT DU DUC JEAN V (1420).
I
Marguerite de CÎisson devint veuve de Jean de Blois, tomto
de Penthiôvra, en 1404. Bientôt, elle eut avec le duc Jean V de
sérieux débats, presque une guerre; mais les barons inter-
vinrent : la paix se Ht, le 8 août 1410, et pendant près de dix an nées
elle ne fut pas troublée. Les quatre fils de la comtesse semblaitînt
accepter le sort qu'avait fait à leur père le traité de Guérancle
et se contenter de leurs vastes domaines de Bretagne et de Li-
moges.
Un seul, le second, Jean, sire de Laigle en Normandie, servait
en France dans la maison du dauphin (2); mais l'aîné Olivier,
comte de Penthiôvre, et le troisième, Charles, sire d'AvauL'our,
autrement comte de Goello, suivaient la cour de Bretagne.
Charles y avait môme le titre de « maréchal et gouverneur de
la noblesse (3) ». Enfin, le quatrième, Guillaume, encore v éco-
(1) Voir la lievue de juin 1908.
(2) « Jean de Bretagne, seigneur de TAigle, écuyer banneret, retenu pAr Mi^ {ï&
daaphin) par lettres de Tours du b décembre 1418, comme homme d'arnii-H KVdO
cent hommes de trait (archers); reçu le môme jour. » Morice, Pr. H, p. 087.
(3) Bt2i ce titre, était « chargé delà garde du duc », avec une pension de !ii^O
livres, environ 20.000 frantîs de notre monnaie (au compte de Laber écrirant en
1846.)
Septembre 1998 , *î
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110 ' REVUE DE BRETAGNE
lier à Angers » (1) était destiné à l'Église ; et le duc lui promettait
un des évêchés de Saint-Brieuc ou Vannes (2^.
Olivier et Charles avaient inspiré une telle confiance au duc
qu'il disait à son conseil : « Si je venais à mourir, c'est au comte
de Penthièvre que je confierais le duché et mes enfants {B) ».
Mais la comtesse de Penthièvre était moins sage que ses fils.
Voir le comte de Penthièvre duc de Bretagne était chez elle une
idée fixe. En vieillissant, elle joignait àla violence qu'elle avait
héritée de son père la duplicité qu'elle allait enseigner à
ses fils.
(( Cette hautaine et superbe Mère Marguerite, dit d'Argentré,
aiguillonnait ses fils, et leur était une amorce de feu et une con-
tinuelle allumette ; elle leur reprochait de ne ressembler en rien
à leur père et aïeul morts en la querelle (4) ».
Ces « remontrances » obstinément répétées finirent par déter-
miner Olivier et Charles à tenter ce que leur mère appelait « le
recouvrement de leur héritage ».
Cette résolution prise, il fallait un moyen de la mener à fin et
une occasion favorable. Le moyen ?— La comtesse l'a trouvé. —
Bst-ce la guerre ? — Non : elle serait désastreuse- — Une trahi-
son ? — Oui : et elle a des chances de succès, et Toccasion est
trouvée. Le dauphin, régent de France, depuis Charles VU, est
brouillé avec son beau-frère Jean V. Il a dix-sept ans, il obéit à
des conseillers sans scrupule et ennemis du duc (5)« C'es4 eux
que la comtesse va « pratiquer ». Car elle se gardera de s'en ou-
vrir à son fils le sire de Laigle : tout lui sera caché : elle le connaît
trop bien « pour un homme droit et loyal (6) ». Ces intrigues ont
un plein succès : le dauphin donne son assentiment au projet de
(1) On a écrit que Quillauma «'demeurait en Anjou chez 8a sœur la reine de
Sicile ». U 7 a erreur. Marie de Blois^ femme (1360) de Louii i*' roi de Sicile, est
morte en 1404. Elle était fille de Charles de Blois et sœur de Jean^ père de Guil*
laume. Elle fut mère de Louis II d^Anjou, épous d'Yolande d* Aragon, père de Ma*
rie, fflmme dé Charles VII (142Î).
(2) Morice, iV. II, 995.
(3) Lobineau, Hist. p. 541.
(4) D'Argentré,J5rw<. Ed. de 1588 (• lliw Je rajeunis l'orthographe de rhistoriéil.
(5) G'ëtait notamment UpUTet, dit le président de Provence, qtt« Jean V crut
le principal instigateur de cet attentat, et Guillaume d*Ataugonr, de la branche
cadette des anciens PenthièTre, cousin au 7« degré de Jeanne de Penlhiètrt
femme de Gharlee de Blois, et resté très attaché à sa maison.
(6) ...r Qui pour mourir (au péril de sa Tie) n'aurait consenti à une lAchaté. »
Alain Bouchard. Chronique^t^'ilb ▼».
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.- «.-iti^.j.
ATTENTATS DES PENTHIÈVRE iH
la oomtesse. Il prend tout sar lui : que le duc soit arrdté, il sera
le prisonnier du dauphin (1).
La comtesse et ses fils n'hésitent plus. Mais, leur résolution
prise, ils vont donner à la trahison un caractère particulière-
ment odieux. On peut dire que c'est comme à plaisir: la con-
fiance intime qua le duc accorde à ses cousins rendait bien inu-
tile l'étalage de leur hypocrite fidélité.
Olivier et Charles de Penthièvrft demandent au duc la conven-
tion nommée alors « alliance civile ». Le duc reçoit cette de-
mande à Vannes et l'accorde avec un joyeux empressement.
Il appelle Olivier et Charles à Nantes, où il se rend pour rece-
voir une ambassade du régent ; et il invite en même temps la
comtesse de Penthièvre « qu'il recevra gracieusement et amou-
rduiement ».
Olivier reçoit cette réponse à Lamballe, et II part aussiiôt pour
Nantes accompagné d'amis, entre autres un de ses principaux
vassaux de Penthièvre, Jean de Tournemine, sire de la Hunau-
daye ; la troupe est d'environ trente cavaliers.
Charles, sire d'Avaugour, est à Nantes ; mais la comtesse s'est
excusée; elle setientàChâteauceaux(2); et elle supplie le duc d'y
venir, heureuse, dit-elle, de lui faire accueil « avant de mourir ».
« L'alliance civile » est conclue. Les Penthièvre promettent
de « servir, honorer, chérir le duc comme leur prince et
« seigneur contre tous ceux qui pourraini.l vivrj? et mourir»;
et le duc promet « de leur dômontrer m toutes leurs affaires
*< qu'il est Inur seigneur et ami. »
Il reçoit U:s Penthièvre à sa table ; bipri plus II liîno avec eux
a au logis » du comtn ; — plus encore : il hur fiit parlager sun
lit « comme ïrères ». Enflo, avec son frère R'c'.ard, il accepte
Tinvitation delà comtesse et He ses HU de lui n^ndre visite à
Ghâteauceaux.
Le comte de P; nlhièvre était parti de Lamballe la semaino
commençant le 5 février (3). Supposons siun départ du premier
(1) Noat Y«rron8 plus loin rapprobation authentiqué du daaphin.
(2) Ghâteauceaux, sur la rive gauche de la Loire, en Anjou (Maine-et-Loire) en
fAMd* Ouaon, (rive droite). On écrit aujourd'hui Càumptocêaux. Au. XV* siècle
GhantocêQU»*
(:.] Déposition d'Alain Taillart alors page d'Olivier et^qui racoompagnait. —
m Le eomts partit de Lamballe la semaine d'atant celle où le duc fut pfis. » Mo-
rice, Pr, II, 1001-1003.
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112 REVUE DE BRETAGNE
t
jour de la semaine» lundi. Ce voyage a pris au moins quatre
jours (1). C'est donc entre le vendredi 9 et le dimanche 11, que
se font toutes ces démonstrations d'amitié, sincères de la part
de Jean V, hypocrites de la part de ses cousins.
Le lundi 12 au matin, le comte vient prendre au lit Jean V et
son frère Richard. Ils partent joyeux avec quelques officiers, no-
tamment Bertrand de Uinan, seigneur des Huguetières^ maré-
chal de Bretagne. Dans la suite d'Olivier étaient Alain de la
Land^e, Alain Le Neveu, et trois écuyers du Goello, Philippot de
Triac, Etienne du Rufflay et Maurice Taillart avec son fils
Alain page (2).
La troupe couche au Loroux-Bottereau. Le lendemain (mardi
13) au passage de la Divatte, qui fait la limite de la Bretagne et
de l'Anjou, le duc est, comme par hasard, séparé de sa faible
escorte. Tout à coup Charles de Penthièvre sort d'un bois avec
une trentaine d'hommes armés ; Olivier met la main au collet
du duc en lui disant : « Vous êtes prisonnier du régent. Vous ne
m'échapperez que quand vous m'aurez rendu mon duché I n
Au môme instant, Charles se saisit de Richard, et le maréchal
de Bretagne est arrêté.
Les écuyers sans armes qui accompagnaient le duc essaient en
vain quelque défense, plusieurs sont blessés. Un écuyer d'Olivier,
allait môm'B porter un coup d'épée au duc quand le comte l'em-
pêcha de frapper « le prisonnier du régent ».
Olivier s'empresse de rendre compte de sa victoire au dau-
phin ; et, par un acte en forme authentique délibéré a en son
grand conseil » à Carcassonne, le 16 mars, le dauphin déclare
que, « Jean V et son frère Richard sont ses prisonniers, et or-
donne d'en faire bonne garde » (3).
Les instructions du dauphin allaient être exécutées et sans
doute dépassées.
Le soir môme et pendant la nuit, Olivier emmenait le duc et
(1) n n*7 avait pas de grande ronte de LambaUe à Rennes. — La troupe da
prendre par Moncontour d*où une Toie romaine conduisait à Merdrignac. De
là une antre toie romaine passant par Maaron^ Guer, Pléchatel (passage de la
Vilaine), Blain, arrivait à Nantes.
(2) Triac, du Kufflay et Maurice Taillart ne sont mentionnés par ancun his-
torien. Nous trouvons leurs noms d^ns des pièces authentiques, comme on
Terra plus loin.
(3) Lire cette longue lettre dans Mi Cosneau* Le Connétable de Riehemont.
Appendice XU, p. 494-497.
ATTENTATS DES PENTHIEYRE 113
Richard au château de Pailuau en Poitou. Quelques jours après,
il le ramenait à Ghâteauceaux, où la comtesse triomphante ne lui
épargna pas les affronts. Puis le duc sera conduit dans neuf
châteaux de Poitou et d'Âunis... Mais nous n'avons pas à redire
rhistoire de cette cruelle et humiliante détention qui durera près
de cinq mois. Ce que vous voulons montrer c'est l'attitude de la
Bretagne en présence de la félonie des Penthièvre, et la modé-
ration de Jean V après sa délivrance.
Marguerite et ses fils avaient-ils espéré que, le duc devenu leur
prisonnier, la Bretagne sans chef se retournerait au moins en
partie vers eux ^ La duchesse Jeanne de France et la Bretagne
vont les détromper.
Trois jours après l'enlèvement du duc, la nouvelle en est por-
tée à la duchesse à Vannes.
Moins d'un an auparavant, Jeanne de France était une sœur de
charité auprès de saint Vincent Perrier mourant (1). Aujourd'hui
elle va montrer le « coeur de lion » de Jeanne de Montfort. Elle
convoque aussitôt le iconseil. Le vicomte de Rohan est nommé
lieutenant-général pour tout le duché (2) ; il a sous lui pour ca-
pitaines généraux: en Basse-Bretagne, son fils le comte de Por-
hoôt (3), et son frère Charles, sire de Guémenô (4) ; en fïaute-Bre-
(1) Albert le Grand. — Saints de Bretagne : Vie de saint Vincent, p. 225. W
mourut À Vannea, le ^ avril i4i9^ et non, comme le dit Tagiographe i420^ au
temps de l'enlèvement de Jean V (p. 227.)
(2) Alain VllI, mari de Béatrix de Glisaon, soeur aînée de la comtesse de Pen-
thièvre.
(S) Alain fils de Béatrix, neveu de la comtesse et cousin germain de ses fils
comte de Porhoet comme héritier de sa mère, beau-frère de Jean V, mari de sa
sœur Marguerite.
(4) Charles de Rohan, frère consanguin d*Alain VIII, fils unique du second
mariage de Jean 1*' de Rohan arec Jeanne de Navarre. Charles était cousin ger-
main de la mère dé Jean V : c'est pourquoi celui-ci rappelle son oncle. (Lo-
bineau. Pr. 947). — Voici la généalogie :
Philippe, comte d'Evreux, épouse Jeanne, fill^ du roi Louis Le Hutin, reine de
Navarre.
Charles le Mauvais.
Jeanne de N. — femme du duc Jean IV.
Jean V.
Jeanne de N... femme de Jean I"
vicomte de Rohan.
Charles de Rohan»
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114 RSVUE m BRETAGNE
tagne, Robert de Dinan, 9ire de Montafllant et Ch&teaubriant (i),
et Jeaa sire de Rieux (2).
Des messagers galopent sur les routes annonçant de proche en
proche la fatale nouvelle et appelant aux Etats que la duchesse
ouvrira à Vannes, six jours après, le 23 février. Mais avant oe
jour la noblesse afflue dans la ville.
Noblest prélats et députés des bonnes villes sont aux Etats en
grand nombre. En quelques mots la duchesse les supplie de
« Taider à délivrer le duc son seigneur » ; et « C3 disant tenait ses
deux fils, et pleuraitmoult tendrement (3). » Il a suffi de quelques
paroles et des larmes de la duchesse ; « tous jurent de s'em-
ployer corps et biens à la dStivrance de leur "Seigneur ». Et ils
partent en hâte.
Les seigneurs « rassemblent leurs sujets qui bientôt furent
prêts.,. Car ils n'attendaient pas qu'on les mandai; mais d'eux-
mêmes armaient. — Mesmement s'assemblèrent grand nombre
de jeunes hommes forts et robustes de par tout le pays, telle-
ment qu'ils furent bien nombrez cinquante mille. (4), »
Entre les premiers chefs armés en guerre figure Jean de
Tournemine, sire de la Hunaudaye. Nous l'avons vu accompa-
gnant comme ami le comte de Penthiôvre allant de Lamb^lle h
Nantes. La félonie du comte a transformé l\ami de la veille en
adversaire résolue-
Avant que le gros de Tarmée soit assemblé, un premier corps
réuni en hâte envahit le Penlhièvre. Avant la fin de février, les
(I) l' fils d« Charles de Dinan «t'de Jeanne de Beaumanoir, qui fut la se-
conde femme de Clisson. Légataire de Clisson et chargé par le connétable de
porter son épée au roi. Frère du maréchtl de Bretagne nommé plua^haut.
(i) Jean 111, fils de Jean U. qui fut maréchal de France f 1417, et frère ahié de
Pierre maréchal de France après son père ; Marie, fille de Jean 111 sera mère de
la dQch«ss« Frunçoise d'Ambojae.
(3) he 6ftud. ^ist. p* 4&4. -^ L'histopîen né avant 1410 avait yu et entendu dtt
combattants de 1420, et il rapporte leur témoignage.
(4) Le Baud, p, 45b nt dit pas que las 50.000 hommes out formé une &i*m4e
unique. « Mais l'armée ayant opéré sur divers points vit sucoessivement Ut
gens deg paroisssise joindre à elle, et ainsi successivement il peut y avoir eu une
quarantaine de {oille hommes à prendre part dans des oonditioni divei^ses à
cette campagne. » LaBorderie. i/i>.\ IV, p. ..'05.
Ces soldats volontaires, getis dts paroisses, seront, eh 1425, organisés en nii-
lices paroissiales, par Arthur, comte de Richemont; plus tard ils seront les Boiis-
Corps, et c'est sur ce modèle créé et expérimenté par lui que le connétable de Ri-
chemont créera plus tard en France les francs-archers, l'infanterie française.
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ATTBWTATS DES PENTHIÈVRE 115
deax principales villes, Lamballe et Guingamp, sont assiégées.
Lamballe se rend d*abord, et Guingamp capitulera, le 5 mars.
Nous trquvons Guillaume de Goudelin parmi les défenseurs
de Guingamp ; c'est pourquoi nous devons insister sur cet épisode.
Guingamp avait pour défenseurs des gentilshommes du pays
dont les principaux, seuls nommés dans la capitulation, étaient
Jean du Châtellier, vicomte de Pommerit-le-Vicômte et sei-
gneur de Gommenech, — Eon ou Yves de Kersalliou, seigneur de
Pommarit-Jaudy, qualifié « garde de la ville, ch&teau et forte-
resse », -^ deux Guillaume de Perrien, oncle et neveu venant de
Plouagat, — ^ enfin Guillaume de Goudelin (1).
Charles de Blois avait donné à Guingamp la première com-
munauté établie en Bretagne ; la ville reconnaissante garda à son
seigneur une fidélité à toute épreuve. — En 1842, la garnison
tenait pour Monlforl (2). Charles de Blois fait assiéger la place :
les bourgeois s'assemblant en tumulte au marché somment le
oapitaiae de capituler; sur son refus^ ils le mettent à mort et
ouvrent leurs portes. L'année suivante, le roi d'Angleterre prend
Guingamp i mais il n'y laisse pas de garnison, et la ville revient
au parti do Blois. En 1345, elle repousse Tattaque des Anglais.
En 1852, elle députe aux Etats que Jeanne de Penthièvre ouvre
à Dinan, quand il est question de négocier la mise en liberté de
son mari. Enfin c'est à Guingamp que Charles de Blois rassemble
l'armée qui va combattre i Auray (1364).
En 1420, les bourgeois de -Guingamp gardent pieusement ces
souvenirs de leurs pères; et ils s'agenouillent devant la tombe
de Charles de Blois et de Jeanne de Penthièvre dans l'église dés
Gordeliers; mais ils n'entendent pas sacrifier leurs vies et leurs
biens pour les descendans félons du « Bienheureux Charles ».
Les seigneurs enfermés dans Guingamp, dès qu'ils ne peuvent
compter sur les bourgeois, n'ont qu'un parti à prendre : capitu-
(t) Je doDiit ces noms parce que noas les ratrouvaront dans la seconde partie
de ce récit.
Pommer! t-le-Vicomte et Gommenech, communes du canton de Lanvollon, ar-
i*ondis8ement de Saint-Brieu(} : It et 13 kilomètres de Quingamp. — Plouagat
canton et Goudelin, commune du canton de Plouagat arrondissement de Guin-
gamp, li kilomètres, -r Pommer! t-Jaudy, canton delà Hoche-Derrien, arrondis-
sement de Lannion, 23 kilomètres de Guingamp.
(2) Quingamp n'est pas nonimé par Froissard parmi les places où Montfort
avait été reconnu dans sa chevauchée de 1341 . La Borderie, HisL III, p. 42Qi
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116 REVUE DE BRETAGNE
ler aux meilleures conditions pour eux mômes et pour les bour-
geois. Ainsi est-il fait le 5 mars-
11 est convenu que la ville sera rendue si « dans dix-sept jours
avant midi, les assiégeants ne sont pas battus et vaincus au-
devant de Ih place ». C'est-à-dire si un adversaire victorieux ne
les contraint pas à lever le siège. Voilà une condition qui s'ac-
complira. D*où viendrait l'ennemi quand tout le « plat pays »
est soulevé contre les Penthièvre ?
Dans la capitulation, il est écrit que « tous les défenseurs de
la place rentreront dans leurs maisons avec leurs biens », ex-
cepté Guillaume de Goudelin (1). Pourquoi? Pour une raison
bien simple. Tous ont fait leur soumission : ils se sont déclarés
« sujets et obéissants au duc. » Guillaume de Goudelin discute, —
j'ose dire ergote — sur Tobéissance exigée de lui. Il fait écrire :
« Sous cette obéissance, il n'est aucunement compris ni employé
a au plus large qu'il a coutume précédemment de faire. » —
Ce qui signifiait, a dit un auteur admettant cette restriction, que,
« s'il reconnaissait l'autorité du duc, il n'en restait pas moins .
« fidèle à son chef immédiat le comte de Penthièvre (2). »
Avec^une telle restriction, que devient la reconnaissance de
l'autorité suprême du duc? Guillaume entend stipuler ce qu'il
n'avait pas auparavant: le choix entre le duc et le comte de Pen-
thièvre : c'est-à-dire apparemment la faculté de suivre la ban-
nière de Penthièvre contre le duq lui-même l *
Le comte de Porhoët, qui commande l'armée ducale, ne peut
admettre de te les prétentions (3). Ihretient Goudelin prisonnier,
et c'est justice. Le duc et le parlement jugeront.
A la fin d'avril, tout le Penthièvre est aux mains de la duchesse.
Elle prend aussitôt une résolution hardie : elle ordonne le siège
de Ghâteauceaux qui passe pour inexpugnabln. Une double rai-
son a déterminé la duchesse. Elle sait que la comtesse de Pen-
thièvre est enfermée dans Ghâteauceaux ; elle croit que le duc y
est prisonnier ; en quoi elle se trompe : le duc était en prison à
Bressuire ; c'est seulement à la nouvelle du siège que le comte
de Penthièvre va la ramener à Clisson.
(1) Moric«, Pr. 11. 1003-100&.
2) Goudelin, p. 133.
(3) Lobineau. Hist. p. 546, dit à ce propos : a Ils ne préten liaient pai lui ac-
corder (à Goudelin) plus grande liberté que celle qu'il avait auparavant ». —
C'est bien cela. ^
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ATTENTATS DES PENTHÏÈVRE 117
Aux premiers jours de mai, Châteauceaux était investi.
Dans la prévision d'un long siège, la camp avait été fortifié.
Une nuit, le sire de Laigle essaie d'une vigoureuse attaque qui
est repoussée. La comtesse de Penthièvre reconnaît qu'elle ne
peut plus tenir ; elle se résigne à faire savoir à son fils Olivier
qu'il ramène le duc à Châteauceaux pour le rendre aux Bretons.
Il fallut obéir ; et, le 5 juillet, Jean V conduit par le sire de Laigle,
entrait à Châteauceaux sa l u é des acclamations de toute l'armée (i).
Or, au moment de quitter Clisson, le duc demande à Olivier :
« En conscience, avez-vous eu la volonté de me tuer ? » et Olivier
de répondre : « Oui, je vous jure que oncques je n'eus plus
grand désir de tuer aucun homme ! » (2) Et c'est quand cette
odieuse parole résonne encore à ses oreilles, que le duc offre
leur pardon aux Penthièvre !...
Mais à une condition. Le duc ouvrira les Etats à Vannes, le
16 septembre ; Olivier et Charles y viendront pour reconnaître
leur faute et demander merci au duc. Leur frère Jean, sire de
Laigle, et la comtesse leur mère feront une déclaration ana-
logue, mais par procureur.
Tout est réglé. Jean de Penthièvre a rédigé la formule de cette
amende honorable : leur crime est attribué à « mauvais conseil,
et jeunesse ». Le duc, qui veut pardonner, accepte ces excuses.
Les Penthièvre donnent leur parole, et livrent en otage de leur
engagement leur jeune frère Guillaume.
Mais, à la réflexion, les trois frères se jugeant apparemment in-
dignes d'uQ pardon promis à des conditions si douces, se croient
appelés à un guet-apens ; peut-être subissent-ils encore une
fois la pernicieuse influence d^ leur mère ? Ils manquent à la
parole jurée ; et voilà leur frère Guillaume qui portera, pendant
vingt-huit ans, la peine de leur parjure ; et eux-mêmes et leur
mère bientôt frappés de condamnations sévères mais trop mé-
ritées (3).
(!) D'Argentré a écrit le mardi avant V Assomption ; c'est renvoyer au mois
d'août. Inadvertance ou faute typographique
(?) Cette parole est consignée dans Tarrôt de défaut du 7 octobre 1420. Actes
de Jean V, Arrêt n» 1450. tome vi, p. 45-47.
(3) Comment comprendre cette note du comte Daru. (Hist. de Bretagne II, p. 265
note 3). <e A peine le duc délivré, la comtesse de Penthièvre et ses enfants se hâ-
tèrent de faire des soumissions pour éviter le ch&timent dont ils étaient menacés.
On trouve plusieurs de ces actes dans les Archives^ du château de Nantes ».
Oui, on trouve ces promesses — mais non suivies d'effet.
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118 aeVUK DE BRETAGNE
Leur première peine fut la saisie féodale des héritages de Peu-
thièyre. Cette saisie qu'autorisait la simple désobéissance, à plus
■forte raison la rébellion, Jean V Texerça aussitôt; le 18 sep-
tembre les Etats cooflrmèrent la « main-mise »du duc, qui s'em-
pressa de distribuer ces riches dépouilles aux seigneurs qui
l'avaient le mieux servi (1). . / . .
En môme temps que la duchesse Jeanne de France faisait la
guerre aux Penthièvre, elle avait ordonné contre eux des pour-
suites criminelles.
Pour l'intelligence de ce qui va suivre une courte explication
nous paraît nécessaire.
La Bretagne avait une cour suprême de justice civile et crimi-
nelle nommée parlement, La compagnie comprenait au moins
une vingtaine de « conseillers du duc », et était présidée par un
haut dignitaire dit le Président on juge universel de Bretagne.
A cette époque, le parlement était convoqué lors de la tenue des
Etats et siégeait après eux.
Mais il arrivait souvent que les Etats, barons, pairs ecclésias-
tiques, seigneurs et députés des villes, se constituaient en cour
de justice. Les vieux actes emploient en cette occasion le titre de
parlement général.
Nous allons voir des informations faites et des citations don-
nées V aux barres et aux cours de Rennes et de Nantes », c'est-
à-dire aux sièges, aux sénéchaussées de ces villes. Ces deux
(I) 1*' arrêt de défaut. Morice. liist. 1. 42'.'.
La reconnaissance du duo alla un peu vite. 11 parait afoir bientôt reconnu
qu'il avait trop donné, et les dons qui semblaient perpétuels furent déclarés
viagers. « L'expression pour lui et ses hoirs est restreinte aux hoirs mâles, u
Ces restrictions sont faites dans un acte (latin) daté du parlement général à.
Vannes, 16 février 1425, jour de l'arrêt rendu contre les Penthiôvre. {Actes de
Jean V. N» tftlO, t. vi. p. 142).
Daru (Hist, II. p. 2^1 fiote 1) donne cette date. Morice, (Ilist. I. p. 46)) men*
tionne lettre du duc du 19 nox>embre 1429 : date insxacte ; lire 29 nox>enihr0.
Ce jour (Kiats de Redon) le duc confirma l'acte du 16 février \k1h. {aqU9 de
Jean V. N*» 1804, t. vi, p. 2o0).
Le duc pouvait sans scrupule ^nirder de ces biens pour le domaine, coffim» in-
demnité des grosses dépen.ses aiu^uelles la félonie des Penthièvre avait donné
lieu. Au compte de Loh'i ne'd\i{ H is t. p. .>50) elles dépassaient 320.000 livres, toU
13. 447.000 IV. de nos» jours, au compte de Leber.
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ATTENTATS DBS PBNTHIÊVRK 119
sièges ont une aorte de prééminence sur tous les sièges du
duché (1).
Reprenons notre récit.
Sur l'ordre de la duchesae, le procuifeur général Guillaume
Preezart commença une inforapation aux cours de Rennes et do
Nantes; il avait saisi des lettres démontrant la complicité de
Jean, siru de Laigle, dans la félonie de ses frère»; et il donna
ajournements à la comtesse et à ses trois flls : avant le 18 sep-
tembre il avait relevé contre eux cinq défauts.
Sur cet exposé il requit ce jour et les Etats ordonnèrent que la
comtesse et tes flls seraient ajournés « à comparaître, le 7 oc-
« tobre, dernier jour de la tenue des Ëtats ; commandement est
« fait à tous et chacun des sujets qui pourrait appréhender (les
« Penthièvre) de les rendre es prisons pour qu'il leur so't fait
V justice » (2).
Comme on devait s*y attendre, les Penthièvre ne comparurent
pas le 7 octobre ; défaut fut donné encore une fois contre eux, e£
le^ Etats ordonnèrent qu'ils seraient ajournés « par bannie et son
de trompe ou autrement duement (3), à comparaître aux cours
et barres de Rennes et de Nintes pour répondre aux conclusions
du procureur général ». En outre il est ordonné qu'ajournement
leur soit donné u une fois pour toutes à comparaître au demeu-
rant du parlement continué et mis en avant au mardi après la
conversion de Saint-Paul » (4).
(I) Mail le choix de oêa deux villes a dû être déterminé par le. dernier domi-
cile des préyenus : pour Olivier, Lamballe au ressort de Hennés ; pour les autres,
Clisson, au rjssort de Nantes.
(%) Disons que ce « commandement de prendre les fugitifs non encore forban'^
nis * ne parait pas avoir eu de sanction pénale. C'est ainsi que ohei nous la
plainte ou dénonciation prescrite à tous par Tarticle 30 du code d^instruotion
criminelle est dépourvue de sanction depuis Tabrogation des articles 108 et sui-
vants du code pénal.
il en était tout autrement, comme nous verrons, au cas de commandement de
prendre ou dénoncer les forbannis, dont nous allons parler.
(3) Ce mot autrement ferait-il songer an tambour ? Aujourd'hui le tambour
de ville est laissé aux petites villes, les grandes ont la trompette. Au XV« siècle,
il pouvait en être autrement. Le tambour, en arabe tambor^ importé en Europe
par les Sarrazins, n'a été introduit dans l'armée française qu'au milieu du
XIV* siècle : il pouvait être un objet «le luxe encore inconnu des petites villes
de Bretagne en 1421.
(4) La fête de la conversion de saint Paul tombe le 25 janvier. En 1421, le di-
manche de Pâques étant le 23 mars, le dimanche qui suivit le 25 janvier fut le
27 ; le mardi fut le 29.
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120 REVUE DE BRETAGNE
C*est-à-dire qu'ajournement sera donné pour le 29 janvier (1421)
non plus devant le parlement général {des Etats) qui statuent au-
jourd'hui, 7 octobre, et ne seront pas réunis le 29 janvier, mais
devant la cour de parlement, devant les conseillers du duc sié-
geant avec le président de Bretagne.
C'est, comme nous dirions aujourd'hui, une information faite
à Rennes et à Nantes, sur laquelle le parlement jugera les préve-
nus entendus.
Nous dirons plus loin les suites de cette sentence.
Avant de se séparer, le 16 octobre, les nobles présents aux
Etats, c'est-à-dire la plupart des nobles de Bretagne, et les dé-
putés des a bonnes villes »>, s'unirent au duc dans une ligue
contre les Penthièvre (1). C'est la Bretagne toute entière disant
aux petits-âls de Charles de Blois que les Bretons invoquent
comme un saint (2) : « Vous êtes indignes I Je ne veux plus
de vous 1 »
Cette explosion d'indignation générale et spontanée, quoi que
l'on ait dit (3), est un second châtiment que d'autres suivront.
Le 29 janvier venu, les Penthièvre ne s'étaient présentés ni
à Rennes ni à Nantes ; ils ne comparurent pas devant le parle-
(1) On parle souvent de .la ligue de 145 seigneurs contre les Penthièvre. Il
faut s'entendre. Lobineau, Pr. 948 et Morice, Pr. II. 1060, ont publié une liste
de 145 seigneurs. Mais après la liste on lit : <« et plusieurs et grand nombre
d'autres chevaliers, escuyers et gens notables des bonnes villes. > fiJn réalité, au
lieu de 145, il y a 163 noms de nobles. Actes de Jean r, n^ 1468. tome vi, p. 57
Note de Térudit éditeur.
(2) Le tombeau de Charles de Blois à Quingamp était le but d*un pèlerinage,
comme celui de saint Yves à Tréguier, et les Bretons chantaient en même tempis
les deux, comme les compagnies bretonnes qui, en 1377, se mirent au service da
pape Grégoire VII.
Bretons criaient : « Vive l'Eglise...
A vous merci, Charles et Yves...
Ce sont deux saints du paradis
Qu'aux dits bretons furent amis.
Guillaume de la Pérène. Gestes des Bretons en Italie. M^rice. Pr, II. 172.
(3) Daru (II. p. 266, note 5.) « Les terres des Penthièvre furent distribuées aux
seigneurs avec prodigalité. C'est à ce prix que Jean V forma une ligue », etc.
C'est méconnaître le caractère de cette ligue. La preuve c'est que^ à la date da
16 octobre 1420, le duc n'avait gratifié que neuf seigneurs, y compris son frère
Richard. — Lobineau. Hist. p. 552 et Pr, 944-947, fin de septembre.
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ATTENTATS DBS PENTHIEVRB 121
meot. Défaut fut donné contre eux et le parlement ordonna la
curieuse procédure dite du forban (1).
Les Penthièvre durent être par neuf fois sommés de compa-
raître par « ajournements et bans » c*est-à-dire par citations et
publications faites « à la paroisse (sans doute an prône de la
messe) et aux marchés ». Les trois premières sommations se
feront de semaine en semaine ; les trois suivantes de quinzaine
en quinzaine ; les trois dernières de mois en mois ; chacune sera
rapportée et vérifiée, les unes à la cour de Rennes, les autres à
la cour de Nantes (2).
Les neuf sommations, à ne compter que les délais ci-dessus,
emploieraient cinq mois et une semaine ; mais il faut ajouter le
temps nécessaire pour renvoi des actes aux cours et pour leur
vérification.
Doublons le délai légal — ce qui est excessif — le parlement
pourra prononcer le forban^ c'est-à-dire condamner par contu-
mace avant la fin de l'année 1421.
Mais non. La longanimité du duc n'est pas à bout. Il va re-
tarder la sentence de plus de trois années, jusqu'au 16 février
1425 (n. st.). En sorte que c'est seulement quatre ans après
Tarrôt ordonnant Tajournement que la sentence sera rendue.
Durant cette longue procédure^ un autre châtiment a frappé
les Penthièvre : il leur est venu de leur complice, le dauphin.
L'entreprise encouragée par lui et qu'il fit sienne a manqué...
(1) Voir la chapitre (article) 109 de la T. A. (Coutume : Comment homme et
femme sont misa forban. Sauvageau, tome ii» 96-97.
Quatre arrêts ont été rendas contre les Penthièvre : 1" arrêt 18 septembre 1420,
dont nous venons de parler ; 2* le 7 octobre, arrêt donnant défaut et ordonnant
ajournement, instruction et audience du parlement pour le mardi après la con-
version de saint Paul (29 janvier 1421); 3** ce jour, arrêt donnant défaut et or-
donnant la procédure du forban ; 4* le 1« février 1425, arrêt prononçant le /or-
ban, la condamnation à mort, etc., définitif et sans recours.
Lobineau (/¥. 951*60), Morice. Pr, II, 1070-80) ont donné seulement ce dernier
arrêt qu'ils empruntent à d*Argentré. Celui-ci (Bd. de 1588, f<*« 577-584) donnait
la date : le seizième de février MCCCXXIV (vieux style). (1425) Lobineau et Morice
ont corrigé la date de l'année et écrit i42i. — Ils ne connaissaient pas la pro-^
cédure du forban que d'Argentré connaissait. $on imprimeur ne la connaissait
pat non plus : il imprime , neuf de faux, pour neuf défauts,
L'érudit éditeur des Actes de Jean V a publié l'arrêt du 7 octobre I420(n« 1456),
et seulement mentionné l'arrêt de 1425 (n> 1611). Il nous faut donc lire cet arrêt
dans d'Argentré. La date 1421 est trop souvent rééditée, notamment par M. Cos-
neau dans son bel ouvrage, p. 59.
(2) L* arrêt de 1425 constate qu'il y a eu onze défauts donnés à Hennés et di<
à Nantes*
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122 * - REVUB DE BRETAGNE
Il volt la situation des Penthièvre perdue en Bretagne et le duché
tout entier soulevé contre eux. Il les abandonne ! Avant le
9 juillet et la prise de Châteauceaux^ il ose envoyer des ambassa-
deurs à sa sœur la duchesse, pour l'assurer de « son affection h
la délivrance du duc (1) I »
Quand le duc sortant de prison est plus puissant que la veille
de son arrestation, le dauphin fera bien plus : pour attirer le duc
> èi lui, il va châtier les Penthièvre : il les fait condamner pour
crime de lèse-majesté ; il confisque leurs biens de France, et en
donne une grande part à Richard (2).
Enfin le duc et le dauphin signent le traité de Sablé (8 mai 1421);
dont la première condition est que « les adhérents de Penthièvre
seront aussitôt chassés de, la cour. »
Le dauphin ajoué ses amis, ses complices de la veille ; il va
essayer de jouer le duc ; manquant à la parole jurée, il s'obstine
à garder auprès de lui « les adhérents de Penthièvre » sans son-
ger qu'il pousse ainsi Jean V à l'abandonner de pouveau, bien
plus à signer le traité de Troyes (8 octobre 1421).
Le dauphin aura môme à sa cour Jean de Penthièvre; mais
le duc ne s'occupe ni de Jean ni de son frère Charles. Le seul
qu'il ait essayé d'atteindre, mais sans succès, c'est Olivier réfu*
gié à sa terre d*Avesnes en Haynault (3).
« Le duc, dit d'Argentré, mit force gens après lui pour le
prendre et le ramener en Bretagne, ou bien lui mettre un car-
can de fer au col : c'était une pratique qui se faisait lors entre
ennemis. Ces carcans étaient enchanlés, et brûlaient (comme
on disait) peu à peu le patient, et ne se pouvai ni nullement li-
mer, autrement le feu y eût pris... » (4).
(1) Cette piteuse palinodie nous est révélée par une lettre des ambassadeufa
de la duchesse au roi d'Angleterre, datée du 9 juillet liîO, de Corbeil. (lU ne
avaient pas encore la délivrance du duc). Morice, Pr. II, 1024. — Oâ peut dater
Tambassade de la fin de juin.
(2) M. Coftneau^ Richemont^ p. 50^ note e. La confiscation ne s'exécuta que
SVLt quelques seigneuries du Poitou.
(3) (i 11 6*enfuit aussitôt en Limousin ; mais ne s*y trouvant pas en stireté, il passa
(non sans peine) en Haynault. » Déposition d'Alain Taillart. Morice. Pr. 100 1.
(4) D'Argentré, Hist,, éd. de 1588, f" 586, r" A. Le grave historien ne croit pas
à la vertu de ces carcans enchantas, ni le duc non plus, puisqu'il essayait de
« faire prendre »> Olivier et quelques complices.
Cette expédition, mal conduite selon Lobineau {Ilist. p. 556) coûta cher. Jean V
avait commis trois chevaliers, des héraults et des bourgeois (4 janvier Miî, n. st) :
il leur avait ouvert sur deux marchands des Bruges un crédit de 25^000 éCUS
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ATTENTATS DBS PËNTHIÈVRE ' 123
Nous avons dit plus haut (1) que la sentence de forban aurait
pu être prononcée dès Tautomnede 1421. Or les deux années 1422
et 1423 passent sans que le forban intervienne. Pourquoi ? Parce
que le duc voyant les Penthièvre hors de Bretagne s'en croit dé-
barrassé et ne peut se résoudre à les voir condamner.
En décembre 1423, on apprend que le sire de Laigle à la tète de
quarante hommes armés est entré en Bretagne pour atteindre
le duc qui voyage dans Tévôché de Tréguier et pour le mettre à
mort; et qu'un heureux hasard, un brusque changement d'itiné-
raire, a sauvé le duc (2).
On sait de plus que les conjurés ont traversé le duché, de Ghâ-
teaubriant au fond du Qoello, et qu'ils sont revenus à la frontière
d'Anjou par le môme chemin ; enfin qu'en roule un abbé et plu*
sieurs seigneurs les ont reçus et hébergés. Et personne ne les a
dénoncés!... Et le commandement de dénoncer les Penthièvre
porté par Tarrôt de 1421 !.. Ce commandement est lettre morte,
puisque, comme nous l'avons dit, il n'a pas de sanction pénale.
Or supposez le forban prononcé. Quel Breton reconnaissant
Jean de Penthièvre aurait osé, en ne le dénonçant pas, encourir
la peine de mort? Ou plutôt Jean de Penthièvre n'aurait pas eu
la folle audace de mettre le pied en Bretagne.
On peut croire qu'après cette révélation plus d'un parlant
avec la rudesse du temps aura représenté au duc que sa bonté
obstirée devient faiblesse. S'il a si peu de souci de sa sécurité
personnelle, que du moins il assure la paix de son duché, en lais-
sant la justice suivre son cours I
Quoi qu'il en soit, le 16 février 1425, au parlement général) c'est-
à-dire aux Etats ouverts à Vannes, arrêt fut rendu (8).
Les tt de Blois et leur mère étaient punis capitalement » c'est-
à-dire condamnés à « avoir leurs tàtes coupées, comme traîtres
envers leur seigntur yr^ et étaient « forbannis, selon le coutume
du pays. Chacun d'eux éia-t privé perpétuellement de tout hon-
neur, des noms et armes de Bretagne ».
d*or, soit 31,260 livres et 1.209.000 fr. actaeli. La dépenie fut de 20,459 écus d*or,
ou 25,503 livret, toit 1.6&4.88B fr. actuels. Diffârenoe en moini 245,176 fr. Compte
du 12 juin 1428. Morice, Pr. Il, 1100 et 1138.
(1) Ci-de88U8, p. 121.
(2) Nous conterons plus loin le voyage du sire de Laigle en Bretagne.
(5) On peut le voir in extenso dans d*Argentré, IJist., livre X', chapitre XX,
(in fine). Ed. de 1588, p. 577-584.
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124 REVUE DE BRETAGNE
L'arrêt renouvelle la confiscation de tous les meubles et hé-
ritages des Penthièv^re.
Il déclare que « lesdits de Blois et leur mère ne sont plus re-
cevables à jamais faire défense des accusations portées contre
eux ». La condamnation est donc définitive et sans recours pos-
sible (1).
Enfin il est « fait commandement à tous les sujets qui pour-
ront trouver ces malfaiteurs de les prendre et rendre en prison
pour être fait justice (2) », ou au moins de « les dénoncer » : c'est-
à-dire de révéler leur présence et leur retraite.
Et après la déclaration de forban ce commandement adressé à
tout sujet aura son effet car il a une sanction ; c'est la peine pro-
noncée contre les forbannis, la mort et la confiscation (3).
Et, afin que nul n'en ignore, la publicité de l'arrêt sera as-
surée par ban et cri\ et l'exécution sera publique : « les che-
vestres seront mises es portes des villes de Rennes, Nantesi
et Vannes » (4).
Enfin voilà donc le crime des Penthièvre puni et eux-mêmes
chassés de Bretagne«après cinq ans passés. Il était'temps I
(!) Par exception à la règle générale portée au chapitre 111, accordant au for-
banni quarante jours pour se représenter, ou, comme nous disons aujourd'hui,
purger sa contumace. Mais la règle admettait plusieurs exceptions, et les Pen-
thièvre étaient atteints par l'une d'elles : c le fait était à commune renommée
notoire. « Chap. 111 et lp2.
(2) C'est-à-dire, en Tespèce, pour qu'ils soient mis à mort, puisque la condam-
nation est sans recours possible.
(3) C'est le chapitre (art. 110) de la T. Â. Coutume ; « Bien se gard qui depuis
soutiendra le iorbanoi, car qui le soutiendra, il devrait être puni comme le
forbanni, car les soutenant les malfaiteurs doivent être punis comme eux;
excepté cousins germains (et plus proches parents) qui ne sont pas tenus de dé-
noncer leurs germains, car en honnissant leurs cousins, ils se honniraient
eux-mêmes, car ils sont de même chair et sang. »
Après cinq siècles et demi notre article 322 du Code d'instruction criminelle
est moins humain que l'article 110 de la T. A. Coutume. — Trévédy, I^s Gens
Infâmes de la T, A. Coutume, p. 12-13.
(4) Chevestre on cJievetons, licous ou colliers pour pendre les effigies des con-
tumaces condamdés ou simplement l'extrait de l'arrêt prononcé contre eux.
Lobineau, Pr. Glossaire, col. 1784.
Les réformateurs du domaine royal en 1539 n'avaient plus le sens de ce mot :
à Quimper, ils écrivaient : selle à charrette et selle à charretier. Hévin signale
cette erreur. Questions féodales, p. 91.
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ma
ATTENTATS DES PENTHIÉVRE 125
Et les partisans des Penthièvre en Bretagne, ceux qui se
firent leurs complices, ou, comme disent les vieux actes, leurs
« fauteurs séquaces et adhérents », quel fut leur sort?
Le duc fut-il pour eux sans miséricorde?
Je lisais récemment : « Le duc ste vengea par de cruelles re-
« présailles, confiscations et exécutions capitales » ; et on citait,
comme exemple apparemment, la confiscation des biens de
Guillaume de Goudelin et son exécution (1). '
Le lecteur se demande épouvanté: « Mais veut-on parler d'exé-
cutions sans arrêt de justice?... Il semble permis de le croire.
Quels sont les noms des seigneurs mis à mort? S'il y en eut un
si grand nombre, l'histoire a dû enregistrer ces atrocités venge-
resses. — C'est la première fois qu'il est parlé de ces exécutions
multiples. Jusqu'ici il ne fut question que de l'exécution de Guil-
laume de Goudelin.
Mais « le bon duc Jean V était miséricordieux et débon-
naire (2) » ; « il avait le cœur et l'amour de tout le peuple (3) ; »
un historien l'a dit surnommé le Sage (4).
Voilà des objections 1 Ces faits nouvellement révélés sont-ils
bien certains ? Une question qui se pose tout naturellement et à
laquelle il faut une réponse.
Le duc Jean V a rangé en trois catégories les complices des
Penthièvre: 1« Cdux qui les assistaient lors de l'enlèvement ;
2* ceux qui prirent leur défense en défendant leurs forteresses ;
3^ ceux qui ne se rendirent pas à l'appel de la duchesse pour le
recouvrement du duc (5).
Il est clair que les complices dé la première catégorie sont les
plus coupables.
Nous avons nommé six Bretons présents à la prise du duc :
Alain de la Lande, Jean Le Neveu, Philippot de Triac, Etienne du
Ruiïlay, Maurice et Alain Taillart.
(1) Je dois avertir que ces phrases ne sont pas extraites du mémoire Goudâ"
lin •te., mais d'un article du Journal des Débats dt novembre 1906« Et des
joarnaax bretons ont reproduit cet article!....
(2) LeBaud, Hist. p. 488-489.
(3) Bouchard, Grandes chroniques, f" 19S r**.
(4) D'Argentré. Ed. de 1588, f» 547 ▼».
(5) Actes de Jean F, N» 1864, t. vi, p. 260.
Septembre I90S, le
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126 REVUE DE BRETAGNE
La Lande « décousait » les planches du pont de la Divatte. **>
Triac a amené quinze des grands chevaux du comte (i). Nous
ne voyons pas le rôle assigné à Le Neveu et aux deux Tâiillart.
La Lande et Le Neveu sont sans doute^ comme Triac et les
deux Taillart, restés aU service des Penthièvre. Nous sommes
sans nouvelles des deux premiers ; nous verrons les trois autres
dans l'expédition de Jean de Blois en 1422. Le duc, en 1420, n'a pu
frapper ces cinq que sur leurs biens par des confiscations dont
nous n'avons pas la preuve.
Au contraire, en ce qui concerne Etienne du RufQay, nous
sommes renseignés par le duc lui-môme :
Jean V dit Rufflay de Buhen, en Goello (2) : il ajoute :
<c II était en personne à notre prise... il a tiré son épée pour
nous courir sus, à ûotre frère Richard et à nos gens ; ... depuis,
il a persévéré en sa mauvaise volonté... a demeuré et a fait ré-
sistance à nous à Ghantoceaux assiégé. »
Mais, comme les autres, RufQay n'est pas rentré en Bretagne,
et comme eux n'a pu être frappé que sur ses biens. Le duc con-
fisque ses biens présents etfuturs; c'est-à-dire les successions à
lui échoir ; et,dès avant mars 1421 (3), il en a disposé en faveur de
Jacob du Fou et ses hoirs. Mais Rufflay meurt laissant une fllle
mineure que Jean V nomme Mario t (apparemment Mariej; et,'le
13 mai 1427, « pour pitié et miséricorde », il rend Mario;t « habile
à recevoir les successions » que son père n'aurait pu recevoir (4).
Mais les complices des Penthièvre restés en Bretagne, com-
ment ont-ils été frappés par le duc : « Voici ce que nous en
pouvons dire : outre Guillaume de Goudetin, auquel je viendrai
tout à l'heure, je ne trouve que deux gentilshommes bretons
punis.
(1) Déposition d'Alain TaiUart. Morioa, Pr. II, 1001.
(2) l\ Teut dire seigneur de Buhen, Actes de Jean V, no 1484, t. ti, p. 63.
(3) Même acte.
(4) Actes de Jean V, n« 1738, p. 204. — Le duc à cause des dispositions qu'il
a faites met à cette réhabilitation quelques conditions qui semblent 8*être ac-
complies au profit de Mariot.
La familU de Rufflay était largement possessionnée en Plourhan (aujourd'hai
commune du canton d*fitables, arrondissement de Saint-Briene). Ogée j
montre^ au commencement du XV* si^le, Jean, Pierre, Jeanne, possesseurs do
trois seigneuries, et enfin il nomme h Buhen à Marie du Huffiaj ». Cette Marie
est-elle Mariot nommée dans Pacte de Jean V ? Je lis ailleurs (Courcy, IH, p. 9t,
T* Rufffay) : « La branche de Buhen fondue dans Rosmadec-Goarlot. • Et au
mot Rosmadeo-Goarlot^ p. 74, on lit « Ch&telain de Buhen, 1632 ».
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J
ATTENTATS DES PENTHIEVRE J27
Le premier est Jean Uaudin, sire de Marligné-Ferchaud ; il
était le « demeurant (rhôte) et le commensal i> des Penthièvre
avant Tenlèvement du duc et il Test encore après. Le 24 sep-
tembre 1420, le duc déclare ses biens confisqués et en fait don à
Jean de la Chapelle, chevalier^ chambellan^ en ce moment
capitaine de Jugon (1). — Mais, peu après, Jean Qaudin était rentré
en grâce. En 1427, cheyalier, il ratifiait aux Etats le traité de
Troyes (2). En 1462; il était chargé de la défense des côtes de
Bretagne.
Le second, Maurice de Plusquellec, était fils d* Alain, chambel-
an du duc. ^ Gomme Jean Oaudin; il fut commensal des Pen-
thièvre; il les suivit en exil en Âunis et ailleurs. — Il paraît
d'autant plus répréhensible qu'il avait été, en 1419 et 1420, de la
maison de Richard, et que son père était des seigneurs ligués
contre les Penthièvre. Le 30 octobre 1423^ le duc saisit les biens
qu'il avait hérités de sa mère et en disposa. Mais le comte de
Richement intervient ; il obtient « la rémission » ; le duc retire
sa première décision» il veut bien attribuer cette intimité com-
promettante à « légèreté et jeunesse » (27 mai 1425) (3).
Mais on va dire :
« Voilà des jeunes gens amis des Penthièvre continuant après
l'attentat de ceux-ci des relations qui peuvent déplaire au duc »
mais ne lui portent pas grand préjudice. C'est une imprudence,
une inconvenance, soit. Cette faute est punie de confiscation. En
regard, voilà des seigneurs tenus sous serment au devoir de
guerre. La duchesse les appelle au secours « pour le recouvre-
ment du duc » ; eux* tournant le dos, s'enferment dans les
places des Penthièvre pour les défendre. C'est une rébellion ! Le
duc fut sévère pour l'imprudence, de quelles peines ne frappera-
t-il pas les seigneurs et chevaliers rebelles 1 »
Examinons. — Les historiens nomment seulement quatre
(l>Morioc, Pr.U, lOit.
(l) Morioe. JPr. II. 1200. Couifon de Kerdellêch. I. p. S79 et, IL p. 400. — Ajoutons
que eette disgrâce passagère ne nuisit pas à son flls Péan ou Payen Oaudin,
eomm^ lui seigneur de MartignA. Chambellan (1414), il devint, en 1410, grand
maître de Talrtîllerie de Bretagne, et il avait le titre de capitaine de Jugon :
•n 1470, il fut accusé d'intrigues avec la France où il avait accepté la charge de
grand maître de rartillerie, et François II lui enleva toutes ses charges. Gouffon I,
p. 497 et 488.
(3) Couflon. I, p. S38 et II, p. 361-362. Actes de Jean F, h"» IMî et 1627. Ifo*
ricê, Pr, II, I67î-7t*
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128 REVUE DE BRETAGNE
places assiégées par Tarmée ducale : savoir : Guingamp et Lam-
balle, les deux principales villes de Tapanage de Penthièvre ;
Broons^ qui ne fat jamais du Penthièvre, mais qui apparte-
nait à Marguerite de Glisson (1), enfin Jugon qui n'était pas aux
Penthièvre -mais qui a été surpris par leurs « adhérents » et
dont la garnison tenait contre Tarmée ducale (2). A cette liste,
il faut ajouter Glisson. Cette place» héritage de Glisson, avait
été saisie et confisquée. Le duc chargea son frère Richard d'exer-
cer la confiscation : la place résista et il fallut un siège.
Nous n*avons aucun renseignement sur les redditions de Lam-
balle, Broons et Jugon ; nous ne pouvons en parler ; mais quelle
apparence que les défenseurs et les bourgeois de ces trois places
aient eu à subir des conditions plus dures que les défenseurs de
Guingamp et de Glisson ? Or nous avons dit que défenseurs et
bourgeois de Guingamp obtinrent la liberté de leurs personnes
et la possession de leurs biens, un seul excepté : Guillaume de
Goiidelin. De môme en est-il à Glisson : la place résiste, et, après
plusieurs jours de siège, Richard, sûr d'avance de l'assentiment
de son frère, offre à tous « leurs vies et biens saufs, meubles
et héritages. » Et le duc, le parlement général tenant encore à
Vannes, approuve ces conditions, et « remet et pardonne tout
et à tous » (5 octobre 1420). Et pourtant quels reproches le duc
peut faire aux gentils hommes assiégés dans le château ! « Ils se
sont armés contre nous, dit-il, n'ont voulu obéir au mandement
de s'armer pour le recouvrement de notre personne,mai8 au con-
traire se sont faits rebelles contre nous (3). »
Du moins, me dira-t-on, l'exécution de Guillaume de Goudelin,
(1) Brooni avait passé du connétable du Quesclin h son frère Olivier et de celui-
ci, par un acte non publié, apparemment une vente, il passa à Glisson ; plus
tard il fut compris dans le tiers de sa succession attribué à Marguerite. Morice,
iViH, 77. •
(2) La liste n*est pas complète. J*j ajoute le château de Chàtelaudren (entre
Saint-Brieuc et Guingamp) chef-lieu du Goello. — Ce siège très certain est men-
tionné deux fois aux actes de Jean V«(N* 144t et 1696) — (10 juin 1426). « Franchise
de fouage pour Guillemot Quiniode Saint-Brieuc en récompense de ses services et
dépens aux sièges de Chàtelaudren et Châteauceaux. a
Le château de Chàtelaudren fut démantelé, selon la prédiction de saint Vincent
Ferrier. En 1417, il passait au pied du château avec Tànequi portait ses livres et son
pauvre bagage. Les soldats de la garnison se moquèrent de son âne ; il leur pré-
dit que dans peu les brebis et les ânes paîtraient sur les ruines du château*..
Albert Le Grand. Vie de saint Vincent p. ^2«.
(3} Morice, Pr. Il, 1049. Siège et prise de Clisson avec amnistie,^.
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ATTENTATS DES PENTHIÈVRÊ 129
avec OU sans arrôt de justice, est bien certaine! C'est lui que
l'auteur de Goudelin nous a montré sous le nom de Guillaume
de Coetmen, frappé par la main du (boarreau « dans la grande
allée de Portz-Treveznou », et pleuré par sa femme Marie de Gou-
delin (lisez de Tréveznou).
Eh bien 1 non. Cette tradition — plus jeune, je crois, qu'on ne
s'imagine — mais plusieurs fois rééditée — elle est mensongère !
En 1420, Guillaume de Goudelin n*a été ni mis à mort ni même
dépossédé de ses seigneuries. L'auteur de Goudelin lui-môme
nous a montré Guillaume de Goudelin vivant tranquille en son
château et rebelle au duc Jean V. Mais Tauteur a daté cette ré-
bellion du mois de janvier i420,^yani Tenlèvement du 13 février;
or cette rébellion nouvelle est postérieure de plus de deux années,
comme nous allons voir.
Mais voici la vérité attestée par un acte authentique signé du
duc Jean V ; laissons-lui la parole :
« Comme Messire Guillaume Goudelin nostre subgit soit fauc-
tour, sequance, complice, et adhéré de nos adversaires de Bloys,
en commectant crime de lesse majesté, trayson et ingratitude
envers nous, pour lequel crime il a esté condempné par nostre
justice qu'il doit souffrir pugnition corporelley ses hoirs privés
de sa subcession, et ses meubles et héritages à nous confisquez
et acquis, et en pouvons disposer ainsi que bon nous semble (1) ».
Et le duc dispose de ces biens ^ le 26 juin 1422.
Guillaume de Goudelin a été condamné, dit le duc,« à punition
corporelle ». Par ces mots devons-nous entendre condamné à
DQOrt ? Comparons les termes employés par le duc avec ceux
de Tarrêt de défaut rendu contre les Penthièvre. a Ils doivent
ôfre punis capitalement comme d'avoir les tôtes coupées, etc ».
Ces expressions si différentes peuvent-elles être prises au
môme sens? Non.
Ainsi Guillaume de Goudelin a été condamné, pour trahison, à
une peine d'emprisonnement. A quelle date et en quelles circons-
tances a-l-il commis ce crime? Assurément en 1420 et pour son
obstination à ne pas accepter les termes de la capitulation de
Guingamp.
Mais, depuis ce temps, le duc a laissé Goudelin libre et n'a pas
fais la main sur ses biens. Seulement la peine de la confiscation
(1) Acte* d€ Jean F, N» 1511, t. vi, p. 88-89.
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130 RBYUfi DE BRfiTAOME
subsistOf Goudelin 4i'a qu'une possession préoaire ; ses biens
sont toujours à la disposition du duc et fui sont un gage de la
fidélité douteuse de Goudelin.
Le duo croit ainsi maintenir « son sujet » dans le devoir. Il
se trompe : nous allons voir Goudelin prendra de nouyeau parti
contre le duc et accueillir Jean de Penthièvre» sire de Laigle»
entré en Bretagne pour mettre le duc à mort*
Conclusion : En 1420, seul des complices des Penthièvre Guil-
laume de Goudelin a été condamné à une peine corporelle ; et
cette peine fut un emprisonnement dont le duc lui fit remise.
(A suivre).
J. Trévédy.
Ancien président du tribunal de Quimper.
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS
IX
Estât bt Grand du GoMTi de Gombour ou étindub di la
8BIGNBUR1S DB GOMBOUR, DOMAINES BT FIEFS BN DÉPENDANT (2).
Avant 1575 Gombour n'était que baronnie et cette seigneurie
extraite du régaire de Dol a été constituée par la donation de
l'Ârchevôque Ouinguené à son frère Rivallon.
Elle comprenait une longue bande de territoire s'étendant du
N.-B. au S.-O. de l'embouchure du Gouôsnon à Textrémité méri*
dionale des paroisses de Dingé et de Québriac.
Bornée au nord par la mer, à l'est par la seigneurie d'Aubigné
et la baronnie de Fougères, au sud par les châtellenies d'Hédé et
de Tin)éniac, à l'ouest par le régaire de Dol et la seigneurie de
Gb&teauoeuf.
Par suite de son origine, la baronnie de Gombour avait conservé
certains droits dans l'intérieur du régaire de Dol. Une chatellenie,
les flefs de Godeheust en Ros-sur-Gouesnon extraits de la baron-
nie de Fougères, relevait aussi d0 Gombour en juveignerie.
Ce nom de Godeheust n'est que la forme vulgaire de Gode hil«
dis ou Godehilde, nom de femme. Il vient sans doute de ce que ce
flef avait jadis formé la dot de quelque fille de Fougères mariée à
un membre quelconque de la maison de Gombour, dont Théritage
avait fini par revenir à la branche ataée et s'était joint ainsi à la
seigneurie de Gombour.
Ogéedit que « la juridiction de Gombour est très considérable ;
elle s'étend en plus de trente paroisses dont les seigneurs vont
directement en appel à cette juridiction qui ressortit nuement au
(1) Voir \si Revue d'août 1908.
{1] Tout ceci est extrait <l*un article fort intéressant sur la baronnie de Gombour
publié par A. d« la Borderie dans le Bulletin dd la Sûoiété d*Arehéologie 1862.
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132 REVUE DE BRETAGNE
présîdiâl de Rennes. » Ceci n'est vrai qu'en parlie^ la juridiction
de Gombour ne s'étendait pas sur la totalité de ses paroisses.
La déclaration suivante est extraite de l'Etat et Grand du Gom^é
de Gonbour, appartenant à M^"* le marquis de Gouesquen, entre
Rennes et Saint-Malo.
« Ce comté relève prochement du Roy à foi hommage et sans rachapt
et a les mesmes priviilèges que le comté de Dol et l'ancienne baronnie
de Fougères de laquelle sont plusieurs âefis possédés en juvaignerie
par le seigneur de Combour.
i< Tous les flefis qui en dépendent ont droit de haulte, basse et
moyenne justice.
u Le seigneur de Combonrg est fondateur des abbayes de la Vieuvillet
du TroDchet et du prieuré de la Salncte Trinité de Combourg, dotateur
bienfaiteur es prééminences des abbayes du Mont Saint-Michel et de
plusieurs autres employées dans la requeste formelle dont M. de Coués-
quen a coppie ». c De plus, il est seigneur fondateur de la paroisse du
dit Combourg et fondateur supérieur de plusieurs aultres scittuées
dans Testendue du dict comté de Combourg aussy certées et spéoiffîées
dans la dicte requeste.
Les chapelles de la Magdeleine et de Thôpital du dit Combourg sont
dans la présentation du seigneur de Combourg. > [Voir aux pièces
justificativei).
Le nombre des paroisses où Gombour avait des droits quel-
conques s'élève au chiffre de trente-quatre,
Les droits les plus importants étaient dans les seize paroisses
suivantes :
Combourg, Lanhélen, Trémeheuc, Saint-Léger, Lanrigan,
Québriac, Lourmaie, Saint-Marcân, Cendres, Ros-sur-Couesnon,
Pleine-Fougère, La Boussac, Cuguen, Meillac, Dingé, Trans.
La baronnie de Fougères avait quelques fiefs en Gendres, Ros
et Pleine-Fougère; révoque de Dol tenait un fief de Landal,
une partie de Cuguen et de Meillac; la moitié environ de Dingé
relevait de la seigneurie d'Aubigné. Quant à Trans, qui relevait
tout entière du Roi au XVIP siècle, elle avait dû relever de Com-
bour à l'origine, car le seigneur de Trans et de la Chesnelaie de-
vait encore à cette époque au comte de Combour une rente an-
nuelle de dix sols ; de plus d'après Taveu de 1580 le sire de Com-
bour a droit « d'avoir et de maintenir en l'église de Trans ses
armes et armoiries tant aux vitres qu'en peinture aux lieux les
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SEIGiNEURS DE COMBOUR ET LEURS ALLIANCES
Maison dg Ghatbaubriand
1-9 Jovr o^y yin.
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134 REVUE DE BRETAGNE
plus éminents de ladite église quels sont armoyés des armes
de ladite comté de Gombour.
Combour possédait des mouvances en Plerguer, Vieuxvieil,
So^geal, Saint-Ouen-la-Rouerie, Basouge-la-Pérouse, Noyal-
sous-Basouge, Epiniac, Bonnemain, Baguer*Pican^ Baguer*
Morvan, Saint-Broladre, Cherrueix, Mont-Dol, Dol et Tabbaye
sous DoL
Gombour avait du domaine proche :
En Gombour : le château^ la prairie de Tangevine où se tient sa
fameuse foire qui dure deux ou trois jours, l'auditoire, les pri-
sons, halles, four à ban, les haies et garennes où étaient ancien-
nement levée la justice patibulaire à quatre piliei^ dudit comté,
où sont deux emplacements Ton d'un moulin à vent, Tautre
d'un moulin à draps appelé le moulin Madame qui est situé au
nord un peu au-dessus de la ville.
Au XII^ siècle, le gibet seigneurial fut transféré dans les landes
de Rochefort en Tréméheuc.
En Ros-sur-Couesnon : le manoir et vieil emplacement du
chftteau de Qaugray et les fameux fiefs de Godeheust.
En Cuguen : la seigneurie du Ple^sis-Epine.
En Dingé : la forêt de Tanouarn et le bois taillis des Champs
Roger qui touchait Tétang de Boulet dépendant de la seigneurie
d'Aubigné.
Tanouarn contenait en 1682 cinq à six mille journaux de terre.
En Saint-Marcan : la métairie de la Gourtepierre. La lande de
Rochefort et des Sept pierres en Tréméheuc; la lande Basse» la
lande de Téblen et de Nivée en Lourmaie, les landes de Lan-
dehuan en Saint-Léger, etc.
D'après la déclaration de 1682, Gombour avait quatre cent-qua-
rante mouvances nobles, c'est-à-oire quatre cent-quarante flefs
nobles relevant d'elles ; il y en avait plus de cent quatre-vingt-
dix en Gombour môme :
Les flefs de Lymouellan comprenant les landes de Tréméheuc
et de Lourmaie, dont il vient d'ôtre question.
La seigneurie de Vauluisant, la maison de Ghasteaulx-Saint-
Mahé où les ruines croulantes d'une vieille tour indiquent en-
core qu'il y eut autrefois un château, Pont-larron, Riniac, village
où l'on ne voit que roches granitiques.
La Bouyère et le Vieux-Ghastel, les terres du Rouvre, du Val,
de la Perrosselais et Triendin, le manoir de Tremaudan duquel
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C0MB09R ET SES SEIGNEURS 135
Chateaubriand a dit qu'il n*atteste sa noblesse que par un co-
lombier qui existe encore.
Littré, la Bouessière, le Chesnot, Haute-Touche où fut jadis un
petit manoir aujourd'hui complètement disparu, la Noë, Rouil-
louy la Boulais, etc.
Plus de vingt mouvances nobles en Ro8-sur*Gouesnon» une
trentaine en Saint-Marcan et en Peine-Fougère» parmi lesquels
la maison et terre de Montlouet.
^ En la Boussac : la chfttellenie de Landal, c'était la plus impor-
tante des seigneuries relevant de Combour, elle avait des do-
maines en dix*huit paroisses.
Le père du Paz en donne la description tel qu'il était de son
temps« mais on ne trouve plus aujourd'hui du château décrit par
du Paz au XVII'' siècle que quelques ruines imposantes. Il a été
reconstruit dans le goût douteux de 1830, bien postérieurement
à cette époque pourtant, c'est un gothique de mauvais aloi, res-
semblant, m'a dit une personne de goût, à un mauvais gâteau de
Savoie.
« Ce cb&teau, dit du Paz, est fortifié de cinq belles et fortes tours et
basse court, et comme la moitié environ circuit de bonnes et grandes
douves, et de Tautre partie y a grand estang qui fait closture au dit
chasteau de manière que sans bateau il est impossible d*en approcher (l).
« Il passait, dit Ogée, pour une place importante sous les Ducs, il y
avait un capitaine, un lieutenant et une forte garnison. Cette place ser-
vait comme de frontière pour la défense et la conservation du pays du
côté de la Normandie et à empêcher les ennemis de courir et piller le
pays Délais ».
Cette seigneurie qui adroit de haute, moyenne et basse jus-
tice, dépend partie du régaire de bol et partie du comté de
Combour.
On y remarque la chastellenie de la Claye, le manoir et terre
du Domaine^ la Touche aux Jullons et la Villarmois.
En Cuguen : la Roche-Montbourcher, il reste encore une par-
tie de donjon en ruine.
En Lourmais : la terre et seigneurie de Trémigon et le flef de
la Licouaizière.
Eq Lanhelen : le Boishue, ruines d'un vieux manoir avec tour
en cul de lampe ; le Cobac, etc.
(1) Du Paz, p. 456, 457.
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186 REVUE DE BRETAGNE
En Meillac : la Massue et le Boulhart.
' En Tréméheuc : la seigneurie du Chastaignier érigée en ban-
nière par le duc Jean V, en 1433.
En Saint-Léger : la seigneurie de la rivière Saint-Léger, le
Bourgneuf, etc.
' En Lanrigan : le château de Lanrigan, ravissante construction
de la fin du XV« siècle*
En Dingé : le Plessis au Chat, le Bois Gautier, Bougetin, etc.
En Québriac : le château et seigneurie de Québriac et la Qro-'
millaie.
En Noyal-sous-Basouge : la seigneurie du Quartier et celle de
Beauvais.
En Bonnemain : la Guihommeraie et la Ghèze, etc.
Dans TEtat et Grand du Comté de Gombourg, dont tious avons
déjà cité une partie, et qui paraît avoir été dressé vers 1698 du
temps du Malo-Auguste, marquis de Goetquen, comte de Gom-
bour, on trouve une curieuse description et évaluation des revenus
de Combour :
Le cbasteau, le jardin, les bois taillis^ le coulombipr, le parc et le mail
se réservent.
Le bouteillage vaut 150 livres, sept deniers par fonds 90 livres, les
amendes 300 livres, les assents de Tanouarn 400 livres.
La capitainerye du chasteau de Gombourg dont jouist M. Dolnville
vaut mille livres.
La grande prée de Gombourg n*a point esté affermée et les foins s'en
vendent ordinairement à plusieurs particjiUiers par journaux ou
aultres quantittés au plus offrant. Les ventes en ont quelquefois
produit quattre cent quattre vingt dix livres quinze sols^ sans compter
la provision du chasteau.
Le greffe civil et criminel du comté de Gombourg, affermé au sieur
du Gué Louys sept cent soixante quinze livres par an.
Le droict de coustumes trépas et estaliages, les fours à ban. les
drpicts de pelisse sur les bouchers de Dol et les halles du dictGombour,
affermés à Martin Dureau la somme de quinze cents livres.
Le moulin à eau soubs Testang à une roue affermé à Olivier Prioul
la somme de quatorze cents livres sans réparations. Le grand estangdu
chasteau vault par an la somme de cent livres.
La seigneurie de Malestroit a Dol despendante dudit comté de Gom*
bourg, ûeffs de ôaugray et de Godeheu avecq les grains de Villechérel
en revenus certains, greffe du dit Malestroit et casuels affermés en
général au sieur de Saileverte la somme de quinze cents livres.
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS
137
SEIGNEURS DE COMBOUR ET LEURS ALLIANCES
Maison de Chateaubriand
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^
138 REVUE DE BRETAGNE
La seigneurie du Plessiz-Lespiane, estangs, moulin et casuels
afiermés à Maistre Thomas Garnier sieur de la Corbinnière trois cent
soixante livres.
La coustume de Vlllechérel dan? la paroisse de Pleinefougères et
aultres lieux affermée cent yingt livres.
Baillages
Le baillage de la ville de Gombourg monte par argent à quarante^cinq
livres trois sols. ^
Selx chapons suivant l'apprecy de 1698 fait au mois de Janvier la
somme de trois livres.
Quattres poullets suivant le dit apprécy douze sols.
Le baillage de Beauvais monte à la somme de dix livres unzes sols
en argent, deux bouesseaux de frommant et un demeau ou demy
bouexeau monte suivant le dit apprécy ^ la somme de vingt-six livres
cinq sols.
Quatre bouesseaux trois godets d'avoinne grosse suivant le dit ap-
précy font la somme de vingt-une livres cinq sols.
Deux cqrvées douzes sols.
Le fieff des hayes cent deux chappons et trois quarts de chappon sui-
vant l'apprecy font la somme de cinquante-une livres.
Dix poullets aussy suivant Tapprécy trante sols.
Le grand et petit baillage de Sainct-Léger monte par argent trente-
huict livres quattres sols quattres deniers, par rantes et gardes aman-
dables deux livres quattres sols trois deniers* Vingt bouexeaux six go-
dets et demy et un quart de godet de frommant suivant Tapprécy de
1698 fait au mois de janvier se montent à' la somme de deux cents dix
huict livres onzes sols cinq deniers.
Dix-neuff bouexeaux un godet et un tiers de godet d^avoine suivant
le dit apprecy.montant à la somme de quatre-vingt-quioases livres unzes
sols un denier.
Le fleff de Sainct-Thomas cents deux sols.
Le âefT du Moustier par argent vingt-deux livres neuff sols six deniers.
Gardes amandables trois sols neufT deniers, par frommant c^iq de-
meaux, suivant le dit apprécy vingt-six livres cinq sols.
Deux paires de gants, une livre dix sols, huict poulies suivant Tap-
precy quarante huict sols, et quattres corvées suivant le dit apprécy
vingt-quattres sols.
Le ûeff de la ville Bouteniguel monte en argent cents dix huict sois
sept deniers.
Deux bouexeaux d*avoinne suivant le dit apprécy dix livres. Une
poulie et cinq deniers G. à six sols six deniers*
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i
GOMBOUR ET SES SEIGNEURS i 139
Le fieff de Limoellan vaut bien de denier certain trois cent livrea.
Le fieff de Quelmô monte à ce qu*on dit par ar^nt sept livres six sois
huict deniers.
Le fiefi du jardin du grand bois doit quinzes sols huict deniers.
Le grand fieff du rolle de Dingô monte par argent trante six sols
quatre deniers six bouesseaux et demy, demy godet et deux tiers de
godet de froment suivant l'appreoy font soixante iiuict livres cinq sols.
Trois godets et demy d'avoinne suivant Tapprecy font la somme de
vingt neuff sols quattres deniers. La couppe des bois de Tenouart et
Boorlais dix-huit cents livres.
Les bois taillis de Bourgouet ceux d*As^érac, Lahaize, Champrofsr et
la Recouvrée affermés pour quinzes ans la somme de cinq mille livres
sur quoy payé jusquer en 1701 par chasque année cinq cents livres et
pour le parsurs la somme de deux cents livres par an.
Le marché s'est lait conformément à un ancien marché des mesmes
choses fait par feu M. de Couesquen.
L*afféagement de la lande Qautler sept livres dix sols. La pièce de la
Longrais doitestre affermée neuff livres.
Nota : Cette pièce a esté comprise dans le décret des biens du feu
sieur Baudouin adjugés au sieur Brûlant nonobstant la requeste affln
d'extraction présentée par le procureur fiscal de Combourg, il faut si
on est dans les dix ans du décret appeler de la sentence si c'est Tusage
en Bretaigne et chercher les pièces qui justifient comme cette pièce ap-
partient à la seigneurie.
Les gardes nobles par an la somqie de sans comprendre les
trois sols neuff deniers speciffiés en Tarticle du fieff du Moustier, et les
deux livres quattres sols trois deniers marqués en Farticle du baillage
de Saint-Léger.
Les arentements et estouble de Landehuan.
La lande de Reimbourg doit dix bouexeaux d^avoinne. Une pièce de
terre scittuée près le village du Poirier tombée en déshérance affermée
sept livres dix sols.
Une quantitté de pièce de, terre dans le grand clos du costé du
couchant scittuée au Que d'Onin et un petit courtil au Codel doit
cinq livres par an.
Une maison et masure au village de Couveloup^ le revenu en est
donné au concierge de la prison.
Les Iodes et vantes, espaves gallois, déshérances et aultres casuels.
L*on paye les ranteS au denier huict.
Le comté de Combourg a esté porté dans la maison de Couesquen par
le mariage de dame Philippe d'Assigné fille de haulte et puissante dame
Anne de Ifontejan, nièpce et unique hérittlère de hault et puissant Jan
de Montejan mareschal de France, avecq hault et puissant seigneur
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140 REVUE DE BRETAGNE
Jean de Gouesquen en 1553, lequel de Montejan par représentation de
ses mère et ayeulie des maisons de Derval et de Laval ou la maison de
Dol se trouva fondue essoit hérittier des seigneurs Guillaume et
Hardouin. Comptes des villes et comptés de Dol et de Combourg.
L*aisnée hérittière de la maison d'Assigné et de Montejan espousa le
premier mareschal de Brissac.
11 est deub sur les revenus de Combourg et se paye ordinnairement
sur le poix de la ferme du greffe la somme de SOOff de rante hypoti-
quaire monnois forte vallant trois cents soixante livres à M. de Berin-
gain qui les a acquise avecq Madame la marquise d'Asserac.
De plus il est deub aux religieux de Montfort sur les mesmes revenus
de Combourg et se paye ordinnairement des deniers provenants de la
ferme des halles six minnes de fromment mesure de Combourg à
Tapprécy.
Le reçu suivant prouve que cette redevance était payée aux
moines de Montfort.
Dernier décembre 1682,
Soubz signé reconnois avoir esté payé du nombre de seiz mynes de
fourment rouge mesure de Combour me deubs par chacun an, à raison
de Tabbaye de Saint- Jacques près Montfort, sur la seigneurie du dit
Gombopr et du dit nombre de seix mynes fourment prédite mesure,
j'en quicte le seigneur de la dicte seigneurie pour Tan et terme de
Nouel dernier ; faict le dernier jour de décembre selon le retranchement
des dix jours faict par i'aUthorité de Notre Sainct Père et majesté
Roialle, en Tan mil cinq cent quatre vingt et deux, o réservation de
lan passé.
R. Olivier de Neufville abbé de Montfort.
(A suivre). Paul dk ^a Bigne.
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SAINT-MARS-LA-JAILLE
ET SES ANCIENS SEIGNEURS
AVANT-PROPOS
Fouillant, avec Tinsatiable curiosité du chercheur et l'inlassable pa-
tience de l'historien, les lointains les plus obscurs du passé, nous arons
interrogé tour-à-tour les traditions, les monuments, les documents et
les livres, pour y puiser, à grand'peine, les éléments de cette simple
notice. La voix de l'histoire, si prolixe parfois, est presque muette en ce
qui concerne les origines et le passé de notre paroisse. Son ancien ch&-
teau-fort et les seigneurs qui s'y- sont succédé, ont laissé quelques
traces marquantes qui, seules, peuvent nous guider un peu dans la re-
constitution que nous avons entreprise, à Taide de documents bien
rares, hélas ! de Thistoire de notre région. Encore la forteresse a-t-elle
depuis longtemps disparu, à la suite des guerres de la Ligue, et la terre
de Saint-Mars-la-Jaille en recouvre à jamais les derniers vestiges. La
Révolution, à son tour, livrant aux flammes le nouveau château à
peine terminé, et en brûlant les archives ; la population presque entiè-
rement renouvelée, à plusieurs reprises, depuis un siècle ; tout semble
8'étre uni pour anéantir, en ces lieux, monuments, traditions, docu-
ments et souvenirs. Dans de telles conditions n'est-il pas téméraire,
Tbistorien d'occasion, qui, étranger au pays qu'il habite, et ne pouvant
compter que sur sa seule bonne volonté, entreprend aujourd'hui de
sauver de l'oubli les quelques débris du passé échappés, parmégarde, à
Taction destructive du temps et à la haine aveugle des hommes ?...
Cette t&che, cependant, noas a tentée, ce but nous a semblé assez utile
et assez élevé pour justifier notre travail et nos recherches. Aucun sou.
venir personnel, aucun lien de famille, il est vrai, ne nous attache spé-
cialement à ce pays, mais la Providence qui, Là- Haut, règle nos desti-
nées, nous y conduisit un jour et y marqua notre place pour les luttes
de l'existence. Cette terre nous fut, dès lors, douce et hospitalièl^e : elle
est devenue, depuis, notoe seconde patrie. Nous n'y sommes pas née,
Septembre /P^. //
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143 REVUE DE BRETAGNE
nous y mourrons peat-ôtre ; nous aimons les brayes gens que nous y
coudoyons chaque jour et notre sincère attachement pour Saint-Mars-
la-JaiUe s*ôtend à tout ce qui le touche : à son passé, à son présent, à
son avenir.
C*e^ dans cet esprit de patriotisme local, pure essence du patriotisme
national, que nous entreprenons ce petit travail. Nous le présentons
amicalement à nos concitoyens, en les conviant à y ctiercher, comme
nous, dans Tétude du passé, une salutaire diversion aux tristesses de
l'heure présente, une consolation et une espérance au ihilieu des préoc*
cupations et des inquiétudes qui, au moment où nous écrivons ces
lignes, étreignent si douloureusement tout cœur chrétien et français.
J. Baxtd&t.
Le i5 mai 1907.
l. ~ ORIGINES
Période préhistorique.
La bourgade que nous habitons s'est formée de quatre élé«
ments : une seigneurie, un prieurés une paroisse, puis une corn**
mune. Mais^ avant la création successive de ces quatre éléments,
dont Thistoire constate Texlstence, Il fut une période plus obscure
dans le passé de notre région.
Au début de notre travail, la première question qui se pré*
sente à notre esprit est cellë-ci : quels sont ceux qui, les pre-
miers, imprimant des pas humains sur notre sol encore vierge»
pénétrant l'ontibre épaisse de nos vastes forêts, y plantèrent les
primitifs Jalons de la civilisation ?....
Question complexe, s'il en fûtl insoluble au premier abord, en
tout cas difficile & résoudre. Cependant, s'il ne nous est pas donné
d'y répondre d'une façon entièrement satisfaisante, au moins
pouvons«nou8 affirmer, aveo certitude, que notre région était
habitée^ sinon peuplée, une disainede siècles avant Jésus-Christ^
à cette époque préhistorique désignée sous les noms dàge de
la pierre polie, période néolithique ou rohenausienne.
Nous avons, de ce fait, plus d'une preuve certaine et palpable.
Telles les haches de pierre trouvées dans notre sol, à différentes
reprises, par les cultivateurs de la paroisse. Nous-mâme, au
cours d'une simple promenade, (il est un dieu pour les archéO'-
logues) eûmes la bonne fortune de reoueillir une de ces haohes».
/
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SAINT-MARS-LA-JAILLB ET SES ANCIENS SEIGNEURS 143
en jadéiDe finement polie, au beau milieu d'un sentier rayiné par
l'orage, dans la forât de Saint-Mars. M. le comte de la Ferron-
nays déoouyrit, il y a quelques années, un instrument en pierre,
de la môme époque, sinon plus ancien encore» dont il est difficile
d'établir d'one façon certaine l'origine et la destination (i). Ces
instruments primitifs, caractéristiques de leur époque, appar-
tenaient aux Celtes, nos ancêtres, qui occupaient alors presque
aut le territoire de la Oaula. Leur présence ici est, en outre,
établie par les monuments mégalithiques de Preigné(2), de Mau-
musson, de Saint'Herblon, d'Ancenis (3), etc.
Ces dôimens, menhirs et peulvans, aujourd'hui relativement
rares dans notre région, y devaient être alors fort nombreux. Nul
n'ignore^ en effet, à combien de causes de destruction ont
échappé ces derniers vestiges de la période paléolithique 1 La
(i) Cette pierre, de forme allongée, éclatée sur deux fiices, polie sur les
deux autres par un fh>tiement prolongé, polissoir, aiguisoir ou arme, (ùt
trouvée par M. le comte de la Ferronnays, dans un chemin qui menait de
la route de Pannecé à la ferme du Mortier, et que le chemin de fer a coupé
près de Ville- Jolie. Ce chemin se trouve sur remplacement d'une voie ro-
maine, qui reliait Saint-Mars à Ancenis, et dont quelques vestiges ont été
reconnus. Il y a ^o ans, et sans doute davantage, qu'il est désigné sous le
nom de «c vieux chemin de Mésanger n.
Au dire d'archéologues qui ont examiné cette pierre, elle est d'un grès
qui proviendrait du bassin de la Somme. Ils en avaient conclu à Ternira-
tion de peuplades de cette région, qui, fixées dans la nôtre, et n*y trouvant
pas les matériaux auxquelles elles étaient accoutumées pour la confecUon
de leurs outils et de leurs armes, taillaient et retaillaient, Jusqu'à usure
complète, ceux qu'elles avalent apportés.
{Note communiquée par M. delà Ferronays),
(2) Autrefois Prug niacus {lobo) (Arch. d'Anjou, t. ii, p. 3), puÏB Frugiacus
^iid3), Lobineau, p. 378 et Dom Morice^ p. 54?, t. i), Frigné (1660-1680)
(Begistres paroissiaux). Au nord-est de ce bourg, sur la rive droite de l'Erdre,
s'élèvent deux peulvans bien conservés,
(Célestia Port, Dictionnaire historique, géographique et biographique de
Maine-e^Loire, art. Freigné).
(3) « Le séjour des Gaulois à Ancenis et aux environs est marqué : par le
magnifique dolmen appelé la Fierre-Couverie ou CouvreUêre,.,, par rénorme
monolithe gisant dans les douves du marais de la Gréa, en Saint-Horblon ;
par le menhir qui se dresse près du château de Juigné ; par les pierres de-
bout qui existaient dans le clos de TEtranglard, en Saintûéréon... »
(Maillard, Hi$toire d'Àncenis et de ses Barons, p. 6 du supplément).
La pierre du Bernardeau, près d' Ancenis, a une longueur de 2 mètres, et
celle de Juigné est un menhir informe de s m. 4o de hauteur (Ibid.)^
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144 REVUE DB BRETAGNE
haine des conquérants romains pour les traditions d'an peuple
difUcilement et incomplètement soumis, en fitannéantir un grand
nombre ; puis beaucoup d'autres disparurent, en vertus des or-
donnances de Gharlemagne, enjoignant à ses sujets de détruire,
sur toute l'étendue de son empire, les monuments dits druidiqueSy
vestiges, encore vénérés, du paganisme de leurs ancêtres I Enfin,
récemment encore, Tinconscient marteau du casseur de pierres
pulvérisait, pour l'entretien de nos routes nationales, ces masfsifs
blocs qui avaient contemplé tant de siècles !
Car c'est de temps vraiment fort reculés que nous parlent ces
vieux témoins du passé ! Notre plume d'historien éprouve môme
une satisfaction de dUletante à vous entretenir, grâce à eux, chers
lecteurs, d'ancêtres qui vous précédèrent, en ces lieux, il y a....
seulement^ une trentaine de^ siècles 1
De môme il nous est agréable et aisé, d'après les données scien-
tifiques, d'après la conflguration' topographiqùe et géologique
de notre soi, de vous dépeindre, assez fidèlement, l'aspect de
notre pays à cette lointaine époque.
En ce temps-là, comme aujourd'hui, l'Erdre, {Herda ou Berdis)
notre riante rivière, coulait paisiblement dans sa large et ver-
doyante vallée. Mais il est scientifiquement certain que ses flots
étaient plus abondants, et sans douter plus rapides, que de nos
jours, car, si les terres ont tendance à élever leur niveau de
siècle en siècle (1), par contre les fleuves et les rivières, de môme
que les marais, les lacs et étangs, diminuent, d'année en année,
d'étendue et de profondeur. Il en fut évidemment ainsi de l'Erdre,
qui, peut-ôtre jadis, fut, dans notre quartier, aussi navigable
qu'elle l'est aujourd'hui plus près de son embouchure (2).
(t) C'est pour cela que tous les monuments antiques, d*abord constmiis
au niveau du sol, se trouvent, au bout de quelques siècles, en contre-bas
de celui-ci. C'est pour cela encore que les cités de Tantiquité sont si profon.
dément ensevelies sous terre, et que l'on y découvre parfois plusieurs cités
superposées par rang d'Âge, les unes ayant été construites par dessus • les
autres, racontant leur histoire, comme les couches géologiques d'un terrain
redisent ceUe de la formation du sol.
(a) Nous verrons plus loin que. dans les chartes des XI® et Xll" siècles, il
est question des péages de Saint-Mars. Or, bien que, plus tard, ce droit dlm-
position ait été appliqué aux marchandises passant sur les ponts et les che-
mins, il fût, surtout à l'origine, exercé plus spécialement à l'égard des
transports de marchandises par eau. Il est vrai d*ajouter, qu'au moyen-âge.
1^ chemins de terre n'étalent que des voies secondaires, dont on n'usait qu'à
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SAINT-MARS-LA-JAILLE ET SES ANCIENS SEIGNEURS 145
Son cours sinueux, dont le dessin a changé considérablement
depuis lors, couvrait, sur une grande largeur, le fond de la vallée
actuelle.
L'emplacement de notre bourg était un vaste marais, vaseux,
inabordable, encombré de joncs énormes» de roseaux gigan-
tesques, et autres plantes aquatiques d'une grande puissance de
végétation. Sur les coteaux qui nous environnent verdoyaient
d'épaisses forôts, de chênes principalement servant, ainsi que le
marais, de refuge à une foule d'animaux nuisibles, contre les-
quels l'homme se défendait à grand'peine. Nos bois actuels sont
les derniers lambeaux de l'antique forôt d'Ancenis, qui couvrait,
à l'époque préhistorique, presque tout le pays que TErdre
épargnait en ses débordements, sauf quelques terrains rocailleux
et stériles où ne poussaient que des ajoncs et des ronces.
Sur les rivages de l'Erdre, dans les prés qui bordent la rivière,
on a découvert, à plusieurs reprises, profondément enfouies, sous
des couches alluvieones de deux mètres cinquante à trois mètres
d'épaisseur, de fortes pièces de bois de châne> noircies par Veau,
et parle temps, et des pieux de même bois, plantés & distances
régulières, verticalement et solidement enfoncés dans les sables
el l'argile, abondante en cet endroit, à trois mètres environ de
profondeur (1). '
Si nous ne craignions, par cette supposition, de nous engager
trop légèrement dans le champ hasardeux de l'hypothèse, nous
nous demanderions si nos ancêtres préhistoriques n'auraient
pas établi, en cet endroit, dans les anciens marais de l'Erdre,
quelques-unes de ces habitations lacustres oti les hommes d'au-
trefois cherchèrent un sûr abri, pour eux et leurs troupeaux,
contre les atteintes des animaux nuisibles?... « Les Gaulois —
dit M. Maître — aimaient les endroits bas, marécageux; ils y
b&tissaient volontiers leurs demeures (2).
En dehors de cette supposition, peu probante, nous en conve-
défiiut de cours d*eau. Ceux-ci étaient les grandes voies commerciales et
marchandes.
Voir à ce sujet Dom Morice, tome i, col. 488 : « Péage, Pedagium. Tribut
qui se paie sur les vaisseaux qui abordent dans les ports de mer ou sur les
marchandises qai se transportent par eau. »
(i) Communication de M. Blandeau, briquetier à Saint-Mars-la-Jaille, à
qui nous en exprimons notre reconnaissance.
(a) Léon Maître, Let ViUet disparues de la Loire-Inférieurs.
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i46 REVUE DE BRETAGNE
noos, ii y a Heu de croire que, dans ces temps lointains, il n'exis-
tait point, chQZ nous, d^agglomération propreihent dite, mai^,
çà et là, quelques groupes d'habitations disséminés dans la
campagne.
Parmi les traces laissées dans notre pays par ses premiers
habitants, mentionnons encore a upe butte de terre fort haute,
appelée Butte du Trésor^ sur laquelle se trouvent des vestiges
de retranchements qui continuent sans interruption depuis les
environs de Nozay jusqu'à Saint<«Mars-*la*Jaille, ce qui fait une
étendue de 7 lieues (1). Cette description, faite par Ogée, répon-
drait assez bien à celle que nous a donnée récemment Térudit
auteur du Dictionnaire topographique de la Loire^Infériêure des
matdelles ou ehàtelliers gaulois, qui sont, dit-il, « des éminences
artificielles au sommet desquelles étaient construites des cabanes
gauloises... Ces ehàtelliers sont nombreux. Ils sont situés prin-
cipalement dans les arrondissements deOhâteaubriant, de Nantes
et d'Ânoenis. Ils forment des agglomérations s'étendant, le plus
souvent, sur une ligne fort longue, comme une suite de forte-
resses (2). »
Plusieurs de nos villages ont aussi conservé un nom d'origine
évidemment celtique, c'est ainsi que nous trouvons, près de
Saint-Mars, Carbouchet dont le nom primitif fut, croyons^nous,
Ker^Boulc'hed, le village des boucs, Pen^poul (à tort écrit sur le
plan cadastral : Peigne^pouls) qui signifie la tâte de Tétang, et
désigne, en effet, une pièce de terre contiguë jadis à l'étang de
Tortrel ; les Dureaux^ de Dur ou Dour qui veut dire eau. Comnae
on le verra par la suite, il y a, dans la région, plusieurs noms
(i) Ogée, Dictionnaire historique et géographique de Bretagne, art. Kn-
verné, t. !•'.
(a) H. Quilgars, Dictionnaire typographique de la- Loire-Inférieure, page XV
de rintroduction Le nom des mardelles ne viendrait-il pas du mot celtique,
marz, qui signifie limite, frontière (pluriel marzou)^ et les mardelles ne se-
ralenties pas des Ugnes de démarcation établies par les Gaulois pour ae
séparer d'une peuplade voisine, ou protéger leurs clans contre les incursions
de leurs ennemis Les ehàtelliers seraient, en ce cas, des sortes de forteresses
de bois dressées sur les marz, ou mardelles, comme plus tard les cbâteaux-
forts protégèrent les pays de marches, M. Quilgars nous pardonnera cetta
interprétation. Is'ous ne nous expliquons guère des terrassements aussi im*
portants servant uniquement d'emplacements à quelque! cal^nei de bran-
chages, où demeuraient des familles gauloises.
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SAINT-MARS-U-JÀILLB BT SES ANCIENS SEIGNEURS 447
dans lesquels le français^ tradaotion du nom breton ou oeltiquet
a'est^ de la sorte, juxtaposé à celui-ci. Nous aurons l'occasion
d'y revenir au cours de notre travail.
Période de Poccapatlon romaine
(juolqae très rapproché des limites du pagus des Andegavis,
le pays que nous habitons faisait partie du pagus des Namnètes.
Gelui«ci comprenait encore, dans son territoire, à l'est de Saint-
Mars actuel, les terres qui composent actuellement les com*
munes de Vritz, de Candé, de la CornuaillC; et le territoire
existant à Touest d'une ligne droite qui serait tirée de la Cor-
nuaille & Ingrandes. Au sud de la Loire régnaient alors les
Pictons, dont lacapitalCt Ratiatum était^ croit-on, la ville actuelle
de Rezé.
A dater de la conquête romaine, le pays qui nous occupe fait
partie de la III* Lyonnaise^ et, au point de vue militaire, de la
première cohorte de la Légion armoricaine nouvelle (Cohoriis
primas novae Armoricoê) commandée par un tribun.
Aucun monument datant de la domination romaine n'a été, à
notre connaissance, relevé sur le territoire même de la com-
mune de Saint-Mars, où, d'ailleurs, il n'a point été opéré de.
fouilles à cet effet. Toutefois on sait que les conquérants romains
ont occupé notre pays ; les traces les plus évidentes de leur
habitation en ces lieux sont ces grandes voies antiques, dont il
reste encore, ici, de nombreux vestiges, et dont deux se croisaient
à la Bourdinière, près de Panneoé. Gette dernière localité est
construite snr l'emplacement, ou dans le proche voisinage, d'une
station romaine dont on a retrouvé des vestiges non équivoques,
tels que : substructions, médailles, débris de poteries en terre
rouge, briques à rebord, monnaies de Gallien et pièces &
l'effigie de Salonine, femme de cet empereur (260 ap. J.-'G.)*
Les voies antiques qui se croisaient près de Pannecé étaient
celles de Béré à Ancenis et celle d'Angers à Nort et à Blain. Un
grand chemin romain, s'embrauchant sur ces voies, les reliait,
en passant à Saint-Mars, à celle d'Angers à Rennes, qui traversait
la ville de Gandé (t).
(i) Maillard, Hist, de la Baronnie (T Ancenis. Ogée, Dictionnaire de Bre-
tagne, Voir aussi la carie des voies romaines et grands ohemins de la baron-
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1^ RBVUE DE BRETAGNE
Selon nous, le nom même de Pannecé se rattacherait peut-être
à un souvenir de l'occupation romaine : pan^ pann, en celtique,
endroit^ pays, contrée, canton; ce, abréviatif de César : contrée.
canton de César, c'est-à-dire des romains, ce nom étant, par
extension, donné aux diverses créations des vainqueurs.
Il est permis de supposer que rétablissement romain de
Pannecé étendit son influence sur ses plus proches environs,
contribuant, pour beaucoup, à la civilisation du pays, aux progrès
de son agriculture. Plusieurs verreries et fonderies romaines
étaient établies aux alentours, alimentées paroles bois de la forêt
d'Ancenis, dont celle de Saint-Mars faisait alors partie.
Une tradition veut même qu'il y ait eu ici, à cette époque, un
temple de Mars^ ce qui, sans être prouvé, ne manque pas de
quelque vraisemblance (1).
Etablissement du Christianisme dans notre pays.
Le climat de la Chrétienté.
Comment la divine religion du Christ s'établit-elle dans notre
pays ? On sait que le premier epôtre du pays de Namnètes est
saint Clair qui, à la fin du III® siècle (2) fut le premier évoque de
Nantes et évangélisa la Bretagne de Nantes à Vannes, à Aennes
et jusqu'à Quimper («3). On ne peut parler des débuts de l'église
de Nantes sans évoquer le souvenir héroïque des deux jeunes
martyrs, saint Donatien et saint Rogatien (en 288-290) que le
peuple vénère encore sous le nom des Efifants Nantais, et sans
honorer également la mémoire de saint Similien qui construisit
la première cathédrale de Nantes (306 à 337). .
Ce fut sans doute par la Loire, grande artère des communica-
tioBs entre l'Océan et la Méditerranée, que saint Clair et ses
nie d'Ancenis dressée par M. Léon Maître et ÏHisL et Géogr. de la loire-Inf,
par Orieux et Vincent, qui signale également des monnaies romaines, fer de
lance, fragments de statuettes en terre cuite, petit bouc et génie ailé en
bronze, trouvés à Pannecé.
(i) Voir à ce sujet notre récente étude sur Les Origines du nom de Saint-
MarS'la-Jaille.
(a) On a même dit que saint Clair fut envoyé directement de Rome à
Nantes, dès la fin du I" siècle, ou au commencement du 1I«. Cela semble
peu probable.
(3) Travers, HisL de Nantes, 1. 1, p. ao.
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SAINT-MARS-LA-JAILLE ET SES ANCIENS SEIGNEURS 149
compagnons pénétrèlrent dans notre région pour y apporter les
lumières de la foi, et Ancenis ne dut pas tarder à les recevoir
pour les répandre aux alentours, a Le plus ancien doyenné de
fondation, dit Tabbé Grégoire, doit ôtre celai de la Chrétienté,
comprenant la baronnie d* Ancenis. Le nom attribué à cette partie
du diocèse vient probablement de ce fait môme qu'elle a été, dès
Torigine^ éclairée de la lumière du christianisme, alors que les
autres régions demeuraient encore dans les ténèbres du paga-
nisme » (1). Ce doyenné comprenait, jadis, les trente-deux pa-
roisses situées entre la Loire et l'Erdre ; il fut, par la suite, aug-
menté de celui de Ghâteaubriant. ce qui porte à soixante-quatorze
le nombre des cures dépendant du Climat de la Chrétie t é
Toutefois si, dans nos plus anciens documents écrits, il est >
question des églises de Gandé (2) dédiée à saint Denis, le Riaillé'
ou plutôt de la Poitevinière (Ecc, de Pictavineria) (3J, Je la Bour-
dinière-Pannecé (tforrfm^ia) de Bonnœuvre (4), de Preigné (5),
(i) Abbé Grégoire, Etal da Diocèse de Nantes en i790, p. la, i4.
(a) Condeiuniy io8o à 1096 (Cart. Saint-Nieolas, p. a5), charte par laquelle
Geoffroy, fils de Geoffroy Rorgon, fonde le prieuré de Saint-Nicolas et cons-
truit réglise de Saint-Denis à Gandé. Candiacus, logS (IX Lobineau,
p. i8a), etc.
(3) Cartalaire de Saint-Florent, 11 45. Une charte de 11 3a porte la donation
d'une terre de la Poitevinière à Téglise de Saint-Florent par un nommé
Daniel, qui tenait ce domaine et plusieurs autres biens de Vivien et de Fé-
vrier de Mars, avec confirmation du seigneur d*Ancenis. Ce Daniel se faisait
moine de Saint-Florent. RiaiUé est sous Le patronage de la Vierge et de
Saint-Sébastien.
(4) Bonovriam (loaÔ à 1061), Chronique de Saint-Florent (Dom Morice,
Pr. I, laa. Banouvrium, 107$ (Cart. de Saint-Florent), Banovrium, ii86(Ibid.).
La fondation de ce prieuré doit remonter aux environs de Tan 1000. La
chronique du monastère de Saint-Florent nous raconte qu'un chevalier,
nommé Symon, qui avait pris une part active au pillage de Tabbaye de
Saint- Florent, dans la lutte engagée entre Budic, comte de Nantes, et
Foulques, comte d'Anjou, s'empara notamment de 3o bœufis appartenant
aux moines. Mais, en punition de son forfait, il se vit soudain frappé de
cécité. Symon, saisi de repentir, répara sa faute et conféra de grands béné-
fices « aaa( moines de Saint-Florent ses voisins à Bonnœuvre, (Dom Morice,
pr. î, laa). Bonnœuvre est sous le vocable de saint Martin.
(5) Frugnacas, io5o {Arch. d Anjou, t. n, p. Z), Frugiacus, iia3 (Lobineau,
p. 378), Dom Morice, Pr. 547, Charte de Louis le Gros. Cette église est dédiée
à Saint Pierre.
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IftO RBVUE DE BRETAGNE
de Vritz (1), de Maumusson (2), de Pouîllé, nous ne découvrons
aucune mention d'un établissement religieux dans notre localité
avant le XII* siècle. Entre liT7 et 1192, Geoffroy de Beaumont
étant abbé de la Melleray, Olivier dé Vritz donnait à cette abbaye
deux sous de rente et la portion de dlme qui lui revenait à Saint»
Médard, plus un septier de froment sur un moulin qui êsi avatU
Véglise de SainUMédard » «... Dédit etiam unufn sextarium fru^
menti in molendino quodest ante ecelesiam Sancti Medardi.-» » (8).
Ce document porte la signature de Oaudin de Salnt^Mars (4).
Telle est la pièce authentique la plus ancienne que nous ayons
pu trouver, oh il soit fait mention d'un établissement religieux
dans notre localité. Cette pièce est inconnue aux Archives dépar*
tementales^ où il en existe une autre, de 1243, dont nous aurons
lieu de parler plus loin. Le patron de notre paroisse, et de Téglisa
primitive désignée dans cette charte, est saint Médard, évéque
de Noyon» dont le culte se répandit, croit-on, vers le VII* siècle
dans le comté nantais (5). A quelle date fut fondée notre église
(i) Verk, ii3o. Dom Housseau, v, i64i. Veriz, ia43, Arch. de la Loire^nJ.,
H. 75. Soua le vocable de saint Gervais et saint Protais, martyrs à Milan aous
Néron.
(a) Capella S. MichaelUde Malo Muçone, 110& (Soc. arch, de Nantes, XYI,
p. 75). Aujourd'hui sous rmvocation de saint Pierre.
(3) Arehivet de la Saulaie, communication de M. le marquis de l'Eape^
ronnière, à qui nous en exprimons notre gratitude, ainsi que de plusieurs
autres notes que nous devons également à sa bienveillance et au trésor d9
ses curieuses et précieuses archives. Ce moulin à eau devait être situé sur
le cours de TErdre. La rivière étant considérée, à cette époque, comme
unç voie de communication, en en suivant le cours, le moulin s'y trouvait
« avant d^arriver à Saint-Médard ou Saint-Mars » Le texte latin doit être
ainsi interprété.
(4) « Oaudimus de Sanetô Maarso ». Ce devait être le prieur de Saint-Mars,
et non un seigneur ainsi que nous l'avons cru d*abord.
(5) Saint Médard, évèque de Noyon et de Tournay. naquit à Salency^ en
457, Arére Jumeau, dit-on, de saint Gildard, évèque de Rouen, et mouru^
évêque de Tournay, en l'an 545. Ses reliques furent transportées à Soissens,
par les soins du roi Glotaire, qui, en leur honneur, construisit une superbe
basilique aux portes de cette ville. Ce riche sanctuaire, favorisé par les roH
mérovingiens, devint le noyau de la célèbre abbaye de Saint-Médard de
Soissons. Le culte de ce saint se propagea rapidement dans toute la France,
comme en témoigne le nombre considérable de paroisses, de monastèreB, et
de chapelles qui lui ont été consacrés et dont plusieurs portent le nom de
Saint-Mars.
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SAINT-MARS-LA-JAILLB £T SES ANCIENS SEIGNEURS 15t
de Saint-Médard ?... Nal document ne nous permet de la fixer
d'une façon absolue : oe ne fut, ni avant le VIII% ni après le
XII'' siècle, il est permis de supposer qae cette fondation fut con-
temporaine de celle de Téglise de Vritz, seigneurie de laquelle
relevait la terre de 8ainV>Mar8« ou plutôt de Mars, comme nous
le verrons tout à l'heure, c'est-à-dire du commencement du
XII* siècle.
Le plus ancien seigneur de Vrits que Ton connaisse est
Olivier I^, chevalier, qui fut présent à la fondation du prieuré de
Saint-Nicolas à Gandé, vers lOO&i par Qeffroy II Rorgon, seigneur
de Gandéi et dont le fils, ou l'un des descendants, Qérard, remit,
en 113S, son couteau à Brice, évêque de Nantes^ quand ce prélat
investit solennellement de l'église de Vritz, Robert, abbé de
Toussaint d'Angers. L'église de Vritz resta, par la suite, dans la
dépendance de cette abbaye, ainsi que celles de la Chapelle*
Glain, du Pin et de Rochementru, tandis que celle de Saint»
Médard, ou Saint- Mars, reconnut toujours pour présentateur de
la cure comme du prieuréi l'abbé de Saint-Nicolas d'Angers qui
continua également à conférer le prieuré et la cure de Candé.
L'abbaye de Saint-Nicolas d'Angers avait été fondée par Foulques
Nerra, comte d'Anjou, à la suite d'un voau fait par ce prince,
pendant une tempête, au cours d'un voyage à Jérusalem. Hubert,
évoque d'Angers, célébra la consécration de Téglise le 7 dé*
cembre 1020 et installa, en 1033^ dans le monastère, enfin ter-
miné, une colonie de moines de Marmoutiers. Le premier abbé
de Saint-Nicolas se nommait Baudry (1) (1033-1035). Le prieuM
de Saint-Mars dépandit de cette abbaye jusqu'à la Révolution (2).
Pourquoi notre paroisse s'appelle Saint-Mars
et non Salnt-Médard.
Il y a là un problème que nous avons voulu approfondir» sans
nous flatter, toutefois, d'en apporter ici une solution définitive.
M. de la Nicollière-Teijeiro a prétendu, à tort, que les paroisses
du pays nantais du nom de Saint-Mars, Saint-Mars de Coûtais,
(i) y. Leduc, BUL abb, Saint-If ioolat Compendium, Btbl. Nat. Fond Sainte
Germain. Mst. 583i. — ûom Housseau, t.xiii, etc.
(a) En i6a8, le prieur de Saint*Mar8-l«-JaiUe fait «yqu, i l'tbbé de 8alnt^
Nicolas d'Angers, pour le temporel de ce prieuré (Arch. de la Loirû^lnJ.).
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152 REVUE DE BRETAGNE
Saint-Mars-du-Désert et Saint-Mars-Ia-Jaille, eurent autrefois
pour patron un saint Mars, évéque de Nantes au VI* siècle, dont
il est question dans une vie de saint Melaine(l). L*abbé Tréveaux
partage cet avis, mais place l'existence de ce saint au IV® siècle.
Quant à M. Léon Maître, il voit, dans le nom de saint Mars, une
déformation du nom de saint Médard, déformation dont il
n'indique, ni Tépoque, ni la raison. Telles sont les deux circons-
tances que nous croyons avoir trouvées en étudiant attentivement
cette intéressante question.
La transformation du nom latin Medardus, en la dénomination
Mars^ est facile à expliquer, si Ton se reporte à Tépoque lointaine
où le latin populaire, importé en Gaule par les soldats de César,
céda peu & peu la place au bas-latin mérovingien, puis au roman,
langue vulgaire d'oti devait sortir, comme d'une impure chry-
salide, la langue française, noble et harmonieuse, l'un des plus
parfaits instruments de la pensée et de la parole humaines.
Parmi les lois qui ont présidé à la transformation des mots
latins eu mots romane, puis français, il en est une capitale : la loi
de persistance de Vaccent qui consiste dans le maintien, en ces
mots nouveaux, de l'accent tonique des mots latins^dont ils sont
sortis. Ajoutons à cette règle primordiale de la formation des
mots celles de la suppiression de Isr consonne médiate et de Fas-
sourdissement ou de la suppression de la finale atone, et dans ,
Medardus nous trouvons successivement : Meardus^ Mars, dont
la langue vulgaire des V® au VHP siècle fit Tunique traduction
populaire du nom latin Medardus (2).
Bien que ce titre de Sanctus Medardus ait toujours été attribué
à notre église, dans les documents latins, nous ne croyons pas
téméraire d'affirmer que, dès son origine, notre paroisse dut être
(i) En supposant la réalité de l'âxistence de ce saint Mars, fait des plus
problématiques, son culte eut ét^ local, ou tout au moins régional. Or, il
existe, en dehors du diocèse du Nantes, onze paroisses, au moins, portant le
nom de Saint-Mars ! L'une de ces paroisses est située en Seine-et-Marne. En
outre, la plupart de ces paroisses, comme celles de Tévèché de Nantes, sont
sous le vocable 4e saint Médard. Il y a tout lieu dé supposer que ce patron
fût donné, au plus grand nombre d'entre elles, dès Téppque de leur
fondation.
(a) Pour plus de détails voir notre Etude sur les origines du nom de Saint-
Mars-la- Jaille,
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SAINT-MARS-LA-JAILLE ET SES ANCIENS SEIGNEURS 153
désignée, parle peuple, sous le nom vulgaire de Saint-Marsy nom
que porte aujourd'hui notre localité.
Nous ne sommes pas d'ailleurs éloignée de voir, dans le choix
de ce patronage, un des nombreux exemples de la substitution
voulue, pax les premiers évangélisateurs chrétiens, du culte d'un
saint de la nouvelle religion à celui d'une divinité païenne. Il
nous parait établi, en effet, que notre territoire de Saint-Mars-
la-Jaille fut, à l'origine, la terre deilars, nom qui pouvait résulter
de trois circonstances :
1* Le territoire de notre canton, qui représente encore assez
bien celui du primitif fief, est situé à l'extrême limite de la Bre-
tagne et de l'Anjou, sur la lisière des antiques pagi Namnetensis
et Andegavertëis. Or, le mot frontière, lisière de province ou de
territoire, se traduit exactement, en langue celtique, par marz
d'où, sans doute, est venu le mot marche employé pour indiquer
la bande de terrain limitrophe d'une province, en vieux h^ut-
allemand, marcha. '
Z" La vallée de TErdre, où est situé Saint-Mars-la-Jaille, n'était
autrefois qu'un vaste marais, bordé de coteaux, alors seuls habi-
tables. Cette situation marécageuse s'indiquait en bas-latin par
mariscum, en langue germanique par marex^ marsh et en anglais
marsh. Or on sait que toutes ces langues, mélangées à celle de
nos ancêtres, les Celtes, contribuèrent à la formation du français.
3* Enfin, une tradition prétend qu'au temps de l'occupation
romaine notre localité, ou ses environs, possédaient un temple de
Mars. Une tradition, c'est peu de chose, nous en convenons, pour
qui cherche la certitude historique, cependant toute tradition
nacfuit, assurément, d'une vérité plus ou moins dénaturée par le
temps, comme touta fumée, répandue dans les airs, eut, pour
point de départ assuré un foyer quelconque, bien humble sou-
vent, mais, parfois singulièrement lumineux. Une tradition doit
ôtre respectée et peut entrer en ligne de compte non pour pré-
tendre établir une certitude historique, à laquelle elle ne saurait
servir de base, mais pour appuyer une hypothèse vraisemblable,
et à défaut de documentation écrite.
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164 REVUE DE BRETAGNE
II. — PERIODE FEODALE
C*est vers le X* siècle que l'usage des demeures fortifiées de-
vint général en Europe. Voici en quoi consistèrent les primitives
forteresses : autour de l'enceinte, où Ton voulait bâtir, on creu-
sait un fossé large e^ profond ; la terre, rejetée kn dedans, for-
mait un monticule artificiel qu'on nommait la moite. On plantait
sur le pourtour des pièces de bois équarries, fortement liées
entre elles de façon à former une palissade continue, qu'on for-
tifiait souvent par des tours de bois, de place en place. Dans
cette enceinte s'élevaient les bâtiment en bois qui servaient de
logements pour les domestiques, d'écuries, de greniers, de ma-
gasins. Au-dessus se dressait une grosse tour carrée en bois
qu'on revêtait, en cas de siège, de peaux de bétee fraîchement
écorchées pour empêcher d*y mettre le feu. C'était le donjon
(Dominium) c'est-à-dire la maison du maître.
L'emploi du bois, et non de la pierre, pour ces constructions
venait de la richesse des forêts, qui couvraient à cette époque
une grande partie du territoire français, tandis qu'alors, l'ex*
traction de la pierre était besogne longue et difficile. Plus tard
l'invention de la poudre devait modifier profondément, aussi bien
le mode d'établissement, que les procédés d'attaque et de défense
des places fortifiées.
Saint-Mars^la^aille posséda, selon toutes probabilités, une
de ces forteresses primitives, qui devait être située sur l'empla-
cement qui porte encore le nom de Champs de la Motte (\) à l'ouest
du château actuel de Saint-Mars-la-Jaille, non loin des Ch^mpt
de Saint-Mars (2), et touchant les pièces de terre appelées les po-
tences (3). Près de là se trouvent également les près de la Mou-
linière, où se voient des levées de terre fort anciennes, sans doute ;
peut-être ces travaux faisaient-ils partie de la défense du pri-
mitif château?... Les |>ièces de terre, où ils se trouvent, portent
les noms assez caractéristiques de Les Doux (4) {pour Doukes^
douhes , douves) et la Tombe (5). Dans les mêmes parages
(i) Cadastre, section C, n^* 6 et 19.
(a) Cadastre, section G, np* 386 à 427.
(3) Cadastre, section C, n^" i à 5, 6 à g*
(4) Cadastre, section C, n"» i56.
(5) Cadastre^ section C, n° 157.
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i
SAINT-MARS-LA-JAILLB ET SBS ANCIBNS SEIGNEURS 165
nous trouvons [encore la Douve (1) et la pièce de Vétang [2).
Il y a tout lieu de voir dans l'ensemble de ces noms et de ces
terres, voisines les unes des autres, le seul souvenir qui nous
reste delà première entité féodale du lieu, le fief ou terre de Mars.
Les Seigneurs de Mars.
Ainsi que nous Tavons déjà vu, Saint-Mars-la-Jaille porta
primitivement le nom de Mars ou Marz, Nous avons dit à quelles
circonstances il faut, pensons-nous, attribuer cette dénomination
du territoire que nous habitons aujourd'hui, et qui, par une
substitution voulue, dont on peut citer de fréquents exemples,
fut voué, par les premiers évangélisateurs de notre région, au
culte de saint Médard, en langue romane Saint-Mârs.
Plusieurs auteurs, parmi lesquels M. Léon Maître, ont placé
à Petit-Mars {VilU Marcio, Marcis (IX* siècle) (3), Màrcias
(1123) (4), Eccl. de Mars (1278) (5), Parvus Marcius (XIV^ Bxhclé) (6),
Parvus Mars (1559) (7), le fief ou terre de Mars. Il est évident que
cette localité a dû le nom de Mars qu'elle porte encore au souve-
nir d un établissement romain existant jadis sur son territoire.
Il n*est pas moins certain, selon nous, que les seigneurs désignés
au XI* et au XII« siècle dans des chartes (8) que nous allons
étudier, n'étaient pas les seigneurs de Petit-Mars, mais du. fief
c^ui est devenu Saint-Mars-la-Jaille. Le Petit-Mars appartenait
alors aux Hus de la Muce.
Le premier des seigneurs de Mars dont nous ayons trouvé le
nom est Gauscklin de Mars (9) qui atteste une donation de Gui-
hénoc 1*', fils d'Alfred et d'Origone, et baron d'Ancenis, aux
moines de Marmoutiers. Nous avons tout lieu de croire que ce
(i) Cadastre, section D. n*» 6a5.
(a) Cadastre, section D, n^ 628.
Ces levées de terre viennent, malheureusement de disparaître, par Tordre
de M. de la Perronnays, propriétaire actuel du château, dont il Mt rema-
nier le parc et les dépendances*
(3) CarL Hoio.
(4) Charte d^ Louis VI (Dom Morice^ Pr.
(5) Àrch, de la Loire- Inférieure G, 97.
(6) De Lesquen et Mollat.
(7) Arèh. de Petit-Mars GG, 1.
(8) Dom Morice, Histoire de Bretagne, Pr. I. 487, 524, 565, 585, 695. Arch,
de la Saulaie; Communication de M. le marquis de L'fisperonnière.
(9) Gauscelinas de Marcio vers 1070. (Dom Morice, Pr, I, 437)«
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156 REVUE DE BRETAGNE
Gausceliniut l'un des possesseurs de notre châtellenie de Saint-
Mars. Les co-signataires dans cette charte sont : « Cavalon de
Sion, Jacut de Nort, Payen, frère de Guihenoc, Simon son ne-
veu, Hugo frère de ce Simon, Urvod de Bernai et son fils Bri-
becion, Bodin de Toumeborde, Berald, son homme, Tome, Ori-
gone, mère de Guihenoc, et Agnès, son épouse ». Ce document
fut écrit en 1070 (circa).
Nous trouvons ensuite, en 1105, Février de Mars (1), au nom-
bre des seigneurs qui accompagnent, à Nantes , le b^ron d' Ancenis ,
leur suzerain, convoqué par le duc Alain Fergent pour assister à
la publication des donations faites par celui-ci à l'église, dans là
crainte que la propriété de ces dons rie lui fut contestée par la
suite. Avec Février de Mars signent, outre le baron Maurice
d'Ancenis, Brient vieillard, Daniel, fils de Janigot, Guillaume
sénéchal, Raoul de Guinan, Hugo sénéchal, Godfroy, fils de
Renauld, Joscelin de Panecé, Gestin de Mésanger, Olivier, fils
de Brient, Hervé de Oudon et plusieurs autres (2).
Enfin nous possédons un document qui, à lui seul^ nous semble
établir d'une manière certaine, que Février de Mars et Vivien,
son frère, furent bien possesseurs de Saint-Mars et non de Petit-
Mars. Cette charte nous apprend que « Vivien et Février son
frère et Hugo fils de Février », donnèrent, à un nommé Daniel,
« serviteur de Dieu », qui, se faisant moine, les porta aux reli-
gieux de Saint-Florent, des terres prises « sur la portion de forêt
que lesdits seigneurs reçurent jadis ^ eux-mêmes des barons d'An-
cenis. » Or, ces terres sont : La, Poitevinière (entre Bonnœuvre et
Riaillé), les Champs Bernard (aujourd'hui Champs-Morin près de
Bonnœuvre); le Moulin (probablement le vieux moulin à eau des
Bruères, touchant les champs MorinJ le Ronzeray (touchant le
bourg de Saint-Mars) et joignant la très ancienne terre noble de
la Haie-Daniel « la terre Guedguel » (aujourd'hui Vivelle, en
Saint-Mars et sur la lisière de la forêt de ce nom, proche des
Champs-Morin) et le Breuil d'Alucion (ou Breuil aux Moines en
Bonnœuvre, vieille possession du prieuré de ce nom). Toutes ces
terres dépendaient de la châtellenie de Saint-Mars-la-Jaille et
non de celle de Petit-Mars, en supposant même que Petit Mars
eut jamais possédé une châtellenie de MarSy ce que nous n'avons
(i) Februarias de Marlio (Dom Morice, Pr. I, 524*
(a) Dom Morice, Pr, I, 524.
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SaINT-MARS LA-JAÏLLE ET iSES ANcIeNS SEIÔNEUËS ' 15/
va nulle part. Le premier château connu de cette paroisse fut
celui de Ponthus, construit, vers 1200, par Hus de la Muce (1).
« La donation de Vivien fut confirmée par Raoul de la Cha-
pelle » (seigneur de la Motte-Glain), son fils Renaud et son
épouse, qui étaient des membres de la maison de Rougé (2), vas-
saux, eux aussi, des barons d'Ancenis. Or nous avons dit plus
haut que la châtellenie de Saint-Mars a, de tout temps, relevé de ^
la Motte-Glain (3) et jamais de Petit-Mars.
D'autre part, selon l'usage des XP et XIP siècles qui voulait
que toute donation fût attestée parles pareuts et vassaux du
donateur, nous voyons la libéralité des seigneurs de Mars si-
gnée par : Guibert de Pannecé, Alain Guihénoc, Mathieu de
Rigjillé, Malo de Montfriloux, vassaux, ainsi que nous Tavons
vu, de Saint-Mars la- J aille, comme en iont foi les plus anciens
documents relatifs à cette seigneurie, qui, elle-même, dépendait
de la baronnie d'Ancenis.
C'est au même titre que la première donation de Guébénoc aux
seigneurs de Mars est attestée par Hamon de Pannecé, Olivier
Lesueur, Breton de Mouseil, Roger Le Tort et Hildebert Le
Borgne, tous vassaux d'Ancenis (^).
Ces documents nous indiquent dans cet ordre les premiers sei-
gneurs de notre fief : Gauscelin, Vivien, puis Février^ son frère, et
Hugo, fils de ce dernier. C'est à dessein que nous insistons sur
cette succession, que nous croyons ainsi bien établie, dans la pos-
session de ce fief, sinon constitué, tout au moins largement aug-
menté; par les barons d'Ancenis.
Nous retrouvons encore « Vivien et Février son frère n au
nombre des seigneurs qui attestent les dons faits par Alain de
Moisdon et Hamon de Bigot aux moines de la Mellerai, à la fon-
dation de l'abbaye de ce nom, en 1142 (5).
De môme un Vivien dk Marz, en 1183, atteste un don fait, le
(i)Par la même charte, nous voyons que le seigneur d'A.UYerné donne
aussi à Daniel le moulin de TEpinay près de Bonnœuvre.
(3) Dès ii3o d'après M. de Gornulier^ la maison dç Rougé posséda le châ-
teau de la Motte-Giain, paroisse de la Ghapelle-Glain (De Gornulier, Dic-
tionnaire des terres da Comité Nantais).
(3) Déclarations d'Ancenis et de la Roche-en-Nort en i544 et 1680.
(4) Dom Morice, Pr. I. 565.
(5) Dom Morice, Pr. h 685.
Septembre $908 ii ^
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158 REVUE DE BRETAGNE
7 août de cette même année^aux moines de la Mellerai, par Bo-
nabes de Rougé, & roccasion de la dédicace de j'église de cette
abbaye, donation également attestée par le châtelain de la Motte-
Glain, Renauld, fils de Raoul de la Chapelle, que nous avons vu,
ci-dessus, approuver les dons de Vivien de Mars. Ce Vivien de
1183 pourrait être le même, mais est plus probablement, son
fils du même nom (1).
Vers cette époque, croyons-nous, doit se placer la fondation
du prieuré de Saint Mars ou Médard, en latin EcclesU Sànctas
Medardusy ainsi qu^ celle de plusieur? autres prieurés ou paroisses
de Saint-Mars du comté nantais pour la plupart consacrés à
saint Médard.
De plus, ce document établit que les possessions des seigneurs
de Vritz s'étendaient, dès cette époque, sur quelques terres et un
moulin situés à Saint-Mars, fait qui nous sera prouvé par
d*autres chartes. La maison de Vritz dépendajt au reste, comme
la chàtellenie de Saint-Mars, des seigneurs de la Chapelle-Glain
et posséda, plus tard, cette châtelleniè, ainsi que nous le verrons.
« Olivier de Vritz, après la mort de sa sœur Leigrat, et pour
le repos de Tâme de celle-ci, donna à Tabbaye de Mellerai deux
sous (de rente) qu'il ten^ùt en fief de Herdebert Le Monner. Les
témoins furent Tépouse dudit Ohvier, qui donna son consente-
ment, Geoffroy {de Beaumont)^ abbé de Mellerai, Simon de Héric,
Robert Crespin, Gandin de Saint^Mars.,,.
a X-e même Olivier donna aussi la portion de dîme qui lui re-
venait à Saint-Médard, excepté la dîme de sa métairie...
.». Il donna égcJement sur un moulin qui est avant Véglise de
Saint-Médard^ im setier de froment pour l'anniversaire de son
père et de sa mère qui est le 15 janvier » (2).
Voici la suite de cette charte latine écrite, en 1177 et 1192/ et
(i) Dom Morice, Pr, 1. 69?.
(a) Archives de la Saulaie. Communication de M. le Marquis de L*£speron-
nière.
La métairie dont il est question plus haut n'était-elie pas la Le9erU ac-
tuelle, vieille terre noble, dépendant « à charge âe foi, hommage et rachapt »
de la seigneurie de Saint-Mars. L'étymologie de ce nom swait, en ce cas,
Lês-Veriz ou Lès-Vritz. On désignait jadis par ce mot Lès ou Ut précédant
un nouki une terre un peu éloignée du domaine dont elle dépendait.
Les noms mis entre parenthèses^ par nous, sont les noms actueii des terres
identifiées. Les autres ont changé de nom, ou disparu comme Tillages
habités.
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SAiNT-MARb-LA-JAlLLe^ET SES ANCIRNS SEIGNEURS 159
que nous citerons en entier à cause de Hntérét qui s'y rattache.
a Olivier de Vritz a donné à Melleray, dix-huit sous de cens
annuel. Les témoins de cet acte sont : dom Ajmar^ abbé de Pon-
tron ; destin, abbé de Saint-Gildas (1), Geoffroy, abbé de Melleray ;
Raymond de la Comuaille qui consentit à cette donation (2) ;
Jean de Freigné ; Geoffroy Lostior.
« S'ensuivent les noms des terres sur lesquelles sera prélevée
ladite somme: La Bretonnière (existe encore sous ce nom), deux
sous et trois deniers ; la Poterie^ (existe encore sous ce nom) dix-
huit deniers; /a BauUrie [enisiQ encore sous ce nom, route de
Freigné), neuf deniers ; la Bembergère (Laubergère ?) dix deniers ;
Charbocei (Carbouchet), dix-huit deniers, la Motère (la Moulinière
ou Molinière ?) neuf deniers ; les Places (existent encore sous ces
nom^ les Hautes et les Basses Places), dix-huit deniers ; le Cho-
rai (le Charai?) le Forcin (sans doute le ûefFourcin de la Réf. de
1745), dix-huit deniers ; Mongrison (Grison) dix-huit deniers Ler-
mitre re (?) dix-huit deniers la Doernère (?) peut-être la Thoesnière
au village de la Harie), dix -huit deniers ; Berlaie (La Bellate ou
Bellette), dix -huit deniers '," Campiernault (plus tard Champs Es-
naald, puis Champs Jeanneau) neuf deniers. . . »
Les antiques villages, ou terres, désignés dans ce document
appartenaient évidemment aux seigneurs de Vritz, dès la fin du
XII* siècle. Le fief des seigneurs de Saint-Mars, après la dona-
tion faite à Demiel, était donc assez peu considérable. Leur châ-
teau avec ses dépendances, et la forêt, depuis appelée forêt de
Saint-'^Mars en étaient les principaux membres, auxquels vinrent
se joindre, ainsi que nous allons le voir, ces possessions mêmes
des seigneurs de Vritz, puis, plus tcurd, celles de la maison de la
Jaille pour faire de Saint-Mars une importante châtellenie.
(A suivre). J. Baudry
(i) Zi'abbaye de Saint-Gildas possédait le prieuré de Saint Germain à Frei-
gné.
<2 Gomme suzerahi des seigneurs de Vritz.
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CONTES DE GRAND'MÈRES
— N
Contes de BASsfi-BRSTAGNB bt dv pays Gallo
Les contes de ce recueil ont tous pour moi la même origine. Ils
m'ont été racontés par ma mère, ma grand'mère et mon arrière^
grançt'mère et font partie des traditions de la famille depuis bien
des générations.
Us sont pourtant très différents les uns des autres. Certains
ont une parenté très visible avec les contes de Perrault et remontent
peut-être à la même époque. Les autres^ au contraire^ ont une
grande analogie avec nos contes populaires^ et fai retrouvé des
'épisodes identiques dans les récits des paysannes du Morbihan et
de Vllleet'V Haine.
Quelques-uns de ces derniers contes ont peut-être une forme
moins simple qu'il ne conviendrait. Je suppose que ceux-là se
racontaient depuis plus longtemps dans la famille et ont perdu, à
force de passer de bouche en bouche, une partie de leur saveur
primitive.
Je les transcris tous tels qu'ils sont restés dans ma mémoire, tels
que je les ai racontés à mes enfants et à mes petits- enfants, Jt^me
suis seulement permis de baptiser quelques personnages pour
donner plus de clarté au récit,
A. D. Roazoun
1908.
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CONTES DE GRAND MERES 16
LES TRCaS BiyNS DE PIMPENOIS
Il y avait une fois un roi et une reine qui avaient trois enfants,
deux fils et une 8IIe, Le roi qui était vieux songeait, selon l'usage
du pays^ à se choisir un successeur. Un jour donc il appela ses
enfants :
— « Je voudrais, leur dit-il, désigner avant de mourir celui qui
doit régner à ma place, mais je ne sais que décider, car je vous
aime tous également. Allez donc dans le grand bois où fleu-
rissent les Pimpenois. celui d'entre vous qui m'en rapportera
trois brins, ma couronne appartiendra.
. Et les trois enfants, ayant pris congé de leur p6re, se mirent à
parcourir la forêt à la recherche de ces fleurs précieuses qui
valaient un royaume. Ils errèrent longtemps parles sentiers,
3ur le bord des ruisseaux, à Tombre des grands hôtres et des
chânes sombres, partout où ils espéraient trouver des fleurs de
Pimpenois. Leurs recherches furent d'abord inutiles. II fallait
naturellement que ces fleurs fussent d'une grande rareté pour
être estimées à un si haut prix par le roi.
Enfin, vers le soir, la jeune fille arrivant près d'une fontaine,
aperçut trois belles fleurs de Pimpenois fraîches épanouies. Elle
s'empressa de les cueillir, toute joyeuse, et reprit bien vite le
chemin du palais, car la route élait longue et elle avait hâte de
jouir de son triomphe.
A peine avait-elle fait cent pas qu'elle se trouva face à face avec
son frère aîné dont la figure se rembrunit à la vue du bouquet
qu'elle tenait à la main
— « Tu vas me donner ces fleurs »>, dit-il d'un ton impérieux.
— « Non certes, c'est moi qui les ai trouvées et notre père a
dit qu'il donnerait sa couronne à celui qui lui rapporterait trois
brins de Pimpenois. »
— « C'est pourquoi tu vas me les donner, reprit le jeune
homme; qu'est-ce qu'unefemme pourrait faire d'une couronne ?
D'ailleurs celle-ci m'appartient de droit, puisque je suis l'aîné.
Donne-moi vite tes fleurs, si tu ne veux que je m'en empare de
force, car il me les faut à tout prix ».
« — Viens donc les prendre, alors, car tu peux être sûr que je
ne te les donnerai pas ».
Et à ces mots la jeune fille, s'enfuit eh riant, car elle était loin
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1»2 HEVUE DE BRETAGNE
\
de soupçonner toute la méchanceté de son frère et n*avait pas
pris ses menaces au sérieux .••,••
La nuit était noire quand l'aîné des fils du roi arriva au palais
où depuis longtemps déjà son jeune frère était rentré las d'inu-
tiles recherches. Il tenaitrà la main trois fleurs de Pimpenois et
les présenta triomphant au roi qui, tout en lui faisant ses com-
pliments, lui demanda s*il n'avait pas rencontré sa sœur dont
l'absence prolongée commençait à le préoccuper, les jeunes flUes
n'ayant pas coutume d'affronter volontiers la nuit dans les
bois. Le jeune prince répondit audacieusement qu'il n'avait vu
personne. ^' ^
Le père inquiet envoya des serviteurs àlarecherctfe de sa fille,
supposant qu'elle s'était égarée ; mais ils eurent beau parcourrl
la forêt en tous sens jusqu'à l'aube, et la parcourir encore les
jours et les nuits qui suivirent, ils ne purent retrouver sa trace.
Cependant le frère aîné demandait instamment qu'on lo pro-
clamât héritier de la couronne. Il avait rempli les conditions re-
quises en apportant.les trois brins de Pimpenois et réclamait
l'accomplissement de la promesse du roi.
— a II faut d'abord que nous ayons retrouvé votre sœur,
répondit celui-ci, il se peut qu'elle ait eu la môme chance que
vous, mon Ms, et nous ne pouvons rien décider avant d'être
fixé sur son sort. y>
Et les recherctigs continuaient, toujours infructueuses, et le
temps passai^
Bien souvent le roi et la reine se rendaient avec les deux enfan ts
qui leur restaient dans cette forôf d'où jamais leur fille n'était
revenue. L'aîné n'osait se dérober à ces promenades qui le fai-
saient trembler de ta tête au pieds.
Un jour qu'ils se promenaient tous ensemble, le père et la mère
s'engagèrent inconsciemment dans le chemin conduisant à la
source où avaient fleuri les Pimpenois, et cette fois le coupable,
forcé de suivre la môme route^ se sentit pâlir d'horreur.
Tout à coup le jeune frère qui courait de tous côtés avec l'in-
souciance de son âge arriva tout ému près de ses parents. Il tenait
à la main un siOlet comme tes pâtres savent en tailler dans l'é-
corce nouvelle.
— a Oh ! père, dit-il, voyez donc l'étrange sifflet que j'ai trouvé
là-bas^ sur la mousse ; on dirait qu'il parle» ; et le portant à S63
I
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CONTES D£ GRAND'MERE 163
lèvres il souffla doucement. On eûtendit alors coinme une voix
plaintive qui disait :
— « Mon frère, mon, frère,
J'ai été tuée dans un bois ^ •
Pour trois brins de Pimpenois ! » (1^
— « Qu'est-ce que cela signifie, s'écria le roi », et prenant
le sifflet il souffla à son tour.
— € Mon père, mon père, reprit la voix;,
J'ai été tuée dans un bois
Pour trois brins de Pimpenois I »
— « Comptez-vous vous amuser longtemps avec ce joujou, fit
le frère aîné d'un air dédaigneux sous lequel 1 cherchait à dissi-
muler son effroi » ; mais déjà la mère avait pris le sifflet'Ct la
voix disait :
— «i Ma mère, ma mère,
J'ai été tuée dans un bois
Pour trois brins de Pimpenois. »
— « Voilà qui est étrange dit le père profondément troublé » ;
et se tournant vers son fils :
— « Â vous maintenant », dit-il.
— « Nous n'allons pas nous attarder à ce jeu puéril ^, fit
le prince d'un ton méprisant ; et saisissant le sifflet magique il
voulut le lancer au loin, mais le roi le prévint.
— « Je vous demandais de souffler à votre tour, maintenant
je vous l'ordonne »> dit-il, et sa voix était si sévère que le jeune
homme dut obéir. Il porta à ses lèvres tremblantes le sifflet
vengeur et aussitôt la voix reprit, terrible :
— Maudit, maudit.
Tu m'as tuée dans ce bois
Pour trois brins de Pimpenois I
Frappé de terreur le meurtrier tomba à genoux, confessan
son crime. Il avait tué sa sœur pour s'emparer des fleurs qu'elle
(1)
;l^|;,£p>^^
Mon frère, mon frère, J'ai é - té tuée dans un bols
Pour trois brins de pim - pe - nois.
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iéi ilEVbE t)E bRÉTAGNÉ
avait trouvées et obtenir la couronne ; puis il avait reconvertie
corps de branches et de feuilles mortes.
Peu après le fils aî«é du roi subit le châtiment dû à son forfait,
et quànt4 les temps furent accomplis, ce futleplusjeune des trois
enfants qui monta sur le trône de son père lui qui ne s'était
point attardé à chercher dans la forôt les trois brins de Pimpe-
nois (l).
{A suivre.) A.-U. Roazoun.
(1) Julienne Lenevea de Rohan racontait, Ters 1860, nne histoire de ce ^enre.
Les fleurs de Pimpenois 'n*y étaient pas mentionnées, mais on y retrouvait Tépi-
sodé du sifflet (parlant et non chantant) qui disait :
— « Sifflez, sifllez, mon père.
Mon frère m'a tuée etc.
Le Gérant : P. Chevalier^
Vannes. — Imprimerie Làfolye Frères, 2^ place des Lices.
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REVUES BRETONNES
L^Herminb : 18* ann. Mensuel. 1 an 12 fr. Union postale 15 tr.
Le naméro 1 fr. 25. Les abonnements partent du 20 octobre.
Directeur : Louis Tiercelin, à Paramé (Ille-et-Vilaine).
Les Annales de Bretagne : 22* ann. Trimestriel. 1 an 10 fr.
Union postale 12 fr. 50. Publiées par la Faculté des Lettres de
Rennes. Rédacteur: G. Dottin, 37, rue de Fougères, Rennes.
Le Clocher Breton : 14« anik Mensuel, 1 an 5 fr. 50. Directeurs :
René Saib et Madeleine Desroseaux. Bureaux, 29, rue Belle-Fon-
taine, Lorient.
Bulletin de la cohmission diocésaine d'architecture et d'archéo-
logie DU diocèse de OuntPER ET DE LÉON : 6« ann. Tous les deux
mois. 1 an 5 ff. Ouimper.
La Revue Morbihannaise : 11» ann. 1 an 5 fr. Directeurs :
J. BuLÉON, V* de la Grancière, E. Sageret. Chez Lafolye, Vannes.
La Paroisse Bretonne de Paris : 9« ann. Mensuel, 1 an, 2fr. 25.
Directeur : M. l'abbé Cadic, 13, rue Littré, Paris (VI» ar»).
La Jeune Bretagne: 5* ann. mensuel. 1 an, 2 fr. pour la Bre-
tagne, 2 fr. 50 pour le reste de la France. Bulletin d'études et d'ac-
tion sociales. Kennes, 30, rue Hoche.
Feiz ha Breiz: 8« année. Tous les mois. 1 an 3 fr.'Les abonne-
ments partent du 1*' janvier. S'adressera M. Cardinal, recteur de
Saint- Vougay, par Plouzévédé (Finistère),et pour les abonnements
à M. Caroff, vicaire aux Carmes, Brest (Finistère).
Bretoned Paris. Bulletin de la Société « La Bretagne », 4« année.
1 an, 2 fr. 50. Direction : 40, rue du Cherche-Midi, Paris.
Revue du Pats d'Aleth : 4« année, mensuel. 1 an, 3 tr. Direc
teur : Jules Haize, rue Jacques Cartier, Saint-Servan.
Le Pats d'Arvor : 2« année^ 1 an, 5 fr. Directeur : Jacques Pohier,
à Ancenis (Loire-Inférieure). Administration et Bureaux, 25, Haute
Grande Rue, Nantes.
Revoe du Tradition nisme. — Bev, iniern. du folk-lore — mens
1 an, 10 fr. N^, 1 fr. -- Directeur : M. de Beaure paire-Froment
Paris, 60, quai des Orfèvres.
Revue du Bas-Pottou, 20* année, trimestrielle ; 1 an : 8 fr
No 2 fr. 50. — />' M. René Vallette, à Fontenay-le-Comte.
L'Anjou historique. — 7« ann. tous les 2 mois. 1 an : 6 fr. D'
M. Tabbé Uzureau, aumônier, à Angers. EdW : M. Siraudeau
4, Chaussée Saint-Pierre, Angers.
Revue des Traditions populaires. 22* ann. mens. 1 an, 15 ti.
N* 1 fr. 50. Direct, M. Paul Sébillot, 80, boule v. St-Marcel Paris.
La Revue Bleue, 15, rue des Saints-Pères, Paris.
La Vendée historique. — (Revue oe la Vendée militaire). Tous
les quinze jours ; 11* année. — Edit. sur papier fort, 6 fr. 50; édit.
ord. 5 fr. — D' Henri Bourgeois, à Luçon (Vendée).
Revue de l'Anjou, 57« année, 12 ir. par an. — Librairie Germain
et Grassin, Angers.
La Revue Héraldique, fondée en 1862. Mensuel, Directeur
yt* de Maziëres-Mauléon. Bureaux : 8 rue Daumier, Paris
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CHEMINS DE FER DE L'QIIEST
y^,
VACANCES ^
/
EN NORMANDIE ET M BRfFAGNE
f
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Au monientilps Vi>Mneea et des départs pour U Campagne et les
Bains de Mer, lii Compagnie de l'Ouest, qui dessert toute la Not-
mandie et uno grande partie de la Bi^etagne. a ilionnetir de rûppeJer
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ture, elle mt-t en vente, au prit de Q Ir. 50, dans les bibliotlièques de
aos ^^aies, daïia ses bureaux de ville et leîf principales agences de
voyages de Paris, un Guide illustré de son réseau.
Crt Guide de plus de 300 pag a, illustré de l*2R gravures, coh tient
les renseign^-^ments les plus utiles ; Description des sites et lieuï
d'excursion de la Normandie et de la Bretagne — Principaux horaires
des trams - Tableau des maréei* — Cartes postales^ Cartes
eyelistos du littoral de la Manche - Plans des priiicîpalei viUei -
Liste d'Hôtels, Restaurants, ete.. ).
Il est également adressé franco à domicile conti*e renvoi de 9&
valeur, en timbma-poste, au Service de la Publicité. 20, rue de
I
il
Fiome, à Paris,
^i^^
{■■<
]
r CHEMIN DE FKK D'ORLÉANS
\
Au l'^ juillet, la Compagnie d Orléans a réâli^ lès' améliorationB
suivantes : ' '
Le« trains kapides ^ Bains de mer » circulant quatre fois par
semaine entre Paris et Qiîimper et ^iee- versa ont lieu tous jee
jours pendant la période du PgoiUet au U ooto&re mclus.
Le premier part de PariS-giiai-d'Orsay k 9 b. il goir at afrj?ô
Vannes à 6 h. 4 matin.
Le second part de Viones à 10 II 19 soir et arriWà Pans-Quat-
d'Orsay à T u, i;^ matin.
U train Express du matin deX^utes sur U Bretaf ne est rétabli
eiïjDme clia^ue été; il paft dP Nantes à fïh. 15 m^tln au lieu de
5 b. îd7 et arrive à Vannes à 8 b. 40, à Auray à.i* b. ^, à Lorient à
9 h. -U\ à. C<ïQcarn<3au à 11 b,17. k Quimp^r à 10 3i. Bt, à Pont-l'Abbé
* H h, iy, à Qoaatneaez à midi K et à Underneau à l b. 21 soir.
: Le train Omnibus venant de Lfjrient arrivant h. Va:ines â eu gj
soir fst retaislê d^envlroa 2 heures, il pirt de Urieni à 7ii 13 soir
d'Auray à 8 b, 15 el arrive à Vannes à 8 h 41 g<jir. '
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Vftniitsii
- WS^r . • ^~
Y-
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06o^Ie
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«*,— 7* Année
1^8. T^nwt XL
*>* A ott»*^
REVUE
de Bretagne
. , ' RÉUNIES ' ■ . ^'"V
' M»^ dc.i^STQURBElLLON, Directeur ;'^-
MM. Le V Civ«m::» de CALAN, Secrétf^i* région»! pQiir TMc-et- Vilaine. — Rbné \\
BLANCHARO pour li Loire-lnfôlcutf .— i^GHm9i«M**^rta^,p^ur kFMMttèrc.
— AYBNICIU Dfc LA GRANCîBR£. pont U Morbihan. — AxAm RAISOM ou
GLtMtlOU, pour Ut Càtt^rdu-Jior^, r- Owvib» oe GOURCUPK p»«ï wis.
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a. Place de» Uca y 7$, Rj,e Saint-Germain
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S'ddres^a*' pour h Rédactiom et Tenvoi des nuQuscrits à M. le C" RaxÉ dh LAKîUE,
aa'^WrtCa'u de Bahop^i, par Rwlgn ; pour I'Administjuation, MM. ULFOLYE, frères .-' "
places des Lices, Vauaei,.^
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>
SOMMAIBE
I. — L'Enceinte ronuiine dAleL — L. Gampion 165
II. — êÊilangeshittoriques(B\iïid), XVIII. Le Comte de Nantes Ma-
thieu II. — XIX. Le duc ffoet IL — XX. La Chronologie de$
Annales Bretonnes. — V^* Gh. db la Lande db Galan • 179
III. — Combour et ses Seigneurs (stiite). — Paul de la Bignb. 189
IV. — Galerie des Illustrations Bretonnes. Le Cardinal Richard. —
V^ HippoLYTE Le Gouvello 202
V. — Saint-Mars-la-Jaille et ses anciens seigneurs (suite^. —
J. Baudet 205
VI. — Bibliographie 216
CONDITIONS D'ABONNEMENT
France, un an 12 fr.
Etranger, — 15 —
On s'abonne soit chez M. le comte db Laigub, château de
Bahurel, par Redon, soit chez M. Lafolye, imprimeur à Vannes.
Les abonnements partent du 1*' janvier ou du l«r juillet de
Tannée en cours. — Il n'est pas vendu de fascicules isolés, sauf
pour les abonnés.
Les travaux comprenant au moins 16 pages de tezie sont seuls
tirés à part. 50 exemplaires sont ofiferts aux auteurs.
Nota. — La Direction et la Rédaction de la Revue de Bretagne ne
sauraient être aucunement responsables des théories ou opinions
émises dans les articles qui y sont insérés , cette responsabilité,
incombant tout entière à leurs seuls auteurs.
Il sera rendu compte de tout ouvrage d^auieur breton ou inté'
ressant la Bretagne, dont un exemplaire aura été adressé au Rédacteur
en chef de la Revue.
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SCHEMA DE LA CiTÉ (ALET)
en Saint- Servan
et de l'enceinte romaine
Murs romains exhumés
Traces de murs romains —i.».
Traces de maçonnerie romaine....
À Nord
L'ENCEINTE ROMAINE D'ALET
Conférence faite à la séance publique et solennelle de la Société Hii--
torique et Archéologique de l'Arrondissement de Stint-Malo, par l'abbé
Gampiom, chanoine de Rennet, Professeur à Saint-Vincent, le 17 août 1908.
Mesdamks, Mbssiburs, >
Pern)ettez«moi de renaonter jusqu'au déluge et mÔme plu-
sieurs ceutaines de millions d'aunées avant le délui^e ; en le
faisant, je serai encore dans mon sujet : VEnceinte romaine
dAlet. C'est que pour expliquer Té'at actuel de c^tte enceinte, il
me faut résumer en quelques mots une théorie célèbre de La-
place et le système géologique du regretté Albert de Lapparent.
Transportez-vous donc en esprit à l'origine du Monde. Ija
Nébuleuse qui doit former le soleil et son cortège de planètes,
abandonne peu à peu et successivement^dans son mouvement de
rotation, les parties les plus éloignées de son axe. Cest ainsi que
la Terre se détache du noyau central. A ce mcfment cette terre,
beaucoupplus volumineuse qn'aujourd'hui,est une masse gazeuxe
portée à une température excessivement élevée. Mais lerayonne-
mentdans Tespace et la condensation progressive de cette masse
refroidissent considérablement sa surface extérieure. Alors une
première écorce solide se forme tout autour du noyau terrestre,
comme se forme un laitier sur un bain de métal en fusion.
Cette première écorce n'apparaît pas partout en même temps
et savez-vous en quels endroits elle se montre d'abord ? Eh bien I
c'est en particulier sur le rocher qui porte cette salle des fêtes
de rhôtel de ville de Saint-Malo, c'est sur les rochers de la Cité
en Saint-Servan. La mer n'existe pas encore à l'état liquide ;
l'eau desOcéanSfà l'état de chaude vapeur^i^èse d'un poids énorme
sur la primitive croûte terrestre. Plus tard cette atmosphère se
condense et se liquéfle en partief La mer vient remplir les vastes
réservoirs que le Créateur lui a ménagés, mais jamais, à aucun
moment, elle ne recouvre les rochers qui forment l'ossature de
Octobre f9ûê. 4$
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166 REVUE DE BRETAGNE
la Côte d'Emeraude. Ces rochers de gneiss granitoîde sont donc
bien vieux I si vieux, si chargés d'une telle accumulatioa d'an-
nées et de siècles précédant la création de notre premier père
Adam, que sous les coups répétés de la vague marine» sous Tal-
ternance du froid et de la chaleur, de la sécheresse et de l'humi-
dité et surtout sous l'action prolongée du ruissellement superficiel
et des oscillations du sol, ils se désagrège ot» sedécomposentet dis-
paraissent. Ce phénomène complexe se produit tout autour de la
Cité. Passes par exemple, à marée basse» dans la grève du port
Saint*-Père ; placez-vous, avec précaution, le plus près possible
de la maison qu'habite notre illustre compatriote, M^ Duchesne,
et là vous verrez que non seulement la falaise s'effrite, mais que
souvent elle tombe en blocs énormes capables d'aplatir môme
une lôte de breton. Souvent la falaise glisse entraînant dans sa
chute tout ce qui s'appuyait sur elle, fût-ce des remparts cons-
truits avec le ciment romain. Dans ces endroits ce ne sont plus
que des ruines de ruines, auxquelles on pourrait appliquer jus-
tement le vers du poète : Etiam periereruinœ.
Heureusement dans lès parties où le terrain est à peu prés
horizontal, et dans celles qui sont plus éloignées du bord delà
falaise, l'enceinte romaine d'AleturUy notre antique Aiet» a été
relativement bien conservée. Ainsi, pour ces portions, nous ne
prouvons pas seulement l'existence du rempart romain par des
textes officiels, auxquels pourtant rien ne rési8te> mais nous
avons sous les yeux, sous les mains, sous les pieds, des mo^
railles authentiques. Tout le monde, ici, en connaissait une
partie ; tout le monde avait entendu parler du mur des cent
brasse*. On en savait au moins le nom, sinon l'origine et la
fonction.
J'ai été assez heureux pour pouvoir exhumer à la suite, sur
une longueur non moins considérable, ce mur antique que les
premiers archéologues de Saint-Malo, Protêt de la Landelle aa
XVI* siècle,et Jacques Doremet, vicaire général de Monseigneur
du Bec, au XVII* avaient encore vu debout, par endroits, « à
quelque médiocre hauteur ». Depuis eux et surtout, probablement,
depuis la construction du fort de 1759 jusqu'aujourd'hui, ce mur
était resté profondément enfoui sous terre. EUiân pour dater nos
remparts avec quelque précision^ nous avons des monnaies
romaines recueillies dans les tranchées ouvertes par moi et aussi
dans les chantiers de M. Lenormand, ancien maire et conseiller
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L'BNCEINTE ROMAINE D'ALKT 167
général de Saint-Servdn, par M. Lenormand lui-môme et tout
deroièrement par les ouvriers des Vedette Boutin et Canjole.
Pour ne pas fatiguer votre bienveillante attention, Je serai
aussi bref que possible en traitant chacun de ces points. Il est
certain, dit le savant doyen de la Faculté des lettres de Rennes,
M. J. Loth, qui a bien voulu présider cette séance solennelle, il
est certain que le mot Alet est celtique et que ce nom désigne
encore aujourd'hui un district du pays de Galles, en Angleterre.
Il est non moins certain que notre ville d'Alet, après avoir été
gauloise, est devenue romaine. Quand?à quelle époque précise ?
Probablement sous Jules Gésar^ bien que celui-ci ne la nomme
pas formellement dans ses Commfntaires. L'abbé Deniel, vicaire
à Saint-Servan, m'a passé deux belles monnaies, Tune en bronze,
de l'empereur Claude I (41 à 54 après J.-C), l'autre en laiton,
d'Antonia Auguste, mère de Germanicusetde l'empereur Claude.
Ces monnaies frappées toutes deux sous le règne de Claude ont
été recueillies, croit-on, sur la Cité. On a trouvé là bien d'autres
monnaies romaines, spécialement des Paustine, impératrices du
milieu du second siècle. J. César, ai-je dit, ne nomme pas Alet,
mais bien peu s'en faut, parce qu'il désigne les Curiosolites
parmi les Cités maritimes qui envoyèrent en bloc trente mille
hommes, (d'après M. J. Loth) au secours de Vercingétorix (de
Bello-Gal, VII, 75). En revanche, un texte officiel, la Notice des
Dignités de l'Empire Romain, rédigé à la fin du IV* siècle ou dans
les tout premières années du V", nous apprend que sous l'em-
pereur Honorius (395-423) Alet était la résidence du commandant
des soldats de Mars : Praefectus militum Martensiurh Aleto.
C'est dire qu'à la fin du IV' siècle, Alet avait une enceinte forti-
fiée. Si on s'en rapportaitaux curieux schémas qui accompagnent
la Notice des Dignités dans Tédition de Bocking (p. lOÔ*). cette
enceinte romaine d'Alet aurait présenté six tours et une seule
porte encadrée entre deux de ces tours. Arthur de la Borderie^
dans sa grande Histoire de Bretagne (I, 167, ch. IV), conjec-
ture que la garnison de cette place forte comptait 1700 hommes,
dont 15(X) fantassins et 200 cavaliers. Il pense, avec Desjardins
(Géogr. de la Gaule romaine)^ que ces soldats se recrutaient prin-
cipalement chez les Curiosolites, et avaient pris le nom de Mar^
tenses (enfants de Mars) en l'honneur du dieu chéri de ce peuple.
Enfln il suppose que cette troupe de 1700 hommes formait une
demi-légion dont l'autre moitié campait sur les bords du Rhin à
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168 ABVUE DB BRETAGNE
Alta-Ripa dans la seconde Germanie (I, p. 167). Je croîs qu'Arthur
de la Borderie a, par distraction, écrit ici seconde au lieu de pre-
mière Germanie. La ]P Germanie comprenait la ville de Tongres
où Servatius était évéque à la fin du W siècle, et ce n'est pas
moi qui me plaindrai de voir notre grand historien Breton indi-
quer pour cette époque des liens, des relations entre les places
fortes des bords du Rhin et celles des bords de la Rance.
Les remparts élevés par les Romains à Alet existent-ils en-
core? Oui certainement sur une bonne partie du périmètre, mais
plus ou moins modifiés au cours des siècles. Aujourd'hui tous
les archéologues, à la suite d'Arthur de la Borderie, et surtout à
la suite d'Alfred Ramé qui, en 1863, a inséré dans le tome VII de
la Revue Archéologique un très important article sur' lequel
M. Desrées, curé-doyen de Saint-Servan, avait attiré mon atten-
tion, tous les gens qui savent réfléchir, admettent que le gros
bloc de muraille, situé près de la cabane des douaniers, auN.-E.
de la Cité faisait partie de l'enceinte romaine* On y voit en effet
les caractères essentiels des fortifications élevées par les Romains
pour protéger les frontières de TEmpire, c'est-à-dire : 1® le mor-
tier, mélange de sable, de chaux grasse et de brique pilée (cen-
dron de briques) formant un blocage rougeâtre et compact, un
ciment que le temps an ndu indestructible ; 2^ le parement exté-
rieur en petit appareil régulier formé de pierres presque cubiques.
La brique entrait-elle dans ce mur romain comme c'était la
règle ailleurs? Jusqu'à ce matin j'aurais hésité à répondre. A ce
moment je dis que c'est extrêmement probable. N'oublies pas
que nous travaillons actuellement sur des fondations de murailles
renversées. En creusant au pied sur un parcours de plus de
cent mètres nous avons trouvé plusieurs grosses briques de
37 millimètres d'épaisseur recouvertes sur les deux faces du
ciment romain dans lequel elles avaient été noyées. Et môme,
dans un endroit où le rempart se recourbe en arc de cercle, j'a
trouvé une brique crculaire qui était également entrée dans laî
construction. Une chose qui est tout-à-fait hors de doute c'est
que ce mur romain était recouvert de tuiles. En effet, dans ces
fouilles les ouvriers ont exhumé de très nombreux débris de
tuiles à rebords parmi lesquels trois grandes tuiles dont
les dimensions sont les suivantes : longueur, 35 centimètres;
largeur, 18 centimètres ; épaisseur moyenne, 25 millimètres
sans compter le rebord, et 52 millimètres en le comptant. J'ai
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L'BNCEINTB ROMAINE D'ALET 169
trouvé en plus des tuiles semi-cyliadriques d'une épaisseur
moyenne de 17 millimètres qui recouvraient les tuiles à re-
bords et formaient le dôme de la construction. Tout cela est
classique. Mais un architecte de Paris(l9, rue de Varenne), archi-
tecte du Gouvernement, S. G., bien connu pour les importants tra-
vaux de restauration de ctiàteaux historiques et cathédrales dont il
a éfé chargé, M. Georges Balleyguierqui est veau aimablement
m'assister de ses conseils, et dégager la porte monumentale à
Tendroit où Cunat dans son Histoire ttAlet et de Saint-Malo, place
Tévôché d'Alet, M. Georges Balleyguier, dis-je, a trouvé nos
tuiles d'une superbe facture et des meilleures qu*il aitvues.EUes
sont identiques à celles qui recouvraient le temple gallo-romain
de Lehéro en AUaire (Morbihan), à 10 kilomètres à l'ouest de
Redon.
Quant ayi parement en petit appareil de notre bloc des
douaniers^ il présente plus de régularité que n'en montrent les
remparts romains de Rennes dans leur état actuel et il reproduit
mieux le faciès extérieur du Fanum Martis de Corseul qui est du
plus pur romain. Aussi M. Adrien Blanchet, qui a obtenu en 1907
la première médaille au Concours des antiquités nationales pour
son ouvrage sur les Enceintes Romaines de la Gaule ^ nommé
rapporteur auprès du Comité des Travaux Historiques pour
examiner le bien fondé de ma demande de subvention, a conclu
sans hésiter que notre bloc faisait partie de l'enceinte romaine
d!Aletum. Malheureusement, ce vénérable monument de notre
histoire locale, digne de figurer dans les plus riches musées,
s'inclinait fortement et menaçait de s'écrouler. Mon premier
soin, pendant ces vacances, a été de le consolider par un contre-
fort de plus de deux mètres cubes de maçonnerie richement
cimentée^ et si les hommes/ souvent plus destructeurs que le
temps, ne s'acharnent pas trop contre luf, il sera encore là de-
bout dans 2000 ans. Je vous invite à venir vérifier cette
prophétie. Vous constaterez en môme temps que les assises de
la maison de Mgr Dachesne se seront écroulées dans la grève
avec la falaise sous jacente.
Il est bien évident que la muraille romaine d'Alet ne se
réduisait pas à un bloc de quelques mètres de longueur ; le mur
des cent brasses en faisait aussi partie. Il présente en effet deux
certificats authentiques de son origine, je veux dire s'a position
et sa composition. Il est le prolongement géométrique et phy-
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470 REVUE DE BRETAGNE
sique du bloc romain. Il le prolonge sans aucune solution de
continuité à la base, et il est fonmé des mômes pierres, du même
mortier, du même cinent de blocage. La seule différence est dans
l'aspect extérieur : il est moins bien conservé, et a perdu presque
partout son parement en petit appareil par suite des injures du
temps et des hommes.
Le bloc romain de la cabane des douaniers se prolongeait
aussi vers Touest pour venir faire face à Dinard.
J*ai pu le dégager de ce côté sur une grande longueur. Là où
on ne voyait aucune trace de constructions, où émergeaient à
peine quelques bouts de pierres que la plupart prenaient pour des
têtes de rochers, tout le monde, aujourd'hui, peut voir une mu-
raille massive d'une épaisseur moyenne de 1°", 75. Les visiteurs,
vous le croirez sans peine, ne lui ont pas fait défaut pendant ce
mois d'août, et la réflexion que tous émettaient spontanément
était toujours la même : « Ah l mais c'est le prolongement du
gros bloc connu ». Et ils avaient raison. Combien parmi eux
étaient capables de remarquer du premier coup d'œil un saillant
de fortification dont Tarête verticale est tombée dans la grève par
suite d*éboulement de la falaise ? Dans la nouvelle portion que
j*ai creusée dernièrement vers Touest, sur une profondeur va-
riant entre 0»,20 et 1™,50, ce même accident se reproduit encore
deux fois et, à la limite de nos travaux l'arête du redan tombée
dans la grève est une masse de 10000 kilogrammes qui ne s'es^
môme pas désagrégée dans ce saut périlleux. C'est que la falaise
elle-même a glissé sur un plan très incliné.
Ces multiples éboulements de la falaise rendent extrêmement
difficile et pénible la recherche de l'antique rempart, car ils enlè"
vent le fil qui pouvait seul guider sûrement dans ce dédale.
Impossible de prévoir la direction du mur. Après avoir re-
mué de grandes quantiiés de terre, on s'aperçoit que ce mur
décrit sensiblement des arcs de cercle dont la concavité est tour-
née vers la mer. Cette forme aussi curieuse qu'intéressante de
fortifications était sans doute inspirée par les besoins de la dé-
fense. Je ne sais pas encore si en d'autres villes elle a été usitée.
Ce n'est d'ailleurs que depuis ce matin que ce résultat parait
incontestable. Actuellement, à l'extrémité ouest de nos fouilles^
nous voyons se dessiner nettement trois courtines circulaires de
près de 20 mètres de diamètre.
Notre dernier travail de taupins n'a donc pas été inutile. De
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Goosl
^
L'ENCBINTB ROMAINE D'ALET t71
plQ8» vendredi dernier^ 14 août, Touvrier occupé au fond de la
tranchée à 1™; 50 de profondeur, après avoir extrait une terre
jaune extrôment dure, analogue à celle qui forme la base du rem-
part romain h Rennes, trouva au milieu de grosses pierres posées
là comme fondement de la muraille, une petite monnaie de bronze.
Cette monnaie me fut remise en main en présence de M. Bailey-
guier. Après l'avoir nettoyée, je puis affirmer qu'elle représente
Tétricus père, empereur gauloit, de 268 à 273 après J.-C. Voici
Sur quoi repose mon affirmation. En mai dernier, j*ai envoyé
plusieurs monnaies trouvées dans le chantier Lenormand, à mon
rapporteur, M. A. Blancbet, auteur duJrat/^ des Monnaies Oauloù
ses et co-directeur de la Revue Numismatique. Ce spécialiste
éminent me les a renvoyées avec indications écrites de sa main.
Or, ma petite monnaie du 14 août est identique à Tune de celles
auxquelles il donne la mention : pièce de Tétricus père (mon-
nayage officiel).
Notre travail dans les environs du fort de 1759 n'est pas ter-
miné, nous le continuerons au N.-O. et au S.-O. de la Cité.
En suivant vers le S.-E. le mur des cent brasses on arrive
à un grand mur nouvellement blanchi, qui entoure, les anciens
chantiers Lenormand, et sur lequel on peut lire du Pont-Roulant
les mots : Moteurs Marins Vedettes. Ce mur a été construit sur
le rempart romain et avec ses débris. Il est facile de le constater.
En effet, il a été partiellament abattu et le terrain a été arasé
jusqu'au niveau du plein de mars. On voit là que le rempart
primitif reposait directement sur le roc. Les fondations sont con-
servées sur une hauteur variant entre 0", 50 et 2 ou 3 mètres.
Son épaisseur était double ou triple de celle du mur de clôture
qui repose sur lui.
Pendant qu'on aménageait ces chantiers, vers 1850, un ami
de M. Lenormand trouya dans ce terrain plus de 300 monnaies
anciennes. Lui-même, M. Lenormand, recueillit dans la muraille
et au pied de cette muraille, dans les débris abittus, une ving-
taine de monnaies romaines qu'il a bien voulu me confier. J'ai
fait examiner les m. eux conservées par M. Banéat, directeur
du Musée Archéologique et présidentde la Société Archéologique
de Rennes, et les autres, comme je'l^ai déjà dit, par M. A. Blan-
chet. Il résulte de Texamen de ces numismates que, sur les mon-
naies à moi confiées, quatre sont de Tétricus fils (267 ap. J.-C),
sept de Tétricus, père (268-273), doux deGratien (375-383), une
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172 REVUB DB BRETAGNE
probablement de GoostantiD-le-Grand, une du temps d'Honorios
et enfln une douteuse mais pouvant être de l'empereur Valens.
La plupart de ces monnaies sont admirablement conservées et
elles n'ont pu Tôtre ainsi qu'à Tabri de Pair et des exhalaisons
marines. En effet elles sont en potain, alliage variable de cuivre*
de zinc et d'étain très facilement attaquable, comme j'en ai fait
l'expérience sur deux d'entre elles, par Tacide chlorhydrique
môme étendu d'eau. Ce qui rend encore plus vraisemblable la
conservation de ces monnaies dans Tintérieur du mur, c'est que,
tout dernièrement^ les ouvriers employés à construire la cale
des Vedettes, ont retrouvé dans les blocs de maçonnerie prove-
nant de la démolition du mur Lenormand une dizaine de mon-
naies romaines. Le 4 de ce mois d'août le gardien comptable vint
m'en apporter une si bien conservée que du premier coup je
reconnus un Tétricus père. ,
Ces monnaies permettent-elles de dater l'enceinLe romaine
d'Alet ?
Si on voulait hasarder des conjectures qui ne prétendent pas
actuellement à la certitude, on dirait que cette enceinte fut vrai-
semblablement élevée; comme celles de Rennes et de la plupart
des forteresses-frontières de la Qaule, vers la fin du III* siècle
après J.-C; au moment des invasions des Qermains. Parmi ces
Germains, les plus farouches furent les Saxons qui ravagèrent
tellement notre pays que, depuis l'embouchure de la Seine jus-
qu'à celle de la Gironde, ses côtes désolées avaient pris le nom
de rivage Saxon. Littus Saxonicum ». Les Saxons débarquant à
Alet dans la grève qui s'appellera plus tard, Anse des Bas-Sa-
blons, attaquent et renversent en partie le rempart voisin, celui
qui traverse le chantier Lenormand. Cent ans plus tard, à la fin
du IV* siècle ce rempart est restauré par Gratien et Honorius.
Sous ces deux derniers empereurs Alet était certainement cb ré-
tienne car sur une de nos médailles, Gratien tient en main le
Labarum portant le monogramme du Christ avec cette inscrip-
tion en exergue: Gloria noviseculiy à la gloire d'une ère nouvelle,
de rère chrétienne. Le patron de la cité chrétienne d'Alet fut
saint Pierre dont le pori Saint-Père porte encore le nom à peine
défiguré.
Quelle est l'histoire de l'enceinte romaine d'Alet et de ses
transformations à travers les âges ? On l'ignore^ mais on peut
supposer que ces remparts ont été plus d'une fois, surtout à
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L'ENCEINTE ROMAINE D'ALBt 173
l'époque des invasions normandes, démolis au moins partielle-
ment et reconstruits à la hftte. Je vous fais grâce de toutes les
conjectures de Jacques Doremet dans son très curieux ouvrage
de 1628. réédité par M. Jouon des Longraîs, sur YAntiquité
dAUt. Ce qui est bien certain, c'est qu'à la fia du XI* siècle ces
remparts existaient encore. Ëa 1095, Alet était toujours une place
forte présentant une porte tout près du pré Brécel et du cime •
tièrede Servatius. Cette porte devait être située, j'imagine, sous
les maisons actuelles de la rue du Dick, et tout près de la rue
Beau-Rivage.
C'est là en effet Taboutissement naturel de la voie romaine
("venant de Rennes à Alet directement ou par Corseul) dont on a
trouvé des traces certaines vers 1840 près du village de Saint-
Etienne, et qui de là devait se prolonger dans la direction ac-/
tuelle des rues Verte et Pavée. Ces deux derniers noms sont
particulièrement suggestifs. Quant au mot Dick, c'est un vieux
mot français qu'on trouve dans notre chroniqueur Froissart à la
fin du XIV* siècle avec le sens de sillon, digue, rempartde toutes
sortes spécialement contre les flots de la mer. C'est à peu près
aussi le sens des mots Hague, Hogue et de î-on dimioulif Ho-
guette. Aussi Alfred Ramé n'a pas craint d'écrire dans la Revue
Archéologique (VII, p. 355). « Le nom et la chose rappellent la fa-
meuse Hague-Dyck qui protège le cap La Hogue à la pointe ex-
trémedu Cotenlin ». D'après cesagace archéologue, lacitéd'Alet,
avant d'être un castellum romain, devait être un oppidum gaulois
et le fossé de ses fortiflcalions devait être vraisemblablement sous
la rue du Dick. Voilà plus de raisons qu'il n'en faut pour justifier
nos recherches dans cette rue. Nous y avons creusé deux puits
verticaux de deux mètres de côté en section horizontale. Le pre-
mier de ces puits, à l'ouest de la rue, nous a donné le roc à 1"^ 50
de profondeur, mais ce roc s'inclinait fortement vers le sud. Le
second puits, à Test, près de la rue Beaurivage, ne nous a donné
le rocher qu'à plus de 3 mètres de profondeur. Nous devions
être sur la douve gauloise de Ramé. 11 semble résulter de ces
sondages que le rempart romain, sMl en existe des restes dans
la rue du Dick, est au nord et sous les maisons de cette rue.
Da la rue du Dick, l'enceinte romaine traversant la rue ac-
tuelle d'Aleth et le bas de la place Saint-Pierre, descendait sur
les rochers qui portent les maisons Gloannec. Pour asseoir ces
maisons, on n'a pas hésita à faire sauter à la mine, sans respect
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174 RRVUE DE BRETAGNE
des 8ouveoirs« de forts morceaux de la muraille antique. Heureu-
sement qu'au haut de Tescalier conduisant à la grève il en reste
des blocs assez considérables pour que les yeux les moins
exercés ne puissent douter de leur origine.
L'enceinte d'Alet se prolongeait sans doute dans la direction
du Maréographe près duquel on peut voir les traces d'une cale
romaine. De là elle devait contourner la Cité vis-à-vis Dinard
pour revenir en face du Môle de Saint-Malo. Je crois bien l'avoir
aperçue en deux points différents dans ce trajet, mais comme
cette région est interdite au public, et qu'on n'y pourrait pas con-
trôler mes affirmations, je préfère m'en tenir là pour aujourd'hui.
Et maintenant, quel a été le but de notre travail, et pourquoi
avons-nous fouillé ainsi nos vietix remparts? Par amour du pays
qui nous a donné le jour, par piété filiale envers notice mère
l'antique Âlet. Aujourd'hui, sur la côte d'fimerauàe, on parle
souvent du Clos-Poulet. J'aimerais mieux le Poulet tout court.
Evidemment toutes les personnes qui font sonner ce mot dans
leurs discours, ou en ornent leurs écrits connaissent parfaite-
ment son étymologie ? Ce n'est donc pas à elles, mais peut-être à
quelques autres qi'il faut apprendre que Poulet vient très
régulièrement de Pagus Aleti^ pays d'Alet. Dès lors il importait
de bien montrer aux plus distraits et aux moins clairvoyants
l'emplacement incontestable de la forteresse d'Alet, chef-lieu et
centre de la cité d'Alet c'est-à-dire ,du Poulet. Gomme les nobles
rejetons d'une illustre lignée, nous avons essayé de reconstituer
notre généalogie et de déchiffrer nos papiers de famille^ nos
titres lapidaires ensevelis sous la poussièr^ides siècles. Et notre
piété filiale ne s'étend pas seulement à nos lointains ancâtreg
des époques romaines ou gauloises, mais au sol lui-môme qu'ils
ont fouléy à la terre qu'ils ont habitée. Volontiers nous dirions^
avec notre célèbre compatriote Chateaubriand dans son Génie
du Christianisme (p. 1171 18) : « Le plus beau, le plus moral des
instincts c'est Tamour de la Patrie. 3i cette loi n'était soutenue
par un miracle toujours subsistant et auquel, comme à tant
d'autres, nous ne faisons aucune attention, les hommes se préci-
piteraient dans les zones tempérées, en laissant le reste du globe
désert... Afin d'éviter ces malheurs, la Providence a, pour ainsi
dire, attaché les pieds de chaque homme à son sol natal par un
aimant invincible... Les glaces de llsland^ et les sables embrasés
de l'Afrique ne manquent point d'habitduld. »
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L'ENCEINTE ROMAINE D'ALET 175
Encore un mot seulement et j'aurai termioé cette trop
longue conférence. Malouins et Servannais, souvenons- nous
toujours que, si nous ne sommes pas absolument frères, nous
sommes cousins germains. Nous avons la môme grand'mère,
Tantique et vénérable Met. Si donc nous ne pouvons pas faire
Tunion de tous les bons Français, de tous les vrais Bretons,
faisons au moins l'union cordiale des deux villes.
Saint'Servan. te i7 août 190$,
L. Gampion.
Depuis cette conférence du 17 août, les travaux d'exhumation
de nos remparts gaUo-romains ont continué sans interruption
sur les glacis de la Cité. Je pense qu'ils ne termineront que dans
la seconde quinzaine de septembre, au moment où je serai à la
fin de mes vacances et en môme temps à la fin de mes crédits.
Jusqu'ici j'ai été heureux dans mes recherches. Le soir môme de
la séance solennelle de la Société Archéologique à la salle des
fôtes de l'hôtel de ville de Saint-Malo, le plus perspicace de mes
ouvriers trouvait au fond de sa tranchée, dans les soubasse-
ments du mura une profondeur de 1. "", 50 au-dessous du gazon,
un petit bronze de O"", 015 de diamètre. Nettoyée, cette monnaie
s'est trouvée représenter un superbe Constantin le Grand
empereur de 306 à 337. Au recto l'inscription latine se lit très
facilement Flavi Constantin... jusqu'aux deux ou trois dernières
lettres à moitié effacées. D'ailleurs cette figure du recto est
identique & celle d'une monnaie d'or de Constantin dessinée
dans le nouveau Larousse illustré. Le verso des deux monnaies
est un peu différent; sur la mienne on voit deux soldats en
armes debout de chaque côté d'une colonne cannelée surmontée
d'un étendard qui semble le Labarum. Je ferai déterminer cette
face de la monnaie d'une façon plus précise par M. Adrien
Blancbet.
Le lendemain, 18 août le môme ouvrier me trouve encore un
Tétricus père, à quelques mètres de l'endroit où il avait trouvé
son Constantin L II était à ce moment sur la partie des fondations
qui s'appuie directement sur le rocher, et en cet endroit le ro-
cher n'est.plus le gneissgranitoïde ; c'est un filon de diabase qui
partant de la grève où il est très visible vient afOeurer au haut
de la falaise.
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176^ REVUE DE BRETAGNE
La perspicacité de mon ouvrier l'a un peu abandonné le 21 août.
Ce jour-là il avait découvert, dans une tranchée voisine du mur
romain, une hache en pierre polie percée d'un trou d'emman-
chement. Cette hache, que je n'ai pas pu voir, avait été déposée
près de la tranchée. Elle a piqué la curiosité d'un connaisseur
qui Ta examinée avec soin, et remise en place, et yéans doute
tenté la convoitise d'un curieux qui n'était peut-être ni archéo-
logue ni connaisseur, mais qui, en revanche, a oublié de me la
.remettre.
Puisse la lecture de cet article, s'il lui tombe sous les yeux, lui
rappeler efficacement le septième commandement.
Les murs étant maintenant dégagés des deux côtés, depuis le
point B jusqu'au point E de mon plan, le public qui peut Juger
de leur épaisseur (1"70 à 1"^95) commence à s'int^esser vive-
ment à ces travaux. Il regarde tout, les nombreuses briques, les
très nombreuses tuiles à rebord (tegulae) et les briques semi-
cylindriques creuses du falte(imbrices); il est surtout intrigué par
le tas d'ossements de toutes sortes que nos fouilles ramènent au
jour, et qui le croirait ? Ces ossements ne tardent pas à dispa-
raître. Pourquoi ? dans quel but sont-ils enlevés ? Dieu le sait.
On entend sur notre petit chaatier des réflexions dans ce genre-
ci : j'ai soixante-cinq ans, j'ai toujours habité Saipt-Servan, et
jamais je n'aurais soupçonné qu'il y avait comme ça des mors
cachés sous la terre. D^autres parlent de souterrains, des choses
épouvantables qui devaient s'y passer, et font un rapprochement
avec les oubliettes du mont Saint-Michel.
Une affirmation extraordinaire d'un bonhomme plus riche d'an,
nées que de jugement me fit un jour bondir malgré moi, et sans
mon calme bien connu et ma douceur de caractère nous allions
bientôt arrivera une vive discussion. Donc, mon bonhomme ex-
pliquait à ses voisins que le bloc de dix mille kilogrammes,
dont j'ai parlé en séance, était venu occuper sa position actuelle,
il y a seulement quatre ans. Le bonhomme ignorait que Alfred
Ramé en 1863 indiquait dans la Revue Archéologique que le bloc
était là depuis plusieurs années. Il ignorait que P. Liger (Les
Diablintes-Alet et Jublains. Champion) en 1898 donnait le môme
renseignement. Il n'écoutait pâs les nombreuses personnes qui
lui criaient l'avoir vu, comme moi, en cette mÔTC n^nce depuis
trente et môme quarante ans.
Le bonhomme tenait à son idée, ce qui est assez naturel et
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L'ENCEINTE ROMAINE D^ALfiT 177
arrive à d'autres qu'à lui, mais il y tenait mordicus, sans rime ni
raison, sans môme l'apparence d'une ombre de raison. Aussi ce
n'est pas à son appréciaUon que j'irai soumettre le bel échan-
tillon de poterie Samienne trouvé dans nos tranchées. Si je
commettais ce crime j'entendrais saint Matthieu me crier en
latin : « Nolite dare sanctum canibus, neque mittatis margaritas
vestras ante porcos » ; ce qu'un artiste de mes amis traduit ainsi,
dans la conversation : « On ne donne pas des confitures aux
agents de ville ». Mais je m'arrôte ; il en est temps, car sans
cela, les agents de ville pourraient bien m'arrêter. ^
Dans cette semaine qui a suivi la séance du 17 août, j'ai eu la
grande chance de retrouver le rempart romain au sud de la cité.
(Test grâce à une indication de M. Jules Haize, secrétaire de notre
Société Archéologique de Saint-Malo, que j'ai pu arrivera cet
heureux résultat.
J'avais dit en séance que nos fouilles dans la rue du Dick m'a-
menaient à conclure que le rempart romain, s'il en restait des
traces, devait être au nord de cette rue et sous ses maisons. Eu
réalité ce rempart se trouve à trente mètres environ au nord de
ces maisons. Dans un immeuble d'une belle apparence, bordant
à l'est la villa Chateaubriand, et inspectée vers la Brillantais et
Jouvente, le propriétaire, M. Brétécher, en construisant une
citerne, il y a deux ans. trouva un mur de plus de 1" 50 d'épais-
seur et d'une extraordinaire dureté. L'ouvrier employé à ce tra-
vail fit remarquer à M. Brétécher la couleur rougefttre du mortier
contenant de la brique pilée et il ajouta comme conclusion pra-
tique : « Inutile de faire un échafaudage pour soutenir le mur
pendant notre travail, nous sommes dans le ciment romain, le
mur tient tout seul, on ne peut seulement pas en arracher un
morceau ». Ce mur si solide, si résistant, ressemble par tous ses
caractères au bloc romain de la cabane des douaniers (B sur le
plan) et, ce qui est très curieux, il pr<^sente comme lui cette sin-
gularité : si on considère un profil vertical de ces murs, perpen-
diculaire à leur longueur, on voit que dans lasection obtenue qui
donne par conséquent leur épaisseur, la partie la plus rapprochée
de la mer est à peu près verticale, l'autre, la partie intérieure à
la citadelle, est penchée vers la mer en faisant avec le sol hori-
zontal un angle aussi grand que celui de la tour penchée de Pise.
Mes ouvriers avaient déjà émis cette idée que le rempart avait
dû être construit intentionnellement dans cette forme inusitée.
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178 REVUE DE BRETAGNE
A la suite de ce mur romain de l'immeuble Brétécher, en mar-
chant vers Test parallèment à la rue du Dick, j'en ai retrouvé
une autre portion de vingt à trente mèt^s de longueur. Pendant
le mois de septembre j'emploierai tous mes soins pour recons-
tituer le plus complètement qu'il sera possible l'enceinte romaine
d'Alet.
En terminant je remercie M. le comte de Laigue, qui s'occupe
avec tant d'intelligence et de dévouement de tout ce qui concerne
la petite Bretagne, d'avoir provoqué et accueilli mon article avec
tant d'amabilité. Je lui av^ais Tannée dernière promis quelques
lignes pour sa Revue relativement à mes fquilles. C'est fait.
J'ajoute, sur sa demande, un schéma de la cité d'Alet en Saint-
Servan pour faciliter l'intelligence de ce qui précède. J'ai indi-
qué une échelle des longueurs : ^ parce que mon schéma est
presque un plan de précision. Le mur romain, sur l'immeuble
de M. Brétécher, y est figuré par la ligne N M. On remarquera
au nord de la cathédrale une porte monumentale (dimensions
très exagérées). Cunat place en cet endroit l'évôché d'Alet. Mais.
M. Balleyguier, qui a relevé cette porte avec beaucoup de soin,
fait remarquer qu'à l'origine les évôchés étaient placés au sud
des cathédrales. Je croirais volontiers av» c lui, qu'en cet endroit
il y avait un mur séparant la partie civile de la partie militaire
de la forteresse d'Alet et que cette porte monumentale établis-
sait la communication entre ces deux territoires distincts. L'ave-
nir nous apprendra peut-dtre le bien ou mal fondé de cette con-
jecture.
Saint'Servan, le 22 août i908
L. Gampion.
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MÉLANGES HISTORIQUES
(Suite) fi)
XVIII. — Le Comte db Nantes Mathias II.
Le dQG Hoèl laissa en mourant deux flls qui se partagèrent sa
saccession : Alain eut le comté ou duché de Bretagne avec
Rennes pour capitale, Mathias "^eut le comté de Nantes. Or les
chroniques ne s'entendent pas sur la date de la mort de ce
dernier. La Chronique de Saint-Brieuc donne ilOl, les CAro-
niques de Quimperlé et de Ruis donnent 1103 et les Chroniques
Annaux donnent li04 (2). Nos historiens modernes adoptent la
seconde date et cependant ils acceptent comme authentique une
charte du 9 octobre 1101 (8), par laquelle Alain confirme toutes
les possessions que l'abbaye de Marmoutiers avait dans le
pays nantais. Or une pareille confirmation est absolument in-
vraisemblable, si Mathias était encore vivant à cette date, car
son frère n'avait aucune autorité sur le pays nantais. Elle se
comprend très bien au contraire si Mathias venait de mourir et
si les religieux, comme cela arrivait souvent, s'empressaient de
faire confirmer leurs possessions par le nouveau souverain sitôt
son avènement, Alain ayant naturellement succédé à son frère
Mathias, mort sans enfants. L'autorité de cette charte vient donc
appuyer la date donnée par la Chronique de SainUBrieuc, nous
avons donc chance d'être plus près de la vérité en disant que
Mathias est mort en 1101 qu'en disant qu'il est mort en 1103.
Nos historiens commettent de plus une légère erreur en parlant
de cet acte qu'ils disant donné par Alain en son palais de Nantes.
Us n'ont pas remarqué qu'il se compose en réalité de deux
parties différentes : 1* la confirmation octroyée par Alain, qui est
bif>n du 9 octobre 1101, mais qui fut donnée à Rennes, et non à
(1) Voir la Revm d'août 1908.
(2) Morice, PreuveSt tome I,col. 36, 151 et 103 ; CarlvUairede Quimperlé, p. 105,
(3) Morioe, Preuves, tomel, «cl. b04 et 5f7.
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m HEVUB DE BRETAGNE
Nantes ; 2'' uae série de donations émanant d'Alain, de sa femme
et de son fîls, par actes passés à Nantes, mais non datés et sim-
plement indiqués comme postérieurs à la confirmation de 1101.
XIX. — Lb duc Hobl II.
Tous nos historiens ont admis comme exacte cette assertion de
Le Baud, que Gonan III, à son lit de mort, aurait désavoué Hoôl,
le fils de sa femme Mathilde, de sorte que la presque totalité do
duché de Bretagne aurait été immédiatement occupée par Eudon,
vicomte de Porhoët, au nom de sa femme Berlp^ fille légitime de
Gonan III, le comté de Nantes ayant seul reconnu Hoêl pour son
souverain. J'avoue que le silence des chroniqueurs contem-
porains sur un fait aussi exorbitant que ce désaveu de paternité
me rend ce fait assez suspect. Le Baud me paraît doncayoir com-
mis une erreur en traduisant la chronique latine qu'il avait sous
les yeux. Gette dernière était sans doute celle que Dom Morice a
publiée sous le titre de Chronicon Britannicum (i) ; or il y est dit
simplement que Gonan n'avait pas reconnu Hoël pour son fils,
ce qui s*explique beaucoup plus naturellement si Ton suppose
que le chroniqueur entendait par là que Hoël était un fils b&tard à
qui Gonan n'avait pas reconnu les droits d'enfant légitime que si
Ton veut lui faire dire que Hoôl, longtemps reconnu comme
enfant légitime de Gonan III, aurait été brusquement dépouillé
de son état-civil par la décision paternelle.
Le Baud parait s'être également trompé lorsqu'il restreint au
comté de Nantes les territoires sur lesquels se serait exercée la
souveraineté du comte Hoël. Dans une charte de 1148 il se quali-
fie duc de Bretagne. Une charte de 1149 oh il se dit simplement
comte de Nantes est signée non seulement par l'évoque de
Nantes, mais aussi par l'évëque de Saint-Pol de Léon, ce qui
prouve que l'autorité de Hoël était reconnue dans ce dernier dio-
cèse. On peut dire la môme chose du diocèse de Quimper^ puis-
que l'évèque de cette ville, dans une charte de 1152^ parle de
Hoël comme duc de Bretagne, et ce titre est encore celui que
prend Hoël dans une charte de 1153 (2). Or, comme Le Baud dit
(1) Preuves, tome I, ctl. 103,
(2) Morice, Preuves, Tome I, col. 603, 614 et 616.
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^^^^J
MÉLANGES HISTORIQUES iôl
qne Hoël e.xerça sa souveraineté sur le pays de Nantes pendant
six ans, c'est-à-dire pour lui de M47 à 1153, il est probable qu'il
y a là une parcelle altérée de vérité historique et que Le Baud
en écrivant cela avait sous les yeux une chronique qui le faisait
régner sur la Bretagne pendant ce ménae laps de temps ; car son
assertion prise au pied de la lettre serait certainement coa
traire à la vérité, Hoôl ayant possédé près de huit ans le comté
de Nantes, de 1148 à 1156, et môme près de neuf ans^ si Ton
accepte les dates de Le Baud qui fait mourir Gonan III en 1147.
J'ajoute que les Chroniques Annaux publiées par Dom Morice,
lorsqu'elles nous montrent Hoôl profitant de la faveur populaire
pour occuper le pays après la mort de son père, mais bientôt ré-
duit à n'être comte que de nom par l'opposition de son beau-
frère Eudon, semblent bien par le mot terra entendre non pas le
pays de Nantes, mais le pays de Bretagne, et par le mot cornes
non pas le titre de comte de Nantes, mais le titre de comte de
Bretagne, l'autorité de Hoël ayant été effective sur le pays
nantais ; et de plus elles semblent indiquer que les prétentions
d'Eudon se produisii'ent postérieurement à l'avènement de Hoél.
Si dans le dernier des actes que je viens de citer, celui de 1153,
Hoël prend encore le titre de duc de Bretagne, sa situation s'est
cependant modifiée sur un point. Il reconnaît à sa sœur Berte
des droits au moins égaux aux siens.puisqu'il fait confirmer par
elle la donation, et comme les terres qu'il donne sont situées
dans le comté nantais, il devient évident qu'à ce moment la
Bretagne n'est pas partagée en deux fractions sur chacune des-
quelles l'un des compétiteurs exerce seul l'autorité, mais qu*il
s'est produit un fait qui oblige Hoôl à ne plus se considérer
comme le seul souverain de la Bretagne. Ce fait, c'est très pro-
bablement le succès des prétentions d'Budon de Porhoôt, le
second mari de Berte.
La Chronique de Penpont parle en effet d'une guerre entre
Hoôl et Eudon qui aurait pris fin en môme temps que se termi-
nait en Angleterre la guerre du roi Etienne et du duc Henri ;
or, comme d'après tous les chroniqueurs cette dernière se ter-
mina en 1153, il faut probablement substituer cette date à celle
de 1154 donnée par Ibl Chronique de Penpont, dont la chrono-
logie est d'ailleurs souvent fautive. Notre chartede 1153 est donc
la manifestation du nouvel état de choses établi en Bretagne.
Sans doute dans une charte inédite du 27 novembre 1150 en fa*
Octobre fOôS. i4
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182 RBVUE DE BRETAGNE
veurde l'abbaye de Savigny (1), Eudon prend déjà le titre de « duc
de Bretagne par la grâce de Dieu » et s'adresse « & tous les
« évdques, clercs, barons Justiciers, prévôts, chevaliers et autres
« fidèles de sa terri3 », pour confirmer de façon générale les
possessions de Tabbaye de Savigny ; mais cette charte n'est
signée que par des dignitaires de l'Eglise de Rennes et prouve
simplement que le pays rennais reconnaissait alors la souve-
raineté d'Eudon. Or comme cps confirmations générales sont
d'ordinaire accordées parles seigneurs au moment de leur avè-
nement, il en résulterait que le mariage d'Eudon et de Berte
n'aurait pas eu lieu très longtemps avant cette date. Lors donc
que Le Baud nous dit que la guerre entre Hoël et Eudon dura
quatre ans, nous pouvons supposer parla qu'elle aurait duré de'
1149 à 1153, et que Berte aurait attendu la mort de son père pour
se remarier, ayant dès lors besoin d'un protecteur pour rem-
placer celui qu'elle venait de perdre. Ces hostilités, qui durèrent
quatre ans, ne peuvent être en effet postérieures à l'arrangement
de 1153, puisque,^ même si elle avaient recommencé aussitôt,
elles se seraient nécessairement terminées avec l'expulsion de
HoQl dans les premiers jours de 1156, et n'auraient pas pu par
conséquent atteindre le laps de temps qui leur est assigné par le
chroniqueur breton.
Tel n'est pas l'avis de nos historiens modernes. Tous sont
d'accord pour nous montrer au début de 1156 Hoôl chassé de
Nantes par une sédition populaire ; mais pour eux cette sédition
s'explique par la défaite toute récente infligée à Hoôl par Eudon
près de Rezé à la fin de 1154. Dans ce cas il faudrait évidemment
interpréter autrement le passage de Le Baud relatif aux quatre
années de guerre : celle-ci aurait alors commencé en 1152, l'ar-
rangement de 1153 n'aurait été qu'une Ir&ve, les hoslililés au-
raient recommencé en 1154 et n'auraient pris fin qu'en 1156 par
la fuite de l'un des deux compétiteurs. Mais est-on bien sûr que
tel soit le motif de l'expulsion de Hoël ? Est-on bien sûr que la
bataille de Rezé ait été livrée en 1154, la chronologie du Chronicon
Britannicum, le seul document qui parle de celte affaire, étant si
souvent fautive ? Est-on même bien sûr que ce voyage en bateau
exécuté par Hoël de Nantes à Rezé soit le préliminaire d'un
combat ? Le Chronicon Britannicum ne le dit pas ; Le Baud qui
(1) Cartulaire de Savigny, Bibl. de Fougères^ p. 117.
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MÉLANGES HISTORIQUES Il8
interprète ainsi cet événement, avait peut-être sous les yeux un
récit plus détaillé aujourd'hui perdu, mais il y a peut-être là
simplement une interprétation à lui personnelle d'un fait qui est
peut-être la mention d'un naufrage ou de quelque autre accident;
car il est assez bizarre au point de vue stratégique, 8*il s'agit là
d'une lutte entre un comte de Rennes et un comte de Nantes, que
le comte de Rennes ait été attaquer son adversaire sur la rive
gauche de la Loire, se plaçant ainsi dans une position qui, en cas
de défaite, pouvait devenir fort critique. On voit ainsi combien il
subsiste d obscurités dans le récit de ces événements.
Il serait également intéressant de savoir si ce futEudon ou
Hoôl qui envoya en 1151 un contingent breton soutenir le jeune
duc Henri de Normandie et son père le comte d* Anjou contre les
efforts combinés du roi de France et du comte de Blois. Quoi
qu'il en soit, ce fait est la preuve qu'une partie au moins des
Bretons continuait à suivre la politique de bonne entente avec
l'Anjou et la Normandie qui avait été celle de Conan III.
XX. — La ghronologib des Annales Bretonnes.
Parmi les faits de notre histoire locale, il en estqui nese trouvent
rapportés etdatés que dans des documents annalistiques spéciaux
à notre province. Quelle confiance méritent ces documents ?
C'est ce qu'il importe de savoir. La meilleure façon de s'en assu-
rer est évidemment de s'attacher d'abord aux faits qui leur sont
communs avec d'autres annales dignes de foi. Si les unes elles
autres fournissent des témoignages concordants, on en peut
conclure à la valeur chronologique de nos annales locales et
accepter les dates qui leur sont spéciedes; dans le cas contraire,
il sera bon d'indiquer que ces dates ne constituent pour nous
qu'une vérité approximative.
Ces documents annalistiques sont au nombre de cinq : les
Annales de Samt-Gildas-de-Ruis, qui s'étendent de 1008 à 1291,
les Annales de Saint-Jacques de Montfort^ appelées quelquefois
Chronique de Penpont, qui vont de 1154 à 1305, les Annales de
Sainte-Croix de Quimperléy qui commencent en 814 et finissent
en 1314, le Chronicon Britannicum qui va de 211 à 1356, et 1^8
Chroniques annaux qui s'étendent de 593 à 1463 (1).
(1) L«s Annales de Ruis ont été publiées pardom llorioe, Preuve$t tome I
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^84 RBYUB DB BRBtAGNË
De ces ciaq documents, les Annales de Ruts paraissent le plus
exact. Je n*y relève qu'une erreur certaine^ la mort de Richard
Cœur de Lion placée en 1198 alors qu'elle eut lieu en 1199. Les
dates qui leur sont spéciales sont donc probablement exactes.
Nous venons cependant de voir que la date de 1103, donnée
comme étant celle de la mort du comte Mathias II de Nantes, est
sans doute erronée.
Les Annales de Montfort sont loin d'avoir la môme valeur.
Elles débutent par une erreur^ puisqu'elles placent en 1154 la
réconciliation du roi Etienne et du duc Henri qui eut lieu .en
1153. Ce n'est pas là leur seule inexactitude : elles placent en
1174 la révolle des fi s de Henri II contre leur pôre qui estde 1173,
et en 1198 l'emprisonnement de la duchesse Constance qui est
de 1196. Lincendie de Josselin qu'elles datent de 1170 est donc
analogue à l'incendie de Josselin raconté par Robert de Torigni
sous Tannée 1168 : et il n'y a pas lieu d'admettre deux incendies
de Josselin, Tun en 1168, l'autre en 1170, suivant l'opinion de
certains historiens modernes.
Les Annales de Quimperli nous sont parvenues dans deux
manuscrits différents, l'un qui existe encore, Tautre qui a dis-
paru, mais dont l'édition de Baluze nous a conservé le texte. Or
ces deux rédactions diffèrent sensiblement quant aux dates. La
seconde est évidemment supérieure à la première quand elle
place en 877 et non en 879 la mort de Charles le Chauve, et les
éditeurs du Cariulaire de Quimperlé, MM. Maître et de Berthou,
considèrent également comme exactes les dates assignées par la
seconde rédaction à la mort de Tévêque de Quimper Robert et k
la mort des abbés de Quimper Haimeri et Gurvand et comme
inexactes les dates assignées par la première rédaction à ces évé-
nements. Il parait donc logique de conclure qu'il vaudrait mieux
placer la mort d'Alain, comte de Rennes, en l'année 1039, avec la
seconde rédaction des Annales de Qt^tmp^r/^, qu'en l'année 1040»
avec la première, comme le font la plupart de nos historiens.
Si maintenant nous nous attachons aux dates pour lesquelles
nos deux rédactions ne présentent pas de variantes, nous cons-
tatons que la chronologie des Annales de Quimperlé, est très sou-
ool. 110 et taÎT., les Annales de Montfort, col. 153 et suiv., le Cîironieon Brù
tannieum col. 1 et suiv., lês Chroniques annatue, col. 102 éfuii,^ les Annales
de Quimperlé ont été publiées par MM. Maître et de Berthoa daas leur édition
du Cartulaire de Quimperlé, p. 100 et suit.
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MÉLANGES HISTORIQUES 185
vent fautive. Sans doute on y rencontre des dates exactes : concile
de Reims (1119). mort da pape Galixte II (1 124)^ du pape Innocent
II (1143), do comte Conan et de l'évoque Haimon (1171). mais si
nous comparons lenr chronologie à celle de Guillaume de Nàngis
par exemple, nous voyons que le concile de Rome eut lieu en 1123
et non en 1122, que l'archevêque Oislebert mourut en 1127 et non
en 1124, que les papes Gélestin II et Luce II moururent en 1144
et 1145 et non en 1143 et 1144 et que Tarclievôque Josse mourut
en 1173 et non en 1174 ; enfin nous avons vu que le comte Mathias
était mort très probablement en 1101 et non en 1103, et nous al-
lons montrer tout à Pheure qu'il faut placer en 1076 et 1070 et non en
1077et 1078 lacaptureducomteHoôletlamortderévèqueQuiriac.
Le Chronieon Britannicum est une compilation. Il sufBtpour
s'en convaincre de constater que le môme événement y est
signalé deux fois à deux dates différentes. La translation du
corps de saint Mathieu y est racontée une première fois sous
Tancée 830, uoe seconde fois sous Tannée 857. Il est donc bien
évident que le compilateur n'a pas toujours fait preuve d'intelli-
gence dans le travail qu'il entreprenait. Il avait probablement
sous les yeux lès Annales de Quimperlé, dans le texte qu'a connu
Baluze, puisqu'il place en 1039 la mort du duc Alain III qui dans
le manuscrit in-8** du Cartulaire de Quimperlé %^i placée en*i040.
Les articles insérés aux années 843, 851, 857, 809, 874, 931^ 936,
992, 1008, 1039. 1057, 1066, se retrouvent en tout ou en partie
dans les deux textes (1). C'est à Flodoard qu'il emprunte plus ou
moins directement ce qu'il dit aux années 939, 943 et 944. Il s'est
servi des Annales aujourd'hui perdues de l'abbaye de Saint-Méen
et leur a emprunté le récit des événements placés plus ou moins
exactement sous les dates de 600, 799, 919, 1024 et 1074 ; enfin il
a eu entre les mains les Annales de Buis auxquelles il emprunte
ce qu'il dit du synode de Rennes (1079), de la mort des évoques
Eudon ou Evenus (1081). Renaud (1081) et Brice (1140). Sa chrono-
logie dépend donc beaucoup des sources auxquelles il se réfère.
Tantôt les dates concordent avec celles des documents dignes de
foi : proclamation de Constantin, qu'il appelle d'ailleurs à tort
Constantius, par les légions de Bretagne (407), mort de Gontran
(593), mort du duc Hoôl (1084), mort de Geofroi Martel (1109), cap-
ture du roi Etienne (1141), mort du roi Foucon (1143). Mais il
(t) Av€0 oette seule différence qae les éTénemeats de 869 sont datés de 870 dans
les Annales de Quimperlé.
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t9(} REVUE PB BRETAGNE
arrive très souvent que sa chronologie egt inexacte, Çtonstaatiufi
est mort en 306 et non en 308, Galère en 311 et non en 3Q9, Cons^
tantin en 337 et non en 364, Valentioien en 375 et non en 377,
Glpvia en &il et non en 513, Glotaire en 561 et non en 563, saint
Qeripain en 576 et non en 578, le pape Benoît en 578 et non en
590, Beppolène en 590 et non en 593, Gadvalon en 635 et non en
6?4, Abaile^rden 1141 et non en 1143 ; la défaite des Bretons à
Déols est de 469 et non de 431, la signature de la paix entre Da-
gpbert et Judlc^^l e3t de 636 et non de 643, Tempereur Liouis vint*
en Bretagne en 818 et non en 817. Par conséquent il est plus
prudent de choisir pour la première bataille de Conquereuil la
date de 081 donnée par la Chronique du Mont Saint-Michel que
la datcï de 982 donnée par notre document, et, pour la mort de la
comtesse Berte, de laisser de côté la date de 1084 et d'adopter
celle de 1085 que donnent h la fois les Annales de Ruis^ celles de
Quimporlé et les Chroniques Annaux,
li% chronologie du Çhronicon Britannicum est donc fortement
suspecte* Cette chronique présente d'ailleurs un autre défaut.
Abusé par ta ressemblance des mots, Tauteur a cru devoir rat-
tacher à rhistoire de Bretagne des événements qui lui sont com-
plètement étrangers, liorsqu'il insère par exemple à la date de
809 le^ mention suivante : Çarolus siài Venetiam subegit^ il croit
évidemment relater la soumission du pays de Vannes, or il
s'agit eu réalité de la Vénétie italienne, comme le prouve le
texte des Annales d'Angilbert à Tannée 810.
Le document publié par dom Morice sous le titre Aliud çhro-
nicçn Britannicum ou Chroniques annaux a encore plus le carac-
tère d'une compilation. Les mômes faits y sont racontés à deux
reprises de façon différente, tantôt sous la môme date, (mort
d'Alain III, 1040, mort de Conan II, 1066, mort de Hoel, 1084,
guerre de Conan IV contre le Léon, 1170, naissance du fils de
François II, 1463), tantôt sou": des dates différentes (mort de
Mathias, lOW) et 1051, mort de Geofroi d'Anjou, 1060 et 1062, cap-
ture de Blpelet mort de Quiriacus, 1076 et 1077, mort d'Alain IV,
1119 et 1120, mort de Conan IV, 1147 et 1148, mort de Geofroi de
Nantes, 1158 et 1159, expulsion d'Kudon de Porhoet, 117JI et
1172, naissance d'Artur, 1186 et 1187). Il est donc évident que
l'auteur a eu 9Qus les yeux plusieurs documents anpalistiques,
qu'en plusieurs cas il s'est borné à juxtaposer. Sa chrono-
logie est donc fort sujette à caution. Sa première date est
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MÉLANGES HISTORIQUBS i87
fauMO. Q'est eo &dO, d'après Grégoire de Tours, et dod en
593, que Belpolenus a été vaincu et tué par Werochus. La
mention des rapports de Werochus et de saint Méen vient
sans doute des Annales de Saint^Méen. Les événement rappor-
tés aux années 835, 837, 843, 942, 945 et 992 figurent à leur véri-
table date. Mais lorsqu'il mentionne à Ja fois en 879 la création
d'Alain comme duc de Bretagne et la mort du duc Hugo, abbé de
Saint-Martin, nous nous demandons si le premier fait est exacte*
ment daté, car le second ne Test point, le duc Hugo étant
mort en 886 : de plus ce Hugo n'était pas, comme le dit le
compilateur, flls du roi Robert I*^ et père de Hugues Gapet,
car cette double assertion s'applique à un autre Hugo, eelui
. du X* siècle. La date de 1037, donnée comme étant celle de
la mort du comte Budic, est contredite par une charte de ee
même comte qui nous le montre vivant encore en 1038. La date
de 1040, donnée à deux reprises comme étant celle de la mort du
duc Alain, est empruntée à la première rédaction des Annales
de Quimperlé dont la seconde mention reproduit le texte, avec
cette seule différence qu'elle place l'événement au 1*' avril, tandis
que les Annales de Quimperlé le placent au !•' octobre. Le récit
des démêlés du comte Hoël de Nantes et du comte Geofroi
d'Anjou est certainement mal daté, car en 1040 Hodl n'était pas
encore comte de Nantes.
Des deux dates assignées à la mort du comte Mathias, celle
de 1050 a pour elle l'appui de la Chronique de Saini^Ptorent,
faible appui d'ailleurs, car la chronologie de ce document est
souvent fautive ; elle a contre elle que le texte qui la relate
renferme une erreur, lorsqu'il fait de Hoei le frère et non l'oncle
de Mathias Des deux dates assignées à la mort de Oeofrol
d'Anjou, la première, celle de 1060, est la bonne (1). Le partage
de la Bretagne entre Hoôl et Eudon est faussement raconté à la
date de 1061, par suite d'une confusion entre les deux Hoôl,
celui du XI* et celui du XIP siècle. L'ordination de Quiriaous
n'a pas eu lieu en 1063, mais en 1061 (2). On peut consi-
(1) n faat dire c^^pendant que d'après M. Luchairê {Histoire de FraneeAom^ U,
2* paPtie, p. 65), Geofroi gérait mort U 14 novembre et non lé 1** avril.
(2) Comme l'a établi M. Blanchard, Revue de Bretagne^ année 1895, tome I,
p. 329. Il e§t d*ailleurg probable que si le chroniqueur rajeunit ainsi cet événement
de d^uï ans, c'est qu*il avait commencé par faire subir le même traitement à la
date de la mort de Geoiroi Martel, antérieure d*uB an à TordiiiatioB de Qui-
liacua.
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t88 RBYUE DE BRETAGNE
dérer comme exactes, les dates de la mort dé Gonan II (1066),
racontée d'ailleurs à deux reprises, de l'ordination de l'évoque
Benedictus (1081), de la mort du duc Hoël (1084), de la
mort de la reine Mathilde (1083), de la mort de la comtesse
Berte (1085), du mariage d'Alain Pergent (1087). de la
mort de la duchesse Constance 1090), de la démission de révo-
que Benedictus (1113) (1), de la mort de Geofroi Martel (1106),
^e l'expulsion du comte Hoôl (1156), du siège de Bécherel (1168)^
de la mort de l'évoque Bernard (1169), de l'ordination de Tévêque
Robert (1170), de la mort de l'évoque Hamon et du comte Gonan
(1171), de la guerre entre le roi Henri et ses (Ils et de la mort de
révêque Josse ^1173)» de la mort de l'évoque Robert (1184). Mais
j'ai démontré plus haut que la mort du comte Mathias crevait
dire placée en 1101 et non en 1104 ; M. de la Borderie date de 1135
et non de 1136 la fondation de l'abbaye de Buzai, le jeune roi
Henri fut sacré en 1169 et non en 1170, Artur naquit en 1187 et "
non en 1186, Geofroi mourut en 1186 et non en 1187, enfin Alain
de Dlnan mourut au plustôteh 1196 et non par conséquent en 1187.
Le siège deDol parHoél est placé en 1076, mais le chroniqueur
normand Robert de Torigni, généralement bien informé, place
ce siège en 1075. Si donc Hoôl a été fait prisonnier par les siens
l'année suivante^ cet événement se place en 1076, comme le dit
d'ailleurs une autre mention du môme fait tirée probablement
d'une autre source et placée à la suite par le compilateur. Les
Annales de Quimperlé se tromperaient donc en rapportant la
capture de Hoôl à l'année 1077. Une autre divergence existe encore
entre ces Annales et les Chroniques annaux. Pour celles-ci l'é-
voque de Nantes Quiriacus est mort Tannée môme où Hoël fut
pris, c'est-à-dire tantôt en 1077 tantôt en 1076, et pour celles-là
Quiriacus est mort Tannée qui suivit la capture de Hoôl, c'est-^-
dire en 1078 ; or Quiriacus est mort au plus tôt en 1079 (2). ^
La conclusion qui se dégage de cet examen, c'est que la chro-
nologie d'aucun de ces cinq documents ne mérite une confiance
absolue. Les historien^ feront donc bien de peser soigneusement
la valeur de leurs témoignages avant d'en faire état.
[A suivre). V^ Gh. db la. Landb db Galan.
(1) il aat remarqaer que pour oette dernière date il a taiTi le maBuscrit iB>4»
da CartuUnre de Quimperlé^ tandis que, poar la date de la mort d'Alain UI, il a
•uiTi le texte du manuscrit in-8o.
(1) Revue de Bretagne, année 189&, tome i, p. 340.
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS
{Suite) (1)
PrOITS DIVBRS dans la SsiQNBUaiB DE COMBOURG
Parmi les droits du seigneur de Gombour, il faut noter surtout
ceux dont parle Chateaubriand dans ses Mémoires cT Outre-Tombe;
ils étaient da ceux qui avaient le caractère de divertissements
populaires.
Nous voulons parler du saut des poissonniers dans Tétang de
Combour, dû par tous les vassaux qui auront vendu du poisson
au carême précédent et de la quintaine. C'étaient une sorte de
joutedans laquelleles nouveaux mariés de Tannée devaient courir
à cheval, armé d'une lance, contre un mannequin fixé à un poteau,
monté sur pivot. Si le coureur ne portait pas droit son coup de
lance contre la quintaine, celle-ci, pivotant, tournait sur elle-
même et lui assénait un coup qui le punissait de sa maladresse.
Les hommes de Combour étaient tenus au devoir de message,
c'est-à-dire au transport des lettres et messages sous quatre
lieues du ch&teau.
Les hommes du bailliage de Baauvais devaient conduire les
criminels du château de Combour à la justice patibulaire.
Le prieur de la Trinité de Combour dnvait trois barriques de
vin breton et trois de vin d'Anjou, neuf chouesmes ou pains
blancs aux fêtes de Saint-Martin, Noël et Pâques et de plus il
devait entretenir de paille les prisons du château et de la ville tant
aux basses fosses qu'ailleurs. Mais la redevance la plus curieuse
était celle des bouchers ou pelletiers de Dol ; elle consistait en
(1) Voir ht Jievue de septembre i90g.
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490 REVUE DE BRETAGNE
une pelisse blanche en peau, assez grande pour entourer un fût
de pipe dont les manches devaient être assez larges pour qu'un
homme armé put y passer facilement.
Aux foires principales de la seigneurie, Tdngevine à Combour
et à la foire de Saint-L^ger, qui fut transférée à Combour au
XVII« siècle, les hommes estagers manants et habitants de la
ville et fauxbourgs devaient faire le guet en armes et les posses-
seurs de la maison de la Lanterne, sise au milieu de la ville,
devaient des flambeaux dans la lanterne attachée au devant de la
dite maison, pour éclairer le guet et l'assise du corps de garde.
Le prieur de Tremblai à cause du prieuré de Saint-Léger devait
les mêmes flambeaux pour le gqet à la foire de Saint-Léger et
trois demeaùx d'avoine grosse, mesure de Combour, pour les
chevaux des offlciers du seigneur dQ Combour.
Le prieuré de la Trinité de Combour, fondé par Rivallon I*,
seigneur de Combour relevait de l'abbaye bénédictine de Saint-
Martin-de-Marmoutier.
Les jeunes mariés delà paroisse, la Trinité fut paroisse jusque
vers le XIII* siècle, devaient au prieuré une curieuse redeyancç.
Ils étaient tenus de comparaître, le mardi de la Pentecôte,
devant les officiers du prieur réunis, au milieu du cimetière du
couvent ; là, le marié présentait au dit seigneur prieur ou h ses
officiers un broc.de vin, valant trois pintes et une fouace (espècç
de pain semblable à un gâteau) et la mariée devait sauter du miir
du cimetière dans le chemin, en chantant :
Si je tuis mariée, vous le savez bien ;
Si je suis heureuse, vous n'en savex rien ;
Ma chanson est dite, je ne dois plus rien.
Non seulement les moines étaient charî^és de la paroisse de la
Trinité, mais aussi de celle de Notre-Dame. Cardes 1172, l'évéque
d'Aleth, Albert, confirma à Tabbé de Marmoutier Robert et à ses
religieux la possession de laTfinité et de Notre-Dame de Combour,
avec le droit de présentation des Chapelains à révoque.
Il existe à Combour, près de ce qu'on appelle le cimptière nou-
veau, un terrain appelé le Moutier, qui appartenait aux Moines
de Saint-Florent-de-Saumur.
Une maison du iMoutier s'appelle la Bouteillerie et deux autres
qui faisaient partie de Tancien moutier, ont forcpé dQPUii l's^u-
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COMBOUR BT 8SS 9&JGNSURS 191
berge (}e I» Téte-Noire. Ce petit moaastèrp parait avoir été donné
aux moines, du temps de Rivallon, par Ebroin.
Lee pèree ou les prêtres, chargés par les moines du service
paroissial de Notre-ûame de Gombour, devaient habiter ce mou-
tier. Le recteur relevait du prieur, qui lui servait une portion
congrue qui n'excédait pas cinq cents francs.
XI
EiiBGTION' DB C9MB0UR BN CoMT^ PAR HrNRI III
(Tiré des Archives du Château de Combour.)
Henri, par la grâce de Dieu, Roy de France et de PoUongne à tous
présens et advenir, salut. Gomme Testât de eostuy nostre royaume
s'est maintenu en soo entier principallement par le moyen et ayde de
la noblesse, aussi nos prédécesseurs Roy s, non seitllement ont euesgard
d'entretenir et conserver les nobles de leur royaume, en leurs droietz,
dignités et prérogatives, mais aussi, seion qu'ils ont eongneu iceux bien
mériter d'eux et de leur couronne, ont pensé de les esleyer en biens et
honneurs ; pour, par ce moien, aocroistre leur bonne affection et augmen-
ter leur désir de s*emploier pour la chose publique ; Ce qu'à Timitation
de nos dits prédécesseurs désirans continuer et pratiquer envers ies
dits nobles, lesquels depuis le temps qu'il a pieu à Dieu nous appeler à
ceste couronne nous avons eongneu s*en estre renduz dignes. Soavoir
faisons que nous bien advertiz des bons et recommandables services
que nous et nos prédécesseurs avons successivement receuz de nostre
amé et féal Jehan, Sires de Goasquen, Seigneur du dit lieu. Chevalier
de notre ordre. Baron de Combourg, Vicomte de Rougé, Seigneur d'Ussel,
de Vauruffler, Laforaye Mésange, la Houssaye, le Marchez, et de ceuix
de sa maison et semblablement de celle d'Acigné dont est yssue dame
Philippe d*Acigné, sa femme. Et que leurs prédécesseurs de Couasquen
ont toujours esté honorez des plus grandes charges et estais de nos
pals et duché de Bretagne sous Tobéissance des Ducs dudit pais, comme
es estais de mareschaulz, gouverneurs et grands-maiires d'icelluy pais
ayant eu la oonduiote et faiot levée de gens de guerre pour le secours
des dits ducs et mesme le dit Seigneur de Couasquen qui s*y est ver-
tueusement et Ûdellement employé en tant d'occasions qui s*en sont
• présentées, soit en batailles qui ont esté données assaox et prinses de
villes que aultres emploiotz de guerres, aiani, tant en cela qu*en plusieurs
anltres manières asseg démonstré et (aiet paraistre combien il est ama-
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192 REVUE DE BRETAGNE
teur et zélateur du bîen de nostre dict serTice, au moien de quoy, il
mérite d*e8tre reoongneu et rémunéré de tiltre, d'honneur et quallité
condigne et correspondant à sa vertu, et qui servant d'exemple à sa
postérité, Tinduise et provocque à ensuivre et imiter ses vestiges, deue-
ment certifiez : comme la dicte terre et seigneurie de Couasquen dont il
porte le nom et qui est de tout temps et antiquité tenue en tiltre de
chastellenye ; est de belle et grande e'^tendue, décorée d*un beau ch&teau
et bonne ville se consistant en forets, estangs, mouilins, dommaines,
héritages, hommes subjectz et vassaux, avec tout droictz de justice sur
dix-huit paroisses, droict de patronnage et de fondation de plusieurs
églises, abbayes et monastaires et plusieurs beaux droictz, de coustumes
sur les portz et hftvres de Ifordreu, Lymel et inûnizaultres comme de
foires et marchez en la dite ville de Couasquen tellement que ycelle terre
de Couasquen avec la susdite Baronnie de Combourg (en laquelle il y a
quatre chastellenyes : sçavoir Boullet, Quodeheust, Qaugueray, Ifalles-
troict) et seigneuries de Triendhin, seigneurie de Vauruffier a ornée
d'une belle et antienne maison et où sont plusieurs hommes, vassaux
ot subjectz et vicomte de Royé, pareillement douée de beaux et grans
dommaines et sub}etz qui sont proches et joignantes quasy les unes aux
autres et la pluspart desquelles sont tenues et mouvantes de nous en
foy et hommage, y joinctes et unyes, et leurs appartenances et déppen-
dances, feraient une belle terre digne d^estre décorée du nom et tiltre de
Marquisat et suffisantes pour entretenir ce nom et tiltre de. marquis
ainsi qu'il appartient, et lequel marquisat pourroit estre décoré en ses
membres de beaux et honorables tiltres de Baronnie, Comté et Vicomte.
Pour ces causes et aultres bonnes et grandes considérations, avons, de
notre propre mouvement, certaine science, plaine puissance et auctorité
royale, créé et érigé, créons et érigeons par ces présentes en droict et
tiltre de baronnie la dicte terre et seigneurie de Vauruffier, et celle de
Combourg qui souUoU estre baronnie en droict et tiltre de Comté ayant
icelles baronnie de Vauruffier, Vicomte de Rogé et Comté de Combourg
leurs appartenances et déppendances unyes, joinctes et incorporées,
joignons, unyssons et incorporons par les dites présentes à la dicte terre
et seigneurie de Couasquen ; Et icelie terre et seigneurie de Couasquen,
appartenances et déppendances érigé et érigeons en nom et tiltre et
qualité de Marquisat et le dict seigneur de Couasquen décoré et décorons
dudit tiltre de Marquis pour en jouir par luy et ses enffans masles et
^es masies descendans des masles selon Tordre de progéniture audict
tiltre de Marquisat à une seulle foy et hommage k nous et nos succes-
seurs à cause de nostre Duché de Bretagne, Et ycelluy tiltre et honneur
de marquis avoir tenir et posséder avec touz les droictz, prérogatives,
prééminences tant en paix que guerre, en jugement et dehors ; armoy-
ries, escussons et enseignes et en toutes assemblées que les aultres
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CX)MBOUIl ET SES SEIGNEURS 193
marquis de oe dit royaame ont accoustumé de se trouver. A la charge
que les masles jouissant dudiot marquisat seront tenuz d'appaner et
doter les Ailes, selon Testât et dignité de la maison. Et sans que par
la présente érection le droict de succéder es dictes terres soit innové et
changea la charge aussi de garder par les successeurs et herres dudict
Sire de Gouasquen les coustumes des lieux où les héritages sont assis.
Bt de nous faire et porter par ledict de Gouasquen ses dicts hoirs et
successeurs et descendans nlasles une seuUe foy et hommage pour toutes
les dictes terres, en ce qui est tenu de nous — Et tant que la ligne mas-
culine durera, laquelle défaillant et les dictes terres et seigneuries
tumbant par succession es mains de fille ou filles, lesdicts tiltres et
dignité de Conte et Marquis seront et demeureront estainctz et suppri-
n^éz et abolliz. Et lesquels dès à présent comme dès lors et dès lors
comme dès à présent, nous avons supprimé et supprimons, abolly et
abolissons pour lesdicts Conté et Marquisat retournées en leur première
quallitéde barronnie et chastellen y oestre tenues et possédées et demeu-
rer aux filles à qui elles appartiendront comme leurs propres héritages
à elles escheuzet donnez par la succession de leurs prédécesseurs.
Nonobstant Tédict faictpar deffunct de bonne et louable mémoire nostre
tr^-cher seigneur et frère le Roy dernier décédé, que Dieu absolve ! ou
moys de Juillet 1566. Auquel, en faveur du dict de Gouesquen et de ce
que dessus, nous avons dérogé et dérogeons et à la dérrogance de la
dérrogance y contenue pour ceste fois seulement et sans tirer à consé-
quence plus avant. Parce que autrement et sans ladicte dérrogance,
lediet seigneur de Gouesquen n'eust voullu prendre aucunement ny
accepter nos présents honneurs, quallités, grâ.ces, libérallités : voullant
et entendant que tous ses vassaux et subjectsle recongnaissent en ceste
quailité de marquis et quand le cas escherra, iuy facent et prestent et
à ses dicts successeurs les foy, hommage et autres recongnaissances,
baillent adveux et dénombrements, facent et paient les devoirs selon la
nature des terres qu'ils tiennent de Iuy audict tiitre et quailité de Mar-
quisat de Gouesquen. Voulions aussi et entendons que la justice y soit
doresnavant administrée es officiers en Icelle instituez soubz le seul
nom et auctorité de Marquisat de Gouesquen, à la charge que toutes les
causes qui seront intentées cy après, tant à cause dudict marquisat
qu'entre les subjects et vassaux d'icelluy, ressortiront par devant le
bailly seneschal ou autre juge royal au ressort duquel la dicte terre de
Gouasquen est 8cituée,ainsi qu'elles avaient accoustumée^sans auloune
mutation de jurisdiction. fit générallement joir par ledict Seigne ir de
Gouesquen de ladicte dignité et prééminence de Marquis, tout ainsi qu'en
Joissent les autres marquis de notre royaume. Si donnons en mande-
ment à nos amez et féaulx les gens tenans nostre cours de parlement,
chambre de nos comptes de Bretaigne. Bt à touz nos autres justiciers
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194 REVUE DB BRETAGNE
et oficierf et à oh&cun d*ealx, ti comme à lui appartiendra, que de nos-
tre présente érection et création dadit Marquisat de Ck>aesqcien et de
tout le contenu cy dessus, ils laissent |oir le^it de Ck>uesquen Marquis
susdict, ses hoirs masles, successeurs légitimes, vassaux et subiectz
entretiennent, gardent, observent, facent de point en point entretenir,
garder et observer (ce qui en est des présentes) cessant et faisant ces-
ser tous troubles et empeschements à ce contraire. Nonobstant, comme
dict tst, le dict édict faict par defiunct notre di6t seigneur et firère au mois
de juillet 1566. Et quelconques ordonnances restrinctions, mandements,
desdictz et defiens à ce contraires à quoy nous avons pour les considé-
rations susdictes, dérogé et dérogeons et à la dérogeance de la déro-
geance y contenue par ces dictes présentes signées de nostre main. Bt
afûn que ce soit chose ferme et stable à tousiours> nous avons faict
mettre et apposer notre scel à icelles présentes, sauf en aultres choses
nostre droict et Taultruy en toutes. Donné à Paris au moys de juin, Tan
de grâce 1575 et de nostre règne le 2»*. Signé : Henrt.
Sur le repli : par le Roy : de Nbufvillb.
Lettes, publiées et agréées ouy et le consentant le procureur général
du Roy soubz les modifâcations contenues au registre faict en parle-
ment l'onzième Jour d'octobre. Tan 1576.
Landet
ConterUor Thielment.
10 Octobre 1576.
Extrait des Rboistres du Parlement
(Cota le 42 octobre 1762 pour Chiffrature Louyer '-Laine).
Veu par la Court les lettres patentes du Roy données à Paris au moys
de juign mil cinq cens soixante-quinze signées Henry et sur le reply |Mir
le Roy de Neuf ville et scellées de cyre verte à lacs de soye obtenues par
Jan sires de Ck>aa8quen par lesquelles et pour les causes y contenues.
Le Roy crée et érige en tiltre de baronnye la terre du Vaurufyer, celle
de Gombour en droict et tiltre de Comté et unist ioelle baronnye de
Vaurufyer la vicomte de Rogé et comté de Gombour et les Joincts et
incorpore à la terre et seigneurye de Gouesquen, laquelle il érige avec
ses apartenances en nom tiltre et qualité de Marquisat et décore ledict
sieur de Gouasquen du titre de Marquis, pour en Jouir par lui et ses
enflants masles et les masles dessendantz des masles, selon Tordre de
progéniture audiot tiltre de Marquisat à une seule foy et hommage au
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C0M60UR ET SBS SEIGNEURS 195
Roy à cause de sa Daché de Bretaigne et iceliay iiltre de Marquis avoir,
tenir et poséder avec tous les droiotz, prérogatives et prééminenoes
mentionnées es dictes lettres et aux charges y contenues. Larequeste pré-
sentée en la court par le dict sieur 4^ Couasquen par laquelle il
requeroict la lecture et publications desdictea lettres. Arrest de la dicte
court du lô^'^aougst 1575 portant ordonnance de proclamer les dictes
lettres aux paroisses et marchez prochains des lieux auxquels sont
sittuez les terres mentionnées en icelles et renvoy de Toposition formée
par le sieur d^ Cbàtïeauneuf et toutes aultres si aucunes se trouvaient
par devant les juges de Rennes pour icelles mises en estât déjuger et le
tout rapporté en la ^icte court, y estre idâci droict ainsi qu'il appartient
droict et procés-verbaulz des dictes proclamations et bannyes des 1*', 3^
et7»« de septembre et 5°"* de novembre 1575. Certifications d'iceiles du
g4ine ^^ moys de novembre oposition formée par le comte de Laval et
sieur de Ch&teauneuf au siège de Rennes le lô^»» du mesme moys
de novembre. Moyens et escriptures fournies par les sieurs de Château*
neuf et de Couasquen. Sentence des juges de Rennes du 17 janvier
dernier par laquelle ils auroient ordonné que les dictes partyes se
pourvoiroient en la court, suyvant Tarrest d'icelles, aultres et secondes
lettres obtenues par le dict de Couasquen, le 23"^* de février aussi
dernier, par lesquelles, du consentement de Timpétrant d'icelles, le Roy
déclare que en faisant la dicte création et érection de marquisat il
n'eniend comprendre la part de la dicte Seigneurye de Couasquen qui
est sittuée et assise es terres et seigneurie de Chasteauneuf et la Bellière.
Ains l'en distraict esclipse et excepte et icelle remet en son premier
^estat et quallité, la dicte érection de marquisat sortissant au résidu son
efiect pour la ville, ch&teau et chastellenye de Couasquen sittuées au
proche ûeft du Roy, accompagnée de la dicte barronnye ou chastellenye
de Combour érigée en Comté par lesdictes lettres leurs appartenances
et dépendances. Arrest de la dicte Court du 9"^* d'avril 1576 par lequel
est ordonné que lesdictes lettres et déclaration seront communicquées
au sieur de Laval et que les partyes seroient ouyes tant sur les dictes
lettres que sur Topposition formée par le dict sieur de Laval contre les
lettres de l'érection du dict marquisat le 15 nov. dernier, escriptures,
faictz et moyens du dict conte de Laval et aultres fournies par ledict
sieur de Couasquen par lesquelles il déclare, entre aultres choses, qu'il
n'entend comprendre soubz son dict marquisat les terres de Vauruffler
et de Rougé; lesquelles il recognaist tenir du dict Comte de Laval, veult
et entend lui faire les obéissances et redevances accoustumées, comme
aussi il consent la terre du Boullet déppendante de la seigneurye de
Combour estre distraicte et qu*elle ne soict aucunement comprinse en
la dicte errection de marquisat ; mesme ne veult aucunement préjudioier
aux droictz du dict oposant, n'y entreprendre sur la grandeur, dignité
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i96 REVUE DE BRETAGI^Ë
et aactorité et tiltr^s d'honneur quy liiy sont deuz et appartiennent jus-
tement, maya entend le respecter ^t luy 'defférer tousiours et en toutz
lieux : Arrest de la dicte court du 21 de mjrs dernier par lequel elle
auroict joinct Tincident formé sur les dictes secondes lettres, entre les
dictz sieurs de Chateauneuf et de Couasquen, à l'instance d'opposition
entreeux pendante pour y faire droict conjoinctement ou séparément ainsi
que de raison : Acte de comparution par devant certain conseiller et
commissaire de la dicte court du 16™* d'aougst, an présent, par lequel
les dictz Comte de Laval et sieur de Couasquen auroieni été sur leurs
requested fins et conclusions appoinctez à produire, pour leurs estre
faiot droict et procéder. Certaine déclaration laicte par llaistre Michel
Dugué procureur de Dame Philippe d' Acigné, femme compatgne espouse
du dict de Couasquen, qu'il veult et consent pour la dicte dame que la
terre et seigneurye de Combour à elle appartenante soict unye et incor-
porée «udict marquisat de Couasquen, anciens adveuz, mandementz,
tiltres et actes produictz par les dictes partyes. Et tout ce que a esté
mys par devers la dicte court.
Requestes présentées par les dicts sieurs de Liaval et de Chasteauneuf
tendant à ce que Tinstruction et jugement du dict procès feust renvoyé
en la chambre my partye ordonnée par l'édict de passifûcation. Aultre
requeste dudict sieur de Couasquen par laquelle il requtroîot qu'il
pleust à la dicte court lui faire droict sur la vérifûcation de ses dictes
lettres et ordonner qu^il jouira du bénéfice des dictes lettres du jour de
IMmpétration d'icelles; les dictes requestes mises au sac par ordonnance
de la dicte court, conclusion du procureur général du Roy auquel le tout
auroict esté communiqué et tout considéré : La dicte court a ordonné eV
ordonne que les dites lettres seront leiies, publiées et enregistrées pour
en jouir l'impénétrant d'icelles aux charges y contenues pour le regard
des terres tenues et rellevantes nuement du Roy seullement; et du jour
de la présentation dMcelles lettres^ sans préjudice touttefois des opposi-
tions formées par les dictz Comte de Laval et sieur de Chasteauneuf
tant en son nom que comme garde naturel de damoyselle Marye de
Rieulx, sa fille, dame de laBellière. Incidents pendants entre les dictes
partyes, requestes, demandes^ fins et conclusions respectivement prinses
par leurs escriptures, sur lesquelles les dictes partyes se pourvoiront
ou et ainsy qu'il appartiendra.... Et cependant ne sera aucune chose
altérée," innovée ny immuée, au moyen de la dicte errection, des tenues
féodales, debvoirs, obéissances et redevances^ exercices ou ressort des
juridictions, degré, ranc, ordre, presséances et honneurs pour le regard
des dictz opposantz oultre la forme et faczon qui a esté tenue et gardée
pour le passé. Ains demeurera le tout en son premier et ancien estât
jusques à ce qu'il soict (aict droit sur les dictz oppositions et incidens.
Prononcé à la barre de la Court le lO"* jour d'octobre 1576.
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GOMBOUR BT SSS SSICNBURS 19?
6 Juin 1570.
Accord kntrs lbs seigmiurs bt damb be Coubtqubm bt d^Aciomé
Par lequel le dit sire d'Acigné baille la terre et seigneurie deCombour
etc. .. Audit seigneur et dame de Couetquen pour demeurer quitte du par-
tage et droit naturel appartenant à la dite[dame Philippe d*Acignô tant es
successions de ses père et mère que aultres successions collatérales.
Pour 8'opposer,estaindre et délecter les procès et disferans meuz et pen-
dans en la Ck>ur de parlement de Bretagne entre haultz et puissans
Jehan sire de Couesquen chcTallier de Tordre du Roy et capitaine de
cinquante hommes d'armes des ordonnances de Sa Majesté et dame
Philipes d*Acigné sa compagne et espouze vicompte et Vicomptesse de
Rogez seigneurs d'Uzel, le vaurufier, la houssays, la forays mésange
etc demandeurs en exécution d'accord et partage, d'une part, et hault
et puissant Jehan sires d'Acigné frère germain de la dite dame Phelip-
peSy aussi Chevallier de Tordre du Roy et cappitaine de cinquante
homme d'armes des ordonnances de Sa Majesté, Baron de Gouetmen,
llontejan, Gombour, SUlé et llallestroict, vicomte de Loyat etc deffen-
deur en la dite Instance, d*autre part ; sur la demande faicte par les
dicts sire et dame de Couesquen demandeurs audict sire d*Acigné du
partage et droit natuhrel competant et apartenant et qui compectè et
appartient à la dicte dame d*Acigné, tant es successions de deflfunct
hault et puissant Jehan sire d'Acigné, aussi cheTallier, et dame Anne
de Montejan ses pères et mères vivans sieurs et dames des baronnyes
et vicomte ci-dessus déclarées que aultres successions colletérales ja
escheues et retournées en leur dicte tige, de la dite succession desdicts
delhinctz sieurs et dame d'Acigné, pour raison de quoy, loeluy sires
d*Acigné avoict promis et s'estoict obligé faire à la dicte dame Phelippes
sa sœur, assiepte du numbre de deux mil quatre cent livres de rantes
en la terre et vicompté de Tonquedec, et autres terres à prendre de
proche en proche, au cas qu'elle ne pourroict suffire, pour TefTet et
exécution de laquelle promesse et accord, se seroict meu et poursuivy
ledict procès auquel les dites partyes désirent obvier... paix union et
amityé entrelles nourrir, comme entre frère et sœur ; lequel lyen
d'amytyé doibt par nathure estre entre eux perpétuel et indissoluble, et
pour ce, sachent touz que par nostre court royalle de Nantes en droict
par davant nous nottaires jurés et receuz en icelle ont esté présent et
personnellement establiz : le dict sires d'Acigné de sa part et le dict
sires de Couesquen et la dicte dame Phelippes d'Acigné sa compagne et
espouze à sa requeste bien et deubment authorisée du sires de Goues*
Octobre i908 fs
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.198 ' , RBVUE D« BRETAÔNB
quen son seigneur et mary d'autre part, faisant de présent leur plus
contynueile résidanoe, savoir : le dict sires d'Acigné en sa maison sei-
gneurial de Fontenay evescbé de Rennes et les dits sire et dame de
Couesquen au dict lieu de Couesquen evesché de Dol, lesquelles partyes
et chacune après s'estre submisse et submettent eux et leurs biens à la
jurisdiction seigneurye et obéissance de la dicte Court et y avoir pro-
rogé et prorogent de juridiction ont esté cognoissans et confessans et
par ces présentes cpgnoissent et confessent avoir fait et font en noti
présences les paction transaction et accord qui ensuyvent pour lesquels
présents estre et demeurer le dict sire d'Acigné quit^ générallement et
entbiërement dudict partage et droict natburel apppartenant à la dicte
dame Phelippes d'Acigné sa sœur à cause des dictes successions et
entièrement ; et accomplissant le dict accord cy davant faict entre les
dites parties touchant ledict partage et droit nathurel tant héritel que
mobilier, que mesme des successions coUetrealles et autres ja escheues
^ors et au temps dudict accord d'elles signé : Poisson et Chauvyn notai-
res en date dn... jour de... l'an mil cinq cent soixante... et aussy de la
aucoession de deffunct hault et puissant François d'Acigné leur frère
commun mort et déseldé depuis le dict accord. Pour le regard des diè-
ses quy sont situées en ce pays et duché de Bretagne seullement, fruits
levées et revenus que pourroinct prétendre les d. sire et dame de
Ck)nesquen Jusquesà ce jour, a Icelluy seigneur d'Acigné baillé, cédé,
quitté et délaissé et par ces présentes baille, cède quitte et délaisse à
jamais par héritage aux dicts sires et dame de Couesquen acceptant^ la
baronnye et seigneurye de Combour, Houliet, Tremehin* le Plessis
Tespine, Qoguerès et aultres appartenances et deppendances de la dicte
terre de Ck)mbour générallement et enthièrement sans aulchune réser-
vation en £aire> pour en jouir, faire et disposser à l'ad venir, comme bon
bur semblera, et ainsi que en jouissoict le d. deffunct François d*Aci-
gné lors de son deceix et avecques les charges quMl estoiot tenu faire
et poier à cause de la d. terre et seigneurie de Combour, et mesme a
le dict sire d'Acigné baillé, et délaissé un acquestz faictz par le d.
deffunct Françoys d'Acigné et annexez à la dicte terre de Combour
sçavoir: la dicte terre de Tremehin et autres au Montz, de ce ont les
dicts sires et dame de Ck>uesquen sembiablement baillé, rendu, quitté
et délaissé aud. sieur d'Acigné la dicte terre et vicompté de Tonquédec
quite et indémpne de toutes charges et impositions qui pourroict avoir
par eux mises et imposez sur iceile, moyennant toutte fois la somme de
deux mil livres toumoys que le d. sire d'Acigné sera tenu et a promis
payer aux dicts sires et dame de Couesquen dedans troys mois prochains
venanset ont voullu et accordé les d. partyes jouir et disposer dores-
navant au temps advenir des d. choses, sçavoir : le dict sire d'Acigné
de la d. Vicompté de Tonquédec et les d. sires de Couesquen de la d.
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COMBOUR ET SES fifilONBURS 199
ûNToony* et appartenancci de Ck)mboar # nsembiè du béstiftl qui pMlt
estre èf mestaynet de obaoune deed. terres et sei^oeuryei, et poutroitt
ebaeira d'eux faire prendre et enleTer les firatetz et graine qui auront
e»ié cy dayaot recueiUiz et eonter?ez esdits lieux i*auchuni eont et est
d)ct et aeoordé entre les d. parvyes que ou le d« aire d'AcIf né Bé pou*-
roiot euthièrenient faire les d. sires et dame de Couesquen deed. aequestz
iaiots par le d. defiunt François d'Acigné et damoiselle Anne de MoiH-
bourcber sa compagne s'aucbuas sont et d'autant qu'elle y serolet fttu*-
dée k prétendre aulehun droict, en ce cas lesd. sires et dame de
Couesquen n'en pouroiot prétandre auchun «tomnuige ne interestx
eontre le d. sires d'Acii^né, ains sera seulement tenu leur faire assiepte
sur sa terre et seigneurie de Quér de pareil nombre de rente et revenu
annuel que la d. de Monbourober en pourroict emporter et ce à e#^rd
de deux amys communs^ lesquels ils cboisiront d'un commun accord et
consentement, ou par priseurs nobles et cordeleurs,* sy le cas le
requiert, et où ils n'en pouroinct autrement accorder et mesmes est
convenu entre eulx, où cas que le d. sire d*Acigné serolct contrainct,
ce qu'il évitera à son pouvoir, faire assiepte de douère à la d. de Mon^
bourcber en la d. terre de Combour, les d. sire et dame de Couesquen
auront seullement par main, pareil nombre de rente que elle en pourra
praudre sur la dicte terre que le dict sire 4'Acigné sera tenu leur bailler
et assigner sur la reœpte de la d. terre et apartenance de Guer durant
la vie de la dite douairière, payable par les mains du fermier ou recep*
teur de la dicte terre de Guer et partant et moyennant ce que dessus
sont et demeurent les dictes partyes et cbacunes respectivement quites
les ungs envers les autres de touttes actions et demandes meues et à
mouvoir toucbant le dict partage droict naturel et entbièrettent
d*accord et tous procès reiettôz et assopiz mesme pour le regard
des )oui8sanoeS| fruictz, levées, revenuz et areraiges que eussent
peu y prétandre les d. sieur et dame de Couesquen a raison de ce que
dessus. Lcpquelsont prins et accepté lad. terre et seigneurie de Oombour
appartenances et deppendances .d'icelle pour toutte prise reçeue et
avallttée à la concurance et pour le partage et droict natburel de la dide
dame Pbelippes, tant beritel que mobilier des d. successions des d.
deffuncts père et mère et aultres successions ôolletrealles escbeues du
temps du dict accord, ensamble de la d. succession du d. Prançoys
d'Aeigné comme dict est ; lesquels sire et damç de Couesquen ne seront
et ne demeureront tenuz de payer et acquitter auleunes debtes de la
communetté desdicts deffunotz sieur et dame n'Acigné« Ains est et
demeure tenu et chargé le d. sieur d'Acigné les paier et acquiter, ainsy
qu'il Voira, et a promis en acquiter et descharger les d. sire et dame de
Ck>uesquen, ensemble leur faire et porter bon et loyal garantage vers et
contre touttes personnes de la d. terre et seigneurye a4i>partenances et
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200 REVUE DE BRETAGNE
dépendances de Combour» à îamais par héritage ainsain qall raoroict
baillée et délaissée an d. defPùnct François d'Acignéànsage ou autrement
et d'ioelle terre et appartenance s'est iceiuy sire d'Acigné dès à présent
desaisy et departy, tant de la proprietté que possession pour et au profit
des dicts sire et dame de Couesqoen et leurs hoirs successeurs et
causéans et pour les meptre et induire en la réelle possession d'icelle
terre et appartenance a institué et estably son procureur epecyal noble
homme Jehan de Quelmé sieur de Lannay Bienassis, ayecq tout pouvoir
pertinant quant à ce et a le d. sire d'Acigné promis rendre et meptre
entre les mains desdicts sire et dame de Gouesquen les lettres, tiltres et
renseignements concernans et faisant mention des rentes debvoirs et
obéissances denes sur et par cause de la d. terre et appartenances de
Combour, et autres lett: es faisant mention d'icelle. Et tout ce que dessus
Tout les dictes partyes et chacune ainsy voullu et consenty, promis et
luré pér leur serment et foy tenir et loyallement accomplir sur Tobliga-
tion de tous et chacuns leurs biens présents et advenir sans aller ny
venir allencontre en manière que ce soit, ainsi y ont respectivement
^enonczé et renonczent et au droict de faire généralle renoncziation non
valloir fors en temps qu'elle seroict expressément spécifiée et dirisée»
mesme la d. dame Phelipes d'Acigné au droit Yelleyen, a l'espitre Divi
Adriani, à l'antentique si quà mulier et à tous aultres droicts fluctz et
introduictz pour et en faveur des femmes luy donné à entendre
par nous notaires ce qui luy peut ayder ou nuyre» nous parunt
de leurs communs consentements et requestes y ont par nous estes
jugez et condemnéz, jugeons et condempnons. Donné de ce tesmoing le
scel establys aux contractz de la dite court. Ce fuct faict et le gré prins
au lieu et manoir noble do la Varainne paroisse dudict Mésange, en pré-
sence de haute et puissante dame Jeanne du Plessix dame de la Bour-
gongnière, etc. compagne et espouze du dit sieur d'Acigné, et de nobles
hommes René Gaultier sieur de Chauvigner le dit Jean de Quelmé sieur
de LAunay Bienassis, Pierre Tremblaye sieur de la Jousselinaya, Raoul
de Goulayne, J. de la Tour, François Le Qras, sieur d'HervlUe, If* Guil-
laume Le Large licencié en droict, prevost d'Ancenis et Gilles Bruneau
aussy licencié en droiotz, séneschal d'Oudon, le seixiesme jour de juing
l'an mil cinq cent soixante et dix ; ainsin signé au registre : Jehan
d'Acigné, Jehan de Gouesquen, Jehannedu Plessix, Phelippes d'Acigné,
Jehan de Quelmé, P. Tremblay, Raoul de GouUayne, François Le Gras,
Le Large, G. Bruneau, P. Gaultier, G. Bidon nottaire royal et Bruneau
aussy notaire royal vers lequel est demeuré ledict registre.
Par copie et transcrimpt collation fidellement faict à Taultant prins
sur Toriginal de Tacocrd et transaction dont là copye est oy dessus
escripte, faicte par nous, notaires royaux à Dinan sur la présentation
nous faicte de laultant dudit acord escript sur parchemyn, par eseuyer
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^jlK^
GOMBOUR ET SES SEIGNEURS 201
JeanGarnier sieur des Moulins porteur d'ioelluy oontract icelluy trans-
crimpt itiy déclaré pour serrir de cop3re aux seigneur et dame de Ceues-
quen ou estre debrra. Paiot par nostre dicte court soubx le scel d'ioelle
ledict Micbd Duchesne notaire ayecqnes le seing du dict sieur des
Moulins ce septième jour de décembre mil cinq cent quatre ringt dix
neuS. Superligne Collation. Duchesne, J. Garnier, Jac Delaunay.
(il siUvre)
Paul de la Bigne.
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GALERIE DES ILLUSTRATIONS BRETONNES
LE CARDINAL RICHARD
■■^AAAAAAAAAAA^^*^
Le cardinal Richard était Breton, il a longtemps vécu en Bre-
tagne, il a écrit la vie des saints bretons, il s*est toujours intéressé
aux œuvres et aux choses bretonnes : nous ne pouvons le lais-
ser disparaître, sans lui rendre l'hommage de vénération qu'il
mérite dans cette Revue de Bretagne dont il fut, en passant, le
collaborateur et souvent le lecteur.
Le cardinal Richard fut d'abord le vicaire général de M*^ Jac-
quemet, évoque de Nantes, le prélat le plus distingué que nous
ayons connu et Tun des plus grands évoques du XIX^ siècle. Il
raccompagnait ordinairement dans ses tournées. C'est alors que je
me souviens de l'avoir vu, pour lapreoaiôre fois, aune confirmation
paroissiale de campagne. J'étais enfant et je n'oublierai jî^mais
rimpressien saisissante de cette figure de saint. Elle m'apparatt
encore haute et mince, dans sa maigreur d'ascète, avec le front
déjà incliné, les joues creuses, les yeux et la bouche imprégnés
d'une expression de piété intime et ce grand nez à la saint Charles
Borromée si caractéristique. Prêtre modèle, théologien savant et
sûr, l'abbé Richard était un administrateur remarquable, aussi
ferme que sage. Il fut formé à bonne école, car M*^ J^icqcemet
était lui-môme un gou\erneur d'élite, et le diocèse de Nantes lui
doitd'ôtre ce qu'il est encore aujourd'hui, Tun de^ plus régu-
liers du monde. Ce dernier aurait voulu avoir son gr^nd-vicaire
comme coadjuteur : aux démarches indirectes qu'il tenta^ le gou-
vernement du Second Empire qui n'aimait pas les têtes hautes
dans Tépiscopat, répondit qu'il ne tenait pas à un second
Jacquemet.
Lorsque Tabbé Richard fut nommé évoque de Belley, lorsque
le peuple le vit officier avec ce recueillement profond, cet air
apostolique, cette onction suave et douce qui rappelait saint
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LE CARDINAL RICHARD 201
François de Sales, eoti patron, et donnaiéâi à toute sa personne
un reflet céleste, il n'y eut qu'une voix pour dire : « C'est le curé
d'Ars, devenu évdque. * Il ne flt que passer et cependant, au té-
moignage de Mf Luçon, vingt et trente ans aprës son départ,
il suffisait de prononcer le nom de M^ Richa;*d pour réveiller le
dévot souvenir des fidèles (1). Un siège d'honneur l'appelait k
Paris où il devait exercer le pontificat comme coadjuteur du
cardinal Ouibertet comme archevêque, pendant trente-trois ans,
en répandant toujours autour de lui ce même rayonnement de
sainteté. « On appelait le cardinal Guibert, le grand cardinal, et
le cardinal Richard, le saint cardinal », a dit M. l'abbé Odelin^
son vicaire général (2).
A Paris, comme à Belley et à Nantes, il était entouré de la
vénération populaire. Je l'ai vu tr^aversant la place de Saint-SuU
pice, après une cérémonie d'ordination ; les gens du peuple
accouraient pour le regarder : plusieurs se mettaient à genoux,
afin de recevoir sa bénédiction. Aussi humble sous la robe
rouge que sous la soutane noire, l'attitude recueillie^ les mains
croisées, la tôte courbée, l'air méditatif, il marchait visiblement
en la présence de Dteu, sans dueune curiosité de l'entourage :
c'était vraiment un ange eur terre, l'ange de l'Eglise de Paris.
Il ne faudrait pourtant pas s'imaginer là-dessus que ce dévot
prélat ne fut pr^a un homme pratique et que, tout en vivant plus
au ciel que sur terre, il ne s'occupât point des choses humaines.
« tl possédait à fond la science de son étftt, écrit encore l'abbé
Odelin, M<> Barboux ayant dû se mettre en rapport avee lui h
propos du legs Bernay, intéresi^ant les fabriquas du diocèse me
disait ! « On m'avait représenté le cardinal comme un ascète
ignorant les choses de ce monde, il connaît et traite les affaires
comme personne, et sait le droit ecclésiastique comme un juris»
consulte. » C'est co qui faisait dire à M. Icard, supérieur général
de Saint-Sulpice : « Dp tous les évèques de France, le cardinal
Richard est celui qui connaît le mieux son métier (3). n II n'était
pas un grand politique, et cependant, à l'époque du ralliement
qui divisa les catholiques, au lieu de les rallier, et qu'il crut
devoir accepter par discipline ecclésiastique, il avait eu Tidée de
(t) Oraison funèbre du cardinal Richard, par S. E. le cardinal Lnçon. arche-
Téqoede Reims.
(2) Voir le Correspondant du 10 avril, p. 448.
(3) Voir le Correspondant cité déjà.
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204 RIVUE DE BRETAGNE
constituer VVnion de la trance chrétienne; pour réunir bien plus
sûrement les catholiques sur le terrain religieux et légal, en
dehors des partis politiques. On tend à y revenir aujourd'hui,
sur un mot d'ordre de Pie X. Le cardinal Richard n'avait d'ail-
leurs ni la force de caractère, ni la force de tempérament qu'il
eût fallu pour devenir un chef de parti catholique en France
comme on en a vu en Allemagne. Ce n'était pas un saint Am-
breise. Cela n'empêche qu'il sut résister plus énergiquement
que beaucoup d'autres et, dès la première heure, à la Loi de
séparation : « Cette organisation, disait-il, est une Constitution
laïque de l'Eglise : elle ne peut point passer, elle ne passera ja-
mais. » Il avait le jugement trop droit pour s'y méprendre, à
rencontre de tant d'autres évoques auxquels le Pape dut ouvrir
les yeux par sa foudroyante Encyclique. Il temporisait, il transi-
geait jusqu'à l'extrême limite, mais il ne céda jamais sur les
questions doctrinales, ni sur les principes constitutifs de la Sainte
Eglise. Lorsque sa science théologique et sa conscience lui im-
posaient une décision, rien ne pouvait le faire reculer : le Breton
reparaissait sous son doux entêtement, comme on Ta dit.
Le cardinal Richard était resté Breton de cœur : il n'oublia
jamais ses chers Nantais ; il les revoyait avec joie, il encoura-
geait cordialement toutes les associations bretonnes de Paris; il
avait voulu donner une place privilégiée à sainte Anne et à saint
Yves dans l'église du Vœu National. Il saisissait avec empres-
sement toutes les occasions de revenir au pays breton, pour les
grandes cérémonies religieuses, les pèlerinages, les couronne-
ments de Vierges, les consécrations d'églises comme celle de
Saint-Anne d'Auray, toutes ces manifestations populaires où
résonnait le refrain de son pieux cantique : Catholique et Breton
toujours! Le saint cardinal était là, dans son élément, en compa-
gnie des saints bretons auxquels il ressemblait et qu'il a dû
rejoindre au Ciel, après avoir aimé Dieu comme eux, suivant sa
belle devise empruntée à la Bienheureuse Françoise d'Amboise :
Faictes sur toutes choses que Dieu soit le mieux aimé!
V» HiPPOLYTE LE GOUVBLLO.
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L
SAINT-MARS-LÀ-JAILLE
ET SES ANCIENS SEIGNEURS
(Suite ').
LISTE SOMMAIRE
Des seigneurs de Saint-Mars-La-Jaille
1"* Lbs Sbionburs de MARS, mbmbrbs, p^nsons-noub, db l4
MAISON DB Vritz, (1070 à 1192 circa).
XI^'XIP siècle.
Gauscblin db Mars (1070, circa) (2).
Pévribr db Mars (1105-1142).
Hugo, fils de Février, id.
VrviBN DB Mars, frère de Février (1142).
ViviBN DB Marz (en 1183).
2o DE VERIS, ou DE VRITZ (1192-1245).
Nous les trouvons possédant des terres voisines de celles des
seigneurs de Mars à la môme époque. Une partie de ces terres
font partie également de la paroisse de Saint-Médard, ou Saint-
Mars-r Olivier.
XII' XII fi siècle.
Olivibr II DB Vritz, chevalier (1177 à 1192).
Olivibr III DB Vritz, son flis (vers 1200).
BâATRix, flUe du précédent épouse de Geoffroy de Beaumortier .
Chotard de Vritz, chevalier (1212-1243-1245).
(i) Voir la Revue de septembre 1908.
(a) Toutes les dates entre parenthèses sont celles auxquelles nous avons
trouvé une mention du personnage en question, dans des dociunents dt;
répoque, documents que nous citerons plus loin.
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206 REVUE DE BRETAGNE
3*» DE LA JAILLE (1250 (circa) à 1429).
« D'azur à la eroix ftettie H alaisée » f sceau de 1196).
Les membres 46 cette maison entrent en possession de Saint-
Mars, soit par le mariage ^'Yves Vil de la J aille ^yec a Hortenseii
qui serait de la maison de Vritz (?) soit par le mariage de Yves
y 111 avec Marguerite dé Chdteaubriant, La première hypothèse,
très vraisemblable, nous donnerait comme ayant possédé Saint-
Mars-la-Jaille :
XI W siècle
YvoN VII, dit des Moustiers (en 1201 j, épousa, avant 1220, Hor-
tense (de-Vritz ?) et mourut vers 1244. Son flis : ,
YvoN VIIIi (vivanVen l:je44-1848-1249) épousa, vers 1252, Margue-
rite ou Marquise de Châleaubriant, flUe de Geffroy et de Sybille.
Il vit encore en 1263.
YvoN IX DB L4 J AILLE, fllsdu précédent, lejpremier de sa maison
mentionné, d'une façon certaine, comme seigneur de Saint-Mars,
en 1275, époque de son mdiriage a,yec Marthe de la Motte^ mourut le
24 juin 1294.
YvoN X, son fils, seigneur de Saint-Mars et delà Jaille, épousa
Ysabeau de Coesmes, et mourut en 1299. Son fils,
XIV' siècle
YvoN XI, de la Jaille^ mineur en 1300, sous la tutelle de son
oncle Briand (1322-1333) épousa, en 1317, Marguerite de Roche fort
et périt le 18 juin 1347, à tel bataille de la Hoche-Derrien, Son SU,
YvoN XII, n^ en 1325, reconstruisit le château de Saint^Mar»-la«
Jaille, entre 1360 et 1371. Il épousa A/ari> de Maihay, vers 1344.
Jean, ou Jkhan de la Jaille (1395-1399-1404-1420-1429). Il mou-
rut avant 1429, sans alliance, ou, tout au moins, sans postérité.
Sa nièce,
XP siècle
Marguerite de la Jaillë, dernière héritière de la branche
aînée de sa maison, porte cette seigneurie dans celle delà Porte-
Vezios par son mariage, en 1400, avec Bardouin II dêlaParie^
chevalier, baron de Vezine.
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SAINT-MARS-LA-JAILLE ET SES ANCIENS SEIGNEURS 207
4^ DB lA PORTB VEZIN8 (1420 k 1536).
XV siècle
« De gueules à un croisianl montant eThemUnes neareelé (for ».
BAiiDouiN II PB LA PoRTR, b^roD de Veeins, époos de Morgue-
riiedelaJailUy dama de la Haie, paroisse do Saint^Mmra rOli'
yier et de la Provostière en Bonnœuvre (1400*140(^i420)i possède
Saint-Mars à dater de 1429.
JsAU II Dt hK PoET«, leur flis, épouse, en 1435, iifaritftfe/I^ftix,
d'où une seule fllle, Biatrix^ décédée sans hoirs, vers 14B0.
François db la Porte, frère de Jean est, en 1478, seigneur de
S^int'Mars, et mourut vers et avant 1503,
XVl^ siècle
Jban III DE LA PORTE; SOU fils, lui succèdo à Saint-Mars avant
1513. Il épouse J$ann$ Thomas d'Or$on^ d'où une seule fille :
(1531-1533).
Marthe de la Port«, qui lui succède dans la possession de
Saint-Mars, et porte cette terre en la ma'son le Porc, par son
mariage, le 15 juin 1535, avec François le Pore seigneur de
VArctupL
6».LE PORC DE LA PORTE -^(1535 à 1506)
XVl^ siècle
« IXor au sanglier de sable en furie » (sceau de 1420),
François lb Porc, seigneur de TArchapt, baron de Charné,
connétable de Nantes, en 1549, époux de Marthe de la Porte, en
1535 (1548) d'où six enfants.
Jacques le Porc ob la Ports, son flis, lui succède. Il épousa :
1® en 1556, Marguerite-Claude- Anne de la Noue; 2? en 1578,
Louise de Maillé deLathan, et mourut en 1585.
Marquibb le Porc de la Porte, fllle du second mariage de
Jacques le Pore, hérite de la terre de Saint-Mars et la porte dans
une autre maison par son mariage, en 1596, avec Claude de Bou-»
rigan du Pi^ seigneur d'Orvault.
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208 RBYUB DE BRETAGNE
6* DE BOURIGAN DD PÉ (1506 à apr^5 1640)
XVUl^ siècle
« De guetUes à trois lionceaux d^ argent ».
Claude de Bourigan du Pé, seigneur d'Orvault, seigneur de
Saint-Mars la Jaille, époux, en 1596, de Marquise Le Porc de la
Porte (1600-1606-1621).
Charles db Bourigan du Pé, leur fils, baptisé en 1603, épousa,
en 1633, Prudence Boutin^ et reçut, en 1632, la seigneurie de Saint-
Mars que sa mère posséda jusqu'à cette époque. Il vivait encore
en 1673.
Armand de Bourigan du Pé, fils de Charles, est héritier de
ses terres, dont celle de Saint-Mars (1690-1694). Il épousa Claude-
Louise Viau de la Chotardière.
?• LE PETIT DE VERNO (1656-1661)
XV 11^ siècle
<c De sable à la bande d argent chargée d'un lion de gueules armé
et lampassé d'or. »
Henri Le Petit de Verno, marquis de la Chausserais, pos-
sède, en 1656, la châtellenie de Saint-Mars de la Jaiile (1661-
1675). Il la vendit, en 1661, à Claude de Santo-Domingo.
8* DE SANTO-DOMINGO (1661 à 1670 circa)
XVIP siècle
« D'azur à la bande dor engoulée de deux têtes de dauphin de
même ».
Claude de Santo-Domingo, seigneur de Villeneuve, de Saint-
Mars-la-Jaille, de la Bouvraye, etc., épousa Marie de Rocheran-
Il était né vers 1623, et mourut le 1^' avril 1613. Ce fut le 7 octobre
1661, qu'il acheta la châtellenie de Saint-Mars-la-Jaille^ mais il la
revendit avant 1670 aux Constantin.
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wmmmm
SAINT-MARS-LA'JAILLR BT SBS ANCIENS SEIGNEURS 309
9* CONSTANTIN DE MONTRIOU (1670-1713)
XVII^ siècle
« D'azur à un rocher d'or mouvant (tune mer d'argent. »
Jagqubs Constantin, II* du nom, écuyer, seigneur d'Aulnay,
né en 1624, est, dès 1670, qualifié seigneur de Saint-Mars. Il
épousa Marie François, dont il eut seulement deux filles. Jacques
mourut avant 1696, et sa femme décéda le 19 janvier 1705.
Marib-Annb-Qabriellb Constantin, fille aînée des précédents,
porta la terre de Saint-Mars dans la maison Perron de la Fer-
ronnays par son mariage, le 23 mars 1697, avec Pierre- Jacques
Ferron, écuyer, seigneur de la Perronnays, en Calorguen, évôché
de Saint-Malo.
10* PERRON DE LA PERRONNAYS (1713 a nos jours)
XVII' siècle
« D'azur d six billet tes d'argent^ 5^ 2 et l^au chef de gueules^
chargé de trois annelets d'or » (Sceau 1371).
Pibrrb-Jagqubs Pbrron, écuyer, seigneur de la Perronnays,
en Calorguen, colonel d'un régiment dUnfanterie, devient sei-
gneur de Saint-Mars-la-Jaille, par son mariage, le 23 mars 1697,
avec Marie-Anne-Gabrielle Constantin. Ils possèdent cette sei-
gneurie en 1713. Leur fils aîné,
XVIW siècle
Pibrrb-Jagqubs- Louis- Auguste Pbrron, marquis de la Per-
ronnays^ maréchal de camp, leur succède dans celte possession.
11 naquit en 1699 et épousa, le 14 décembre 1722. Françoise-Renée
Le Clerc des Emereaux. Il mourut le li février 1753; sa femme
Ini survécut jusqu'en 1778.
Pibrrb-Jaoqubs-Prançois-Louis- AjjGusTB Perron de la Perron-
nays, leur flls et successeur, naquit en 1724, et épousa, le 28 jan-
vier 1754, Charlotte-Jacqueline- Joseph de Marnay de Saint- André
de Vercel. Il mourut le 5 novembre 1786. De ce mariage naquit
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110 RBVUB DE BRETAGNE
X7X« siècle
Pierre -Jacques- François -Loms-JoôtPH* Augubtk Perron,
comte de la Perronnays, seigneur de Saint-Mars-ia-Jarllej né en
1757, décédé le 9 juillet 1838. Il avait épousé Louise-Julie Char-
lotte de Lostange, qui mourut le 31 mars 1828. Ils laissaient uoe
fllle :
Louibe-Marib-Adélaïde-Qabribllb Perron de la Perronnays
qui hérita de la terre de Saint-Mars-Ia-Jaille, et épousa, en la
paroisse de ce nom, le 22 novembre 18^6, Pierre- Jean- Baptiste
deGosset, colonel nn retraite, chevalier de Saint-Louis, qui mou-
rut le 14 août 1829. Sa femme lui survécut. Née en 1785, elle
mourut le 22 avril 1856, sans postérité.
La terre de Saint-Mars échut alors à son neveu, le comte
Augustè-Pibrrb-Marib Perron de la Perronnays, né à
Saint-Malo le 4 décembre 1777, mort à Rome, le 17 janvier 1842,
Il lut ministre sous Charles X et ambassadeur en Danemark
(1817), en Russie (1819-1827) et à Rome (1830).
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SMNT-MARS-LA-JAlLLg ET SBS ANCIENS SEIGNEURS Ml
NOTICES HISTORIQUES ET GÉNÉALOGIQUES
Sur les MAisons dont un ou plusieurs membres ont
possédé la châtellenle de Saint-Mars-La-Jaille
MAISON DE VRITZ
Le âef de Mars semble avoir été un membre de la* seigneurie
de Vritz, en latin Veris. Toujours esMl que les seigneurs de ce
nom en deviennent possesseurs dès la fin du XII* siècle. La
châtellenie de Vritz, considérée comme châtellenie d'ancien-
neté (1), relevait de la seigneurie de Gornuaille, de la châtelle-
nie de la Motte et Chap^Ue-Glain (2) et, par celle-ci, de la baron-
nie d'Ancenis. Elle avait droit de haute, moyenne et basse jus-
tice. Lach&telleniede Vritz comprt^nait le territoire de la paroisse
de ce nom, et une partie de celle de Saint-Mars. C'est, croyons-
nous, à un Olivier, seigneur de Vritz qu'elle dut son nom de
Saint-Médard deTOlivieriS). La maison de Vritz est fort ancienne.
OuviBR I DB Vriz, chevalier, seigneur dudit lieu, fut présent
à une donation de Oeoffroy II Rorgon, seigneur de Gandéy à
Tabbaye de Saint-Nicolas d'Angers (vers 1589 à 1096) (4). Gérard,
veVs 1133, investit de l'Eglise d<> Vritz, Robert, abbé de Toussaint
d'Angers (5).
Olivibr II DB Vritz, chevalier, seigneur dudit lieu, fit àl'ab"
baye de Melleray, entre 1177 et 1192, Geoffroy de Beaumont étant
(i) Généalogie de la maison de V Esperonnière,
(a) La chapelle de la Motte : glén^ mot breton pris dans le sens de motte,
morceau de terre. (Grégoire de Rostrenen : Dictionnaire français celtique, art.
MotU, p. i57 tome II, éd. de i834). Capella Glen 1:187 (ca^t. Roto).
(3) Santo-Medardo-Loliver, document de ia43, dont nous parlerons plus
loin (Arch. de la Loire Inférieure, H, 7Ô). Le nom de la paroisse changera,
ainsi que nous le verrons, en même temps que celui des possesseurs du
château de Saint-Mars, quand celui-ci passera aux seigneurs de la Jaille, au
XIII« siècle.
(4) Ce seigneur de Gandé, Geoffroy Rorgon, est celui qui, de concert avec
Rainaud d*Iré, fortifia le château de Candé, vers 1080- 1096. Isabeau de la
Gaérche en était dame en iioo.
(5) Bulletin de la Société Archéologique de Nantes, IX, 196.
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2IS REVUE DE BRETAGNE
abbé, plusieurs donations et aumônes. L'abbaye avait été fondée
en 1132 (1).
Olivier avait pour épouse BéatriXy qui, avant 1199, fit don à la
môme abbaye d'une métairie, sise près le Loroux-Bottereau. Il
figure aussi parmi les témoins de l'acte de diverses donations
faites aux moines de Marmoutiers, pour la fondation du prieuré
de Champtoceaux, par Geoffroy Grespin, seigneur de Ghampto-
ceaux (2).
Du mariage d'Olivier et de Béatrix naquirent deux fils :
1^ Olivier de Vritz, chevalier, seigneur dudit lieu^ confirme
les donations de son père à Tabbaye de Melleray, et donne à
celle-ci une rente de XX sous d'or, à prélever annuellement et à
perpétuité sur les péages de Sainl-Médard-Lolivier, donation
confirmée par sa fille unique Béatrix^ femme de Godfroy, ou
Geffroy, de Beaumortier, qui abandonne elle-même à la Melleray
tout ce qui lui appartient sur les péages et droits dé passage de
Saint-Médard-Lolivier (3) vers 1200.
2* Ghotard de Vritz, chevalier, seigneur dudit lieu, vivait
dans la première moitié du XIII^ siècle, il reçut, en 1212, en do-
nation de Guillaume de Thouars, seigneur de Gandé et de Ghal-
lain (1207-1244) une rente annuelle de GGG sous sur la terre de
Ghallain, pour lui et ses héritiers (4).
En 1243, il confirme les donations faites par ses prédécesseurs
à Tabbaye de Melleray, et, en particulier, par un acte spécial,
il transforme le don, fait par son frère aîné, Olivier de Vriz et la
fille de ce dernier, Béatrix, des péages et droits de passage de
Saint-Médard-Lolivier, en une rente annuelle et perpétuelle de
six livres en monnaie courante (5). En 1245. il eut quelques dé-
mêlés avec le prieur de Roche-Mentru (6) sur les terres duquel
(i) Cartulaire de la Meilleraye,
(a) Dom Morice. Preuves, tome I, 384. Titres de Marmoutiers,
(3) Cartulaire de la Melleray, Cette abbaye fut fondée en iiSa el l'église
du monastère consacrée en ii83 (Dom Loblneau). Taillandier fixe cette
fondation au a8 juillet 1 145.
(4) Dom Morice, Preuves, t. I. col. 8ao.
(5) Archives de la Loire- Inférieure, H. 75 (Copie du XVII« siècle). Voir
aux pièces justificatives ; et Archives de la Saulaie,
(6)Rochementru {Rocha-Ermenlrivi). (Arch de la Loire-- Inférieure), prieuré
dépendant alors de Tabbaye de Toussaint d*Angers. Plus tard paroisse,
actuellement simple village de la commune du Pin. » Rocha-Mentrud
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SAINT.MARS-LA-JAILLB Et SES ANGtENiS SEIGNEURS 213
il revendiquait, à tort, la haute et basse justice et des redevances
en vertu desquelles il avait saisi des meubles et valeurs appar-
tenant au prieuré. Par une déclaration, Chotàrd reconnut qu'en
ce faisant il avait commis une usurpation et que le prieuré était
exempt de toute redevance envers lui. Il se désistait, en consé-
quence» de toute prétention (1).
Nous trouvons encore comme seigneurs de Vrit2 :
Nicolas de Vriz, en 1366, Simon de Vritz, en 1378, et Himbauli de
Vriz en 1419; ce dernier, écuyer, figure dans la revue de Lan-
celot de Maleret, écuyer, et de treize autres écuyers de sa com-
pagnie, reçue à Carcassonne, le 29 mars 1419 (2).
Gommme les seigneurs de Vritz ne sont pas inscrits dans les
rôles des anciennes Réformations de Bretagne, de 1448 à 1513, il
faut en conclure que cette maison s'éteignit au commencement
du XV siècle (3j.
Gomment la terre de Saint-Mars passa-t-elle à la maison de
la Jaille? Deux hypothèses sont ici admissibles. Ou la femme de
Yvon VII de la Jaille, désignée sous le prénom d' « Hortense »
était une de Vritz. ou cette terre vint aux de la Jaille par l'inter-
médiaire des Chateaubriand, comme nous le verrons plus loin.
Nous n'avons pu établir d'une façon précise cette transmission
qui s'opéra vers le milieu du XIII* siècle.
MAISON DE L.\ JAILLe\4).
« D'azur à la croix frettée et alaisée (sceau de 1196) (5) — a Un
lion léopardé » (en 1202) — « Dor au léopard Honni de gueules^
accompagné de cing coguilles d*azur » (sceau de 1300) (6). ,
XIV* Biède (de Lesquen et Moilat). Du breton : Er men trivi^ en français, la
pierre qui tremble, pierre branlante, ou men ireuzi^ pierre percée.'
(i) V. Archives de la Loire-Inferiewre^ H. 217.
(3) GoU, ClairambauU, vol. LXIX, pièce 6a, parch. original.
(3) Une partie des indications sur cette maison nous ont été aimablement
fournies par M. le marquis de TEsperonnière.
(4) Le chapitre que nous consacrons à cette illustre et très ancienne mai-
son a pour base une notice, qu*a bien voulu nous communiquer M. le mar-
quis de Brisay, résumé d'une généalogie, aussi intéressante que remarqua-
blement complète, qu'il prépare en ce moment. Nous exprimons ici à M. de
Brisay, en même temps que notre admiration pour son beau travail, toute
notre reconnaissance pour sa bienveillante et précieuse collaboration au nôtre.
(5) Dom Morice, Preuves, I, 737 Croisade de Syrie faite par Yvon VIL
(6) Potier de Gourcy, Armoriai de Bretagne,
Octobre 1908 iê
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214 tlBVUB DE BRETAGNE -
Cette maison remonte à une origine très ancienne. Yves de
Creil, fonctionnaire de la Cour des Carlovin^iens à Compiègne,
reçut, vers le milieu du X** siècle, l'investiture des comtés du
Perche (Bellème)etd'Alençon, confirmée à son fils parle duc de
Normandie, Richard II et le roi Lothaire. Marié à. Godchilde,- il
ejoit trois flls :
!• Guillaume, comte héréditaire de Bellème et d'Alençon ;
2' Avesgaud de Bellème, évoque du Mans (995 1 i035).
L — 3* Yves ou ïvon 1 « Yvo^ Yvonis » qui figure comme témoin
d'une donation faite à Tégliso Sdint-Vincent du Mans, en 995, par
révoque Avesgaud son frère (1).
D'après de nombreux auteurs, cetYvon n'est autre que celui
qui reçut, entre 1000 et 1010, la mission d'élever sur un coude de
la Mayenne, une forteresse dont lacirconvallation apparaît en-
core, laquelle prit le nom de Gallica, Gatlia, en langue vulgaire
la Jaille, ou maison du Franc, en mémoire de Torigine de son
fondateur (2).
Yvon I*' eut deux fils connus :
io Renaud I « Rinaldus vilelicet Yvonis » (3) « Rainalii filii
Yvonis » (4) à qui Foulques Nerra confia, entre 1010 et 1020 l'a-
chèvement de la forteresse commencée par Gontier, villicus,
receveur des finances du comte, sur la rive droite de la Mayenne.
Dèsi026, Renaud porte le titre de seigneur dnChâeaugootier (5)
et sa descendance s'y maintient peniant trois siècles. Renaud
était mort en 1061.
2* Yvon, à qili Renaud, son frère aîné, laisse la forteresse de
la Jaille, qui demeure fief relevant en parage de la seigneurie
de Ch&teaugontier (6).
II. -^ Yvon 11^ seigneur de la Jaille, apparaît dans plusieurs
actes de confirmation de dons de Foulques Nerra aux abbayes
i) Histoire du Perche, par Bry de la Glergerie, t. II, Ch. YII et Dom
Piolin, Histoire de Véglise du Mans,
(a) V. Le Père Anselme, Ménage, Bry de Ja Clergerie, etc..
(3) Cartulaire de Saint' Aubin d'Angers»
(4) Cartulaire du Ronceray d'Angers.
(ô) Dom Rousseau, t. ii, n«> 384.
(6) Aveux du XV" siècle.
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SAIHT-MARS-LA-JAILLE ET SBS ANCIENS SEIGNEURS ?15
angevines, par Geoffroy Martel, successeur de ce comte, entre
1035 et 1040 (1).
On donne comnoe flis à Yvon II :
III. — V Yvonqm suit, 2^ Geoffroy I, seigneur de Segré en 1080
et de la Jaille en 1100 déclaré fils d'Yvon de la Jaille et père
d'un autre Yvon (2) ; — 3^ Framond ; — 4* Guy, chevalier de Ro-
bert de Bellônoe (3) ; — b"" Corbin, vassal de Candé et du Lion
d'Angers ; — 6« Béliarde, abbesse de Ronceray de 106!^ à 1073.
IV. — Yvon III, seigneur de la Jaille et en partie de Segré, at-
teste plusieurs dons de Geoffroy le Barbu, de 1052 à 1060 (4) et
prend part à la 1"^ croisade, en 1097, et au siège de Jérusalem (5)-
Il mourut dans cette expédition en 1100.
V. — Yvon IV y seigneur de la Jaille et de Segré, en 1102, joua
un rôle à la cour du comte Foulques le Rechin, et fût, jusqu'en
1120, un des grands bienfaiteurs des abbayes d'Angers et de celle
de Nyoiseau, dont il confirma la fondation et posa la première
pierre, avec son fils Geoffroy qui suit. Yvon IV avait, croil«on,
épousé Mathilde de Craon, d'où :
1** Geoy/roy, 2® iVormand, téDQOin de plusieurs actes des sires
de Candé et du Lion (6); — 3° Robert, possessionné à Segré, ou
dans les environs, marié à Julienne ; — 4° Guichari ; marié à
Laure de Chaheigne, fondateur de la branche loudunoise de la
maison de la Jaille ; — 5*> Aremberge, mariée à Philippe de Sau-
coigni; — 6** Adélaïde, dite de Craon, troisième abbesse de Nyoi-
seau (1158-1183).
(il suivre)
J. Baudry.
(i) Archives (TAnJoUy par Marchegay, t. III, p. i63. — Dom Hoiisaeau,
t. II, n» 466.
(a) Dom Hous. t. XIII, p. 9576. Cart. Saint- Nicolas d'Angers, 1060- 1070,
(3) Témoin d'une charte de Robert de Bellesme, en faveur de Mannou-
liers (Cartalaire de Marmoufiers, l. II, fol. 3o3-3o4.)
(4) Cartttlairef de la Trinité de Vendôme, Saint-Nicolas, Saint-Aubin, le
Ronceray. Dom Hous. t. II, 61 5, 65o, 660, etc.
(5) Arch, d'Anjou, par Marcheguay, t. III, p. 216 : (f serviebai cnm cenitsm
militibas ».
(6) Cart, de Saint-Nicolas et da Ronceray Sa fille Richilde était relîg^ieusc
en ce monastère et fut prieure de Chauvon en 11 64.
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NOTICES ET COMPTES-RENDUS
SOCIÉTÉ DES BIBLIOPHILES BRETONS ET
DE L'HISTOIRE DE BRETAGNE
Séance du 9 septembre 190 S
Présidence de M. le V* DE CAL AN, Président.
. A Toccasion du Congrès de l'Association Bretonne à Fougères^
la Société des Bibliophiles Bretons a tenu une séance, dans la
salle des fêtes de la mairie de Fougères, le mercredi 9 septembre
1908, à 11 heures du matin.
Etaient présents : le V*« de Calan, Tabbé Corbière, le C^ de
Laigue, le C** Lanjuinais, M. Joaon des Longrais, le capitaine
Morel, le chanoine Peyron, M. Plihon, le baron Gaétan de
Wismes.
ETAT DES PUBLICATIONS
Après avoir rappelé en quelques mots le but poursuivi par la
Société des Bibliophiles Bretons et avoir signalé le vif intérêt
des derniers ouvrages parus : Journal inédit d\m dépuié de l'ordre
de la Noblesse aux États de Bretagne pendant la Régence ( / 7 / 7- / 724)^
— Livre de comptes de Claude de la Landelle (fôô3-i5ô6), — Les
relations du pouvoir central et de la Province de Bretagne dan^ la
, seconde moitié du règne de Louis XIV; correspondance des cnnlrô-
leurs généraux avec la Province de Bretagne {i 6S9-i7i 5). — Cro-
' nicques et Yotaires des Bretons par Pierre Le Bnud, publiées d'après
la première rédaction inédite^ tome /, — M. le Président dit que le
tome I des Documents inédits sur les Etats de Bretagne au X r/« Siiècle
est sous presse et sera distribué à la fin de l'année et que Tédi-
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NOTICES BT COMPTBS-RENDUS 217
tion du lome II suivra rapidement. Il annonce aussi que les ou-
vrages suivants sont en préparation : Procès^verbaux inédiU des
Etals de la Ligue^ par M. JoQon des Longrais ; — Version inédite
du poème sur le Combat des Trente; — La Noblesse bretonne; refor-
mations et montres^ tome II, par le C^ de Laigue.
ADMISSIONS
Sont élus à l'unanimité membres de la Société :
he comte Louis de Calan, à Saint-Brieuc, présenté par le V**
Charles de Calan et le comte de Laigue ; •
La comtesse de Palys, au château de Clays-Paljrs (Ille-et- Vi-
laine), présentée par les mêmes ;
L*abbé Corbière, 7, rue Cassette, à Paris, présenté par les
mêmes ;
Le capitaine Paul Morel, villa Rochecreuse par Rochecorbon
(Indre-et-Loire), présenté par les mêmes;
M. Albert Durand de la Béduaudière, à Fougères, présenté
par les mêmes ;
M. Prosper Hémon, conseiller de préfecture, à Saint-Brieuc,
présenté par le V* Charles de Calan et M. Trévédy ;
Le comte de Lariboisière, sénateur d'Ille-et- Vilaine, au châ-
teau de Monthorin en Louvigné-du-Désert (lUe-et- Vilaine),
présenté par le C*' Lanjuinais, député du Morbihan, et le C*« Le
Gonidec de Traissan, député d'Ille-et- Vilaine.
M. le général Audren de Kerdrel, château du Brossais en St-
Gravé (Morbihan),présenté par le V^ de Calan et le C*® de Laigue.
COMMUNICATIONS ET EXHIBITIONS
M. Joûon des Longrais dit que Fougères n'offre presque aucun
intérêt sous le rapport bibliophilique ; il ne croit pas que l'impri-
merie y ait été pratiquée avant 4783 ; cette petite ville se trou-
vait trop près de Rennes qui possédait les privilèges. A la Révo-
lution, Fougères profita de la liberté; M. Joûon des Longrais
exhibe une plaquette rare intitulée : Rapport (sic) du Comité de
Constitution, etc., imprimée à Fougères, chez Vanier, en 1791 ;
la typographie en est remarquable. Notre collègue signale d'autres
pièces du même genre qui ont dû être imprimées au même lieu
et il cite, comme édité sûrement à Fougères, un Annuaire conte-
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Î18 REVUE DE BRETAGNE
nant un « calendrier catholique, apostolique et romain pour
Tan V », qui, fait des plus curieux, ne mentionne que les fêtes
des saints ; un remède contre la rage est donné dans cet Annuaire*
En résumé, Timprimerie n'a jamais été florissante à Fougères.
Le poète René Le Pays a résidé dans cette petite cité et on peut
croire qu'il y est né ; M. Joûon des Longrais exhibe un fort joli
petit volume : c'est la 2^ édition des Amitiés, amour s et amourettes ;
on ne s'explique guère, dit notre collègue, le succès de ces poésies
vides et banales.
M. Plihon croit être en droit d'affirmer que Le Pays est né à
Fougères en 1632 ; il exhibe Les nouvelles œuvres de M. Le Pays,
ouvrage rare, édité à Amsterdam et s'annexant aux Elzevier.
M. Plihon annonce que la publication des Registres paroissiaux
du diocèse de Saint'Brieuc va commencer.
M. Tabbé Corbière, en traversant Saint-Brieuç, a remarqué
chez un antiquaire de belles éditions anciennes de la Bible, de
Virgile, etc.
La séance est levée à 11 h. 1/2.
Le Secrétaire adjoint^
Baron Gaétan de Wismes.
Je répare un trop long oubli en signalant, comme il convient de
rêtre, à rattention de tous nos lecteurs le dernier et charmant
livre de Madame N. Dondel du Faouëdic qui a pour titre : Mélan-
ges. Au Jardin. Loteries et Jeux. Voyages. (Rennes, imprimerie F.
Simon, 1907). Ce livre est un précieux recueil de choses agréables
et utiles sur des sujets variés ; et Tautenr se garde bien d'imiter
Fontenelle qui refermait sa main pleine de vérités ; elle ouvre toute
grande cette main et répand de par le monde, pour notre plaisir
et notre profit, des « vérités », que lui communique l'expérience,
ou que lui dicte le souvenir. « Au Jardin », c'est toute une botanique
et, mieux qu'un langage, des fleurs, car à côté des fleurs, les fruits,
les plantes, les arbres eux-mêmes, racontent poétiquement leur
histoire et leurs légendes. Les jeux viennent ensuite, tous les jeux,
de la vieille loterie, du classique jeu de paume, des amusements sî
gracieusement dénommés de la jeunesse d'autrefois, aux sports les
plus réputés, tennis et foot-ball^ polo et diabolo, de la jeunesse d'au*
jourd'hui. Les cartes ont, naturellement, les honneurs, et je ne sais
pas de traité pies complet (même celui de L. Boiteau. Lescarteê à Jouer
et la Cartomancie) que celui que leur consacre, en plus de 100 pages,
l'auteur de tant d'aimables ouvrages. Mais une surprise nous attend
à la fin du livre : la publication de trois récits de voyages : ceux de
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NOTICES ET COMPTES-RENDUS 219
M"" Le Serrée, de Kervily, à Tlle Bourbon, en Bretagne e1 en Nor-
mandie ; celui de M°»« Le Faouëdic en Algérie. Comment on voyageait
en 1820, en 1833; comment on voyage en 1904: voilà ce que nous
apprenons en des pages alertes marquées, de part et d'autre, au coin
de Tesprit français et du bon sens breton. Les impressions rapportées
par l'ancienne voyageuse du pays de Paul et Virginie ont un délicieux
parfum du temps jadis ; dirai-je que celles, plus modernes de
« Trois mois en Algérie », ont un charme analogue ? Ce ne sera que
rendre justice à la partie finale du livre, et au livre tout entier.
A peine ai-je pu acquitter, vis-à-vis de l'auteur du Folk-Lore de
France, la dette de la rédaction de la Revue de Bretagne, qu'un nouveau
livre m^arrive signé de Tinfatigable travailleur breton, M. Paul
Sébillot. Ce livre bien curieux : « Le Paganisme contemporain chez
les peuples eelio-latins, (Paris, Octave Doin, 1908) ». inaugure presque
une nouvelle Encyclopédie scientifique. Il retrace à grand renfort de
menus faits, de documents puisés à des sources sûres, la persistance
des croyances ou des superstitions païennes dans notre civilisation
issue du Christianisme. Ces croyances se sont, la plupart du temps,
juxtaposées ou adaptées à un nouvel état de choses ; il était intéressant
de constater que, même transformées, elles subsistent et que le
christianisme ne les a pas extirpées de l'âme paysanne. Comme
toujours. M. Sébillot a pris le plus grand nombre de ses exemples en
Bretagne, pays essentiellement fidèle aux traditions ; on s'en assurera
en lisant le livre savamment étudié, agréablement écrit, en parcourant
rindex bibliographique, la Table des auteurs et des matières qui le
complètent. Trois parties, La Vie humaine. Les Constructions et les
Travaux, Les Forces de /a- nature, un certain nombre de subdivisions,
parrmi lesquelles Venfance, le mariage, la mort, la maison, la culture, les
astres, les eaux, la terre, donnent lieu aux plus intéressantes disser-
tations, indiquant l'économie de l'ouvrage et l'espnt de méthode qui
a présidé à ses recherches. Au chapitre du mariage, M. Sébillot a
omis bien des détails, notamment ceux qui touchent à la manière de
prononcer le « oui » sacramentel ; mais il a, pris soin de nous dire lui-
même que ses « Paganismes « sont comme un abrégé, un livre de
synthèse. Louons-le de nous avoir, sous un petit volume, rappelé ou
appris tant de choses, et de les avoir exprimées, parfois avec un peu
de scepticisme mais toujours avec une entière bonne foi.
Monsieur L. Michaud d'Humiac est Breton et nous a montré dans
un fort beau Roi Grallon qu'il se souvient volontiers de son origine.
J'ai donc grand plaisir à le féliciter ici du succès quil a récemment
obtenu^ en faisant jouer sur le Théâtre de la Nature de Champigny,
son conte en deux actes en vers, Le Roi charmant ou la chevauchée loin*
Uine (édité à la Bibliothèque Générale d'Édition. 1908).
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•220 REVUE DE BRETAGNE
Le thème du prince aventureux, qui s'on va poursuivre quelque
belle chimère et revient, désabusé, vieilli, méconnaissable, pour se
voir rendre par Une fée bienfaisante la jeunesse et lamour, ce thème
cher aux imaginations généreuses, est-il bien nouveau ? Je ne sais ;
mais l'auteur ayant fait de son prince un lépreux, que guérit le baiser
d'une femme, sa fiancée, a trouvé là de quoi rajeunir tous les vieux
thèmes du monde ; il a trouvé aussi de beaux accents dans cette
prière du lépreux :
Cest donc vous qui gardez U Pitié prisonnière.
Et ceux qui font le Bien sont donc vos ennemis I
Non, j'ai tort, pardonnez I Je viens d'un cœur soumis,
Seigneur, vous adresser une suprême prière-
Lépreux, chez les vivants je n'ai plus droit de vivre
Et je suis mort au monde et suis encor vivant !
Accordez, ô mon Dieu, la mort à votre enfant : *■
Qu elle vienne achever son œuvre et me délivre 1
Le « conte » de M. Michaud d'Humiac a rencontré de bons inter-
prètes, et c*est dans un délicieux cadre, par un bel après-midi d'été,
que le public en a goûté la poétique saveur.
Je regrette de ne pouvoir m'attarder avec les trois dernières bro-
chures que m'envoie le Baron Gaétan de Wismes : un très suggestif
Procès'verbal de la visite des commissaires de la municipalité au
couvent des Carmélites de Nantes (en 1790) ; le compte-rendu, qu*on a
lu, ici-même, des fêtes du Cinquantenaire de la Revue de Bretagne ;
Tallocution d'entrée du président de la Société Académique de Nantes
(20 janvier 1908). La docte Société qui, elle, est centenaire, a eu de bien
distingués présidents : elle n'en a pas eu de plus digne que le Baron
Gaétan de Wismes. Notre ami nous le prouve dans son allocuticn, où
revit l'esprit de son excellent père, et nous le prouvera, en organisant
l'an prochain un autre centenaire qui nous est cher, à lui, à Domi-
nique Caillé, à moi-même, celui de la douce et mélancolique muse
Nantaise, Elisa Mercœur.
En parlant de poésie, je remplis un devoir agréable, celui de recom-
mander aux Bretons épris de vers, la nef — pardon, la revue c Les
Argonautes », qui cingle vers le Jardin des Hespérides, montée par
un bon pilote de chez nous, M. Camille Lemercier d'Erro. Cette revue
mensuelle de poésie ne publie que de linédit ; elle a déjà fait brillam-
ment ses preuves et ne demande qu'à s'affirmer encore.
V*« DB GOURCUFF.
Le Gérant : F. Chevalier.
Vannes. ^ imprimerie LAFOLYË Frères, 2, place des Licei.
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REVUES BRETONNES
L'Herminb : 18* ann. Mensuel. 1 an 12 fr. Union postale 15 fr.
Le numéro 1 fr. 25. Les abonnements partent du 20 octobre.
Directeur : Louis Tiercelin^ àParamé (Ille-et- Vilaine).
Lbs annales de Bretagne : 22* ann. Trimestriel. 1 an 10 fr.
Union postale 12 fr. 50. Publiées par la Faculté des Lettres de
Rennes. Rédacteur: G. Dottin, 37, rue de Fougères, Rennes.
Le Clocher Breton : 14* an^ Mensuel, 1 an 5 fr. 50. Directeurs :
René Saib et Madeleine Desroseaux. Bureaux, 29, rue Belle-Fon-
taine, Lorient.
Bulletin de la commission diocésaine d'architecture et d'archéo-
logie DU diocèse de Ouimpbr et de Léon : 6« ann. Tous les deux
mois. 1 an 5 fr. Ouimper.
La Revue Morbihannaise : 11* ann. 1 an 5 fr. Directeurs :
J. BuLÉON, V** de la Grancière, E. Sageret. Chez Lafolye, Vannes.
La Paroisse Bretonne de Paris : 9* ann. Mensuel, 1 an, 2fr. 25.
Directeur : M. l'abbé Cadic, 13, rue Littré, Paris {W ar*).
La Jeune Bretagne: 5* ann. mensuel. 1 an, 2 fr. pour la Bre-
tagne, 2 fr. 50 pour le reste de la France. Bulletin d*études et d'ac-
tion sociales. Rennes, 30, rue Hoche.
Feiz ha Breiz : 8* année. Tous les mois. 1 an 3 fr. Les abonne-
ments partent du 1*' janvier. S'adressera M. Cardinal, recteur de
Saint- Voujçay, par Plouzévédé(Finistère),etpour les abonnements
à M. Caron, vicaire aux Carmes, Brest (Finistère).
Bretoned Paris. Bulletin de la Société « La Bretagne », 4* année.
1 an, 2 fr. 50. Direction : 40, rue du Cherche-Midi, Paris.
Revue du Pays d'Albth : 4* année, mensuel. 1 an, 3 tr. Direc
teur : Jules Haize, rue Jacques Cartier, Saint-Servan.
Le Pats d'Arvor : 2« année, 1 an, 5 fr. Directeur : Jacques Pohier,
à Ancenis (Loire-Inférieure). Administration et Bureaux, 25, Haute
Grande Rue, Nantes.
Revue du Traditionnisme. — Hev, intern, du folk-lore — mens
1 an, 10 fr. N**, 1 fr. -- Directeur : M. de Beaurepaire-Froment
Paris, 60, quai des Orfèvres.
Revue du Bas-Poitou, 20« année, trimestrielle ; 1 an : 8 fr
N« 2 fr. 50. — D^ M. René Vallette, à Fontenay-le-Comte.
L'Anjou historique. — 7« ann. tous les 2 mois. 1 an : 6 fr. />'
M. l'abbé Uzureau, aumônier, à Angers. Edii^ : M. Siraudeau
4, Chaussée Saint-Pierre, Angers.
Revue des Traditions populaires, 22» ann. mens. 1 an, 15 li .
N'» 1 fr. 50. Direct. M. Paul Sébillot, HO, boulev. St-Marcel Paris.
La Revue Bleue, 15, rue des Saints-Pères, Paris.
La Vendée historique. — (Revue de la Vendée militaire). Tous
les quinze jours ; 11* année. — Edit. sur papier fort, 6 fr. 50 ; édit.
ord. 5 fr. — D' Henri Bourgeois, à Luçon (Vendée). -
Revue de l'Anjou, 57« année, 12 fr. par an. ~ Librairie Germain
et Grassin, Angers.
La Revue Héraldique, fondée en 1862. Mensuel, Directeur
yt* de Mazières-Mauléon. Bureaux : 8 rue Daumier, Paris
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CHEMINS -Oîi' TER DE L'OOfiiST..
e-
VACANCES
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EN NaïtMANDll. ET EN BBmfiBk/
AuBiament4e8*YÂeflQ0dft^l.de8 dépa^ls piôtir la Gaiùp^ae et lêfi '
Blaio^ àe'Mer, la Compagnie de TOuc^^, qiîi dessert to^ie^ la Nor-.
m4li4i^ et une grande partie de la Brétagif^ a l'bonneurde rappeler ;
if MM. !ps Voyageurs que, pour leur faciliter te-^>hûii d^une villégia--
' ture, eltomt t en vente, au pcu-4^ 0 Ip. fio/daiwlw b«blïôl^5iaB,^
ses gafes^ ^dans seSs bure4!^x.i[< yitle et les principales s^ilc^de
ToyageS'de Paris, ute (HUiloT(lu^U;^de son réseau.
G^Guide die plus dè'>3fiO pag>< illustré de Ig^jfraViires. contient
ien renseifqrements les plul utiles (Descri^kidoii dès- sites ,%C1mux
d'excursion delà NormancU^^ et/le la Brjsfsygnè-^ PrincipauV^oKires
des *tr!âdfi<B — Tableau dis làarées— ^Cartes pd^alea -V * Cartes
cyclistes du littoral de la 'Manche /- ^ans d^s' pKnoipates lûlles *-
Liste d'HÔtels, Restaurante; e*c^.>.* - •
Il est paiement adreseé franco à dotiloHe' contre. J^efnroi--4^sa
rataor/en timbres-po^te, au Serrée de la Publhûlé.-^ rue de
Rome, à Paris. ^
CHEMIN DE FER D^ORLÉANS
AU !•' juiUet^ la Gontp^ignie d'Orléans a réalisé les améiioraitioos
suivantes : ^
Les trains KapMes « Bains d^ mer » circulant quatre ibis par
semaine entre Parie et Qufmper et 7ice«vefs\ ont lieu toui^lee
jours pendant la '|)ériQde'd« I^"" Julliet au ^4 octobre jnoius.
Le pramiat part de Pàt»U^Qitai*d'Opday è V ii. M s^r et arrive
Vaiuies à O'. 4 matin.
I^eecond part de Vannes à 10 b. 19 aeir et arrive 4 /Paris- Quai-;
d'Orsay à 7 h. 12 matin. * ^ ..„
Le trajn Express du matii^ de gantes s'ur-itt-Bretagne e^t p^t^Ui
comme^ chaque ét4^; il part, de Kantes à 6 h. 15 matin vd Jjeu de
5 h, 27 \i arrive à VaRues à 8 li. 40, à Auray à 9 h. 2, fc- tjQfient à
9 b. 46, à Ccjncarneau à. Il h. .17, à Quimper àj<)li,l57. k Pofcit-rAbbé
à 1 1 1. 49, ï Douarnenez ^ midi l, et à LandiSroéau^^i I b. ^ eoir.
Le train Omnibus venant de Loriept ^rrljfrnt ^ JTaaaei à )s^k. 47
soir est retardé d'environr 2 keures» 41 part de L^i^at à TTbT.lS soir, ' .'r;!
d' Auray à 8 b. 15 et arrirefc Vannas à 8 h. 4J coic' V.;
y
Vaoae«. — ituprioi'^ria Lafolyb frèvfi^'^, place <
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de i/ÊSîOURBElLLON, Z)t>«cfe
^- ^^ IGUE. ïtidacteur tn çhtt/
CALAN, Sccrct«i|» rcjàiionil puur nie-<t<ViI>inc. — Rimb
LcChamtncPJiyRON.p.vir le RinlMm.
GRANCIËn^. ^iiur k Morbihin. - Ai.>in BA|Sdfl ou
I —
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/. VANNES
tiAFX>LYÏD FRERES
t
MDCCCVJll
PARIS
' HONORE CHAMPION
i, Quii MaJif^uu*
\ \ NANTERRE
M, LE t>AUl^T>^
7é( Rue Stlnt-Gcfrrttin
/■y>
D
S*adj;^'ser jpôur U Rédaction et l'envoi des maâùicriis i M. le D' lUijSTiM^^ieCE,
auçHtc^ir^e Bahurcl,^aj Jlfiiion ; pour i'AiiMi>J^îii:M.TiQN, MM, lJ^Ç0t\E;, frères
placlT^des Lices, V^Vi'nes . " '^ , r y'/
,L v ^^'". 'Google
SOMMAIRE
I. — AUenlaU des Penlhiêvre contre le duc Jean V (Î^O-iÙ2^}
(suile) — J. Trévédy. 221
II. — Combour et ses Seigneurs (fin). — Paul de la Bigub. 249
III. — Saint-Mars-ia-Jaille et ses Anciens Seigneurs (suite). —
J. Bauduy 257
IV. — 'Bibliographie 265
CONDITIONS DABONNEMENT
France, un an 12 fr.
Etranger, — 15 —
On 3'abonne soit chez M. le comte de Laigue, château de
Bahurel, par Redon, soit chez M. Lafolye, imprimeur à Vannes.
Les abonnements partent du l*"" janvier ou du l»»- juillet de
Tannée en cours. — Il n'est pas vendu de fascicules isolés, sauf
pour les abonnés.
Les travaux comprenant au moins 16 pages de texte sont seuls
tirés à part. 50 exemplaires sont ofiferts aux auteurs.
Nota. — La Direction et la Rédaction de la Revue de Bretagne ne
sauraient être aucunement responsables des théories on opinions
émises dans les articles qui y sont insérés, cette responsabilité
incombant tout entière à leurs seuls auteurs.
// sera, rendu compte de tout ouvrage d'auteur breton ou inté'
ressant la Bretagne^ dont un exemplaire aura été adressé au Rédacteur
en chef de la Revue.
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ATTENTATS DES PENTHIÈVRE
CONTRE LE DUC JEAN V
(142014220
Ifl
LA VENUE DE JKAN DE PENTHIÈVRE, SIRE DE LAIGLE,
EN BRETAGNE (2)
Passons au second fait : la venue en Bretagne de Jean de
Penlhièvre, seigneur de Laigle, pour rencontrer le duc Jean V
à l'abbaye de Beauport,
Qu'il me soit permis d'étudier ce second fait avec quelques
détails : il est moins cpnnu que le premier, ce qui n'a rien de
surprenant. Nos premiers historiens Le Baud et Bouchard ne
Tont pas su : d'Argentré Ta confondu avec Tatlental de 1420 (3),
Lobineau Ta brièvBOient conté, Moriceencore plU3brièvamenl{4).
Daraquije pius souvent, résume D. Morice,n'a pas lu apparem-
ment la demi-page de cet historien : du moins n'en tient-il aucun
(1) Voir la Revue de «ptembre l^oa.
ËRRATCM. Paçe IM, remplacer 1& nota 1 p» ce qui iuît : Rûberî de Dinan^
^* Ali de Càurles de Dinnn et dp Jeanne d« Beaum&noir, ùlle, d« J«>&d U maré-
chal chef âeA Tfi^nU et ûe la lecûnde femm^f Marg^neriie de Kohao^ ÛUe
d*Âlam \'\U qui deTlnt In leconde femme de Qiason. *
Ce o'âit pmMf comme il a été dit, Robert de Dinan que Glbion cbargea de por^
1er »Q Roi ion épêe de con notable : c*eat Robert de BeaEtmfLnoir, frère c^ïnsati*
çuin de Jeanne de Beaiimîinoir, n^ du premier mari&i^'e du marécbftl- (Voir co*
dicille de Clisson, 6 février UOCi;. (1407 n. it.) Monc-, Pr. U, 782.
(3) HisL livre X, cbap, XX, il donne Tarrât du IG féTrier dont nous avons
donné on eUrait plu» hatit (p. Sa}. A(iaâit^>t apfè»» cbap. XXI, il écrit ; « Cette
acCQaatiOo (qui finit par la eondamnaiion des PenibièTn*) fut faite en UZt (t4?5
u. St.; — car lora il fallait neuf deâ faux (uole d'impression) dôJaati,.. Fina-
lement, après longues pour»iiitei et le procès ayant été fait par lee évéqnea de
Rennes, Dol et Saint- Malo à un moine de Beaupoi-t nommé Jean Boucher et à
quelques abbés et clercs qui avaient conspiré ceiU pr%s€ (du duc en 142U] in-
t^rfint Tarrét auadic de \kl\ {ikth n. st.) ■» Du reste pas un mot de la venue du
t^re de Laigle en Bretagne. Voilk hien Ja confusion entre les deux attentats. Nom
ne iroQTQns aucune traça de« informations fartes à Hennetp Dol et tia^at^Malo.
{\) i^bineaup Uisi. p. 55&, Moriee, llist. J, p. 4fiâ.
Novembre i»QS Éf
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2S2 REVUE DE BRETAGNE
compte (1). La Borderie, exact comme d'ordinaire, a dû passer
sur certains détails que son histoire générale ne comportait pas;
mais qui peuvent ti^ouver leur place dans une monographie. 11
m'est permis d'ajouter qu'il n'a pas fait usage d'une pièce encore
inédite et du plus haut intérât que je citerai plus loin (2).
Avant d'entrer dans le récit de cette affaire, il faut répondre à
deux questions :
Voici la première : quelle est la date certaine de la venue de
sire de Laigie en Bretagne?
Lobineau et Morice qui le copie ont placé l'entreprise du sire
de Laigie, à la fia de Vannée i420 (3). Erreur certaine et difOiïîle
à comprendre de leur pirt puisque eux-môaaes ont fourni la
preuve de l'erreur.
Lobineau nous apprend que Jean V, tardivement instruit de
Taffaire, prescrivit une information en janvier 1424. Il cite, il
complète sur quelques points une pièce intitulée « dépoaitioa
d'Alain Taillart», publiée par Morice (4). Cette pièce n'est pas da-
(1) J*ai donné plut haut (p. 79) une preuve de rinezactituda de Daru lur Tbli*
toire de ce temps.
(2) La Borderie, BUt. p. 234-238. L'historien mentionn*^ fp. "Z^fi note 9 de la. page
235) une pièce d'information « jusqu^à prés'^nt int^ditH > exj^tfint aiu Arcbiv^j
de la Loire-Inférieure, datée du il mai 14. '4. 11 y en a J'^utr^t ootn^mmeni uii«
du 22 mars 1424 (n. 8t.),'et une auire datée du 9 avril U:3 (vieux au). K. 75.
(3) Aujourd'hui ce nom s'écrit Taillard. V écris 2'aiUari, forent* du XV* aiècle.
Morice. Pr. 11. 1001-1003. Arch. Loire-lnt., 15. 76. Morice place Ctille pièco
(sans date) entre Relation de la prise du duc... (p. 9!^^-lOÛl) et capitulatioD da
Gaingamp, 5 mars 1420 (n. st). Or ces deux pièces sont antérieures de plus dd
22 moisà la date que la déposition assigne à la venue Je Jean de Penthièvrs «o
Bretagne, et de près de quatre ans à l'information ordonuéi par le duc en jan-
▼ier 1424 (n. st.), d'après Lobineau et d'après Morice lui-oi^me. EiML II, C€Uaiùgu^
des Êvéquei et abbés... p. CXXXVl.
(4) Lobineau {Hisl., p. 555-556), Morice (Hi^t. 1. p. 4»,^) mHtqTj^nt la dat* après
le règlement signé par le duc à Quimper le 1**^ décembre li^D, ei Ttintrevae du
duc et de son frère Hichemont à Pontorson.
M. Blanchard, Téradit éditeur des Actes de Jean V^ a cru pouvoir placer a
date de cette entrevue en octobre. T. IV, Introduction. lUnéraire.p. CXXVL
L'entrevue est postérieure. En effet Richement accompag-na le rot d'Angleterre
an siège de Melun qui capitula le 17 novembre 1424, et il suivit probablemeiit
le roi à Paris et à Rouen C'est seulement après cette date que Uichemont pot
obtenir un congé et venir en Nor nandie. 11 y r-çut la visite de chevi^liera
bretons avant de recevoir celle de son frère. (M. Gosn^au. La connétabiâ de Ri'
chemont^ p. 58-51). Il n'y a pas de place pour tous cea faits entre le H no-
vembre et le l»' décembre. L'entrevue des deux frères est donc du mois df* dé-
cembre entre le l*' et le' 14, ou bien entre le 16 et le :e. Nous voyons Jean V à
Quimper le 1*'. et à Vannes, les 14 et 16, 26, 28 et 29 décembre.
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ATTENTATS DS PSNTHIÈVRB 3S3
tée ; elle est nécessairemeat postérieare, mais de peu de temps,
à Tordre d'ioformer. Or Alain Taiitart dit que « le sire de Laigle
résolut son voyage en Bretagne quatre jours après Pâques, il y
a deux ans >». C'est se référer à Pâques 1422. Cette année, le di-
manche de Pâques tombait le 12 avril (1).
Mais voici une pièce de la moue information ou d'une infor-
mation presque simultanée : c'est la déposition de Maurice Tail-
lart, père d'Alain. Il dit qu'il accompagnait le sire de Laigle près
de Beauport^ en mai 1422. Il ne peut faire erreur; et voilà une
date bien établie.
La Borderie a sans hésitation adopté cette date et sur la seule
information d'Alain Taillart, car il n'a pas lu la déposition de
Maurice Taillart.
Dirai-je que l'auteur de Goudelin, contredisant Lobineau et
Morice, a placé l'expédition du sire de Laigle en 1420 \ mais avant
l'enlèvement de Jean V7 Cet événement étant du 13 février,
l'autre attentat serait du mois de janvier.
L'auteur se contredit quand il écrit que le sire de Laigle se
promettait de surprendre le duc allant faire ses Pâques à Beau-
port (2). Cette année, Pâques tombait le 9 avril. Placer l'entre-
prise du sire de Laigle au temps de Pâques, c'est la mettre en
avril. Or le duc Jean V arrêté le 13 février était au temps de
Pâques détenu à Saint- Jean-d'Angély (3).
J'ajoute ': l'entreprise du sire de Laigle manqua. Si elle eût été
du mois de janvier 1420, comment les Penthièvre, un mois après
cet échec, auraient-ils osé risquer l'enlèvement du duc ?
Mais seconde question : Que venait faire le'^ire de Laigle en
Bretagne? Alain Taillart a donné la réponse : « trouver le duc et
le tuer sur place à Beau port. »
Quand on lit cette phrase, le premier sentiment est la surprise
et presque l'incrédulité.
(1) Les dates des iniormations gardées à Nantes nous donnent la dat« ap.
prozimatÎTe de la déposition d'Alain Taillart. — Voioi ces dates : 22 mar5 1124
(n.st.), commission à fin d'information,— 9 avril 1423 (n. st), (PÂque^) venant
cette année le 23 avril), déposition de Maurice Taillard, — 11 mai 1424, La pièce
citée par la Borderie.
(2) R^'vue de Bretagne. Mars, 1909, p. 132. L*auteur aurait-il emprunté cetu
date aux Aiieiena évéchés de Bretagne^ i. lil, 2* partie, p. 214? Les auteurs
placentce fait en 1419 (1420 n. st.) avant Pâques qui était le 7 avril, et le duc
était arrêté depuis le 13 février.
(3) Actes de Jean r. itinéraire. Introduction, p. CXXV.
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224 REVUE DE BRETAGNE
« Est-ce possible? me dit un érudit. En 1420. la comtesse de Pen-
thièvre n'a pas cru pouvoir faire le sire de Laigle complice de la
félonie de ses frères. Il est vrai qu'un jour dans la prison de Châ-
teauceaiyc, il a paru devant Jean V, avec son frère Olivier, dans
un appareil formidable, Tépée nue en main ; mais c'était
une feinte; ils ne voulaient que faire peur au duc pour lui
arracher Tordre de lever le siège de Lamballe. Il est vrai encore
que le sire de Laigle a combattu l'armée ducale assiégeant sa
mère dans Ghâteauceaux. Pouvait-il faire autrement sans man*
quer à la piété filiale? Mais il a réprouvé l'attentat de ses frères ;
et avec quels égards il a ramené le duc de Clisson h l'armée bre-
tonne devant Ghâteauceaux ! Aussi Jean V lui rendant justice ne
Ta pas traité comme ses frères : il Ta chargé de rédiger « l'a-
mende honorable » que les Penthièvre feront au duc à la séance
des Etats ; mais, tandis que ses frères auront la honte de com-
paraître en personne aux Etats, le sire de Laigle pourra s'y faire
représenter.
a Pourquoi donc, en 1422, le sire de Laigle ce « sage, ce mo-
déré (1), coupant risque de sa liberté, bien plus> de sa vie, est-il
venu en Bretagne? Ne serait-ce pas dans l'intérêt de son jeune
frère Guillaume^ resté comme otage aux mains du duc par la
faute de ses frères et de sa mère? Ne vient-il pas pour s'empa-
rer de Jean V qu*il gardera comme otage de Guillaume? Heureux
s'il peut un jour dire au duc : « Rendez-nous mon frè^e et nous
vous rendrons la liberté ! »
Voilà ce que nous voudrions accepter pour l'hoonear d'un
vaillant homme qui va s'illustrer au service de lacause française.
Par malheur ce n'est pas possible. Après Alain Taillart, un autre
témoin, son père, fait sur ce point une déposition identique.
La Borderie,qui n'a lu que la première déposition, a cru sans
hésiter au projet homicide du sire de Laigle, et môme il a donné
l'explication de sa coupable entreprise. Il écrit :
« Ge sage, ce modéré (Jean de Laigle) qui avait laissé les autres
s'embarquer sans lui dans cette galère (l'entreprise de 1420), une
fois la partie perdue, il entreprit de la regagner à lui tout seul,
sans avoir plus de scrupule que ses frères sur le choix des
moyens » ('2).
(1) Ces expressions, nous le verrons tout à l'heure, sont de La Borderie.
(2) La Borderie, Hist. IV, p. 235.
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ATTENTATS DES PENTHIÉVRÉ 285
Et plus loin quand o la partie est perdue » de nouveau, This-
torien écrit :
« Le sire de Laigle ne voulait point enlever Jean V, il était
plus radical. li voulait l'attendre à Tabbaye de Beauport et à
sou passage le tuer, puis, dans le trouble causé par cette mort,
déployer la bannière de Penthièvre, appeler à lui tous les amis
de sa maison ; et il espérait, sous l'épouvante causée par ce coup
tragique, par ce soulèvement inattendu, que la Bretagne serait
toute entière entraînée dans le mouvement, le parli de Monlfort
terrifié réduite Timpuissance, le triomphe des Penthièvre as-
suré. Ce plan, quoique fort audacieux, pouvait être justice par
l'événement. Mais à une condition : c'est que le chef de Tentre-
prise — sitôt le coup fait, le duc tué — aurait de suite sous sa
main une troupe d*élite, un bataillon Intrépide pour donner Ib
branle à la Bretagne et déterminer par une action rapide l'en-
traînement qui ferait le succès... (1) »
Pour concevoir de telles espérances, il aurait fallu que le aire
de Laigle eût oublié ce qu'il avait vu en 1420.
Le 13 février, le duc est fait prisonnier; le 23, toute la Bre-
tagne est soulevée contre les Penthièvre.
A la nouvelle de l'enlèvement de Jean V, « il y eut par tous
lieux, dit Le Baud, grand effroy et grand murmure à Rencontre du
comte de Penthièvre, de sa mère, de ses frères, de ses alliés (2). »
En 1422, Tassassinatdu duc excitera un bien autre ^ murmure «
contre le sire de Laigle.
Combien les circonstances sont moins favorables aux Pen-
thièvre en 1422, qu'en 1420 I
En 1420, la Bretagne a été surprise au sein d'une paix pro-
fonde, mais elle s*est tout de suite ressaisie. En 14';^^, elle est par
avance unie et comme organisée contre les Penthièvre. La li^ue
des 163 seigneurs unis au duc subsiste : les compag[U63 retrou-
veront leurs chefs d(3 1420 ; et, s'il faut un chef suprême, les
Bretons armés l'auront. Ce sera Richard, frère du duc, qui était
prisonnier avec lui en 1420 ; ce sera môme le comte de Riche-
mont.
Le roi d'Angleterre le refusa en 1420; mais il attend la signa-
ture du duc et de ses barons au traité deTroyes, il laissera aller
(1) La Borderie IV, p. '237.
(l) Le Baud, Hist. de fJretagne, p. 454.
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226 REVUE DE BRETAGNE
Richemont (1) ; Rîchemont est en France, au premier appel, il
viendra (2).
Ajoutons que, en 1420, les Penthièvre avaient rapprobation
du dauphin ; il les a abandonnés, bien plus, il a puni la félonie
qu'il avait encouragée. Mais, s'il avait approuvé l'emprisonne-
ment du duc son beau-frère, approuverait-il le coup de dague
ou de poignard qui ferait sa sœur veuve? Et puis comment
irait-il s'aliéner les Bretons, au moment où résistant au duc ils
refusent de signer le traité de Troyes ?
Pour toutes ces raisons, nous ne pouvons croire que le sire de
Laigle se flattât de saisir la Bretagne pour son frère ; et nous
cherchons ailleurs la cause qui a pu le déterminer à se faire Je
meurtrier de Jean V.
Or voici un fait antérieur de peu de temps à la venue du
sire de Laigle en Bretagne et sur lequel nous appelons Tat-
tention.
En septembre 1420, les Penthièvre, au lieu de comparaître aux
Etats, avaient fui de Bretagne. Un an plus tard, tlébarrassé de
ses félons adversaires, le duc ne semblait plus y penser, pas
môme pour faire prononcer contre eux le forban et une con-
damnation définitive. La comtesse de Penthièvre se tenait au
château d'Essé en Limousin (3), voyant ses fils comme elle-
mdme hors des atteintes de la justice de Bretagne. Le sire de
Laigle avait retrouvé sa place dans la maison du dauphin. Le
comte de Penlhièvre avait pris le chemin de sa seigneurie d*A-
vesnes en HaynauU (4). Mais, comme on va voir^ il n'y parvint
pas sans encombre.
Olivier avait, on ne sait pour quelle cause, ordonné à ses offl-
ciers de prendre et garder en prison quelques vassaux du mar*
(1) Jeftn V trompé encore une fois par le dauphin se rapprûchaLt de TAngle-
t«rre. Le 27 juin 1422, il aUait envoyer des ambassadeurs cbaLr^g de ratj&âr le
traité de Troyes (du 21 mars 1420). La ratification se fit le S octobre 1422; mais
U Bretagne ne suivit pas le duc et resta fidèle à TaUiance française.
{'ï) Depuis le mois de Janvier, Richemont encore prisonnier ét«it avec Henri V
au «iègtfde Meaux qui se rendit le 2 mai. Le 10 mai, Kichemont était à Paris. ^^
M. Cû9nQSLU^ Richemont, p. 64. — Au mois de juin 1422. Richemont eut un congé
pour venir en Bretagne, et c'est en Bretagne qu'il apprit la mort d^Henri V.
(Bit Co«neau, p. 67).
(3) Essé, aujourd'hui arrondissement de Conflans (Charente), était de la vi-
comte de Limoges.
(4} Avesnes, aujourd'hui chef-lieu de sous-préfecture du Nord^ n'appartînt
définitivement à la France que depuis 1159 (traité des Pyrénées).
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ATTENTATS DES PENTHIÈVRE 227
quis de Bade en Haynault. Le marquis protesta et n'obtenant
rien il s'empara d'Olivier au passage du Rhin et l'emprisonna (l).
La détention durait depuis plusieurs mois quand, vers la fin
de 1421, Jean V en fut informé. Il conçut alors ou peut-être on
lui suggéra l'idée — très malheureuse, comme on le verra — de
« racheter » Olivier du marquis de Bade : c'est-à-dire de payer
la rançon d'Olivier, môme une grosse somme; non pour le
rendre à la liberté, mais pour le faire ramener captif en Ere*
tagne, le faire juger et condamner.
Le 4 janvier 1422, Jean V donnait des ordres pour l'exécution
de ce projet. Il envoyait en « Flandre, Hayna^ult et Brabant » trois
gentilshommes qu'il qualifie « chevaliers, chambellans, écuyers, »
accompagnés de troib hérauts; plus tard, quelques autres les
rejoindront; enfin le duc enverra son procureur général lui-
même, Guillaume Preczart. Le choix de ce légiste montre qu'il
s'agit moins de prendre Olivier que de négocier sa remise aux
ofBciers bretons. Ce qui démontre encore mieux le caractère de
cette expédition, c'est le total de la somme que le duc y consacre :
trente-sept mille écus d'or, environ 1,754,000 francs de notre
monnaie. Le voyage des oITiciers du duc ne pouvait coûter si
cher : il s'agit bien d'une rançon à payer (2).
(I) D'Argentré {Bist, Ed. de 1582, f« 586 po.j et Lobineau (Hist, p. 556) ont conté
avec quelques divergences ces aventures du comte de Penthièvre et reipédilton
des Bretons en Haynault. Mais, le récit du fait principal est le mAm« chex itê
deux auteurs.
, (2) Morice, Pr. II, 1100. — « Assura^iee donnée par le duc à desofftcieri eovojés
dans les Pays-Bas pour arrêter Olivier. >» Le mot arrêter est^nsufftii^nt. Le texte
dit a pour faire la poursuite et racheter Olivier, s'il était pris ou détenu... «
Le départ successif des « quelques autres u et du procureur-g^uéfal ii>nt
appris par Lobineau. — Hist. p. 5b6.
Ces chiffres résulU'nt de la pièce Assurance pour la Pomme de îîi.OOû écus
d^6r; — et des indications de Lobineau, f^isl, p. bb6 pour deux autrui sommes.
L*écud'or créé par Charles VI (1384) valait encore (en 1422) 23 sûus. La lirr»
était comme toujours de 20 sous. Je r»mène les écus à la livre, pour ramener
la valeur des livres à notre monnaie actuelle. Leber (1845) approuvé par La Bor-'
derie pour Tépoque où nous sommes évalue la livre à 41 ir. 25 de noa jourt. Voici
la compte abrégé :
î).000 écus d'or = 5.750 /#■ X par 41,25 = 237.187
7.000 id. =8.050 — = 331.143
25.000 id. = 28.750 — = 1.185.037
Totaux 37.000 id. = 42.5^0 — 1.754.567
Les 5.C00 écus emportés par les trois gentilshommes. Les 7.000 parOuillaume
Preczart; lests. 000, crédit ouvert chez des banquiers de Bruges. Aantrarice ei
Lobineau. Hist. 556.
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!28 RBVUE DE BRETAGNE
La première condition du succès était le secret. Il fut mal
gardé. Sur ces entrefaites, le marquis de Bade consentit à rece-
voird'Olivierune rançon de30,000écusd'or( un million,423,000fr.).
Dès lors, il s'agissait d'arrêter le comte de Penthièvre. Il allait
intervertir les rôles : il arrêta quelques Bretons ; et les autres ne
durent leur salut qu'à la fuite. Cette opération si mal conduite coûta
au duc 20,500 écus d'or» soit 950,000 de nos francs actuels (1).
La comtesse dut apprendre à peu près dans le même temps la
mise en liberté d'Olivier et les efforts faits par Jean V pour s'en
emparer. Qu'on se figure sa colère I Elle appelle au secours le
sire de Laigle. Il faut venger son frère et en même temps le sau-
ver de nouvelles poursuites de Jean V.
Elle a trouvé le moyen d*assurer ce double résultat : mettre le
duc à mort. Mère imprudente, disons-mieux, folle de colère, elle
ne songe pas à son plus jeune fils, Quillaume, otage en Bretagne,
et Jean de Laigle ne songe pas au péril qu'il peut faire courir à
son frère I
Mais quand et comment aborder le duc pour le frapper à coup
sûr? Au moins faut-il attendre une occasion favorable. Elle va
se présenter, comme nous le verrons tout à l'heure ; et, le 16
avril, quatre jours après Pâques, le sire de Laigle prend la ré-
solution a d'aller faire un tour en Bretagne ».
Nos trois historiens Lobineau^ Morice, La Borderie ont conté
cette affaire d'après la seule déposition d'Alain Taillart impri-
mée par Morice avec des lacunes que Lobineau a remplies sur
quelques points. Grâce aux communications d'obligeants éru-
dits, je pourrai compléter la déposition d'Alain Taillart par celle
de son père Maurice.
Je m'en tiendrai d'abord à la déposition d'Alain. A ce pro-
pos, voici quelques observations préliminaires qui trouvent ic^
leur place.
En tête de la pièce intitulée : déposition d'Alain Taillart^
D. Morice a écrit : « Alain Taillart fut arrêté et mis entre les
mains du duc auquel il déclara... » ce que nous lisons plus loin.
Mais ce que nous lisons ce n'est pas la déclaration même faite
(1) Morice, Pr. II, 1138. Arrêté de compte, 12 juin 1423.
20.000 écus d'or = 28.075 ff à 41,25 = 950.060 franc».
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ATTENTATS DES PENTHIÈVRE 22d
devant le duc : c'est cette déclaration reproduite par Alain Tail-
lart dans une déposition reçue par des juges ecclésiastiques selon
les formes usitées à celte époque. Nous lisons en elTet qu'Alnin
a été « reçu comme témoin et qu'il a prêté serm«alt ayant été
absous en ce qui concerne la déposition à faire (1) >!.
Qu'est-ce à dire? Voici : devant le duc, Alain a reconnu qu'il
accompagnait le sire de Laigle venu en Bretagne pour tuer Ui
duc. De Laigle est donc coupable de tentative de meurLie.
Ce fait prouvé le sire de Laigle est infâme^ c'est-à-dire ne pyut
être entendu comme témoin. Alain, son complice, est infElme
comme lui. Mais cette infâmeté (cjoime on disait alors) n est
pas absolue : les juges peuvent en accorder Vexempilon, quand
il y a intérêt à recevoir la déposition (2). C'est ce qui fut fîiit
pour Alain Taillart.
Sa déposition devant le juge est donc la reprodiicllon exacte
de )a déclaration passée devant le duc : c'est pourquoi celte dé-
position, au moins pour cette partie, est écrite en français (3),
Dès le début, une sorte de protestation écrite en latin a de quoi
surprendre : Alain dit :
« Très illustre prince et seigneur Jean, est par la j^^rfice de
Dieu duc de Bretagne : je l'ai su dès que j'ai eu la con naissance
et c'est de notoriété; après ses ancêtres et depuis trente ans
environ (4), il est le vrai duc, et ses pères furent ducs de Bre-
tagne avant lui. »
Pourquoi cette déclaration? Elle semble une sorte il^amende
honorable faite pour amadouer les juges, et, Alain Taillart peut
l'espérer, le duc lui» en tiendra compte.
La famille noble Taillart était possessionnée dans plusieurs
paroisses du Goello, notamment Plouagat, Bringolo, Goudelio,
(t) « Testis reeeptusj juratus, absolatui quoad actum deponëndum. »
{l) C*ett le chapitre (article 155) de la T.-A.-C. V. Saa?ageau, t.[I, p, Vlh, c Nul
infâme trouvé ou prouvé par la cour ne doit être témoin en nulit^ cause... el nul
ne doit être réfuté infâme, tant qu*il soit trouvé et jugé par tour, ou prouvé
publiquement... Tous gens qui sont prouvez de trahison, de meurtri;',... ^tc.^ sont
infâmes. »
Ainsi avant la condamnation prononcée^ il suffit de la pivuve rf^âuitant de
notoriété encore mieux de l'aveu (comme ici) pour que Tintaun^ snh l'ucoLirUri»
(3) « Deposuit prout et quemadmodum ahas in quadam ;ili;> «ua depoutione
verbis gallicanis redacta. »
(4) Trente ans, c'est un peu trop, Jean V n'hérita le duché qae in \" novembi'a
1399. En 1424, il était dans la 24« année de son règne.
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230 REVUE DE BRETAGNE
Gommenech (1). Dans sa déposition Alain Taillart se dit né à
Qommenech, avoir bientôt dix-huit ans, être flls de Maurice
et de Jeanne Boschier. Il dit que sa mère est sœur de frère
Jean Boschier, religieux à Beauport depuis six ans, et nièce
d'autre Jean Boschier, naguère abbé de Beauport (2).
Alain dira plus loin que son père fut écuyer d'Olivier de Blois,
que lui-môme le servait comme page (3), que l'un et Tautre étaient
présents à l'enlèvement du duc; que, Olivier partant pour le
Haynault, Alain ne put le suivre parce qu'il était raaia<ie ; qu'il
resta avec son père auprès de la comtesse de Penthièvre ; que
lorsque Jean de Penthièvre quitta sa mère, il emmena Alain avec
son père et que l'un et l'autre le servirent depuis ; qu'ils étaient
avt^c le sire de Laig'e au château d'Essé quand celui ci prit, le
16 avril 1422 « la résolution de faire un tour en Bretagne » ; enfla
il nous dira plus loin que le sire de Laigley venait pour tuer
Jean V.
Mais l'entreprise était hasardeuse. La comtesse et son fils
pensèrent que le duc lui-même fournirait une occasion favorable
à leur projet dans un de ses fréquents voyages à travers le duché,
voyages où il se complaisait à marcher presque sans escorte et
accessible à tous. Nul doute que laco.mtesse et son fils oe se soient
renseignés auprès de quelque partisan dévoué ou auprès des
fl espions » qu'ils entretenaient en Bretagne. C'est ainsi qu'ils
apprirent que le duc devait partir de Vannes après Pâques
(12 avril) pour aller à Dinan. et de Dinan à l'abbaye de Beauport
près de Paimpol au fond du Qoello (4).
Voilà l'occasion attendue : le sire de Laigle ne la laissera pas
(1) Sur la situation de Plouagat, Qoudelin, Qommenecb, oi-dessas, p. 77. Brio-
go\o, au canton de Plouafrat, est situé entre les communes de PLouagat et Gou-
deUn, On trouve en Qommenech un lieu nommé Kerello, qui appartenait h la
famille. La famille existe encore sous le nom de Taillard,
(2) Dans le texte latin : Olim abbas, autrefois abbé. Nom verrona Jean Boa-
obier l'abbé arrêté et mis en prison. Son petit-neveu n^est interrogé qu'aprèa
Temprisonnement de Tabbé.
(3) Dans le texte « famulus et mango. • Ce dernier mot, du f r#c magganon,
qui veut dire fard, était employé par les Romains au sens de marchund d'es^
elat^es qui les fardait; de revendeuTy qui pare du vieux pour en faire du neuf ;
— de maquignon qui dissimule ou fait disparaître les défauts des châvaux mis
en vente. — Au Moyen- Age le mot mango détourné de son se as étymologique
est ptis au sens de page. Est-ce en signe de protestation en favetir des pag«e que
nos dictionnaires latins modernes traduisent page par p%ier h^nùrarius : tra-
duction exacte du mot enfant d'honneur employé au XVI» et X.VU* sifeeLe»?
(4) B«auport au bord de la mer^ commune de Kérity, canton de PaimpoL
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jiN
ïr-T
ATTENTATS DES PENTHIÈVRE 231
échapper. Pas un lieu de Bretagne n'est plus propice qu(^ Beau*
porta l'exécution de son dessein. Nous verrons plus loin pour-
quoi.
Sa résolution prise, le sire de Lai^le rassemble son mnnde. ïl
réduit sa troupe le plus possible : elle ne sera, son < hf^f compris^
que de quarante hommes, savoir trente-six écuyerâ ou homaies
d'armes, au nombre desquels Maurice Taillart, l6 paKti Alain,
Taillart, un valet et un valet de chev^ui (1).
De ces trente-six écuyers, quinze sont nomrai-s par Alain
Taillart. Presque tous ces noms sont Bretons et la ptupar^ sont
duPenthièvre. Tous sont « des gens du sire de Lf^igl*^ 'K c'est4-
dire de la maison de Penthiôvre; ils sont « hoiTiroesdt' Lui >*,
c'est-à-dire hommes d'action, déterminés, et sur lesquels leur
chef peut compter.
Mais ces compagnons n'ont pas une importaacB égale. Ain&i
Alain Taillart nous montre Thébaud de La Goublaye et Roland
du Gouray, comme étant du « conseil secret» du sire île Laigie.
Il semble que Alain de la Houssaye ait eu la même préroga-
(i) Voici les noms qae nous fournit Alain Taillart. Je ne lai ran^a pa« dans
Tordre où il les mentionne; mais selon lears lieux d'origine pr^^um^â :
1. Thébaud de la Goublaye, Saint-Alban, seigneurie de Lnmballti (A).
2. Roland du Gourajr, du Gouray Jugon, autrefois de P^ritlni ?Fti,
S. Alain de la Houssaye, peut-éire de Gael.
4. Maurice Taillart, Plouagatet Bringolo en Goelle (B).
5. Philippe de Triac, de Plurien, LambaRe, Pléneuf seig^* de LAmbaile (C)
6. Jehan de la Haye, Plougasnou, Morlaiz.
7. Philippe de la Goublaye, Saint-Alban (Lamballe).
8. Olivier de/s Landes, Châtelaudren (Goello).
D Jehan Martin, Broons ou Plouagat en Goello.
10. Geoffroy Bouexel, Plaintel, Quintin.
11. Thébaud du Tenou, Le Teil, Quintin.
12. Bertrand de Saint-Jehan, Saint-Malon.
13 Thébaud Gonan, famille inconnue.
14. Frillaye —
15. RouYray —
16. Alain Taillart, page. V. ci-dessns p. 112.
17. Conan Boschier, valet.
18. Lorme ou Lorens, valet dechevauz.
(A) Servait avec Jean de Penthièvre sous le Dauphin en 14lB'l4i^t *?^% da niori
écuyer et lieutenant-général de Saintonge. Moriee, Pr, II, 987,
(B) Ecuyer d'Olivier en 1420. Y. ci-dessus, p. 112.
(G) Ëeuyer d'Olivier en 1420. Y, ci-dessus, p. 112.
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I «
2d2 REVUE DE BRETAGNE
tive (l). Comim ^es deux premiers, d'après Alain Taillarf, il ne
quitte pas de Laigie .- il le suit dans les châteaux où celui-ci
reçoit l'hospitalité, tandis que le reste de la troupe se cache dans
les bois des environs.
Une question. Tous ces compagnons savent-ils le projet ho-
micide de leur chef? Oa peut lejcroire, puisque le page Ta su.
Quelques-uns du moins ont dû recevoir une confidence entière :
ce sont les membres a du conseil secret >». Il semble même que
pour le sire de Laigie il y avait absolue nécessité de déclarer net*
tement son projet à tous ses hommes. Il lui faut un engagement
formel de chacun d'eux. Qu'adviendrait-il si, à la rencontre du
duc et de son escorte, quelques-uns croyant à un simple ealè-
vement hésitaient à frapper ou môme se retiraient ?
Quel motif a pu engager tous ces hommes dans une entreprise
aussi téméraire qu'elle est criminelle? Est-ce une aveugle fidé-
lité aux Penthièvre, fidélité persistant après leur fétonie de 1420 f
Est-ce l'appât d'une large récompense?
Quoi qu'il en soit, ils ont accepté un rude service. Nous avons
dit que le sire de Laigie avait réduit sa troupe auUnt que faire
se pouvait. Ce n'est pas tout : la plupart de ses compagnons sont
accoutumés à ôlre servis : or, ils n'ont pour eux tous que deux
valets et un page; ils devront se servir eux-mêmes et soigner
leurs chevaux. Leur bagage est le^lus léger possible : une coite
d'armes^ une épée et une dague, plus « un sac à l'arçon de la
selle pour mettre victuailles ». Chacun d'eux est couvert d'un
tabûTt manteau de couleur brune qui le cache tout entier.
Parvenus à la frontière bretonne, ils auront à faire à travers le
duché cinquante lieues à vol d'oiseau, et autant pour Le retour.
Pour que quarante hommes passent sans attirer l'attention, que
de précautions leur .»-ont commandées ! Ils ne marcheront quo la
nuit; le jour ils se tiendront cachés dans les bois;u quelques-uns
( ) A. propos de Alain de La Houesaye, Lobineaa écrit : « Si c«t Alain de La
m HouBMye eailemôine que le sieur de la Houssaye qui était des «etgneuri kigaé«
« pour faire U guerr<) aux Pentiiièvre, on ne peut M8«sz détesur sa peiKdie. ■
Hist. p. I5û. — Quelle apparence y a-t-il? Il n'est pas non plua AUin, cb^ralier,
ÀViiiit U04, marié à Marguerite de Montauban, fils de tiustache dtt La HouMay^f
an d«ïft quatre maréchieux chargés de la résistance à la France en 1379,
Une fois Alain Taillart dit : « Ne furent au conseil que Goubbje, Qouray
et La Hay«. » S'agit-il de Jehan de La Haye (n«6)f C'est douteux. Il «'agLi prâ-
babiemeût de £ai Houssaye»
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ATTENTATS DBS PENTHIÈVRE Î38
seulement iront chercher des victuailles qu'ils ne paieront pas,
se disant gendarmes du duc (ij. »
Or, marchant de nuit, môme par une nuit claire, et de-
vant faite environ 40 kil. entre le crépuscule du soir et celui
du malin (huit heures du soir — quatre heures du matin au
plus tard), il leur faut suivre non les chemins creux mais les
grandes routes : plusieurs voient passer les quarante noirs ta-
bars, personne ne les reconnaît, quelques-uns peut-être croient
voir des ombres. Le sire de Laigle, semble-t-il, ne se révélera
qu'à quelques fidèles dont il est sûr, et seulement dans le Pan-
thièvre (2).
Son parti pris le 16 avril, le sire de Laigle a eu besoin de
quelques jours non seulement pour réunir sa troupe ; mais
aussi pour avertir quelques fidèles aux environs de Beauport,
et pour s'assurer d'un ancien barbier de son frère Olivier,
nommé Jean d'Auvilliers, beau parleur, rusé et non moins
audacieux, qui lui servira d'éclaireur et lui sera d'un grand
secours.
Enfin il part ; mais il y a soixante lieues à vol d'oiseau d'Essé
au point voisin de Cbâteaubriant, où il compte passer la fron-
tière bretonne. Il n'a pu entrer en Bretagne avant les premiers
jours de mai. Le moment est propice. La lune sort du pre-
mier quartier, et la pleine lune, dont les conjurés ont besoin,
commencera le 8 du mois (3).
Autre circonstance favorable. Du point où il allait entrer en
Bretagne jusqu'au terme, l'abbaye de Beauport, le sire de Laigle
trouvait ouverte devant lui une route en ligne très directe ; c'était
une suite de voies romaines qui toutes ont été étudiées, dont
plusieurs sont visibles encore, et qui, il y a bientôt cinq siècles^
pouvaient être praticables.
(1) Cd trait est à remarquer. Etait-ce donc un droit pour les gendarmei da
duc de réquisitionner des vivres sur leur route?
(2) Nous le verrons pourtant se faire reconnaître d*un abbé de l'ancien Pen
thièvre mais près du Penthièvre.
(3) Le dimanche de Pâques est le dimanche qui suit le 14* jour de la lun« pa«.
cale,c*e8t-à-dire le jour de la pleine lune. En 1422, cette pleine lune, arriva le 4
avril jeudi. Pâques arriva le 12. La pleine lune ftnit le 1&. Le dernier quiirtjer
suivit jusqu*au 22 ; — la nouvelle lune commença le 23 pour finir le 30 ; le pre-
mier quartier suivit jusqu*au 7 mai ; et la pleine lune de mai commença )e B. -^
C*est à oe moment que la troupe entrait en Bretagne. — A cette époque de l'an'
aée, il 7 a huit heures et demie entre le coucher et le lever du soleil.
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S34 REVUE DE BRETAGNE
Les conjurés suivront à peu près deux fois la tnême rouie à
l'aller et au retour, sauf qu'au retour fuyant au plus vile ils se
garderont de deux crochets qu'ils ont faits à Tallar, Alain Tailiart
n'a pas eu la pensée d'indiquer toutes les étapes de la route sui-
vie; mais, à l'aller, comme au retour, en contant cBrlaines cir-
constances, il a signalé plusieurs étapes. De ces deux listes
d'étapes nous allons corn poser une liste unique qui nous donnera
d'une manière certaine les jalons de{ la route suivie à Taller et
au retour.
Nous tracerons cet itinéraire de la frontière bretonne vers
Chàteaubriant à Goudelin en Goello, près de Lanvollon (arron^
dissemenl de Sainl-Brieuc).
A l'aller, je marquerai par un astérisque les lieux d'étapoa
qu'Alain Taillart a mentionnés au retour :
Voici les lieux qui jalonnent la route.
A l'aller : !•* Bois deTeillay ; 2** forôt de Brécilien ; 3'* forôt de
Boquen ; 4®* Bois près de Saint-Brieuc ; 5** Goudelirip
Au retour : !• Gommenech (près de Goudelin) ; 2^ Bots près de
SaiûtrBrieuc ; S"" forêt de Brécilien ; 4* Bois dti Teillay,
J'arrête le tracé de cet itinéraire à Goudelin, les faits qui se
sont passés sur cette route devant faire la première partie de
mon récit.
Suivons les conjurés marchant sur les voies romaines d'An-
gers à Goudelin.
i° A Angers, ils prendront une voie qui les amène à la fron-
tière de Bretagne près de Saint-Julien de Vouvantes, passant
près de Chàteaubriant, au bois de Teillay {aujourd'hui canton
de Bain, lile-et-Vilaine), traversant la Vilaine vers Pléchatel
(môme canton) et atteignant Guer (Morbihan). — Celte voie ro-
maine est bien connue aujourd'hui sous le nom d'Angers à Coz-
Yaudet (1).
(1) Kerviler (i4rworigu« et Bretagne. T. !•»■, t. I, Réseaux des Vai^s Romaines^
p. tt% et 269-70, n» \b. Voie de Cos-Taudet à Angers. L'érutli t au t^ur moûtr*; c«tt«
Toie «'embranchant non loin de Guer sur une voie de Coj-Ynuiet d Nantes. Ott«
Toiti venant de Coz-Yaudet par la Koche-Derrien et Guiogamp (n* i4) «'éc&rCft
iur ia gauche de la direction d^ Beaugort. CVst pourquoi It* sira d^ Laigl« arrivé
prË8 do Tembranchement par la voie d'Angers à CoZ'Yaiidet jMvqu'k Guéf, De
eo&iiaue pas à. suivre la voie de Cos-Yaudet; maia prend d'&utraa voiej dir«ciM
ven Beauport. Nom les indiquons.
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ATTENTATS DES PBNTHliVRB nh
2* A Guer, les conjurés quitteront cette voie pour en prendre
une autre montant au nord et traversant la forêt de Brécilieti
(aujourd'hui de Paimponf), voie romaine tracée sous le nom de
Corseulà la Roche- Bernard (1).
Qu'ils continuent à suivre cette voie par GadI» elle les conduira
à Saint-Méen sur la voie de Rennes à Carhaix, et ils marcheront
sur cette voie 15 kil. à TOuest jusqu'à Merdrignac. Ils auront
ainsi suivi les deux côtés d'un triangle. Nul doute qu'en sortant
dé Brécilien ils n'aient pris à Goncoret un chemin qui par Mau-
ron les a conduits droit à Merdrignac. Ils ont ainsi épargné 15
ou 20 kil. de route. Ce raccourci importe.
3' A Merdrignac, ils trouveront la grande voie de Rennes à
Carhaix et la suivront environ 5 kilomètres (2).
A!" A ce point, ils prendront à droite une voie allant par Mon-
contour et Saint-Brieuc vers Coz-Yaudet, et qui les conduira au
voisinage de Beauport (3).
b"* Mais, à 6 kil. de cet embranchement, la voie qu'ils suivent
est coupée par une grande voie passant du Sud-Ouest au Nord-
Est. C'est la voie de Vannes à CorseuL Ils prendront cette voie
sur leur droite, vers TEst, s'écartant de leur route pour aller au
bois de l'abbaye de Boqûen (4).
6<^ Us auront à revenir sur leurs pas quelques kilomètres ; et,
un embranchement, qui semble une voie de Corseulà Carhaix,
les ramènera au point dit aujourd'hui La Hutte à V Anguille^ sur
la route allant à Moncontour, qu'ils avaient quittée pour aller à
Boquen (5).
?• De Moncontour, la voie montait au Nord vers Saint-Britiuc
et côtoyait le bois de Plédran (canton 3ud-0uest de St-Brieuc),
Vers ce point, en Ylliniac^ la voie coupait une voie allant de
(1) Da Mottay, Recherches sur les Voies des CôteS'du-^ord^ p. 104- J 08. La
voie venant de Corseul passe à Caulnes (gare), Saiui-Môen, près de Oafti «t d«
CoDcoret (p. lOS).
(2) Du Mottay, p. 63, 76.
(3) Voie Tenant du fond de la baie de Saint-Brieue et que j*ai indiquée d^aprii
des documents certains (Voie romaine d^Yffiniae à Vannes, Aisociatign bre-
tonne, ii'07.
(4) Voie d« Corseul à Vannes, Du Mottay, p. 16. Pourquoi ce crochet? Noui
le dirons bientôt.
(5) Au sud-ouest du bois de Boquen^ la voie venant de Corseul se bifurque:
une branche descend vers le sud-ouest (Vannes) voie de CorseUl à Vanfuss,
L'autre continue en ligne droite vers un point culminant dit aujourd'hui hutte
à l'Anguille et passe sur les landes du Mené (Voie de Corseul à Car?iaii>),
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336 REVUE DE BRETAGNE
l'Est à rOuest (de Corseuï à Carhaix ou de Carhaixà AUi (1), et
continuant vers le Nord-Ouest passait à TOuest de SUBrîeuc au
village dit aujourd'ljui Beaulieu ; là, prenant la direction de Lan-
vollon,elle atteignait à25kilomètres de Saint-Brieuc. des bois au
voisinage d'un château dit Goudelin, à 30 kilomètres environ de
Tabbaye de Beauport (2).
Telle est de proche en proche la route que les conjurés avaient
à suivre, «t qu'ils ont suivie sans encombre. Gomme on le voit,
sauf au raccourci entre Concoret et Merdrignac, ils ont cons-
tamment marché snr d'anciennes voies romaines, où noua pou^
vous les suivre comme pas à pas.
Il nous faut maintenant dire les incidents de leur voyage de-
puis l'entrée en Bretagne jusqu'à Goudelin.
Comme il entrait en Bretagne, le sire de Laigle vit venir k lu i
Jean d'Auvilliers, l'ancien barbier d'Olivier (3); il va lui confier
tout de suite une importante mission. « Peut-ôtrL* sous prétexte
d'une négociation ; mais en réalité pour s'informer au vrai de la
route du duc et du nombre de son escorte (4) », le ?ïire de Laigle
envoie le barbier aux renseignements. A qui le dépêche-t-il7 A
celui qui peut le mieux renseigner, au duc lui-même 1
Sans hésiter, le barbier accepte la mission et il saura la rem-
plir. Il s'adresse au procureur général du duc, Guillaume Prec-
zart, le môme qui avait requis contre les Penthiëvre aux Etats
(1) Du Mottay. De CarTiaix à Alet, p. 38 et suiv.
(2) Voie de Corseul à Coz-Yaudet. Kerviler Ta décrite sous le nom de Cher-
bourg à Vorganium pris pour TAber-Vrach au nord du Finistère ; mais il 1&
conduit par la grô?e et Cesson, p. 253. Du Mottay j avait conduit la voia de Ca^-
Taudet à Oesson^ p. 157-163. J*ai pu indiquer un tracé bien câriain d*VfQiiiac à
Saint-Brieuc.
(3) Alain Taillart dit : « Le barbier venait de temps en tempe parler au dit de
L'Aigle ; u et il met ces mots entre ce quM a dit de Teillay et ce qu'U va dire
de Boquen. Ce n*est pas placer la première visite du barbier sur la route entre
ces deux points. Lobineau (p. 5&7). semble placer là la mission donnée pur Ûq
Laigle au barbier. M. de la Borderie, plus explicite, place cf^tU mission ù Uo-
quen même (IV, f*> 237). Or la troupe était là le sixième jour de son entrée en
Bretagne. Le sire de Laigle avait besoin de renseignements avant du n'Avancer
ii loin. C'est pourquoi j'ai cru pouvoir placer la première entrevue du barbi^T
à rentrée en Bretagne. '
(4) Lobineau, Hist. p. 555. C'est l'historien qui suppose une négociation. Au
nom de qui le barbier aurait-il eu à parler au duc ?
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wmm^a^
ATTENTATS DES PENTHIÈVHE ^ 337
fie 1420 ; et le procureur général le renvois au dac à Diaîin, Le
barbier interrogea-t-il le duc lui-même ? Toujours est-il que
revenant au sire de Laigîe il pût lui rapporter l'assurance que
le duc allait à Beauport. 11 aura pu lui dire aussi que, selon son
usage, Jean V est peu accompagné : un chambellan, un tréso-
rier, uû secrétaire, quelques écuyers et quelques valets,
Vffs Gandé. la troupe prend un soir la route deChâteaubriant:
elle évite celte place dans^ereuse pourelln puisqu'elle appariient
à RobrTt de Dinan, en même temps seic^neur de Montafilan, un
des qualre capitaines généraux ooiimés eu 1420 (!)•
L'aUentat des Penthtèvre a déchataô It guerre au sein des
familles bretonnes, et des parents 11 a fait de^ ennemis. Nous
avons vu plus haut (2) Alain VIII de Roban, mari de Béatrix de
Clisson ctief suprême de ia guerre contre sa belle-psœur Margue-
rite et ses neveux de Penlhièvre ; et Charles de Hoban frère
d'Alain VIII et son fils le comte de Porhoi^t, prendre du duc, ca-
pitaines généraux en Basse-Bretagne ; en môme lemps, Jean
aire de Rieux et Robert dB Diaan ont le môme litre en Haute-
Bretagne ; or les Rieux sont alliés des Penlhièvre ; et s'il n'y
a pas de parenté entre les Peuthièvre et U's Dinan, du moins
sont-ils unis par une sorte d'alliance et une véritable amitié.
Clisson^ grand-père des Penlhièvre, a épousé en secondes
noces Marguerite de Rohan veuve du maréchal de Beaumanoir ;
celle-ci a marié sa Jille Jeanne à Charles de Dinan; et elle est
ainsi grand*mère des Dinan. Or si Jeanne de Dinan a été mariée
avant Marguerite de Clisson (20 janvier 138H;i, plusieurs de leurs
nombreux enfants sont du même âge. On peut se figurer les
sept enfants de Jeanne de Beaumanoir et Les six de la comtesse
de Penthièvre assis, comme frères et sœurs, à la table que pré-
sident le grand-père des uns et la grand'mère des autres (3),
(t) 3' âli de Cbad«i da Din^n H de Jt^anne de Bâ&uEQsnoir, U 7 Kvait cmi^ Ëla.
L'alnâ Henri, mourut avant «on p&ce en U03, L« V Kûland^ succéda à son pèrt*
en octobre Kfa «i mourut cinq moia aprè* {î'^ mara t4l9). 1^3' Roberi Jtii
suf'céda cl mourut «n 1129. Le 4* Uertrand nairéchul de Briita^n^, sutrécat jus-
qu'au 21 mai UU à àon l* frArâ J&cquci mort le 3Q a^nl jirécédânt, «I eut pour
unique héritière la dUe du Jacques, Françoise de DJuan.
(2) Ci.dei«ud^ [i. 113 Cl 1U.
(3) L?a tt^atimeatâ de Mar^'uerîte de Holi&n {Hj décembre UOB} et de Clifti«>n
iï Terrier 1407, n, et.) permettent de buppover c«B acènea de familk. (Morice,
^'oteni&re tûùi. fM
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88 ' REVUB DE BRETAGNE
La boane entente persista après la mort de Clissoa survivant
à Marguerite de Rohan jusqu'au 23 avril 1407 (1)*. Le mois sui-
vant (9 mai), Robert de Dinan procurait à la comtesse de Pen-
thiëvre une grande joie. Elle ne se consolait pas de voir Mon-
contour, avec sa forteresse et ses 21 paroi sses, détaché du
Penthièvre : Robert consentit à lui céder la cbâtellenie par
échange (2).
Mais les anciennes relations d'enfance, TafTection montrée aux
Dinan par le connétable, le service rendu par Robert, tout cela
est oublié ; et le 13 février 1420, jour de l'enlèvement de Jean V,
les deux plus jeunes frères de Dinan sont emprisonnés par
Olivier et Charles de Penthièvre (3).
Si par prudence le sire de Laigle évite la place- de Château-
briant, il espère bien approcher Robert de Dinan et s'en saisir.
11 a appris que Robert séjourne à quelques lieues à son château
deTeillay entouré d'un bois. C'est justement une des étapes de
la route de Beauport. Le sire de Laigle y passera trois ou quatre
jours guettant Tojcasion de surprendre Robert. — Temps
perdu ! Le baron est à son château du Guildo (4), circonstance
heureuse pour lui et peut-être aussi pour les conjurés eux-
mêmes^
Robert de Dinan pouvait être un précieux otage ; mais com-
bien dangereux I Le baron n'était pas un mince personnage. Son
enlèvement eût fait grand bruit. Que la troupe soit signalée,
malheur à elle. La voie de Beauport et la voie du retour ne lui
seront-elles pas fermées ? Même cet événement n'arrôtera-t-ij
pas le voyage de Jean V vers Beauport?
Les chevaux ont prjs du repos à Tcillay. La troupe se remet en
route ; dans la nuit, elle devra fournir une traite de 45 kilomètres.
Elle passe par Bain, Pl<§châtel (pont sur la Vilaine), Lohéac,
(1) Marguerite mourat entre les dates de ces deux testaments. Cliston, testant
le 5 février 1407, dit sa femme décédée.
(2) Morice, Pr. H, 790. Il est vrai que Moncontour ne restera pas au Pen-
thièvre; mais à la suite d'an acte o lieux auquel Robert fut absolument étranger.
(3) Nous avons vu Bertrand, le maréchal, arrêté avec le duc au pont de la
Divatte (ci-dessas, p. 112). Sou j<june frère Jacques fut arrêté à Chàteauoeauz où
il avait précédé le duc, et où la comtesse l'avait accueilli comme hôte.
(i/ Le Quildo/ châ,teau à Tembouchure de TArguenon dans la Manche (com-
mune de Créhen, canton de PUncoët, arronJissement de Dinan). — C'est au OnUdo.
appartenant alors à Françoisa de Dinan (nièce de Robert) qae Gilles de Bretagne
fut arrêté (juin 1440).
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"W^^^^^^^^^^v^^p
ATTENTATS DIS PBMTUÏÉVRB 239
Maura et marche vers Guer. Mais, avant (l*y atteindre, elle
quitte la voie qu'elle a sïiivie juBqa« là et qui marche au Nord-
Ouest vers Pïoôrmei : et elle prend une voie allant au Nord par
la forât de Brécilien, dite aujourd'hui de Paimpont.
Le lendemain soir, à la sortie de la forôt bien plus étendue
qu'aujouj'd'hui, vers Goncoret, les conjurés quittent cette route
qui les conduirait à Saint- Vléen et prennent à gauche (à l'Ouest)
par Mauron, pour atteindre Merdrignac, et la graade voie de
Rennes à Garhaix. lU suivent cette voie 5 kilomètres ; puis
prennent à droite une voie allant au Nord vers Moncontour et
Saint-Brieuc; cinq kilomètres plus loin, cette route coupe une
autre voi(? venant du Sud-Ouest. La troupe prend cette voie sar
sa droite (au Nord-Est) ; et^ à hait kilomètres, elle entre dans la
l'orôt de Pabbayéde Boquen {1).
Arrivé \h, le sire de Laic^le se sent presqu'en Penthièvre, L'ab-
bayj^ n'a pas été fondée par les Ptinthièvre ; mais elle a été dotée
p^r la première maison de ce nom ; elle est au Hef de Jugon qui
"fut autrefois du premier comté de Penthièvre [2).
Le sire de Laigle envoie à Tabbaye, sans pourtant s*y montrer*
Compte-t-il que Pabbé Gaillaume Grîgnon va venir Ini offrir
rhospitalilé ou du moins le saluer et lui fournir les vivres dont
la troupe p^^ut avoir besoin ?
* Désillusion l L'abbé ne sort pas de Tabbaye, Il envoie un de
ses frères, Bertrand de Vducouieurs, d'une noble famille dont le
berceau est dans le voisinage (3), saluer le sire de Laigle dans
le bois ; mais il n'est même pas question de victuailles.
Que conclure ? Que par courtoisie, et peut être en souvenir des
bienfaits reçus des anciens ascendants des Penthièvre, l'abbé
a cru pouvoir s^î peroiellre de saluer leur descendant; mais il se
tient sur la réserve : il est vieux, puisqu'il était abbé quarante
ans auparavant; il est étranger aux Penthièvre ; et il ne se sou-
(1) Commanv de PJétiAe Jugoa [c&nton d^ Jugon, arrondiiaeaient da Din»n],
at>baj« de rordr« d« iiUéauï fondée en lia? par OijTUr da Oinan*
(2] Jugoo était du premier l^^nikièTre; quand Jein lll r^conatUua U comté en
1211^ pour »on frère Guy, il eat soin de te réaerTtsr JutT^n k i;aai« de son cliâ-
ie«u; iiiaiB Cka^rltu de Bloii, comme duc de lSretagn«p enleva Jugon en 1542 ; et
Jufîon lui rcita fî-iêï* jtiiqifaprfei »a mort. Ce uouvinir poUTait encourager U
démarche de Jean de Bloia*
(3) L^ncien ckâieau de VaucouUura, dont celte famille prit le nom, e^t en
la commune d* TrfliTaû (canton quftutdp Oinan)^
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2/10 REVUE DE BRETAGNE
cie pas de se compromettre avec ses frères pour un Penthièvre
en ce moment poursuivi par la justice ducale (1).
Après ce froid accueil et la nuit venue, les quarante reprirent
leur route de la veille; et, à sept kil. environ, ils trouvèrent un
embranchement qui les ramena à la route de Moncontour,
à moins de deux kil. du point où ils l'avaient quittée la veille
pour aller au bois de Boquen. Us avaient ainsi allongé leur
route de quinze kilomètres. Pour quel motif? C'est ce que noua
ne voyons pas.
A seize kil. de cet embranchement, la troupe passe, non sans
précaution, devant la place-forte de Moncontour qui fut autrefois
du Penthièvre et qui est maintenant au duc.
Si \q sire de Laigle a passé en vue de Moncontour et par une
nuit claire, avec quels regrets il a fixé ses regards sur ta puis-
sante forteresse couronnant une colline abrupte !
u A quoi, se dit-il, pensait mon aïeul Charles de Blois, quand il
détacha Moncontour du Penthièvre pour le donnera Beaumanoir
et à sa femme Marguerite de Rohan ? Devenue veuve, celle-ci
épousa mon grand-père Clissoo. C'est à Moncontour que, sortî
de la prison de Vannes, en 1387, le connétable se retira ; c'est à
Moncontour que, en 1393, surpris par une brusque attaque de
Jean IV, il trouva un sûr asile. Le connétable disait « ma ville
de Moncontour » appartenant à sa femme. Un jour, ma mère a
pu le dire plus justement que son père. En 1407, un échange
passé avec Robert de Dinan la fit avec mon frère Olivier maî-
tresse de Moncontour; et Tannée suivante, chose à peine croyable,
le duc, en vertu d'un acte frauduleux, la dépossédait par la vio-
lence ! ».
(1) GuiUaume Grignon était abbé dès 1381. U signa comme abbé an iacoad
traité de Guérande (1381). 11 mourut le 16 avril 1434.
Morice. Hist. II. Catalogue des abbés, p. CX. L. II. — CX, L. IlL
On lit : Anciens évéchés de Bretagne, t. III. 2« partie, p. 21^.
« On ne saurait déterminer la nature des rapports quUl (Guillaume Grignon)
eut avec le sire de Penthièvre (lisez Jean) dans la lutte que celui-ci entama
contre Jean V; mais nous lisons dans une enquête... qu'en Ul^t (lire ii22)
lorsque le seigneur de Laigle marchait secrètement pour enlever U duc : n Etant
au bois de Boquen, Morice Taillard (lire Alain) page d*01ivjer de Blois, « vmt
(lire ouit) dire que le frère Bertrand de Vau couleurs avait parlé au teignenr d«
TAigle, dans cestuy bois. « Nous retrouverons un fait analogue à Beauport, »
Les rapports de Tabbé avec le sire de Laigle sont ainsi clairement eipoaéi.
En ce qui concerne Beauport, nous verrons que l'attitude de Vhhhé fut tout«
autre. Sur Beauport. Anciens évéchés, t. IV. p. 30-32.
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ATTENTATS DBS PENTHÎEVRE fM
Voilà d'irritants souvenirs I
Vingt kil. après Moncontour, la troupe parvint à un bois sur
la gauche de la route, et elle s'y arrêta;. Ce bois est dit aujour*
d'hui bois de Plédran (1).
Alain Taillart n'a pas signalé d'étape entre Boquen et Goude-
lin. Or, entre ces deux points, nous ne pouvons compter moins
de 73 kil. à faire dans une nuit. C'est trop : il fallait trouver uno
station dans un bois voisin de la route. Nous n'hésitons pas à
indiquer le bois de Plédran qui est à 19 kil. de. Moncontour et à
environ 42 de Boquen. La dernière étape de Plédran à Goudelin
sera de 30 kil.
Au retour, Alain Taillart signale un arrêt de la troupe peil^
dant une journée « dans un bois auprès de Saint-Brieuc ^. Os
ne peut être encore que le bois de Plédran (2).
Le soir môme, la troupe longea vers l'Ouest la ville de Saint-
Brieuc, et passant au village dit aujourd'hui Beaulieu (à deux
kilomètres) prit la route dite au moyen-âge de Saint-Brîeuc à
Lanvollon : avant d'arriver à cette ville, les conjurés quittdnt la
route prirent à gauche, et passant la rivière de Leff entrèrent
dans un bois voisin du château de Goudelin.
Ici la scène change. Pour venir de Teillay à Goudelin, le sire de
Laigle se sentant en pays ennemi, a fait une extrême diligence -.
il amis seulement quatre nuits à faire environ 137 kilomètres.
Il va employer le môme temps pour aller de Goudelin à Beauport.
Pourquoi? C'est que la troupe a trop devancé le duc : elle arrive
trop tôt. Son arrivée à Beauport ne va-t-elle pas attirer Tatten-
(i) Plédran (commune du canton sud de Saint-Brîêuc, à six kilomètres) «st
connu par son camp vitrifié. Le bois de Plédran est au nord-est du bourg sur la
limite d'Yfflniac au bord de la route de Saint-Brieuc à Moncontour qui a pris la
place de la voie romaine jalonnée à Yffiniac par les noms La Barre, La Bessière
(Boissière). Lach^ipelle Saint-Laurent des Sept-Saint8 (autrefois des Sept-Saints
de Bretagne) touche le bois qui, au XV« siècle sans doute plus étendu qu'aujour-
d'hui, pouvait être traversé par la route.
(2) M. de la Borderie a, comme nous, reconnu la nécpssité d'une *lap« entra
Boquen et Gouflelin. Il a ^crit : « La troupe s'arrêta probablement dans la forât
de Quintin, aujourd'hui de Lorges. m (T. IV, p. 237). Ce n'est paa piobable. La
forêt de Lorges en sa partie la plus voisine, en Plainte], de la route de Moncon-
tour fi Siint-Brieuc est à 10 kilomètres à gauche.
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342 REYUB DB BRBTAGNE
tion? Le sire de Laigle, avant de pousser plus loin, n attendrait-
il pas quelque message à Goudelin ou aux environs ?
Le récit d'Alain Taillart autorise toutes ces suppositions; mais
les lenlt^ars du sire de Laigle ont une autre ^cause qnun autre
témoin noas révèle. Le sire de Laigle jugea, ou ses « adhérents i*
jugèrent sa troupe de quarante hommes insuffisante : la troupe
va donc être plus que dédoublée : or, pour. assembler ce con-
tingent, il faut quelques jours.
Sur la route de Goudelin à Beauport, voici le récit d'Alain
Taillarl :
li Ils furent au bois de Godelin et aux tailles près l'hôtel Go^
delio où vinrent devers eux parler audit seigneur de Laigle Gwi7-
îaume Godelin, d'où fut envoyé à ceux demeurés au bois grande
quantité de provisions : le seigneur y séjourna un jour.
a Le seigneur partit, la nuit commençant, et alla à Thôtel
Rolland Péan où il arriva au point du jour : Guiltaume de Per-
rien (l) et Thomas de Chef^du-bois vinrent saluer ceux qui étaient
au bois. Thébaud de la Goublaye, Houssaye et Goaray allèrent
chez M^" Rolland, et de là on apporte à foison vivres et pro-
visions,
w De là le sieur alla au bois près Gomenec, où H y a château
de grande apparence ; il y alla avec Goublaye, Houssaie et Gou-
ray, et y couchèrent une nuit; et pour le reste (las hommes
restés au bois) Conan Boucher et Lorens allèrent au fourrage ei
apportèrent à grande foison, vins, vivres et autres provisions.
De là allèrent toute la nuit, vers Tabbaye de Beauport et arri-
vèrent en un bois nommé Ploezeuc. »
Arrêtons-nous un instant.
il nous faut relever une interversion dans l'ordre des deux
stations de la troupe indiquées à Gommenech et à * l'hôtel de
Hollnnd de Péan, » c'est-à-dire le château de la Roche-Ja^ru.
Goudelin a pour limitrophe au nord Gommenech ; et la Roche-
JagQ est en la commune dePloôzal contigUeàPontrieuxau nord.
Gommenech est séparé de Pontrieux par les trois communes de
Trévf^rec, le Faouët et Quimper-Guézenec.
La troupe a nécessairement passé par Gommenech avant
d'arriver au château de 'a Roche-Jagu. Alain Taillart a par
(h Un des deux Guillaume de Perrien qui, avec Guillaume de Gondvlin^ dé-
feTiiiuiffîu Guingamp, en 1420. Ci-dessus, p. 77.
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ATTENTATS DES PENTHIÈVRE 9tt
erreur de mémoire nommé la Roche-Jagu au lieu de GcmiEB
nech et réciproquement (1).
Voici donc la route suivie parla troupe de Laigle, De Gou-
delin elle passa à Gommenech (5 ktlom^t^e^l, dont le cbâttau
était alors au vicomte de Pommeril-Ie-vicomte. de son uom du
Chastelier (2); puis prenant par Trévérec. elle retrouva là voie
romaine qu'elle avait quittée pour venir à Goudelin ; et, suivant
cette voie par le Paoïiët et Gaimper^Guézennec, elle passa le
Trieux à Pontrieux ; et arriva à Pîoôzal et à la Roche- Jaiçu
(12 kilomètres de Gommenech),
De là au bois de PIoupzpc on peut compter la même di&tatice;
mais il y avait à passer le Trieux, et le LelT non loin du con-
fluent : il n*y avait pas de pont au-dessous de Pontrieux; de là
pour la troupe la nécessité de revenir sur sei pas pour passer
le Trieux puis le Leff au-dessus de leur confinent, au pied du
château de Prinandour (3). Ainsi s'explique que le trajet de la
Roche-Jagu au bois de Ploué^ec ait pris toute une nuit,
(1) Alain TaiUart dit & ptopoi de Qoaimenecli ■ ebatean d« grande apparence. *
Ce signalement est bien plu^ ymï de la Rocke-Jagu. Le chArtEa^u de Gommenech
a disparu, sans laisser de trac«, comme cêlul de Goudelin, Celui de la Roche-
Jagu a?ait une toute autre importance : l£i gifii^neiirié si^ni^lée au livre des Oitt
de 129i, avait haute justice et un cbiii^au-fort, elle Tut érigâe en hannière en
141^1 (D. Mcrice, Pr. 156:^64). O^èe écrit à ce propos {1\ II, p. 313) : « Pierre Q
« érigea cette seigneurie en bMiniëpa, lu 14 mai 1 4SI, et en baroonie Tau..., en
« faveur d*un nommé Pënn. * {AouÏM^nè). L'érection en baron nie e«t une pure
imagination, i.e péjoratif (coaime dii<>nt l^^^^ ^Ti\mmmr\^\ï%)le ixommé ne luiscera
pas deviner quUl s'agit de Je^n P^âaa, chambellan du dac, Ûla de RoUand
Péan, dont nous allons parler, ch^aiUr, qui. ^^n U37, prâte serment au duo avec
les nobles du Goello (Morice, IL l^i)S;,
(?) On a écrit que le château appnrlertair en JiiCO, aui du Cbastel [Jollivet,
CéteS'dU'Sordj 1, p. 182). ïl n'a pa^sé aux du Chaitel qu'en 1&23* Nont allons
trouver Jean du Ghastellier et son héritier Vincent.
(3) Un mot sur Brinandonr [écrit aussi mais mal ^niandour), en Quimper
Quézennec, canton de Pontrieux, — Ogée (il. p. 427) dît que ce château u apparte-
nait, en 1393, au duc Jean IV, quand il fnlaiSH^^é par Clisson. ■> Si Clisson a prîs
c« château au cours de 4;ette j^^u^rre aivile» il n'était pai au duc. Il a pa^sé des
Avaugour aux Kergorlay, pui#p;u- mada|>^^tf de Jeanne (de la branche atnéà) arec
Raoul VIII de Montfort-Gy.t;| (I^h;)), puia aux Lîival par le mariage de Jeun de
Montfort (1405) avec Anne héritière de Laval et Vitré, Jean de Montfort se ma-
riant à la condition de prendra lei noui et armes de Laval. Après U mort de
son beau-père (iuy XII (Ulîj il prit le nom de Guy XIII ; il mourut eu UU ; îl
laissait trois fils : Guy XIV i'prenii<?r comte de Laviil. li:a), André dit le maréchal
de Lohéac, Louis, gouverneur de G-'^nes. mnltre des eaux et for*i^ts de France,
qui fut en Bret'ïgn'^ seifjn^ur de Châtillnn en Vendelaia, Comper et Frinandour.
Ce sire de Chàteaubriant, qu'Of^'<^e dit sflîiîn<>iir de Frinandour en 151?. est
Guy XVI de Laval, cousin et héritAÉr de Guy XV ÛU de Quy XIV et de sa seconde
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244 REVUE DE BRETAGNE
Arrivée ainsi sans encombre au bois de Plouézee la troupe
est au but : Beauport est à trois kilomètres.
Cette petite rectification faite, combien la déposition d'Alain
Taillart, bien qu'elle soit incomplète, comtne nous verrons, est
instructive !
Elle nous prouve que le sire de Laigle était annoacé et atten-
du à Goudelin, à Gommenech, à la Roche-Jagu. Tout est prêt
sur ces trois points pour nourrir et largement une troupe de
quarante hommes. Ce n'est pas tout : les gentilshommes du voi-
sinage restés attachés aux Penthièvre, môme après leur félonie
de 1420, viennent saluer le sire de Laigle; et nous ïe voyons
accueilli dans les trois châteaux qu'il trouve sur sa route.
Voici, supposons-nous, pe qui se sera fait. Le sire de Laigle a
dans cette partie du Goello un correspondant tout indiqué ; c'est
Guillaume de Goudelin. Nous l'avons vu, en 1420^ à Guingamp
s'obstinant à maintenir son droit dé choisir entre le duc son
souverain seigneur ou les Penthièvre ses seigneurs proches- Il
est prisonnier^ puis condamnée une peine corporelle et à la
confiscation de ses biens. Mais le duc lui a fait grâce de la peine
et l'a laissé en possession de ses seigneuries (1),.
Mdins de deux ans plus tard, Goudelin ne songe plus à la
clémence de Jean V. Son zèle pour les Penthièvre môme félons
l'emporte : il se charge d'avertir les amis des Penthièvre habi-
tant le voisinage. Il appelle Guillaume de Perrien, qui vient de
Plouagat ou de Trédarzec ; Thomas de Ghef-du-Bois, venant de
Pommerit-Jaudy; Rolland Péan, de Ploezal, et un autre que
nous nommerons tout à l'heure.
Quand on étudie cet itinéraire sur une carte un peu détaillée,
on s'étonne au premier abord que le sire de Laigle partant de
Goudelin n'ait pas, repassant le Leff, pris la route directe de Beau-
port par LanvoUon.
Il a dû éviter cette route par prudence. LanvoUon était le chef-
lieu d'une des trois châtelleniesdu Goëllo récemment conâsqué ,
Le sire de Laigle pouvait y rencontrer quelque officier ducal.
Mais, quand il part de Gommenech, pourquoi ne pas passer le
femme Françoise de Dinan, baronne de Château brian t. Dès la fin dn XIV" siècle.
Frinaodoar n'était plus la résidence de ses seigneurs; mais était encore place d»
guerre. — V. Mélanges d'Hist. etd*arch. bretonne, t. If, p. U5. » Mobilier d^mt
château breton » (Frinandour).
(I) Actes de Jean V, n* 1528, t. VI, p. 88-89. Ci-dessus, p. 77 et 9L
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ATTENTATS DES PENTHIEVRE 2'#5
Leff, entrer sur la rive gauche dans la paroisse deLannebert, puis
traverser les paroisses de Tréméven,LanIoup et Kerity pour ar-
river au bois de Plouezec? Voilà une route bien plus courte (tout
au plus 20 kilomètres), et praticable^ puisque le duc, le sire de
Laigle y compte bien, va la prendre.
Voici peut-être la raison qui a déterminé le sire de Laigle: c'est
que en Tréméven est le château de Goetmen. N'y aurait-il pas
quelque danger à passer dans son voisinage ? En 1420, le vicomte
Jean de Goetmen s'est armé contre les Penthièvre. Il a, des pre*
miers, juré la ligue des 163 seigneurs. Il est chambellan el fidèle
au duc (1). Il entretient une garnison à son château ; il peut ras-
sembler ses hommes. Il est prudent de l'éviter.
Reprenons la déposition d*AIain Taillart.., « Ils arrivèrent an
bois nommé Ploezeuc, où Tabbé de Beauport vint tôt après ac-
compagné de son neveu frère Jehan Boschier qui salua le dit
de Laigle ; et s'en allèrent ensemble avec Goublaye, Hous^saye et
Gouray à cheval et Thébaud Gonan et Moricp Tailia^-t à pied, et
furent apportés vivres en abondance de l'abbaye au bois. De
Laigle y demeura trois ou quatre jours et les y furent voir Pré-
gent de Quenechriou et autres. L'intention de l'Aigle était que le
duc allât à cette abbaye et que, s'il y fût allé, il l'eût tué sur la
place.. » (2)
Nous nous demandions plus haut pourquoi le sire de Laigle
avait cru trouver à Beauport un lieu propice à l'exécution do ce
dessein.
Nous ne trouverons pas la réponse à cette question dans cette
phrase extraite des Annales de Beauport : « Au milieu des
troubles et des déchirements de la Bretagne, l'abbé (Boschier)
attaché au Prince lui garda une entière fidélité. » Et l'auteur au-
quel j'emprunte cette citation ajoute aussitôt : a Et, en elTet, au
plus fort de laréaction^ Jean V donna une éclatante marque de
satisfaction à l'abbé, en prenant l'abbaye sous sa sauvegarde
spéciale, en 1420 (3).
La sauvegarde, dont je n'ai pu voir les termes, avait-elle cette
(t)Mortce, Pr. II, 1060. —Chambellan l«r mai 1421. Pr. II. 1084.
(2) L^auteur de Goudelin a omis cette pkrase du récit de TaillarC. Elk a
pourtant quelque intérêt puisqu'elle nous révèle le but du sire de Laiglo-
(o) AYiciens évéchés de Bretagne^ Beauport, t. IV, p..3l. — Note 3. » InUt
tumultuantifl Britanniae scissuras suo principi addictus fidem servavii int»-
gram. » Annales, I, 312.
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246 RBVUB DE BRETAGNE
signification?... Mais si la fidélité de Tabbé avait été eniière, en
1420, il nous faudra reconnaître qu'en 1422, elle était bien hési-
tante. Il est clair que, depuis 1420, Tabbéa été habilement « pra-
tiqué », et selon toute apparence, il a été converti ou simplemeat
ramené aux Penthièvre : ce qui peut-être n'a pas été bien dif-
ficile.
L'abbé Jean Boschier est d'une famille de Lamballe toute
dévouée aux Penthièvre ; parmi ses moines, il a un neveu de son
nom; Maurice Taillart, que le sire de Laigle amène avec lui, a
épousé une sœur de ce religieux; Allain Taillart, le page, est
leur fils. L*abbé ser^ ainsi entouré de parents.
Il semble que l'abbé attendait le sire de Laigle. A peine celui-
ci est-il arrivé au bois de Plouézec que l'àbbé vient le sa tuer avec
son neveu et l'emmène à Tabbaye avec ses conseillers privés. Il
n'est pas possible que là une explication n'ait pas eu lieu. A ce
moment, la procédure du forban est commencée , sinon finie,
contre les Penthièvre. Comment et pourquoi le sire de Laigle
est-il au fond de la: Bretagne ? Quels motifs peuvent expliquer
cette imprudence?
Le sire de Laigle ne révélera pas son projet à l'abbé qui en
aurait horreur. Il lui dira — ^on Ta supposé et c'est vraisem-
blable, — qu'il s'agit de s'emparer du duc, mais avec moins de
violence que la première fois (1).
Il semble que cette confidence appelle cette objection : « Vos
frères ont pu enlever le duc à la limite de la Bretagne et lui faire
passer cette limite; mais que ferez-vous du duc si vous Tarrôtez
ici ? Prétendez-vous lui faire traverser toute la Bretagne pour
l'emmener encore en Anjou ou en Poitou? Ce n'est pas possible.»
Faisant un retour sur lui-môme, l'abbé n'aura-t-il pas rappelé
l'arrêt du 7 octobre 1420, ordonnant à tous sujets de saisir et
d'amener les Penthièvre fugitifs aux prisons du duc» ou du
moins de signaler leur retraite?
Le sire de Laigle aura répondu : « Mais cet ordre ne vous re-
garde pas : en vertu de leur privilège, les clercs n'ont ni à prendre
ni à dénoncer les fugitifs. »
« — Soit, aura peut-être répondu l'abbé ; mais autre chose est de
ne pas vous dénoncer ou de vous accueillir à la tête d'une troupe
armée quand vous venez en ennemi du duc. La coutume inter-
f-
(l) La Borderie, HUU IV, p. 238.
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-"^r"
ATTENTATS DKS PKNTHlÈVRK M?
dit à tnoi clerc comme à tout sujet de vous ^ soutenir » et de me
faire ainsi votre complice (!}- »
Que devait faire l'abbé ? s'il ne pouvait dissuader le sire de
Laigle de son dessein, et le déterminrr aa départ, il d*^va1t
sauvegarder sa responsabilité en lui refiitaot toute assis-
tance.
Mais non ; circonvenu, conseillé par ses proches, incité, disons
mieux — aveuglé ptvr son dévoûment familial à la maison de
Penthi^vre, il ne refusera pas Tbospitalité au sire de Laigle,
Celui-ci n'en demande pas davantage, il se charge du reste. Que
le duc entre à l'abbaye il « sera tué sur place ».
On a tenté d'innocenter Jean Boschier. « Rien dans la dépo-
sition du page (Alain TaiUart) n'étai^lit que son oncle (grand-
oncle) ait trempé dans les projets de vengeance du flîs de Mar-
got de Clisson. L'entrevue de Tabbé avec le jeune seigfieur de
Penthièvre avait pu avoir pour objet de chercher à dissuader
celui-ci de ses coupables projets ; et ce fut peut-être par Tabbé
qutï le duc fut averti de ne pas se rendre à Beauport(2) »,
Non : et If^ (Uiù JeRn V a par avance démenti cett^ supposition :
en 1424, informé de ce qui s'était passé à Beauport, il fit pour-
fuivre et emprisonner l'abbé Boschier. Nous allons le voir plus
loin (3),
Le sire de Laigle passa trois ou quatre jour^ à Tiiibb lye atten*
d-ir t anxieusement ta venue du duc (4). Un messager arrive.
C'est un émissaire du barbier, sinon le barbier lui-même.
« Le duc ne viendra pasl il a changé diiée r ilestpaTti pour
Vannes f » (5)
Le coup estmauqué. li faul fuir et au plus vite i Le jour même,
la troupe est en route. Le soir, elle est à Gonamenech (environ
25 kilomètres). Le sire de Laigle couche « au château avec Gou-
(i) V, CL-dessuit, p. \U oh. (article 110 delà T. A. Cûutumei u N« lont pas ienut
d* dénoncer Lei innUait^uri, l-'ura p&renls.^. « et aqssi ne sont tenus îi îes
prenlre lei çlerc« pai^ Uur priTilèt;*, pi lea accuse i% ei awîji nfl les doiv:ent-iU
pas AOHfenir. -
(3} Eréchés dé Bretagne, l, IV. p 31.
(5) Lei aatRurs d«8 Erf^ehés ne mentionnant pas cette pourvu ito «igoaléa par
plusieurs, Cûmiae noue Ttjer&ni.
(4)Troi« ou quatre jours, d'aprèt Alain TaiUArt; plusda dix jour*, d'aprè* un
aatr« témoin.
(^) 1^23 Je duc «ig^ne un mandement à PMrmel. U ttii fftUait pluiieur» jouri
de Dinan à Plûermel. Lettres et Mandemmii, Itinéraire, p. CXXVl.
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248 RBVUE DE BRETAGNE
blaye, Houssaye ^t Gouray, les autres restent au bois, où il y a
rivière (1). »
Passer cette nuit aâ château de Gommenech, c'est s'obUger à
s'y cacher la journée du lendemain. Pourquoi ce retard ? Deux
raisons l'expliquent. Dans cette fin de journée, les chevaux ont
fait 25 kilomètres. Le bois de Plédran au-delà de Sfint-Brieuc
est à 30 kilomètres. Comment faire une première traite de 55 ki-
lomètres, quand la nuit suivante, il faudra en fournir une autre
encore plus longue?
Ce motif suffit : en voici un autre. Il faut qu'en arrivant au bois
de Plédran, le matin, la troupe soit ravitaillée pour la journée,
pour retape de la nuit suivante et pour la journéô qui suivra-
C'est pourquoi le sire de Laigle dépêche en avant Thébaut de
Tenou. Très sage précaution mais qui reste sans effet. Quand la
troupe arrive le matin au bois de Plédran pour y passer la
journée, Thébaud de Tenou vient au devant d'elle ; mats il D*ap*
porte rien, et « il leur faut fourrager pour avoir vivres »*
C'était prudence aux quarante compagnons de remplir les sacs
qui pendent à l'arçon des selles, car la nuit suivante, sans se
détourner, cette fois vers Boquen, la troupe f«^ra au moins
60 kil. pour atteindre Brécilien. — Là le barbier arrive e et un
conseil est tenu où furent seulement Goublaye, Gouray et La
Haye (2) ». Est-ce un danger qui menace ?
Quoi qu'il en soit, la nuit suivante, la troupe paas« au bois de
Teillay. Enfin elle entre en Anjou et va passer la Loire aux
Ponts de Ce où Laigle évite de se faire connaître.
De ce point, Alain Taillart jalonne ainsi la route suivie: Poi-
tiers, Thors, La Rochéfoucaud, Ussideuil ; ce qui ne veut pas dire
que ce long trajet ait été accompli en quatre journées.
A Ussideuil, Jean de Penthièvre retrouva sa môre. Quel fut
l'accueil qu'il en reçût? Alain Taillart ne le dit pas.
{A suivre), J. Trévi*:dy,'
Ancien présiderit du tribunal de Qaimper,
. (!) Peut-être la rivière de Leff, plus probablement le rntitse&ii de Ros plm
voisin de Gommenech, qui tombe dans le Lefl au pont de Traou-Ooaiiou.
La Borderie, Hist. de Bretagne, IV, p. 238, a écrit que le sire de Laigle à ton
retour passa par Goudelin. L'inadvertance est certaine : l'historien suit le récit
de Taillart qui a dit Qommenec.
L'auteur de Goudelin a écrit aussi : «c Le sire de TAigle et ses compHoes re-
vinrent par Goud«lin. Guillaume de Coatmen (Goudelin) et Marie tle Goudelin
(Treveznou) leur oârirent à. .nouveau une généreuse hospitalité et Ui appro-
visionnèrent encore ».
(2) Ou La Uoussaye. Ci-dessus, p. 231-232.
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L
COMBOURG ET SES SEIGNEURS
(Suite) (1)
Présbntation d'un nouveau titulaire pour les Ghapgllgnlês
DE LA Madeleine dïb l'hôpital et du château de Coubour
PAR MALO III^ marquis de GoBTQUEN; comte de COMdÛUH.
14 JANVIER 1719.
Malo-Auguste, marquis de Goôtquenf comte de Combourg, baron des
baronnies d'Aubigné et Bonnefontaine, seigneur châtelain d'Uzel, La
Motte d'Onon, Qaugray, Qodheust, Boulet, Piessis-L'Epine, Malotroit
80US Dol et autres lieux, lieutenant général des armées du Roy, com-
mendant ses troupes dans les pais et duché de Bretagne et gouverneur
des ville et château de Saint-Malo, Tour de Solidor» forts, ports, havres
et, dépendances ; comme de toute ancienneté et possession immémo^
rialle, il nous appartient, ainsy qu'appartenoit à Nos Prédécessenrs le
droit prohibitif de patronage et de nomination aux chapeUenies de la
Madeleine, de Thopltal et du château de Gombourg, à présent vac-
cantes par le décèz depuis peu arrivé de vénérable et discrette personne
René Hodé, dernier titulaire pacifique, aprèz avoir été deiiement infor-
mé des bonnes vie, mœurs, probité, suffisance et du zelle au service de
Dieu et de l'église, de vénérable et discrette personne mi'^ Jean KufAn^
ancien prestre du diocèse de Saint-Malo, habitué en Tégliee de Com-
bourg, au mesme diocèse. Nous vous présentons, Monsieur i'IUustns-
sime et Révérendissime Bvesque de Saint-Malo> le personne dudit Jean
Ruffin pour remplir et desservir lesdits bénéfices, et vous prions et en
votre absence Messieurs vos grands viquaires, sur notredit présention
et nomination, luy en vouloir expédier les lettres de coUaiion et visa
sur ce nécessaire, à la charge audit Ruflin de résider pour taire le Ber-
vice divin, suivant les fondations de nos prédécesseurs, de prier Dieu
pour leurs âmes et pour notre prospérité et santé et d'entretenir deiïe-
ment et en très bon état, nosdites chapelles, pour qu'il puisage jouir
pendant sa vie des (ruits et revenus temporels attachez au édites clia-
pelles, ainsy qu'ont joily ses prédécesseurs titulaires desdites chapelles
aux mesmes conditions et en payant par luy les décimes et autres
(1) Voir la Revue d'octobre 1908.
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250 REVUE DE BRETAGNE
charges accoutumées, en foy de quoy nous luy avons donné les pré-
sentes provisions signées de notre main, et contresignées par notre
secrétaire et sur iceiles, fait apposer le sceau de nos armes. Donné en
notre hostel à Saint^Malo le quatorziesme jour de janvier mil âept cent
dix-neuf.
SEIGNEURS DE COMBOUR. — PREUVES
Textes uongbrnant les seigneurs de Dol Gombour
ET DE Dol Souqné
1. — Rivallon I^^.sa femme et ses enfants.
II. — 1037. « S. Rualendis Domiui de Dolo. (D. Morice Pr. I, 375)
(1063 à 1066). lùid, 425, 426. * '
Sous Conan II « Rivallonius homo militaris ex Britanni^ de Gaataîlo
Gombornio.,.assensu conjugis me» Aremburgisac liberorum nostrorum
Quilleimi scil. et Johannis, Gelduini quoque atque HaduiBio^.,. »>. a la
Boacription : «S. Inoguen sororisejus (Rivalloni) S. Conani Comltis >,
sous Barthélémi abbé de Marmoutier de 1063 k 1084.
m. — Col. 427. Dans la charte de donation à Marmoutier de Téglis^
de Saint-Uuen de la Kouérie qui est du môme temps que la précédente
(règne de Conan II) Rivallon mentionne « Gonjugen Aremburgem, libe-
ros,GuilleImumJohem.Gilduinum, Gaufredum.Aduisiam nuQGUpatos '>*
■ ISur ce même Rivallon I'"^ cf. Prenves L, col. 383, 387, 394.
Guillaume, fils aîi}é de Rivallon 7^'-
IV. — Il se fit moine dans Tabbayede Saint-Florent de Saumur dont
il fut abbé de 1070 à lilS, (GalliaChristiana, t., XIV, col. 629 et 631).
Son éloge tiré des livres de l'abbaye de Saint-Florent, voir du Pazjp.5ia,
V. — En se faisant moine, donc avant 1070, il donna à Saint-Florent
du consentement de ses frères Jean et Gllduin deux mesures de terre
(terrarum mansuras), l'une m ComàumOy l'autre in Lanno Riganno
Lanrigan et l'église de Plana Filicaria. Pleine Fougère Dans ce texte,
du Paz p. 511, Guillaume est dit fils aîné de Rivallon ^^ Ses frères te
disent premier dans l'ordre de succession, après le décès de leur père,
a in hereditatem successor primus ».
VI. — Saint'Gilduin, mort en i076.
(c Extitit hic Sanctus (Gilduinus) in Armorico Dolenslum pago... po-
tentissimo nominé Rudaleno progenitus qui etiam Capra Ganuta tnkït
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-T^PV^VT^
COMBOUa ET SKS SEIGNEURS 2&1
oognominatus. Mater ?ero ejuBiii ÂureliiinenBi pago de Puteaceneiuia
domiQorum nobilitate claram traditur duxisee origiDâm... >» Vita S^
Giiduini, dans du P&z, p 501,
Ainsi Aremburge femme de Ruailea ou Ri vallon 1, dit Chèvre Chenue
et mère de Saint-Uilduin, était de la famille des seigneurs du PuJset.
* Pulêacêruium dmrtinorum », au pays d' Orléans.
f
I
Vil. — Jf^an l'\ fils de Rivallon F.
« Johannes dominus Dolensis » (D. M. Pr, I, 429).
(Avant 1083) te Abbas Guillelmua S. Florentn » t\s de KLvalLon 1*'
M Jokèa et Gild. Fratres ejus... Cœpit Jobannes Canstruere monasterium
S' Fiorentii (1) in villa Mezvoit " {Pr. ï, 433) *' Hoc ipsum Cornes GoflreduB
ÛÏIvlb Comitis Ëudonis [Geafroi Boterel) cum veniseet ad colloquium
cum Gofredo coraitp Redonendi f Geo f roi Grenonat + 1083) m région©
qu£e PluuBïia dicitar, petenie Johanne, conceaait. >> (f r, I^ 434)-
Vin. — if Johannea Dolenais Ûominua, Rivalloni se dignum heredem
comprobana.... Testis Robertua abbas n (abbé de Marmoutier] *< de
taïms ipse D. Johannes Ignoguendis mater ejus {ne) Basiliauiore ejus..>
Pr, I, coL 455.
Inoguen était la soeur de Rivallon l*^ VoirDom Morice, Pr. l^ col* 426;
oest par erreur qu*eïle est dite (coi. 45ô). mère de Jeaa P% il faut pro-
bablement lire maiévitra qui voudrait dire tante.
IX. — i08a. Le duc Alain Fergent donne k St*Florent (de Saumur)
régUse de St-Florent sous ÛoL ^ rogatu et ammonUione Johann is Dole-
nais a quo jpsa res cc^pit exordium » obarte datée du 14 juillet 10»^
(i6ki.,4fll),
X. — Cl Johannes Dolenais 'j témoin dans une autre charte de St-Flo-
rent datée aussi de 1086 [îbid., 463).
XL — € Johannes dictus Dolenais, dominus Comburnii cartam
Rivalloni 1 tilii ïlaimonis anteces?orie nostri roborare voiui : Conditor
noster... »> répétition de la charte, col. 4:^5, 426. îbid,^ 480.
XIL — Rivallon U, fils de Jean J*^
Charte datée de 1095. Donation à Marmoutier par Hdimon Ûls, de
Main.... '> Uxor ejua et,., hoc concesseru ut dominus suus Rivallonus
dommua Doli caatri, fllius Johannis archiepiscopi. Actum An no ab
Incarnat. Uo m. MXCVsub abbate Bernardo (abbé de Marmoutier) Xtl an no
ordinationisejus i^, {D. Mor. Pr. 1, 480)*
(1) Prieuré de iSaiftÊ-Florent ious Dol Anjoûrd'hiii Tabbaré prè* DoL
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252 REVUE DE BRETAGNE
XIII. — « Actum apudFuIgeriacumcastrum (Fougères) iii priesentia
Radulpbi domini iilius castri prsesente GulUelmo de Dolo abbate Saneti
Florentii, Joanne fratre dicti* abbatis, prsesente quoque Rivalono âtio
prsedioti Joannis de Dolo », da Paz, p. 512.
Gilduin, fils de Jean 7".
XIV. — Donation à Marmoutier < Oilduinus de Combornio Johannis
âlius dédit... sicut pater ejus Johannes et Rivalloniuâ avua ejua nobis
donaverant.... » Il promet de plus » ut faceret concedere suc^cssori ejus
cui terram suam dimitteret ». [Pr,^ I, 455) ce qui semble indiquer qu'il
n'avait pas alors d'héritier direct et ce qui explique peut^étre que son
successeur et fils Jean II ait été sous la tutelle de sa mère en 1 137.
XV. — Autre donation faite < coram Gilduino domino ipsius castetli
(Gombour) et hominibùs suis » Témoins : « BenetJietus Aleti epis-
copus, teste Archiepibcopo Baldrico Dolensi ». Ibid., 455.
Benoit lut évoque d'Aleth vers 1090 à 11 II, Baudry, archevêque de Dot
de 1107 à 1130. Ces deux témoins n'ont pu se rencontrer que de 1107
à un.
XVI. — 1107-1130. Donation de la dîme de St-Boladre au Mont Saint-
Michel par un certain Guillaume, fils d'Irfoi croisé, « iturus Jérusalem ^s
et confirmation — plus tard — par son frère Hervé. Témoins da cette
confirmation « S. BaIdrici archiepiscopi.... S. Gilduini Dolensis ducû v
D. Mor., Pr., 1,522.
XVII. — Fondation de Tabbaye de la Vieuville par un Gilduin, fils
d'Haimon qui parlant des nouvelles donations faites par lui à la nou-
velle abbaye dit : » Quam elemosynam dominus meus Gelduinus de
Dolo dévote concessit... Anno inc. Dom. MCXXXVIt ». Ibid, 576,
Jean 11^ fils de Gilduin.
XVIII. — 1142 et 1145. « Ego Johannes filius Gelduini de Dolo atque
Noga mater mea dedimus ecclesise de Veterivilla per manum domini
Gaufredi Dolensis archiepiscopi (1) Posteâ, verô, traiTsactis tribus
annis, donavimus eidem ecclesiœ forestam de Borgoih Anno ab inc.
Dom. MCXLV. S. Johannis + Domini Dolensis S. Nogae + matri3 ejua ».
D. M. Pr. I, 596, 597.
XIX. — < Johés dûs Dolensis » ratifie la donation de régliss N,-D.
foite à Marmoutier par Thomas Boutier {Ibid, 567}, confirmation po8té-
(I) Geoffroi 1", Le Boux, arcbev. de Dol de 1130 à 1146 enYiron.
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COMBOUR ET SES SEIGNEURS 253
rieare à la mort de Gilduin, seigneur de Combour qui Tivait encore en •
1137.
Abandon d'une injuste revendication touchaut la dîme de TramèL
D. Mor. Pr. I, col. 429.
XX. — Vers 1154, 1160 « Johannes dictus Dolensis, Ck)mburnîi Domi-
nus, omnibus fidelibus salutem in Domino. » Il raconte qu'il a oui dire
que Main, fils de Théoginet, avait donné à Rarthélémi| abbé de Mar-
montier, les églises de Saint-Martin de Cuguen et de Saint-Martin de
Noôl ; que plus tard les moines mirent à Cuguen nn prêtre qu*ils pré-
sentèrent k rarchevôque Baudri (1107-1130), Jean de Dol a vu de ses
yeux [qnœ sequunlur vid-), H'iimon prêtre de Cuî?uen se démettra de
cette église en présence de l'archevêque Hugues (inprsesentiu ffugo-
nis(\) archi) et reconnaitre qu'elle appartenait aux moines. D. M. Pr. 1,
492 et 665.
XXI. — 1147, Jean II, fils de Qilduin, « Johannes dominus Dolensis et
Noga mater ipsius... Jobanne filio Gelduini de Dolo >. (D. Mor. Pr, ï,
601).
XXII. — « Johês de Dolo cunctis hominibus suis de Gomburno et de
Oolo et de tota terra sua salutem ». {Ibid 611).
XXIIL - Mort de Jean II de Dol. « Anno 1162, mense Julio, Johannes
de Dol motuus est et dimisit terram et filiam suam in protectione Ra-
dulphi de Filgeriis sed rex Anglorum (Henri II) accepit terram de manu
ejus. (Chronique de Robert du Mont dans D. M. Pr. I, 131).
XXIV. ~ Anno 1164 c Richardes Comes de Humière conestslus
Henrici Régis, convocatis baronibus Normani» et Britanniae, menae
Augusto cepit castrum Combore in Britannia in manu Régis quod Ra-
dulphus de Fulgeriis habuerat post mortem Johannisde Dol ». Chron.
de Robert du Mont. [Ibid,)
>XXV. — Voir encore charte de « Joannes Dolensis dominus cum Noga
matre sua », non datée mais assez curieuse, dans du Paz, p. 519.
XXVI. — Yseult de Dol et Hascufle de Soligné.
Vers 1160-1162? Donation de dîmes faite à Tabbaye de la Vieu ville par
Olivier de Piogonoit « in distello de Comborn, coram Yselde filia Joban*
nis de Dolo, uxore H. de Soligneio et coram Adam de Solign. autritlo
ejus. > D. Mor., Pr.^ I, 647.
XXVII. — Dom Morice, Pr,, I, 691 à 694. Douze chartes de donations,
faites pour la plupart à l'abbaye de la Vieuville par Hasculfe de Soligné
el* Yseult de Dol son épouse. Une seul« de ces chartes, la seconaf», est
datée de 1183, mais les autres semblent rapprochées de cette ddte.
(t) Hugues Le Roux archevêque de Dol (tl 54-1160), témoin de cette cbaît«»
Novembre i90h f§
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35^ REVUB OE 3HBTAGNE '^
Extraits des deux premières : « Ego H. de S. ûlius Jobannii de Sûtt«
gneio» dominus Doîensis, et Iseult uxor mea et Dionysia soror pjusddm
scil. ûlia Johannis de DqI » (Ibid. 691).
XXVIII. — 1183. Ego H. de Soligneio et Yseldis uxor mea, ÛU&
Jûbannis de Dolo^ 1 otificamas nos dédisse....... coucedentibuB âlns nos-
tris Jobanne^ Radulfo et Gaufrido. Ann. a ino. Domini (Ibid^^ 691)
MGLXXXIII » 692. Curieuse explication de son sceau.
XXIX. — Voici une charte qui explique pourquoi les glres de Com-
be ur se disaient, quoi qu'à tort, seigneurs de Dol : «^ Hasculpbus Dei
gratia Dominus Comburnii et signifer Sancti Samsonis omnibus âdelibus
salutem : Cum de jure Iseldis uxoris mesB pertineat, vacante sede
Dolensi, res regere ppntiftcales, et de terris et hominibus arcliiepiscopi
taqquam archiepiscopqs disponere, ea quse mé concédante in pr^esenUa
mea fiunt, tantum vigoris et roboris efficacie et juris babeoiet iU rata
cn^nt dum vacat sedes, tanquam si coram archiepiscopo et eo concedente
ûe^ent. Unde universitati fidelium notiûcare curavi*. . etc. .. D. Mor., 1, 693.
Jean Ul et ses enfants.
XXX et XXXI. — 1210. u Ego Jobannes de Dolo filius H. de «oll-
gaeio.M w II confirme à l'abbaye de la Vieuville toutes les donationi
faites par ses auteurs ou ses vassaux, « concédenoe », dit-il, « Atiénore
uxore meà, Jelduino âiio meo, Noga ûiia mea » Dom Morioe, Pr. 1^
18?5.826.
XXXiL — 1214. Autrd donation au môme monastère par le mâoie
u Jobftones de Oolo, concedente uxore mea. Aliéner et omnibus bere-
dibusmeis qui tune eraut » làid,, t^26\
XXXIil. — 1226. Fondation de la Tille de SAint-Aubin-du-Cormter,
par 1^ duc de Bretagne Pierre de Dreux; parmi les tèmoîDS «^ J ad ai-
nus (1) de Dolo ». D. M.) Pr. l. 854.
XXXIV. — 12-^9. M Jodoinus de Dolo miles t confirme les donations,
faites à Tabbaye du Troncbet par « Alanus filius Jordani jeneacallus
Doîensis fundator Beatae Manœ de Truncheto ». D. Mor. Pt\ l, 854.
XXXV. — Joannes de Do o, domines Comburnii â, notifie que :
« Jodoinus filius meus primogenitus in extremis iaborans n, (étant 4
toute extrémité, à l'article de la mort) veut fonder une cbapaJlenie,
c'est-à-dire un service de messes en l'abbaye de la VieuviUe pour le
repos de son &me et charge son père Jean de Dol de pourvoir à cette
fondation, ce que celui-ci a fait « cum assensu et voluntaie Andresa
demini Vitréi et Aliénons sororis ej us uxoris dicti Jodoïni it D. Mor<,
P. I. 884 et 885.
(1) Jodoinufl : Jodoin forme altérie de Godouin ou Oilduin.
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COMBOUR ET SBS SEIGNEURS 26S
Donc oe Gedouin qui d'après cet acte dut mourir en 1235 avait épousé
Alieuorde Vitré, soeur dl*andré III. baron de Vitré, et d'après lesacte9.de
1210 à 1214, Jean III de Dol père de Jodoin avait pour {eniiue U9#
autre Aliénor, dont on ne connaît pas le'nom de famille.
XXXVI. — Harcouet ou Hasculfe de Dol et Jean son frère en 1273* .
Sentence du sénécbal de Dol (o'est-à-dire de Tévéque de Dol c contre
Hasculfnm de Dolis et Johannen fratrem ejus » neveux ou du pioins
parents de « Gaufredi de SoUigne dudum canonici Doleneis », pour
usurpations commises par eux au détriment du chapitre de Dol. D. ;^^.
Morice Pr. I, 1089. ^'^i
XXXVn. ~ Jeanne de Dol et Jean de Malestroit son fils. 1336. Ré- !{:;
gistre des Causes du parlement de Bretagne du lundi U mai 1386. « Le ^
sire et la dime de Malestroit présentez contre la dame de Combour et -
Jehan de Malestroit son fils en cause d*appeaux (d'appels) et ajour- :s >^
nements» D. M. Pr, II, 513. " ^
« Du mardi en suivant. Le terme d*entre Jehanne de Dol dame de
Combour et Jehan de Malestroit, chevalier fils d'icelle et chacun d'eux de
leur partie et les sire et dame de Malestroit et chacun de leur partie '
est suspendu jusques à demain ». Ibid. 514.
« Du samedi ensuivant » : A ce Jour il est encore question de ce pro;
ces et notamment de la dite dame Jeanne de Dol. Ibid. II, 519.
SEIGNEURS DE COMBOUR. — PREUVES
Baimon vicomte de Dinan : Extrait d'acte n» ii^ Conditor noster etc.
I. -> Rivallon I«r dît Chèvre Chenu seigneur de Combour : extraits 1,
2,3,6,8, 11, 14.
Aremburge sa femme : extraits n*» 2, 3, 6.
Inoguen sœur de Rivallon I*' : extraits 2, 8.
Enfants de Rivallon I***, Guillaume : extraits 2,~3, 4, b, 13.
Jean : extraits 2, 3, 4, ô.
Saint-Gilduin : extraits 2. 3, 4, 5» 6.
Geofroi : extrait 3.
Havoise : extraits 2, 3.
Berthe (du Paz, p. 500) .
U. — Jean 1»^ seigneur de Combour ûls de Rivallon I«' : extraits 7, 8,
9, 10, 11,12, 13,14.
Basilia sa femme : extrait 8.
III. — Rivallon II, seigneur de Combour fils de Jean I*' archevêque :
extraits 12, 13.
IV. — Gilduin seigneur de Combour fils de Jean I»»* : extraits 14, 15,
16, 17, 18. 27.
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256 REVUE DE BRETAGNE
Noga femme de Qilduin et mère de Jean II : eitraits 18, SI, 25.
V. — Jean II seigneur de Combonrûls de Gilduin : extraits 18, 19, 20,
21,28,23,24,95.
VI. — Yseult de Doi dame de Gombour ûlle de Jean II : extrait 26, S7^
28, 29.
Denise sœur d'isenlt fille de Jean II : extrait 27,
Hascnlphe de Soligné ou Subligni époux d'iprult de Dol seigneur de
Combour par cette alliance : eitraits 26, 27, 28, 29.
VIL ^ Jean III de Sollgné fils dilseult et d*A8cuife : extrait SS.
Raoul et Qeofroi ses frères : extrait 28.
{Fin). P. DB LJt BiQNE.
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- ^;- T-f- V- -^ -
SAINT-MARS-LA-JAILLE
ET SES ANCIENS SEIGNEURS
(SuUe «). /
VI. — Geoffroy II y seigneur de la Jaille et de Segré, confirme,
en 1121, l'iastallatioD des moines de Saint-Nicolas à Segré et à
Sainte-Gemme, œuvre de son aïeul (2). Il abandonna ses flefs, en
1127, et fut prieur des Alleuds(1143) obédience de Saint«Aubin^
Il avait épousé Mendique {Mendica) duPlessis d'où :
1® Yvonqm suit;— 2^ Foulques^seignexiT de Segré; — 3<» il îmery^
seigneur de Montreuil-sur-la-Maine (3); — 4® Pierre, qui consacra
son existence au service du Saint-Sépulcre.
VII. — Yvon V, seigneur de la Jaille, entre 1127 et 1155, tlt la
croisade, en 1146, avec le roi Louis. Partant d'Angers, avec ses
frères, Aimery et Pierre, avec Geofifroy Tendon et Renaud Le
Roux du Plessis-Macé, il emprunta 300 livres à Tévôque Ulger,
contre la cession de l'église de Saint-Martin-du-Bois, relevant de
son fief (4). Il figure dans les chartes de son époque, comme bien-
faiteur de nombre d'églises, d hôpitaux et d'abbayes (5). De son
mariage avec Helwige de Chdteaugontier il n'eut pas. d'enfants.
Son frère puîné,
VIII. --Foulques, seigneur de Segré d'abord, devint, en 1155
seigneur de La Jaille, et fit de graodes largesses à l'abbaye de
Nyoiseau, dont Tabbesse était sa tante f6). Il épousa Agnès^ fille
de Geslin d^ Saint-MicheL de qui il eut deux fils :
l"" Yvon^ seigneur de Saint-Vincent, près de Segré, mort sans
hoirs vers 1160 (7).
2* Geoffroy qui suit.
Foulques se remaria, vers 1150, à Thiphaine^ sa cousine ger-
maine, fille de Gaichard de La Jaille, et prit part aux difficullés
(i) Voir la Revue d'octobre 1908.
(a) « (roffredas fiUas Yvoni de Jallia ». Dom Hous. XIII, gOSa.)
(3) Où fut enterré son père Geoffroy, II, vers ii5o, et lui-même en ti5t
(4) Dom Housseau, IV, 1726.
(5) Doni Morice, Preuves, t. I, 604-710 711-723-730.
(6)Doin Hous. IV, 1106, n4i, t. V. i658, 1809.
(7) Dom Hous. V, 1883, i8o9 t. IV, ii4i.
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258 RBVUB DE BRETAGNE
survenues, vera 1152, entre Laure, sa belle-mère, et le pripurde
Montreuil (1). Chassé de êegré pour quelque rebellioo, par le roi
Henri II, il se retira à Jérusalem et entra dans TOrdre des Tem-
pliers.
IX. — Geoffroy III, dit Téhel, second fils de Foulques et
d'Agnès, d'abord seigneur de Saint-Michel-du Bois, devint sei-
gneur de La Jaille vers 1180, date probable du départ de son père
pour Jérusalem. Il assista à Taçquisition de Téglise de la Pré-
vière (Piparia) près Pouancé, par Tévêque Raoul, d'Angers (1177-
1197J et s'en porta garant avec Robert de Graon et Barthélémy de
Ghâteaugontier (2).
Marié à N. Tison, sœur de Tison de Graon, Geoffroy en eut des
biens dans le Craonnais dont, sans doute la terre des Moustiers,
au sujet de laquelle il eut de vives contestations avec i abbé de
la Rdô (a}i De c6 mariage :
1*» Yvon, qui suit : .
2<> Pierre des Moustiers^ qui poursuivit la querelle de son père
avec l'abbé de la Roô et dont Tun des fils, Yvon^ deviendra plua
tHrd seigneur de La Jaille (4).
3* Geoffroy, dit Téhel, entré dans Tordre du Teùiple.
4« auerrif.
X. — Yvon FA seigneur de La Jaille après Geoffroy III, jus-
qu'en 1201, est un des plus hauts dignitaires de la cour Anjou-*
Bretagne. Connu, depuis 1170, par sa présence auprès du comte
Geoffroy, il remplit de ses attestations et de ses actes^ comme
ministre et conseiller intime de la duchosse Constance et de son
fils Arthur, les annnées 1185, 1190, 1192, 1196, 1198, 1201 (5), Il
fut également exécuteur testamentaire d'André de Yarades, en
1196. Son sceau à cette époque est « d'azur à une croix freitée et
alaiséeri (6) et n'a point été coaservé par ses successeurs qui
(i) CaH. de Saint- Aubin d'Angers, publié par le comte de Broussilldn
t. II, p. i54.
(a) Archives d'Anjou, par Marchegay^ t. Il, p. 77.
(3) Cariulaire de la Roê^ manuscrit.
(4) Le second fils de Fierté des Moustiers est Geslint seigneur de Saint-
Michel> gratifié de 10 livres dans le testament de Maurice de Graon, eu
1190^ et marié à Agnès Bourreau, mort avant iaj6, laissant deux ûh :
Alain et Raoul dont la fille épousa Guillaume de la Motte.
(5) Dom Morice, Preuves, t. h', 704, 710, 718, 711, 704, etc» *
(6) Dom Morice, Preuves, 1. 1, 717.
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SAINT-MARS-LA-JAILLB ET SRSJANCIENS SEIGNEURS 3)19
n'étaient pas ses descendants directs. Ghevillard le marie avec
Anne de Vitré, dont il n'eut pas d'enfants (1).
XL — YvoN VH,dit des Jfow.ç/i>rs,8eigneurde La Jaille, en t20t,
était neveu et héritier &\\on VI (2). C*est lui qui fit la croisade de
1202 en Syrie, avec Etienne du Perche,RotrondeMonfort,etc.(3).
En 1220, avec sa femme Hortense, « Yvo de la Jale » fit un don
au prieuré des Grez, près Segré, et mourut peu avant 1244. C'est à
cette époque que La JailIe-sur-Mdyenne prend le nom de la Jailte-
Yvon^ sans doute pour la distinguer de la Jaille-en-Nocllet
récemment fondée (4).
D'après les titres de la maison de Chateaubriand, Augustin du
Paz donne k Yvon VII deux fils seulement. Selon le Gartulaire de
Saint-Serge, il en aurait eu quatre :
V" Foulques, seigneur de la Jaille-en-NoelIet, près Segré, che-
valier de la bannière de Guillaume de Thouars, seigneur de
Candé, qui lui fit don, en 1212, en récompense de ses bons ser-
vices d*une rente de 12 livres à toucher sur les péages de Candé (5).
Foulques avait épousé Péironille de Chazé et mourut sans
enfants, avant 1234, comme le prouve un accord passé à cette
date entre Nicolas son frère et Guillaume Gri fier, second mari de
Pétronille (6) ; — 2*» Gfoffroy, clerc ; — 3° Philippe, Ces deux der-
niers donnent leur consentement à la cession, aux moines, de
Téglise de Combrée, en 1212 (7); — 3° Nicolas, qui fit de môme,
puis, en 1234, passa un accord avec Pétronille de Chazé, ainsi
que nous venons de le dire. Marié (d'après Ghevillard) h Huèerfr
de beaumont, Nicolas serait le père de 1** Yvon qui suit ; — 2* de
Jeanne, épouse de Beaudouin de Beauveau (8).
(i) n figure en iit\^, dans un accord entre André de Vitré, père d'Annt;,
et Guillaume de la Guerche. (Dom Morice, Preuves ^ t. I, 780) et dans une
charte du même André de Vitré à Jérusalem.
(2) Dom Morice, Preuves, t. I, 786 : « Yvone Monasteriis » en laoo.
(3) Villehardouin, ch. aa, 3o, 89 ; Bernard le trésorier, pp. a64) aO&. 3^
femme Hurtense ne 5erait-elle pas une fille, ou sœur d'Olivier de Vrit^ 'l
(4) Archives de la Mayenne, H, Registre de la Roë, i65.
(5) « In ohemino mea de Candeio )> (Dom Morice, Preuves ^ l, 88a.)
(6) Dom Morice, Preuves, I, 88a.
(7) Cariulaire de Saint-Serge, pp. 118 et 410. — D. Vuïlleville, fran^^iab,
SiqSi.
(8) Arrêt du Parlement, en 1159.
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260 REVUE DE BRETAGNE
XII. — YyoN VIII, seigneur de la Jaille-Yvon, dès 1244, et de ta
Jaille-en-Noellet, après son pèrp, apparaît, dès 1248, (avant la
CAisade) comme auteur d'une libéralité qu'il recouvre de son
sceau portant « Un lion passant » (1). Yvon VIII était, çûmme son
père, attaché au sire de Candé. Il suivit donc Geoffroy de Cha^
teaubriand (2) à la croisade d'Egypte, fit montre devant Damiette»
en 1249 et rapporta de son voyage la coquille de pèlerin qa'il mit
en orle sur son écu,
Yvon VIII épousa, vers 1252, Marguerite ou Marquise (3) de
Châteaubriant, fille de Geoffroy et de Sibylle, dame de Porriic, et
renouvela un don fait à l'abbaye de Beauport par Maiiaut, dame
de Pordic, aïeule de Marguerite (4). Il eut pour fils :
XIII. — YvoN IX, seigneur de la Jaille-Yvon, la Jaiîle-en-
Noellet, le Pordic et Saint-Mars. Yvon IX est le premier de sa
maison qui soit mentionné, d'une façon certaine, comme seignetir
de Saint-Mars. Cette qualité lui est attribuée dans aon contrat de
mariage, en 1275, avec Marthe de la Jfo//« (5), dame de Saial-
• Michel, du Pin, etc. Il mourut le 24 juin 1294 (6) laissant : 1' Yvon
quisuit; — 2® flnaw^, seigneur de Saint-Michel, l'un des curateurs,
(i) Dom Hou». XIII, Saint-Nicolas, n* 9796.
(a) Geoffroi de Chateaubriand avait succédé, comme seigneur de Gandé,
à Guillaume de Thouars, vers ia^3. Celui-ci se trouvant saris poMéritéi
légua ses biens aux Chateaubriand à condition qu'iU ôpouseraîenl: ses
nièces, A.umure, aussi appelée A.maurice (Ugée, art. Chateaubriand) et Bel-
leassez de Thouars (ia43). Après le retour de la Croisade, GeolTroy de Cha-
teaubriand, père, veuf de Sibylle, dame de Pordic, épousa Aumure et
Geoffroy, son fils, épousa Belleassez. C'est ainsi que leur advînt Candé, le
Lion d* Angers, Chanceaux, etc., et peut-être également Saint- Mars-IOUvier,
qui, des Chateaubriand, a pu passer aux de la Jaille ainsi que la seigneurie
de Pordic par le mariage dTvon VIII avec Marquise de Chateaubriand.
(3) On trouve les deux noms cités dans divers auteurs, et dans les titres
de cette époque : Chérin, Beauchet-Filleau, Dom Moricedispnt Marçaerite^
(Dom Morice, Preuves^ I, 1187), et le texte de 1 abbaye de Beauport relatif
à une donation faite à cette abbaye par Mahaut de Guinganip, dame de
Pordic, confirmée en ia63 par Yvon VIII, porte Marquise.
(4) B, N. P. O. Chérin 52. — Du Paz, Ménage, Beauchet-Fllleau. —
Arch, dipariementales des Côtes-da-Nordy — Titres de V abbaye de Beaapart,
(5) Pièce citée dans une généalogie de la maison de ta Motle-Baracé,
communiquée par Tauteur à M. de Brisay, et rappelée, avec l'aLliance, par
M. l'abbé Bossebeuf dans son intéressant ouvrage sur le château du Coudray-
Montpensier, dépôt de précieuses archives. (Note de itf. le Marquis de Bruay\.
(6) Obituaire des Cordeliers d'Angers, Français, aa45o, p. a&7.
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M
SAÏNT-MARS-LA-JAILLE ET SES ANCIENS SEIGNEURS . 261
en 1300, à la tutelle de sps neveux, Yvon, Briant et Raoul de la
Jaille; acquéreur, en 1316, d'un bien près sa terre du Pm, à
Ampoigné, mort sans hoirs.
XIV. — Yvon X, seigneur de la Jaille-Yvon, la Jaille-en^
Noôllet, Saint-Mars et Pordic, qui mourut en 1299, avait épousé
Ysabeau de Coe$mes (1) d'où : !• Yvon qui suit. — 2* et 3* BriajU et
Raoul, successivement seigneurs de Saint-Michel, dont le dernier
a fondé la branche de Saint-Michel.
XV. — YvoN XI, seigneur de la Jaille-Yvon, la Jaille-en-Noellet|
Saint-Mars et Pordic se trouve, en 1300, mineur sous la tulelle
de sa mère et de son oncle Briand (2), passant un accord avec
Geoffroy de Chateaubriand, au sujet de la succession de sa
bisaïeule Marguerite, accord scellé du sceau d'Ysabeau, parlî au
premier de la Jaille « un lion avec six coquilles » et au second de
Coesmes, qui est « six annelets 3, f . f . » (3). Yvon XI est connu
par des aveux reçus en 1322, par le testament de Jean Le Bigot»
en 1333, etc. Il avait épousé, en 1317, Marguerite de Rochp fort,
fllle de Bon3bes de Rochefort, vicomte de Donges et de Marie
d'Ancenis. C'était, dit du Paz, un chevalier « fort adroit et
renommé ». Il Ht la campagne de 1336 contre les Anglais et périt
à la bataille de la Roche-Derrien, le 13 juin 1347, avec son ftls
Charles, âgé de quatorze ans (4). Du mariage d'Yvon XI et de Mar-
guerite de Rochefort naquirent :
1* Yvon, qui suit.— 2<> Charles, tué à la Roche-Derrien. —
2* Jean, tué à la bataille d'Auray (1364). — 4^ Aliénor, mariée à
Olivier de la Lande. — b"" Isabeau, femme de Silvestre du Ghaf-
faut, vicomte de Nantes.
(i) Dom Morice, Preaves, I, 1137.
(a) Dom Morice, Preuves,!. 1187. « Accord entre le seigneur de Châttan-
briant et la dame de la Jaille » (i3oo).
(5) Ibid.
f4) A la bataille de la Hoche-Derrien, Charles de Blois fut fait pri^nnlor
par les Anglais, et il y périt de nombreux seigneurs bretons, dont les prin-
cipaux furent : les sires de Laval, de Montfort. de Chateaubriand, de Oiïrval,
de Rougé, de Qiiinlin, de Rais, de Uieux, de Machecoul, de Hostrenen, de
Lohéac, de la Roche, de la Jaille, Guillaume de Quintin, Geoffio) de
Tournemine et Thibaud du Boisbouexel, ainsi que 'plus de quatre rnvUe
hommes d'armes. (Dom Nforice, Ilist. de B'reiagne, t. I, f» 276).
Au sujet de ce seigneur, voir d'autre part : Le Château de la Jailif-Yoon
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2C2 REVUB DE BRETAGNE
XVI. — YvoN XII, seigneur de la Jaille-Yvon, la Jaille-en-
Noôllet, Saint-Mars, Pordia était né en 1325. Il fit toute la cam-
pagne contre les Anglais, à l'époque de la guerre de la succes-
sion de Bretagne, oùBlois et Montfort se disputaient le duché.
Les Anglais furent bientôt maîtres du pays qu'ils saccagèrent
durant plusieurs années (1). Sous les coups de ces envahisseurs
les forteresses de Saint-Mars et de la Jaille-en-Noëllet furent en-
tièrement détruites. Mais après Tévacuation de l'Anjou (traité
de Brétigny, 1360), Yvon XII reconstruisit son château-fort de la
Jaille-en-No61let, dont les ruines, encore existantes, caracté-
risent le XIV** siècle, et celui de Saint-Mars, dont Tarchitectore
militaire dut ôtre particulièrement remarquable, car les histo-
riens des siècles suivants le signalent comme une place très forte.
Cette circonstance s'explique en ce que cette forteresse, située
dans un lieu absolument plat, avait, pour principal moyen de
défense» l'immense marais qui l'entourait, et ne devait 6tre
reliée à la terre ferme que par une chaussée amplement défen*
due par de multiples travaux d'approche.
Ce château était, sans doute, très remarquable : une sorte de
merveille du genre, puisque son (possesseur en est déclaré le sei-
gneur, avec une particulière intention, spmble-t-il, dans son témoi-
gnage au procès de canonisation de Charles de Biois, en 1371 (2).
On peut considérer Yvon XII de la Jaille comme Tun des prin-
cipaux capitaines de son temps dans TOuest de la France, ,
puisque J-'an II, en accédant au trône, lui adressa en 1350 des
« lettres closes » pour Tavertir de se tenir prêt à prendre les
armes pour son service. Ceci se passait l'année de la surprise de
Loudun par les Angio-Navarrais et de la reprise de cette ville
par les chevaliers angevins et tourangeaux.
Yvon XII épousa, vers 1344, Marie de Matliaz, dame du Bou-
chaud, dont il eut :
par A. Joubert ; — Dom Housseau.t. XVI, 34i ; —D. Vaille ville, /honc. SigSi.
— BourdigDéjC/ironiçuecf Afy'oa et Maine; Laroque, Traité des bans el arrière
bans de France,
(i) Rimer raconte que le fort de la Roche d'Iré fut le centre de leurs
opérations.
(a) « Mobilis vir D. Yvo de Jailla miles Dominus dicti loci et Domious
Castri sancti Marsij Nan. Dioc. etatis XLVI ann. deponit de Domiuica de
Grangia quondam euxore D. Pétri Broesbin miiitis defuncti sanata* » {Dom
Morice. Preuvetf II, col. 3i.)
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SAIKT-HARS-LA^JAILLË ET SB5 AHCIËNS SEIGNEURS £68
i* Yvon, qui suit, — 2° Charles, tué devant SaiDt-Jaiiies* —
3* Marguerite, dame du Bouciiaud, unie, 1* à Jean de Châ-
teau briand, sans hoirs. — 2^ à Hardouin /^"^ de la Porte, seigaeur
de Vezins en 1363 — 4" Marie ^ femme de Pierre de Rmtrenen. —
5** Béatrîx. — 6^ Jean^ seigneur « de Saint- Mars at de la Jaille en
ta même paroisse "(i), \
j£AN OU Jrhan os la Jaillic, selgncur de Saint-Mars, est
connu en 1395 par des démêlés qu'il eut avec Jean de Rongé
démôlés tranchés par un arrêt du Parlement de Bretagoe^ en
1395 (2) ; en 139Ô, par sa dt^scenle en Angleterre. Il fut, en 1404,
m&îTre d'hôtel du duc de Bretagne, et, dei420à 1429, employé aux
guerres et à la Garde de Bretagne appointé sur les comptes de
Jean Dronyou (3). li passa, le 23 décembre 1399, un accord avec
Jeanne de Guignen « pour son douaire(4). » Il mourut avant 1430-
XVTL — YvoN XIIL seigneur de la Jaille-Yvon de la Jaille-fnT-
Noëllet et de Pordic, se confond avec son pèredans les services de
guerre. On peut admettre, cependant, que c'est lui qui oo m man-
dait, en second, la compagnie de Pierre de la Hunaudaid, dans )a
célèbre campagne de Duguesclin en 1370 (5).
YVoN XIU mourut, peu avant 1389. laissant, de son union avec
Jeanne de Guiguen : V ïvon qui suit. ^ 2' Charles, mort en 1392,
tO Ce Jean de la Jaille dût naître tardivement, car 11 a vécu Juiqu'en
i4a9. 11 9fi connu à la cour de Ctiarles VI^ comme seigneur de Saint- Mars*
portant un léopard dan» sa bannière. Saint- Mars ne prU que vers cette
époque le nom de iSainl-Mars et la Jailte. formant alors deux fiefs distincts :
l'un païuissial, Tautre léodal, dans ta même paroisse qui était encore désl-
gri(^e sous son ancien nom de &alnl*Mars roiwUrf alors que le château
s'appelait déjà château de la JaUlé. C'est de l'union de ces deni noms ;
Saint-Mars et la JaiiU qu'est venu le nom détinitif de la commune de
Saint - Ma rs - ta -Ja ille .
[a) Ûom Morice : Preuves, 11, 65 1. Ce» difîlcullés ont trait à la tutelle,
de Jean de Eougé* Jeban de la JalUe fui condamné aux dépem, (Dom Mo-
rt ce, Pr€\iues, IJ, 087-^611.;
(3) Dom Lobînoau ■ le M* de Ha y eux ; Dom Morice, Hrmvet, M, io6ô-
1061, etc»..
* (4) Du Pas : //ts(. génialogiqae de plusieurs maisons de Bretagne^
(5) Dom Morice. Preuves, 1, i640. .^fonsire de Pierre y sire de la. Hunaadakj
Pom Mortce écrit Eon pour Kt^o/u
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26ft RBVCE DE BRETAGNE
— 3<> Marguerite, mariée en 1400 au château de la Jaille (i) avec
Hardouinll de la Porte Vézins, fils de Hardoinn 1"^ et de Mar'
guérite de la Jaille, dame du Bouchaud, et par consëqueat son
cousin germain, futur iiéritierdes biens de la maison de la Jaille ^
— 4<» Aliéner^ unie à Henri du Juch, bénéficiaire d'un don du duc
de Bretagne en 1424 (2).
XVIII. — Yvon XIV, seigneur de la Jaille-Yvon, la Jaille en
Noôllet, lePordici en minorité, dès 1389, sous la tutelle de sa
mèi^e, Jeanne de Guiguen, qui reçoit, à cette date» les aveux des
vassaux de la Jaille-Yvon, au nom de son fils (3), ainsi qu'en 1392.
Yvon XIV, mourut, avant 1395 non- marié, et, par suite, ne lais-
sant d'autre héritier que l'aînée de ses sœurs, Marguerite, femme
d'Hardouin II de la Porte, baron de Vezins.
Jeanne de Guiguen, leur mère, conserva en douaire la terre de
La Jaille-Yvon, dont elle portait le titre, avec celui de Guiguen,
dans les actes de sa seconde union. Elle s'était, en eflat, remariée,
peu après 1400, à Guillaume de la Lande, La Jaille-Yvca fut en-
suite acquise, avant 1450, par un gentilhommâ poitevin, Guillau-
me d'Orvines, dont les descendants la possédèrent jusqu'à la
Révolution.
Haroouin II de la Porte- Vezins devint possesseur de la terre
^de Saint-Mars-la-Jaille par sa femme qui Teut en héritage à la
mort de son oncle Jean, fils de Yvon XII et de Marie de Mathaz.
héritage qui lui échut en 1429. Marguerite s^î trouvait par la
mort de ses frères, Yvon et Charles, seule et dernière héritière
de la branche aînée des sires de la Jaille. G'esl aiusi qu'Blle porta
les terre et seigneurie de Saint-Mars et de la Jaille en la maison
de la Porte- Vezins.
[A suivre,) J. Baudry.
(i) Le château de la Jaille, dont il est ici question, est' sans doute celui
de la Jaille -en-Nocllet, puisque la Jaille- Saint-Mars appartenait encore, en ce
moment, à Jean'de la Jaille, ci-dessus indiqué^ qui ne mourut qu'en j4i9>
(a) Dom Morice, Preuves, II, 1196 : Compte de Jean Dronyou ce a Dame
Aliénor de la Jaille, Dame da Juch, sur le rachat de Mestire Jehan du Jucht
son /Ils j da 5 Janvier i^2ù, cent livres ».
(3) Rememb. G. fol. 16, citation de M. A. Joubert.
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BIBLIOGRAPHIE
HISTOIRE
Chronique et Histoires des Bretons, par Pierre Le Baud,
publiées par le V'« Ch. de la Lande de Calan. Tome I (Edition
de la Société des Bibliophiles Bretons, 1907).
Le sympathique et dévoué Président de la Société des Bibliophiles
Bretons est un des savants qui connaissent le mieux notre histoire
nationale et un des mieux placés pour en faire connaître les passages
ignorés et redresser les erreurs qui Tont malheureusement déparée
jusqu'ici. Poursuivant Tœuvre des Lobineau, des Morice et des La
fiorderie, on le trouve toujours 5ur la brèche, soit qu'il mène le bon
combat la plume à la main, soit qu'il communique ses découvertes
dans des conférences où il est passé maître incontesté. 11 lui a semblé
que, se trouvant « À l'honneur » dans la Société des Bibliophiles Bretons^
il devait y être aussi t à la peine ; et que la présidence ne pouvait être
pour lui une sinécure. C'est ainsi qu'il vient de publier pour ses
Bibliophiles la première rédaction inédite de l'Histoire de Bretagne par
Pierre Le Baud, avec des éclaircissemenst, des observations et des
notes qui font de cette publication l'œuvre la plus complète qu'il ait
donnée jusqu'ici. Pierre Le Baud est le plus ancien de nos historiens ;
son histoire inédite date de 1480, précédant de 34 ans les Chroniques
d'Alain Bouchart; on peut juger par suite de Tintérêt qu'elle offre
pour les Bretons. Le tome I s'arrête à l'empereur Maxime (383) et
comprend 230 pages. M. de Calan y a versé les trésors d'une érudition
toujours sûre et bien guidée. Tous les dires de Le Baud sont analysés,
expliqués, réfutés dans des introductions et des observations qui pré-<
cèdent et suivent les chapitres du texte original et dont les principales
concernent la guerre de Troie, l'élément armoricain dans Gaufroî de
Monmouth et les Romans de la Table Ronde, les origines bretonnes
d'après les triades galloises, Jules César en Grande Bretagne, la
légende de Maxime, etc. — Nous attendons avec impatience le tome IL
Les Relations du Pouvoir Central et de la Province ds
Bretagne dans la seconde moitié du règne de Louis XtV«
Correspondance des Contrôleurs Généraux avec la Pro-
vince DE Bretagne, 1689-1715, publiée par J. Letaconnoux,
(Edition de la Société des Bibliophiles Bretons, 1907).
On connaît mal les relations qui ont existé entre la Bretagne et le
Ministère à la fin du règne de Louis XIV, parce que cette période a
été peu étudiée jusqu'ici. M. Letaconnoux a eu Theureuse idée de
dépouiller consciencieusement la Correspondance du Contrôle Général
qui existe aux Archives Nationales, entre 1689 et 1715 ; puis il a publié
ou résumé celles des pièces qui lui ont parti avoir quelque intérêt
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266 REVUS W BRISTAGNB
pour la Bretagne. On verra avec quel absolutisme le ministre Colbert
savait faire plier les Etats de Bretagne à ses volontés, et on sera heii*
reux de constater les résistances de ceux-ci.
La Bretagne et les Bretons au xvi* siècle, par le V**Ch.
de là Lande de Calan (Rennes, Bahon*Rault, 1908K
' Je viens de lire en son entier avec infiniment de plaisir la reproduc-
tion fidèle des Conférences que fit M. de Calan il j a quelques aDDées
à la Faculté des Lettres de Rennes quand TUniversité de cette ville
le chargea d'y professer le cours libre d'Histoire de Bretagne. Suc-
cédant dans cette chaire à notre si regretté maitre Arthur de la Borderie,
le Jeune et brillant conférencier pouvait craindre de ne pas avoir un
auditoire aussi nombreux et aussi choisi que son devaBcier. H n'en
fut rien. Dès la première leçon, le public Rennais, qui avait répondu
avec empressement à son appel» fut conquis, et, pendant 5 ans, M de
Calan put constater que son succès allci toujours en s'accentuant.
Aussi, cédant aux instances de ses amis, a-t-il bien voulu écrire ses
(Conférences et les livrer à Fimpression. Depuis le mariage de la
Duchesse Anne avec Charles VIII (6 décembre 1491], jusqu'à la fin du
XVI* siècle, les événements qui se sont écoulés eu Bretagne sont
passés en revue; et, comme il s'agit d'une des périodes les plus
mouvementées de notre histoire, période qui comprend T union de la
Breti^gne à la France, le règne de la Heine Anne, les découvertes des
navigateurs en Amérique, le Protestantisme et la Ligue, on jugera aisè-
]!nent comment le nouvel ouvrage de M. de Calan a conquis aussi
tlte la faveur du public.
Etudes et Documents sur l*Histoire de Bretagne (XIII*-
XVI* siècles) par Tabbé G. Mollat (Paris, Champion. 1907)-
Prix : 6 fr. — Prix de faveur pour les abonnés de la Bévue de
BnUgne ; 5 fr, net et franco.
M. Tabbé Mollat, ayant été «mené à faire des recherches dans la Bî-
bliothàque et les Archives du Vatican, a eu la bonne inspiration de
copier SQ passage les pièces inédites concernant le pays breton qui
lui tombaient sous la main. Il les a traduites, exposées et annotées»
èi en a composé un recueil très intéressant qui apporte une contribu-
tion importante à Vhistoire générale et locale de Bretagne. Les docu>
ments en question (dont on trouvera la table aux annonces du présent
fascicule de la Revue de Bretagne)^ au nombre de 32, sont datés des
XIII», XIV, XV« et XVI» siècles, (la plupart, du XI VO et î^auteur les
a fait suivre d'une table alphabétique des noms de personnes et d e
lieux cités qui simplifiera singulièrement les recherches, M. Tabbé
Mollat me pardonnera quelques petites critiques qui ne sont pas pour
diminuer la valeur de ses Etudes et Documenta. Au lieu dec SanctiTre-
mori de Brahes i» (p. 188), il faut lire « Sancti Tremori de Kerahes w
(Carhaix), ^ « Capella béate Marie de la Bouetardaye * (p. 205) au
diocèsa de Saint-Malo, n'est certainement pas N.D. delaBouhourdaie
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ÔIBLlOORAfHIB 2«7
en SaiDtvDomineuc, mais sûrement la chapelle du nianoir de la Bou>*
tardaye en Pipriac. - Pages 218 et 219 « fiaz » n'eat pas Batz (i.oire-
Inférieure) mais une mauvaise lecture ou forma dr Bain (Bains, Ille« /
et-Vilaine) ; » Brinium» n'est pas Brains (Morbihan) vu qu'il n*j a pas
df Braira dau» cç département, mai9 bien Brain (lUo^t tWilaîQt i
« Longam» est Langou (Ille-ett- Vilaine) ; « ViUam saucti Guiduali »
n'est sûrement pas Saint Thual ou Saint Tugdual mais bien Saint
Gudwal. maintenant Locoal( Morbihan); « Yillam sanctiCagoti i n'est
pas Saint Gado (Morbihan) mais jSaint Gorgon (même département)
dont la forme ancienne est Saint Goco ou Gogo ; c More » ne peut être
Maure (Ille-et- Vilaine), mais Mouais (Loire-Jnférieure) autrefoie i Moe,
Les Litres de Saint Patrice, apôtre de (.'Irlande. Iptro*
duction, traduction et notes, par Georges Dottin, professeur
à l'Université de Rennes. (Paris, Bloud, 1908).
Le culte de saint Patrice n'est guère répandu ches nous, mM
plusieurs de ses disciples y sont vénérés. Sa vie doit donc nous inté*
resser doublement. Parmi les documents sur lesquels elle s'étsblit» 11
en est deux « dont on a aucune raison de suspecter l'authenticité »
(p, 3). et qui sont Tœuvre du saint ; il s'a^git de la Confession dt saiM
Patrice et de VEpîlre à Corotiçus. Le premier de ces livres contient le
récit de Tapostolat de l'Irlande ; le second est une accusation contre
les soldats de Corotiçus et leurs malversations. De plus, trois courtes
phrases sont également attribuées à Patrice ainsi qu'une prière en
gaélique. « Deux des dits de saint Patrice semblent authentiques ;
quant à la prière, elle est en tout état de cause d'une haute antiquité »
(p. 4). M. Dottin a traduit et annoté ces précieux vestiges et les a fait
suivre d'une hymne du IX* siècle. Ces traductions, leurs notes et les
détails fournis sur l'Irlande au V« siècle, sur l'histoire et la légende
de saint Patrice, font de son petit livre Tune des meilleures études
qui soient d'hagiographie celtique. *
Un Bataillon de Volontaires (Troisième Bataillon db
Maine-et-Loire, 1792-1790), par Xavier de Pétîgny. (Angers^
GermaÎD et Grassin, 1908).
C'est la monographie complète, d'après une source provenant d*aii
fonds particulier, d'un bataillon de gardes nationaux volontaires
formé en 1792 et qui combattit contre la Chouannerie en Bretagne*
L^auteur explique son mode de recrutement, son organisation, ses
qualités etses défauts, et donne de nombreux renseignements sur ses
officiers, ses sous-officiers, leur instruction, leur habillement, leur
solde. Ce qui nous touche plus particulièrement c'est le récit (les opé-
rations de ce bataillon dans nos départements bretons notamment
à ï\ochefort- en-Terre (démolition du château), Vannes, Nantes*
Malestroit^ Redon, Belle- Isle, Concarneau, Rennes, Dinan. Ce livro
jette un jour nouveau sur l'histoire des bataillons volontaires d» Ui
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268 . REVUE DE BRE'I;AGNE
première République et sur celle des guerres de TOuest, histoires qui
jusqu*ici, dit l'auteur, ont été dénaturées. Il apporte donc un précieux
appoint à ce que nous savons de Tépoque révolutionnaire en Bretagne.
Annales de la Marine Nantaise (Des origines a 1830), par
Paul Legrand (Nantes, Héron, 1908). Prix : 4 fr.
La revue Pays d'Arvor a pris à Nantes une importance considérable.
Grâce au dévouement de ses directeurs qui ont su s'entourer d'une
pléiade d'excellents écrivains, tous animés du plus pur esprit breton,
il est devenu Tun des organes attitrés de notre régionalisme provin-
cial. L'un de ces principaux rédacteurs, M. Paul Legrand, à l'occasion
de la grande Semaine Nautique dont les fêtes ont eu lieu au mois
d'août dernier, a réuni des documents inédits sur l'histoire $ie la
Marine Nantaise et publié un beau volume, imprimé et illustré avec
luxe qui fait grand honneur à son auteur et au Pays d'Arvor, L'un et
l'autre méritent les félicitations de nos lecteurs qui n'hésiteront certai-
nement pas à enrichir leur bibliothèque des Annales de la Marine
Nantaise,
t3NE Seigneurie du Porhoet. Tregranteur, les origines-
ET LE DOMAINE, par le V'« Hervé du Halgouet (Rennes,
Simon, 1907).
. Notre excellent ami et collaborateur, le V*« Hervé du Halgouet, pour-
suivant les recherches qu'il a commencées sur le Porhoët, nous donne
sous ce titre l'histoire d'une seigneurie de cet important Cîomté. Tre-
granteur appartint successivement aux familles de Tréganteur,
de Ouélen, Bonin de la Villebouquais et de Poulpiquet du Halgouet.
M. du Halgouet a dressé les tableaux généalogiques de ces diverses
familles et écrit l'histoire de chacune d'elles Le tout est terminé par
une description du domaine seigneurial et des différentes terres qui
en firent partie et par une carte explicative. Je ne saurais assez faire
réloge du nouveau travail de M. du Halgouet : clair, intéressant, il est
écrit dans un style d'où la sécheresse est bannie. On le lit avec infi-
niment de plaisir, mais on le lit le crayon à la main, car, à tout
instant, on se trouve en présence de trouvailles à noter.
Baronnie de la Hunaudaye et Chatellenies de Montafi-
LANT , Plancoet ET MoNBRAN , par le M** de Bellevue.
(Rennes, Simon, 1908).
Excellente monographie de ces quatre grandes seigneuries du
pays de Lamballe dans laquelle on trouvera, avec des renseignements
sur chacune d'elles, les généalogies des familles qui les ont possédées.
Elle est présentée avec la netteté qui caractérise les études historiques
de l'auteur.
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BIBLIOGRAPHIE 269
DRAME ET POÉSIE
NoMiNoÉ, drame en cinq actes, e;n vers, par Louis Tiercelin.
(Paris, Lemerre, 1906). Prix : 5 fr.
L'éminent directeur de V Hermine voudra bien me pardonner d'avoir
mis tant de temps à rendre compte de son Nominoé, J'arrive certaine,
ment bon dernier dans la liste des chroniqueurs qui ont parlé de ce
drame, Tun des plus poignants qui ait été jamais écrits par une plume
bretonne. Mais j'ai voulu le lire et le relire plusieurs fois afin de me
faire à son égard une opinion bien personnelle. A différentes reprises
j'ai commencé des notices où j'exprimais des critiques : j'ai tout dé-
chiré et je m'avoue vaincu. Nominoé est magnifique^sincèrement breton-
profondément vrai ; le rôle du héros est tracé de main de maître, daus
une unité de caractère qui ne se dément pas un instant. Que dire du
style ? C'est du pur Tiercelin. Vers riches, souples, atteignant souvent
les hauteurs cornéliennes Je ne reproche qu'une chose à l'auteur:
pourquoi a-t-il hésité à appeler Saint Conwoïon par son nom ? Je sais
qu'il lui a répugné de mettre en scène un personnage que l'Ëglise a
placé sur ses autels. Mais je ne comprends pas ce scrupule que pour ma
part je trouve exagéré. Comme je voudrais voir jouer cette belle pièce
sur nos scènes bretonnes ! Hélas ! je crains bien que Nominoé n'ait pas
encore été représenté. Est-il donc injouable ? Le nombre des person-
nages est-il trop considérable ? N'en croyez rien ; mais le mouvement
breton n'est pas encore assez fort pour imposer le patriotisme dans nos
théâtres, et voilà pourquoi Nominoé restera dans la coulisse pendant
quelque temps. Espérons qu'il en sortira le jour où l'on dressera sur
Tune des places de Redon la statue du fondateur de l'indépendance bre-
tonne^ du vainqueur de Ballon, qui inspira à Tiercelin l'un des meil-
leurs drames de notre début de siècle.
Sous LES Brumes du Temps, par Louis Tiercelin, (Paris^
Lemerre, 1907). Prix : 3 fr. 50.
Des sombres pages de l'histoire de Bretagne passons aux bonheurs
calmes de la famille. Sous les Brumes du Temps, c'est le carnet du
penseur breton, c'est le livre de grand-père, c'est un bouquet cueilli
pour des amis, c'est enfin une ode à la patrie. On ne saurait assez
exprimer le charme qui émane du nouveau livre de M. Tiercelin,
charme pénétrant qui souvent amène les larmes aux yeux, charme
captivant qui empêche de le fermer quand on l'a commencé. Mes
pages préférées sont celles où l'auteur détaille si finement les premières
syllabes balbutiées par sa petite-fille et où il tremble quand elle
essaie ses premiers pas. C'est tout bonnement délicieux, et je sais
bien des personnes qui ne se lassent de méditer ces vers de Tiercelin,
modèle des aïeuls, des Chrétiens et des Bretons.
Novembre 1908 iu
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â70 ABVUB DE BRKTAGNB
Le Rêve du LycÉfcN, par O. de GourcuflF (Nantes, imprimerie
de Nantes Mondain, 1908;.
M. de Gourcuff a fait jouer le mardi 2 juin, à la salle des fêtes du
«c Journal », une saynète en un acte, en vers, à Toccasion du centenaire
du Lycée de Nantes. Il y a mis tout son esprit, tout son cœur et son
admirable talent de poète. L'ample moisson d*applaudissements qui
l'ont accueillie est le meilleur éloge qu'on puisse en faire.
LITTÉRATURE /
La Foi en Bretagne hier et aujourd'hui, par l'abbé Millon.
(Rennes, Plihon et Hommay, 1908). Prix : 4 fr.
Lsi Foi en Bretagne est ce qu'on pouvait attendre de l'auteur cons-
ciencieux et du styliste admirable qu'est M. Tabbé Millon. Ce serait
faire injure' aux abonnés de la Revue de Bretagne que de leur présenter
l'ami toujours fidèle, des bons comme des mauvais jours, qui voulut
bien écrire pour eux pendant quelques années une chronique si re-
marquée et que des occupations multiples, toutes dirigées vers l'ex-
pansion de la Foi dans l'amour de Bretagne Tem péchèrent seules de
continuer. Notre pays est avant tout et surtout un pays de croyants»
la Foi est entrée dans sa formation, elle a saturé son âme, pénétré
dans ses demeures, élevé ses églises, inspiré la construction de ses
monuments, organisé ses pèlerinages : la Bretagne et la Foi sont unies
par des liens que le temps ne saura briser Voilà ce que M. Tabbé Millon
a montré à ses compatriotes pour leur faire aimer encore plus cette
terre de granit où Ton déteste les traîtres. Son livre est l'œuvre d'un
apôtre enflammé. La Revue de Bretagne lui souhaite la continuation du
succès qui l'a salué à son apparition.
Passions Celtes, par Charles Le Goffic, (Paris, Nouvelle
Librairie Nationale, 1908).
Recueil de dix nouvelles plus dramatiques et plus curieuses les
unes que les autres où Tauteur a mis en pleine action le caractère
celte avec toutes ses qualités mais aussi tous ses défauts. Quelques-
unes d'entre elles — au fait, pourquoi ne pas dire la totalité? — sont
de purs chef-d'œuvre. Impossible de les lire sans émotion, soit que
Fauteur mette en scène la vengeance (le Marquis Bouge, Bozmor et TU-
Ouis) , la nostalgie du pays (ï Irlandaise J, Tamour (Vlmagier) ,
Tamour conjugal (le Drap noir), Tamour maternel (Le Cœur de cirej, la
passion du braconnage (Plat de Carême), la peur des revenants (Lr
Maison des Mines), Décidément M. Le Goffic est actuellement, de tous
nos écrivains bretons, celui qui connaît le mieux le caractère de sa
race et sait le mieux le décrire.
Sous le Ciel gris, nouvelles bretonnes, par Simon Davau-
gour. (Paris, Bloud, 1907)* Prix : 1 fr. Franco : lfr.20.
M. François Coppée qui a bien voulu écrire la préface de ces
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BIBLIOGRAPHIE 271
jolies nouvelles* si bretonnes de cœur et d'esprit, disait : v Combien
M. Simon Davaugour a raison de célébrer sa petite patrie : cela ne
fait aucun tort à la grande. Il approuve comme moi, j'en suis sûr,
cette excellente parole d'un félibre, de Félix Gras, si je ne me trompe :
u J*aime ma province plus que ta province. J'aime mon villag^^ plus
que ton village. J'aime la France plus que tout. » - Il est certain
qu'il est difficile d'aimer plus la Bretagne que ne le fait M. Davaugour
Ses nouvelles, qui contiennent des illustrations parfaites, sont le
type du livre à offrir comme prix dans les écoles. A ce titre et à bien
d'autres encore, nous le recommandons à nos amis.
L'abbé Guérande, par Joseph Brydon. (Paris, Tassel, 44, rue
Monge, 1908). Prix: 3fr.
VAbbé Guérande est à classer parmi les œuvres fortes et bien suivies
de ces derniers temps. Le sujet est loin d'en être banal. Çà et là. les
descriptions de Nantes et de Pomic enferment l'œuvre dans un cadre
de grand coloris. Mais ce qui me frappe surtout,c'est la grande justesse
des caractères et la façon toute naturelle avec laquelle M. Brydon les
a tracés. Guérande est on ne peut plus sympathique. La mort du
jeune Desmares, une scène tragique des plus poignantes; le mariage
de sa sœur, une idylle que les circonstances rendent presque dou-
loureuse. M"« Guérande, M™* Desmares sont vécues. Mais... il y a un
mais. Que devient le pauvre Abbé ? A-t-il caché son chagrin dans un
cloître? Est-il-mort ? Tout cela manque un peu de conclusion.
Iannik a l'Exposition de 1900, par J. Brélivet. (Paris, chez
l'auteur, 2, place du Louvre, 1904). Prix : 3fr.50.
Elle est bien amusante cette suite d'aventures arrivées au groupe
breton dont fait partie lannik pendant une visite à Paris lors de la
dernière exposition Gageons que les uns et les autres ne désireront
plus quitter leur pays de Bretagne pour courir les grandes villes. Le
mariage du héros avec sa douce fiancée Marie-Jeanne nous laisse sur
une gracieuse impression de bonheur calme et durable auquel nous
avons aspiré tant que nous lisions ce livre agité. Le parallèle que M.
Brélivet a voulu établir entre les dangers, les bruits et les embarras
de la capitale et la tranquillité du sol natal, du sol de chez nous, est
vivement sentie. La Revue de Bretagne n'hésite pas à faire tous ses
compliments à l'auteur.
Les Littératures Provinciales, par Charles-Brun. (Paris,
Bloud). Prix : 1 fr. Franco : 1 fr. 20.
M. Charles-Brun dont les régionalistes ont pu à maintes reprises
apprécier la compétence sur tout ce qui regarde la lutte librement
engagée contre la centralisation et toutes ses manifestations, oou^
^ait un joli tableau du renouveau des littératures provinciales et
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272 hEVUE DE BRETAGNE
montre qu'elles peuvent, sinon surpasser, du moins égaler la littérature
parisienne. L*ouvrage se clôt sur une esquisse de géographie littéraire
de la France par M. de Beaure paire- Froment.
Histoire Critique de la Renaissance méridionare au xix*
SIÈCLE, par J. Aurouze, docteur ès-lettres. La Pédagogie Ré-
gionaliste. (Avignon, Seguin, 1907). Prix : 7 fr. 50. Pour les
abonnés de la Revue de Bretagne: 5 fr.
Nos langues, où le bruit de nos grèves domine,
Ne vibrent-elles pas, comte, du même son,
Ainsi que deux métaux, nés dans la même mine,
Rendent l'accord à Tunisson I
Tels sont les jolis vers que M. Aurouze a placés en tête de l'exem-
plaire de sa Pédagogie régionaliste qu'il m'a envoyé . Les aspirations
du provençal sont les mêmes que celles du breton, et les deux langues
ont droit au même respect; les moyens de conserver Tune, sont les
mêmes que ceux de sauver Tautre. Voilà pourquoi, nous autresBretons,
nous avons tout à gagner à lire la Pédagogie régionaliste et faire notre
profit de ses instructions. M. Aurouze n'est pas un séparatiste ; il est
excellent français, mais il aime sa petite patrie la Provence et a voulu
montrer aux Provençaux, comme aux habitants des autres pays qui
composent la France, la nécessité d'apprendre le passé, les coutumes,
les traditions de la terre où iJs sont nés, la nécessité aussi d'apprendre
le français à Taide de la langue que parlaient leurs mères. On le voit»
la Pédagogie régionaliste de M. Aurouze est à propager en Bretagne ; je
sais qu'elle y est déjà connue. A nos amis de U méditer et de la ré-
pandre autour d'eux.
LANGUE BRETONNE
Grammaire bretonne du dialecte de Tréguier, par Tabbé L.
Le Clerc (St-Brieuc, Prud'homme ; et chez l'auteur, à Tinsti-
tution Notre-Dame de Guingamp, 1908). Prix : 2 fr. 50. F» 2 75.
M. l'abbé Le Clerc, à qui nous devions déjà Ma BeaJ Jeruza^^
hm, écrit dans un breton des plus purs et qui est devenu classique,
vient de rendre à ses compatriotes du Trégorun service inappréciable.
Marchant sur les traces de MM. les abbés Guillevic et Le Goff qui ont
ouvert le chemin pour le breton de Vannes, et adoptant leur méthode
et leur plan, le distingué professeur fait paraître une grammaire
du dialecte de Trégruier dont la clarté et la concision transfor-
ment en passe-temps charmant les débuts jadis si rébarbatifs de
l'étude de la langue bretonne. Bientôt paraîtront les exercices sur la
grammaire, et, dans un avenir très rapproché, les Trégorrois n'auront
plus rien à eovier aux Vannetais. Voilà de la belle et bonne besogne^
et je suis heureux de constater que les prêtres de Bretagne élèvent
sans bruit des monuments durables et merveilleux à la langue de
leur patrie.
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V^A ,\T- ;\\'f^-*=^'ril^'l\>-'-' >*7.-'''
BIBLIOGRAPHIE 273
Vocabulaire Breton-Français et Français-Breton du dia-
lecte DE Vannes, par MM. les abbés A. Guillevic et P. Le
Goff (Vannes, Lafolye, 1907).
Je yeux revenir sur ce vocabulaire qui est la perfection du g'enre.
Depuis qu'il a vu le jour j'ai eu maintes fois l'occasiou de m'en servir
et j'ai pu m'assurer qu'il n'existe pas de meilleur ouvrage pour [a
confection d'un thème ou la préparation d'un sermou en breton vao-
netais. Je suis convaiucu que tous les ecclésiastiques du pays de
Vannes et tous ceux qui ont occasion de s'y servir de notre idiome
national ont en main ce précieux petit livre, ce véritable modèle. Avec
la Grammaire et les Exercices des mêmes auteurs, il forme un tout
qu'aucune école primaire vraiment bretonne ne peut se dispenser de
posséder.
BoMBARD Kerne. Jabadao HA Kaniri, par Prosper Proux.
(Guiogamp, Le Goffic, 1866).
La Revue de Bretagne a déjà annoncé que M. Maurice Le Dault,
l'aimable directeur de la Librairie Bretonne (76, rue Saint-Germain, à
Nanterre, Seine) s'était rendu acquéreur de tous les exemplaires
encore à vendre des Bombard Kerne, Jabadao ha Kaniri de Prosper
Proux. Ces jolies pièces, avec traduction française en regard, datant
de 1866, sont restées aussi fraîches qui! y a 40 ans et elles méritent
toujours les appréciations élogieuses qu'en firent alors La Villemarquê
et Luzel quand ils les déclarèrent « d'une originalité, d'une justesse et
d'une vérité que les vrais connaisseurs ne peuvent trop admirer » et
€ d'un mérite hors ligne ». Or La Villemarqué et Luzel s'y con-
naissaient.
A LIRE
Un livre d histoire, par André Oheix (Vannes, Lafolye, 1908), excellent
compte rendu critique des Mélanges d^ histoire bretonne de F. Lot.
Premier inventaire des Lettres imprimées de Dom Mabillon, par A . J .
Corbierrc, archiviste sigillographe. (Paris, chez l'auteur, 7 rue Cas-
sette). Dressé à l'occasion du 200« anniversaire de la mort de Mabillon
par un prêtre qui se dispose à écrire, la vie « du religieux le plus
humble et le plus savant du règne de Louis XIV », et souhaite que
les archivistes lui communiquent ce qu'ils possèdent sur ce sujet.
Les Prisons du Mont Saint-Michel^ par Elienne Dupont (Nantes,
Purance, 1908). L'auteur qui connaît supérieurement le Mont Saint-
Michel dont il a fait la bibliographie générale, retrace ici l'histoire
des Prisons de la célèbre abbaye depuis le temps du cardinal
La Balue jusqu'à celui des prisonniers politiques du XIX« siècle. Il
montre le peu de véracité des légendes qui ont couru sur leur compte*
Lamballe, Pays de Lamballedu II'^ au XIII'' siècle, par H. J.-L., recteur
de Tréméven (Saint-Brieuc, Prudhomme, 190S). Monographie sur ie
Pays de Lamballe lue au Congrès de l'Association Bretonne en 1907.
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274 RBVUR DE BRETAGNE
Saint Melaine est-il né à PléUu/f ; origine d^une tradition, par A. Oheix
(Nantes, Durance, 1908). C'est le 5« article d'une suite d'études hagio-
graphiques commencée en 1900. M. Oheix y démontre que saint
Melaine est bien né à Brain-sur-Vilaine et non à Plélauff.
Histoire de Notre-Dame de Rostrenen et de son pèlerinage par J, Baudry,
(Vannes, Lafolye, 1908). Etude historique et bretonne que nos amis
ont lue et appréciée à juste titre ici même.
Nous avons reçu du baron G. de Wismes le récit du Cinquantaire de
la Revue de Bretagne et du Trentième anniversaire de la Société des Biblio-
philes Bretons, qu'on a pu lire dans la Revue de Bretagne ; — Chez leê
Carmélites de Nantes, visite des commissaires de la municipalité pour
l'application de la loi du 14 octobre 1790, avec des notes nobiliaires et
autres très intéressantes ; ~ enfin Tallocution charmante prononcée
par l'auteur lors de sa prise de possession de la présidence de la Société
Académique de Nantes le 20 janvier 1908.
La Bretagne à travers les âges (Vannes, Lafolye, 1901), épopée historique
en onze tableaux par MM. de L'hommeau et A. de la Signe, avec illus-
trations, musique et arguments. A faire jouer par des enfants et tout
à fait de nature à développer le sentiment breton
Bruyères pourpres et ajoncs dor par Joseph Angot (Nantes, édition
du Pays d'Arvor) légende bien écrite et bien « celtique ».
Jules Tcr/ie, (Amiens, Yvert et Tellier, 1908). Discours de réception
prononcé à la séance du 10 février 1908 par M. Ch. Lemire à l'Aca-
démie des Lettres, Sciences et Arts d'Amiens, et qui est un éloge élo-
quent et juste de notre grand compatriote.
Documents sur le F. Martinien du Lude, avec des extraits de ses lettres
(1759-1830) par le P. Ubald d'Alençon. Notice biographique sur un
frère lai capucin correspondant de La Mennais.
Autour du rachat de VOuest et de Brest Transatlantique, par Jean Cho-
leau (Lorient, édition du Pays Breton, 73, rue du Morbihan, 1908).
Examen du pour et du contre dans la question du rachat intégral ou
partiel de la Compagnie de l'Ouest, et celle de l'établissement d'un
port transatlantique à Brest. L'auteur conclut naturellement et avec
infiniment de justesse contre le rachat et pour le port.
La Séparation de V Eglise et de VEtat dans un grand diocèse (1800-1802),
par F. Uzureau, directeur de V Anjou Historique (Sueur Charruzy, Arras
Paris, 41, rue de Vaugirard). Bonne étude angevine de notre éminent
confrère et ami.
A lire enfin, de Y. Morvran Goblet, dans le Bulletin de VUnion des
Associations des anciens élèves des écoles supérieures de commerce (n* du
5 mai 1908) un article sur les possibilités du Commerce franco-irlandais;
— et dans la Revue (ancienne Revue des Revues) 15 septembre et 1*' oc-
tobre, une étude très remarquée sur la Liltératare Celtique au XX* siècle
en grande et petite Bretagne et en Irlande, C'est sérieux et approfondi.
L'examen est très complet et la conclusion encourageante pour l'avenir.
M . Y. Morvan Goblet est un des Bretons qui portent le plus haut le
glorieux drapeau d'Arvor. Honneur à lui.
R. PS Laigub.
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Librairie Honoré CHAMPION, Éditeur
5, quai Halaquals, PARIS.
Abbé MOLLAT
ETUDES ET DOCUMENTS
SUR L'HISTOIRE DE DRETAGNE
(xiii'-xvi* siècle)
Fort volume in-8<* de 300 pages 6 fr.
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TABLE DES MATIERES
I. — Les démêlés de Guillaume Ouvrouin, évèque de Rennes, et de
Jean II, vicomte de Beaumont (1341 1313) 3-21
II. — La date du martyre des saints Donatien et Rogatien . . . 21^29
III. — Le règlement de la succession de Jean II, duc de Bretagne,
en faveur de la Terre Sainte (1305-1324) , 30-i2
IV. — Le testament d'Arthur II et son exécution (1313-1327). . , 42-46
V. — Mariages à la cour de Bretagne (1329-1331) 46-51
VI. — Le mausolée d'Isabelle de Castille, duchesse de Bretagne, à
l'abbaye de Prières 51-53
VII. — Le chancelier de Bretagne Mathieu Le Bart (1317-1352) . . 54-55
VIII. — Une tragique visite pastorale de l'évèque de Nantes au
prieuré de Saint-Nicolas-de-Redon (1317-1318) 56-62
IX. — La fondation des Carmes à Nantes (1318-1347) ..... 62-58
X. — L'évèque de Nantes et le droit de procuration à la fin du
XIV- siècle ^ . . 68-80
XI. -* Institution d'un pénitencier breton dans la basilique de
Saint-Pierre-de-Rome (22 novembre 1421) 81-83
XII. — Tentative d'échange entre l'abbaye de Sainte-Croix de
Quimperlé et le duc Jean III au sujet de Beile-Isle-en-Mer
(1328-1329) S4-S9
XIII. — Les fondations pieuses d'Olivier de Montauban et de
Julienne de Tournemine à la Gacilly (1317-1320) i . . . . . 89-90
XIV. — Confirmation d'une charte instituant une prébende dans
la cathédrale de Dol 91-94
XV. — Union à la mense épiscopale de Rennes des paroisses de
Parigny, Noyal-sur-Seiche, Argentré et Saint-Georges-de-Rein-
tembault (21 mai 1329) %-97
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276 REVUE DE BRETAGNE
XVï. — Compétition de Guillaume de Trébiguet et de Guillaume
L(^ Houx au siège abbatial de Saint-Sauveur-de-Redon (1393-1397). 97-105
XV\h — Chronologie des abbés de Redon au XIV- siècle. . . . 105-125
XVUl. — La captivité de Jean de Bretagne, comte de Richemont,
en Ecosse (1322-1324) 125-129
XIX, — La fondation du couvent des Augustins à Lamballe
(7 juillet 1317) 129-131
XX. — Les deux chartes des évèques Guillaume et Durand en
faveur du chapitre de la cathédrale de Nantes (1276-1287) . . . 131-146
XXL — Transaction passée entre Girard V Chcbot, sire de Retz, et
Robert Paynel, évèque de Nantes, au sujet du rachat d'une rente
de soixante livres tournois (1358-13i;3) 146-155
XXn. — Constitution de Grégoire XI en faveur du chapitre de la
cathédrale de Nantes (21 décembre 1373) . 156-157
XX Ul. — Une cabale à Tabbaje de Saint «Sulpice- des -Bois
(1321-1323) ' 157-167
XXIV. — Les approvisionnements de la cour pontificale dans les
provinces de TOuest et du Nord de la France sous Grégoire XL 168-171
XXV. — La fondation des Dominicain- à Guérande (1404-1409). . 172-174
XXVI. — La reconstruction du campanile de Saint-Aubin de Gué-
rande (1515) 175-177
XXVII. — L'envoi d'une ambassade bretonne à Benoît XIII en 1407. 177-184
XXVIII. — Les désastres de la Guerre de Cent-Ans en Bretagne. 184-217
XXIX. — Grégoire XI vidime une bulle de Grégoire X en faveur de
1 abbaye de Saint-Sauveur-de-Redon (31 mars 1372) 217-221
XXX. — Laumônerie du Roset au diocèse de Nantes (1314-1321) . 221-223
XXXI. — Le temple de Clisson et l'aumône de la Comtesse (2 mars
1321) 223-224
XXXII. — La perception de Tannate dans le diocèse de Nantes . 224-2^
Table alphabétique des noms de lieux et de personnes 241-^2
Table des matières , 253-254
Le Gérant : F. Chevalibr.
Vannes. — Imprimerie LAFOLYE Frères, 2, place des Lices.
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/
REVUES BRETONNEb
L*HERMinE : 18* ann. Mensuel. 1 an 12 fr. Union postale 15 fr.
Le numéro 1 fr. 25. Les abonnements partent du 20 octobre.
Directeur : Louis Tiercelin, àParamé (I Ile-et-Vilaine).
Les ânmales de Bretagne : 22* ann. Trimestriel. 1 an iû Ir.
Union postale 12 fr. 50. Publiées par la Faculté des Lettres de
Rennes. Rédacteur: G. Dottin, 37, rue de Fougères, Rennes.
Le Clocher Breton : 14» anA Mensuel, 1 an 5 fr. 50. Directeurs :
René Saib et Madeleine Desroseaux. Bureaux, 29, rue Belle-Fon-
taine, Lorient.
Bulletin de la cohmission diocésaine D'ARCHrrECTURB et d'archéo-
logie DU DIOCÈSE DE QuiMPER ET DE LÉON : 6* aun. Tous les deux
mois. 1 an 5 fr. Ouimper.
La Revue Morbihannaise : 11 « ann. 1 an 5 fr. Directeurs :
J. BuLÉON, V* de la Grancière, E. Sageret. Chez Lafolye, Vannes,
La Paroisse Bretonne de Paris : 9* ann. Mensuel, 1 an, 2 fr. 25*
Directeur : M. l'abbé Cadic, 13, rue Littré, Paris (Vl« ar').
La Jeune Bretagne: 5* ann mensuel, 1 an, 2 fr. pour la Bre-
tagne, 2 fr. 50 pour le reste de la France. Bulletin d'études et d'ac-
lion sociales. Rennes, 30, rue Hoche.
Feiz ha Breiz : 8* année. Tous les naois. 1 an 3 fr. Les abonne-
ments partent du 1*' janvier. S'adressera M. Cardinal, recteur de
Saint- Vougay, par Plouzévédé (Finistère), et pour les abonnements
à M. Caroff, vicaire aux Carmes, Brest (Finistère).
Bretoned Paris. Bulletin de la Société « La Bretagne », 4* année.
1 an, 2 fr. 50. Direction : 40, rue du. Cherche-Midi, Paris.
Revue du Pays d'Aleth : 4* année, mensuel. 1 an, 3 tr. Diret,
teur : Jules ilaize, rue Jacques Cartier, Saint-Servan.
Le Pays d'Arvor : 2« année, 1 an, 5 fr. Directeur -. Jacques Pohier,
à Ancenis (Loire-Inférieure). Administration et Bureaux, 25, Haute
Grande Rue, Nantes.
Revue du Tjraditionnisme. — Rev, iniern, du folk-lore — mens
1 an, 10 fr. N", 1 fr. -- Directeur : M. de Beaurepaire-Froœent
Paris, 60. quai des Orfèvres.
Revue du Bas-Poitou, 20* année, trimestrielle ; 1 an : 8 f r
N® 2 fr. 50. — /)' M. René Vallette, à Footenay-le-Comte.
L'Anjou historique — 1* ann. tous les 2 mois. 1 an : 6 fr. i*"
M. Tabbé Uzureau, aumônier, à Angers. Edit^ : M. Siraudeau
4, Chaussée Saint-Pierre, Angers.
Revue des Traditions populaires, 22« ann. mens. 1 an. 15 li.
N<» 1 fr. 50. Direct, M. Paul Sébillot, KO, boulev. St-Marcel Paris,
La Revue Bleue, 15, rue des Saints-Pères, Paris.
La Vendée historique. — (Revue de la Vendée militaire)* Tous
les quinze jours ; 11» année. — Edit. sur papier fort, 6 fr. 50 \ édit.
ord. 5 fr. — D' Henri Bourgeois, à Luçon (Vendée).
Revue de l'Anjou, 57« année, 12 fr. par an. — Librairie Germain
et Grassin, Angers.
La Revue Héraldique, fondée en 1862. Mensuel, Directeur
V* de Mazières-Mauléon. Bureaux : 8 rue Daumier, Paris
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7- Vs
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(J[Ti^per, Douarnenez, Font'J'ubbê, Cortadmeaii, Lori0nt, Aiiray*;-^'
^Ûïiberop, Vannes, Savenay, Le Croiîiic^ Guépâude, SMnt^Kazaire;
f^o n t- C h àte a n , Red o n , ke n n es , '>^_
Ces bUlete peuvent <^tr^ prolongée trois fois d'une p^lod^ de
10 jours moyennant le pHiement, pour chaque prolongation^ d'un
suppléaient de 10 **/« d«-prii primitif
ILei-t délivré, en môipe tempa que Le billet eîfculaîpe, un jbjllet de
parcours complémentaire pormeitant de rejoitidr^ ritinéràÏTf du
v(^ya|îe circulaire et comportant une réduction de 40f'*/, euï! lèf |>rii
diîstarif grénëral, '^
*L& ûîém© réduction est accordée à l'excursïonniste après l*^ccom-
pliBsement du voyage cireulalre, pour rentrer à son point de départ
ou se rendre eur toute autre garé di«B réseau i de TOuest et d'Orléans .
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BiUetB d^aller et retour individuel s poar les stations thermalaSv
%t bivernaleSt délivré» toute Tannée de toutes les ^ares du réseau*/
valabieB 33 purs avec faculté de prolon^^ati^n et coïQpartitit uiie'^.
réduction de 2r> ^/ç en 1^* classe et de 20 '', ^ en 2= et "à" cli*e?,
: Billets d'alUr et retour de famille pour les îitaiiaas tbermales
et bîvernaies, délivrés toute Tannée de toutes les stations du réseau
sous condition d'un minimum de parcours de 30Q kiiomèttes aller^t
retour, réduction de 20 à 40^/,, euivant le nombre de p«r«o[y^s.
validité 35 jours arec facu4té;ë% prolongation. , ( "v '
Billets d'ezcurdîon délivra toute l'année au à^^SA ^ Paris
avec 3 itinéraires dlilérents/r^Â Bordeaux ou,76é{Grt|fe, pf mettant
de visiter Bordeaux» Ar(!8chon, Oax. Bs^oone (BiarriteX >Pati«
Lourdes, tuchon, etc., validité 30 jours Jcreoif^uttÂde projMjt^tioB.
Prix, P' et 3" itinéraires : V'^ omisse, 104 /r. TO ; S/gias^e. tS3 fit*. —
Prir, 2« itinéraire : l'« clu^s^' 163 tr. 50 ; 2« cl^^ 122 0^-
Vannes
k -* Jmprimci'îe L^jieftttE frèrev'^» okice des Lices.
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D^CE/bRE ,908. Tome XL X.^
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SOMMAIRE
K — I^ Congrès Breton de £908^ — R, L, . , , , < . 27T
H. ^ Méianfje^ historiques (suite). — XX[. Le Roi Henri (T Angle-
Le fim Biehard ei l&
,-^L.VCT—
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LE CONGRÈS BRETON DE 1908
Ainsi que nous le souhaitions, le Congrès de 1908 pourra mar-
quer dans les fastes de VAssociaiion Bretonne, car il a laissé
derrière lui tous ceux de ces dernières années tant par l'impor-
tance des mémoires qui ont été apportés que par celle des déci-
sions qui ont été prises. La vieille Association s'est lancée dans
une voie toute nouvelle et plus active, conforme d'ailleurs à ses
(traditions et à Tesprit qui animait ses fondateurs. Aussi croyons-
nous intéresser nos lecteurs en leur donnant un compte-rendu
fidèle et détaillé des neuf séances qui composèrent le Congrès
i de Fougères. Laissant de côté les discours prononcés aux séances
f d'ouverture et de clôture et le résultat des élections, nous nous
f en tiendrons exclusivement aux travaux de la section d'Histoire
^ et d'Archéologie qui rentrent dans le cadre de la Revue de Bre-
l tagne et nous essaierons de dégager la physionomie particulière
i qui caractérisa chacune des réunions du Congrès.
La présidence de la Section avait été confiée à Téminent doyen
de la Faculté des Lettres de Rennes qui, avec une bonne grâce
charmante et une compétence hors ligne en a dirigé presque tous
les travaux. Aussi, quand le samedi matin, M. le comte Lanjui-
nais remercia M. f^oth de son dévouement et de son amabilité,
Tassistance . entière témoigna par ses applaudissements qu'elle
s'associait de tout cœur aux paroles du Directeur général de
V Association.
Première S^angb du lundi 7 sbptbmbes
M. LE V* Le BouTEiLLBR étudic les voies romaines au pays de
Fougères, notamment celles d'Avranches à Angers, d'Avrariches
vers Bordeaux, d'Avranches à Nantes, le Chemin des Sauniers
enfin le Chemin Chastes qui, d'après les paysans, conduiL à,
Rennes et s'appelait au Woyen- Age, d'après une ancienne charte
de l'Abbaye de Savigny, Rua Caroli Magni ou Rua Redo^ieusis.
Le fameux paladin Roland, neveu de Charlemagne, si Ton s'en
rapporte au texte d'Eginhard, aurait pu ôtre préposé aux routes
de Bretagne sur les Marches.
Décembre 1908. 3tf
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21S REVUE DU. BRETAGNE
MM. LB COMTB D8 LmOUB^ JoUON DBS LONGRAIS et le ViCOUTB
DB Galan parlent, à ce propos, du souvenir laissé par Eolaa i en
Bretagne. M. de Galan fait remarquer que les 6 ratons jouant un
rôle important dans le roman d'Aspremont et que la Chaiison de
Ao/an(if a été probabl.ement composée — c'était du moins l'idée
de Gaston Paris — dans le pays ga'lo d*Ille-et-Vilame.
M. LB GoMTB Lanjuinais demande si les petitâ cFimps ro-
mains que Ton rencontre fréquemment en Bretagne n'atiraient
pas fait Toffice de blockhaus ?
M. LB ViooMTB Lb BoutkillIbr. — Ils out dû servir à ramasser
des chariots ou des outils.
M. l'Abbé Millon. — Il y en a pourtant de très considérables
qui ont dû avoir pour destination un but de défense.
M. LoTH. — Tous ces « camps » ne ^ont pas romains.
M. LoTH remercie M. le Vicomte Le Bouteiller de son remar-
quable et consciencieux travail qui ne manquera pas d'ôtre Tuq
des plus beaux ornements du Bulletin de cette année.
M. l*Abbé Gorbibrrb expose son intention de créer un réper-
toire d'Archéologie pour la Bretagne. Il va commencer la partie
qui concernera llUe -et- Vilaine.
M. l'Abbâ Bossaro a la parole pour un examen des lieux-dits
au pays de Goglais. Les Geltes furent sans doute les premiers à
donner des noms aux lieux : les rivières, les montagnes furent
les premières nommées. Sous Auguste, d'après d'Arbois de
Jubainviiie, de collective la propriété devint individuelle et les
domaines reçurent les noms de leurs propriétaires. En ce qui
nous concerne, CoglaU vient de Culiacencis pagus. L'oratear
donna plusieurs autres étymologies et fait remarquer qu'à la
suite des exactions financières romaines une partie de notre
département fut dépeuplé et surnommé Désert. Les Bretons se
sont très peu répandus dans le pays de Fougères : k peine relève-
t-on quelques-unes des traces de leur passage.
M. LoTH, après avoir remercié M. l'abbé Bossard, contesta
une partie des étymologies de celui-ci. Les mots Beuuron et
Nançon ne sont pas des mots composés dans lesquels on voudrait
dire eau; on devant ôtr'3 considéré seulement comme un sufâxe.
De même il ne faut pas décomposer Couesnon en Coet-Nen sous
prétexte que Vicenonia doit être décomposé en Vice et Nùma^
car il est prouvé aujourd'hui qu3, dans le nom de la Vilaine,
onia est un simple suffixe ajouté à la racine Wnikinnos^ nom
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LE CONGRES BRETON DE 1908 i7tl
propre qui signifie : Celui qui combat. — Ue mdme, Chatonge
vient de Calumnia et non de Colonia ; Masure, de mansura el
non de mensura qui a fait mesure.
SbgONDB S6ANGff.
M. Bahon-Rault, l'éditeur bien connu, annonce qu'it va
publier des notices sur les Saints de Bretagne. M, le camte
de Laigue et plusieurs autres érudits bretons se chargent de les
écrire. La souscription est ouverte. On vulgarisera l'œuvre en en
donnant des extraits à très bon marché pour les écoles et les
catéchismes. Les notices pourront âtre traduites en breton,
M. Tâbbé Millon fait Téloge de Téditeur et des auteurs. Il est
persuadé de la réussite de cette œuvre essentiellement in étonne
et absolument nécessaire.
M. LB Marquis de l'Estourbbillon, après s'ôtre déclaré par-
tisan de ces Notices, démontre combien il est triste de voir que
les Saints Bretons soient aussi peu connus.
M. LB ViGOMTB de Galan s'excuse de détruire encore une
légende en parlant de Raoul de Fougères, mais c'est/pour venger
ce personnage des imputations qui le représentent comme un
brouillon changeant continuellement de parti. La campagne de
1154 où il aurait soutenu Eudon de Porhoôt est une pure Table ;
il n'eut donc pas à changer d'opinion pour défendre en lioO
Gonan IV dont les prétentions au Duché étaient tout au^isi jus-
tifiées que celles d'Budon. Si^n 1164 et iidô il combattit le Roi
d'Angleterre, c'était pour soutenir une thèse juridu{ue itonL
Henry II reconnut plus tard le bien fondé lorsqu'elle lui fut
avantageuse, et s'il combattit le môme prince en 1173, ce fut afin
que la Bretagne obtint le plus tôt possible un souverani spécial
en la personne du jeune GrîOlTroy. Ses actes sont dooc [jarfaite-
ment cohérents et s'expliquent tout naturellement.
M. LoTH demande si les sympathies de Raoul de Fougères puur
Gonan IV n'auraient pas eu pmr cduse ce fait que le premier
avaitdesdomainesimportdnts en Angleterreet subissait parîiuae
l'influence anglaise. A la bataille d'Hastings, le tiers de Tarcnée
conquérante était breton, et les Bretons acceptèrent racilemenl
la sazeraireté anglo-normande d'abord nominale puis e(Ti;-^Uvti.
M. LB ViGOMTB oifi Galan répond que cette raison qui est réelle
n'est pourtant pas suffisante, car Hervé de Léon, par extïniple,
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2S0 REVUE DE BRETAGNE
qui possédait lui aussi des biens en Angleterre s'est posé en
adversaire du Roi Henry II dès que celui-ci a voulu exercer son
autorité en Bretagne.
M. LoTH félicite l'orateur de la belle page d'histoire qu'il vient
d'exposer.
M. LB Vicomte Lb Boutbillbr retrace l'histoire de l'église
Saint-Sulpice de Fougères. Le premier sanctuaire, dit-il, établi
sur notre territoire fut la chapelle Sainte-Marie dont on ignore
l'emplacement. Un autre la remplaça après 1166. Saint-Sulpice
fut fondé vers 1060 par Méen II pour subvenir aux besoins
spirituels delà population qui allait toujours en augmentant. La
statue de Notre-Dame des Marais, qui se trouvait dans l'antique
chapelle Sainte-Marie, fut retrouvée parmi les décombres des
ruines de 1166 et déposée dans l'église.
M. LoTH remercie M. Le Bouteiller.
M. l'Abbé Mathurin a adressé au Congrès une étude sur les
croix de la campagne en Ille-et-Vilaine, où l'on retrouve toutes
les qualités d'historien et d'écrivain qui caractérisent le savant
collaborateur de la Semaine Religieuse de Rennes où il a remplacé
le si regretté chanoine Guillotin de Çorson.
M* LoTH parle de la renaissance de la langue bretonne. Mal-
heureusement le peuple breton n'a plus conscience de son
histoire. Il est indispensable de sauver la première et de pro-
pager la seconde. A ce propos, l'histoire de Bretagne en 20 pages
de M. le Vicomte de Galan est excellente à divulguer dans les
écoles et les milieux populaires.
Première Séance du mardi 8 septembre.
M. LB COMTE DE Laioub^ qui a déjà publié les Réformations et
les Montres de l'Ëvôché de Vannes, fait connaître que la suite de
cet ouvrage va concerner TEvôché de Rennes. Il en extrait ce qui
concerne les faubourgs de Fougères qui dépendaient de Lecousse
et de Laignelet. Malheureusement ces deux paroisses n'ont été
réformées qu'en 1513 comme d'ailleurs leurs voisines.
M. LE VICOMTE DE Calan. L'abseucc de réformation au XV*
siècle dans le puys de Fougères ne viendrait-il pas de ce que le
duc d'Alençon aurait refusé de laisser percevoir le fouage dans
sa seigneurie ? A remarquer que l'exemption des fouages obtenue
par les bourgeois de Fougères après le siège de 1449 s'étendait
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-.^L^ii
LE CONGRÈS BRETON DE 1908 281
aux biens qu'ils possédaient en dehors de la ville proprement
dite.
A l'occasion de la contimunication de M. le comte de Laigue, ce
dernier et MM. Loth, Bossard et Corbiisrrb signaient les singu-
larités qui frappent les noms de famille aux pays français et
bretonnant.
M. LE viGOMTB Lb Boutbillbr douue dos notes sur les d| (Té-
rentes époque où furent faites les constructions du château de
Fougères et montre les caractères présentés par chacune d'elles*
Plusieurs membres du Congrès demandent que les communi-
cations de M. Le Bouteiller soient publiées au Bulletin, au besoin
à Texclusion de toutes autres, étant donné leurintérét^leur valeur
et l'immense travail qu'elles lui ont coûté.
M. LE GOMTB Lanjuinais. La question sera examinée avec la
plus grande faveur par le bureau.
M. LE viQOMTB DB Galan prend la parole sûr le roman de ^^-
lusine. Ce roman, dont il ne nous est parvenu qu'une version en
prose de la fin du XIV* siècle due à un nommé Jehan d'Arras, lui
paraît avoir été composé en trois fois. Une première rédaction, à
laquelle il faut attribuer les épisodes qui se passent dans les Iles
Britanniques, aurait été faite en Angleterre par un écrivain anglo-
breton. Les Armoricains en auraient eu connaissance soit quand
ils se réfugièrent au X* siècle auprès d*Athelstane^ soit quand ils
suivirent Guillaume le Conquérant au XP, et c'est ainsi qu'ils au-
raient rapporté dans leur pays la légende de Merlusine. C'est là
qu'au XIIP un trouvère breton, désireux de flatter la famille
poitevine de Lusignan, devenue bretonne par un mariagep eut
l'idée de décomposer Merlusine en mère Lusine et d'en faire la
mère de tous les Lusignan ; à moins que ce soit un trouvère
poitevin aux gages des Lusignan qui, ayant accompagné ses
maîtres en Bretagne, y entendit conter la légende et eui l'idée de
la leur appliquer. Il est d'ailleurs curieux que Mélusine, femme
de Raymond de Lusignan dans le roman, y a la réputation d'une
grande b&tisseuse et que Jeanne de Fougères, femme historique
de Hugues de Lusignan, a, dans l'histoire, la môme réputation.
— Enfin une troisième rédaction aurait été composée à la fin du
XIV* siècle pour flatter la famille de Luxembourg en la faisant
descendre aussi de Merlusine.
Répondant à une question de M. le vicomte Le Boutbillbr,M. le
VICOMTE DE Calan dit qu'jl n'est fait aucune allusion dans la ro<
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2«2 REVUE DE BRETAGNE
man de Mélusine au pays de Fougères ; toute? les allusions se
rapportent aux pays de Vannes et de Nantes^ mais il ne faut pas
oublier que les Lusignan ont possédé le Porhoôt, ce serait donc
plutôt dans ces t)arages qu'il faudrait chercher Tauteur de la ré"
dactioD armoricaine.
M. LoTH croit très vraisemblable l'opinion de M. de Calan ;
il pense cependant que, d'une façon générale, les légendes bre-
tonnes insulaires étaient déjà connues des Bretons lorsqu'ils
émigrèrent en Armorique^ et que c'est beaucoup plus à Tépoque
de Ouillaume le Conquérant qu'à celle d'Athelstane qu'ils ont
rajeuni ces premiers souvenirs. Il ajoute que Ton a tort de croire
parfois que la population bretonne a été exterminée dans l'Ile
de Bretagne par les Anglo-Saxone. Il est sûr qu'un peu partout
(en laissant de côté les parties restées celtiques jusqu'aux® siècle
ef plus tard, quelques-unes jusqu'à nos jours : Galles, Cornwal,
royaume de Strat Glyde^ etc.), notamment en Wessex, les Bre-
tons vaincus se sont fondus avec les Anglo-Saxons. J'ai prouvé,
dit-il, qu'en Sommersetshire notamment, les deux langues bre«
tonne et saxonne étaient toutes les deux parlées à la fin du VII*
siècle et sans doute encore au Vlll* {Revue Celtique : Le Breton
en Sommerset). Les Bretons émigrés en Armorique furent nom-
breux,mais je ne suis pas du tout partisan de la théorie incompa-
tible avec les faits qui suppose TArmorique à peu près déserte
à l'arrivée des Bretons. Le zèle chrétien de ces derniers et le pa-
ganisme farouche des Anglo-Saxons ont dû contribuer à donner
à la lutte entre ces deux peuples une particulière âpreté. Mais, en
dehors de toute question de religion, ce fut pour les Bretons un
combat pour l'existence en tant que nation, et, pour les maîtres
du sol, la dépossession et l'esclavage en perspective.
Seconde Séance
M. LB VICOMTE DE Galan traite la question du Protestantisme
au pays de Fougères. Il expose que, si de tous les déparlements
bretons, rille-et-Vilaine est celui où les protestants firent Te plus
d'adeptes dans Ihs hautes classes, l'arrondissement de Fougères
figure, avec ceux de Saint-Malo et de Montfort, parmi les pays
où ils en firent le moins. Les conversions furent dues presque
toujours soit à l'influence des grandes familles sur les gentils-
hommes qui vivaient dans leur intimité, soit à l'hostilité des
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LK CONGRES BRETON DE 1908 . 283
magistrats contre les juridictions ecclésiastiques qui leur a Tdit
voir avec sympathie un christianisme supprimant la hiérarchie,
les évèques, et par suite les tribunaux ecclésiastiques.
M. LoTH adresse ses félicitations à l'orateur et donne la parole
àM.Lefas.
M. Lffas, député de Fougères, entretient le congrès des dé-
couvertes de trésors et montre combien il serait utile d^intéresser
davantage l'inventeur du trésor sans léser toutefois les droits
du propriétaire. Cette causerie charmante et pleine de verve du
sympathique député a recueilli une ample moisson d'applau-
dissements.
M. LB coMTB DB Laigue revient sur la question. M. Lefas ayant
cité les trésors récemment découverts à Pipriac et à Limogea
(trésor des Templiers), il déclare que le premier était très im-
portant. La Revue Numismatique en parle en ces termes : « A la
Tenille, près Pipriac (arrond^ de lledon, Ille-et- Vilaine), section
G., dite de V Alleu, parcelle n* 2057 du cadastre, en juin 1008, en
élargissant un chemin, les ouvriers onj découvert un vase c^e
terre qui a été brisé. Il contenait environ 600 mt)nnaie8 de billon,
dont 464 examinées par M. Paul Banéat. Parmi ces dernières,
36t appartiennent à la série armoricaine, avec le sanglier k
gauche sous l'androcéphale à gauche ; 8de ces pièces présentent
sur le sanglier une sorte de globule en relief qui le cache presque
entièrement et qui rappelle un peu un buste humain tourné à
gauche ; deux pièces, sans le globule, du même diamètre que
les autres, ont été frappées avec des coins sensiblement plus
petits. 91 exemplaires ont randrocc'phale à droite, et au-dessous
un homme couché à droite (je pense quMl s'agit de pièces ana-
logues à celles de la série aîtribuée aux Diabiintes par Hucher)-
Cinq pièces portent une roue à quatre rayons sous le cheval,
2 ont un sanglier à droite sous l'androcéphale à droite. On a si-
gnalé? pièces d'or comme faisant partie du trésor ; et, en efTel,
il y en avait une avec la main sous le cheval, qui doit être un
statère d'or bas des Pictones. La présence de cette pièce en
Armorique ne doit pas nous étonner, car on a déjà fait des trou-
vailles du même genre au nord de la Loire ; un exemplaire s<.^
trouvait dans le dépôt de Sens-de-Bretagne, dans le nord de lille-
eUWïlSime (Voy. mon Traité des M. Gaul, p. 296J. Le trésor de
Pipriac est certainement un de ceux dont une étude complète
est souhaitable. »
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2^4 REVUE DE BRETAGNE
M. LoTH fait alors remarqtier l'intérêt qu'offrent les pièces trou-
vées à Pipriacdans un pays ayant fait partie, très voisin en tout
cas,du territoire des Vénètes dont on neconnaltpasles monnaies,
li souhaiterait qu*une question fût posée, àlaChambre des Dépu-
tés, à M. le Ministre de i'InstrucUon Publique pour que des Instruc-
tions fussent données dans les écoles primaires afin d'empôchrr
la perte totale ou partielle forcée de telles trouvailles.
Après quelques observations de M. le baron de Wismbs
qui signale les efforts de M. le marquis de Montaigu pour sau-
ver les objets découverts chez nous.
M. JouoN DBS LoNGRAis retrace l'histoire de Fougères pen-
dant la Ligue. Cette ville, presque seule ligueuse dans Tévèché
de Rennes, resta jusqu'à la fin fidèle au duc de Mercœur ; et
l'orateur discute et résout les multiples petits problèmes qui se
présentent au long de cette page si mouvementée et si troublée
du passé de l'antique cité que l'Association Bretonne a choisie
pour en faire en 1908 le siège de ses Assises. Beaucoup de dé-
tails inédits donnent à cette communication remarquable beau-
coup d'entrain et de bonne humeur. M. Jouon des Longrais est
vivement félicité par M. Loth.
Première Sâangb du mercredi 9 septembre.
M. LE vicomte Alain du Gleuziou rappelle les cérémonies du
couronnement des ducs de Bretagne à Rennes : veillée à Saint-
Pierre, procession depuis le logis, cérémonie à la cathédrale, etc.
Le tout d'après le Pontifical et d'Argentré.
M. Loth remercie M. du Cieuziou. Puis MM. le vicomte db
ViLLERS et le vicomte de Galan présentent quelques observations.
D'Argentré s'est inspiré du Pontifical dont a parlé M. du Gleu-
ziou.
M. LE vicomte du Halooubt communique une étude des plus
curieuses sur les Garillons et Roues de Fortune en Bretagne. Ges
roues, dont l'usage remonte aux Romains, étaient des instru-
ments destinés à signaler aux fidèles certaines parties des céré-
monies de l'Eglise. Depuis on leur a attaché des pratiques
superstitieuses malgré le Glergé, et on a fini par les appeler
a Roues de Fortune ». Elles disparaissent actuellement et c'est à
peine si Ton peut en compter deux ou trois encore chez nous.
M. LE vicomte ou HALGouETy à qui l'on doit plusieurs ouvrages
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LE CONGRÈS BRETON DE 4918 2^
sar le comté de Porhoët et ses seigneuries, a obtenu un vif
succès et on Ta félicité chaleureusemenl.
M. Annb-Duportal a trouvé dans les archives du chat<mu dt*
Montmuran, aujourd'hui perdues et dispersées^ qu^h^ues pièces
qui jettent un jour tout nouveau sur la vie à la campagne vers
la Sn du XVI* siècle. Il leur a joint des notes et des explicitions
qu'il lit au Congrès.
Après avoir exprimé au dernjer orateur les remerciements du
bureau.
M. Loth fait une véritable Gonfârbngb su^ l'ofiiginb, l« dêve-
LOPPBMENT ET LE RECUL DU BRBTON AR^ORIQAIX. A quel grOUpe
appartient cet idiome? Tous les celtistes compétents sont
d'accord pourafflrmer que le breton a été importé par les émi-
grations d'outre-mer : c'est aussi l'avis de dom Lobineau et de
La Borderie. Au moment de ces émigrations, on ne parlait en
Ârmorique comme dans le reste de la Gaule romaine (en excep-
tant les langues des envahisseurs germains:, qu'une seule
langue: le roman^ ou, si l'on veut, le latin en évolution régulière'
Le roman a continué à être parlé exclusivement dam Us parties
qui n'ont pas été envahies par les Bretons avant le milieu dtt
IX^ siècle. U a été parlé concurremment avec le hrvion, langue
des émigrants insulaires, dans le reste de l'Armorique, plus ou
moins longtemps. — Je le répète, dit M. Loth> au moment de
l'arrivée des Bretons en Armorique tout y était roman : on n'y
parlait plus la langue gauloise; c'est prouvé par les noms de
lieux. Mais quel rapport y a-t-il entre le breton et le gaulois ?
C'est ce qu'on ignore. Le calendrier de Coligny et deux Inscrip-
tions des Deux-Sèvres sur plomb (si elles étaient gauloises)
prouveraient que le gaulois était très éloigné du breton.
La ligne de démarcation du roman et du breton au IX** siècle
donnée par Auréiien de Gourson sur sa carte est erronée i elle
n'indique en effet aucun îlot roman dans la parLie bretonne. tUn
étudiant les noms de lieux et le cadastre des Liitlérontes com-
munes, je crois pouvoir dès maintenant rectifier cette li^ne : elle
part de la Loire à l'est de Donges en renglobanl, laisse à droite
Savenay, Nozay en englobant Blain, le Gâvre, traverse Marsac,
Luzioger en passant entre Conquereuil et Jana, liisse un peu à
droite Bain, Poligné, Pléchâtel, Bourg des Comptes, Laillé, Pon-
iréan, Bruz, Moigné, le Rheu, l'Hermitage, ParUjHna^^ Grjvezé,
Vrgnoc; traverse Langouet, Saiot-Gondran, Siint-Sympho ien,
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286 REVUE D£ BRBTAQNB
GuipeU Bazouge-sous-Hédé, Marcillé- Raoul, Noyal-sons-Ba*
zoDges (en les laissant à droite), Guguen ; laisse un peu à droite
Trans, Plaine-Pougères, Saips ti va aboutir à la mer, à l'est de
Roz-snr-Couesnon. Il ne faudrait pas croire toutefois qu'il n'y
ait pas eu des Bretons à Test de cette ligne. Après les conquêtes
de Nomenoé et Ërispoé, les Bretons s'établissent dans les zones
françaises du Nantais et du Rennais, surtout sur les frontières
où ils fondent de puissantes seigneuries et où ils nous appa-
raissent entourés de gens de leur langue : c'est ce que La Bor-
derie a parfaitement mis en lumière dans sa Géographie féodale
de la Bretagne,
Maintenant, pourquoi la langue bretonne a-t-elle reculé aussi
brusquement du X* aux XI*-XII* siècle ? On n'a répondu à cette
question que par des tiypothèses en l'air. U faut évidemment re-
pousser la solption proposée par La Borderie et d'autres d'après
lesquels ce recul sera;it dû à la conquête normande du X' siècle.
C'est une erreur. Une partie importante de la population émigra
en Angleterre et en France : tous ne revinrent pas évidemment.
Mais ce fut surtout l'élément guerrier et riche qui fut amoindri :
lespauperes Britanni, le peuple resta sous la domination étran-
gère. Il est invraisemblable que môme la partie de la population
qui avait émigré et qui était revenue eût oublié sa langue natio-
nale et rapporté le français en une espace de temps très court. Il
faut ajouter que lus chefs émigrèrent plutôt en Angleterre ; quant
aux pauperes Britanni, si leur langue s'était modifiée, c'est qu'ils
auraient appris un peu de normand. — Non. Dans la zone qui,
du X* aux XIP-XIII^ siècle, perdit le breton,le roman n'avait pas
dû cesser d'être parlé. L'élément breton par la domination nor-
mande y fut affaibli au profit de Télément roman. Une autre cause
d'affaiblissement plus importante peut être, c'est la conquête du
pays français de Rennes et de Nantes : les chefs bretons s'y éta-
blirent et se francisèrent.
Un simple coup d*œil jeté sur la carte de la zone bretonnante
du IX* siècle nous montre, dans l'intérieur de cette zone, des
paroisses dont le nom a subi l'évolution romane et française,
quoique la langue bretonne y fût en partie parlée. Ce sont juste-
ment aujourd'hui des paroisses où l'on parle français. Il y avait
donc là une population de langue romane puis française au
milieu de la population de langue bretonne. M. Loth appuie ses
affirmations par une foule d'exemples et termine sa conférence
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i.
rr-^
:i ■rff^fwffp.tMy^iT^.wf.jni iipBBim.ii {JjjJJPJ^ ^m
LE CONGRÈS BRETON DE 1908 287
en donnant la ligne de démarcation entre la zone mixte romano-
bretonne et ki zone bretonnante pure : il la fait partir de Saint-
Nazaire, passer par le territoire de Saint André-des-Eaox, Fa
Chapelle-des-Marais, Nivillac, entre Limerzel et Caden, en»n».
Questembert et Malansac, par les terres de Pluherlin, ^M^lac,
Saint-Guyomard, Sérent,Lizio, Saint-Servant, Guégon, lantillac,
Pleugrifr'f,Rohan,Saint-Samson, Saint-Barnabe, laPrénessaye,
la Motte, Uzei, l'H^-rmitage, Saint-Brandan, Plaine Hau^e.Saint-
Donan, Plerneuf, Tremuson, Tréméloir, puis passer entre Jré-
gomeur et Pordic et aboutir à la mer un peu à Test de Blnic,
La Revue de Bretagne a voulu s'étendre longuement sur cette
conférence car, à elle seule, elle constitue tout un chapitre de
l'Histoire de Bretagne.
Skcondb Séangk.
M. l'Abbé Gobbierrb lit des lettres inédites de dom Mabillon
à dom Du Chemin, prieur de Notre-Dame de Vitré, à dom Lepel-
letier, etc. On sbit que t'om Lepelletier composa un Dictionnaire
de la lai'gue bretonne : dom Mabillon eut recours à lui pour
obtenir des éclaircissements sur les mots bretons qui figuraient
dans les chartes consultées pour les Acta Sanctorum Ordinis
Sancti Benedicti,
M. LB CovTB Lb Gonidbg, président de la séance, reiûercie
chaleureusement M. l'abbé Corbierre de son intéressante com-
munication.
M. LB CoMTB DB Laigub fait observer que M. Tabbé Corbierre,
un ancien élève du collège de Redon, a publié un recueil choi-i
de pensées de dom Mabillon qui montre que le savant béné-
dictin ne travaillait que pour la gloire de Dieu.
M. Plihon donne un aperçu des fastes de l'imprimerie à Fou-
gères laquelle ne date réellement que du XIX"* siècle.
M. Lbpas fait remarquer que le premier ouvrage sur des
usages locaux départementaux fut imprimé en 1839 à Fougères.
M. l'Abbé Gorbibrrb souhaite que les bibliothèques publiques
se procurent les livres imprimés dans les localités mdmes.
MM. Plihon elle Baron db Wismes montrent quelques livres
sortis des presses fougeraises.
M. LB CoMTB Lb Gonideg dit que Taperçu donné par M. Plihon
a vivement intéressé le Congrès.
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288 REVUE DE BRETAGNE
M. Lbfas conte l'histoire d'une ancienne croix de la paroisse
de Chasné, aujourd'hui disparue, mais au pied de laquelle on
trouva des squelettes enterrés dans des sarcophages de brique.
Cette croix qui n'était pas éloignée d'une voie romaine, avoisinait
un champ appelé la Madeleine.
Il résulte de la discussion qui s*ouvre au sujet de la commu-
nication de M. Lefas qu'on dut se trouver en présence d'un
ancien cimetière de lépreux ou de pestiférés.
M. LB CoMTB DE Laioub' explique à ce propos les rapports qui
ont existé entre les Minihis et les Madeleines^ les premiers
ayant été, au pays bretonnant, des lieux d'asiles et les secondes,
des refuges de lépreux substitués souvent aux Minihis.
M. LB CoMTB Lb Oonidbc se fait l'écho de toute l'assistance en
félicitant M. Lefas.
PrÉMIÈRB S6ANGB DU VBNDRBDI 11 8BPTBMBRB.
M.. Trévédy, — dont la mort vient de plonger dans le deuil
le monde littéraire breton — a envoyé un mémoire sur trois
duchesses de Bretagne : Catherine de Luxembourg, Isabeau
d'Ecosse et Françoise d'Amboise. Ce mémoire, Tun des derniers
travaux qu'aura écrits lé consciencieux auteur, est frappé au
coin de la meilleure érudition.
M. l'Abbé Hbluet, qui n^a pu aussi lui assister au Congrès,
s'y est fait remplacer par une notice sur Pontrieux et ses
processions.
M. LB Comte Lb Gonidbg regrette que ces deux auteurs n'aient
pu lire eux-mêmes leurs communications, puis il fournît des
détails sur Pontrieux et ses environs qu'il connaît particulière-
ment.
M. LB Baron db Wismbs produit et commente l'inventaire de
la succession mobilière de Charles Le Pennée de Boisjolan
(1701-1702), qui donne des renseignemens sur la situation d'une
grande famille guérandaise au début du XVill'' siècle. — II
annonce que M. Pied est en train de faire la table générale de
la Revue de Bretagne qui comprendra depuis la fondation
52 années.
Hélas, depuis le Coogrès, M. Pied a lui aussi rendu son âme à
Dieu 1
MM. LB CoMTB Lb Qoniobg, lb Comtb db Laigub et Jouon dbb
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LE CONGRÈS BRETON DE 1908 3ft9
L0NORAI8 ajoutent quelques observations au point de vue de la
lenteur de confection de l'inventaire LePendbc et en soulignent
les parties les plus curieuses.
M. JouoN DIS LoNGRAis, qui sait si bien l'histoire des Etats de
Bretagne, raconte avec beaucoup de détails les assises qui se
tinrent à Fougères en 1653. Les diverses tenues des Etats sont
en général mal connues et Ton ne saurait assez encourager les
chercheurs bretons à suivre l'exemple de M. Jotion des Longrais
en nous en faisant connaître les côtés oubliés.
Seconde Séance.
M. le Comte Le Oonidec parle d'une ancienne chanson :
Le Confiteor, écrite pendant la Révolution contre les prêtres
jureurs et qui est attribuée à l'abbé Stévan de Saint-Martin de
Vitré, mort vers 1825 ; il la tient de sa vieille bonne qui était née
8 ans avant la Terreur. A la demande de M. le comte Lanjuinais.
M. Lé Gonidec veut bien en chanter un couplet. Une autre
chanson satirique de la môme époque célèbre rinfaillibilitédu
Pape dans des termes à peu près identiques à ceux qu'employa
plus tard le Concile du Vatican.
M. le Vioohtb'Le Boutbiller cite une autre chanson patrio-
tique dirigée aussi contre les prêtres jureurs sur l'air û^ la
€ bonne aventure », ainsi qu'un Supplément du Catéchisme de
Trois Etoiles contre les mêmes prêtres constitutionnels qui ^ on
le voit, étaient loin d'être populaires.
M. le Comte Lanjuinais remercie les deux orateurs.
M. le Vicomte de Galan expose, en ce qiiii concerne rille et-
Vilaine, le résultat des recherches entreprises par lui, de concert
avec M. le comte de Laïque sur les raisons qui ont dicté le choix
des patrons des paroisses bretonnes. Il y a évidemment parmi eux
des saints locaux objets d'un patronage spécial dans les endroits
où ils ont vécu ; mais il y a aussi des saints de TÉglise univer-
selle. Or,en étudiant la façon dont les différentes dévotions se èont
succédé, on peut suivre la répercussion qu'elles ont eue dans
notre pays. Â l'époque des persécutions, c'est saint Etienne,
premier martyr, qu'on propose à la vénération des fidèles. An
V* siècle un commencement de dévotion à la Sainte Vierge est
récho des grands conciles d'Ephèse et de Chalcédoine. Au
VI® siècle, le culte de saint Pierre a pour but d'affirmer l'uni ié de
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290 REVUE Dfl BRETAG^K
i
TËglise catholique en présence de la multiplicité des royaumes
barbares créés sur les ruines de TEmpire Romain. Au IX* siècle
le culte du Saint-Sauveur, au XI* siècle celui de la Sainte Tri-
nité ont pour but TafOrmation des grands mystères de la Ré-
demption et de la Sainte Trinité. Enfin, à partir du XII* siècle, le
culte prédominant est celui de la Sainte Vierge.
Répondant à une question de M. le gomtb Lb Goniobc, M. de
Galan estime que la dévotion à la Sainte Crois est contemporaine
des grands pèlerinages du XI* siècle en Terre Sainte. En ce qui
concerne saint Martin, il faut, suivant Topinion de M. Maître,
restituer à saint Martin de Vertou beaucoup de paroisses aujour
d'huidédiéesà&aintMarlindeTours. Orladévotion àsaiotMartin
de Vertou a été installée par les moines des abbayes fondées par
ce saint, c'est-à-dire aux VII* et VIII* siècle ; et la dévotion à saint
Martin de Tours n'a été propagée en Bretagne que par les moines
de Marmouiier lorsqu ils sont venus dans ce pays c*est-à-dire
à partir du XI* siècle.
M. ie GoMTB LB GoNiDBC demande s*il n'est pas exact qu'on ait
substitué saint Pierre à des saints bretons.
M. LE GoMTB OB Laigub. Le fait a été affirmé mais on n'a
apporté à l'appui de cette assertion aucune preuve sérieuse.
M. LB ViGOMTB Alain ou Glbuziou fait remarquer que les
saints.bretons ont placé les églises qu'ils fondaient sous le vo-
cable de saints de l'Église universelle.
M. le GoutTB DE Laigub fait un rapport sur les curiosités à
visiter au bourg de Laogon (lUe-et- Vilaine) : temple de Vénus
devenue chapelle de saint Vener puis de sainte Agathe, encore
debout avec sa peinture païenne représentant Vénus sortant de
l'eau ; —monument mégalithique dit les Demoiselles de Langon;
— - l'église romane dans letquelle on a trouvé une fresque de la
môme époque ; —- chapiteau romain ; — sarcophages mérovin-
giens, etc.
Sur la proposition de M. le gompb Lanjuinaiô le Congrès vole
un vœu en faveur de la démolition d'une partie de la Digue du
Mont Saint-Michel.
M. l'abbé Corbibrre a bien voilu se charger de faire le
compte-rendu de l'excursion de jeudi au Mont Saint-Michel. Il
s'acquitte de cette tâche avec une éloquence et un esprit qui lui
valent des bravos unanimes.
M. LB Vigomtb Le Boutbillbr observe, à ce propos, que, d'après
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^:l
LE CONGRÈS BRETON DE 190$ H|
M. rarchitecte du Mont Sàint-Michei, ce mont vu du dehors
avant Tincendie de 1152 avait exactement l'apparence qu'on lut
voit sur la tapisserie de Bayeux. Il en résulterait que cette
tapisserie serait antérieure & cette date et que les images qu^elle
nous donne de Dinan et de Dol entre autres auraient chances
d'être exactes.
A la séance de clôture MM. lb Gomtb du Laïque, lr Comtk db
LA RiBoi8iÈRB,L'ABB6GoRBiBRRB s'occupent de l'état des dncien nés
croix bretonnes éparses dans la campagne. Puis Y A ssociaiion^
Bretonne décide d'accorder son patronage otQciel au concours
que va ouvrir la Jeunesse Catholique Bretonne en vue d'améliorer
dans un sens vraiment national le répertoire de théâtre des
groupes catholiques et patronages bretons.
Avant de clore le Congrès, M. lb Comte Lanjuinais déclare
que les Assises de 1909 auront lieu à Ploôrmel. On y célébrera
le sixième centenaire de l'organisation des Etats de Hreldgtie
qui justement fut réglée dans cette ville en 1809 par raiijonction
des membres du Tiers aux représentants du Clergé et de la
Noblesse.
La Revue de Bretagne engage vivement toas ses arnîs à se
donner rendez-vous en foule à Ploôrmel au pois de st^pLembre
prochain dans un grand élan de patriotisme breton.
R. L,
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MÉLANGES HISTORIQUES
(Suite) (1)
XXI. -- Lb Roi Hbnri II d'Anglbtbrrb et la Bretagne
Les événements qui, dans la seconde moitié du XIP siëcie^mo-
diflërent si profondément les destinées de la Bretagne ont été
jugés de façons très différentes par les historiens anciens et par
les historiens modernes. Les premiers ont raconté la substitution
qui se produisit alors d'une dynastie çngevine à une dynastie
bretonne sans s*émouvoir outre mesure de cette substitution, tan-
dis que les seconds y ont vu une calamité nationale, le recul du
génie celtique, un pas décisif dans la voie odieuse de la franci-
sation. Cette conception romantique remonte en droite ligne à
Augustin Thierry. C'est à son école que beaucoup de nos histo-
riens modernes ont appris à s'enthousiasmer en Thonneur d*in-
iurgés transformés par eux en patriotes irréductibles, en cham-
pions jamais lassés de la défense nationale, tandis qu'ils prodi-
guent les épithètes flétrissantes au duc Conan IV, « ce lâche et
a imbécile prince qui livra sans coup férir la Bretagne au joog
«c anglais »^ dont « Thistoire n'a pas assez châtié le crime en appli-
quant au coupable Tépithète de Conan le petit » alors que, « c'est
« Conan le traître, Conan le Judas qu'il faut dire, puisque l'âme
« et le corps de son peuple qu'il avait charge et mission de dé-
« fendre au péril de sa vie,il les livra au pire ennemi de ce peuple
« et à un affreux tyran. « Conan IV a-t-il en réalité « vendu son
pays, y a-t-il « peu de traits aussi ignobles dans l'histoire» ?
Pour apprécier de façon équitable l'acte de Conan IV, il faut
tenir compte de la situation rëelie de la Bretagne à cette époque.
Depuis près de deux siècles notre pays subissait de façon plus ou
moins directe Tinfluence des ducs de Normandie, et quoique les
(I) Voir la Rtvue d'octobre 1908*
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I lyMii'.m ■■'
MÉLANGES filStORlQUES 293
prétentions dé ces derniers prissent leur point d*appui dahs un
fait matériellement faux, la prétendue cession de la Bretagne faite
par le roi Charles le Simple au duc RoUon, les princes normands
avaient réussi à imposer en fait leur suzeraineté aux comtes de
Rennes et à faire reconnaître cet état de choses par les rois de
France. Pendant un temps les princes bretons avaient pu espérer
échapper aux conséquences de cette suzeraineté en s'appuyant
sur les comtes d'Anjou : mais, au milieu du XIP siècle, un prince
angevin se trouva, par une série d'événements, réunir entre ses
mains près de la moitié de la France, Normandie, Maine, Anjou;
Touraine, Poitou, Guyenne et Gascogne, et joindre à ces posses-
sions la souveraineté de l'Angleterre. Comment veut>on que le
comte de Bretagne essayât d'engager contre un prince aussi puis-
sant une lutte nécessairement inégale? 11 a cherché à négocier
au mieux des intérêts de son payi en mariant sa fllle à Tun des
fils d'Henri II ; il ne sacrifiait pas Tindépendance de la Bretagne,
il n'en faisait point une province de l'État angevin ; en tous cas, il
ne la livrait pas aux Anglais, alors gouvernés par des rois fran-
çais et par une aristocratie française. Mieux encore que la
duchesse Anne» il tirait le moins mauvais parti possible d'une
situation difUcile. Il y a donc vraiment trop de sévérité dans le
jugement que portent sur Gonan IV nos plus récents histo-
riens bretons.
Il y a de même quelque partialité dans l'appréciation unifor-
mément élogieuse de l'attitude des vicomtes de Léon vis-à-vis de
Henri II et de son fils Geofroi. Certes, je ne veux paâ entreprendre
la réhabilitation du monarque anglais dont les grandes qualités
administratives ne feront jamais oubUer les vices, et si c'était
uniquement contre lui que les vicimtes de Léon avaient levé
l'étendafd de la révolte, on pourrait peut-être saluer en eux de
magnanimes insurgés ; mais quand on les voit combattre Geofroi^
c'est-à-dire leur souverain légitime, devenu très breton de cœur et
nullement inféodé à la politique de son père, on conclut tout natu-
rellement que ces prétendus patriotes ne sont, comme^ le disent
les chroniqueurs contemporains, que des esprits turbulents et
agités, impatients de toute autorité, quelle qu'elle soit, régulière
ou irrégulière, honnête on tyrannique.
A côté de cette apprc! dation d'ensemble, il est un certain nombre
de points de détail sur leiquels,après un examen minititux, il ne
m'est pas possible d'accepter les conclusions de l'érudition mo*^
Décembre 1908 ii
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294 RKVUE! DE BRBtAGNB
derne. Nos historiens me paraissent avoir é*é induits en erreur
par la confiance exagérée qu'ils ont accordée aux récils de Pierre
Le Baud. Or il faut se défier de ce chroniqueur. Il lui arrive de se
tromper de temps en temps sur la date des événements ; il place
par exemple en 1147 la mort de Gooan lll, qui est en réalité de 1148,
en 1159 la mort de 6<îofroi d'Anjou^ qui est de 1158, de sorte que^
lorsqu'il est le seul garant de Texactitude d'une date, il est impru-
dent de 8*y fier aveuglément.
De plus, il existe dans ses récits des erreurs manifestes ou des
invraisemblances qui ne nous permettent pas de les accepter
sans discussion. Lo sque par exemple, il fait jouer un rôle à
André de Vitré dans les événements de 1154, alors qu'André ne
devint seigneur de Vitré qu'en 1173, il est évident que cette
mention inexacte est due au désir de flatter les seigneurs de
Vitré dont Le Baud était l'historiographe, mais nous voici en
môme temps prévenus contre l'historicité de toute cette partie de
la narration. Lorsque Le Baud parle en 1156 des opérations mili-
taires qui ont eu lieu autour de Montfort-sur-Meu, quelques
lignes après avoir fait ressortir toute Timportance du rôle de
Robert de Montfort, si Ton vient à remarquer que ce personnage,
que Le Baud prend pour un seigneur breton, efit un baron nor-
mand, seigneur de Montfort-sur-RisIe, le rôle militaire de la
ville de Montfort-sur-Meu nous paraît là encore inventé pour
grossir le rôle des seigneurs de Vitré, possesseurs au XV^ siècle
de Montfort*sur-Meu.
Reprenons maintenant sous le bénéfice de ces observations le
récit des événements qui s'écoulèrent entre l'expulsion de Hoêl
et la mort de Henri II (1156-1189).
C'est seulement en 1156 et non deux ans plus tôt, comme tous
nos historiens l'ont répété d'après Le Baud, que Gonan IV fit son
apparition sur la scène politique. Le silence de Robert deTorigni
est déjà un premier argument contre le fait de cette prétendue
campagne de 1154; le rôle manifestement inventé que Le Baud
y fait jouer à André de Vitré en est un second ; enfin si l'on
s'explique la volte-face qui, dans l'opinion commune, fit après la
mort de Jean de Dol abandonner à Raoul de Fougères le parti de
Gonan IV pour celui d'Eudon , on ne s'explique pas du tout
pourquoi après avoir soutenu le vicomte de Porhoôt en 1154, il
Taurait abandonné en 1156 sur les conseils de son beau-frère
Raoul de Montfort, faisant preuve ainsi d'une versatilité
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I H'.I^WW
MÉLANGES HISTORIQUES 295
pea vraisembluble. Il est donc probable que la campagne
de 1154 doit être reléguée dans le domaine des fables et
que o*est seulement en 1156 que les Bretons furent appelés &
se prononcer entre les deus compétiteurs. Que Jean de Dol ait
à ce moment soutenu Ëudon, cela est certain^ puisque Robert
de Torigni le dit formellement: qu'Alain de Dinan ait suivi le
mâme parti, cela est possible, quoique Le Baud soit le seul à le
dire ; mais qu'il faille ajouter à ces deux noms celui de Hervé de
Léon, cela ne me paraît guère vraisemblable, puisque six ou
sept ans après, Conan IV soutenait énergiquement ce seigneur
contre son voisin le vicomte du Faou, ce qui ne se compren-
drait pas s'il ne s'agissait d'un ancien partisan; Hervé de Léon
ne me paraît avoir pris le parti d'Ëudon que lorsque plus tard
un mariage unit les intérêts des deux familles.
C'est donc en 1156 que Gonan quitta l'Angleterre, où il avait
été élevé dans le comté paternel de Richement, pour faire valoir
ses prétentions sur la Bretagne. D'où lui venaient ces préten-
tions ? Le Baud, qui mentionne à ce moment la mort de Berte,
s'imagine évidemment que Conan s'est jugé appelé par le décès
de sa mère à recueillir sa succession ; mais nous savons, par
deux chartes de 1158, que Berte vivait encore à cette époque. Le
Baud s'est donc trompé sur la date de la mort de cette princesse,
et il faut chercher un autre motif aux réclamations de Conan IV.
Ce qui paraît le plus probable, c'est qu'il venait d'atteindre à ce
moment sa majorité féodale et que nombre de Bretons jugeaient
à cette époque que les femmes, aptes à transmettre un fief,,
étaient inaptes à le gouverner, du moment où elles avaient un
héritier masculin en âge de les remplacer; car il semble bien
qu'à la fin du XIP siècle on en ait jugé pour Constance et pour
Artur comme beaucoup en jugèrent au milieu de ce siècle pour
Bdrte et pour Conan IV. Des événements de la campagne de
1156, que nous savons par une charte de l'abbaye de Montfort
avoir été inaugurée au mois de septembre (1), un seul est attesté
par les chroniques contemporaines et par conséquent certain, la
prise de Rennes par Conan. Comme je l'ai dit, la mention de
Montfort semble une pure invention ; de môme ce qui est dit de
Hédô et de Montmuran est un calque de la campagne de 1168 et
doit ôtre rayé de la liste des faits historiques.
(1) Morice, Preuves ^ tome I, col. 618.
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29t; RBVUK DE BRETAGNE
Je passe sur les événements de ii58 que tous nos historiens
modernes racontent exactement d'après Robert de Torigni^
négligeant avec raison les embellissements que Le Baud a cru
bon d'ajouter à cette partie de son récit ; et après avoir mentionné
la campagne faite en 1159 par le roi Henri contre le comte de
Toulouse, campagne daiis laquelle le contingent breton figure
dans son armée comme il y figurait en 1151, j'arrive au récit des
démêlés entre le vicomte de Léon et le vicomte du Faou. Guil-
laume le Breton, le seul chroniqueur qui nous en parle, leur
assigne la date de 1163, laquelle a été adoptée par Dom Morice ;
mais il faut observer que ces démêlés sont antérieurs à la grande
famine qui désola' la Bretagne, laquelle aurait eu lieu en 1162,
suivant le témoignage concordant des chroniqueurs de Quim-
perlé, de Rhuys et de Penpont. Il est donc probable qu'il faut
corriger la chronologie de Guillaume le Breton, laquelle d^ail-
leurs est souvent fautive et placer la guerre féodale du vicomte
de Léon et du vicomte du Faou en 1162.
Une affaire de plus grave conséquence fut le conflit de législa-
tion qui mit alors le roi Henri II aux prises avec Raoul de Fou-
gères. En droit féodal, notamment en droit normand, le suzerain
était de droit le tuteur de tous les mineurs possesseurs de fiefs ;
Henri II, suzerain de la Bretagne, se considérait donc comme le
suzerain de tous les seigneurs bretons ; or il ne semble pas que
ceux-ci aient eu la même conception, puisque en 1162 Jean de
Dof, ne laissant en mourant qu'une fille mineure, en confia la
tutelle à Raoul de Fougères, et que celui-ci, tout en s*inclinant à
demi devant les prétentions royales, prétendit garder l'adminis-
tration d'une partie des biens qui lui avaient été confiés. Henri II
ne s'appropriait d'ailleurs probablement c^tte thèse juridique
que pour les besoins de sa cause, car en 1186 lorsque son fils
Geofroi mourut, ne laissant qu'une fille en bas âge, et que le roi
de France réclama la tutelle de cette enfant, Henri II la lui refusa
niant ainsi les droits du seigneur supérieur qu'il affirmait vis-
à-vis de la fille de Jean de Dol, soit qu'il prétendit agir vis à-vis de
sa petitC'-fille comme proche parent ou comme seigneur immédiat.
Or, en 1164, les prétentions de Henri II ne violaient pas seule-
ment la volonté d'un défunt, elles lésaient les droits de Gonan
IV, seigneur immédiat de l'héritière de Dol et comme tel beau-
coup plus qualifié que Henri II pour réclamer la tutelle féodale de
la jeune fille, du moment où* on l'enlevait à celui que son père
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MÉLANGES HISTORIQUES 297
avait choisi. Aussi je me demaQde si nos historiens modernes
ont été bien inspirés en supposant que Gonan IV soutint Henri II
dans les campagnes de 1164 et de 1166 et s*il ne serait pas plus
naturel de supposer que Gonan soutint dans cette circonstance
son ancien ami. On s'expliquerait ainsi que le roi d'Angleterre
vainqueur ait imposé à un vassal, sur la fidélité duquel il ne
pouvait plus compter, la convention matrimoniale de 1166 qui
mettait la Bretagne à sa merci.
De cette convention matrimoniale de 1166 stipulant les Aan*
cailles de Gonstance de Bretagne et de Geofroi d'Anjou^ je ne
dirai qu'un mot, c'est que nos historiens l'interprètent comme
une abdication de Gonan IV, lequel d'après eux n'aurait conservé
que le comté de Guingamp. G'est évidemment ce que semblent
dire les chroniquei^rs, mais il suffit d'étudier les chartes de cette
époque pour se convaincre qu'une pareille interprétation est
inexacte. Non seulement Gonan conserve le titre de duc de
Bretagne dans la charte de fondation de l'abbaye de Gamoét,
laquelle est au plus tôt de 1168, ainsi que dans une charte de 1170
en faveur du mont Saiot-Michel, mais la fondation de Garnoôt
en plein pays cornouaillais indique que l'autorité de Gonan
continuait à s'exercer en dehors des limites du comte de Guin-
gamp. Dès lors, ne faudrait-il pas entendre le texte de Robert de
Torigoi en ce sens que Gonan abandonna à sa fille la plus
graode partie de ses domaines, se réservant le droit de disposer
du comté de Guingamp en faveur des autres enfants qu'il
pourrait avoir dans l'avenir ?
Nos historiens empruntent à la chronique de Robert de
Torigni le récit des événements de 1167 et de 1168, et je n'ai par
conséquent aucune observation à présenter à ce sujet. Mais
après avoir raconté l'entrevue de Montmirail (6 janvier 1169)
entre les rois de France et d'Angleterre, ils ajoutent que Roljand
de Dinan refusa d'abord de reconnaître pour souverain le roi
Henri II, mais que celui-ci ayant pris et détruit le chftteau de
Lehon, le baron fut obligé de se soumettre. Le point de départ de
ce récit se trouve dans deux phrases du Chronicon Britannicum
qui, ïious Tannée 1169, s'exprime ainsi : Castrum Leonense mit,
Concordia^ inter Angliœ regem et RoUandum Dinanensem
facta (1). On en a conclu naturellement que ces événements de
(1) Morice, Preuves^ tome I, p. t04.
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298 REVUE DB BRETAGNE
1160 devaient être postérieurs à l'entrevue de Montmirail.
Or, on n'a pas réfléchi que ces deux événements sont suivis
dans le Chronicon Britannicum de deux autres, une donation
faite par Hervé de Léon à l'abbaye de Saint-Mathieu, laquelle
est au plus tard de 1168, puisque ce seigneur mourot cette môme
année, et la mort de l'évoque Bernard de Nantes, qui eut lieu
dans les premiers jours de Tannée 1160, suivant le comput de
Robert de Torigni» qui commence Tannée à Noël, c'est-à-dire
dans les derniers jours de Tannée 1168, suivant notre usage
actuel de commencer Tannée au 1^ janvier. Donc la chute du
ch&teau de Léon et la soumission de Rolland de Dinan ont eu
lieu eo 1168, avant et non après l'entrevue de Montmirail.
Il n'est môme pas certain que la phrase « Catirum Leoneme
fuit » ait le sens qu'on lui attribue. S'agit-il bien du ch&teau de
Lehon ? C'est évidemment l'orthographe adoptée par Le Baud
dans sa traduction de ce passage du Chronicon Britannicum^
mais ce dernier document, qui a appelé plus haut Lehonium la
localité de Lehon, près Dinan, réserve la forme Leonensis pour le
pays de Léon ? De plus, le mot mit indique-t-il une destruction
faite de main d'homme ou ne pourrait-il pas signifier une des-
truction accidentelle? Le Baud dit simplement que le ch&teau de
Lehon chut, ce qui semble appuyer la seconde hypothèse.
La plupart de nos historiens modernes ont passé sous silence
Timportante série de mesures prises par Henri II en 1169 pour
rattacher étroitement la Bretagne à la Normandie : février 1160,
hommage prôté par Geofroi comme futur souverain de la Bre-
tagne & son frère Henri, investi du duché de Normandie; mai 1160,
voyage de Qeofroi à Rennes où il se fait reconnaître par les
Bretons; août 1160, réunion des barons bretons en Normandie à
la cour de Henri II ; décembre 1160, voyage de Henri II à Nantes.
De plus, iis placent en 1170 la campagne dirigée par Conan IV
contre le Vicomte de Léon. Sans doute, cette date nous est fournie
par la Chronique de Quimperlé ; mais Guillaume Le Breton,
écrivain plus ancien et par conséquent plus digne de foi, quoi-
qu'il ne soit pas toujours exempt d'erreur, donne la date de 1160.
Les Chroniques Annaux placent Tévénement en 1170 ; mais leur
témoignage n'a pas de valeur, car des deux événements qu'elles
racontent ensuite, le couronnement du jeune roi Henri et la
nomination de l'évoque Robert de Nantes, le premier est bien de
1170, mais le second est placé par Robert de Torigni aux environs
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MÉLANGES HISTORIQUES 299
de Noôl 1170, c'est-à-dire suivant notre manière de compter aux
environs de Noël 1160(1).
Les autres événements qui sont censés s'ôire passés en 1170
ont encore moins lieu d'ôtre rapportés à cette date» Le Baod a
admis sur le témoignage de la Chronique de Penpont et non,
comme on l'a dit, sur le témoignage de la Chronique de
Ruis, que cette année Henri II avait opéré la soumission de la
Bretagne, s'était emparé de Josselin et avait écrasé Eudon de
Porhoôt. Or, comme je l'ai dit plus haut, il s'agit simplement ici
de la campagne de 1168, mal datée par un chroDiqueur ignorant.
En tous cas, ces événements ne sauraient être de 1171,6omme le
disent nos historiens modernes, puisque dans la Chronique de
Penpont ils sont antérieurs à la mort de saint Thomas de Can-
torbéry qui eut lieu à la fin de 1170. Si les Chroniques Annaux
les placent à cette date, après la mdrt de' Conan IV^ c'est parce
que le compilateur de ces annales s'est imaginé qu'Eudon avait
succédé à Conan, et que, par conséquent» ces événements od
Eudon jouait le principal rôle avaient dû se passer après la mort
de Conan.
Le Baud attribue encore à Tannée 1170 le récit d'une guerre
entre Eudon et Conan IV, qui se serait terminée par l'eipulsion
du premier, et qui n'est en réalité qu'une pure invention desti-
née à expliquer comment Eudon se trouvait en 1173 hors de
Bretagne. Le Baud prétend de plus avoir trouvé dans Robert de
Torigni l'indication d'un voyage de Henri II en Bretagne en 1170
dont on ne retrouve pas trace dans le texte de ce chroniqueur.
L'erreur de Le Baud s'explique probablement par un emprunt
plus ou moins direct à quelque chroniqueur d'Outre-Manche.
Les chroniqueurs anglais contemporains ne sont pas en effet
renseignés exactement sur les événements de Bretagne. Un
trouve par exemple dans Benoît de Peterborough qu'au début de
1170, l'année anglaise commençant à Noël, comme je l'ai déjà
dit^ « le roi Henri tint sa cour à Nantes en Bretagne le jour de
« Noô', lue son fils Gaufroi, comte de Bretagne, fut là avec lui
<f et qu'ils y donnèrent une tôle solennelle ; après l'achèvement
« de laquelle le roi et son fils Gaufroi firent le tour des châteaux
« de Bretagne, recevant les féautés et les hommages iligentias)
(1) Robert de Torigni commence en effet l'année à Noël, ce dont Le Baad ne
se doute pas.
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300 REVUE DE BRETAGNE
«^ des comtes, des baroas, et des homcnes libres de Bretagne
u dont ils ne les avalent pas reçus précédemtnent. Alors donc le
« roi condamna (implacitavit) le comte Eudon et le dépouilla de
« presque toutes les dignités et possessions {honor et potestas)
« qu'il avait précédemment en Bretagne.^ Raoul de Dlcet raconte
également qu'à Noël 1170: « le roi tint sa cour dans [la ville de
« Nantes, en présence des évoques et des barons de toute la
<c Bretagne qui y jurèrent fidélité conjointement au roi et à son
a fils Gaufroi. » Or, il est attesté par Robert de Torigni que le
roi Henri célébra réellement à Nantes la fôte de Noël 1169, sui-
vant notre façon actuelle de compter, le voyage de Gaufroi en
Bretagne et les serments de fidélité qui lui furent prêtés sont anté-
rieurs de plusieurs mois et se placent en réalité au mois de
mai 1169, la spoliation d'Eudon est de 116S, et les serments de
fidélité prêtés à Henri II par les Bretons le furent en 1166 (1).
Quoique les chroniqueurs anglais s'expriment de façon très
inexacte sur les circonstances qui amenèrent rétablissement
d'une dynastie angevine en Bretagne, il est cependant intéres-
sant d'examiner ce qu'ils en disent, car ils nous donnent l'impres-
sion que ces événements produisaient chez les sujets insulaires
du roi Henri. Guillaume de Newbridge paraît avoir pris Tannée
1166, où furent conclues les fiançailles deGeofroietde Constance,
comme l'année décisive pour la politique de Henri II, car c'est
très probablement à cette date qu'il écrit les lignes suivantes :
« Le roi Henri rêvait de faire de son fils Gaufroi le souverain de
« la Bretagne et cherchait à y parvenir par la force et par la ruse
a {artibus et viribus). Il avait déjà deux portes d'entrée toutes
« prêtes en cette province, la cité de Nantes et te château de Dol.
« Or il arriva que Conan, comte de Richemont, qui régnait sur
« la plus grande partie de la Bretagne, vint à mourir^ laissant
<c de la sœur du roi des Ecossais une fille unique pour héritière
<c que le roi maria, encore non nubile, à son hls impubère, rédui-
« santen son pouvoir tous les droits de la jeune fille. Or il y avait
« en Bretagne certains nobles tellement riches et puissants qu*ils
« n'avaient jamais daigné se soumettre à l'autorité de personne.
(1) De môm6f Benoit de Peterboroug^h s'est très probablement trompé lorsqnVn
parlant da partage de ses domaines fait par le roi Henri JI vers la Saint-Laurent
(10 Août tl70s il dit qu*il donna à Oaufroi la Bretagne à tenir du roi de France,
puisque tous les chroniqueurs nous montrent au contraire que la grande préoc-
cnpation de Henri II était de rattacher la Bretagne à la Normandie.
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|P,pp^^T^.,^yM„yiHH^y Mp,,L^jf^PW. ^^.i.. it.tfjw,.m;^^^, P^^P^^^ll/BiLyin^LMimtlipiimppjlU»
MÉLANGES HISTORIQUES 301
« Depuis nombre d'années ils se faisaient la guerre par passion
« de dominer et par incapacité d'obéir (impatientia serviendi), et
<t ils avaient tellement déchiré et affaibli cette province jadis
« illustre (prœclara) que les campagnes les plus opulentes
<c étaient changées en vastes solitudes. Les petites gens [inferio-
« tes) étant opprimés par les plus puissants et espérant uq se-
<c cours du roi des Anglais, se soumirent spontanément à son
« autorité. Celui-ci, leur prêtant son appui d*un esprit prompt et
<c sans regarder à la dépense, soumit jusqu'aux chefs qui se^
a croyaient jusque-là Invincibles'par la grandeur de leurs forces
ce et la nature de leurs domaines difficilement accessibles. S'em-
(c parant ainsi rapidement de toute la Bretagne et chassant ou
« domptant tous Tes perturbateurs, il y installa un tel ordre dans
« toutes ses parties [ita disposuitatque composuit)^ que, le peuple
<i vivant en paix, les déserts se changèrent peu à peu en terres
#t fertiles. »
Si Guillaume de Newbridge s'imagine que Çonan IV est mort
en 1166, parce qu'il lui a semblé impossible que, du vivant du
comte breton le roi Henri ait pu agir en souverain en Bretagne,
Raoul de DicBt aeu la même idée, mais en parlant de la mort du
comte breton à une époque plus récente^ au moment de l'insur-
rection que Henri H eut à réprimer en 1168. Voici en effet ce
qu'il dit à cette date : « Depuis que la petite Bretagne avait cessé
tt d'être régie par des rois, deux comtes avaient commencé à y
« exercer leur autorité. Mais, comme tout pouvoir est toujours
« impatient de se sentirun rival, ils se faisaient souvent la guerre
« (sese variis sœpe dissensionibus afflixerunt). Enfin, Conan ayant
tt réuni les deux comtés par droit héréditaire, vint à mourir lais-
« sant pour héritière de la sœur du roi des Ecossais, une fille
« que le roi des Anglais maria à son fils G iufroi, et celui-ci s'ap-
« pliquant en parcourant la Bretagne à y faire régner la paix, se
« concilia les sympathies du clergé et du peuple de ce pays » (1).
Tous nos historiens ont emprunté à Rob=5rt de Torigni ce qu'il
dit de la mort de Tévêque Hamon et ducomte Conan (2), mais ils
(1) Roger de Hoveden a inséré textuellement ce passage dans sa chronique à
la date de 1169, mais quoique la chronologie de Raoul de Dicet ne soit pas tou-
jours exempte d*erreur, elle est cependant très supérieure ^ celle de Roger de
Uoveden .
(*^) Il faut remarquer qu*iot encore Le Baud n'a pas compris la façon de comp-
ter de Robert de Torigni : il s*est imaginé que ces événements de janvier et
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302 RBVUfi DE BRETAGNE
omettent de signaler trois faits très importants qui rentrent dans
le cadre des mesures dont j*ai parlé plus haut : la nomination à
la mort de Gonan IV en 1171 comme sénéchal de Bretagne d'un
grand seigneur normand, Guillaume, fils de Hamon^ la présence
en décembre 1171 de Geofroi et du sénéchal Guillaume à la pre-
mière cour plénière du duc de Normandie ; la convocation en
septembre 1172 à Avranches d'une sorte de concile interprovin-
ciâl où les évoques bretons siégèrent à côté des évoques nor-
mands (1). En revanche ils s'imaginent qu'à la suite d'une
nouvelle campagne, Eudon firt encore chassé de Bretagne par
Henri 11 en 1172, quoique le silence des chroniqueurs contem-
porains nous fasse douter de l'existence de cette campagne.
Sans doute la Chronique de Penponl et les Chroniques Annaux
mentionnent à cette date l'expulsion d'Eudon par Henri II, et il
est possible qu'il y ait une part de vérité dans ce que disent les
Chroniques Annaux, d'engagements pris en Vers Eudon en cas de
prédécès de Gonan IV, quoique Tauteur de cette compilation se
discrédite lui-môme en faisant d'Eudon le père, et^on le beau-
père de Gonan, ce qui tendrait à faire croire que ces arrangements
n'existent que dans son imagination. En tous cas, il semble bien
quMI ne s'agit là que d'une sentence de bannissement prononcée
en dihors de toute guerre, relegatus est in exilium, dit la Chro^
nique de Penpont^ et que la date de 1171 convienne mieux à cet
événement que la date de 1172, puisque c'est en 1173 qu'eut lieu
d'après Robert de Torigni le retour d'Eudon, daté de 1174 par la
Chronique de Penpont, mais placé au milieu d'événements qui se
sont passés en 1173.
Je suis étonné que nos historiens n'aient pas fait ressortir
l'originalité de la révolte de 1173. II ne s'agit pas ici de vassaux
qui s'insurgent contre leur suzerain. La prise d'armes a presque
un caractère national, non pas sans doute que le mouvement
fétrier 1i71 étaient postérieurt au 31 décembre 1171, Buivant Tasage fateton en
▼iguear au XVl* siècle. Il faut remarquer également que la Chronique de Quitn"
perlé place à tçrt la mort de Conan avant celle de Hamon.
(1) Il n*y aurait même rien d'impossible, quoique Robert de Torigni n'en parle
pas. à ce que Henri II ait «éjourné quelque peu en Bretagne en 1172, car Benott
de Peter borough après avoir mentionné le débarquement du roi en Normandie
aux environs de l'Ascension, puis son voyage i Gaen, nous le. montre résidant
[faciens moram) en Bretagne, puis quelques temps après, vers la Saint-Mathieu
(21 septembre) revenant de Bretagne ; car rien ne vient contredire la possibilité
de ee voyage.
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j;.
MÉLAN6RS HISTORIQUES 303
soit universel, puisque Rolland de Dinan et André de Vitré par
exemple s'abstiennent d'y prendre part, mais parce que le but
des insurgés est d'obliger le roi Henri à se dessaisir de Tadmi-
nisiration du pays en faveur d'un duc national qui gouverne
avec des administrateurs nationaux; il s'agit d'en finir avti: Ih
domination du roi angevin et des fonctionnaires normands. Or*
cette manifestation du sentiment national est tellement puis^aDte
que Henri If est en réalité obligé de capituler, qu'il lui faut se
dessaisir d'une partie de ses pouvoirs en faveur de son nis
(Geofroi 1174), et abandonner la direction de l'administration
bretonne à un seigneur breton jadis son adversaire, Rolland de
Dinan. Désormais^ ceux des Bretons qui relèvent l'étendard de
la révolte ne sont plus des patriotes, ce sont.des rebelles insurgés
contre un duc breton et contre un ministre breton ; passer sous
silence cette transformation des événements, c'est déformer
complètement Thislbire de cette période. Je sais bien que de
1175 à 1181 la situation de Oeofroi est une situation indécise.
C'est lui qui. parait dans toutes les affaires de Bretagne, mais il
n'agit en réalité que comme le lieutenant de son père, et quand
il a terminé le règlement des affaires urgentes, en 1175, il77,
1179, il va retrouver son père et ses frères et les accompagne en
Angleterre. Ce n'est qu'en 1181 que la célébration de son mariage
avec Constance en fait positivement un souverain breton.
Eudon de Porhoët était rentré de France en 1173 et a éUM.
remis en possession de ses domaines, nous dit le chroniqueur
contemporain Robert deTorigni, qui ne mentionne aucun change-
ment dans sa situation jusqu'à l'acte de 1175, par lequel Geofrui
réunit au domaine ducal les portions de ce domaine possédera
par Eudon. Il n'y eut donc de campagne dirigée contre Ëtidnii
ni en 1173, ni en 1174, et il n'eût pas à reprendre deux fois de plus
le chemin de la France.
Y eut-il lutte en 1175 entre Euion et Geofroi ? On ne peut le con-
clure du texte de Robert de Torigni, mais il semble bien que l^ s
termes employés par Benoît de Peterboroughappuientrhypolbiise
d'une résistance de la part du vicomte de Porhoôt, car,après notss
avoir montré le roi Henri envoyant son fils en Bretagne avMnî
les fêtes de Pâques, il raconte que « Gaufroi, comte de Breti^gne,
« détruisit les châteaux qui avaient été fortifiés contre son père.
« et fit beaucoup de maux aux hommes de ce pays qui avhieikt
« combattu son père nu temps de la guerre ». De la révolta de
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304 RBVCB DE BRETAGNE
1177 je n'ai rien à dire, Robert de Torigni étant ici la source de
tous nos historiens ; quant à celle de 1179, je ferai simplement
remarquer qu*il n'est pas prouvé que ce soit Geof roi qui ait favo-
risé le cadet au détriment de ratoé, en réglant à son gré le partage
de la succession du vicomte de Léon, car on trouverait de pareil-
les inégalités dans des partages amiables, dans celui qui eut lieu
après la mort du duc Geof roi I ou dans celui qui eut lieu après la
mort d'Eudon I de Porboët.
La correction que M. Delisle a apportée à la chronologie de
Robert de Torigni en plaçant, d'après des documents authenti-
ques, en 1181, le mariage de Geofroi et de Constance, que ce
chroniqueur met en 1180, doit ôtre généralisée. L'événement n'est
pas mal placé, mais le point de départ de Tannée 1181 a été dépla-
cé par quelque copiste. Il suit de là que T*on peut donner posi-
tivement la date de 1182 comme étant celle de la rupture entre le
roi Henri et Geofroi, et par conséquent de l'incendie de Rennes.
Il est enfin poss'ble de préciser un peu plus qu'on ne l'a fait
^ généralement la datte des derniers rapports de Henri II aveô les
Bretons. Son expédition de 1187 en Bretagne où il reprit Morlaix,
dont Hervé de Léon s'était emparé, non pas à la nouvelle de la
naissance d'Arthur, comme on l'a dit, mais à la nouvelle de la
mort de Geofroi, est postérieure au mois de septembre, date de
la réconciliatioa du roi et de son fils Richard, laquelle eut lieu à
Angers. C'est ce que dit positivement Benoît de Peterborough .
Le vicomte de Léon ne garda d'ailleurs pas rancune au roi d'An-
gleterre, car Tannée suivante, à Tattaque de Mantes (septembre
1188J, son frère Guiomar et lui se distinguent parmi les plus
braves soldais de Tarmée anglaise,>»i témoignagne non suspect
de Guillaume le Bpetm. Enfin, d'après Benoît de Peterborough t
c'est au mois de janvier 1189. après la Saint-Hilaire, que les Bre-
tons se soulevèrent contre Honrilletsejoignirentauroi Philippe
et au comte Richard, qui promireat de ne pas traiter sans eux.
XXII. — Le Roi Richard et la Bretagne
Nos historiens modernes se sont peu occupés des rapports du
roi Richard d'Angleterre et de la Bretagne. 11 eût cependant été
utile de faire remarquer que la politique de ce chevaleresque
personnage avait été identiqueà celle de son père, et que, comme
lui, il a prétendu à la fois exercer sur notre jeune duc Artur ses
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MELANGES HISTORIQUES 305
droits de tutelle et de suzeraineté. Aussitôt apr&s son couronne-
ment en 1189, il semble bien être venu à Nantes^ comme dit Le
Baud, pour organiser Tadministration du pays; pendant son
séjour en Terre-Sainte il se préoccupe sans doute de l'avenir de
son neveu, afflrme.en écrivant au pape (11 oclobi^e 1190)qu'Artur
est son héritier et négocie pour lui un projet de mariage avec
Tune des filles du roi Tancrède de Sicile (11 novembre 1190) ;
mais il oblige en môme temps le roi de France Philippe-Auguste à
reconnaître que la Bretagne constitue un flef normand (mars
1191); si bien que, lorsque Philippe, revenu en France cherche à
s'entendre avec Jean, le frère de Richard, c'est à la fois contre
celui-ci et contre Artur, dont tous les droits sont sacrifiés, qu'est
dirigée Talliance des deux princes.
C'est seulement en 1194 que Richard rentra en Angleterre: La
guerre qu'il eut à soutenir aussitôt contre le roi dé France l'oc-
cupa pendant près de deux ans, et ce n'est qu'au début de 1196
qu'il pût s'occuper des affaires de Bretagne, oti forcément pen-
dant son absence son autorité avait en fait cessé d'être re-
connue.
Nous possédons sur les dissentiments qui se produisirent alors
entre le roi Richard et les Bretons un certain nombre de rensei-
gnements.
Quatre faits sont certains : l'emprisonnement de Constance»
le soulèvement des Bretons, le pillage de la Bretagne par l'armée
de Richard et la soumission des Bretons ; mais les dates de ces
diverses péripéties sont loin d'être fixées.
Tous nos historiens modernes sont d'accord pour placer en
1196 le début des hostilités, et l'emprisonnement de Constance
qui en fut le signa! ; ils suivent ainsi l'opinion des chroniqueurs
anglais contemporains, notamment de RÔger« de Hdveden, et
rejettent la date de 1198 donnée par la chronique bretonne, dite
Chronique de Penpont^ dont on connaît d'ailleurs le peu d'exac-
titude chronologique ; comme le Chrontcon BrUannicum a copié
la Chronique de Penpont, il n'y a lieu d'attacher aucune impor-
tance au fait qu'elle reproduit la date de 1198, laquelle est d'ail-
leurs en contradiction avec celle de 1196 que la même chronique
donne plus haut à un récit différent des mêmes événements.
Tous nos historiens admettent également le récit de Hoveden
relativement aux circonstances qui accompagnèrent l'emprison-
nement de Constance et rejettent avec raison comme fabuleux
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306 RBVUB DE BRETAGNE
les deux voyagres que, d'après Le Baud, le roi Richard aurait
faits à ce moment eu Bretagne .
Après l'emprisonnement de Constance, Le Baud raconte que
les barons bretons se réunirent à Saint-Malo-de-Beignon et pro-
clamèrent pour leur duc le jeune Ârtur. Il semble bien qu'il y
ait un écho de hes faits dans le récit de Guillaume de Newbridge
qui aous montre les grands seigneurs bretons, après avoir refusé
de reconnaUre Richard comme tuteur de son neveu, emmenant
le jeune prince dans l'intérieur de la Bretagne. Certains érudita
intervertissent ici Tordre des faits et placent l'assemblée de
Saint-Malo-de-Beignon avant Temprisonnement de Constance,
mais il n'est guère vraisemblable que les barons aient agi de ta
sorte tant que leur duchesse était au milieu d'eux, tandis que
cette réunion est une réponse toute naturelle à Temprisonnement
arbitraire de Constance par Richard. M. Trévédy (1) a essayé de
justifier cette interversion en faisant remarquer que Le Baud ne
donne pas le titre de vicomte à Alain de Rohan, dofht il signale la
présence à cette assemblée, ce qui indique^ dit-il, que son père
vivait encore et que par conséquent la réunion de Saint-Malo de
Beignon est au plus tard de 1195 ; mais cet argument, pour être
décisif, supposerait chez Le Beau une précision que ce chroni-
queur est loin de posséder toujours. Parmi les autres seigneurs
dont la présence est mentionnée à la môme réunion se trouve un
Amaury de Montfort que M. Trévédy a pris pour un seigneur de
Montfort-sur^Meu. Il y a là une erreur certaine. Gomme nous
l'apprend M. Tabbé Guillolin de Corson, le seigneur de Montfort
sur-Meu qui vivait à cette date s'appelait Guillaume. Il n'y avait
à ce moment qu'au seul Amaury de Montfort : c'était un baron
français, seigneur de Montfort TAmaury près Paris. Aussi sa
présence en Bretagne est-elle assez inexplicable. De tous les
chroniqueurs contemporains, Roger de Hoveden est le seul qui
nous montre Artur, après l'échec des négociations engagées
pour obtenir la liberté de sa mère, envahissant les terres
du roi son oncle et y portant l'incendie. Je ne sais sll faut
prendre cette assertion au pied de la lettre et je serais
plutôt tenté d'y voir une allusion à la guerre qui éclata
entre les Bretons partisans d'Artur et les Bretons partisans
(I) La Bataille contre les Anglais auprès de Garhaix (ii98) (Association
bretonne^ année 1900). .
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i\ ! ■*: '<i ^ '' ^' I
MÉLANGES HISTORIQUES . . 307
de Richard, car pas plus en 1196 qu'au temps de Henri II, la
Bretagne n'était unanime dans sa résistance aux prétentions
des rois angevins. La prise et la destruction de Montfort par
Alain de Dinan me paraissent Ôtre un des épisodes de cette
guerre civile Je pense, avec M. Trévédy, que Le Baud a eu tort
de ranger Alain de Dinan parmi les partisans de Richard, puisque
Guillaume le Breton, auteur contemporain, nous montre ce
personnage luttant sous les murs d*Aumaie à la fin de cette
même année 1196 contre le roi d'Angleterre ; mais je ne saurais
partager Topinion de cet éru lit lorsqu'il place en 1197 la destruc-
tion de Montfort et qu'il prétend qu'Alain de Dinan ne ruina
cette ville que pour l'empécher de tomber aux mains de Richard.
Ce qui a conduit Mp Trévédy à cette supposition un ppu hasardée,
c'est qu'il a cru trouver dans Le Baud la preuve que le seigneur
de Montforl-sur-Meu était un partisan dévoué du jeune Artur.
Mais, comme je Tai dit, le seigneur deMontfort-sur-Meu s'appelait
alors Guillaume et il n'y a pas de Guillaume de Montfort dans le
camp du duc de Bretagne. On y trouve un Amaury de Montfort,
mais c'est, comme je l'ai indiqué, on baron français ; on y trouve
également un Raoul de Montfort, mails celui-ci est en réalité un
seigneur de Oaôl. Il est donc beaucoup plus logique de conclure
que Guillaume t)e Montfort suivait le parti du roi Richard.
Après avoir différé pendant quelque temps, te roi d'Angleterre
se décida à agir énergiquement contre la Bretagne, et à y
envoyer une armée que, d'après Roger de Hoveden, Guillaume
le Breton et Gervais dé Gantorbéry, il conduisait eu personne.
D'après les chroniqueurs anglais^ les Bretons, consternés des
ravages que cette armée aurait exercée dans leur pays, se seraient
vus contraints de faire leur soumission et de replacer Artur sous
la tutelle de Richard. Seul, Guillaume le Breton prétend que le
roi d'Angleterre ne put triompher de la résistance bretonne,
mais il est probable que son patriotisme lui a fait dissimuler la
vérité, et tous les historiens modernes acceptent en gros le récit
des chroniqueurs anglais. Cependant, tandis que ceux-ci ne
parlent que d*une seule expédition anglaise en Bretagne, nos his-
toriens modernes en admettent deux: Tune dirigée par Richard,
l'autre par le routier Marcadé. M. de La Borderie place la pre-
mière en 1196 et la seconde en 1197 ; M. Trévédy leur attribue res-
pectivement les dates de 1197 et 1198. Cela tient à ce que M. Tré-
védy croit que Richard ravagea la Bretagne la semaine sainte,
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308 REVUE DE BRETAGNE
comme semble le dire Guillaume le Breton ; il ne pourrait évidem-
ment s'agir, en ce cas, que de la semaine sainte de 1197, l 's hos-
tilités paraissant bien ne s'être engagées qu'après le 15 août 1196.
Mais il est certain^ d'autre part, que la soumission des Bretons
eut lieu en 1197, comme le dit M. de la Borderie, et non en 1198
comme le dit M. Trévédy. Roger de Hoveden donne positivement
cette date et l'appuie de ce synchronisme qu'elle est contempo-
raine de l'évolution qui porta les Flamands de l'alliance du roi de
France à celle du roi d'Angleterre, et si quelques chroniqueurs
contemporains, comme Guillaume de Newbridge par exemple,
adoptent une autre date, c'est pour placer la soumission des Bre-
tons encore plus tôt, à la fin de 1196. Il n'y a donc aucune raison
de corriger les dates données par M. de la Borderie.
Mais il faut alors admettre que Guillaume le Breton a confondu
les deux expéditions des troupps anglaises en Bretagne. D'un
côté, en effet il place, comme"je l'ai dit, les ravages de l'armée de
Richard pendant une semaine sainte qui ne peut être que celle
de 1197 ; de l'autre, il les raconte entre la surprise de Nonencourt
par Richard et le combat d'Âumale, deux événements qui au dire
de tous les chroniqueurs se placent en 1196. Guillaume le Breton
a donc attribué à l'armée de Richard des excès dont l'armée de
Marcadé doit porter la responsabilité. Celui-ci, (\m guerroyait le
19 mai 1197 sur la frontière franco-normande contre Pévôque de
Beauvais, pouvait fort bien être en Bretagne, au mois d'avril, et
s'il y a été envoyé, comme le dit la Chronique de Penponiy après
la mort d'Alain de Dinan, c'est donc qi^é celui-ci est mort au
plu? tard au commencement de 1197, comme le dit M. l'abbé
Guillotin de Corson (1) et non en 1198 comme le dit M. Trévédy.
Or, nous savons, par Guillaume le Breton^ qu'Alain de Diaan
se trouvait dans l'armée française lors du combat d'Aumale oh
il eût la gloire de désarçonner le roi Richard, et que, de plus
il s'y trouvait en fugitif, le roi d'Angleterre l'ayant récemment
dépouillé de ses domaines patrimoniaux,('«o/t<mct/î 7iuper aviium
Richardi injuste abstulerat violentia régis).
Mais si c'est en apprenant la mort d'Alain que Richard envoya
Marcadé en Bretagne, ne serait-ce pas qu'Alain venait de rentrer
dans son pays, d'y remporter quelques succès, par exemple de
prendre Montfort, et que sa mort paraissait au roi d'Angleterre
(I) Les Grandes Seigneuries de Haute^Bretagne^ tome II, page 35*
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MÉLANGES HISTORIQUES 309
avoir suffisamment affaibli son parti pour qu'il pût aisément en
triompher. Richard aurait donc confisqué les domaines d'Alain
de Dinan au moment où il se saisissait de la personne de Cons-
tance^ dont Alain avait été et était peut-être encore Thomme de
confiance, le sénéchal.
Ogée, parlant de Garmoët dans son Dictionnaire de Bretagne,
place sur le territoire de cet'e commune la bataille livrée en 911
entre les païens d'une part, les duc» Richard et Robert de Tau-
tre. Or dans celle mention MM. de Blois, Jollivetet Trévédy ont
vu un souvenir plus ou moins défiguré de la défaite de Marcadë
aux environs de Garhaix. Il i^'en est rien, et il sufiit de se repor*
ter aux chroniques du X® siècle pour voir que la bataille dont il
ici question n'est aulre que la victoire remportée sur les Norlh-
mands par les ducs Robert de France et Richard de Bourgogne
près de Carnutes (Chartres), dont Ogée a cru fort mal à propos
retrouver le nom dans Carmoôt.
Enfin Guillaume le Breton, après avoir raconté la dévasiation
de la Bretagne par le roi Richard, ajoute que les Bretons ne vou-
lurent jamais remettre Artur entre ses mains et qu'ils le con-
fièrent au roi de France, lequel le fit élever à sa cour, avec son
fils Louis. Certains érudits en ont conclu qu'Arlur avait été
remis aux mains de Philippe-Auguste, du vivant de Rinhard,
puis qu'il était revenu en Bretagne après la conclusion de la paix
et que sa mère Tavait confié une seconde fois en 1199 au roi de
France. Ces allées et venues d'Artur sont en elles-mêmes assez
invraisemblables ; aucun document ne les atteste, et il semble
bien qu'Arlur ne se rendit qu'une eeule fois près du roi de
France et cela en 1199. Si Guillaume le Breton parle de cet évé-
nement à une date plus ancienne, c'est parce qu'à cet endroit il
exquisse à Tavance la carrière du jeune prince, à la mort duquel
il fait môme allusion dans les lignes qui suivent.
(A suivre.) V** Ch. db la Landb dk Calan*
1^^
Dêtembre 1908 #A
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CONTES DE GRAND'MÈRES
(Suite) {\y
IIVTONNE EST MORTB
Il y avait une fois uq ralon et une ratoane qui demeuraient
dans une petite mai on au coin d'un champ. R^itoa partait tous
les matins pour son travail et Ratontle restait au logis pour faire
son ménage et sa cuisine.
Un soir que Raton rentrait chez lui, la journée faite, il trouva
sur son chemin un bel épi de blé. Ah ! la bonuB affaire, se dit-il,
je vais le porler à Ra'onne qui le donnera à moudre au meunier
et nous fera une bonne bouillie.
Et Rdtonne porta le blé uu meunier pour qu'il le fit moudre et»
quand le blé fut moulu, elle emporta sa farine. Ça ne faisait pas
un bien gros tas, mais Raton et Ratonne n'étaient pas bien gros
non plus.
Le lendemain matin, Raton partit travailler comme d*habitude.
— « Tu m'appelleras dès que la bouillie sera cuite, dit-il à
Ratonne, pour qu'on la mange bien chaude » ; et Ratonne le lui
promit.
Une voisine prêta un bassin pour faire la bouillie. Ratonne la
démêla bien démêlée et, quand elle la trouva cuite, appela Raton
de toute ses forces. — Mais Raton n'entendait point.
Alors Ratonne^ voulant se hausser pour que sa voix portât plus
loin, ne trouva rien de mieux que de grimper sur le bord du
bassin de bouillie. Le pied lui glissa, la voilà dans la bouillie...
Pendant ce temps-là Raton attendait toujours que sa Ratonne
rappelât, comme elle l'avait promis. Voyant que le temps passait
et que rien ne venait, il se décida à rentrer pour ne pas risquer
de laisser refroidir son dîner.
(I) Voir la Revue de septembre 1908.
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"S-
GONTBS DE ORANDICÉRIS SU
Bû arrivant à la maison il vit bien la bouillie toute prdte, mais
point de Ratonne.
— « Je vais toujours commencer à manger en l'attendant »«
se dit-ii, mais comme il allait tremper sa cuiller dans le bassin^
M aperçut dedans le corps de la pauvre Ratonne.
^ « Ah ! cria-t-il, Ratonne est morte ! »
— « Ratonne est morte, dit le balai qui était dans un coin^ alors
je vais balayer la place » ; et le balai se mit à balayer tout seul.
*— « Que fais-tu là, dit la porte étonnée, et pourquoi balayes-
tu comme c& tout seul ? »
— « Tu ne sais donc pas, dit le balai, Ratonne est morte
Quand j'ai vu ça, je me suis mis à balayer. »
— « Eh bien, dit la porte, moi je vais me dégoûter » ; et la
porte se mit à se dégonter pendant que le balai balayait.
Arrive une charrette traînée par deux grands bœufs noirs,
« Que fais-tu là, dit-elle à la porte, et pourquoi te dégontes-tu
comme cela ? »
— « Tu ne saisdpnc pas, dit la porte, Ratonne est morte, balai
qui balaye ; alors moi je me suis mise à me dégonter. »
— c Bh bien, dit la charrette, moi je vais m'en aller à reculons* »
Et la charrette de retourner d'où elle venait, entraînant a^rès elie
les bœufs qui n'y comprenaient rien du tout.
Par là passa une bande d'enfants qui allnient s'amuser. Us
avaient chacun un joli petit potuau (i) qu*on leur avait donné*
Us furent bien étonnés de voir une charrette qui marchait en
arrière en traînant les bœufs après elle.
- « Que faites vous comme ça », lui dirent-ils ?
— « Vous ne savez donc pas, dit la charrette, Ratoane est
morte, balai qui balaye, la porte qui se dégonte, alors moi je me
suis mise à aller à reculons. »
— c Eh bien nous, dirent les enfants, nous allons casser dos
petits potuaux » ; et là dessus ils allèrent chercher des pierres
pour casser leurs petits potuaux.
Un femme passa par là avec une binelle pleine de pâte qu'elle
portait au four.
-- « Que faites-vous là, petits sots, dit-elle aux t^nTant^,
pourquoi cassez-vous ces jolis petits potuaux avec lesquels vous
pourriez bien vous amuser ? »
(1) Potuau, petit pot.
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312 REVUS DE BRETAGNE
— € Voua ne savdz donc pas, dirent Jes enfants, Ratonne est
morte, balai qui balaye, la porte qui se dégonte, la charrette qui
va à reculons; alors nous nous sommes mis à casser nos petits
potuaux. »
— ce Sh bien, dit la bonne femme, moi je vais jeter ma pâte
au cochon » ; et elle s'en alla porter sa pâte au coction.
Un tiomme passait par là.
— « Que faites vous là, ma bonne femme, dit^il ; étesvous
folle de jeter votre pâte au cochon au lieu d'en faire un boa
pain? »
— ti Vous ne savez donc pas, dit la bonne femme, Ratonne est
morte, balai qui balaye, la porte qui se dégonte, la charrette qui
vaàreculons, les enfants qui cassent leurs petits potuaux...
alors moi Je suis allée jeter ma pâte au cochon. »
— « Ëh bien, dit l'homme, moi je vais aller abattre ma maison* ^
Et il s'en alla abattre sa maison.
Et tout cela, mes enfants, parce que la pauvre Ratonne était
morte*
(A suivre-]
A. D. RoAZOUN,
ii
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SAINT-MARS-LÀ-JAILLE
ET SES ANCIENS SEIGNEURS
(Suite *).
DE LA PORTE-VEZINS
« De gueules à 4 croissant montant d'hermines^ resarceli
(for » (2).
La maison de la Porte, « de Porta », possède, au moins dès le
XIP siècle, le flef et château fort de Vezins en Anjou. On trouve
parmi ses membres :
Gausbert de la Porte, (seigneur de Vezins) qui figure, en 1061,
parmi les témoins d'un accord passé entre Geoffroy le Barbu,
comte d'Anjou, et les moines de Saint-Florent-le-Vieil (3).
Hardouin de la Porte, croisé eu 1191 (4) ; Jean de la Porte en
1224 (5) ; Gervais de la Porte en 1228 (6).
Beaudown de la Porte, époux de Marie de Lusignan, dont la
fille. Barbe épousa, en 1335, Geoffroy d'Andigné (7).
Jean /•' de la Porte, chevalier, que le lieutenant d'Anjou, Guil-
laume de Graon, autorise, en 1357, à requérir les habitants de
Vezins <c pour faire le guet et garde et restaurer son chastel,
ouquel a moult grant et belle forteresse (8) ».
Aucun de ses seigneurs n'a possédé Saint-Mars-la-Jaille, non
plus qn'Hardouin, V du nom, marié, comme nous Tavons vu,
k Marguerite de laJaille, dame du Bouchaud. Leur fils,
(i) Voir la Revue de novembre 1908.
(a) Célestin Port, Dictionnaire historique de Maine-et-Loire. Art. Vezins.
(3) Bibliothèque deVEcoledes Chartes, année 1876, P. 897.
(4) P. Potier de Gourcy. Nobiliaire et Armoriai de Bretagne.
(5) Célestin Port, DicL hist. de Maine-et-Loire. Art. Vezins.
(6) îbid.
(7) Généalogie de la Maison de Saisy de Kerampail (comtesse du Laz).
(8) Archives de Maine-et-Loire, G, io5, f. 43.
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314 REVUE DE BRETAGNE
Hardouin II de la Porte, baron de Vezins, chevalier, devient
l'héritier de cette terre et châtellenie par son mariage, en 1400,
avec Marguerite de la Jaillb sa cousine germaine, dame de la
Haie, paroisse de Saint-Mars-Lolivier et de la Provostière, en
Bonnoeuvre, flile de Yvon XIII de la Jailie et de Jeanne du
Guignen.
Héritière des possessions de son oncle, Jean de la Jailie, et des
autres biens de la branche atnée de sa maison, Marguerite ap-
porta à la maison de la Porte, outre les terres nommées ci-des-
sus, la seigneurie de Saint-Mars-la-Jaille, celles de la Jailie en
Noellet et de Pordic, La Jaille-Yvon demeurait en douaire à
Jeanne de Guignen (1).
En 1400 (2) Hardouin II reçut pour sa femme les aveux des
vassaux de la Jailie parmi lesquels Taveu de Jean de Quatre"
barbes, pour la terre de Bouille, relevant de la châtellenie de la
Jaille-Yvon (3). Ils n'entrèrent toutefois en possession de la terre
de Saint-Mars qu'après la mort de Jean de la Jailie, en 1429 (4)*
Hardouin II et Marguerite laissaient deux fils, 1^ Jean qui suit»
et 2* François de la Porte.
Jean II de la Porte, sire de Vézins et de la Jailie, en Anjou^
seigneur de Saint-Mars, de Montgrison et de la Sernière, pa-
roisse de Saint-Médard^ ou Saint-Mars de l'Olivier, baron du
Pordic et sieur de la Ville-Saliou en Pordic, etc. (5) épousa Afarie
de Bieux, tiuiiièxne euid^ni du deuxième mariage de Jeanne de
Rochefort et d'Ancenis avec Jean II de Rieux. D'après du Paz ce
mariage eut lieu en 1435 (6) de Jean de la Porte et Marie de Rieux
naquit une seule fille, Béatrix^ décédée vers 1459, sans postérité.
François de la Porte se trouva, eu 1478, seigneur de Vézins
et de la Jailie, châtelain de Saint-Mars, dans la possession des-
quelles seigneuries il était entré par suite du décès de la fllle de
(i) Notice communiquée par M. le marquis deBrisay, sur la maison de la
Jailie.
(a) Archiva de la Loir û'Ir\Jér leur e^ E, 272.
(3) Biblioiftèque Nationale, Mss. P. 0, dossier Quatrebarbe,
(4) Notice communiquée par M. le marquis de Brisay.
(5) P. Potier de Courcy, Nob. et Arm. de Bretagne.
(6) Du Paz, Hist. généalogique de plusieurs maisons de Bretagne. Dans son
contrat de mariage, Jean de la Porte est gratifié des titres de seigneur de
Saint-Mars-la- Jailie, de la Jaille-Yvon et du Pordic.
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SAINT-MARS-LA-JAILLB BT SES ANCIENS SEIGNEURS 31S
son frère Jean meotionné ci-dessus. François mourut avant
1503 (1) son fll8,
Jean III ob la Port^, lui succéda en ses titres et possessions,
comme sire de Vezins, de la Porte, de la Jaille, baron de Pordic
et châtelain de Saint-Mars. Il en est seigneur en i513 (2) assiste
en 1531 à la consécration de Féglise paroissiale (3) et figure éga-
lement en 1533 dans la liste des seigneurs relevant de la baron-
nie d'Âncenis : « Jehan de la Porte et sa compagne, sieur et
dame de Saint-Mars et du Tremblay. » (4) Jean III dp la Porte ne
conserva qu'une filie de son mariage avec Jeanne-ThomaB a'Or^
son, ce fut :
Marthb de la Ports, dame de Vézins^ de la Jaille, de Pordic,
de Saint-Mars et autres lieux, héritière de la branche atnée des
delà Porte, qui épousa, par contrat du 15 juin 1535, « le mesme
jour que furent faites leurs fiançailles au ch&teau de la Jaille » (5).
François Le Porc, seigneur de l'Archapt, paroissç de Romagné,
de Villeneuve, du Plessis de Casson, du Moulin de Nort, baron
de Charné et connétable de Nantes, en 1549 (6). Une des condi»-
tions du contrat fut que les enfanta qui naîtraient de cette union
joindraient, au nom et aux armes des Le Porc, le nom et les
armes de La Porte.
Les Le Porc portaient « d'or au sanglier de sable en furie
(sceau 1420) (7). Alias ; « d'argent au porc de sable défendu et
clarine d'argent i» (8).
(i) Archives de la Loire-Injérienre, E, 274. — Du Paz, HUt. généalogique
précitée.
(a) Archivés de la Loire- Inférieure^ B, ai, f. i3.
(3) Arch. de la Loire-Injérieure, G, 58a. Un titre de cette époque le men-
tionne comme seigneur temporel du lieu de Saint-Mars-de-la-Jailie.
(4) Blancs- Manteaux, t. 47, p. 337.
(5) Du Paz, Hlsloire généalogique précitéo. Ce château de la Jaille ne
peut être antre que celui de Saint- Mars, pui.^que la Jaille- Yvon n'avait pas
d'habitation, et que la Jaille en Noellet appartenait déjà aux d'Avoines.
(6) Archives de la Loire-Inférieure, série B, 1367 ; et Du Paz, Hisi. généa-
logique, etc.
(7) P. Potier de Courcy, Nob. et Armoriai de Bretagne.
(8) G. Port, Dictionnaire généalogique et biographique de Maine-et-Loire,
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316 REVUE DE BRETAGNE
MAISON LE PORC DB LA PORTE
« D'or au sanglier de sable. en furie » (sceau 1429), alias :
€ Ecartelé de la Porte-Vezins, » alias : « Ecartelé au i du Porc,
au 2 (for à la fasce crénelée de gueules, qui est la Tour-Landry ;
au S de la Porte, au 4 de Rohan (1). »
Cette nouvelle branche naquit, ainsi que nous venons de le
voir, de la fusion des de la Porte Vezins et des Le Porc, par le
mariage de Marthe, héritière de la branche aînée des barons de
Veains, avec François Le Porc, seigneur de TArchapt. Ce ma-
riage eut lieu le 15 juin 1535. François rendit aveu au baron
d'Ancenis pour sa terre de Saint- Mars de la Jaille, le 12 avril
1548 (2). François Le Porc et Marthe de la Porte eurent six en-
fants : deux garçons et quatre filles dont Tune épousa Mathurin
de la Bruneterie, seigneur du Plessis de Oesté. L'aîné des flts et
l'héritier de François fut :
Jacques Le Porc de la Porte, baron de Vezins, seigneur de
TArchapt, de Villeneuve, du Plessis de Gasson, du Moulin de
Nort, baron de Gharné, et seigneur de Saint-Mars-la-Jaille (3). Il
épousa !• le 17 juin 1556, Marguerite -Claudine- Anne de la Noue,
sœur du brave La Noue Bras-de-fer ; — 2* le 6 avril 1578, Louise
de Maillé de Lathan, veuve de Louis Legay. De son premier
mariage, Jacques Le Porc eut trois enfants :
René, dont nous raconterons la romanesque histoire ;
Judith, qui épousa Huger, seigneur de la Mancelière (4) ;
Isabeau qui eut, comme époux, Gilles de Bomillé, seigneur de
Pontglou (5).
Du second mariage de Jacques, avec Louise de Maillé, na-
quirent :
l"" Jeany qui mourut sans postérité (6).
2<* Marquise Le Porc db la Porta, qui porta la terre de Saint-
Mars-la-Jaille dans la maison Bourigan du Pé, par son mariage
(i) P. Potier de Gourcy, Nobiliaire et Armoriai de Bretagne.
(a) Archives de la Loire-Inférieure, E, a6o.
(3) Archives delà Loire-lnjérieure, E, 683.
(4) E. Bonnemère, Une Famille bretonne -angevine.
(5) Ibid,
(6) Archives de la Loire-Injérieure, E, 683.
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SAiNT-MARS-LA-JAILLB ET SBS ANCIENS SEIGNEURS 117
avec Glaudb db Bouriqan du Pé, seigaeuR d'OrvauIt, de la Ctia-
pelle-sur-Erdre, ds la Gascherie et autres lieux (1).
Louise de Maillé de Lathan, devenue veuve de Jacques L,e
Porc de la Porte^ se remaria, ainsi que nous le verrons, pour la
troisième fois, avec Laurent de la Crilloire.
LE ROMAN DE RENÉ LE PORC DE LA PORTE
Jacques Le Porc, baron de Vezins, détestait sa première femme
et haïssait les enfants nés de cette union. Cette aimable disposi-
tion lui inspira un jour le désir de se défaire au moins de ceux '
ci. Il fit donc conduire ses deux filles, Isabeau et Judith, chez un
de ses fermiers de Bretagne, à qui il ordonna de les élever en
simples paysannes, en les habituant aux travaux des champs.
Elles vécurent ^ainsi, sous le chaume, jusqu'en 1573, époque de
la mort de leur mère. Nous verrons bientôt ce qui leur adviat
par la suite.
Quant à leur frère René, son père l'envoya, dès l'âge de trois
ans, à la Rochebernard (prèi de Gbâteaudun) dani une de sas
terres. Après l'y avoir fait garder à vue pendant quelque temps,
il chargea, un jour^ deux serviteurs dévoués à ses ordres d'aller
prendre l'enfant, sous prétexte de le conduire à son château du
Plessis-Cassôn, dans Tévôché de Nantes, puis de le perdre ea
chemin, de l'égarer, de le faire disparaître, en un mot, d'ucie
manière quelconque... ou autrement...
Mais, malgré l'éloquence sonnante et trébuchante des argu-
ments pleins de rondeur que le seigneur de la Porte avait su
mettre en œuvre pour les décidera agir, les deux domestiques,
reculèrent devant l'horreur d'une pareille mission et ramenèrent
secrètement le jeune enfant en Anjou, après avoir imaginé un
ngénieux stratagème pour faire croire au biron de Vezins qu'ils
avaient accompli ses ordres cruels.
S'étant donc arrêtés dans la petite ville des Rosiers, sur les
bords de ia Loire, ils firent dire à Jacques Le Porc que René,
saisi par une maladie subite, était décédé en cette ville, le 19 oc-
tobre 1563. Ils mirent ensuite une bûche dans la bière pour si-
muler le corps de l'enfant, et le curé des Risiers. ignorant nu
complice, célébra digaement les obsèques du jeune gentil-
(i) Archives de la Loir e-injér leur e^ E, 684.
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31S REVUE DE BRETAGNE
homme, pais délivra aux deux serviteurs le certificat bien et
dûment signé de son décès et de son inhumation.
Cette pièce fut remise au baron de Vexins avec les vêtements
de son fils. Les domestiques^ sauvés, par cette supercherie, des
représailles de leur terrible maître, remirent Tenfant entre les
mains d'un homme de confiance, en lui recommandant de ca-
cher soigneusement à tous son nom et sa naissance. Ce brave
campagnard était fermier de la terre de TArchapt, près de Fou-
gères. Il prit grand soin de René qu'il fit passer aux yeux de
tout le monde pour un pauvre orphelin recueilli par charité.
Il va sans dire que Claudine de la Noue n'avait pas supporté
avec patience Tenlèvementde ses trois enfants, dont elle ignorait
absolument le sort. Ce rapt lui servit de motif pour rompre ou-
vertement avec son époux. Elle le quitta donc et se retira près de
sa mère qui habitait alors le domaine de la Gascherie, non loin
de Nantes. Au bout de quelques anpées cependant, Claudine
revint à Vezins, oti elle mourut en 1573, après une réconciliation
plus ou moins sincère avec le baron son mari*
Jacques Le Porc de la Porte, étant débarrassé de sa compagne,
résolut d'en finir aussi une bonne fois avec ses enfants. Il fit
donc enlever ses filles au fermier qui les avait élevées, les con-
duisit i Cancale et s'apprêtait à les faire passer en Angleterre
(ou à les noyer au cours de la traversée) lorsqu'elles réussirent,
enfin, à faire connaître au procureur général du Parlement de
Bretagne l'odieuse conduite de ce père dénaturé. Poursuivi en
conséquence, le baron de Vezins fut condamné, par arrêt» à
payer la pension de ses filles au couvent de Saint-Georges à
Rennes, où elles résidèrent jusqu'à leur mariage. Isabeau épousa
Gilles de Romilléy seigneur de Pontglou et Judith, Huger, sei-
gneur de la Mancelière.
Le baron de Vezins, cependant, ayant conçu un vague soupçon
de l'existence de son fils René, le faisait rechercher de tous
côtés. René avait treize ans et vivait paisiblement chez le brave
fermier qui l'avait recueilli, quand un jour, en 1575 il fut mysté-
rieusement enlevé à son tour par des inconnus, et remis à un
marchand qui le conduisit à Genève et le plaça, en qualité d'ap-
prenti, chez un cordonnier de cette ville.
Après cette noble conduite, le baron de Vezins crut avoir
enfin fait maison nette et table rase de sa première union et de
ses conséquences, et songea à se créer un nouveau foyer. Il
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SAINT-MARS-LA-JAILLE ET SES ANCIENS SEIGNEURS 319
épousa, le 6 avril 1578, Louise de Maillé^ fille de Louis de Maillé
seigneur de Lathan, qui lui donna deux enfants, Jean etA/ar-
quise. L'histoire ne dit pas si cette union fut plus heureuse que
la précédente.
Quelques années se passèrent encore, pendant lesquelles le
jeune René fut considéré comme mort, ou, tout au moins,
comme bien définitivement perdu. Mais la Providence veillait
sur lui. L'enfant devait bientôt reparaître, grâce à Tun dr* ces
hasards étranges, plus fréquents dans le roman que dans la vie
réelle, et qui, cette fois se produisit à propos de bottes.
he vaillant et hardi capitaine La Noue BraS'de-fer, au cours
d*une de ses pérégrinations à travers TEurope, s'arrêta un jour à
Qenôve, et, entrant chez un cordonnier, se commanda une paire
de chaussures.
A quoi tient parfois une destinée ?... Ce cordonnier était préci-
sément le patron du jeune René^etcefut ce dernier qui, quelques
jours après, alla porteries bottosà son nouveau client. Or La Noue
n'avait jamais été bien persuadé de la soi-disant n^ort de son
neveu : il pensait qu'il devait encore exister quelque part, mais
où?... Frappé de la ressemblance extraordinaire qui existait, et
pour cause, entre le jeune cor Jonnier et le terrible Jacques Le
Porc, La Noue interroge l'enfant sur son pays, sa famille
et ses origines. René, sans se faire prier, raconte tout ce
que le temps n'a pu effacer de sa mémoire, touchant les événe-
ments douloureux de son enfance agitée, et La Noue acquiert
ainsi la certitude qu'il se trouve bien en présence du fils de sa
malheureuse sœur.
Faisant immédiatement quitter à René ses habits misérables
et son métier de cordonnier, il l'attache à sa personne, le fait
instruire dans les lettres et les armes, et le garde près de lui, se
promettant bien^ à la prochaine occasion, de le faire rentrer
dans ses droits.
A cet effet, il commence par présenter le jeune homme à du
Plessis-Gesté, époux de Marthe Le Porc de la Porte, sœur du
fameux Jacques, oncle, par conséquent, du jeune René qu'il
n'hésite pas à reconnaître comme étant son neveu
René se trouvait donc avoir pour protecteurs deux de ses
oncles, lorsque, le 28 décembre 1585, son père, le baron de
Vezins, rendit sa vilaine âme à Dieu ou au diable qui, sans
doute, la guettait au passage.
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320 REVUE DE BRETAGNE
C'est alors que René, fort de l'appui de ses oncles, se présenta
devant la veuve de son père, Louise de Maillé, pour revendiquer
les privilèges attachés à sa qualité d*aîné de la famille. D'abord
traité d'imposteur, il ne fut même pas reconnu par ses propres
sœurs, qui sacrifièrent la vérité à leurs intérêts, mais n'en pro-
fitèrent pas longtemps car elles moururent toutes deux l'année
suivante, dans la même semaine, et furent intiumées à Nantes
en l'église des Carmes.
Cependant, malgré toutes les difficultés qui surgissaient sur
ses pas, René, grâce à l'appui de ses oncles, et avec l'aide du
crédit de La Noue, réussit, enfin, à faire prévaloir ses droits. Il
dut pour cela supporter les frais d'un long procès qui ne dura
guère moins de quinze années, puisqu'il se termina seulement le
5 août 1600, par un arrêt du Parlement rétablissant René dans
tous les biens de son père. Ce procès avait coûté 100,000 livrea
qui en vaudraient de nos jours 400.000 !.....
Mais l'opinion publique, plus prompte à se prononcer que les
arrêts de la justice, s'était tout de suite montrée favorable à
René, qui, dès l'année 1589, le 10 juin, avait pu épouser noble
demoiseWe Anne de Maillé delà Tour- Laîidn/, fille de François
de Maillé de la Tour-Landry et de Diane de Rohan.
René rentra donc dans la possession de tous les biens des
barons de Vézins, sauf le ctiâteau de ce nom, occupé par les pro-
testants^ à titre de place de sûreté, pendant près de trente ans.
Comme le château de Saint-Mars, il était du reste inhabitable,
ayant été ruiné à la suites des guerres de la Ligue (1). René et sa
jeune épouse se fixèrent au château de la Tour-Landry, qu'ils
firent rebâtir et où naquirent leurs enfants, parmi lesquels Fran-
çois, Charlotte, André, Marthe, Madeleine, dont nous parlerons
tout-à-rheure.
René Le Porc de la Porte, baron dr Vezins et de Pordic, sei-
gneur de l'Archapt, de Villeneuve, du Plessis de Casson, de la
Noue-Brioni el autres lieux, possédait, dans sa terre de Vezins,
une seigneurie importante, qualifiée, dès le XVI* siècle, de ba-
ronnie, et plus tard de marquisat, et donnant la seigneurie des
paroisses de Vezins, Chanlelou, Saint-Hilaire du-BoisetNuaillé;
(i) Voir plus loin Thistoire de la prise du château de Saint-Mars, qui,
d'ailleurs, fut attribué en partage à iMarquise Le Porc de la Porte, sa demi-
sœur.
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SAINT-MARS-LA-JAILLE ET SES ANCIENS SEIGNEURS 321
la présentation de cinq chapelles, droit de prévôté dans le bourg
de Vezins, haute, moyenne et basse justice. La mouvance rele-
vait primitivement du château d'Angers, puis fut attribuée à la
baronnie de Viiiers, pour le château et les droits honorifiques,
et, pour le reste, retenue en franc-alleu, puis concédée à Passa-
vant. Au XVIIl* siècle la baronnie (ou le marquisat) de Vezins
comprenait encore, outre de nombreux flefs, vingt-trois roélaî-
ries, trois moulins, trois étangs, une forôt de six à sept lieues
de tour, la seule du pays, et des revenus estimés, toutes charges,
payées d'une valeur de 15 à 16 mille livres (1).
René mourut en 1616, sans avoir pu entrer dans le manoir
patrimonial. Jamais il n'avait oublié les mauvais jours de ^a
jeunesse, ni l'humble métier auquel il avait dû sa subsistance*
Le riche baron de Vezins avait fait exécuter, en argent, tous les
instruments de travail d'un cordonnier et dans ses jours de
belle humeur, il les montrait à ses amis, ou s'en servait pour
produire un chef-d'œuvre (2).
Le 16 mars 1616, le prince de Condé accorda par lettres à la
dame de Vezins, veuve de René Le Porc de la Porte, qu'il quali-
fie « comtesse » l'exeipption du logement des gens de guerre,
pour son bourg et son château de la Tour-Landry. En 1622 seu-
lement, le capitaine de la Perrière, qui commandait le château
de Vezins, le remit, le 21 janvier aux mains de M. de Vendôme,
moyennant une somme de 18000 livres payée par la veuve de
René et son fils François qui, rentrés en leur demeure, se hâ-
tèrent d'en faire abattre et raser toutes les fortiflcations,au grand
soulagement du pays, rançonné par les gens de guerre (3),
ANDRÉ LE PORC DE LA PORTE
EVÊQUE DE SaINT-BrIEUC
André Le Porc de la Porte de Vezins^ second flls de René, fat
évêquede Saint-Brieuc. Né en 1593, et appelé, dès les premiers
jours de 1619, à l'évôché, il célébra sa première messe épiscopale
(i) G. Port. DicL de Maine-et-Loire, — Ayrault, }/ie de la Noue, — Posquet
de Livonnière, Coat. d'Anjou, t. lï — Bodin, Angers, t. i, p. 207. — Figuier,
Hist. du Merveilleux, p. 1 17. — Dict. des Merveilles de la Nature, t.iir, p. :iiji'S53.
(a) Jbid, Pocquet de Livonnière, G. Port, ûict, de Maine-et-Loire, elc»
(3) G. Port. Diel de Maine-et-Loire^ art. Vezins,
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S22 REVUS DE BaBTAGNS
à Saint-Maurice d'Angers, le 30 mars de la môme année. Sa
consécration solennelle eut lieu en 1620. 11 publia des statuts en
1624, et appela, en 1626, les Ùusulines à Saint-Brieuc, oil il les
installa. Pour leur instruction, il composa un ouvrage, resté
inachevé, sous ce titre : Pratique irUérieure et journalière^ tirée
du Cantique des Cantiques i Kn 1626, André Le Porc de la Porte fit
également venir en sa ville épiscopale, les religieuses Calvai-
riennes» mais il échoua devant toutes les résistances des fidèles,
et môme du clergé, dans sa tentative d'introduction des Pères
Minines. Il établit définitivement le rite romain dans son diocèse.
André mourut, le 22 juin 1632^ par suite, dit-on, de l'ignorance
de ses médecins qui le laissèrent périr de fdim.
Voyant venir sa dernière heure, André ât un testament par
lequel il léguait tous ses biens aux pauvres. Son corps fut inhu-
mé dans la chapelle des Ursulines, d'où sa tombe a été, après
deux siècles, le 17 novembre 1833, transférée dans la cathédrale
de Saint-Brieuc. Sa statue y figure couchée, mitrée, les mains
jointes, le bras droit soutenant la crossse, Técusson sculpté sur
la face du socle : icartelé au i , d'argent, au porc de sable défendu
dargent et clarine d'argent, qui est des Le Porc ; auJiy de guetUes
à un croissant montant d'hermines resarcelé dor, qui est de la
Porte ; au 3, de la Tour-Landry ; et au 4, de Rohan (1).
LES SECONDES NOCES DE LOUISE DE MAILLÉ
(1587)
A la mort de Jacques Le Porc, seigneur de Vézins, Louise
de Maillé sa veuve, demeura au château de Vézins dont elle
avait la possession, comme garde noble de ses deux enfants,
Jean et Marquise, car, en l'absence de René, Jean passait pour
l'aîné de la famille et le principal héritier des barons de Vézins,
seigneurs de TArchapt, de Villeneuve, du Plessis-Casson, de
Saint-Mars, etc..
Louise de Maillé entretenait dans son château une forte gar-
nison, à cause des terribles guerres de religion qui désolaient
alors le pays. Vezinsétait d'ailleurs une place très forte et pouvait
(i) Mémoires de la Soc. d'Agr, Se. et Arts d'A.,i858,p. ao5.— Louvet^i^^vutf
d'Anjou^ i855, p. 287. - Ogée, Difiionnaire de BretagMy 9iti. Saint-Brieuc.
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SàINT-MàRS-LA-JAILLE El SES ANCIENS SEIGNEURS 323
braver plus d'une attaque. Un gentilhomme, dont les terres
touchaient cellns de Louise de Maillé et qui, en ce moment,
guerroyait pour le roi de Navarre, Pierre Laurent seigneur de
la Grilloire, eut un jour la fantaisie d'arrondir ses domaines en
épousant la ch&telaine de Vézins. Toutefois, comme il était très
mal vu dans le pays, il avait lieu de craindre que la veuve de
Jacques Le Porc, elle-môme, repouss&t ses avances. Aussi
résolut-il, non de lui proposer, mais de lui imposer ce nouvel
hymen. En ce temps de troubles et de guerre civile tous les
brigandages étaient faciles et les soudards des deux partis ne
sVn faisaient pas faute. Donc, sous divers prétextes, Laurent
introduisit .dans la garnison et le personnel de st;rvice du
château de Vézios, un certain nombre de sicaires dévoués à
toutes ses volontés^ prêts à toute besogne. Puis, quand il jugea
le moment propice à ses desseins, le 17 avril 1587, il vint lui-
môme, avec une suite nombreuse, sous prétexte de faire à la
châtelaine une visite de bon voisinage. Une fois dans la place,
s*y trouvant en force, le sire de CHiloirô se saisit des clefs du
château, tue ou chasse tous ceux qui tentent quelque résis»tance,
et, le pistolet au poing, pénètre de plain pied dans la chambre
de la châtelaine, à qui il signifie qu'elle doit l'épouser sur l'heure.'
Louise de Maillé, outrée de ces peu galants procédés, se récrie
sur la brusquerie de cette démarche et demande le temps de la
réflexion. La nuit lui est accordée pour réfléchir, mais comme le
lendemain elle persiste dans son refus, Laurent de la Grilloire,
qui n'a point de temps à perdre, la fait traîner de force dans la
chipelle du château et contraint le chapelain de Vézinsàleur
ilonner, séance tenante, la bénédiction nuptiale.
Le nouvel époux s'établit alors en maître au château de Ve-
zins, mais quelques serviteurs fldèles de Louise de Maillé
avaient prévenu les parents et amis de celle-ci des violences et
de la captivité qu'elle subissait. Aussi s'apprôtaient-ils à venir
assiéger le château. D'autre part, Louise démontra au sire de
Grilloire que, tant qu'il la tiendrait ainsi prisonnière, leur ma.
riage^serait nul devant la loi, que, s'il voulait lai rendre sa liber-
té, elle accéderait à ses désirs, en faisant régulariser au grand
jour cet hymen auquel il l'avait contrainte, que, donc, il avait
tout à gagner à faire de bon gré ce que, sans doute, il serait
obligé de faire de force, grâce à l'intervention des parents de la
veuve de Vezins. Pierre se rendit aux raisonnements de la rusée
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su REVUE Dis BRETAGNE
châteloinEî et la remit en liberté après onze jours de captivité.
Louise se retira à Angers et s'empressa de porter à la connais-
sance de qui de droit une plainte relative aux violences dont
elle Hvait été l'objet, de la part du sire de Crilloire.
La justice se mit en mouvement, mais Laurent n'attendit pas
les conséquences de son enquête : il quitta Vezins à la hâte et
regagna l'armée du roi de Navarre, le futur Henri IV. Il ne devait
pas, néanmoins, échapper longtemps au châtiment mérité par
son odieuse conduite : pris dans une embuscade, il fut fait pri-
sonnier et traduit devant le présidial d'Angers, qui le condamna
à avoir ta fête tranchée. Cette exécution eut lieu le 7 mai 1588(1).
LES « MARIAGES » DU COMTE DE LA PORTE
Le terrible Jacques avait un frère puîné, Claude Le Porc de la
Porte, gentilhomme que sa qualité de cadet destinait^ selon Tu-
sage du temps aux fonctions ecclésiastiques. Mais sa mère,
Marthe de la Porte, dernière héritière de !a bninche aînée de sa
maison, ainsi qu'on Ta vu plus haut, f)i à ce f)ls de considérables
donations, à charge de prendre le nom et les armes de la Porte.
Claude y consentit volontiers, se maria et eut, en 1630, un .flls,
Armand^ connu sous le* nom de chevalier, puis comte de la Porte,
et qui, au dire de Pocquet de Livonnière(2), deviei\t bientôt» aussi
célèbre par ses mariages extraordinaires, que par sa naissance
et son rare mérite. »
Ce chevalier débuta pour avoir « de grandes privautés » avec
la Damoîselle Anne Legras, fille de Antoine Legras, écuyer, sei-
gneur de Langardière, et ces « privautés furent suivies de la nais-
sance d'un enfant ». Le sieur de Langardière poursuivit aussitôt
le chevalier pour crime de rapt et de séduction. Le jeune Armand
eut bien volontiers coupé court à toute difficulté, en épousant la
damoîselle, qui était fort belle, mais la comtesse de Vezins, sa
mère, s'y opposa formellement et l'en détourna. Elle prétendit
môme retourner l'accusation en disant que son flls, qui était
(i) Pocquet de Livonnières, Coutumes d* Anjou, i, u, col. ii^g. Il existe
de ces faits une autre version relatant renlèvement de la jeune veuve par
Laurent de Crilloire, qui l'aurait fait marier de force par un prêtre, à la
chapelle du château de Crinoire. Mais la relation que nous reproduisons
somhle la plus vraisemblable des deux.
(a) Pocquet de Livonnière, Coutumes d'Anjou, pages ii34, ii46, 1169.
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SAINT-MARS-LA-nIAILLB et SKS anciens seigneurs 325
aussi mineur, avait été séduit par les parents de la fille pour pro
curer à celle-ci une union avantageuse*
L'affaire fut réglée par un procès qui, comme tous les procès
de ce temps-là, dura longtemps et coûta fort cher. Commencé en
1656, il se termina le 20 août 1660 par un arrêté condamnant le
chevalier à une amende de 800 livres destinées à a aumôner le
pain aux prisonniers », et,de plus, au paiement de 12000 livres à
la damoiselle de Langardière et de 8000^ livres à son enfaot.
Chargé en outre de tous les dépens et contraint, par la détention
de sa personne, au paiement intégral de ces sommes, le pauvre
chevalier, qui ne les possédait pas, se préparait tristement à en-
trer à la Conciergerie, lorsque « un monsieur de Lorme, qu'il ne
connaissait que de réputation », lui fit remettre 20 800 livres par
un de ses commis, avec ordre de n'en point prendre de reçu.
Pendant que la Providence des amoureux venait ainsi en aide
au chevalier, elle intervenait, sous une autre forme, en faveur da
la demoiselle de Langardière^ qui^ ayant arrondi sa dot aux dé-
pens de son honneur, ne tarda pas à en trouver le placement
c Elle épousa le sieur de Grand-Champ, gentilhomme de Nor-
mandie », raconte Pocquet de Livonnière qui ajoute : « Et parce
que la demoiselle Chabot, après Tarrôt rendu contre le sieur
Ghevrier, que nous avons rapporté ci-:!evant, a aussi épousé le
sieur Duval de Rely, gentilhomme de Normandie, les filles de
l'Anjou ont cru quelque temps qu'elles pouvaient pécher impu-
nément et qu'elles trouveraient en Normandie des réparateurs
de leur honneur. »
« En Tannée 1660 — dit encore le jurisconsulte angevin — ie
chevalier de la Porte, &gé alors de trente ans, robuste et bien fait,
donna dans la vue de dame Catherine Pouquet de la Vareniie,
veuve du comte de Vertu, dont les mémoires du temps ne
parlent pas comme d'une dame d'une austère vertu. Elle était
alors âgée de soixante-douze ans. Pour plaire au chevalier de la
Porte et réparer l'inégalité des âges, elle fit deux choses : la
première de passer un contrat de mariage par lequel elle recon-
nut que le chevalier lui avait apporté et mis en dépôt une somme
de 30,000 livres, et lui donnait tout ce que les coutumes de l'or-
donnance lui permettaient de donner ; la seconde, qui ne se
trouve que dans les mémoires du temps, de lui faire voir une
cassette où il y avait 150,000 livres en or, avec ofire de lui don-
ner 10 louis d'or pour chacune de ses caresses. Il y eut ensuite
Décembre i9Q8 U
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M ilBVUE DE BRKTAG^^K
un prétendu mariage célébré eatre eux, dans la ohapelîe de la
comtesse de Vertu, par un prêtre inconnu, dont on rapportait
un certificat., »
Mais la comtesse avait plusieurs enfants qui se nommaient :
les comtes d'Âvaugour et de Goèslo, les demoiselles de Vertu,
de Glisson, de Gbantocé et de Goôslo, et voyaient d*un fort mau-
vais œil les clauses de ce contrat de mariage, pensant^ non sann
quelque raison, que le chevalier aurait vite épuisé la fameuse
cassette, et que sa tendre épouse lui ferait ensuite des donations
qui consommeraient leur ruine.
Ils attaquèrent donc, devant le Parlement de Paris, le prétendu
mariage de leur mère et parvinrent à en faire prononcer la nullité
par défaut de forme a sauf aux parties à réitérer, si bon leur
semble, leur mariage devant le curé de leur paroisse et à faire
un nouveau contrat ». Mais le chevalier et son antique épouse
renoncèrent à... « réitérer » et les enfants de Catherine Pouquet
payèrent cette rupture au chevalier assez généreusement.
Celui-ci se plaisait ensuite à dire que cet hymen l'avait ample->
ment dédommagé des frais occasionnés par son éphémère union
avec la damoiselle de Langardiëre.
Le chevalier Armand se remaria deux fois encore : il épousa,
en 1622, demoiselle Catherine Boisiève, fille de Henri Boislève,
seigneur de la Maurousière, qui refusa, pendant neuf ans, son
consentement au mariage de sa fille. Ici encore intervint le Par-
lement qui, par arrôt du 19 août 1673, interdit ce mariage, puis,
par un autre arrôt rendu sur appel, Tautorisa le 17 juillet 1682.
Devenu veuf, il se maria une quatrième fois, et eut un fllS|
Simon de la Porte Vezins, qui épousa Madeleine Laurent de
Crilloire.
Armand de la Porte mourut, vers 1720, à la Thibaudière, en
Juigné (1).
SAINT-MARS-LA-J AILLE PENDANT LA LIGUE
C'est vers 1561. dès le règne de Charles IX, que débutèrent les
terribles guerres de religion, qui, durant une si longue période^ .
devaient porter la ruine et la désolation dans les plus belles pro-
vinces du royaume de France. Toutefois la Ligue proprement
(i) Pocquetde Livûnnière, Coulâmes d'Anjou^ p. ii34, ii46, 1169.
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SAINT-MARS-LA-JAILLE KT SES ANCIENS SEIGNEURS 3^
dite ne se forma en Bretagne que vers 1589. Son caractère fui
d^abord bien franchement religieux, mais, ensuite, la lutte
contre les huguenots devint, pour la Bretagne, dont la popula-
tion était demeurée en majorité catholique, le prétexte et rocoa*
sioo d'une lutte sérieuse contre la royauté française. Le duc de
MercŒur, Philippe-Emmanuel de Lorraine, plus tard baron
d'Ancenis, nommé par Henri III, en 1582, gouverneur de Bre-
tagne, ne tarda pas à détourner à son profit le mouvement popu^
laire, qui, soulevant la France entière, avait entraîné notre
province^
Au début des guerres de religion, le chftteau fort de Saint-
M^rs-Ia-Jaille appartenait au fameux Jacques Le Porc de la
Porte, époux de Claude de la Noue, sœur du brave La Noue
Bras-de-Fer, hardi capitaine, huguenot convaincu et seigneur
de la Gascherie, près la Ghapelle-sur-Erdre. Jacques Le Porc, k
l'exemple de son beau-frère, embrassa-t-il avec ardeur la cause
du Béarnais?... Toujours est-il que le chftteau de Saint-Mars*la-
Jaille tenait pour le roi, en 1590, quand le prince de Dombes^
gouverneur de Bretagne, y plaça une garnison royaliste (2).
Jacques Le Porc et sa famille habitaient alors leur chJlleau de
Vezins, en Anjou, et le capitaine de la garnison de Saint-Mars
fut le sieur de Lousche, au moins jusqu'aux débuts de 1591 (3),
A cette époque, ou peu après, la forteresse, longtemps assié-
gée, tomba entre les mains des Ligueurs, car le duc de Mercœur,
par brevet du 15 mars 1591, nommait gouverneur de cette place
Claude Simon, écuyer, seigneur du Mortier-Garnier, de la Sau-
laye, de Vritz(4) qui, dès le mois suivant dut défendre son
propre château de la Saulaie contre l'attaque du comte de Ho-
chepot qui s'en empara pour le roi, le feu ayant pris aux poudres
des assiégés.
(i) Il acheta la baronnie d'Âncenis en iSgô.
(a) Guillotin de Gorson, Les Grandes Seigneuries de Haaier Bretagne^
(3) Archives d^Iile-el- Vilaine^ f. des Etats, 1. M cote A. Etat proiïlsQire des
dépenses des garnisons royales dressé par M. Y. Choppin délégué des Irésùrien
de l'extraordinaire des guerres :
u A la garnison de Saint-Mars-Ia-Jaille sous la charge du skur de
Lousche, capitaine dudit château 970 écus a/3 pour 4 mois du t*"^ janvier au
3i mai à raison de i6q écus a/3 par mois. »
(4) Claude Simon avait acheté, le 11 avril i58a, la ch&tellenie de Vritz de
Etienne HaUay, époux de dame de Goëtquen. (Noie de M. le marquitàê CBi-
peronnière, propriétaire actuel de la Saulaye).
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^M REVUE DE BRETAGNE
La Saulaie, cliÂteau situé dans la commune de Preigné, mais
aiix portes de la ville de Candé, appartient aujourd'hui à la fa-
mille de l'Esperonnière, par suite du mariage de la fille unique
de Claude Simon^ dit « le capitaine La Stmlaie »^ Renée Simon,
qui époasa, en 1612, François de VEêperonntire, fils d*An^otne,
seigneur du Pineau et de la Roche-Bardoul.
Claude Simon, après la perte de la Saulaie, s'enferma avec ses
troupes au château de Sdint-Mars-la-Jaille et défendit cette place
durant fort longtemps; contre les attaques réitérées des royaux»
tandis que ses soldats faisaient des courses jusqu'aux portes
d'Angers et entretenaient des communications avec tous les
ligueurs des environs.
Désespérant de reprendre Saint-Mars par la force> les partisans
du Roi 'résolurent d'y parvenir par la ruse. Dans leurs rangs
marchaient deux jeunes et vaillants officiers, Tes frères Malaguet,
dont la mère habitait à la Leverie, maison noble située près de
là (1). Ils en avaient fait un petit quartier général de huguenots,
en relations permanentes avec les autres partisans du Rôi. Les
Malaguet assemblèrent secrètement des troupes, dans la
demeure de leur mère, et, à la faveur des ténèbres de la nuit,
allèrent s'embusquer avec leurs soldats dans un champ couvert
de grands genôts, situé près du ch&teau.
C'était le 15 décembre 1505, un dimanche matin. Bientôt les
cloches du village appelèrent à l'office divin tous les habitants de
la paroisse, y compris les principaux chefs de la garnison et une
partie des soldats de la forteresse. C'était le moment attendu
pour la surprise projetée. Le plus jeune des Malaguet, déguisé
en fille, s'achemina vers le château, et, l'air éploré, fondant en
larmes, se présenta à l'entrée du pont-levis demandant à parler
au capitaine La Saulaye. Emu de l'expression désolée de cette
pauvre fille, qui, disait-elle, voulait implorer appui et justice,
contre des soldats qui maltraitaient son vieux père, la sentînell»
alla conférer avec le capitaine. La Saulaye répondit que « jamais
il n'avait fermé son cœur, ni sa porte, aux larmes d'une femme ».
Ordre fut donc donné d'introduire la jeune fille. Deux soldats
déguisés en paysans venaient de la rejoindre. Sans défiance^ la
sentinelle abattit alors le pont-levis pour leur donner entrée au
(i) Il s'y trouve est un champ appelé encore aujourd'hui «Champ des Hu-
guenots n et un petit chemin portant le même notn « le «hemin des Hu-
guenots ».
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SAINT-MARS-LA-JAILLE ET SES ANCIEWS SErGNï^URS tm
ch&teau. Mais un cri retentit soudain^ puis la détonation d'une
arme à feu, et le corps inerte derinfortuné soldai Ja tète fra-
cassée d*un coup de pistolet, fut pré^pité dans le fossé, tandis
que l*aîné des Malaguet, suivi de ses troupes, pénétrait à soo
tour dans la forteresse. La Saulaye fut fait prisonnier, ainsi
qu'une partie de la garnison et la place fut soumise au Roi,
malgré les protestations du malheureux gouverneur. Gel ut-ci, en
effet, déclara que cette surprise n'était pas de bonne guerre,
attendu qu'il observait, en ce moment, la trêve conclue el publiée
entre le roi et le duc de Mercosur, et que, dans celte sécurité, il
avait cru pouvoir permettre à la plus grande partie de sa garnison
d'assister à la messe de la paroisse. « La raison du plus fort est
toujours la meilleure -b, et Thistoire nous apprend que le Conseil
de guerre, réuni à Reniles pour trancher ce différend, jugea
la Saulaie de bonne prise et déclara qu'il ne recouvrerait la
liberté que par échange, contre du Goût, demeuré prisonnier
après la prise de Blain dont il était gouverneur (1).
Trois ans après, la rançon de du Goûl fut réduite à 4000 écus et
les héritiers de Claude Simon furent déchargés des représdlles
du gouverneur de Blain, par l'article 28 du traité signé à Angers
entre Henri IV et la duchesse de Mercœur, le 20 mars 1598 {%).
Mais^ dans Tintervalle^ en 1597, le château de Saint-Mars avait
été repris parle duc de Mercœur (3). Les fortiflcaiions en furent
démolies par, ordre du roi, en loi 8 (4), après ie rétablissement
définitif de la paix (5).
(i) Moreau. Histoire de la Ligue en Bretagne, \\y ao5-ao6. — Maillard,
Hist. dAneenis et de ses barons^ p. 86.
(a) Ogée, Dictionnaire de Bretagne, notes de la deuxième édition
(3) Maillard, Hist. d'Ancenis et de ses barons.
(4) Revue historique de VOuest, Mémoires, II, 55a.
(5) Récemment un afTaissement du terrain s'étant produit dans une allée,
située à gauche du château actuel de 8ahit-Mars-la-Jaille, fit découvrir un
reste de Tancienne forteresse qui n'avait, sans doute, été rasée qu'au niveau
du sol.
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M. A. Travers nous communique, avec prière d'insérer, la note
suivante. Nous accédons à son désir, en faisant toutefois nos plus
expresses réserres sur la question d'histoire qui le met en désaccord
avec notre éminent et savant ami, M. Loth. doyen de la Faculté des
Lettres de Rennes. (N. D. L. R )
NOTE
A propos d'un article sur des questions d'histoire bre-
tonne, paru dans le Bulletin de la Sociéjté Archéolo-
gique dlUe-et- Vilaine, (1908, l'« partie).
Je viens de lire dans le dernier bulletin de la Société Archéo-
logique (tllle-et-Vilaine l'article de M. Loth sur mes deux
opuscules : ^ De la persistance de la langue celtique en Basse-
Bretagne et les Inscriptions Gauloises et\ le Celtique de Basse'
Bretagne ».
Mon attention a été d'autant plus frappée par les critiques de
M. le doyen de la Faculté des Lettres de Rennes, qu'elles portent
sur des études qui m'intéressent vivement et dont les traits qui
m'ont été décochés ne me détourneront pas.
Le point de vue particulier domine toutefois beaucoup trop
dans l'analyse faite de mon travail, les questions d'histoire qui
ont donné lieu à cette controverse ne pouvant qu'être rabaissée^
par une polémique personnelle.
Le champ où je me suis placé est plus vaste ; le patriotisme
et la vérité historique peuvent s'y mouvoir facilement sans se
heurter. N'humilions pas les Bretons, en les excluant de la
famille Gauloise, et en leur donnant pour berceau les barques de
fuyards qui, n'ayant pas su défendre leur patrie, se seraient
emparé du .territoire d 'autrui et auraient imposé leur langue à
ses habitants. Le bon sens, la philologie, la glorieuse histoire
de Bretagne, l'esprit de ses populations, les écrits de la plupart
de nos grands historiens tant Français que Bretons, tout contredit
de pareilles assertions, tout dément une si piteuse origine. Ma
thèse qui, sans nier l'hospitalité donnée aux Emigrés insulaires,
reconnaît les Bretons pour les vrais descendants des Gauiois-
Armc^ricains, a l'honneur de compter de sérieux partisans que
je suis heureux de remercier ici. Bretons de cœur et de langage,
ils ont conservé intacte leur foi dans la vieille race armoricaine,
et ils seront très surpris d'apprendre que leur esprit « a été
troublé par un appareil d'érudition » que l'auteur de l'article en
question a bien voulu m'accorder.
Mais je reprendrai mon sujet, aussitôt que mes " loisirs " me
rendront la chose possible, et me permettront de faire paraîtra
le travail que je prépare.
Prest, 2i Novembre i 90 S, Albbrt TRAlVPRS,
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.1
TABLE ANALYTIQUE ET ALPHABÉTIQUE
TOMK XXXIX — DEUXIEME SEMESTRE
BAUoar (X). fiaJïit'Mars- La- Jaîlle et aes anciens selgneura. 1 Septembre- i4i-
— IL Oclobre^ 2o5. — IIL .Novembre. 367 — IV. Décembre. 3i3.
De La BiijîjH (Paul). Combouretsea seiifneura. IV, JuilieL g. — V.AoùL 57,
— VI. Septembre. î3i, - Vil. Octobre. 189. — Vl!L{Fm} Novembre.
De Calaït (V^*^ Charles)- Mélanges historiques. XI IL La succession du dac
GeotTroL Juillet. 18. — \1V. Les abbés Félii de Ruis et Teudon de
Redon. Juillet. 3a. — XV. Alain lU et la Normandie. Juillet. *J5. —
XVI. Le!i fausses chartes d'Alain Le Long. d'Alain Pergent et d'Ëudon.
Août. 76. — XVU, Les vassam légendaires du Roi Salomon. Août- 81.
— XVllL Le i^omte de Nantes Mathiaa IL Octobre. 179. — XIX, Le
duc Hoel II, Octobre, iSo. — XX. L^a chronoïogie dea Annales bre-
tonnes. Octobre. tB3. — XXL Le Rot Henri II d'Angleterre et la Bre-
tagne ^ Décembre. 393, — XXII, Le^Roi Richard et la Bretagne,
Dèœmbre. 3o4-
Camp[o?4 (L.). L'enceinte romaine d'Alet. Octobre, i€5.
De Gourcuff (Vte Olivier). Mélanges, par Mme N. Dondel du Faouëdic; Le
PaganUmg contemporain chez iespeapîes ceUo4atins, par Paul Sébillot;
La Hoi G ration j par L. Michaud d'blumiac ; Procès verbal de la visité
des commissaires de la MunkipaUté aa Coauent des Carmélile^ de Nantei
en i790j parle baron G. de Wismes; Comple-rend a des Jetés du Cinquan-
tenaire de la fievue de Bretagne, par le même ; A Itûcution d'entrée de
jV. le baron G. de Wismes à ta Société Académique de Nantes (2o jan-
vier 1908); — La revue a Les Argonautes ft. Octobre.
Le Gouvello (Vie Hippoljte)- Galerie des liluatrationa bretonnes. Le cardi-
nal Rictiard. Octobre, ao:».
Db Laigui (Cte René). Le Congrès Breton de 1908. Décembre. ^77. Chro*
niqae et Ilistùires des Bretons par Pierre Le Baud, par le Vte Ch. de
Calaa ; Les He talions da Pouvoir centrât et de la Province de Bretagne
dans ta seconde moitié du règne de Louis Xl\\ Correspondance des Con^
■ trôleurs Générawjc anec ta Province de Bretagne^ 1689-171'^, publié par
J. Letaconnouiî La Bretagne et les Breioru au A' 17= siècle , parle Vte
Ch. de L'alan ; Eludes et documents sur V Histoire de Bretagne (XUI"-
* A'^/t'*sitfC^ei), par r abbé G. Mollat; — Les Livres de Saint-Patrice^ apôtre
de tir lande. întroduatLon^ traduction et notes par Georges Dot tin ; Un
BataitiQn de Yoioniaires f Troisième bataillon de Maine^ei- Loire, f 792-
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332 RBVUE DE BRETAGNE
1796), par Xavier de Pétigny ; Annales de la Marine Nantaise, des ori^
gines à 1830, par Paul Legrand ; Une seigneurie du Porhoêt .'Tregran-
leur, les origines et le domaine, par le Vte Hervé du Haigouet ; Baron*
nie de la Hunaudaye et Châtellenies de Montafilanl, Planeoêi et Monbran,
par le Marquis de Believue; Nominoê, par L. Tierce' in ; Sous les Brames
du Temps, par L. Tiercelin ; LeRêue du Lycéen, par O. de Gourcufl ; La
Foi en Bretagne, hier et aujourd'hui, par Tabbé Millon ; Passions Celtes,
par Charles Le Goffic ; Sous le Ciel gris, par Simon Davaugour ; L Ab-
bé Guérande, par Joseph Brydon; lannick à l'Exposition en 1900, par
J. Brélivet; Les Littératures Provinciales, par Charles- Rrun ; Histoire
critique de la Renaissance Méridionale au XI X" siècle, par J. Aurouze ;
Grammaire bretonne du dialecte de Tréguier, par iabbé L. Le Clerc;
Vocabulaire breton-français et Jrançais- breton du dialecte de Vannes.
par les abbés A.. Guillevic et P. Le Goff; Bombard Kerne, Jabadao ha
Kaniri, par Prospcr Proux ; Un livre d'histoire, par André Oheix ; Pre~
mier inventaire des Lettres imprimées de dom Mabillon, par A.. J. Cor-
bierre ; Les Prisons du Mont- Sauxt- Michel, par Etienne Dupont ; Lam-
balle. Pays de Lamballe du JV« au XIW siècle, par H. J.-L. ; Saint»
A^elaine est-il né à Plélauff? Origine d'une tradition par André Oheix;
Histoire de Notre-Dame de Rosir enen et de son pèlerinage ^ par J. Bau-
dry ; La Bretagne à travers les âges, par de Lhommeau et A. de la
Bigne ; Bruyères pourpres et Ajoncs d'or, par Joseph Angot ; Jules
Verne, par Lemire ; Documents sur le F Martinien du Lude, par le P.
Ubald d'Alençon ; Autour du rachat de VOuesl et de Brest Transatlan-
tique, par Jean Choleau ; La Séparation de V Eglise et de VElai dans un
grand diocèse, par F. Uzureau ; Le Commerce franco-irlandais, par
Y. Morvran-Gobiet ; La Littérature celtique au XX"^ siècle en Grande et
Petite Bretagne et en Irlande, par le même ; Cinquantenaire de la Revue
de Bretagne et Trentième anniversaire de la Société des Bibliophiles Bre»
tons, par le baron G. de Wismes ; Chez les Carmélites de Nantes, par
le même ; Allocution prononcée par le baron de Wismes à la Société aea-
démique de Nantes le 20 Janvier 4908 en prenant possession du fauteuil
de la présidence.
hUssERON (Alexandre). Anne de Bretagne au Folgoat. Août. 83.
OaAiN (Adolphe). Devant l'Atre. I. Juillet. 4a. — IL Fin. Août. 96.
EoâJeouiN(A.-D.). Contes de grand'mères. L Septembre. i59. — IL Décem-
bre. 3 10.
Taavsbs (Albert). Note. Décembre. 33o.
TnAvÉDT (J ). Attentats des Penthiévre contre le doc Jean V (li^o-Hia) . II.
Septembre. 109. — III. Novembre, aai.
OzuRBAU (F.). Un voyage en Bretagne (178a). Juillet. 87.
Chronique des Bibliophiles Bretons. Octobre.
Le Gérant : P. Chevalier.
Vunnes. — [mpriinerie LaFOLYK Frères, 2, place des Lices.
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L*HERMnfB : 18* ann. Mensuel. 1 an 12 fr. Union postale 15 fr.
Le numéro 1 fr. 25. Les abonnements partent du 20 octobre.
Directeur : Louis Tiercelin, à Paramé (I Ile-et-Vilaine).
Les Annales de Bretagne : 22* ann. Trimestriel, i an 10 fr.
Union postale 12 fr. 50. Publiées par la Faculté des Lettres de
Rennes. Rédacteur: G. Dottin, 37, rue de Fougères, Rennes.
Le Clocher Breton : 14« auA Mensuel* 1 an 5 fr. 50. Directeurs :
René Saib et Madeleine Desroseaux. Bureaux. 29, rue Belle-Fon-
taine, Lorient.
Bulletin de la commission diocésaine d'architecture et d'archéo-
logie DU diocèse DE Ouimper ET DE LÉON : 6« auu. Tous les deux
mois. 1 an 5 fr. Quimper.
La Revue . MoRBmANNAiSE : 11« ann. 1 an 5 fr. Directeurs :
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La Paroisse Bretonne de Paris : 9« ann. Mensuel, 1 an, 2fr. 25.
Directeur : M. l'abbé Cadic, 13, rue Littré, Paris (VI* ar*).
La Jeune Bretagne : 5* ann. mensuel, 1 an, 2 fr. pour la Bre-
tagne, 2 fr. 50 pour le reste de la France. Bulletin d'études et d'ac-
tion sociales. Kennes, 30, rue Hoche.
Feiz ha Breiz : 8« année. Tous les mois. 1 an 3 fr. Les abonne-
ments partent du 1»» janvier. S'adressera M. Cardinal, recteur de
Saint- Vougay, par Plouzévédé (Finistère), et pour les abonnements
à M. Caroff, vicaire aux Carmes, Brest (Finistère).
Bretonçd Paris. Bulletin de la Société « La Bretagne », 4* année.
1 an, 2 fr. 50. Direction : 40^ rue du Cherche-Midi, Paris.
Revue du Pats d'Aleth : 4« année, mensuel. 1 an, 3 tr. Direc
teur : Jules Haize, rue Jacques Cartier, Saint-Servan.
Le Pats d'Arvor : 2« année^ 1 an, 5 fr. Directeur : Jacques Pohier,
à Ancenis (Loire-Inférieure). Administration «t Bureaux, 25, Haute
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Revue du Tradition nisme. — Rev. intem, du folk-lore — mens
1 an. 10 fr. N", 1 fr. -- Directeur : M. de Beaure paire-Froment
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Revue du Bas-Pottou, 20* année, trimestrielle ; 1 an : 8 fr
No 2 fr. 50. — i>' M. René Vallette, à Fontenay-le-Comte.
L'Anjou historique. — 7" ann. tous les 2 mois. 1 an : 6 fr. D'
M. TabtDé Uzureau, aumônier, à Angers. Edit' : M. Siraudeau
4, Chaussée Saint-Pierre, Angers.
Revue des Traditions populaires, 22* ann. mens. 1 an, 15 li.
No 1 fr. 50. Direct. M. Paul Sébillot, HO, boulev. St-Marcel, Paris.
La Revue Bleue, 15, rue des Saints-Pères, Paris.
La Venpée historique. — (Revue de la Vendée militaire). Tous
les quinze jours ; 11» année. — Edit. sur papier fort, 6 fr. 50 ; édit,
ord. 5 fr. — D' Henri Bourgeois, à Luçon (Vendée).
Revue de l'Anjou, 57» année, 12 fr. par an. — Librairie Germain
et Grassin, Angers.
La Revue Héraldique, fondée en 1862. Mensuel, Directeur
V*» de Maziêfes-Mauléon. Bul-eaUx : 8 rue Daumier, Paris
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ItiûéfiLîre : Rennes, Sitttt-Mato-Saint-Servan. Dinara-Saict^SlfSJ^
Dlôaoy'Saint-Blietttî, ^Gulrtgamp. Lannion, Morlali^Bcoff. Brest,
'^ ilaéw*^- ÇoiÏMmTOerr.:94>nt->iW^ ConcanteAO^JUûrMI, ^nfay,
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ilet^.-praveat être prpTbnuéa troi»-few d'uny^ySfiode
tm BiûyennV^t la^paiensient^ po '
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jotm BiûyennV^t la^paiensienC P^or c^«e'yrtlenfâti<m, d*ivi
lupplélbîhV diSO-ifa %fx pï4^ primitif. / -' ' /- * v * '^
t est dAtMcrô, en mèlEâ teinps que ^ SUfet âfriwtinr, tm UHét dé
arcours dbmilémentai^vn^mettai^ de rejdmd?l^^rittp^rairé d^
oyage circuUird^t compomm tiod^êdiiotlottiae 40<*/»Trarle9 pri^
da tarif géndra|. > s.y.-^ *; C^
La Béme rédftçtioh eal accpni^ à l'e^;0tfrB|amtsV a>rès l'a:è«Mti*
Beot éa Toy^e)eif6tK$ifèv^.ar fenkit A son'^poiia de départ^
rendre sur tOQMH^J^jre'ganB dès raâral 4^ TOu^K e^ d'Orféans. \ -
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\ la CSgipiignta^ilQrtéans rendra NuiiWê Mflrrrftti «^ PéomBJhrèrtfctt
■^rath^duaUrcM^ 6 lanvTOr; les Biiîett^iWierfftTKroMr
aires à pï^ -rWjlitflC d^Hyrés aux prix/ ^^updltfons des TàrilÉ
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Pern^^ttarit dû faire tuteur de la presqulle breto»pev — ^^ \
Itiû^ire : Kenncs, Sîmt-Mato-Salnt-Servan, Dinard-SaiQt--8iRfSVf;
Dloair/ Saint- Brietté, bulrtgamp, Lannion, Morlaîi.Rr>acoff, Brest, .
'^ "^qapap^ Uouatii«n02/>:*pnt->^a*bé, Concartieau, ^Apfaot, ^uray, •'
berc^n. Vannes, SaTem^ Jyiw CS^otsie, QuéviMe, SâtR|4(azai|!af^'
tâ/fbAteaQ , RedOHj, ReD)le8.^ ^- -— . ;." ' V ^ . • " v
$H.JnUeU peuvent être prplt^niîéa troi^- W8-'è^ln9^ tii^^e ^de
10 joH}^ Blbyenâtat la^paiemenC pour c)iaqife'y^Idngatf<m, d'an
unpléâMm% dïniO.-îy« fyi pïiy primitif, /y - , r s » .
11 est dmi^rôy en mèlttç telnps que te bUfet wçsit^VB, tm billet dé
arcours dbâtplémentalrèvnàrmettai^'de reJàmd^^Tklii^rairé dp
oyagre circutaire^^t compomà( tioe\rediiotlOtt;de 4R) <v^nrârl^ prit
da tarif srénéral. ^ n.,.- »' fX
Béme rédbçtioh est accoutre à re^oirraioiiiitsV» â>rèii rà^icb0«
ment to vom[e)ci^ctii^fèY'ftoiir fenkgr A son^'ooil^t de départ;^
rendre sur toijte^l|f^|re'gaffB dès tmfM 4^ TÛttà^ e^ d'Orléana. \ -
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\ ! FÊTE^BOËL \^-f\ .
'/ VALIDITÉ BXOTftriONNELLBJœBIlXBp- •--,,
AtLER et RETOUR .V ^-
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Î^^OlWïôasIon de» Fètea de K(Jë^ 19^ ei^an^naier deVi^ifgé,^'
(dernier :^ramjii^rX^ ^^ Biiiets-A«er«tTKrowr\r^-
' »8 à pNx irédtfitfitTd^Kyrés aux prix, eK éditions des Tàrifis
taux ^ y . no 2 e^i()2>, ^y ^>;^ .^^^ T ]
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•eraaprè\le\Janrier.\\ /^^ * ^^ ^^^/ /
Vannce. — ffïl
v>-,^^^ Vannce.
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